Il était une fois la Révolution

Il était une fois la Révolution

On ne comprend rien à nos problèmes moraux d’aujourd’hui si on ne les regarde pas du point de vue de la révolution. Celle que j’appelle arc-en-ciel, comme un Saint-Jean-Baptiste radoteur, et qui est avant tout spirituelle.

Un monde mental est né, pour faire gros, dans la chienlit fondatrice de 1968. Il était interdit d’interdire, et l’intellectuel en profitait pour se faire toucher le zizi par des fillettes de cinq ans ou mettait dans son lit un garçonnet de huit ans, aux applaudissements du Tout-Paris. Il s’agissait de dissoudre la morale que l’on disait alors bourgeoise et qu’on a requalifiée ensuite en judéo-chrétienne. Puis sont advenues toutes les conséquences de cette gigantesque inclusion, et la nouvelle morale s’est peu à peu coagulée. Ce fut la grande fusion des hypocrisies et des sottises : puritanisme communiste, islam, féminisme. Résultat : le grand écart moral et social, tournantes de banlieue et tristes partouzes libertines déjantées d’une part, soupçon généralisé dès qu’on effleure la main d’une jeune fille de l’autre. Cette vieille ganache de Serge July, jadis directeur de Libération, y publiait des orgies coprophiles avec des post-nourrissons ; il a dénoncé plus tard les « lupanars pédophiles de l’Église ». L’indécence dépasse l’affliction. Mais ni l’hypocrisie ni la folie ne sont l’important ; l’important est ce qui donne la raison du processus : les contradictions morales apparentes sont le fruit d’une même volonté et d’une même stratégie révolutionnaire. La chienlit puis le nouvel ordre moral ont tous deux contribué à détruire la morale et la société chrétienne ; l’acharnement contre le patriarcat et la famille le dit assez.

C’est dans cette perspective qu’il faut regarder les affaires Weinstein, Lang, Epstein, Miller, Strauss-Kahn, Depardieu, Pélicot, Jacot, Duhamel et quelques autres. Aujourd’hui, seul Epstein apporte quelque chose à notre réflexion.

Cet homme est mort en prison, et les anomalies autour de sa surveillance sont si nombreuses, graves et concordantes qu’il y a lieu de le présumer innocent de son suicide et d’en inculper des gens haut placés dans le système américain. Epstein, on le voit maintenant avec l’affaire qui « empoisonne » le monde entier, comme le relève Le Monde, gênait tout le monde, pour la bonne raison qu’il avait fréquenté tout le monde.

C’était le grand entremetteur des gens qui sont quelque chose, l’ami de ceux qui ne sont pas des sans-dents, le familier de tous les puissants, par là même plus puissant qu’eux par moments, le favori, le bouffon, le proxénète universel. La figure même de l’entre-soi des élites révolutionnaires mondialistes.

Pour ceux qui aiment le cinéma italien, c’est un peu le personnage central du film de Pasolini, sorti en 1968, Théorème, que l’Office catholique du cinéma, complètement déboussolé par la révolution, prima. Ce personnage a pour nom « visiteur » (est-ce un ange ?), et couche avec toute la famille, même le chien, si ma mémoire est bonne. Il la fait exploser, et avec elle les conventions et illusions « bourgeoises ».

Notre nouvel ordre moral insiste lourdement sur le sexe dans l’affaire Epstein ; il serine : « prédateur », « pédocriminel », etc. C’est une escroquerie. Le sexe n’est qu’un moyen de corruption, parmi d’autres : l’argent, l’art, la grande vie. Epstein traitait chaque ami, chaque pigeon, chaque dossier, selon sa faiblesse, avec le moyen de corruption qui lui convenait. C’était un super-agent de corruption, l’art de corrompre en personne, comme tel infiniment séduisant ; les descriptions qu’en donnent le ministre de la Culture naguère tout-puissant Jack Lang et le vice-Premier ministre norvégien ne laissent aucun doute en la matière. Comme d’un Don Juan, on pourra dire qu’il les a tous eus, jusqu’aux têtes mal couronnées qui hantent aujourd’hui des palais sans honneur, Mette-Marit de Norvège ou Andrew Windsor. Sa chute, au fond, ne nous apprend rien. Il rappelle que le péché foisonne et qu’il est très bête ; ce n’est quand même pas nouveau. Il ne servira probablement pas à grand-chose. Olivier Duhamel vit tranquillement ; Gérard Miller, quoique sous obligation de ne pas quitter le territoire de la République, a été autorisé par la « Justice » à visiter la Sérénissime en octobre dernier.

On finira par préférer Dominique Strauss-Kahn ; lui, au moins, ne couvrait pas sa nudité de grands mots frelatés.

Quand les percussions formidables du nouvel ordre moral se seront calmées, croyez-vous qu’on aura fait un pas vers la protection des plus faibles et la justice à laquelle ils ont droit ? Vous plaisantez, j’espère !

MeToo, qui prétendait libérer la parole, a surtout libéré le mensonge.

Le phénomène se répétera. Pendant qu’on parle à tort et à travers de pédophilie, et qu’on prétend préserver la fleur fragile du « consentement », des adultes perchés imposent leurs maladies à des enfants et, sous couleur de liberté, les conduisent vers la mutilation : ce n’est pas autre chose, la transition de genre offerte aux mineurs. On les laisse libres d’entrer dans la négation de soi et la mort progressive. Telle est l’atroce loi de la révolution existentialiste : vous serez ce que vous voulez, vous serez comme des dieux. Cela, c’est l’avant-dernier stade. Yuval Harari, qui fut le bras droit de Klaus Schwab au Forum de Davos, écrivit alors une justification de l’arc-en-ciel, Homo Deus.

Il vient de déclarer cette année à Davos : « L’intelligence artificielle va prendre la maîtrise de toutes les religions », et il imagine « une religion dont le livre saint serait écrit par une IA ». Fin de partie, bout de la piste, conclusion du théorème : l’extrême licence aboutit à l’asservissement sans aucun jeu. La révolution prétendument libertaire finit en esclavage.

Martin Peltier

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La France et le Liban

La France et le Liban

La relation entre la France et le Liban ne date pas d’hier. Les Phéniciens, ancêtres des Libanais, se sont installés jusqu’à Massilia, aujourd’hui Marseille. Louis IX reconnaissait la nation libanaise comme partie de la nation française, affirmation reprise par les rois successifs. Sous François Ier, la France devenait la protectrice des chrétiens d’Orient. Après la Première Guerre mondiale, elle contribuait à restaurer le Liban dans ses contours historiques, hérités notamment du prince Fakhreddine II. Cette continuité n’a rien d’un mythe : elle fonde une alliance naturelle, au sens où l’entendait Jacques Bainville.

Et pourtant, cette alliance est aujourd’hui sacrifiée. Une partie de la droite nationale française, dans une dérive aussi opportuniste que désinvolte, a tourné le dos au Liban pour se rallier à Israël, cédant à une « israélomania » ambiante. Le calcul est transparent : gagner en respectabilité, s’assurer une visibilité médiatique, se « dédiaboliser ». À ce jeu-là, la France oublie ses intérêts, son histoire et ses fidélités.

Même Charles de Gaulle, dans son discours de novembre 1967, avait su trancher : face aux tensions régionales, il avait choisi de soutenir le Liban et de refuser l’alignement sur Israël. Une ligne de souveraineté que beaucoup feraient bien de relire aujourd’hui. Car depuis 1948, Israël n’a cessé d’attaquer le Liban. Raymond Eddé, dirigeant du Bloc national libanais, proche ami de la famille de France, le rappelait avec constance depuis 1977 dans le journal de l’AF, Aspects de la France : le projet sioniste vise notamment le Sud-Liban, ses ressources, en particulier le Litani, et la destruction du modèle libanais de coexistence multiconfessionnelle, seul capable de contredire la logique de l’ethnocratie sioniste.

Aujourd’hui, la politique menée par Benjamin Netanyahou s’inscrit clairement dans une perspective de « Grand Israël ». Prétendre que cette guerre ne viserait que le Hezbollah relève de la fiction. Ce mouvement n’apparaît qu’en 1983, dans le contexte de l’occupation israélienne du Liban, notamment après l’invasion de 1982. Il s’inscrit alors dans une logique de résistance nationale et a rassemblé, au-delà de son socle initial, des soutiens de différentes confessions, à l’image de l’ancien président du Liban, le général Michel Aoun, ou de combattants chrétiens (des Arméniens sont tombés sur le champ de bataille). La déclaration de Youmna Gemayel, fille de Bachir Gemayel, soutenant tous ceux qui défendent les 10 452 km² du Liban, en est une illustration claire. Au Liban, il y a une résistance nationale qui combat l’occupant et refuse la capitulation.

Dans ce contexte, l’alignement d’une partie de la classe politique française sur Israël n’est pas seulement une faute morale : c’est une erreur stratégique majeure. La France n’a aucun intérêt à se montrer docile vis-à-vis d’Israël ou des États-Unis en sacrifiant le Liban. Le pays du Cèdre demeure, qu’on le veuille ou non, le pont naturel de la France vers l’Orient. L’oublier, c’est se condamner à l’effacement.

                                                 La rédaction

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Le drapeau de l’Union européenne : fausse icône

Le drapeau de l’Union européenne : fausse icône

Le drapeau européen venait à peine d’être arraché des frontons de nos mairies que Marion Maréchal, déjà, volait au secours du symbole bleu aux douze étoiles. 

Dans une tribune publiée sur X le 30 mars 2026, la députée européenne a affirmé : 

« Ceux qui retirent le drapeau européen de leur bâtiment public le font en signe d’une protestation symbolique (et légitime) contre l’étouffement bureaucratique, progressiste et, bien souvent, anti-national de Bruxelles.

Mais il ne faut pas se tromper de levier de contestation : le drapeau européen est l’une des rares références à notre civilisation au sein de l’institution européenne. Créé par le Français Arsène Heitz – fervent catholique -, ce drapeau s’inspire de la médaille miraculeuse et des 12 étoiles de la couronne de la Vierge Marie. Il renvoie à ce que devrait être, avant tout, l’Union européenne : le cadre politique d’une civilisation.

Mélenchon lui-même ne s’y était pas trompé, lorsqu’en 2017, apercevant un drapeau européen à l’Assemblée nationale, il s’était esclaffé : « On est obligé de supporter ça ? (…) C’est la République française ici, c’est pas… la Vierge Marie. »

Notre tâche doit être de redonner une dimension identitaire au projet européen : le drapeau européen n’est donc pas un symbole à supprimer, mais à revendiquer face à l’absence d’âme de l’UE technocratique. »

Ce syncrétisme théologico-politique est symptomatique de la dérive profonde d’une certaine droite nationale qui, à force de vouloir christianiser les barreaux de sa prison, finit par accepter la cage mondialiste elle-même. Cette posture trahit une incapacité absolue à transmettre l’essence de la tradition française, réduite à un bricolage symbolique où la Nation s’efface devant une Europe fantasmée.

L’argument de Marion Maréchal est affligeant de naïveté. Qu’Arsène Heitz, créateur du drapeau, ait eu des dévotions mariales personnelles est une anecdote sans portée. La vérité institutionnelle est inscrite noir sur blanc sur le site du Conseil de l’Europe :

 « Sur le fond bleu du ciel, les étoiles forment un cercle en signe d’union. Elles sont au nombre invariable de douze, symbole de la perfection et de la plénitude, qui évoque aussi bien les apôtres que les fils de Jacob, les travaux d’Hercule, les mois de l’année. »

Le drapeau de l’Union européenne est le symbole d’un universalisme appliqué en politique. Il met sur le même plan les apôtres du Christ, les fils de Jacob, les mythes païens et le calendrier laïc. Cette énumération hétéroclite n’honore pas le Christ. C’est au contraire le symbole parfait d’une Europe qui ne veut ni âme, ni racines, ni frontières, mais un marché ouvert à tous les vents, à tous les flux, à tous les métissages.

Prétendre que ce drapeau incarne « notre civilisation » est une faute politique majeure qui confine à une posture d’impuissance : une tentative sans cesse châtrée de réformer le système de l’intérieur. 

Cette faute n’est pas vénielle : elle sert de levain pour gonfler la pâte du camp national avec l’air européiste du temps.

L’européisme est un agent contaminateur qui tente de rapprocher les positions du camp national vers celles des identitaires pro-UE, tels que Julien Rochedy, qui appelle de ses vœux un « déplacement du cadre de la nation vers la civilisation ».

Ce déplacement constitue pourtant le premier glissement qu’induit la tentation cosmopolite, idéologie responsable du déclin de l’Europe. Car l’Europe n’est civilisationnelle que parce qu’Europe des nations.

Pour lui, la question nationale ne se pense qu’à l’aune d’une solidarité civilisationnelle européenne, quitte à composer avec les institutions de l’UE. 

Cette stratégie urgentiste du « continent d’abord » est une impasse. Elle dilue les volontés nationales dans des alliances de circonstance et finit par produire des gouvernements qui, une fois au pouvoir, s’alignent sur les diktats bruxellois. Le « modèle Meloni » en est la preuve.

Élue en 2022 sur un programme souverainiste, Giorgia Meloni devait être l’appartement-témoin du nationalisme européen. Trois ans plus tard, le bilan est sans appel : le point focal des identitaires, qui justifie sous couvert d’urgence toutes les agitations, est resté intact : les arrivées de migrants en Italie ont augmenté sous son mandat, le Pacte asile et migrations de l’UE a été assimilé, et la confrontation avec Bruxelles n’a pas eu lieu.

Le modèle Meloni est la preuve qu’on ne réforme pas l’UE de l’intérieur. Il démontre surtout que l’on perd un temps précieux, puisque l’urgence démographique et migratoire, sans cesse dénoncée par les identitaires, est bien réelle à se refuser à la construction d’un Front nationaliste capable de reprendre notre nation.

Au-delà de son erreur politique, Marion Maréchal s’illustre par sa médiocrité de transmettrice. Dans l’ordre naturel et traditionnel, la femme est celle qui incarne et perpétue la mémoire du peuple, celle qui transmet aux générations futures la substance de la tradition. Or, une femme qui prétend incarner la droite nationale devrait savoir que la tradition française ne se réduit pas à un syncrétisme de symboles détournés.

En défendant le drapeau européen au nom de la Vierge Marie, Marion Maréchal montre qu’elle a perdu le sens de la hiérarchie des fidélités. Elle sacrifie la défense de l’État-nation sur l’autel de la chimère de l’Europe politiquement universaliste, c’est-à-dire cosmopolite. 

Elle ne transmet pas une vision claire, mais un compromis fumeux où la nation devient un détail dans une « civilisation européenne » abstraite, et, en fait, toute soumise au mondialisme et au cosmopolitisme.

La tradition ne se transmet pas par des accommodements symboliques, mais par la clarté du combatOn ne transmet pas une civilisation en la diluant dans l’universel. On ne reconquiert pas un peuple en lui proposant des drapeaux étrangers déguisés en icônes.

La rupture est la seule voie.

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À bas la guerre !

À bas la guerre !

Il y a un siècle, une action mémorable de Charles Maurras a contribué à éviter la guerre.

Nous nous souvenons cette année du 90e anniversaire de la « loi Maurras ». Contrairement à l’usage d’appeler une loi du nom de celui qui l’a proposée, cette dernière a été désignée du nom de celui qu’elle visait : le directeur de L’Action française, Charles Maurras. Publiée le 10 janvier 1936, la nouvelle loi, qui réprimait la menace de mort, valut à l’écrivain une condamnation à plusieurs mois de prison le 21 mars suivant. Pourtant, selon les partisans de Maurras, les faits auraient plutôt justifié l’attribution du prix Nobel de la paix.

Que l’on en juge ! En 1935, l’Italie fasciste a engagé une guerre contre l’Éthiopie, nation africaine avec laquelle elle avait eu maille à partir depuis le XIXe siècle. L’Italie, tardivement unifiée, rêvait de se tailler un empire colonial, ce qui correspondait aux idées « civilisatrices » de l’époque, et la France et l’Angleterre, qui dominaient des empires considérables en étendue, étaient assez mal venues à s’en offusquer. Or, cent quarante parlementaires français, maçons et/ou de gauche, publièrent un manifeste appelant la Société des Nations à prendre des sanctions contre l’Italie et, partant, à déclencher une guerre avec cette puissance. Circonstance aggravante, cette initiative avait lieu à l’époque de la montée en puissance de l’Allemagne de Hitler, dont la dangerosité aurait dû accaparer en priorité l’attention des responsables politiques français. En conséquence, dans le quotidien L’Action française, Maurras publia les noms de ces parlementaires en les traitant d’« assassins de la paix » et d’« assassins de la France », et conclut en s’adressant à eux : « En l’absence d’un pouvoir national capable d’arrêter le cours de vos entreprises de trahison, il importe que les suprêmes mesures soient ordonnées, il faut que votre sang soit versé le premier. » (AF du 22 septembre 1935).

Le journal poursuivit sa campagne au cours des semaines suivantes, et Maurras la renforça même par une expression qui fit fortune (AF du 13 octobre 1935) : « Ceux qui poussent à la guerre doivent avoir le cou coupé. Comme la guillotine n’est pas à disposition des bons citoyens… vous avez quelque part un pistolet automatique, un revolver ou même un couteau de cuisine. Cette arme, quelle qu’elle soit, devra servir contre les assassins de la paix… » C’est à la suite de cet appel qu’a été promulguée la « loi Maurras » et que le polémiste, qui avait persisté, fut condamné à la prison ferme et vit même sa peine allongée du fait d’autres menaces visant Léon Blum. Toujours est-il que la guerre projetée par certains contre l’Italie n’eut pas lieu, et Maurras put se sentir satisfait, en proférant une menace sous condition, d’avoir contribué à éviter une guerre que les Français n’avaient aucun intérêt à faire. L’on observera néanmoins que, si la paix européenne fut sauvegardée dans l’immédiat, les politiciens n’en profitèrent guère pour préparer la France à parer à la menace allemande. L’on peut d’ailleurs penser que l’initiative des cent quarante nuisibles a contribué à jeter le Duce dans les bras du Führer, c’est-à-dire à accroître le péril national.

C’est un fait historique que les républicains ont la fâcheuse habitude de jeter le pays dans des aventures guerrières « quoi qu’il en coûte », sans même se demander si ces guerres sont utiles à l’intérêt national ni si elles peuvent être gagnées. Ce fut le cas en 1792, avec le déclenchement d’un quart de siècle de conflit européen par les révolutionnaires, et une défaite à la clé. Ce fut encore le cas avec l’inutile prolongation de la guerre de 70, et encore avec le déclenchement de la guerre de 1940, puis le refus de l’armistice sauveur.

Fidèle à sa ligne de maintien de la paix et de défense exclusive de l’intérêt national, lors de la crise de Munich, en 1938, l’AF paraphrasa un couplet de L’Internationale, initialement dirigé contre les généraux :

« S’ils s’obstinent, ces cannibales,

à faire de nous des héros,

il faut que nos premières balles

soient pour Mandel, Blum et Reynaud. »

Ces combats politiques sont-ils l’écho d’un temps révolu ? L’on peut en douter, du fait de l’analogie avec notre époque troublée, où des dirigeants annoncent froidement aux Français, qui, pour la plupart, ignorent jusqu’à l’existence du Donbass (et ne s’en portent pas plus mal), qu’il faut qu’ils se préparent à voir leur jeunesse mourir pour Kiev. Et, compte tenu du précédent historique, il y aurait peut-être lieu de redouter que le président Macron et son chef d’état-major, en raison de leurs déclarations bellicistes et matamoresques en faveur de la guerre qu’ils souhaitent, ne finissent par trouver quelque jour leur Maurras et ne s’entendent sommer d’assumer personnellement les conséquences de leurs actes, au nom du principe suivant lequel « la vie des tyrans appartient à ceux qui n’ont pas peur de mourir ».

    Franck Bouscau

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C’est le front républicain qui a tué Quentin

C’est le front républicain qui a tué Quentin

Les éléments de langage et postures successifs des médias et des hommes politiques depuis le meurtre de Quentin mentent et empêchent de comprendre ce meurtre.

Écartons d’abord les tentatives piteuses de Mélenchon d’inverser la réalité : « on nous agresse, c’est l’extrême droite qui tue, patati ». On aimerait qu’il fournisse ses statistiques. Le Pen, en son temps, avait publié un livre noir des attaques des sicaires d’extrême gauche, c’était assez croquignolet.

Passons aux choses sérieuses.

Le Canard enchaîné croit découvrir qu’aux « bas-du-front » de l’extrême droite répondent des bas-du-front de l’extrême gauche, suggérant que le meurtre est le fait des bas-du-front. C’est faux. Tuer en politique n’est pas leur fait. Ni Brutus ni Marat ni Robespierre n’étaient bas-du-front, et le plus grand criminel politique de l’histoire, peut-être, Trotski, était tout sauf bas-du-front. Ravachol, Pol Pot ni Mao n’étaient bas-du-front.

Plus commune encore a été la phrase : « nul ne doit mourir pour ses idées », ou « aucune idéologie ne vaut qu’on tue, bla bla ». Or c’est précisément une idéologie qui a tué. Laquelle ?

Un confrère subventionné, journaliste à l’Humanité, nous a renseignés en traitant Quentin de « nazillon ». Il ne faisait qu’exprimer avec ses moufles communistes ce que Le Monde, La Croix, et d’autres disent avec leurs mots doucereux et obliques : passé par l’Action française puis Academia Christiana, il était forcément d’extrême droite. Autrement dit, le diable. Marqué du signe de la bête et, comme tel, abattable sans sommation. No limit contre les fachos. Céléméchants, comme dirait le politologue ricanant Viktorovitch. Comme ils sont une menace permanente, on a droit à « l’autodéfense » contre eux, légitime.

Un membre de la famille Villiers a dit, je crois, que le mot antifa est un mensonge, les antifas sont des fascistes. Non. Grave erreur, qu’on traîne depuis 80 ans. Il y a eu des fascistes, qui ont commis certaines violences en réponse aux crimes communistes. Les fascistes ont disparu en 1945. Les communistes et leurs neveux commettent toujours leurs crimes. Mais depuis 1945, parce que l’Union soviétique était dans le camp des vainqueurs, l’Europe pratique ce que j’appelle la préférence communiste, la préférence pour l’extrême gauche : ce que les bolchos et les gauchos font n’est pas toujours très bien, mais toujours moins pire que la bête immonde d’extrême droite. Et pour ça, on les laisse faire, on s’en sert et on s’allie avec eux. C’est ce qui a justifié le front républicain. C’est pour ça que Gabriel Attal, François Hollande et Laurent Wauquiez ont fait élire le Nouveau Front populaire et qu’ils ont été élus eux-mêmes. La chose est profondément ancrée dans les réflexes politiques français : quand on choisit la bête immonde, on se met ipso facto hors de l’humanité fréquentable et, ma foi, tant pis. Peut-être le meurtre de Quentin changera-t-il cela. Alors il ne sera pas mort pour rien.

Une dernière variation a été lancée par l’ancien ministre Malhuret : « L’extrémisme tue ». Et l’omelette coupée aux deux bouts, radicale, MRP, SFIO, est ressuscitée. La République n’a pas trente-six recettes, elle sert toujours la même pour se partager le gâteau, on se croirait revenu en 1950 avec l’exclusion des gaullistes et des cocos. Avec en prime une fausse symétrie entre la victime et le bourreau, qui donne licence à celui-ci de tuer celle-là, et bonne conscience au lâche qui commente. Les antifas sont de sales bêtes imbéciles, mais le cerveau qui a causé l’assassinat, c’est vraiment le front républicain.

Martin Peltier 

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Macroneries à la française contre les fonctions régaliennes

Macroneries à la française contre les fonctions régaliennes

Commentant le traitement que le système politico-médiatique actuel a réservé à la réunion tenue dernièrement dans une ville chinoise par les membres de l’Organisation de coopération de Shanghai (O.C.S.), Régis de Castelnau le considère comme « l’expression d’un mélange d’ignorance crasse, de mensonges, de bêtise arrogante », et il s’interroge sur ce qu’on peut finalement attendre « d’un Occident terminal dirigé par des abrutis qui ne comprennent rien à ce qui se passe, et ne voient que dans des rodomontades bellicistes le moyen de se rassurer et de continuer à se mentir ».

Notre rationalité d’Action française nous fait adhérer pleinement au jugement de l’ancien avocat. Et pour nous, les délires de cette République, et singulièrement l’infantilisme prétentieux et moralisateur de l’ère macronarde qui, au niveau international, se fait passer pour de la diplomatie, sont une raison suffisante pour nous interroger sur ce que, en France, quelque deux siècles de régime démocratique ont fait de la politique. Ars magna de nos anciens, puisque c’est par la politique, et seulement par la politique, que peuvent se réaliser en plénitude et se déployer les conditions du « Bien commun » temporel !

Autrement dit, lorsque l’État est un État normal (ce qui veut dire un État légitime), c’est dans ce cadre que s’effectue la mise en œuvre de ce qu’on appelle les fonctions régaliennes. Ces fonctions vitales sont au nombre de quatre : la politique extérieure, l’ordre intérieur ou sécurité publique, la justice, les finances. Tout le reste, dont l’État moderne, l’État anormal, le Léviathan totalitaire se gorge jusqu’à en crever, n’est qu’usurpation tyrannique, entraînant à terme la destruction de l’ordre social. Contre les incompréhensions persistantes de toute origine, redisons inlassablement que telle est la base de notre « Politique d’abord ».

Au premier rang de ces fonctions éminentes se trouve donc évidemment la politique extérieure, puisque c’est d’elle, et de son extension naturelle, la question militaire dont elle est inséparable, que dépend la défense des remparts de la Cité, condition sine qua non de l’exercice des autres fonctions. C’est bien, en effet, sous la protection de la sécurité préalablement assurée vis-à-vis des éventuelles menaces venues du dehors, qu’ordre intérieur, justice et finances pourront converger efficacement à la réalisation du seul véritable droit de l’homme, qui est de vivre en paix.

Selon Carl Schmitt, qu’il faut suivre sur ce point, en effet, l’un des trois présupposés du politique est « la différenciation de l’ami et de l’ennemi », différenciation spécifique – dit-il – « à laquelle se ramènent les actes et les motivations politiques ». Et ce phénomène de l’altérité, essentiel à la compréhension du monde, entraîne des conséquences absolument infrangibles. C’est pourquoi l’importance de cette première fonction est telle que nous en traiterons à part, à la fin de ce propos.

D’abord, donc, le principe général, le principe élémentaire fondateur grâce auquel la société civile peut mettre en œuvre les autres fonctions régaliennes, et en particulier celle qui concerne l’ordre intérieur, est que le pouvoir de décision doit se trouver au plus près des intérêts en cause ; c’est pourquoi, dans la logique de ces fonctions que l’État est le seul à pouvoir exercer directement, ce n’est pas de lui que relève le domaine privé, beaucoup plus étendu même que nous avons aujourd’hui l’habitude de le concevoir.

Ne relèvent évidemment pas davantage de lui ni l’exercice des métiers, ni les responsabilités des divisions territoriales superposées qui constituent le cadre naturel de la vie des hommes, provinces, communes, etc. C’est pourquoi, normalement, la vie de famille, sous l’autorité du père et de la mère, doit lui échapper.

L’AF citait cette déclaration du duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV : « Le souverain, quoique juge de tous ses sujets, ne doit point ériger, pour ainsi dire, son tribunal jusque dans les foyers » ; 

et aussi : « Quoique l’Évangile fasse la loi en France (…) il n’est pas cependant de la compétence du magistrat de rechercher ceux qui en négligent les devoirs dans le particulier ou même qui iraient à les mépriser. » 

Voilà une véritable déclaration d’une véritable liberté, tout au rebours du flicage général contemporain !

La Royauté est un gouvernement, et ne prétend pas être autre chose ! La République, elle, est une Église, qui prétend, selon les principes de Jean-Jacques Rousseau, prendre l’homme dans la totalité de sa nature. Son dessein n’est pas de rendre la France plus forte, plus riche, plus paisible, d’assurer aux hommes, comme on le veut depuis Aristote, le plus de bien possible dans les conditions terrestres, mais de promouvoir les idéologies qui lui permettent de dominer.

Mais cela veut-il dire que l’État (nous parlons toujours de l’État normal) doive rester étranger aussi bien à la vie des familles qu’à l’exercice des professions, ou à la gestion des provinces et des communes ? Évidemment pas, puisque, gardien de l’ordre, il doit être attentif à ce que règne entre les habitants du pays cette union, aussi complète que possible, qui assure la paix, sans laquelle la recherche du « Bien commun » est illusoire.

Et c’est donc en complément ou suppléance des autorités inférieures, souveraines et libres de leurs décisions dans leur domaine propre, mais qui peuvent faillir, déroger, qu’il peut lui-même intervenir en cas de besoin, et a le devoir de le faire, au nom du principe de subsidiarité.

C’est pourquoi l’État qui, nous l’avons dit, ne s’occupe que des intérêts les plus élevés, ceux qui concernent le gouvernement proprement dit, n’a pas, en situation normale, à considérer les personnes. S’il peut être amené à le faire, c’est seulement en vue de l’intérêt de tous, à titre exceptionnel, pour rendre à chacun selon ses œuvres, c’est-à-dire soit pour récompenser ceux qui servent l’unité au service du Bien commun, soit, au contraire, pour punir ceux qui, violant de quelque façon l’implicite pacte social, rompent l’unité collective et rendent plus difficile l’exercice des droits de chacun ; c’est pourquoi seuls le scandale public, ou toute autre mise en cause factuelle de la paix publique, peuvent justifier des interventions à ce niveau. C’est seulement à ce titre de sauvegarde du pacte social que s’exerce la fonction de justice, dont le rôle n’est que de sanctionner les manquements aux conditions externes du Bien commun.

Ainsi, l’exercice par l’État de toutes les fonctions régaliennes s’inscrit dans une rigoureuse logique de liberté des personnes. Notre formule, à l’Action française, a toujours été : « Libertés à la base, autorité au sommet ! » 

Autorité, c’est-à-dire pouvoir absolu, à ce niveau de décision qui ne concerne pas les personnes privées.

Contrairement à l’amalgame pervers actuellement en vigueur, l’économie, comme son nom l’indique, relève de l’ordre privé, et chacun, homme ou institution légale, est le maître de ses propres œuvres. La seule et unique fonction légitime de l’État dans ce domaine, restant sauf évidemment le principe de subsidiarité, est d’ordre purement financier, ce qui veut dire qu’il doit absolument s’assurer la maîtrise de la monnaie, élément essentiel de la souveraineté, sans laquelle il n’y a pas de pouvoir politique digne de ce nom.

Aujourd’hui, c’est à un dévoiement total de la puissance publique que se livre l’État totalitaire que nous subissons, auto-institué, auto-proclamé, contre toutes les libertés personnelles ou collectives, maître à penser, directeur de conscience, médecin et pharmacien, instituteur et professeur de gymnastique, etc., détournant même au profit de ses affidés, de son propre appareil ou de ses idéologies les fonctions les plus normales de finance, de police et de justice.

                                      Philippe Champion

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