IL YA 60 ANS : L’ASSASSINAT DE JEAN BASTIEN-THIRY

IL YA 60 ANS : L’ASSASSINAT DE JEAN BASTIEN-THIRY

 « Le Colonel était la pureté même, un soldat de cristal, et même, il se pourrait bien, ma foi, l’âme la plus pure de ce siècle » André Figueras in Le Charivari, avril 1963.

Le 11 mars prochain, le sacrifice d’un jeune héros supplicié par le régime de répression gaulliste jamais en reste quand il s’agit de faire couler du sang français, est commémoré, lors d’une exposition pour la Journée du Souvenir à Paris : Bastien-Thiry 60 ans après (1).

La condamnation par une cour d’exception illégale aura scellé de manière tragique le destin funeste de l’Algérie Française. Auteur de l’attentat manqué perpétré sans effusion du moindre sang contre De Gaulle au Petit-Clamart le 22 août 1962, Jean Bastien-Thiry demeurera la figure emblématique à l’allure d’archange de tous ces patriotes nombreux qui se sont dressés contre le PGTHF, le plus grand traître de l’Histoire de France, pour l’honneur de la France, de son Armée et le respect de la parole donnée.

Rappel : l’attentat manqué du 22.8.62 était quelques mois après les honteux pseudo-accords d’Evian jamais respectés par le FLN, et la tuerie de la Rue d’Isly commanditée à Ch. Fouchet en Conseil des Ministres par De Gaulle ; quelque six semaines après l’effroyable massacre des Européens à Oran… sur ordre élyséen (transmis au Général Katz « le boucher » d’Oran) de laisser faire arme au pied sans intervenir pour venir à leur secours avant la fin d’après-midi (les grilles des casernes resteront fermées à la face des Pieds-Noirs y cherchant vainement la survie).

Le lâchage fourbe de l’Algérie, cette province tant aimée, dans des conditions atroces pour les civils européens et les pires représailles contre nos frères harkis, et la commission de ce crime sournois de haute trahison seront un déchirement pour cet officier d’une droiture absolue. Opposition diamétrale et totale des rôles… et des caractères !

L’un des plus jeunes Lieutenants-Colonels de l’Armée française à 34 ans, Polytechnicien brillant, Jean Bastien-Thiry avait déjà à son palmarès la conception des fusées SS10 et SS11, les meilleurs missiles anti-chars vendus partout au monde. Il fut arrêté alors que, se sachant recherché, il eût pu à cette occasion rester en Angleterre lors du Salon aéronautique de Farnsborough. Mais pas question pour cet officier au sens de l’honneur affirmé de laisser ses camarades affronter seuls la police gaulliste, trait de caractère que nous allons retrouver à la fin de sa trajectoire glorieuse. Plus tard, quand il sera condamné à la peine capitale (2), les Américains, certains qu’elle serait commuée et qu’elle lui permettrait de retrouver vite la liberté (pourtant ils connaissaient De Gaulle!), firent un pont d’or à celui qu’ils considéraient comme « The French Von Braun ». C’était sans compter avec le réquisitoire implacable, sans appel, du Colonel contre la politique monstrueuse en Algérie française du Chef de l’Etat (et dont nous recommandons vivement la relecture qu’il prononça lors de son procès : touché au vif, le Président, qui se serait grandi en lui accordant sa grâce, préféra priver son épouse magnifique de courage, elle aussi, leurs trois filles, d’un mari et d’un père aimants, et la France d’un réel savant. Il alla à la mort en chrétien (après avoir communié), bravant cette mort dans une démarche quasi-christique et qui de l’avis de nombre d’entre nous se voulait comme rédemptrice et destinée à expier les crimes commis contre les Pieds-Noirs et les abominations des représailles contre les Harkis et leurs familles. C’est en tout cas par ce sacrifice pur et ce sang répandu pour son honneur que notre pays ne saurait mourir tant que des saints ou des hommes lumineux offriront le sacrifice de leur vie pour lui (3).

« Mais M. De Gaulle est-il bien sûr d’avoir fait fusiller cet homme ? L’instant après qu’on l’eut réveillé, le Colonel Bastien-Thiry n’était déjà plus aux mains de MM. Gerthoffer, Reboul et autres… Au-dessus d’eux. Hors de leur prise. Ils ont menotté une apparence. Percé de balles une apparence. Pauvres gens. Pauvres serviteurs d’un pauvre maître. On ne fusille pas une âme » RIVAROL, 14 mars 1963.

  • (1) Pour le programme des journées des 10 (messe), 11 (exposition) et 12 mars 2023 (cimetière de Bourg-La-Reine à 14h30) et toute documentation : Cercle Jean Bastien-Thiry. Tél. : 06-73-55-70-03. Site internet -www.bastien-thiry.com
  • (2) Rappel : la peine de mort pour les crimes politiques avait été abolie en 1848. Elle fut rétablie en 1960 par simple ordonnance (!) pour permettre au Félon De Gaulle d’assouvir ses pulsions meurtrières. Une remarque : on n’a jamais entendu, ni avant le 11 mars ni après…les abolitionnistes tels que Robert Badinter et autres s’insurger contre cet assassinat.
  • (3) Un projet d’évasion par un hélicoptère maquillé aux couleurs de la Gendarmerie française et prêt à décoller par les soins du célèbre Commissaire Dides et de Jean-Marie Le Pen fut rejeté par l’intéressé (« pourtant il eût réussi car c’était une première » dixit Jean-Marie Le Pen, Grasse, août 2021), Jean Bastien-Thiry craignant vraisemblablement les représailles gaulliennes contre ses co-condamnés à mort qui, eux, furent graciés. Son principal bourreau aura le cynisme d’avancer que comme notre « camp avait besoin d’un martyr, il méritait bien d’être celui-ci » sic !

Hubert de Mesmay

DATES A RETENIR ET A DIFFUSER

Manifestations organisées par le Cercle Jean Bastien-Thiry pour le 60e anniversaire de sa mort : 

  • Vendredi 10 mars à 19 heures :messe en l’église Sainte Odile, 2 av. Stéphane Mallarmé, 75017 Paris
  • Samedi 11 mars de 9h30 à 17h30 : journée-souvenir : Il y a 60 ans, Bastien-Thiry, à la Maison des Associations de Solidarité (MAS) 10 rue des Terres au curé, 75013Paris :
  • Dimanche 12 mars à 14h30 : cérémonie au cimetière de Bourg-la-Reine (92) sur la tombe de Jean Bastien-Thiry

 Autres messes pour Jean Bastien-Thiry : 

  • A Fabrègues (34): messe le samedi 11 mars à 8h30 en l’église ND de Fatima, 1 rue Neuves-des-Horts
  • A L’Illiers l’Evêque (27770) : messe le dimanche 12 mars à 10h30 à la chapelle du Brémien, 2 rue de l’Orée du Bois
  • A Lourdes : messe le samedi 11 mars à 11 heures à la Maison Saint Ignace, 22 rue du Sacré-Cœur
  • A Lyon : messe le mercredi 1er mars à 18h30 au prieuré Saint Irénée, 23 quai Perrache (69002)
  • A Nancy : messes le samedi 11 mars à 18h15 et le dimanche 19 mars à 10h30 à la chapelle du Sacré Cœur, 65 rue maréchal Oudinot
  • A Nice : messe le samedi 11 mars à 9 heures en l’église du Vœu, quai Saint Jean-Baptiste
  • A Saint-Raphaêl: messe le samedi 11 mars à 8 heures en la basilique Notre Dame de Victoire
  • A Sens : messe le dimanche 26 mars à 9 heures en l’église Sainte Mathie, bld de Maupeo
  • A Toulon : messe le dimanche 12 mars à 10h30 en la cathédrale de Toulon
  • A Toulouse : messe le samedi 11 mars à 18h30 en l’église du Feretra, 11 place Saint Roch 

Autres messes commémoratives :

  • A Paris : messe le vendredi 24 mars à 11 h, en l’église St Nicolas du Chardonnet (75005) pour les victimes de la fusillade du 26 mars 1962 à Alger
  • A Antibes : samedi 25 mars : messe à 18h15 en l’église du Sacré-Cœur pour tous les martyrs de l’Algérie Française
  • A Gasseras (82) : samedi 18 mars à 15h : messe en l’église de Gasseras pour tous les martyrs de l’Algérie Française.

 

Louis VII et Aliénor

Louis VII et Aliénor

En 1 137, Louis VII avait tout ce qu’il fallait pour être le plus heureux des rois. Son autorité s’étendait de Laon à Bayonne et de l’Auvergne à l’Océan. Il était bien fait de sa personne, très aimé de tous et éperdument amoureux d’Aliénor, l’irrésistible enfant des pays d’Oc, cette fille du soleil, raffinée et cultivée, qui venait de débarquer à Paris avec ses troubadours et ses organisateurs de cours d’amour ! Jusqu’alors, à la Cour, on avait surtout goûté les plaisirs de la table, maintenant on allait connaître tous les autres… Aliénor répondait largement à l’amour de Louis. Elle ne voulait voir en lui qu’un prince digne de figurer dans les contes et légendes à la mode dans les demeures seigneuriales. Elle entendait même le mouler quelque peu, car elle avait besoin d’un homme qui l’éblouît…

Le royaume était relativement paisible, mais il fallait quand même avoir l’œil sur tout, car certains seigneurs croyaient le moment venu de relever la tête… Le sire de Lezay n’avait-il pas récemment tenté de prendre le couple royal en otage dans son donjon de Talmont ? L’entreprise n’avait été déjouée que grâce à l’abbé Suger, que Louis avait eu l’intelligence de garder près de lui… Il allait falloir, comme au temps de Louis le Gros, raser des châteaux, comme celui de Montjoie. Et puis, il y avait aussi le mouvement communal qui, en certains lieux, dépassait ses limites. Louis VII réprima impitoyablement les communes libres d’Orléans et de Poitiers. De mauvaises langues disaient que les excès de la répression étaient dictées au jeune roi par le désir d’en imposer à Aliénor, la chaude méridionale qui en demandait toujours plus…

Côté étranger ; on était à peu près tranquille. En effet depuis la mort d’Henri 1er Beauclerc (1 135), la couronne anglaise était violemment disputée entre deux prétendants : l’un était le neveu du défunt, Étienne, comte de Blois, le fils de la bouillante Adèle d’Angleterre ; l’autre était le gendre du roi défunt : Geoffroy Plantagenêt,  comte d’Anjou et du Maine, marié depuis peu à Mathilde d’Angleterre, veuve de l’empereur Henri V. Ainsi entraient dans l’Histoire ces Plantagenêt dont le royaume de France n’avait pas fini d’entendre parler ! Pour le moment, Geoffroy était un prince aimable, généreux et cultivé. On se souvient de son grand-père, Foulque le Réchin, qui se fit enlever sa femme Bertrade par Philippe 1er. Son père, Foulque le Jeune, comte d’Anjou en 1 109, avait épousé en 1 111 l’héritière du comté du Maine (dont naquit Geoffroy). Puis veuf, il partit pour la Croisade où le roi de Jérusalem, Baudouin II, le remarqua et lui donna en mariage sa fille unique Mélisandre. C’est pourquoi il était depuis 1 131 roi de Jérusalem !

Geoffroy, dit le Bel avait fait preuve de beaucoup de résignation en épousant la rude Mathilde d’Angleterre, de quinze ans son aînée. Mais quel bel héritage en perspective !

Étienne de Blois venait d’oser se proclamer roi d’Angleterre. Mathilde et Geoffroy n’étaient pas décidés à se laisser faire : guerres, tentatives d’invasion, tractations… Finalement Geoffroy réussit à prendre Rouen et à obtenir la soumission de la Normandie, tandis que Mathilde intriguait toujours sur le sol anglais. Louis VII, qui était trop heureux de voir la Normandie détachée du royaume anglais, permit à Geoffroy d’ajouter à ses titres de comte d’Anjou et du Maine, celui de duc de Normandie. En échange, celui-ci rendrait le Vexin au roi de France.

À la même époque l’empire germanique se trouvait aussi déchiré par des luttes de succession ; la monarchie française s’apercevait des bienfaits de la transmission héréditaire de la  Couronne de mâle en mâle par ordre de primogéniture…

Le prestige de Paris

En France tout allait bien. Paris brillait d’un éclat extraordinaire. Imitant la Cour, les seigneurs prenaient plaisir aux fêtes, la mode vestimentaire se modifiait et le goût se propageait pour les choses de l’amour. La reine-mère Adélaïde, veuve de Louis VI le Gros, qui n’était pourtant pas belle, décida de se remarier avec un Montmorency (!), Aliénor protégeait les troubadours, tels Bernard de Ventadour, les lettres étaient florissantes, les universités de Paris, Chartres, Orléans, Angers, attiraient les étudiants de toute l’Europe. On redécouvrait les Lettres antiques et, alors, s’engageaient de grands débats d’idées, pas toujours très orthodoxes ; c’était le temps d’Abélard, le temps des grandes passions, le temps aussi où, dans midi, germait l’hérésie cathare… Heureusement, saint Bernard était là pour crier la vérité à la face des libres-penseurs et rappeler que la culture ne donnait pas le droit de s’écarter des exigences de la foi.

Homme de paix, de justice et de grande piété, Louis VII entendait adoucir le sort des serfs, invoquant, dans une charte de 1 152, la liberté naturelle comme un décret de la divine bonté. Il faisait progresser les libertés communales, suscitant des espaces où s’exerçait la protection du roi contre les excès féodaux. Il multipliait les villes neuves, leur octroyant des franchises particulières. Tout cela engendrait une réelle prospérité.

Sa simplicité frappait les étrangers. Ainsi l’Anglais Walter Map entra un jour dans le palais ouvert à tout venant et y aborda… le roi : « À votre prince, lui dit celui-ci, il ne manque de rien : chevaux de prix, or et argent, étoffes de soie, pierres précieuses, il a tout en abondance. À la Cour de France, nous avons que du pain, du vin et de la gaieté »

Aliénor se mêlait de politique et ne voulait pas de tutelle. Hélas, l’influence de l’abbé Suger diminuait, cette trop jolie femme étant en train de devenir le mauvais génie de Louis. D’abord, elle lança le roi dans une affaire peu reluisante où il ne « marcha » que dans le but de montrer à Aliénor qu’il était un homme. Il s’agissait d’une question de nomination ecclésiastique ; elle poussait Louis à tenir tête au pape Innocent II et à refuser l’archevêque nommé à Bourges. Saint Bernard se fâcha et le pape jeta l’interdit sur le royaume. Vint se greffer là-dessus une affaire de caprice qui tourna mal : Aliénor soutenait sa sœur Pétronille d’Aquitaine, laquelle était follement éprise du sénéchal de France, Raoul, comte de Vermandois. Or, celui-ci était déjà marié avec la nièce de Thibaut, comte de Champagne, qu’il répudia pour vivre avec Pétronille ! Saint Bernard tonna une fois de plus et le pape excommunia ce couple adultère, tandis que Thibaut voulait venger l’honneur de sa nièce. Louis VII prit alors le parti de sa belle-sœur et fit à Thibaut une guerre impitoyable. Une troupe royale s’empara de Vitry et fit périr trois cents personnes dans l’incendie de l’église. Le Champenois capitula en 1 143, puis la guerre reprit. Heureusement saint Bernard força le roi à faire la paix et l’interdit sur le royaume put être levé. Mais des vies humaines avaient été gaspillées pour rien. Uniquement, pour satisfaire deux femmes trop ardentes ! Louis VII en était accablé, le souvenir des brûlés de Vitry le hantait, le remords l’envahissait et son zèle religieux allait reprendre le dessus. Ce qui n’était pas du goût d’Aliénor…

La seconde Croisade

Or, juste à ce moment, on reçut d’Orient des nouvelles alarmantes. Le royaume franc, créé à Jérusalem par l’élite de la noblesse française, était en grand péril. À la mort de Foulque d’Anjou, devenu roi de Jérusalem par son second mariage (avec Mélisandre) la couronne revenait à son fils mineur Baudouin III. Minorité qui entraîna la division dont profitèrent les musulmans qui s’emparèrent d’Edesse (tout cela à cause, semble-t-il, de la mauvaise volonté de Raymond de Poitiers, oncle d’Aliénor…)

Louis VII prit très vite une décision. Le jour de Noël 1 145, il annonça solennellement l’organisation d’une nouvelle Croisade. Ainsi pourrait-il expier sa faute de Vitry… Ce ne fut pas l’enthousiasme immédiat, saint Bernard qui venait de réconcilier le roi avec le nouveau pape Eugène III (successeur d’Innocent II), accepta de prêcher à Vézelay et décida même l’empereur Conrad II à se croiser. Louis désirait emmener avec lui Aliénor et ses suivantes. Elle pourrait ainsi le voir  dans les exploits qu’il comptait y accomplir. Et puis, mieux valait ne pas la laisser seule trop longtemps à Paris…

Le roi de France et l’empereur germanique partirent, en 1 147, chacun avec une armée de soixante-dix mille hommes. Une fois de plus, l’empereur de Byzance jouait double jeu, et Conrad, excédé rentra chez lui. Louis VII accomplit alors des prodiges de bravoure. L’armée franque se trouvait enfermée, au mont Cadmos en Pisidie, dans un étroit défilé, bordé d’un côté de précipices profonds et de l’autre de rochers escarpés. Chevaux, hommes, bagages, tout fut poussé dans l’abîme. Le roi Louis VII parvint à s’échapper de la mêlée, gagna une éminence, s’adossa contre un arbre et résista seul à plusieurs assaillants. La nuit venue, le roi profita de l’obscurité pour rejoindre l’avant-garde de son armée, où déjà on le croyait mort. Après la bataille, l’armée du roi de France, qui avait subi de lourdes pertes, parvint difficilement à rejoindre Attalia le 20 janvier. Le roi dut abandonner les non-combattants et s’embarquer pour Antioche avec ses chevaliers affamés.

À Antioche l’on retrouva Raymond de Poitiers et Aliénor ne semblait pas insensible au charme de cet oncle encore jeune. Celui-ci conseilla au roi d’aller reconquérir Edesse, tandis que la reine resterait à Antioche sous sa garde… Refus de Louis qui soupçonnait quelque chose, car les langues se déliaient dans la ville. Le roi voulait aller à Jérusalem et il y emmena de force Aliénor, puis il courut attaquer le régent de Damas, qui ne faisait de mal à personne !

Trop d’incohérences conduisirent à un piteux échec. L’abbé Suger, de Paris envoyait tous les jours, des messages à Louis pour le prier de rentrer dans son royaume, ce qu’il se décida à faire en 1 149, mais la reine, que la mort au combat de Raymond de Poitiers avait rendue enragée, ne prendrait pas le même bateau que le roi. Elle ne pouvait plus le supporter, il était à ses yeux trop maladroit en amour, il ne pouvait plus la satisfaire. Les deux époux se retrouvèrent pourtant au retour à Tusculum, près de Rome, où le pape tenta l’impossible pour les réconcilier, allant jusqu’à bénir le lit dans lequel ils devaient passer la nuit…

La régence de Suger

Si son ménage battait de l’aile, Louis VII eut au moins la satisfaction, en rentrant de la Croisade, de retrouver son royaume en ordre et prospère. L’abbé Suger, exerçant la régence, avait réussi, malgré un certain mécontentement populaire à l’égard de l’entreprise orientale, à sauvegarder la paix civile et même à remplir les caisses de l’État, tout en secourant les pauvres et sans augmenter les impôts ! Il avait même créé des villes nouvelles comme Vaucresson. Mieux : il avait sauvé la couronne en déjouant un complot du frère du roi, Robert, comte de Dreux, qui voulait s’emparer du trône. Les menaces d’excommunication eurent raison des conjurés que Suger réduisit, mais sans les briser.

Le sévère saint Bernard lui-même lui rendit hommage : « S’il y a, dans notre Église de France, un vase d’honneur et, dans la Cour, un serviteur fidèle comme David, c’est à mon jugement le vénérable abbé de Saint-Denis. Je le connais à fond et je sais qu’il est fidèle et prudent dans les choses temporelles, fervent et humble dans les spirituelles. Mêlé aux unes et aux autres, il demeure, ce qui est on ne peut plus méritoire, à labri de toute accusation . » Dès ce moment, comme dit le moine Guillaume, « le prince et le peuple décernèrent à Suger le surnom de père de la Patrie. »

Et pourtant Suger se faisait encore bien des soucis. D’abord il ne se consolait pas du fiasco qu’avait été la Croisade, et il songeait à enrôler lui-même des hommes pour y repartir. Déjà, il envoyait des fonds à Jérusalem pour aider le roi Baudouin III, enfin majeur, qui était courageux et cultivé et qui parvenait à relever son royaume.

Suger souffrait aussi de voir la mésentente empirer dans le couple royal. Il aida  les époux de son mieux pendant deux ans, car il savait bien qu’une rupture conjugale entraînerait la ruine de l’œuvre de Louis VI. Mais il mourut le 13 janvier 1 151, à soixante-dix ans. Ce fut un grand  malheur pour la France ! Tout de suite, n’en tenant plus, Louis et Aliénor engagèrent une procédure en vue de faire dénouer leur lien conjugal par l’Église. Le 21 mars 1 152, le concile de Beaugency prononça la nullité du mariage, invoquant la consanguinité. Mais, reconnaissant la bonne foi de l’un et de l’autre au moment du mariage, le concile déclara légitimes les deux filles qu’ils avaient eues ; Marie et Alix. Aliénor s’en allait avec, dans ses bagages, le Poitou, l’Auvergne, le Limousin, le Périgord, le Bordelais et la Gascogne, car elle restait duchesse d’Aquitaine ! C’était un beau parti, d’autant qu’elle n’avait encore que trente ans ! Et qui allait être le nouvel élu ? Tenez-vous bien : Henri Plantagenêt ! lequel avait hérité un an plus tôt de son père Geoffroy, le comté d’Anjou, le comté du Maine et le duché de Normandie ! Ils se marièrent le 18 mai, juste deux mois après le concile de Beaugency, unissant leurs terres qui formeraient un immense État aux mains d’un vassal du roi de France ! Tandis que Louis VII devrait se contenter de ce que possédait son père : le petit domaine capétien proprement dit…  Ce n’était pas tout : Henri Plantagenêt, qui avait hérité des prétentions de son père Geoffroy, parvint à se faire désigner comme successeur par le vieux roi d’Angleterre, Étienne de Blois. Celui-ci mourut peu après et, le jour de Noël 1 154, Henri Plantagenêt, âgé de vingt et un ans et Aliénor, se firent sacrer roi et reine d’Angleterre.  Avec cela, la moitié de la France devenait anglaise ! Situation vraiment épouvantable pour Louis VII. D’autant plus qu’il n’était pas certain de faire le poids devant le Plantagenêt devenu Henri II, prince athlétique et sans scrupule !

Le courage et la force morale du Capétien

Eh bien, le roi de France fit face au malheur avec un courage admirable et un grand sens politique. D’abord, il fit jouer le droit féodal. Son ex-épouse en tant que duchesse d’Aquitaine et le roi d’Angleterre en tant que duc de Normandie et comte d’Anjou, étaient ses vassaux ; donc ils auraient dû lui demander la permission de se marier ! Cela paraît cocasse, mais comme ils ne l’avaient pas fait, Louis VII était en droit de proclamer la confiscation de leurs biens et donc de soutenir activement tous les petits seigneurs normands, angevins et aquitains qui ne voulaient pas obéir au Plantagenêt. À un moment il fut même amené à faire cause commune avec le frère d’Henri II, Geoffroy Plantagenêt, qui réclamait un fief. Puis, quand Henri II prétendit reprendre à son compte les prétentions des ducs d’Aquitaine sur le comté de Toulouse, le roi de France se rendit en personne dans cette ville auprès de Raymond V, comte de Toulouse, qui venait d’épouser sa sœur, Constance de France. Henri II renonça alors à entrer dans une ville où séjournait le roi de France ; il avait compris qu’il ne pouvait quand même pas tout se permettre ! Quant au comte de Toulouse, cela le rapprochait du roi français, lequel avait fort bien joué…  Louis VII devait aussi tenir à l’œil les barons du domaine qui chahutaient de temps à autre, mais avec plus de retenue qu’autrefois. Quand ils étaient cités devant la Cour royale, désormais ils se présentaient. L’autorité du roi avait fait de grands progrès. Même dans les grands fiefs, Bourgogne, Auvergne et autres, il était respecté et son arbitrage réclamé ; une  percée commençait à s’opérer vers le Dauphiné, le Vivarais, et la vallée du Rhône où de petits seigneurs demandaient au roi d’immédiatiser leurs terres, c’est-à-dire de les tenir directement de lui.

Sans doute Louis pensait-il souvent à Aliénor et priait-il pour elle, car il savait qu’elle n’avait pas été heureuse longtemps avec cette brute épaisse de Plantagenêt qui la trompait à tour de bras. Mais il fallait que Louis se remariât pour avoir un fils et transmettre la couronne de France !…

Michel Fromentoux

L’Action Française : une condamnation à perpétuité ? 

L’Action Française : une condamnation à perpétuité ? 

Juriste et historien, Philippe Prévost contribue depuis de nombreuses années à l’Action Française. C’est un auteur prolifique et on lui doit de nombreuses publications : 
  • La France et les nominations épiscopales au Canada de 1921 à 1940, Saint-Boniface (Canada), les Éditions du Blé ; Paris, Librairie canadienne, 1995.
  • La condamnation de l’Action française vue à travers les archives du Ministère des affaires étrangères, Paris, La Librairie canadienne (réédité chez les Éditions Kontre Kulture en 2018), 1996.
  • La Croix, la croix gammée et les fleurs de lys, Paris, Centre d’études contemporaines, 1999.
  • L’Église et le ralliement. Histoire d’une crise (1892-2000), Paris, Centre d’études contemporaines, (réédité chez les Éditions Kontre Kulture en 2010) 2001.
  • La France et l’origine de la tragédie palestinienne (1914-1922), Paris, Centre d’études contemporaines, 2003.
  • Un centenaire trompeur (1905-2005), Paris, CEC, 2005.
  • Le temps des compromis : mai-décembre 1940 (préf. François-Georges Dreyfus), Paris, CEC/Duquesne, 2005.
  • Un centenaire trompeur. La laïcité en question, Versailles, Éditions de Paris, 2006.
  • Autopsie d’une crise politico-religieuse : la condamnation de l’Action française (1926-1939), Paris, La Librairie Canadienne, 2008.
  • La France et la déclaration Balfour, Paris, Érick Bonnier, 2018.
  • L’humiliation dans l’histoire, Paris, CEC, 2018.
  • La chance au risque de l’Histoire, Paris, CEC, 2021
 
Philippe Prévost interviendra sur les pièges de la confusion entre Politique et religion. 
Inscrivez-vous sans tarder à la journée d’AF : https://lactionfrancaise.fr/journee-daction-francaise-2023-2

Pour une politique étrangère au service de l’intérêt national

Pour une politique étrangère au service de l’intérêt national

Parmi les quatre (ou cinq, (selon la façon dont on les définit)) fonctions régaliennes dont la Cité est investie, la politique étrangère jouit d’une primauté absolue. Elle est clairement première par son objet, la Cité ne pouvant en effet connaître ni paix civile, ni justice, ni finances ordonnées, c’est-à-dire aucune des composantes de l’ordre, sans lequel ne peut se réaliser le Bien commun, si, au préalable, n’ont pas été établies des frontières sûres. C’est donc aux menaces extérieures, pesant sur la Cité, que la politique étrangère doit faire face. 

Quant aux moyens, politique étrangère signifie d’abord diplomatie, mais celle-ci ne peut avoir d’existence réelle, d’efficacité pratique, que si elle dispose de l’ultima ratio qu’est la force des armes ; du temps, pas si lointain où, communiquant la culture avec le savoir, l’école de la République enseignait le latin au collège, les élèves connaissaient tous l’adage « si vis pacem, para bellum », qui apparaissait comme une évidence de simple bon sens[1].

Il n’y a donc qu’une pure analogie de contamination morale à qualifier en bien ou en mal les décisions de politique étrangère, qui ne sont efficaces que par rapport à leur objet ainsi défini, ou inutiles et a fortiori mauvaises, que par rapport à ce même objet ; il n’y a là, il ne peut y avoir là, aucune espèce de morale ce qui est d’un autre ordre. On pense au mot de Chamfort : « On ne joue pas aux échecs avec un bon coeur ».

Pour souligner cette primauté absolue de la politique étrangère, on peut, dans une plus large mesure, suivre Carl Schmitt, selon lequel la spécificité du politique, et ce à quoi se ramènent les actes et motivations qui en relèvent, est la différentiation de l’ami et de l’ennemi. Même si l’on peut mitiger la priorité absolue, établie par le philosophe rhénan, entre les présupposés du politique, c’est un fait que la désignation de l’ennemi, en même temps qu’elle se trouve à la base de l’agir en quoi consiste proprement la politique, rend compte également de l’être politique. Julien Freund, dans son Essence du politique, enseigne qu’« il n’y a de politique que là où il y a un ennemi réel ou virtuel » ; réel ou virtuel, parce qu’il s’agit essentiellement d’une altérité par rapport à soi, n’impliquant donc pas forcément une relation intrinsèquement polémogène. Cette reconnaissance et cette désignation sont un nécessaire et irremplaçable facteur d’union civique, dans son 1984, où il conçoit un gouvernement mondial, Georges Orwell crée de toutes pièces, l’ennemi extérieur, ennemi supposé réel, contre lequel sont organisées et entretenues toutes les haines, cristallisant et orientant contre lui, les aspirations naturelles à la violence. On reste bien ainsi dans le politique comme pluviversum première des essences permettant de définir la nature humaine. Cela dit, dans le monde concret, pour que la désignation de l’ennemi réel (ou d’ailleurs de l’allié) obéisse à la rationalité conforme au Bien commun, encore faut-il qu’elle puisse être effectuée en toute liberté ; et donc que celui ou ceux, à qui incombe cette importante décision, qui engage l’avenir de la Cité, ne fasse pas d’erreur sur l’identité du ou des ennemis potentiels. On en vient donc clairement à la souveraineté car, à l’évidence, seul l’intérêt national peut légitimement dicter sa loi dans la désignation de l’ennemi, et ce n’est évidemment pas au voisin de nous le dire. D’où la nécessité de l’absolue autonomie du choix des alliances diplomatiques, et a fortiori, de la décision de guerre, pour la même raison d’intérêt national ; un tel choix ne saurait évidemment être fait en fonction de considérations idéologiques ou morales, qui ne concernent en rien la politique. Léon Daudet, qui accompagnait son père aux eaux de Lamalou, rapporte les propos de l’historien et linguiste Auguste Brachet, curiste lui-même : « En matière de politique extérieure, je ne hais ni je n’aime. Je regarde où est l’avantage de mon pays, voilà tout ». Restant sauves les sympathies que chacun peut éprouver pour tel ou tel peuple, pour tel ou tel Etat, il y là une excellente anticipation de la formule maurrassienne : « La France, la France seule ! » On peut donc dire que, par sa nature même, la politique étrangère est le lieu éminent de la souveraineté et, de ce fait, la pierre angulaire du Bien commun.

Au contraire, chercher à imposer partout ses propres principes idéologiques, et se donner le droit d’infliger des sanctions à ceux qui ne veulent pas s’y soumettre, prendre parti dans des querelles, sans rapport avec le bien général des gens du pays, prétendre construire un monde meilleur, et, pour ce faire, intervenir dans les affaires des autres, n’est absolument pas l’objet normal de la politique étrangère ; en même temps qu’une confusion des essences (on se reportera aussi à ce sujet au lumineux enseignement de Julien Freund), il y aurait là, avec la manifestation d’une vanité démesurée, un détournement destructeur de la finalité de l’action politique !

            Dans son Histoire de deux peuples, Jacques Bainville fait remarquer que, rompant avec la sage et prudente tradition diplomatique de la Monarchie française, la Révolution s’engagea dans la voie périlleuse des guerres idéologiques ; dès lors ‒à l’exception des brèves années de la Restauration et de la Monarchie de juillet‒ « la question des rapports avec l’étranger ne (fut) plus réglée d’après les intérêts de la France, mais d’après des sentiments et des théories ». C’est en application de ce dévoiement que l’on vit un Napoléon III, dévot enthousiaste et borné, de « l’Evangile de Sainte-Hélène », manipulé par Bismarck, favoriser de toute les façons possibles l’unité allemande, après l’unité italienne, conduisant ainsi une politique de destruction de l’équilibre européen, alors fondé sur les traités de 1815 (suite de ceux de 1648) et, en conséquence, d’affaiblissement de la France.  En approuvant ardemment cette politique, commente Bainville, qui en juge d’après les résultats qu’elle a eus pour nous, ce n’est jamais « d’aussi bon coeur et avec autant d’irréflexion », que les Français ont crié : « Vive ma mort ! » Inéluctable conséquence de Sadowa ‒résume-t-il‒ « Sedan est la contrepartie de Bouvines ».

 Au fait primordial de la souveraineté, avec les conséquences qu’elle entraîne quant aux choix à faire, s’ajoutent deux autres éléments, essentiels à toute politique étrangère digne de ce nom. D’abord, c’est un fait que le péril n’est jamais unique. Par ses actes, ou par ses ambitions annoncées, un ennemi peut se désigner lui-même ; ce fut le cas avec l’Allemagne de Hitler qui, dès 1925, par son Mein Kampf, fit clairement savoir, face à l’aveuglement criminel des pacifistes à la Briand ou à la Blum, quel sort il entendait réserver à la France du traité de Versailles. Mais il faut surveiller aussi celui qui peut éventuellement nuire ; et comme, répétons-le, la politique n’a rien de commun avec la morale, c’est bien sur l’intérêt du pays et sur lui seul, que les conflits, comme les alliances, peuvent se fonder. Une chose est de mal évaluer cet intérêt à un moment donné, Louis XIII en 1632, Louis XV, lors de la première guerre de sept ans (selon Bainville), car on peut alors, se reprendre, mais c’en est une d’une tout autre gravité, de partir dans des fantasmagories idéologiques. Pour la même raison et dans la même logique, le second élément est qu’alliances et défense ne se préparent pas seulement pour le lendemain imminent, mais doivent aussi, pour la vie de la Cité, se projeter dans la durée ; si la communauté politique est faite pour exister dans l’espace, elle l’est aussi pour durer dans le temps. Et, on le sait : les erreurs se payent pendant longtemps, les erreurs politiques plus longtemps que les autres !

            A partir de ces considérations générales la question qui s’impose aujourd’hui est de savoir où en est la France dans laquelle nous vivons, en matière de politique étrangère. La réponse est qu’à peine plus d’un siècle et demi après Sadowa, sous nos yeux, au mépris de l’expérience historique, les gouvernements républicains se succèdent sur la voie de la trahison de nos intérêts et que les Français n’ont pas renoncé aux illusions mortifères, qui ont produit tant de désastres. Aussi, les Sedan qui se préparent sous la conduite des mauvais chefs qu’ils se sont donnés, n’ont pas fini de les ruiner, de les tuer ; en cette fin de l’an de disgrâce 2022, on peut redonner la plus fâcheuse actualité à la question toute simple posée par Maurras, dans l’Examen introductif de l’édition définitive de son Kiel et Tanger : « Oui ou non, la République peut-elle avoir une politique extérieure ?»

            A l’évidence, le manichéisme puéril qui semble aujourd’hui la base de toute réflexion de politique étrangère, et dont on obnubile les cerveaux dociles des Français, couplé avec la servilité face aux idéologies dominantes et la soumission à l’Alliance atlantique, mettent la France de Macron dans l’incapacité de servir le Bien commun. Il suffit d’entendre ce lamentable personnage ‒le même qui, tout récemment, appelait de ses vœux l’instauration d’un « ordre mondial unique »‒ inciter les Français à « payer le prix de la liberté » face à « l’attaque brutale » attribuée à Poutine, et de « payer le prix de la liberté » pour soutenir l’Ukraine. Les épigones macronards ne sont pas en reste : l’incompétent patenté, promoteur des sanctions qui devaient couler l’économie russe, interroge gravement : « Peut-on laisser un pays attaquer un autre pays ? C’est ce qu’a fait la Russie » ; sa nullissime cheftaine dégoise avec des trémolos émus : « La défense de nos valeurs a un prix » ; de leur côté, les médias dominants continuent leur communication sentimalo-belliqueuse à sens unique ; et une bêtasse de presse audio-visuelle regrette que les Français ne soient pas assez enthousiastes pour s’engager militairement en faveur de l’Ukraine.

            Il faut savoir raison garder. La liberté des Français est-elle menacée par la Russie ? Est-ce effectivement la leur dont ils doivent payer un prix quelconque pour l’assurer, ou bien doivent-ils payer eux-mêmes, pour l’assurer à d’autres ? Les Français sont-ils chargés d’un rôle de juge et de gendarme pour trancher sur la légitimité ou la non légitimité de telle attaque d’un pays par un autre, de juger sur le fait de savoir qui a raison ou tort dans un différend international qui ne les concerne en rien ?

 Moins borné que ses successeurs, dont certains poussèrent l’insanité jusqu’à un terme à peine croyable, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, déplore, à juste titre, cet « humanitarisme médiatisé », obstacle majeur, selon lui, à toute politique étrangère véritable.

Quels dangers mortels font au contraire, courir à la France, les élucubrations irresponsables des politicards de la république ! On regrette que ce ne soit pas un Français de la lignée des réalistes qui nous guidèrent jadis, mais le Premier ministre hongrois qui, dénonçant la position agressive de l’U.E, exprime la position la plus raisonnable : « La politique de sanctions est un pas vers la guerre. Quiconque intervient ainsi prend position, et c’est un autre pas vers l’une des parties en guerre, en d’autres termes en direction de la guerre. » Or, on le constate avec une résignation horrifiée : les conséquences, catastrophiques pour les Français, des sanctions économiques prises contre la Russie ne semblent même pas avoir fait s’interroger quiconque, sur la capacité des moyens militaires dont disposerait la France en cas de conflit ouvert. L’inepte république de 2023 fait, avec l’internationalisme européiste et otanien, inévitablement penser à celle de septembre 1939. Aussi, est-ce bien, hélas, par la négative, qu’en 2023, il faut répondre à la question posée par Maurras en 1927.

A l’opposé, il est clairement indispensable de revenir au politique comme essence, et à la politique comme agir, c’est-à-dire de se soumettre à la nécessité de renouer avec une vision géopolitique des relations internationales, dans un cadre largement pluraliste, et ce, par rapport au seul intérêt français.

L’instauration d’un ordre mondial unique ( que souhaite qui ???), ferait ainsi sortir l’homme de ses voies, et le condamnerait à mort, à moins que ne se reconstitue plus ou moins invisiblement ‒c’est, selon Julien Freund, de l’ordre de la nécessité‒ des structures politiques parallèles.

Philippe Champion 

[1]Comme l’ordre moral s’est glissé partout, la grammaire latine préféra un jour : « Si vis pacem, cole virtutem ».

Avec l’AF, le politique sans fards

Avec l’AF, le politique sans fards

Retrouvez Philippe Champion, membre du Comité Directeur de l’Action Française et ancien directeur politique du journal « l’Action Française 2000 ». Fin connaisseur de la philosophie thomiste, Philippe Champion à écrit quantité d’articles et prononcé de nombreuses conférences notamment pour les universités d’été d’Academia Christiana.

Il est l’auteur de deux livres aux Éditions d’Action Française : Le petit monde de Léon Daudet préfacé par Anne Brassié, ainsi que Charles Maurras, du félibrige au nationalisme intégral  préfacé par Stéphanie Bignon.

Philippe Champion, interviendra sur la nécessité du « politique d’abord » principe de base de l’école d’AF, refusée par les courants démocrates-chrétiens mais aussi par certains traditionalistes… Beaucoup de catholiques sont enfermés dans des logiques ultramontaines qui freinent la progression de nos idées, mais nous le disons : la primauté du spirituel s’accorde parfaitement avec notre « Politique d’abord » !

⚠️ Inscrivez-vous sans tarder à notre colloque : https://lactionfrancaise.fr/journee-daction-francaise-2023-2

Esteban, Pierre et Clément

Esteban, Pierre et Clément

Il n’y a rien à dire. Pierre Palmade est un meurtrier, pas un assassin. Il a tué sans l’avoir prémédité ni même voulu, faute d’avoir prévu que sa façon de vivre et ses actes pouvaient provoquer mort d’homme. Il a honte, comme Adam et Eve chassés du paradis terrestre eurent honte, comme nous aurions tous honte si la part mauvaise et cachée de notre vie était révélée et qu’elle engendrait une horrible catastrophe, comme nous aurons honte en nous présentant devant notre Souverain Juge. La justice humaine va demander réparation, il s’y soumettra, c’est dans l’ordre des choses. Nous n’avons qu’à prier pour ses victimes et pour lui.

Le bruit mené autour de cette affaire, outre sa fonction de diversion (et de distraction, hélas), indique aussi pourtant, du point de vue politique, une tendance regrettable de l’appareil judiciaire et médiatique français à propager une morale à deux vitesses. Voyons pour mettre cela en lumière un autre homicide involontaire, survenu lors de la rixe le 5 juin 2013 rue Caumartin dans le neuvième arrondissement de Paris. Cet après-midi là des antifascistes et des JNR se sont rencontrés fortuitement à une vente de vêtements Fred Perry. Les antifas provoquent verbalement les fachos, moins nombreux, puis les attendent quarante minutes à la sortie. Chaque groupe rameute du renfort par téléphone, puis, à la sortie des fachos, c’est la castagne, durant laquelle l’un des antifas venus en renfort, Clément Méric, meurt, frappé d’au moins deux coups de poing à la face par Esteban Morillo, venu à la rescousse de l’autre côté. A dix-huit ans, Méric est un militant « connu des services spécialisés comme appartenant à un groupe de militants d’extrême gauche qui recherchaient la confrontation avec les militants d’extrême droite ». C’est pour cela que ses copains l’ont appelé, bien qu’il soit physiquement une crevette, sous dialyse pour corser la chose. Il rattrape sa faiblesse par la ruse et l’agressivité. Il a été filmé en d’autres occasions, le foulard sur le visage afin de masquer son identité, donnant des coups de poing armé d’une chevalière pour blesser ses adversaires, puis ôtant son foulard et retournant le chaton vers la paume pour passer, avec sa gueule d’ange, devant les policiers. Une vidéo fixe de surveillance montre ses pieds, le 5 juin 2013, tournant autour de Morillo avant de se faire sécher. La bagarre a duré sept secondes. Trop heureux d’avoir enfoncé des gauchistes plus nombreux, les fachos filent sans demander leur reste. Ils ne savent pas que Méric est « en état de mort cérébrale ». Il décèdera le lendemain.

Là-dessus les médias et la justice française vont monter toute une fantasmagoriepour dénoncer la « violence de l’extrême-droite » (selon un procédé classique d’inversion), et le procureur de Paris, Démolins, va même un moment, retenant des témoignages fantaisistes manifestement orientés, qualifier l’affaire en « homicide volontaire ». La chose servira un dessein politique immédiat, la dissolution de Troisième Voie, mouvement auquel étaient rattachés les fachos incriminés. Puis elle sera abandonnée, trop évidemment ridicule. Mais le parti pris continuera. Le procès n’aura lieu qu’en 2018, devant une cours d’assise de Paris grossièrement partisane, après que Morillo aura fait dix-huit mois de prison préventive. Dix-huit mois pour Esteban, à comparer au bracelet électronique de Pierre, et aux louanges tressées à Clément.

Pierre savait que conduire sous cocaïne pouvait provoquer un accident mortel. Esteban savait-il que se battre dans la rue pouvait provoquer un accident mortel ? Oui, aussi. La différence tient dans les victimes. La famille kurde n’a commis d’autre faute que d’être là. Clément a commis la faute d’avoir choisi d’être là, parce qu’il voulait casser du facho, interdire la rue aux fachos, ces gens qui, pour reprendre ses mots en ce 5 juin, « ne devraient même pas exister ». Son intolérance et sa haine, sa totale inconscience des risques encourus (il relevait de leucémie) ont mis Clément au contact du poing mortel. La famille kurde, elle, roulait tranquillement sur une route. Pourtant, le système a poursuivi Esteban avec une rigueur proche de l’hystérie, réservant sa complaisance à Pierre.

Nous souffrons ainsi d’une justice de classe ou plus exactement d’une justice de caste. Des juges bobos, solidaires du bobo Méric (fils de profs de gauche), ont plombé le prolo natio Morillo avec l’approbation des médias bobos. Des juges et des médias bobos tentent d’épargner le bobo Palmade. Précisons que dans bobo, le bourgeois compte moins que la bohème, ce qui excite la préférence du système c’est toujours la chienlit intellectuelle et morale, l’inversion, la drogue, la haine de l’ordre. Le narcissisme arc-en-ciel se complaît dans sa propre image.

Martin Peltier