Législatives : le chaos en marche

Législatives : le chaos en marche

Les résultats de ce premier tour ne nous surprennent pas, la France sera « gérée » cinq année durant par la coalition de la NUPES (Nouvelle Union populaire écologique et sociale) et par LREM (La République en Marche), véritables incarnations de l’anti-France, organisateurs du chaos.

Rien de positif ne pourra ainsi sortir de cette assemblée de racailles démocrates. Ces tragiques résultats cachent toutefois une espérance : le premier parti de France est celui des abstentionnistes. 52 % des électeurs ne se sont pas déplacés : les Français se désintéressent des magouilles politiciennes et abandonnent les partis qui divisent, la démocratie se délite et il est vital, pour le pays de travailler à sa perte.

Néanmoins l’Action Française appelle les Français à combattre par tous les moyens, même légaux, les candidats mondialistes de LREM et de la NUPES.

Fidèle à elle-même, l’Action Française doit sans cesse rappeler que le réveil Français passera par la liquidation du régime en place.

« La démocratie c’est le mal, la démocratie c’est la mort » – Charles Maurras.

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Catholicisme et démocratie : entretien avec l’abbé Claude Barthe

Catholicisme et démocratie : entretien avec l’abbé Claude Barthe

Nous nous retrouvons pour un entretien avec l’abbé Claude Barthe, à l’occasion de la publication de son livre « La tentation de ralliement. Être catholique en démocratie » aux éditions de l’Homme Nouveau. Il va sans dire que l’annonce de cette parution nous réjouit particulièrement et cela pour une raison bien précise :  nous constatons, depuis de nombreuses années, que le clergé catholique a cessé de s’intéresser aux questions politiques fondamentales. Rares sont les critiques qui portent sur les nouvelles propositions de loi ou les cadres institutionnels, dans lesquels celles-ci sont prises ! C’est ici que l’auteur se démarque, en critiquant précisément ce qui était laissé de côté. Cette critique qu’établit l’abbé Barthe est, certes, une critique catholique, mais les réflexions menées peuvent intéresser également ceux qui se trouvent hors de l’Église. Voici un autre mérite de ce livre : en peu de pages, l’auteur parvient à saisir le cœur du problème auquel se heurte la conscience catholique et à nous l’exposer le plus clairement possible. Qu’il en soit sincèrement remercié, nous espérons que cette réflexion inspirera de nombreux catholiques.

Action Française : Monsieur l’abbé, nous vous remercions d’avoir bien voulu nous accorder cet entretien. Nous aimerions, premièrement et en guise de préambule, que vous éclaircissiez un point : quel regard porte traditionnellement, l’Église, sur la démocratie comme système politique « neutre » ? Ceci étant précisé, de quelle démocratie traitez-vous dans cet ouvrage ? Est-ce une forme de démocratie particulière, quels en sont ses éléments constitutifs ? En effet, vous écrivez dans votre livre : « Elle montre aussi le caractère hasardeux des déclarations ecclésiastiques contemporaines sur le « système démocratique ». Elles supposent en effet que ce système est en soi neutre, en le ramenant à l’une des formes possibles de gouvernement des sociétés politiques naturelles : monarchie, aristocratie, démocratie, régimes mixtes ; de ce fait, elles font abstraction de l’essence contre-nature et areligieuse, du régime considéré, celui de la démocratie moderne » (p. 64).

 

Abbé Claude Barthe : Vous allez tout de suite au cœur du sujet. Jean Madiran, dans Les Deux Démocraties (Nouvelles Éditions latines, 1977), soulignait que la source de la confusion – volontaire ou pas – de ceux qui veulent « baptiser » la démocratie moderne, celle née de la Révolution, résidait dans le fait qu’ils l’assimilent à la démocratie « traditionnelle », celle d’Athènes ou des cantons suisses de jadis. Cette dernière est une forme de gouvernement parmi d’autres. On peut, et on doit discuter de son adéquation ou de son inadéquation avec tel peuple déterminé, mais elle peut en soi, permettre la recherche du bien commun de la Cité. En revanche, la démocratie de Rousseau, qui veut que le pouvoir souverain émane de l’ensemble des citoyens et que la loi soit l’expression de la volonté générale – deux principes gravés dans la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 -, va contre la nature de la société des hommes, dans laquelle le pouvoir, même s’il est exercé par le peuple, émane de Dieu, et dans laquelle la loi humaine se raccorde à la loi naturelle, inscrite par Dieu dans le cœur des hommes. Par le fait, si une nation est baptisée, ce décrochement se fait aussi par rapport à la Religion, dont le Prince ou les magistrats sont les défenseurs-nés (cf. le serment du sacre des rois de France).

AF : Ceci étant dit, nous aimerions vous poser une seconde question préliminaire. Vous écrivez : « User du monde comme n’en usant pas : vivant au sein d’un monde mauvais, il faut en sortir au moins moralement, en s’élevant contre lui, en se préparant effectivement à le remplacer. ». En quoi ce monde est-il mauvais ? En quoi les systèmes institutionnels, issus de la Révolution française sont-ils mauvais ?

Abbé Claude Barthe : Dans la mesure où l’élaboration de la loi humaine ignore par principe, la transcendance de la loi divine, totalement ou partiellement ; aussi longtemps que l’état de l’opinion reste influencé par le catholicisme, elle devient ce que Jean-Paul II qualifiait de « structure de péché ». Il parlait de la loi mauvaise, mais ce n’est pas seulement la loi démocratique qui est source de péché (elle peut d’ailleurs parfois être bonne, accidentellement pourrait-on dire), c’est le principe même, qui veut que la loi, émanant de la « volonté générale », cherche à s’accorder aux désirs des individus, qui est vicié. La subversion de la loi naturelle ne se réduit certes pas à celle de la morale familiale : ainsi le seul fait que la société soit laïque, c’est-à-dire athée est déjà contre-nature ; le Prince ou les magistrats ont, comme le père de famille, en tant que chef de famille, des devoirs religieux. Il ne faut cependant jamais oublier qu’une des grandes « conquêtes » de la Révolution va contre la structure familiale : la loi sur le divorce. La destruction de la société familiale est un marqueur de déstabilisation révolutionnaire. Aujourd’hui, avec l’accélération de la transformation individualiste d’une société de plus en plus sécularisée, l’envahissement d’un marché mondialisé, l’auto-asservissement idéologique des individus « libérés », la subversion du droit naturel est devenue maximale : sous nos yeux, de législature en législature, la « volonté générale » de Rousseau et de l’Encyclopédie, se traduit par une suite d’« avancées » libérales, qui sont en fait des compromis entre les désirs divers et parfois opposés, des individus.

AF : Voici donc devant nos yeux la nouvelle Cité qui s’est érigée après la Révolution française et qui s’est donné des institutions déterminées, une Cité diamétralement opposée à la Cité chrétienne. Pouvez-vous maintenant nous préciser ce que vous entendez par ralliement et nous donner les grands moments historiques de ce mouvement ? Nous connaissons tous celui de Léon XIII, le plus célèbre, mais certaines formes de ralliement n’existèrent-elles pas avant et après celui-ci ?

Abbé Claude Barthe : Entre ces deux bouleversements majeurs que furent la Révolution française pour la société et le Concile Vatican II pour l’Église, dans un espace de près de deux siècles, cette dernière a fonctionné sur deux registres. Son magistère pontifical a été sans discontinuité anti-libéral, condamnant les principes idéologiques de la société moderne, dont la principale forme, comme n’a cessé de le répéter Bernanos, est politique. De Pie V, condamnant la Constitution civile du Clergé, à Pie XII, rappelant les droits de la vérité dans la loi, Pie IX, Pie X, Léon XIII (Immortale Dei, sur la constitution chrétienne des États), Pie XI (Quas primas, sur le Christ-Roi).

Mais dans le même temps, la diplomatie des hommes d’Église – je prends ce terme dans un sens très large de négociation entre l’Église et la société – a cherché, dans l’intention de donner une place publique au culte chrétien, à l’enseignement catholique, etc., des accommodements semi-idéologiques avec les régimes issus de la Révolution. On peut discuter des avantages et inconvénients du Concordat signé avec Bonaparte, mais on ne peut douter que le fait que Pie VII ait accepté de sacrer l’héritier et le consolidateur de la Révolution, ait eu une portée morale de ralliement de l’institution ecclésiastique à l’État nouveau.

Ensuite sont venus les consignes de ralliement de Léon XIII, par l’encyclique Au milieu des sollicitudes de 1892, demandant aux catholiques français d’adhérer « sans arrière-pensée » au régime fondé sur cette conception moderne de liberté que le même Léon XIII condamnait dans son encyclique Libertas. Léon XIII séparait, pour ce faire, les lois mauvaises de la IIIème République, du régime lui-même supposé neutre. L’adhésion au régime pouvant permettre, selon lui, par le biais des élections, de faire changer les lois…

Il y eut aussi ce qu’on a nommé le « Second Ralliement », à savoir ce concordat informel intervenu, à partir de la première guerre mondiale, à la faveur de « l’union sacrée », entre l’Église et la République française, qui aboutit, en 1921, au rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège ;  avec le retour des congrégations, chassées par la loi de Séparation, le tout dans une atmosphère d’entente cordiale entre les hommes d’Église et la démocratie, dont ils affirmèrent volontiers la « légitimité » au titre du pouvoir établi.

L’abandon des Cristeros, ces catholiques du Mexique, insurgés au cri de Viva Cristo Rey ! contre les lois laïques tyranniques, a résulté des arreglos du 27 juin 1929, aux termes desquels le culte était théoriquement rétabli, mais avec obligation pour les Cristeros de remettre leurs armes, ils furent dès lors, massacrés.

On pourrait continuer : le radio-message adressé au monde entier par Pie XII, le 24 décembre 1944, dans le contexte de  fin de  guerre avec l’Allemagne, faisait plus que jamais bénéficier la démocratie de la légitimité du pouvoir établi, mais en rêvant à une « vraie et saine démocratie » qui serait « fondée sur les principes immuables de la loi naturelle et des vérités révélées », avec laquelle n’avait rien à voir la démocratie à laquelle participaient activement les partis démocrates chrétiens en France, Allemagne, Italie, Belgique.

AF : Vous inscrivez dans ce mouvement, la condamnation de l’Action française – plus exactement de son journal et de certaines œuvres de Charles Maurras – en 1926 par Pie XI. Nous aimerions nous y arrêter car nous pensons que cette question est d’une importance capitale, il s’agit à vrai dire, d’une question nodale. Précisons qu’il ne s’agit pas du cœur de votre livre et que vous ne faites qu’évoquer l’événement dans un contexte plus large, ajoutons aussi, que la question est d’une réelle complexité et que la bibliographie qui traite de cet événement commence à être conséquente. Néanmoins, selon vous, est-ce que cette tentative de ralliement – on parle même de second ralliement – est première dans les motivations qui poussèrent à cette condamnation ? Est-ce qu’au-delà des questions doctrinales, ce qui mit en mouvement cette affaire est d’ordre politique ?

Abbé Claude Barthe : Il est sûr que dans le contexte de rétablissement des relations diplomatiques de la France avec le Saint-Siège, en 1921, la mise à l’index, cinq ans après, de L’Action française est apparue comme un cadeau inespéré pour la démocratie de Briand, qui a été, de fait ou intentionnellement, un des éléments de la négociation.

Tout était étrange dans cette affaire. D’abord, la « condamnation » n’était en réalité qu’une mise à l’index, c’est-à-dire une inscription sur la liste des écrits que les catholiques n’avaient pas le droit de lire, mais elle était assortie des peines dignes d’une excommunication pour les récalcitrants : refus d’absolution, refus des derniers sacrements et de l’enterrement à l’église. Ensuite, Pie XI n’a jamais explicité ses reproches doctrinaux. Il a seulement dit que Maurras faisait partie de ceux « qui mettent les intérêts des partis au-dessus de la religion et font servir celle-ci, à ceux-là », leurs doctrines étant « dangereuses tant pour la foi et la morale que pour la formation catholique de la jeunesse », sans autre précision (allocution aux cardinaux, 20 décembre 1926). On aurait pu reprocher à Maurras, l’agnostique, de ne pas faire du catholicisme de l’État, l’essence d’une restauration, comme le voulait le cardinal Billot, qui paya son amitié pour l’Action française d’une privation de la pourpre romaine. On aurait pu lui reprocher son naturalisme politique, mais le naturalisme de la démocratie chrétienne italienne qu’aimait Pie XI, était autrement manifeste.

La « condamnation » du principal mouvement antirépublicain a évidemment poussé vers la République un nombre de catholiques qui, déjà, depuis le Second Empire, se détachaient de la poursuite de restauration d’un État traditionnel. Un autre effet du ralliement de la « condamnation » tient à ce que, outre le cardinal Billot, tous les catholiques dits « intégraux », hostiles au Ralliement prôné par Léon XIII, entrèrent dans une période noire et furent marginalisés : par exemple, le P. Henri Le Floch, spiritain, supérieur du Séminaire français de Rome, dut se démettre, de même que le directeur de La Croix, l’abbé Bertois. Et surtout, au fur et à mesure que disparaissaient les évêques « intégraux » nommés ou poussés par saint Pie X (Marty à Montauban, Penon à Moulins, Ricard à Auch), étaient nommés des évêques démocrates : Feltin à Bordeaux, Liénart à Lille, Gerlier à Lyon, qui conduiront les destinées de l’Église de France jusqu’au Concile, et pour lesquels la contestation politique se réduisait à la défense de l’école libre.

AF : Monsieur l’abbé, selon vous, y a-t-il eu un véritable changement de politique, quant au ralliement, avec le second concile du Vatican ?

Abbé Claude Barthe : Jusqu’à Vatican II, l’adhésion à la démocratie libérale née de la Révolution, était d’ordre diplomatique, avec la pensée que cette adhésion vaudrait reconnaissance et liberté pour l’Église, mais le magistère rappelait invariablement les principes anti-libéraux qui, du point de vue politique, condamnait les principes de l’État « de droit nouveau ». Avec Vatican II, il y a eu adhésion de principe. Le retournement s’est fait techniquement de la manière suivante : la doctrine morale, et donc politique, classique, considère qu’on ne peut donner de droit au mal et à l’erreur ; cependant, pour éviter de grands désordres, dans certaines circonstances, on peut tolérer (c’est-à-dire ne pas punir) certains maux ou erreurs (l’édit de Nantes était un édit de tolérance typique). Mais la déclaration Dignitatis humanæ sur la liberté religieuse de Vatican II a fait de la tolérance un droit, en affirmant en son n° 2 que « tous les hommes doivent être exempts de toute contrainte de la part tant des individus, que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain, que ce soit ; de telle sorte qu’en matière religieuse, nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience ni empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres. » Bien entendu, on avait toujours affirmé qu’on ne pouvait pas agir en matière religieuse contre sa conscience : par exemple, il n’a jamais été permis d’obliger au baptême. En revanche, la doctrine traditionnelle enseignait qu’un État œuvrant à la recherche du bien commun, devait empêcher la diffusion de l’erreur et du mal, sauf légitime tolérance afin d’éviter des maux plus grands.

Le retournement de principe s’est notamment manifesté par le fait que Paul VI, dès la fin du  Concile, a imposé aux États qui se réclamaient encore à l’époque, de la doctrine du Christ-Roi, d’adopter la liberté religieuse. Et ce fut la fin des États catholiques. L’enseignement officiel postconciliaire a posé le principe de « non-confessionnalité de l’État, qui est une non-immixtion du pouvoir civil dans la vie de l’Église » (Jean-Paul II, lettre aux évêques de France du 11 février 2005, à l’occasion du centenaire de la loi de 1905), avec au reste les meilleures et très naïves intentions du monde : on croyait qu’une « bonne » laïcité pouvait être un contre-feu au laïcisme.

La suite nous est bien connue : l’Église est désormais considérée comme une association parmi d’autres. À l’occasion de ce que l’on a nommé la crise sanitaire, on a pu noter à quel point semblait naturel le ralliement du catholicisme aux institutions modernes. Dans le monde entier, avec quelques exceptions courageuses, les épiscopats nationaux, se sont soumis aux directives des États au sujet de l’exercice du culte, alors qu’ils auraient dû défendre le principe de la liberté native de l’Église (quitte à décider eux-mêmes, au nom du bien général, des règles de prudence). En France, en Italie et en d’autres pays, ils ont même anticipé les mesures gouvernementales d’interdiction du culte public. On a vu en France, l’épiscopat interdire la célébration de baptêmes et de mariages pour se soumettre aux règles étatiques.

AF : Vous nous dites : « Retrait de compromissions, à la longue mortifères, ce qui donnerait plus de force à l’annonce du message et d’absence de complexe dans la prédication, à propos de la mise en œuvre de la doctrine du Christ-Roi, qu’il s’agisse du but ultime et lointain à poursuivre, celui du rétablissement d’une Cité chrétienne » (p. 95). Pensez-vous que, durant cet exil, qui devrait atteindre les catholiques intègres, la politique d’Action Française soit viable d’un point de vue catholique ? Nous pensons ici à un point particulier, celui du politique d’abord, et de l’alliance dans un mouvement laïc, de chrétiens qui militent pour la France et pour l’établissement d’une Cité chrétienne, et de non-chrétiens qui ne se battent pas pour l’établissement d’une telle Cité mais pour que l’Église, en tant que saine institution, soit défendue et promue, sans que rien ne l’empêche d’établir cette Cité ? Selon vous, cette position peut-elle être tenue pour un catholique ou la condamnation de Pie XI porte-t-elle précisément sur ce point ?

Abbé Claude Barthe : La condamnation de Pie XI, encore une fois, n’a jamais été explicitée. On peut rêver : si Charles Maurras avait intégré dans sa doctrine la pensée du comte de Chambord sur les rapports de l’Église et de l’État ou celle des théoriciens du carlisme espagnol, on eût été dans un tout autre contexte.

Il n’est pas dans mon rôle de clerc de dire ce qui concrètement, peut ou doit se faire pour une reconstruction politique. Mais je ne me dérobe pas pour autant à votre question à propos de la politique d’Action française au regard du combat pour le rétablissement d’une Cité chrétienne. Je remarque à ce propos que le catholicisme intégral français s’est renouvelé après la guerre avec une jeune génération de laïcs, aujourd’hui morts, qui étaient issus des rangs maurrassiens ou très influencés par la pensée de Maurras : Louis Salleron, Jean Ous­set, Jean Arfel (Jean Madiran), et bien d’autres. Mais après le Concile et Mai 68, le thème qui devint le plus prégnant au sein du catholicisme intégral fut simplement celui de la nécessité d’une « formation intellectuelle et morale » : on étudiait le corpus des encycliques anti-libérales, on magnifiait, à juste titre, Quas primas, et par osmose, par « capillarité », pour reprendre un terme célèbre de l’organisation de la rue des Renaudes (Jean Ousset), on rêvait de réinvestir de l’intérieur, la société en la christianisant. On imaginait pouvoir renverser l’hégémonie culturelle adverse, non pas au moyen de l’action politique, mais en établissant une hégémonie culturelle chrétienne ; hégémonie qu’il était bien sûr, impossible à la pensée politiquement dominante, d’admettre. En clair, on abdiquait tout projet proprement politique. Il me semble que le « politique d’abord » doit se comprendre comme le fait que le roi de France se voulait – ce que manifestait le sacre de Reims – le lieutenant de Dieu et le protecteur de l’Église, et pour cela faisait d’abord de la politique. Salazar, très influencé par la pensée de Maurras, n’est peut-être pas modèle en tout ce qu’il a réalisé, notamment pour que son œuvre lui survive, mais il a fait  de la politique, d’abord pour tenter de rétablir des institutions justes et soumises à la loi du Christ. De la droite organisation de la Cité, qui encourage la vertu et prépare à recevoir l’Évangile, dépend le salut possible d’un grand nombre.

Malgré son glissement concret hors du politique, le fait qu’une pensée issue du maurrassisme (la Cité catholique, fondée par Jean Ousset en 1946, avec son périodique, Verbe, devenu Permanences en 1963, son livre de référence, Pour qu’Il règne, de 1959, préfacé par Mgr Marcel Lefebvre, alors Évêque de Dakar) ou se réclamant expressément du maurrassisme (l’abbé Georges de Nantes, et sa Contre-Réforme catholique), ait cultivé l’idée d’une restauration de la Cité chrétienne, indique que les arrières-petits fils de Maurras peuvent aujourd’hui parfaitement adhérer à une théologie politique du Christ-Roi. Qu’il y ait dans leurs rangs, ou dans les rangs de mouvements analogues, des non-catholiques, ne change rien à l’affaire si ces derniers servent le bien commun : Sully, un des plus grands serviteurs de la monarchie, ne partageait pas la religion de son Prince, mais servait pleinement ses desseins. Nous n’en sommes pas là. Le vrai problème, dans l’état de déréliction où se trouve la France, est celui de penser les étapes par lesquelles on doit concrètement passer afin d’aller vers la nécessaire restauration d’une Cité juste, autrement dit ? penser une transition semblable à la fameuse transition démocratique, comme celle de l’Espagne, mais en sens inverse, une transition de restauration. Ceci est aussi un problème, directement politique, le vôtre.

AF : Nous vous remercions d’avoir bien voulu répondre à nos questions ! Nous encourageons tous nos lecteurs à se procurer au plus vite cet ouvrage, bien utile pour poser les jalons d’une réflexion catholique sérieuse, sur les institutions dans lesquelles nous vivons, en tant que catholique ou en tant que Français.

Propos recueillis par Guillaume Staub


Barthe Claude, La tentation de ralliement. Être catholique en démocratie, Paris, Éditions de l’Homme Nouveau, 2022, 111 p., 13 euros.
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Ni woke, ni islamo-gauchisme, ni ordre républicain

Ni woke, ni islamo-gauchisme, ni ordre républicain

La nomination de Pap Ndiaye a fait du bruit, satisfait la gauche et mécontenté la « droite ». Celle-ci en effet n’a pas compris le film et ne perçoit pas l’unité de la révolution dont Macron est un pion au même titre que Mélenchon. L’erreur est ici de croire qu’il y aurait une rupture entre Ndiaye et son prédécesseur Blanquer, opposition entre « l’ordre républicain » d’une part, « l’islamo-gauchisme » et le « wokisme » de l’autre.

Cette erreur découle d’une illusion verbale qu’entretiennent les trois termes utilisés entre guillemets, ordre républicain, islamo-gauchisme, wokisme. « Islamo-gauchisme » suggère qu’une gauche extrême utilise l’islam pour subvertir la société à des fins politiques. Cela arrive bien sûr, mais le terme est flou et insuffisant. Il ne décrit pas trois faits plus importants que celui qu’il dénonce : 1. L’action propre de l’islam. 2. l’action propre de l’immigration.3. Surtout, l’utilisation de l’islam à des fins subversives par d’autres. En se focalisant sur l’islamo-gauchisme on méconnaît l’islamo-centrisme et l’islamo-droitisme, qui sont tout aussi dangereux.

Le mot woke (d’où est tiré wokisme) est pire encore. D’abord utilisé par la gauche noire américaine, mobilisée, éveillée par Black lives Matter, on l’a étendu depuis sans discernement à toutes les revendications de communautés dites défavorisées, et à certaines récriminations en vogue, sur le climat par exemple. Cette extension absurde est doublement réductrice. 1. Elle méconnaît un fait capital : la droite, le centre, les grandes entreprises, les Etats, les institutions internationales et supranationales, les ONG ont à un degré ou à un autre la même morale politique et la même forma mentis que les woke. 2. Tout en tournant confusément autour d’une vérité (la convergence des subversions accompagnée de la porosité des bassins de militants subvertisseurs), elle n’ouvre pas assez le champ de l’observation : le pandémisme, l’exploitation de la mémoire, l’existentialisme sous toutes ses formes, spécisme compris, le transhumanisme, etc, entrent ensynergie pour produire ce qui a été précisément défini comme la Révolution arc-en-ciel. Le prétendu « wokisme » tel qu’il est dénoncé ne sert qu’à deux choses, imputer la subversion à la seule gauche au bénéfice du grand marais de la fausse droite, et fausser l’analyse de la révolution globale arc-en-ciel.

Quant à l’ordre républicain, c’est une contradiction dans les termes. La république a pu faire preuve de brutalité (pour les amateurs d’histoire, 1793,94, 95, 97, 1901-7, 34, 44,45, 47, 62, notamment), mais jamais d’ordre, étant née de la violence et du désordre d’une part, niant de l’autre sans cesse l’ordre naturel et culturel au nom de son idéologie. Aussi pratique-t-elle avec obstination, à travers ses lois sociétales et mémorielles, une politique de rupture et de mort,un « wokisme » d’Etat visant, selon le mot de Mitterrand, à « dépasser l’histoire » et selon celui de Sarkozy, à nous faire entrer dans le monde d’après « qu’on le veuille ou non ».

C’est pourquoi, malgré sa prétention à réparer un peu l’instruction publique en réapprenant aux gamins à lire et à compter, Blanquer n’a-t-il remis en cause aucune des subversions mises en route par ses prédécesseurs. Ndiaye les accentuera un peu plus explicitement, c’est tout : chocolat noir, chocolat blanc, c’est toujours la même confiserie arc-en-ciel qu’on nous vend. Il faut la rejeter absolument. Il n’y a pas de bonne république : celle du grand Carnot a pu faire illusion chez les naïfs, sa petite cousine maçonne et universelle ne mérite qu’un coup de balai.

Martin Peltier

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Un gouvernement de combat très marqué à gauche

Un gouvernement de combat très marqué à gauche

Plus les présidents et les gouvernements se succèdent, plus ils sont pires. C’est une règle qui ne souffre quasiment pas d’exception depuis 1945. Et ils sont beaucoup plus toxiques sous la Vème car la faiblesse institutionnelle de la IVe avec son instabilité ministérielle, son mode de scrutin proportionnel, ses changements incessants de gouvernements et de ministres rendait finalement moins nocive la politique menée. Lorsqu’un régime est mauvais, mieux vaut que le gouvernement soit faible et impuissant car il fait ainsi moins de dégâts. Tout bien considéré, la IVe République, qui n’est certes pas notre tasse de thé et que RIVAROL a fortement combattue en son temps, a été au final moins destructrice que la Ve gaullienne. Elle n’a pas réussi à liquider l’empire colonial, à détruire la famille, à imposer des législations liberticides, mortifères et criminelles. De Gaulle, avec la Constitution de 1958, aggravée par l’élection du président au suffrage universel direct en 1962, a donné une durée, une stabilité, une force, une puissance telles à l’Exécutif qu’il peut hélas conduire à leur terme, ce qu’il n’a jamais manqué de faire, les réformes et les décisions les plus détestables. Il a pu ainsi imposer le largage de départements français depuis 132 ans, révolutionner les mœurs et les mentalités avec la pilule contraceptive, l’avortement et la pornographie de masse. Il a pu tuer dans l’œuf ou, à tout le moins, contrecarrer voire neutraliser une efficace résistance nationaliste à la destruction du pays avec l’adoption de lois liberticides (Pleven, Gayssot, Lellouche, Perben), imposer l’adoption et la mise en œuvre de législations contre-nature comme la loi Taubira en 2013 sans que les gouvernements ou présidents successifs soient renversés ou empêchés. Et on a encore vu le 24 avril que, malgré le mouvement des gilets jaunes, la tyrannie sanitaire, l’augmentation écrasante des impôts et des charges, la mise en cause radicale des libertés les plus fondamentales, dont celles de circulation, de réunion, de manifestation, d’opinion voire de culte, Macron a été confortablement réélu.

Le gouvernement que Macron II vient de mettre en place est d’ores et déjà bien pire encore que les équipes dirigées par Edouard Philippe, puis par Jean Castex. Le nouveau Premier ministre, Elisabeth Borne, a fait toute sa carrière à gauche, de Jospin à Hollande, et il suffit de la voir et de l’entendre (la morphopsychologie n’est pas sans intérêt !) pour vite comprendre qu’on va avoir à faire à une femme brutale, autoritaire, cassante, qui ne fera aucun cadeau à son opposition véritable, aux contestataires authentiques.

Son ascendance est déjà tout un programme qui ravit naturellement les sites communautaires : Borne s’appelle en réalité Bornstein, patronyme de son géniteur Joseph, immigré juif d’origine polonaise d’une famille « réfugiée en France en 1939 ». 

Il faut savoir que Joseph Borne, qui a travaillé avec son épouse Marguerite dans un laboratoire pharmaceutique (ça ne s’invente pas !) et qui s’est suicidé en 1972, ce qui a permis à sa fille Elisabeth de devenir pupille de la nation et d’obtenir une bourse de l’Etat pour ses études, a servi dans les rangs du terrorisme israélien. A l’instar de la communautaire Agnès Buzyn, ex-ministre de la Santé, son père immigré, d’origine russo-polonaise, était, comme le note entre autres le site Panamza, un militant actif et fanatique du courant ultra-sioniste, notamment celui qui s’exprima dans des milices terroristes dites paramilitaires, Irgoun et Stern. Et ce, avant comme après la Seconde guerre mondiale et sa déportation dans les camps avec son frère, lui-même devenu par la suite un représentant (décédé en 2016) du Crif dans le Gard. Autrement dit, des années 1930 à nos jours, la famille paternelle d’Elisabeth Bornstein a tissé et entretenu des liens étroits avec les idéologues et dirigeants de l’entité sioniste, depuis les fondateurs parvenus au sommet de l’État jusqu’aux intimes et proches Likoudniks désormais solidement installés à Tel-Aviv. Il n’est donc pas étonnant qu’Elisabeth Borne soit une habituée du CRIF et il ne faut pas compter sur elle pour desserrer l’étau sur toutes ces questions, bien au contraire.

Comme ministre depuis cinq ans, elle est chaque année au dîner du CRIF et le 18 octobre dernier elle concluait encore, ce qui est un honneur, en tant que ministre du Travail, un colloque du CRIF sur « le fait religieux en entreprise ». On comprend qu’avec un tel pedigree le chef du gouvernement n’ait fait part de la moindre condamnation de l’assassinat par l’entité sioniste de la brillante journaliste professionnelle, palestinienne et chrétienne, Shireen Abu Akleh, reporter pour la chaîne d’information Al Jazeera pendant 25 ans et tuée à Jénine le 11 mai 2022, à 51 ans, et dont le cercueil et le convoi funéraire ont même été brutalement et sauvagement attaqués le 13 mai par la soldatesque israélienne, bien sûr en toute impunité et sans que les habituels défenseurs de la liberté de la presse ne se manifestent et condamnent cet assassinat — on n’a ainsi pas entendu l’israélophile Robert Ménard, ex-président de Reporters sans frontières : que cet imbécile pathétique, dont la bêtise autosatisfaite et à front de taureau n’a d’égal que la vanité ridicule s’étalant sans vergogne sur les plateaux de télévision, aurait-il tempêté s’il s’était agi d’une journaliste tuée par des soldats russes ou par des mahométans ? Mais quand il s’agit de l’entité sioniste, tout est permis, sans exception ! C’est silence radio. Les cadavres n’ont alors plus d’importance.

Qu’on ne compte donc pas sur Elisabeth Bornstein pour défendre et rétablir la liberté d’expression dans notre pays. Bien au contraire. Le pire est à craindre. D’autant que Macron a choisi de conserver dans ce nouveau gouvernement, et avec les mêmes attributions, Gérald Darmanin à l’Intérieur et Dupond-Moretti à la Justice. Sachant que le premier a multiplié les dissolutions de mouvements et d’associations dits d’extrême droite, de Génération identitaire à l’Alvarium, pour des motifs exclusivement politiques et idéologiques alors qu’aucune violence réelle n’avait été commise par les groupes dissous, tandis qu’il n’a jamais rien fait contre les groupes antifa, eux très violents, qui bénéficient d’une immunité et d’une impunité quasiment absolues et que le second, dès son arrivée au ministère de la Justice, s’est solennellement défini comme « le ministre de l’antiracisme » et qu’il a en effet activé avec diligence, fureur voire fanatisme, des poursuites et des gardes à vue contre des personnalités nationalistes ou de la dissidence, on comprend très vite que la répression fulgurante contre les « délinquants de la pensée », au nom de la lutte contre la haine et les discriminations, non seulement ne va pas baisser en intensité mais qu’elle risque, selon toute vraisemblance, de se durcir et de s’aggraver considérablement.

ET CE N’EST PAS  la nomination au ministère de l’Education nationale d’un militant gauchiste et indigéniste, le Français d’origine sénégalaise Pap Ndiaye, ayant participé à un colloque explicitement interdit aux Blancs (c’est tout un programme !) qui est de nature à rassurer. On a le sentiment que Macron, en marquant très à gauche son gouvernement, non seulement revient à ses origines (n’oublions pas qu’il fut un militant socialiste, officiellement encarté au PS, qu’il fut secrétaire général adjoint de l’Elysée sous le socialiste François Hollande, dont il fut par le suite le tout-puissant ministre de l’Economie et des Finances), entend certainement réduire le score et surtout le nombre de députés élus de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (NUPES) de Mélenchon et en même temps prend acte de l’affaiblissement, de l’atomisation et de la neutralisation des droites (ou de ce qui en tient lieu) scindées le plus souvent en quatre candidatures dans chaque circonscription (les Républicains, le Rassemblement national, Reconquête et Debout la France allié aux Patriotes de Philippot). Quand les Républicains étaient encore à 20 % à la présidentielle de 2017 (score de François Fillon), Macron jugeait utile et habile de choisir un Premier ministre venu de cette famille politique. Maintenant que les LR se sont effondrés et que la gauche, essentiellement grâce à Mélenchon et à son discours immigrationniste, indigéniste et islamophile, s’est renforcée, il choisit logiquement d’envoyer des signaux forts à la gauche, y compris à ses versants les plus radicaux.

Ces nominations — auxquels il faut ajouter celle de la pasionaria de l’avortement, Isabelle Rome, « ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances » (sic !), tandis que l’affreux Olivier Véran, ex-ministre de la Santé, est maintenu au gouvernement mais à un autre poste, tout comme l’inverti et communautaire Gabriel Attal qui rêve d’une « GPA éthique » avec son concubin ! —, peuvent donc s’analyser comme un acte de guerre contre la France, contre son essence, ses traditions, son être historique, son passé, ses racines, sa foi, son identité profonde. Tout à son entreprise de déconstruction, le chef de l’Etat a manifestement choisi d’accélérer son programme d’éradication de la France historique et authentique. On peut sans exagérer, ni sombrer dans un pessimisme démobilisateur, s’attendre à des mesures brutales dans les semaines, mois et années à venir. Il faudra être fort, vaillant, intrépide, lucide et vigilant pour résister à ce rouleau compresseur macronien qui entend conduire notre pays et notre peuple au tombeau. C’est pourquoi un organe de combat comme RIVAROL doit pouvoir poursuivre et amplifier sa tâche de réinformation et de résistance face à ces menées subversives et mortifères, clamer la vérité, dénoncer les dangers et les impostures. Donnez-lui l’oxygène dont il a besoin pour poursuivre ardemment le combat de chaque instant pour la vie, pour la civilisation, pour la vérité et pour notre patrie.

Jérome Bourbon, Editorial de Rivarol

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Fêtons nos mères 

Fêtons nos mères 

Alors que les déconstructeurs veulent transformer la fête des mères en « fête des gens que l’on aime », nous reproduisons l’allocution radiodiffusée du 25 mai 1941, prononcée par le Maréchal Pétain pour rendre hommage à la maternité. L’Action Française souhaite aux mères de France une bonne fête. Rendons-leur un juste hommage, c’est une question de piété filiale. 

« Mères de familles françaises, la France célèbre aujourd’hui la famille.

Elle se doit d’honorer d’abord les mères. Depuis dix mois, je convie les Français à s’arracher au mirage d’une civilisation matérialiste. Je leur ai montré les dangers  de l’individualisme. Je les ai invités  à prendre leur point d’appui sur les institutions naturelles et morales auxquelles est lié notre destin d’hommes et de Français.

La Famille, cellule initiale de la société, nous offre la meilleure garantie de relèvement. Un pays  stérile est aussi un pays  mortellement atteint dans son existence. Pour que la France vive, il lui faut d’abord des foyers.

Le foyer, c’est d’abord la maison où l’on se réunit c’est le  refuge où les affections se fortifient. C’est cette communauté spirituelle qui sauve l’homme de l’égoïsme et lui apprend à s’oublier pour se donner à ceux qui l’entourent.

Maîtresse du foyer, la mère, par son affection, par son tact, par sa patience, confère à la vie de chaque jour sa quiétude et sa douceur, elle fait rayonner autour d’elle l’amour qui permet d’accepter les plus rares  épreuves avec un courage inébranlable.

Mères de notre pays de France, votre tâche est la plus rude. Elle est aussi la plus belle.

Vous  êtes avant l’État, les dispensatrices de l’éducation. Vous seules semblez donner à tous ce goût du travail, ce sens de la discipline, de la modestie, du respect qui fait les hommes  sains et les peuples forts. Vous êtes les inspiratrices de notre civilisation chrétienne.

Et voici qu’aujourd’hui dans nos deuils, dans nos misères, vous portez la plus lourde croix.

Mères de France, entendez ce long cri d’amour qui monte vers vous. Mères de nos tués, mères de nos prisonniers, mères de nos cités qui donneriez votre vie pour arracher vos enfants à la faim, mères de nos campagnes qui, seules à la ferme, faites germer les moissons, mères glorieuses, mères angoissées, je vous exprime aujourd’hui toute la reconnaissance de la France. »

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ALGÉRIE : REQUIEM POUR UNE VICTOIRE PERDUE

ALGÉRIE : REQUIEM POUR UNE VICTOIRE PERDUE

Nous savons à l’Action Française que les erreurs de l’intelligence sont les pires de toutes. Soixante ans après les terribles événements d’Algérie, notre ami Jean-Pierre Papadacci, cofondateur d’Amitié et Action Française, dirigeant de l’ADIMAD, ancien de l’OAS, propose une réflexion sur les erreurs à ne pas reproduire. 

«  Les malheurs interviennent avec les évènements mais sont inscrits dans les caractères  » Paul Dehème

L’histoire de la résistance, en Algérie française, révèle une répétition d’erreurs humaines et politiques qui, logiquement, ne pouvaient qu’entraîner la défaite de cette cause. La révolte militaire du 22 avril 1962, immédiatement baptisée « putsch » par ses ennemis, démontre que les intentions les plus nobles et les plus légitimes sont vouées à l’échec quand elles ne s’accompagnent pas d’une volonté d’employer tous les moyens, doublée d’une détermination sans faille. Les chefs militaires qui déclenchèrent cette révolte avaient oublié que la donne avait changé depuis le 13 mai 1958. La IVème république avait cédé la place à un régime gaulliste et De Gaulle Charles n’était pas René Coty. Désormais la sauvegarde de l’Algérie ne passait plus que par la neutralisation du chef de l’État ou le renversement de la Vème république. C’est pour ne l’avoir pas compris que la révolte de ces chefs aboutit à un FIASCO.

Les occasions manquées

« Toute pensée qui ne se traduit pas par un acte est une défaillance. » R.de la Tour du Pin

De nombreuses occasions de sauver l’Algérie se présentèrent durant la guerre. La révolution du 13 mai 1958, née d’un sursaut  de l’armée unie et du peuple français, aurait pu réussir si elle n’avait été détournée au profit de De Gaulle. La semaine des barricadesd’Alger, de janvier 1960, aurait pu aussi servir d’étincelle  à un embrasement révolutionnaire si le général Challe s’était décidé à faire cause commune avec le peuple. La solution la plus simple et la plus directe pour stopper définitivement le processus de trahison et d’abandon aurait pu passer par l’arrestation du félon ou son élimination physique par embuscade, au cours d’une de ses tournées en Algérie. Il y eut  bien quelques initiatives mais aucune n’aboutit. A chaque fois « un grain de sable », prenant la forme d’une indiscrétion, d’une défaillance, d’un retard imprévu, ou encore d’un mystérieux contre-ordre, enraya la machine. Le projet de liquidation de l’Algérie française pourtant clairement dévoilé dès le discours sur l’autodétermination (1959) poursuivit son cours sans entrave majeure. Les chefs militaires étoilés, qui avaient offert le pouvoir à De Gaulle et qui subissaient sa trahison, n’avaient manifesté leur opposition que par des déclarations intempestives, qui leur avaient valu soit une voie de garage soit la mise à la retraite. Ils attendirent le mois d’avril  1961 pour répondre aux sollicitations d’un groupe d’officiers qui brûlaient d’envie de passer à l’action.

Le carcan de la hiérarchie

«  Ce qui fait la grandeur du métier militaire, c’est l’obéissance, mais il va de soi que l’homme qui a obéi toute sa vie est incapable d’ initiative, d’ idée personnelle. » Edouard DRUMONT

Des officiers subalternes, indignés par la trahison du chef de l’Etat, furent les véritables organisateurs de la révolte. Ils passèrent plusieurs mois à sonder et à recruter en Algérie et en métropole, les camarades de combat susceptibles de participer au coup de force. Roger Degueldre, le seul officier à avoir déserté après les barricades, fut le pilier de cette entreprise. Malheureusement, tous ces soldats prêts à franchir le Rubicon, restaient imprégnés d’esprit et de discipline militaire et manquaient totalement de culture révolutionnaire. Ils ne pouvaient concevoir d’agir sans avoir à leur tête un général. L’histoire de France pouvait pourtant leur rappeler que des généraux qui étaient de brillants guerriers avaient été aussi des nullités politiques, Mac-Mahon et Boulanger en étaient de tristes exemples. Le courage physique n’a en effet, rien à voir avec le courage moral et intellectuel. Mais ils s’obstinèrent à trouver un chef couvert d’étoiles et ils firent le plus mauvais choix possible en la personne du général Challe. Pourquoi choisir un officier général qui n’avait rien fait pour s’opposer à De Gaulle alors qu’il était commandant en chef en Algérie ? Que pouvaient-ils attendre d’un homme qui prenait la tête d’un soulèvement militaire, non pour s’emparer du pouvoir mais pour retrouver son ancien poste de commandant en chef avec l’espoir insensé d’infléchir la politique algérienne de De Gaulle ? Pourquoi suivre un chef qui proposait d’agir sans associer la population civile et sans verser une goutte de sang ?

FRANCO ou BAZAINE

 « Les hommes qui perdent le plus aisément la tête et qui se montrent les plus faibles dans les jours de révolution, sont les gens de guerre. »  Tocqueville

L’insurrection militaire du 22 avril ne connut qu’un succès : la prise d’Alger (Rendons un juste hommage au capitaine Baÿt qui prépara les plans de cette opération). Son chef, le  général Challe, accumula ensuite les erreurs fatales : refus de contester la légitimité du chef de l’Etat, refus d’associer au mouvement la population civile, refus de reconstituer les unités territoriales, refus de la mobilisation générale des Français d’Algérie, refus de déclencher une action en métropole, refus d’employer la force pour obtenir des ralliements. Il s’enlisa ensuite dans la conquête de l’appareil de commandement militaire et se priva d’appuis précieux en imposant le respect de la stricte hiérarchie militaire. Il  mit sur la touche le groupe d’officiers fidèles, qui avaient préparé le coup de force et s’entoura d’officiers douteux (Cousteaux, De Boissieu) qui sabotèrent le développement de l’insurrection. Il fut incapable d’utiliser efficacement les émetteurs-radio tombés sous son contrôle. Il temporisa, perdit l’initiative des événements et permit ainsi à son adversaire de reprendre la main. Face à la détermination de De Gaulle et à sa volonté d’employer tous les moyens possibles, il fut incapable de riposter et n’opposa qu’hésitations et demi-mesures. Pour s’être refusé à suivre l’exemple d’un FRANCO, ou d’un MOSCARDO, il fut contraint à la reddition et termina comme un vulgaire BAZAINE. Une phrase du journaliste Jean Planchais illustre l’échec de la révolte militaire du 22 avril 1961 : « Pire que la défaite est UNE VICTOIRE PERDUE, l’une peut abattre mais aussi stimuler, l’autre décourage, démoralise, divise ». Ce fiasco militaire fut le prélude de la tragédie algérienne et pesa lourd dans la défaite finale. J’espère que ce rappel, certes sans complaisance, servira d’enseignement pour l’avenir Français.                                                                                                                   

QUELQUES RAISONS DU FIASCO

Général CHALLE : « Je ne voulais pas déclencher une guerre civile…. il s’agit de rallier l’armée et non pas d’anéantir des gens qui au fond pensent comme nous… Que ceux-là (il s’agit d’une délégation de civils) ne nous emmerdent pas ! »

Général ZELLER : « Nous estimons, Challe et moi, qu’un acte de force, avec des moyens d’ailleurs aléatoires, prendrait là une allure de pronunciamiento…. j’insiste sur l’apolitisme du mouvement.. Je me refuse à faire ouvrir le feu sur des troupes françaises et à terminer par une bataille de rue, l’action ouverte sous le signe de l’union de l’armée. »

Général JOUHAUD : « Nous n’abordâmes jamais en commun, au cours d’une franche discussion, les intentions des uns et des autres… Nous avons eu le tort d’avoir manqué de fermeté avec les hésitants et les opposants, d’avoir gaspillé un potentiel en or, en confiant à des régiments d’élite des missions statiques de garde de bâtiments »

Capitaine SERGENT : « Alors que l’Algérie et la métropole retiennent leur souffle, tandis que le général De Gaulle, pris de vitesse, marque un temps d’hésitation et que le monde entier regarde, on gaspille des heures précieuses à tenter des ralliements secondaires, c’est la révolution du téléphone. C’est une véritable trahison ! Pensez vous que nous avons traversé la mer pour jouer cette comédie ?.. Je peux encore aller lui tirer  une balle dans la tête  (il parle de Challe) »

Colonel ARGOUD : « J’aurais dû non pas faire prisonnier, mais exécuter le général de Pouilly… Sa mort aurait montré à tous les hésitants que nous ne reculions devant rien… J’aurais dû poursuivre mon plan de rassemblement de la population, même sans la Légion. »

 

Jean-Pierre Papadacci

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