
La relation entre la France et le Liban ne date pas d’hier. Les Phéniciens, ancêtres des Libanais, se sont installés jusqu’à Massilia, aujourd’hui Marseille. Louis IX reconnaissait la nation libanaise comme partie de la nation française, affirmation reprise par les rois successifs. Sous François Ier, la France devenait la protectrice des chrétiens d’Orient. Après la Première Guerre mondiale, elle contribuait à restaurer le Liban dans ses contours historiques, hérités notamment du prince Fakhreddine II. Cette continuité n’a rien d’un mythe : elle fonde une alliance naturelle, au sens où l’entendait Jacques Bainville.
Et pourtant, cette alliance est aujourd’hui sacrifiée. Une partie de la droite nationale française, dans une dérive aussi opportuniste que désinvolte, a tourné le dos au Liban pour se rallier à Israël, cédant à une « israélomania » ambiante. Le calcul est transparent : gagner en respectabilité, s’assurer une visibilité médiatique, se « dédiaboliser ». À ce jeu-là, la France oublie ses intérêts, son histoire et ses fidélités.
Même Charles de Gaulle, dans son discours de novembre 1967, avait su trancher : face aux tensions régionales, il avait choisi de soutenir le Liban et de refuser l’alignement sur Israël. Une ligne de souveraineté que beaucoup feraient bien de relire aujourd’hui. Car depuis 1948, Israël n’a cessé d’attaquer le Liban. Raymond Eddé, dirigeant du Bloc national libanais, proche ami de la famille de France, le rappelait avec constance depuis 1977 dans le journal de l’AF, Aspects de la France : le projet sioniste vise notamment le Sud-Liban, ses ressources, en particulier le Litani, et la destruction du modèle libanais de coexistence multiconfessionnelle, seul capable de contredire la logique de l’ethnocratie sioniste.
Aujourd’hui, la politique menée par Benjamin Netanyahou s’inscrit clairement dans une perspective de « Grand Israël ». Prétendre que cette guerre ne viserait que le Hezbollah relève de la fiction. Ce mouvement n’apparaît qu’en 1983, dans le contexte de l’occupation israélienne du Liban, notamment après l’invasion de 1982. Il s’inscrit alors dans une logique de résistance nationale et a rassemblé, au-delà de son socle initial, des soutiens de différentes confessions, à l’image de l’ancien président du Liban, le général Michel Aoun, ou de combattants chrétiens (des Arméniens sont tombés sur le champ de bataille). La déclaration de Youmna Gemayel, fille de Bachir Gemayel, soutenant tous ceux qui défendent les 10 452 km² du Liban, en est une illustration claire. Au Liban, il y a une résistance nationale qui combat l’occupant et refuse la capitulation.
Dans ce contexte, l’alignement d’une partie de la classe politique française sur Israël n’est pas seulement une faute morale : c’est une erreur stratégique majeure. La France n’a aucun intérêt à se montrer docile vis-à-vis d’Israël ou des États-Unis en sacrifiant le Liban. Le pays du Cèdre demeure, qu’on le veuille ou non, le pont naturel de la France vers l’Orient. L’oublier, c’est se condamner à l’effacement.
La rédaction