On ne comprend rien à nos problèmes moraux d’aujourd’hui si on ne les regarde pas du point de vue de la révolution. Celle que j’appelle arc-en-ciel, comme un Saint-Jean-Baptiste radoteur, et qui est avant tout spirituelle.

Un monde mental est né, pour faire gros, dans la chienlit fondatrice de 1968. Il était interdit d’interdire, et l’intellectuel en profitait pour se faire toucher le zizi par des fillettes de cinq ans ou mettait dans son lit un garçonnet de huit ans, aux applaudissements du Tout-Paris. Il s’agissait de dissoudre la morale que l’on disait alors bourgeoise et qu’on a requalifiée ensuite en judéo-chrétienne. Puis sont advenues toutes les conséquences de cette gigantesque inclusion, et la nouvelle morale s’est peu à peu coagulée. Ce fut la grande fusion des hypocrisies et des sottises : puritanisme communiste, islam, féminisme. Résultat : le grand écart moral et social, tournantes de banlieue et tristes partouzes libertines déjantées d’une part, soupçon généralisé dès qu’on effleure la main d’une jeune fille de l’autre. Cette vieille ganache de Serge July, jadis directeur de Libération, y publiait des orgies coprophiles avec des post-nourrissons ; il a dénoncé plus tard les « lupanars pédophiles de l’Église ». L’indécence dépasse l’affliction. Mais ni l’hypocrisie ni la folie ne sont l’important ; l’important est ce qui donne la raison du processus : les contradictions morales apparentes sont le fruit d’une même volonté et d’une même stratégie révolutionnaire. La chienlit puis le nouvel ordre moral ont tous deux contribué à détruire la morale et la société chrétienne ; l’acharnement contre le patriarcat et la famille le dit assez.

C’est dans cette perspective qu’il faut regarder les affaires Weinstein, Lang, Epstein, Miller, Strauss-Kahn, Depardieu, Pélicot, Jacot, Duhamel et quelques autres. Aujourd’hui, seul Epstein apporte quelque chose à notre réflexion.

Cet homme est mort en prison, et les anomalies autour de sa surveillance sont si nombreuses, graves et concordantes qu’il y a lieu de le présumer innocent de son suicide et d’en inculper des gens haut placés dans le système américain. Epstein, on le voit maintenant avec l’affaire qui « empoisonne » le monde entier, comme le relève Le Monde, gênait tout le monde, pour la bonne raison qu’il avait fréquenté tout le monde.

C’était le grand entremetteur des gens qui sont quelque chose, l’ami de ceux qui ne sont pas des sans-dents, le familier de tous les puissants, par là même plus puissant qu’eux par moments, le favori, le bouffon, le proxénète universel. La figure même de l’entre-soi des élites révolutionnaires mondialistes.

Pour ceux qui aiment le cinéma italien, c’est un peu le personnage central du film de Pasolini, sorti en 1968, Théorème, que l’Office catholique du cinéma, complètement déboussolé par la révolution, prima. Ce personnage a pour nom « visiteur » (est-ce un ange ?), et couche avec toute la famille, même le chien, si ma mémoire est bonne. Il la fait exploser, et avec elle les conventions et illusions « bourgeoises ».

Notre nouvel ordre moral insiste lourdement sur le sexe dans l’affaire Epstein ; il serine : « prédateur », « pédocriminel », etc. C’est une escroquerie. Le sexe n’est qu’un moyen de corruption, parmi d’autres : l’argent, l’art, la grande vie. Epstein traitait chaque ami, chaque pigeon, chaque dossier, selon sa faiblesse, avec le moyen de corruption qui lui convenait. C’était un super-agent de corruption, l’art de corrompre en personne, comme tel infiniment séduisant ; les descriptions qu’en donnent le ministre de la Culture naguère tout-puissant Jack Lang et le vice-Premier ministre norvégien ne laissent aucun doute en la matière. Comme d’un Don Juan, on pourra dire qu’il les a tous eus, jusqu’aux têtes mal couronnées qui hantent aujourd’hui des palais sans honneur, Mette-Marit de Norvège ou Andrew Windsor. Sa chute, au fond, ne nous apprend rien. Il rappelle que le péché foisonne et qu’il est très bête ; ce n’est quand même pas nouveau. Il ne servira probablement pas à grand-chose. Olivier Duhamel vit tranquillement ; Gérard Miller, quoique sous obligation de ne pas quitter le territoire de la République, a été autorisé par la « Justice » à visiter la Sérénissime en octobre dernier.

On finira par préférer Dominique Strauss-Kahn ; lui, au moins, ne couvrait pas sa nudité de grands mots frelatés.

Quand les percussions formidables du nouvel ordre moral se seront calmées, croyez-vous qu’on aura fait un pas vers la protection des plus faibles et la justice à laquelle ils ont droit ? Vous plaisantez, j’espère !

MeToo, qui prétendait libérer la parole, a surtout libéré le mensonge.

Le phénomène se répétera. Pendant qu’on parle à tort et à travers de pédophilie, et qu’on prétend préserver la fleur fragile du « consentement », des adultes perchés imposent leurs maladies à des enfants et, sous couleur de liberté, les conduisent vers la mutilation : ce n’est pas autre chose, la transition de genre offerte aux mineurs. On les laisse libres d’entrer dans la négation de soi et la mort progressive. Telle est l’atroce loi de la révolution existentialiste : vous serez ce que vous voulez, vous serez comme des dieux. Cela, c’est l’avant-dernier stade. Yuval Harari, qui fut le bras droit de Klaus Schwab au Forum de Davos, écrivit alors une justification de l’arc-en-ciel, Homo Deus.

Il vient de déclarer cette année à Davos : « L’intelligence artificielle va prendre la maîtrise de toutes les religions », et il imagine « une religion dont le livre saint serait écrit par une IA ». Fin de partie, bout de la piste, conclusion du théorème : l’extrême licence aboutit à l’asservissement sans aucun jeu. La révolution prétendument libertaire finit en esclavage.

Martin Peltier

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