
Le temps et les actes des chefs politiques dissipent les illusions qu’on a pu nourrir à leur endroit. Ainsi Donald Trump et Wladimir Poutine ont-ils pu plaire un temps à ceux qui défendent la nation, la France chrétienne et le droit naturel. Ils ont dénoncé l’un et l’autre quelques impostures, en matière de climat, de genre, etc. Je n’ai pu moi-même me défendre de mouvements de sympathie devant certains de leurs coups de patte, et leurs ennemis étaient souvent les nôtres. Cependant, je ne suis pas mécontent d’avoir reconnu leurs limites et leurs défauts dès 2019 dans mon premier livre sur la révolution arc-en-ciel. Il faut rappeler, pour comprendre le rôle réel d’un Poutine et d’un Trump, que celle-ci est une entreprise de subversion de la planète qui, par le triple moyen du mythe du réchauffement du climat par l’homme, de l’existentialisme de genre et de la négation des ethnies et des civilisations, promeut une révolution globale panthéiste anti-chrétienne où seront interdites toutes les frontières, entre races, nations, religions, sexes, espèces même.
Dans ce cadre, le froid bon sens d’un Poutine, les coups de boutoir de Trump contre l’accord de Paris, l’OMS ou les transgenres dans le sport ont capté notre approbation, mais pour quoi faire ? Concrètement, hélas, pour assurer leur pouvoir. Et de ce pouvoir, qu’ont-ils fait ? Ils ont, tout en tâchant de préserver le maximum de pouvoir et de richesse pour eux-mêmes, contribué à la révolution arc-en-ciel qu’ils donnaient l’impression de vouloir combattre.
Sans doute Poutine ne souhaite-t-il pas que cette révolution arc-en-ciel soit menée sous la direction des États-Unis. C’est pourquoi il fricote avec la Chine, l’Inde, les BRICS. Mais son multilatéralisme souhaite simplement une part de direction dans l’empire mondial à venir. Quant à l’idéologie qui l’anime, sa politique musulmane et d’immigration en Russie, sa position sur l’avortement, son acceptation d’un libre-échange d’inspiration socialiste, redistributeur des richesses du Nord au profit du Sud, demeurent en plein dans l’orthodoxie arc-en-ciel. Plus, la guerre qu’il a lancée en Ukraine a ranimé deux instruments utiles à l’arc-en-ciel, l’OTAN et l’Union européenne, qui étaient subclaquants en 2022.
Quant à Trump, il est assez ferme sur la question du climat et du genre, et on le sent décidé à défendre les intérêts des pétroliers américains. Mais il est moins ferme sur la question de la vie (avortement, euthanasie, etc.), et surtout, sa politique étrangère est catastrophique.
D’abord parce qu’elle reproduit les erreurs ordinaires de l’Amérique : à cet égard, le personnage est dépassé par son rôle. Ou, si l’on préfère, ses convictions, s’il en a, cèdent devant la situation qu’il occupe. L’homme, avec ses foucades, ses éruptions, ses caprices, n’est pas plus désagréable qu’un autre, mais toute son agitation démontre son peu de poids : c’est le bouchon du pêcheur qui se prend pour le maître de la rivière. Il amuse le tapis pendant que l’eau coule.
L’affaire du Proche-Orient est éclairante. Le récit qu’on nous en fait est abracadabrant. Nul ne peut croire que le Pentagone, occupé par les Houtis de Bab el-Mandeb depuis des années, ait oublié que le détroit d’Ormuz, dont l’Iran domine une rive, est un goulet par où passe un quart du pétrole mondial. Les services de renseignement israéliens et américains ont peut-être mal évalué la résistance iranienne, mais ne pouvaient s’attendre à un effondrement immédiat. Le développement de la guerre était donc au moins partiellement prévu. Donc la crise internationale. Que les Israéliens y trouvent leur intérêt au Liban et les pétroliers US à Ormuz, c’est clair. Mais les marches et contre-marches de Trump servent à terme un tout autre programme : il discrédite et déshonore définitivement le nationalisme qu’il prétend incarner par sa façon d’être, et il promeut le mondialisme par ses actes.
Désormais, même l’ONU semble préférable à cet histrion fantasque. Tant contre l’opération illégale, illégitime, de Trump fermant le détroit d’Ormuz, que contre la prétention ahurissante de l’Iran de faire payer un péage sous contrainte militaire, comme un vulgaire seigneur pillard du haut Moyen Âge, on finira par regretter le droit international ! D’une part, les détroits ont un statut spécial ; d’autre part, celui d’Ormuz est d’une largeur telle qu’un chenal existe qui se trouve hors des eaux territoriales de l’Iran et des États arabes qui le bordent.
De même que la politique de la SNCF mène à préférer la voiture, de même celle de Trump conduit-elle à tenir pour un moindre mal le multilatéralisme et l’approche mondiale de résolution des crises, voie royale vers le gouvernement mondial. Comme son pendant Poutine, Trump aura été, avec l’approbation de beaucoup de nationalistes, l’idiot utile du mondialisme.
Martin Peltier
