C’est devenu la mode, notamment sur CNews, de déplorer que, le corps électoral penchant de plus en plus à droite, les institutions non élues de la République soient dirigées par des gens de gauche. La constatation est juste, mais incomplète, et le vocabulaire employé montre une erreur d’analyse grave qui fausse la perception du phénomène du tout au tout.

C’est vrai, le premier président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, ancien ministre des Finances et ancien commissaire européen, est socialiste. C’est vrai, le président du Conseil constitutionnel, Richard Ferrand, ancien président de l’Assemblée nationale, est un macroniste tendance de gauche. Mais le président du Conseil d’État et celui de la Cour de cassation, plus hautes juridictions administrative et pénale, ne font officiellement partie d’aucun parti. Il convient donc de réserver le mot « gauche » pour la suite de cet article, comme on réserve un fond de sauce sur un coin de fourneau en attendant de s’en servir.

Le mot « gauche », et la chose, ont été inventés sous la Révolution française, quand certains députés, qui s’opposaient au veto royal, se sont rangés à gauche du président de l’Assemblée. D’une manière générale, les novateurs se plaçaient à gauche, tandis que les monarchistes, puis les constitutionnels, se plaçaient à droite et les modérés au centre. Depuis, la partie gauche s’est prévalue de ce placement et s’est donnée pour le progrès, les Lumières, la raison, le social, bref, le Bien avec un grand B. Aujourd’hui, le bien est l’inclusion, le monde ouvert, immigrationniste et internationaliste. Cette forme moderne du progressisme touche aussi bien les gens qui se disent de gauche que d’autres qui se disent de droite. Ainsi, Chirac a-t-il pratiqué une politique inspirée de l’idéologie progressiste, avec à peine quelques bémols en matière économique. Notre constatation de départ doit donc être ainsi modifiée : les « progressistes », quelle que soit leur couleur politique, collectionnent les places, quand le peuple, lui, est conservateur.

D’autre part, ce monopole des places ne se borne pas aux postes non élus. Le premier magistrat de la République, Macron, quelle que soit l’étiquette qu’on lui colle, est un progressiste arc-en-ciel de la plus belle eau ; sa constitutionnalisation de l’avortement et ses enterrements au Panthéon (Manouchian, Badinter) le crient. Il en va de même de Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, troisième personnage de l’État, qui vient de partir en guerre, en bonne communiste de cœur, gavée de bons sentiments, contre l’héritage. Participant à la même idéologie molle, morale, parisienne et mondiale, Gérard Larcher, président du Sénat, deuxième personnage de l’État, est de la même humeur. Il vient de le signifier en recréant pour lui tout seul un mini front républicain contre le Rassemblement national : « L’union des droites, a-t-il dit, est une illusion : l’alliance de la droite et du centre est la seule en mesure de porter des mesures sérieuses pour répondre aux attentes des Français et redresser le pays. »

Cette déclaration est un modèle de vérités partielles au service d’un mensonge global. Oui, l’union des droites est une illusion, pour la raison que l’on vient de développer : la question aujourd’hui n’est pas l’opposition entre droite et gauche, mais entre les progressistes arc-en-ciel, partisans d’un monde sans frontières, et les défenseurs de la nation. À cet égard, ce qui peut faire avancer le schmilblick, c’est l’union des non-gauches, des non-progressistes, des anti-arc-en-ciel. Cela implique que « l’alliance de la droite et du centre » chère à Larcher, qui a organisé l’invasion du pays, ruiné sa prospérité, mis en péril sa sécurité et permis, par lâcheté ou complicité, toutes les dérives morales de la société, n’est pas « en mesure de porter des mesures sérieuses » ni pour satisfaire les Français, ni pour redresser le pays. Larcher est le représentant typique d’élites républicaines déconnectées à la fois du peuple et de la tradition française, inefficaces et traîtresses par nature.

Le système entier qui régit l’État républicain — les trois pouvoirs, judiciaire (de toutes juridictions), législatif et exécutif — se raidit et fait bloc contre le vent de liberté qui souffle en Europe et pourrait amener un véritable redressement. Comme la République, l’arc-en-ciel gouverne mal mais se défend bien. Il fait flèche de tout bois, même de ses ennemis apparents. C’est ainsi qu’Éric Zemmour, ancien rubricard devenu chroniqueur avec quelque bonheur, s’applique à saboter depuis cinq ans l’éclosion d’une grande force nationale. À la présidentielle de 2022, il s’en est fallu d’un rien qu’il ne propulse Mélenchon au deuxième tour. Et aujourd’hui, il exclut toute alliance avec le RN, quand sa concubine (ou ex, on s’y perd) Sarah Knafo la demande, sous le prétexte que ce parti serait socialisant. C’est grave : outre qu’il fut lui-même assez dirigiste en la matière et qu’il demeure d’esprit assez marxiste, ce refus postule que le plus important en politique est l’économie, non la défense de la nation, de son corps et de son esprit. Cet économisme pesant est de la même nature que la posture de Gérard Larcher. Tout leur est bon pour refuser une union nationale.

Martin Peltier