Communiqué de l’Action Française

Communiqué de l’Action Française

Le 16 juin dernier, au cours de l’audience publique à la Cour d’Appel d’Aix-en-Provence, dans le cadre du litige opposant L’Action Française aux dissidents, CRAF – Restauration Nationale, qui ont déposé frauduleusement le nom « Action Française » pour contourner notre mouvement dont l’appellation avait fait pourtant l’objet d’un enregistrement préalable par Pierre Pujo, l’avocat de ces derniers, Maître Damien Challamel, a révélé l’état d’esprit de ses clients en déclarant que nous (L’Action Française officielle) étions « obsédés par la question judéo-maçonnique ».

Ne nous y trompons pas : cette diabolisation de L’Action Française est une preuve supplémentaire de la compromission de nos dissidents avec le régime. 

L’Action Française  n’a rien à se reprocher. Elle ne transige point avec la démocratie et son système, comme l’ont fait nos adversaires en soutenant notamment le républicain Eric Zemmour et en participant à sa campagne.

L’Action Française continue son travail : rendre à la France les institutions qui garantiront sa pérennité.

                                                                   

                                                                                                                                           Le Comité Directeur de l’Action Française

Législatives 2022 : la claque !

Législatives 2022 : la claque !

Les résultats de ces élections législatives ne sont pas sans surprises.

54 % d’abstention, le grand parti de ceux qui ont boudé la kermesse électorale, le mensonge et la démagogie, remporte la bataille, haut la main. Nous nous réjouissons du désintérêt que suscite désormais la sacro-sainte démocratie chez un nombre toujours plus croissant de Français. La représentation dite nationale est un leurre !

« Par tous les moyens même légaux » : l’arrivée de 89 députés du Rassemblement National à l’Assemblée Nationale est une bonne nouvelle : gageons qu’ils puissent à leur manière faire entendre la voix de tant de Français de bonne volonté, inquiets pour l’avenir.

La démocratie est fragilisée, le poudré de l’Élysée est sous tutelle. Continuons le combat d’AF dans la fidélité, employons-nous à combattre coûte que coûte les méfaits du régime républicain.

Un concours de circonstances peut très bien arriver !
« On les aura ! »
Le Comité Directeur de l’Action Française
Pour nos libertés

Pour nos libertés

Parmi les observations justes et fécondes laissées par Maurras, celle-ci : les vaches sont bien gardées quand il y a des libertés à la base et une autorité au-dessus. Cela fonde le principe de subsidiarité que l’Union européenne loue en parole et bafoue en fait. Ce principe de sain gouvernement, deux faits récents illustrent le mal qui naît de sa transgression et l’espoir que sème ceux qui le suivent.

Le premier fait, déplorable, est le report décidé par le cardinal Ouellet, préfet de la congrégation des évêques, des ordinations de prêtres et de diacres prévues ces derniers jours dans le diocèse de Toulon, sans qu’aucune raison n’ait justifié cette décision. D’après Famille chrétienne, la visite apostolique menée par l’archevêque de Marseille Jean-Marc Aveline s’était bien passée et ne laissait pas deviner telle chute. Or cet ajournement sine die est non seulement une cruelle blessure pour les jeunes gens privés d’ordination, mais apparaît aux yeux de tous comme une condamnation de l’évêque de Toulon, Dominique Rey, et de la politique qu’il mène auprès de ses ouailles. Pourtant, dans le désert de pratique et de vocations qu’est devenue la France, le diocèse de Toulon est l’un des rares qui fonctionnent encore un peu. Mais peut-être en veut-on à Rome à Mgr Rey d’être considéré comme « conservateur » et de réussir : les palléo-modernistes en fin de vie qui infestent l’appareil de l’Eglise rêvent d’entrainer le peuple chrétien dans leur rapide évanescence. Quoiqu’il en soit, on voit ici l’un des phénomènes les plus inquiétants à l’œuvre depuis Vatican II : sous couleur de collégialité (et cela ne va pas s’arranger avec la maladie des synodes), donc de « démocratie », on réduit, on annihile la liberté créatrice de la cellule de base de l’Eglise catholique, le diocèse – dont l’évêque était traditionnellement seul maître. Le pape, et encore moins la curie, et encore moins telle ou telle conférence ou tel synode, n’a pas à se substituer au père spirituel du diocèse, successeur des apôtres et responsable devant Dieu seul. En bafouant l’usage et l’esprit de cet usage, l’autorité romaine fait du mauvais travail et se discrédite : mais peut-être est-ce le souhait secret de François, qui après tout reste jésuite : ses foucades de communication et la brutalité arbitraire de son gouvernement seraient un moyen tordu d’affaiblir à terme l’autorité du pape.

Voici maintenant la touche d’espoir et elle vient paradoxalement du premier tour des législatives. On en a tout dit, silences de Marine Le Pen, pimpons de Mélenchon, fil blanc de Macron, ennui et abstention. Mais l’espoir est à la base. Ce sont les élus, les futurs élus, qui peuvent passer par maille et servir les libertés françaises à leur petit niveau. J’en parle avec satisfaction parce que dans la Gironde où je vis, pour la première fois, deux candidats qui correspondent un peu à la France que nous aimons peuvent être élus. Cela n’était pas arrivé depuis au moins la fin de la seconde guerre mondiale. Il s’agit de Grégoire de Fournas en Médoc et d’Edwige Diaz dans le Blayais. Je ne connais pas la dernière mais j’observe le premier depuis des années, depuis qu’il est conseiller municipal de Pauillac et qu’il a été conseiller général du canton de Saint-Vivien de Médoc. C’est un vigneron sérieux, un élu local présent, un monsieur qui fait ce qu’il dit et qui dit des choses simples et bonnes, c’est un catholique convaincu, le tout sans brutalité ni forfanterie : en somme c’est quelqu’un qui portera bien à l’Assemblée nationale la voix des Français – après tout, c’est d’abord à cela que servent les députés. A faire entendre la voix de la France là où se prennent les décisions et se votent les lois. S’ils étaient cinquante comme lui au Palais Bourbon, cela ferait un groupe parlementaire, un autre son de cloche dans le Landernau parisien – nous avons connu cela deux ans entre 1986 et 1988. Il a en face de lui un Mélenchonien. Plus de socialiste, de républicains ni d’Ensemble : l’extrême-droite et l’extrême-gauche face à face, le combat des épouvantails. Le NUPES, l’homme des folies révolutionnaires, a fait le plein de ses fans, il n’a d’autre réserve que la macronie : derrière Fournas au contraire viennent d’importantes réserves, divers centres, divers droite, reconquête, LR. Je ne sais pas ce que recommanderont les appareils et je ne veux pas le savoir. Mais si les électeurs le veulent, ils peuvent se débarrasser du candidat de la créolisation, des minorités et de la révolution sociétale en choisissant celui de la vigne et de la France. Choisir, en politique, c’est tout simple : c’est choisir la vie qu’on veut.

Martin Peltier

Législatives : le chaos en marche

Législatives : le chaos en marche

Les résultats de ce premier tour ne nous surprennent pas, la France sera « gérée » cinq année durant par la coalition de la NUPES (Nouvelle Union populaire écologique et sociale) et par LREM (La République en Marche), véritables incarnations de l’anti-France, organisateurs du chaos.

Rien de positif ne pourra ainsi sortir de cette assemblée de racailles démocrates. Ces tragiques résultats cachent toutefois une espérance : le premier parti de France est celui des abstentionnistes. 52 % des électeurs ne se sont pas déplacés : les Français se désintéressent des magouilles politiciennes et abandonnent les partis qui divisent, la démocratie se délite et il est vital, pour le pays de travailler à sa perte.

Néanmoins l’Action Française appelle les Français à combattre par tous les moyens, même légaux, les candidats mondialistes de LREM et de la NUPES.

Fidèle à elle-même, l’Action Française doit sans cesse rappeler que le réveil Français passera par la liquidation du régime en place.

« La démocratie c’est le mal, la démocratie c’est la mort » – Charles Maurras.

Catholicisme et démocratie : entretien avec l’abbé Claude Barthe

Catholicisme et démocratie : entretien avec l’abbé Claude Barthe

Nous nous retrouvons pour un entretien avec l’abbé Claude Barthe, à l’occasion de la publication de son livre « La tentation de ralliement. Être catholique en démocratie » aux éditions de l’Homme Nouveau. Il va sans dire que l’annonce de cette parution nous réjouit particulièrement et cela pour une raison bien précise :  nous constatons, depuis de nombreuses années, que le clergé catholique a cessé de s’intéresser aux questions politiques fondamentales. Rares sont les critiques qui portent sur les nouvelles propositions de loi ou les cadres institutionnels, dans lesquels celles-ci sont prises ! C’est ici que l’auteur se démarque, en critiquant précisément ce qui était laissé de côté. Cette critique qu’établit l’abbé Barthe est, certes, une critique catholique, mais les réflexions menées peuvent intéresser également ceux qui se trouvent hors de l’Église. Voici un autre mérite de ce livre : en peu de pages, l’auteur parvient à saisir le cœur du problème auquel se heurte la conscience catholique et à nous l’exposer le plus clairement possible. Qu’il en soit sincèrement remercié, nous espérons que cette réflexion inspirera de nombreux catholiques.

Action Française : Monsieur l’abbé, nous vous remercions d’avoir bien voulu nous accorder cet entretien. Nous aimerions, premièrement et en guise de préambule, que vous éclaircissiez un point : quel regard porte traditionnellement, l’Église, sur la démocratie comme système politique « neutre » ? Ceci étant précisé, de quelle démocratie traitez-vous dans cet ouvrage ? Est-ce une forme de démocratie particulière, quels en sont ses éléments constitutifs ? En effet, vous écrivez dans votre livre : « Elle montre aussi le caractère hasardeux des déclarations ecclésiastiques contemporaines sur le « système démocratique ». Elles supposent en effet que ce système est en soi neutre, en le ramenant à l’une des formes possibles de gouvernement des sociétés politiques naturelles : monarchie, aristocratie, démocratie, régimes mixtes ; de ce fait, elles font abstraction de l’essence contre-nature et areligieuse, du régime considéré, celui de la démocratie moderne » (p. 64).

 

Abbé Claude Barthe : Vous allez tout de suite au cœur du sujet. Jean Madiran, dans Les Deux Démocraties (Nouvelles Éditions latines, 1977), soulignait que la source de la confusion – volontaire ou pas – de ceux qui veulent « baptiser » la démocratie moderne, celle née de la Révolution, résidait dans le fait qu’ils l’assimilent à la démocratie « traditionnelle », celle d’Athènes ou des cantons suisses de jadis. Cette dernière est une forme de gouvernement parmi d’autres. On peut, et on doit discuter de son adéquation ou de son inadéquation avec tel peuple déterminé, mais elle peut en soi, permettre la recherche du bien commun de la Cité. En revanche, la démocratie de Rousseau, qui veut que le pouvoir souverain émane de l’ensemble des citoyens et que la loi soit l’expression de la volonté générale – deux principes gravés dans la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 -, va contre la nature de la société des hommes, dans laquelle le pouvoir, même s’il est exercé par le peuple, émane de Dieu, et dans laquelle la loi humaine se raccorde à la loi naturelle, inscrite par Dieu dans le cœur des hommes. Par le fait, si une nation est baptisée, ce décrochement se fait aussi par rapport à la Religion, dont le Prince ou les magistrats sont les défenseurs-nés (cf. le serment du sacre des rois de France).

AF : Ceci étant dit, nous aimerions vous poser une seconde question préliminaire. Vous écrivez : « User du monde comme n’en usant pas : vivant au sein d’un monde mauvais, il faut en sortir au moins moralement, en s’élevant contre lui, en se préparant effectivement à le remplacer. ». En quoi ce monde est-il mauvais ? En quoi les systèmes institutionnels, issus de la Révolution française sont-ils mauvais ?

Abbé Claude Barthe : Dans la mesure où l’élaboration de la loi humaine ignore par principe, la transcendance de la loi divine, totalement ou partiellement ; aussi longtemps que l’état de l’opinion reste influencé par le catholicisme, elle devient ce que Jean-Paul II qualifiait de « structure de péché ». Il parlait de la loi mauvaise, mais ce n’est pas seulement la loi démocratique qui est source de péché (elle peut d’ailleurs parfois être bonne, accidentellement pourrait-on dire), c’est le principe même, qui veut que la loi, émanant de la « volonté générale », cherche à s’accorder aux désirs des individus, qui est vicié. La subversion de la loi naturelle ne se réduit certes pas à celle de la morale familiale : ainsi le seul fait que la société soit laïque, c’est-à-dire athée est déjà contre-nature ; le Prince ou les magistrats ont, comme le père de famille, en tant que chef de famille, des devoirs religieux. Il ne faut cependant jamais oublier qu’une des grandes « conquêtes » de la Révolution va contre la structure familiale : la loi sur le divorce. La destruction de la société familiale est un marqueur de déstabilisation révolutionnaire. Aujourd’hui, avec l’accélération de la transformation individualiste d’une société de plus en plus sécularisée, l’envahissement d’un marché mondialisé, l’auto-asservissement idéologique des individus « libérés », la subversion du droit naturel est devenue maximale : sous nos yeux, de législature en législature, la « volonté générale » de Rousseau et de l’Encyclopédie, se traduit par une suite d’« avancées » libérales, qui sont en fait des compromis entre les désirs divers et parfois opposés, des individus.

AF : Voici donc devant nos yeux la nouvelle Cité qui s’est érigée après la Révolution française et qui s’est donné des institutions déterminées, une Cité diamétralement opposée à la Cité chrétienne. Pouvez-vous maintenant nous préciser ce que vous entendez par ralliement et nous donner les grands moments historiques de ce mouvement ? Nous connaissons tous celui de Léon XIII, le plus célèbre, mais certaines formes de ralliement n’existèrent-elles pas avant et après celui-ci ?

Abbé Claude Barthe : Entre ces deux bouleversements majeurs que furent la Révolution française pour la société et le Concile Vatican II pour l’Église, dans un espace de près de deux siècles, cette dernière a fonctionné sur deux registres. Son magistère pontifical a été sans discontinuité anti-libéral, condamnant les principes idéologiques de la société moderne, dont la principale forme, comme n’a cessé de le répéter Bernanos, est politique. De Pie V, condamnant la Constitution civile du Clergé, à Pie XII, rappelant les droits de la vérité dans la loi, Pie IX, Pie X, Léon XIII (Immortale Dei, sur la constitution chrétienne des États), Pie XI (Quas primas, sur le Christ-Roi).

Mais dans le même temps, la diplomatie des hommes d’Église – je prends ce terme dans un sens très large de négociation entre l’Église et la société – a cherché, dans l’intention de donner une place publique au culte chrétien, à l’enseignement catholique, etc., des accommodements semi-idéologiques avec les régimes issus de la Révolution. On peut discuter des avantages et inconvénients du Concordat signé avec Bonaparte, mais on ne peut douter que le fait que Pie VII ait accepté de sacrer l’héritier et le consolidateur de la Révolution, ait eu une portée morale de ralliement de l’institution ecclésiastique à l’État nouveau.

Ensuite sont venus les consignes de ralliement de Léon XIII, par l’encyclique Au milieu des sollicitudes de 1892, demandant aux catholiques français d’adhérer « sans arrière-pensée » au régime fondé sur cette conception moderne de liberté que le même Léon XIII condamnait dans son encyclique Libertas. Léon XIII séparait, pour ce faire, les lois mauvaises de la IIIème République, du régime lui-même supposé neutre. L’adhésion au régime pouvant permettre, selon lui, par le biais des élections, de faire changer les lois…

Il y eut aussi ce qu’on a nommé le « Second Ralliement », à savoir ce concordat informel intervenu, à partir de la première guerre mondiale, à la faveur de « l’union sacrée », entre l’Église et la République française, qui aboutit, en 1921, au rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège ;  avec le retour des congrégations, chassées par la loi de Séparation, le tout dans une atmosphère d’entente cordiale entre les hommes d’Église et la démocratie, dont ils affirmèrent volontiers la « légitimité » au titre du pouvoir établi.

L’abandon des Cristeros, ces catholiques du Mexique, insurgés au cri de Viva Cristo Rey ! contre les lois laïques tyranniques, a résulté des arreglos du 27 juin 1929, aux termes desquels le culte était théoriquement rétabli, mais avec obligation pour les Cristeros de remettre leurs armes, ils furent dès lors, massacrés.

On pourrait continuer : le radio-message adressé au monde entier par Pie XII, le 24 décembre 1944, dans le contexte de  fin de  guerre avec l’Allemagne, faisait plus que jamais bénéficier la démocratie de la légitimité du pouvoir établi, mais en rêvant à une « vraie et saine démocratie » qui serait « fondée sur les principes immuables de la loi naturelle et des vérités révélées », avec laquelle n’avait rien à voir la démocratie à laquelle participaient activement les partis démocrates chrétiens en France, Allemagne, Italie, Belgique.

AF : Vous inscrivez dans ce mouvement, la condamnation de l’Action française – plus exactement de son journal et de certaines œuvres de Charles Maurras – en 1926 par Pie XI. Nous aimerions nous y arrêter car nous pensons que cette question est d’une importance capitale, il s’agit à vrai dire, d’une question nodale. Précisons qu’il ne s’agit pas du cœur de votre livre et que vous ne faites qu’évoquer l’événement dans un contexte plus large, ajoutons aussi, que la question est d’une réelle complexité et que la bibliographie qui traite de cet événement commence à être conséquente. Néanmoins, selon vous, est-ce que cette tentative de ralliement – on parle même de second ralliement – est première dans les motivations qui poussèrent à cette condamnation ? Est-ce qu’au-delà des questions doctrinales, ce qui mit en mouvement cette affaire est d’ordre politique ?

Abbé Claude Barthe : Il est sûr que dans le contexte de rétablissement des relations diplomatiques de la France avec le Saint-Siège, en 1921, la mise à l’index, cinq ans après, de L’Action française est apparue comme un cadeau inespéré pour la démocratie de Briand, qui a été, de fait ou intentionnellement, un des éléments de la négociation.

Tout était étrange dans cette affaire. D’abord, la « condamnation » n’était en réalité qu’une mise à l’index, c’est-à-dire une inscription sur la liste des écrits que les catholiques n’avaient pas le droit de lire, mais elle était assortie des peines dignes d’une excommunication pour les récalcitrants : refus d’absolution, refus des derniers sacrements et de l’enterrement à l’église. Ensuite, Pie XI n’a jamais explicité ses reproches doctrinaux. Il a seulement dit que Maurras faisait partie de ceux « qui mettent les intérêts des partis au-dessus de la religion et font servir celle-ci, à ceux-là », leurs doctrines étant « dangereuses tant pour la foi et la morale que pour la formation catholique de la jeunesse », sans autre précision (allocution aux cardinaux, 20 décembre 1926). On aurait pu reprocher à Maurras, l’agnostique, de ne pas faire du catholicisme de l’État, l’essence d’une restauration, comme le voulait le cardinal Billot, qui paya son amitié pour l’Action française d’une privation de la pourpre romaine. On aurait pu lui reprocher son naturalisme politique, mais le naturalisme de la démocratie chrétienne italienne qu’aimait Pie XI, était autrement manifeste.

La « condamnation » du principal mouvement antirépublicain a évidemment poussé vers la République un nombre de catholiques qui, déjà, depuis le Second Empire, se détachaient de la poursuite de restauration d’un État traditionnel. Un autre effet du ralliement de la « condamnation » tient à ce que, outre le cardinal Billot, tous les catholiques dits « intégraux », hostiles au Ralliement prôné par Léon XIII, entrèrent dans une période noire et furent marginalisés : par exemple, le P. Henri Le Floch, spiritain, supérieur du Séminaire français de Rome, dut se démettre, de même que le directeur de La Croix, l’abbé Bertois. Et surtout, au fur et à mesure que disparaissaient les évêques « intégraux » nommés ou poussés par saint Pie X (Marty à Montauban, Penon à Moulins, Ricard à Auch), étaient nommés des évêques démocrates : Feltin à Bordeaux, Liénart à Lille, Gerlier à Lyon, qui conduiront les destinées de l’Église de France jusqu’au Concile, et pour lesquels la contestation politique se réduisait à la défense de l’école libre.

AF : Monsieur l’abbé, selon vous, y a-t-il eu un véritable changement de politique, quant au ralliement, avec le second concile du Vatican ?

Abbé Claude Barthe : Jusqu’à Vatican II, l’adhésion à la démocratie libérale née de la Révolution, était d’ordre diplomatique, avec la pensée que cette adhésion vaudrait reconnaissance et liberté pour l’Église, mais le magistère rappelait invariablement les principes anti-libéraux qui, du point de vue politique, condamnait les principes de l’État « de droit nouveau ». Avec Vatican II, il y a eu adhésion de principe. Le retournement s’est fait techniquement de la manière suivante : la doctrine morale, et donc politique, classique, considère qu’on ne peut donner de droit au mal et à l’erreur ; cependant, pour éviter de grands désordres, dans certaines circonstances, on peut tolérer (c’est-à-dire ne pas punir) certains maux ou erreurs (l’édit de Nantes était un édit de tolérance typique). Mais la déclaration Dignitatis humanæ sur la liberté religieuse de Vatican II a fait de la tolérance un droit, en affirmant en son n° 2 que « tous les hommes doivent être exempts de toute contrainte de la part tant des individus, que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain, que ce soit ; de telle sorte qu’en matière religieuse, nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience ni empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres. » Bien entendu, on avait toujours affirmé qu’on ne pouvait pas agir en matière religieuse contre sa conscience : par exemple, il n’a jamais été permis d’obliger au baptême. En revanche, la doctrine traditionnelle enseignait qu’un État œuvrant à la recherche du bien commun, devait empêcher la diffusion de l’erreur et du mal, sauf légitime tolérance afin d’éviter des maux plus grands.

Le retournement de principe s’est notamment manifesté par le fait que Paul VI, dès la fin du  Concile, a imposé aux États qui se réclamaient encore à l’époque, de la doctrine du Christ-Roi, d’adopter la liberté religieuse. Et ce fut la fin des États catholiques. L’enseignement officiel postconciliaire a posé le principe de « non-confessionnalité de l’État, qui est une non-immixtion du pouvoir civil dans la vie de l’Église » (Jean-Paul II, lettre aux évêques de France du 11 février 2005, à l’occasion du centenaire de la loi de 1905), avec au reste les meilleures et très naïves intentions du monde : on croyait qu’une « bonne » laïcité pouvait être un contre-feu au laïcisme.

La suite nous est bien connue : l’Église est désormais considérée comme une association parmi d’autres. À l’occasion de ce que l’on a nommé la crise sanitaire, on a pu noter à quel point semblait naturel le ralliement du catholicisme aux institutions modernes. Dans le monde entier, avec quelques exceptions courageuses, les épiscopats nationaux, se sont soumis aux directives des États au sujet de l’exercice du culte, alors qu’ils auraient dû défendre le principe de la liberté native de l’Église (quitte à décider eux-mêmes, au nom du bien général, des règles de prudence). En France, en Italie et en d’autres pays, ils ont même anticipé les mesures gouvernementales d’interdiction du culte public. On a vu en France, l’épiscopat interdire la célébration de baptêmes et de mariages pour se soumettre aux règles étatiques.

AF : Vous nous dites : « Retrait de compromissions, à la longue mortifères, ce qui donnerait plus de force à l’annonce du message et d’absence de complexe dans la prédication, à propos de la mise en œuvre de la doctrine du Christ-Roi, qu’il s’agisse du but ultime et lointain à poursuivre, celui du rétablissement d’une Cité chrétienne » (p. 95). Pensez-vous que, durant cet exil, qui devrait atteindre les catholiques intègres, la politique d’Action Française soit viable d’un point de vue catholique ? Nous pensons ici à un point particulier, celui du politique d’abord, et de l’alliance dans un mouvement laïc, de chrétiens qui militent pour la France et pour l’établissement d’une Cité chrétienne, et de non-chrétiens qui ne se battent pas pour l’établissement d’une telle Cité mais pour que l’Église, en tant que saine institution, soit défendue et promue, sans que rien ne l’empêche d’établir cette Cité ? Selon vous, cette position peut-elle être tenue pour un catholique ou la condamnation de Pie XI porte-t-elle précisément sur ce point ?

Abbé Claude Barthe : La condamnation de Pie XI, encore une fois, n’a jamais été explicitée. On peut rêver : si Charles Maurras avait intégré dans sa doctrine la pensée du comte de Chambord sur les rapports de l’Église et de l’État ou celle des théoriciens du carlisme espagnol, on eût été dans un tout autre contexte.

Il n’est pas dans mon rôle de clerc de dire ce qui concrètement, peut ou doit se faire pour une reconstruction politique. Mais je ne me dérobe pas pour autant à votre question à propos de la politique d’Action française au regard du combat pour le rétablissement d’une Cité chrétienne. Je remarque à ce propos que le catholicisme intégral français s’est renouvelé après la guerre avec une jeune génération de laïcs, aujourd’hui morts, qui étaient issus des rangs maurrassiens ou très influencés par la pensée de Maurras : Louis Salleron, Jean Ous­set, Jean Arfel (Jean Madiran), et bien d’autres. Mais après le Concile et Mai 68, le thème qui devint le plus prégnant au sein du catholicisme intégral fut simplement celui de la nécessité d’une « formation intellectuelle et morale » : on étudiait le corpus des encycliques anti-libérales, on magnifiait, à juste titre, Quas primas, et par osmose, par « capillarité », pour reprendre un terme célèbre de l’organisation de la rue des Renaudes (Jean Ousset), on rêvait de réinvestir de l’intérieur, la société en la christianisant. On imaginait pouvoir renverser l’hégémonie culturelle adverse, non pas au moyen de l’action politique, mais en établissant une hégémonie culturelle chrétienne ; hégémonie qu’il était bien sûr, impossible à la pensée politiquement dominante, d’admettre. En clair, on abdiquait tout projet proprement politique. Il me semble que le « politique d’abord » doit se comprendre comme le fait que le roi de France se voulait – ce que manifestait le sacre de Reims – le lieutenant de Dieu et le protecteur de l’Église, et pour cela faisait d’abord de la politique. Salazar, très influencé par la pensée de Maurras, n’est peut-être pas modèle en tout ce qu’il a réalisé, notamment pour que son œuvre lui survive, mais il a fait  de la politique, d’abord pour tenter de rétablir des institutions justes et soumises à la loi du Christ. De la droite organisation de la Cité, qui encourage la vertu et prépare à recevoir l’Évangile, dépend le salut possible d’un grand nombre.

Malgré son glissement concret hors du politique, le fait qu’une pensée issue du maurrassisme (la Cité catholique, fondée par Jean Ousset en 1946, avec son périodique, Verbe, devenu Permanences en 1963, son livre de référence, Pour qu’Il règne, de 1959, préfacé par Mgr Marcel Lefebvre, alors Évêque de Dakar) ou se réclamant expressément du maurrassisme (l’abbé Georges de Nantes, et sa Contre-Réforme catholique), ait cultivé l’idée d’une restauration de la Cité chrétienne, indique que les arrières-petits fils de Maurras peuvent aujourd’hui parfaitement adhérer à une théologie politique du Christ-Roi. Qu’il y ait dans leurs rangs, ou dans les rangs de mouvements analogues, des non-catholiques, ne change rien à l’affaire si ces derniers servent le bien commun : Sully, un des plus grands serviteurs de la monarchie, ne partageait pas la religion de son Prince, mais servait pleinement ses desseins. Nous n’en sommes pas là. Le vrai problème, dans l’état de déréliction où se trouve la France, est celui de penser les étapes par lesquelles on doit concrètement passer afin d’aller vers la nécessaire restauration d’une Cité juste, autrement dit ? penser une transition semblable à la fameuse transition démocratique, comme celle de l’Espagne, mais en sens inverse, une transition de restauration. Ceci est aussi un problème, directement politique, le vôtre.

AF : Nous vous remercions d’avoir bien voulu répondre à nos questions ! Nous encourageons tous nos lecteurs à se procurer au plus vite cet ouvrage, bien utile pour poser les jalons d’une réflexion catholique sérieuse, sur les institutions dans lesquelles nous vivons, en tant que catholique ou en tant que Français.

Propos recueillis par Guillaume Staub


Barthe Claude, La tentation de ralliement. Être catholique en démocratie, Paris, Éditions de l’Homme Nouveau, 2022, 111 p., 13 euros.
Ni woke, ni islamo-gauchisme, ni ordre républicain

Ni woke, ni islamo-gauchisme, ni ordre républicain

La nomination de Pap Ndiaye a fait du bruit, satisfait la gauche et mécontenté la « droite ». Celle-ci en effet n’a pas compris le film et ne perçoit pas l’unité de la révolution dont Macron est un pion au même titre que Mélenchon. L’erreur est ici de croire qu’il y aurait une rupture entre Ndiaye et son prédécesseur Blanquer, opposition entre « l’ordre républicain » d’une part, « l’islamo-gauchisme » et le « wokisme » de l’autre.

Cette erreur découle d’une illusion verbale qu’entretiennent les trois termes utilisés entre guillemets, ordre républicain, islamo-gauchisme, wokisme. « Islamo-gauchisme » suggère qu’une gauche extrême utilise l’islam pour subvertir la société à des fins politiques. Cela arrive bien sûr, mais le terme est flou et insuffisant. Il ne décrit pas trois faits plus importants que celui qu’il dénonce : 1. L’action propre de l’islam. 2. l’action propre de l’immigration.3. Surtout, l’utilisation de l’islam à des fins subversives par d’autres. En se focalisant sur l’islamo-gauchisme on méconnaît l’islamo-centrisme et l’islamo-droitisme, qui sont tout aussi dangereux.

Le mot woke (d’où est tiré wokisme) est pire encore. D’abord utilisé par la gauche noire américaine, mobilisée, éveillée par Black lives Matter, on l’a étendu depuis sans discernement à toutes les revendications de communautés dites défavorisées, et à certaines récriminations en vogue, sur le climat par exemple. Cette extension absurde est doublement réductrice. 1. Elle méconnaît un fait capital : la droite, le centre, les grandes entreprises, les Etats, les institutions internationales et supranationales, les ONG ont à un degré ou à un autre la même morale politique et la même forma mentis que les woke. 2. Tout en tournant confusément autour d’une vérité (la convergence des subversions accompagnée de la porosité des bassins de militants subvertisseurs), elle n’ouvre pas assez le champ de l’observation : le pandémisme, l’exploitation de la mémoire, l’existentialisme sous toutes ses formes, spécisme compris, le transhumanisme, etc, entrent ensynergie pour produire ce qui a été précisément défini comme la Révolution arc-en-ciel. Le prétendu « wokisme » tel qu’il est dénoncé ne sert qu’à deux choses, imputer la subversion à la seule gauche au bénéfice du grand marais de la fausse droite, et fausser l’analyse de la révolution globale arc-en-ciel.

Quant à l’ordre républicain, c’est une contradiction dans les termes. La république a pu faire preuve de brutalité (pour les amateurs d’histoire, 1793,94, 95, 97, 1901-7, 34, 44,45, 47, 62, notamment), mais jamais d’ordre, étant née de la violence et du désordre d’une part, niant de l’autre sans cesse l’ordre naturel et culturel au nom de son idéologie. Aussi pratique-t-elle avec obstination, à travers ses lois sociétales et mémorielles, une politique de rupture et de mort,un « wokisme » d’Etat visant, selon le mot de Mitterrand, à « dépasser l’histoire » et selon celui de Sarkozy, à nous faire entrer dans le monde d’après « qu’on le veuille ou non ».

C’est pourquoi, malgré sa prétention à réparer un peu l’instruction publique en réapprenant aux gamins à lire et à compter, Blanquer n’a-t-il remis en cause aucune des subversions mises en route par ses prédécesseurs. Ndiaye les accentuera un peu plus explicitement, c’est tout : chocolat noir, chocolat blanc, c’est toujours la même confiserie arc-en-ciel qu’on nous vend. Il faut la rejeter absolument. Il n’y a pas de bonne république : celle du grand Carnot a pu faire illusion chez les naïfs, sa petite cousine maçonne et universelle ne mérite qu’un coup de balai.

Martin Peltier