Un gouvernement de combat très marqué à gauche

Un gouvernement de combat très marqué à gauche

Plus les présidents et les gouvernements se succèdent, plus ils sont pires. C’est une règle qui ne souffre quasiment pas d’exception depuis 1945. Et ils sont beaucoup plus toxiques sous la Vème car la faiblesse institutionnelle de la IVe avec son instabilité ministérielle, son mode de scrutin proportionnel, ses changements incessants de gouvernements et de ministres rendait finalement moins nocive la politique menée. Lorsqu’un régime est mauvais, mieux vaut que le gouvernement soit faible et impuissant car il fait ainsi moins de dégâts. Tout bien considéré, la IVe République, qui n’est certes pas notre tasse de thé et que RIVAROL a fortement combattue en son temps, a été au final moins destructrice que la Ve gaullienne. Elle n’a pas réussi à liquider l’empire colonial, à détruire la famille, à imposer des législations liberticides, mortifères et criminelles. De Gaulle, avec la Constitution de 1958, aggravée par l’élection du président au suffrage universel direct en 1962, a donné une durée, une stabilité, une force, une puissance telles à l’Exécutif qu’il peut hélas conduire à leur terme, ce qu’il n’a jamais manqué de faire, les réformes et les décisions les plus détestables. Il a pu ainsi imposer le largage de départements français depuis 132 ans, révolutionner les mœurs et les mentalités avec la pilule contraceptive, l’avortement et la pornographie de masse. Il a pu tuer dans l’œuf ou, à tout le moins, contrecarrer voire neutraliser une efficace résistance nationaliste à la destruction du pays avec l’adoption de lois liberticides (Pleven, Gayssot, Lellouche, Perben), imposer l’adoption et la mise en œuvre de législations contre-nature comme la loi Taubira en 2013 sans que les gouvernements ou présidents successifs soient renversés ou empêchés. Et on a encore vu le 24 avril que, malgré le mouvement des gilets jaunes, la tyrannie sanitaire, l’augmentation écrasante des impôts et des charges, la mise en cause radicale des libertés les plus fondamentales, dont celles de circulation, de réunion, de manifestation, d’opinion voire de culte, Macron a été confortablement réélu.

Le gouvernement que Macron II vient de mettre en place est d’ores et déjà bien pire encore que les équipes dirigées par Edouard Philippe, puis par Jean Castex. Le nouveau Premier ministre, Elisabeth Borne, a fait toute sa carrière à gauche, de Jospin à Hollande, et il suffit de la voir et de l’entendre (la morphopsychologie n’est pas sans intérêt !) pour vite comprendre qu’on va avoir à faire à une femme brutale, autoritaire, cassante, qui ne fera aucun cadeau à son opposition véritable, aux contestataires authentiques.

Son ascendance est déjà tout un programme qui ravit naturellement les sites communautaires : Borne s’appelle en réalité Bornstein, patronyme de son géniteur Joseph, immigré juif d’origine polonaise d’une famille « réfugiée en France en 1939 ». 

Il faut savoir que Joseph Borne, qui a travaillé avec son épouse Marguerite dans un laboratoire pharmaceutique (ça ne s’invente pas !) et qui s’est suicidé en 1972, ce qui a permis à sa fille Elisabeth de devenir pupille de la nation et d’obtenir une bourse de l’Etat pour ses études, a servi dans les rangs du terrorisme israélien. A l’instar de la communautaire Agnès Buzyn, ex-ministre de la Santé, son père immigré, d’origine russo-polonaise, était, comme le note entre autres le site Panamza, un militant actif et fanatique du courant ultra-sioniste, notamment celui qui s’exprima dans des milices terroristes dites paramilitaires, Irgoun et Stern. Et ce, avant comme après la Seconde guerre mondiale et sa déportation dans les camps avec son frère, lui-même devenu par la suite un représentant (décédé en 2016) du Crif dans le Gard. Autrement dit, des années 1930 à nos jours, la famille paternelle d’Elisabeth Bornstein a tissé et entretenu des liens étroits avec les idéologues et dirigeants de l’entité sioniste, depuis les fondateurs parvenus au sommet de l’État jusqu’aux intimes et proches Likoudniks désormais solidement installés à Tel-Aviv. Il n’est donc pas étonnant qu’Elisabeth Borne soit une habituée du CRIF et il ne faut pas compter sur elle pour desserrer l’étau sur toutes ces questions, bien au contraire.

Comme ministre depuis cinq ans, elle est chaque année au dîner du CRIF et le 18 octobre dernier elle concluait encore, ce qui est un honneur, en tant que ministre du Travail, un colloque du CRIF sur « le fait religieux en entreprise ». On comprend qu’avec un tel pedigree le chef du gouvernement n’ait fait part de la moindre condamnation de l’assassinat par l’entité sioniste de la brillante journaliste professionnelle, palestinienne et chrétienne, Shireen Abu Akleh, reporter pour la chaîne d’information Al Jazeera pendant 25 ans et tuée à Jénine le 11 mai 2022, à 51 ans, et dont le cercueil et le convoi funéraire ont même été brutalement et sauvagement attaqués le 13 mai par la soldatesque israélienne, bien sûr en toute impunité et sans que les habituels défenseurs de la liberté de la presse ne se manifestent et condamnent cet assassinat — on n’a ainsi pas entendu l’israélophile Robert Ménard, ex-président de Reporters sans frontières : que cet imbécile pathétique, dont la bêtise autosatisfaite et à front de taureau n’a d’égal que la vanité ridicule s’étalant sans vergogne sur les plateaux de télévision, aurait-il tempêté s’il s’était agi d’une journaliste tuée par des soldats russes ou par des mahométans ? Mais quand il s’agit de l’entité sioniste, tout est permis, sans exception ! C’est silence radio. Les cadavres n’ont alors plus d’importance.

Qu’on ne compte donc pas sur Elisabeth Bornstein pour défendre et rétablir la liberté d’expression dans notre pays. Bien au contraire. Le pire est à craindre. D’autant que Macron a choisi de conserver dans ce nouveau gouvernement, et avec les mêmes attributions, Gérald Darmanin à l’Intérieur et Dupond-Moretti à la Justice. Sachant que le premier a multiplié les dissolutions de mouvements et d’associations dits d’extrême droite, de Génération identitaire à l’Alvarium, pour des motifs exclusivement politiques et idéologiques alors qu’aucune violence réelle n’avait été commise par les groupes dissous, tandis qu’il n’a jamais rien fait contre les groupes antifa, eux très violents, qui bénéficient d’une immunité et d’une impunité quasiment absolues et que le second, dès son arrivée au ministère de la Justice, s’est solennellement défini comme « le ministre de l’antiracisme » et qu’il a en effet activé avec diligence, fureur voire fanatisme, des poursuites et des gardes à vue contre des personnalités nationalistes ou de la dissidence, on comprend très vite que la répression fulgurante contre les « délinquants de la pensée », au nom de la lutte contre la haine et les discriminations, non seulement ne va pas baisser en intensité mais qu’elle risque, selon toute vraisemblance, de se durcir et de s’aggraver considérablement.

ET CE N’EST PAS  la nomination au ministère de l’Education nationale d’un militant gauchiste et indigéniste, le Français d’origine sénégalaise Pap Ndiaye, ayant participé à un colloque explicitement interdit aux Blancs (c’est tout un programme !) qui est de nature à rassurer. On a le sentiment que Macron, en marquant très à gauche son gouvernement, non seulement revient à ses origines (n’oublions pas qu’il fut un militant socialiste, officiellement encarté au PS, qu’il fut secrétaire général adjoint de l’Elysée sous le socialiste François Hollande, dont il fut par le suite le tout-puissant ministre de l’Economie et des Finances), entend certainement réduire le score et surtout le nombre de députés élus de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (NUPES) de Mélenchon et en même temps prend acte de l’affaiblissement, de l’atomisation et de la neutralisation des droites (ou de ce qui en tient lieu) scindées le plus souvent en quatre candidatures dans chaque circonscription (les Républicains, le Rassemblement national, Reconquête et Debout la France allié aux Patriotes de Philippot). Quand les Républicains étaient encore à 20 % à la présidentielle de 2017 (score de François Fillon), Macron jugeait utile et habile de choisir un Premier ministre venu de cette famille politique. Maintenant que les LR se sont effondrés et que la gauche, essentiellement grâce à Mélenchon et à son discours immigrationniste, indigéniste et islamophile, s’est renforcée, il choisit logiquement d’envoyer des signaux forts à la gauche, y compris à ses versants les plus radicaux.

Ces nominations — auxquels il faut ajouter celle de la pasionaria de l’avortement, Isabelle Rome, « ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances » (sic !), tandis que l’affreux Olivier Véran, ex-ministre de la Santé, est maintenu au gouvernement mais à un autre poste, tout comme l’inverti et communautaire Gabriel Attal qui rêve d’une « GPA éthique » avec son concubin ! —, peuvent donc s’analyser comme un acte de guerre contre la France, contre son essence, ses traditions, son être historique, son passé, ses racines, sa foi, son identité profonde. Tout à son entreprise de déconstruction, le chef de l’Etat a manifestement choisi d’accélérer son programme d’éradication de la France historique et authentique. On peut sans exagérer, ni sombrer dans un pessimisme démobilisateur, s’attendre à des mesures brutales dans les semaines, mois et années à venir. Il faudra être fort, vaillant, intrépide, lucide et vigilant pour résister à ce rouleau compresseur macronien qui entend conduire notre pays et notre peuple au tombeau. C’est pourquoi un organe de combat comme RIVAROL doit pouvoir poursuivre et amplifier sa tâche de réinformation et de résistance face à ces menées subversives et mortifères, clamer la vérité, dénoncer les dangers et les impostures. Donnez-lui l’oxygène dont il a besoin pour poursuivre ardemment le combat de chaque instant pour la vie, pour la civilisation, pour la vérité et pour notre patrie.

Jérome Bourbon, Editorial de Rivarol
Fêtons nos mères 

Fêtons nos mères 

Alors que les déconstructeurs veulent transformer la fête des mères en « fête des gens que l’on aime », nous reproduisons l’allocution radiodiffusée du 25 mai 1941, prononcée par le Maréchal Pétain pour rendre hommage à la maternité. L’Action Française souhaite aux mères de France une bonne fête. Rendons-leur un juste hommage, c’est une question de piété filiale. 

« Mères de familles françaises, la France célèbre aujourd’hui la famille.

Elle se doit d’honorer d’abord les mères. Depuis dix mois, je convie les Français à s’arracher au mirage d’une civilisation matérialiste. Je leur ai montré les dangers  de l’individualisme. Je les ai invités  à prendre leur point d’appui sur les institutions naturelles et morales auxquelles est lié notre destin d’hommes et de Français.

La Famille, cellule initiale de la société, nous offre la meilleure garantie de relèvement. Un pays  stérile est aussi un pays  mortellement atteint dans son existence. Pour que la France vive, il lui faut d’abord des foyers.

Le foyer, c’est d’abord la maison où l’on se réunit c’est le  refuge où les affections se fortifient. C’est cette communauté spirituelle qui sauve l’homme de l’égoïsme et lui apprend à s’oublier pour se donner à ceux qui l’entourent.

Maîtresse du foyer, la mère, par son affection, par son tact, par sa patience, confère à la vie de chaque jour sa quiétude et sa douceur, elle fait rayonner autour d’elle l’amour qui permet d’accepter les plus rares  épreuves avec un courage inébranlable.

Mères de notre pays de France, votre tâche est la plus rude. Elle est aussi la plus belle.

Vous  êtes avant l’État, les dispensatrices de l’éducation. Vous seules semblez donner à tous ce goût du travail, ce sens de la discipline, de la modestie, du respect qui fait les hommes  sains et les peuples forts. Vous êtes les inspiratrices de notre civilisation chrétienne.

Et voici qu’aujourd’hui dans nos deuils, dans nos misères, vous portez la plus lourde croix.

Mères de France, entendez ce long cri d’amour qui monte vers vous. Mères de nos tués, mères de nos prisonniers, mères de nos cités qui donneriez votre vie pour arracher vos enfants à la faim, mères de nos campagnes qui, seules à la ferme, faites germer les moissons, mères glorieuses, mères angoissées, je vous exprime aujourd’hui toute la reconnaissance de la France. »

ALGÉRIE : REQUIEM POUR UNE VICTOIRE PERDUE

ALGÉRIE : REQUIEM POUR UNE VICTOIRE PERDUE

Nous savons à l’Action Française que les erreurs de l’intelligence sont les pires de toutes. Soixante ans après les terribles événements d’Algérie, notre ami Jean-Pierre Papadacci, cofondateur d’Amitié et Action Française, dirigeant de l’ADIMAD, ancien de l’OAS, propose une réflexion sur les erreurs à ne pas reproduire. 

«  Les malheurs interviennent avec les évènements mais sont inscrits dans les caractères  » Paul Dehème

L’histoire de la résistance, en Algérie française, révèle une répétition d’erreurs humaines et politiques qui, logiquement, ne pouvaient qu’entraîner la défaite de cette cause. La révolte militaire du 22 avril 1962, immédiatement baptisée « putsch » par ses ennemis, démontre que les intentions les plus nobles et les plus légitimes sont vouées à l’échec quand elles ne s’accompagnent pas d’une volonté d’employer tous les moyens, doublée d’une détermination sans faille. Les chefs militaires qui déclenchèrent cette révolte avaient oublié que la donne avait changé depuis le 13 mai 1958. La IVème république avait cédé la place à un régime gaulliste et De Gaulle Charles n’était pas René Coty. Désormais la sauvegarde de l’Algérie ne passait plus que par la neutralisation du chef de l’État ou le renversement de la Vème république. C’est pour ne l’avoir pas compris que la révolte de ces chefs aboutit à un FIASCO.

Les occasions manquées

« Toute pensée qui ne se traduit pas par un acte est une défaillance. » R.de la Tour du Pin

De nombreuses occasions de sauver l’Algérie se présentèrent durant la guerre. La révolution du 13 mai 1958, née d’un sursaut  de l’armée unie et du peuple français, aurait pu réussir si elle n’avait été détournée au profit de De Gaulle. La semaine des barricadesd’Alger, de janvier 1960, aurait pu aussi servir d’étincelle  à un embrasement révolutionnaire si le général Challe s’était décidé à faire cause commune avec le peuple. La solution la plus simple et la plus directe pour stopper définitivement le processus de trahison et d’abandon aurait pu passer par l’arrestation du félon ou son élimination physique par embuscade, au cours d’une de ses tournées en Algérie. Il y eut  bien quelques initiatives mais aucune n’aboutit. A chaque fois « un grain de sable », prenant la forme d’une indiscrétion, d’une défaillance, d’un retard imprévu, ou encore d’un mystérieux contre-ordre, enraya la machine. Le projet de liquidation de l’Algérie française pourtant clairement dévoilé dès le discours sur l’autodétermination (1959) poursuivit son cours sans entrave majeure. Les chefs militaires étoilés, qui avaient offert le pouvoir à De Gaulle et qui subissaient sa trahison, n’avaient manifesté leur opposition que par des déclarations intempestives, qui leur avaient valu soit une voie de garage soit la mise à la retraite. Ils attendirent le mois d’avril  1961 pour répondre aux sollicitations d’un groupe d’officiers qui brûlaient d’envie de passer à l’action.

Le carcan de la hiérarchie

«  Ce qui fait la grandeur du métier militaire, c’est l’obéissance, mais il va de soi que l’homme qui a obéi toute sa vie est incapable d’ initiative, d’ idée personnelle. » Edouard DRUMONT

Des officiers subalternes, indignés par la trahison du chef de l’Etat, furent les véritables organisateurs de la révolte. Ils passèrent plusieurs mois à sonder et à recruter en Algérie et en métropole, les camarades de combat susceptibles de participer au coup de force. Roger Degueldre, le seul officier à avoir déserté après les barricades, fut le pilier de cette entreprise. Malheureusement, tous ces soldats prêts à franchir le Rubicon, restaient imprégnés d’esprit et de discipline militaire et manquaient totalement de culture révolutionnaire. Ils ne pouvaient concevoir d’agir sans avoir à leur tête un général. L’histoire de France pouvait pourtant leur rappeler que des généraux qui étaient de brillants guerriers avaient été aussi des nullités politiques, Mac-Mahon et Boulanger en étaient de tristes exemples. Le courage physique n’a en effet, rien à voir avec le courage moral et intellectuel. Mais ils s’obstinèrent à trouver un chef couvert d’étoiles et ils firent le plus mauvais choix possible en la personne du général Challe. Pourquoi choisir un officier général qui n’avait rien fait pour s’opposer à De Gaulle alors qu’il était commandant en chef en Algérie ? Que pouvaient-ils attendre d’un homme qui prenait la tête d’un soulèvement militaire, non pour s’emparer du pouvoir mais pour retrouver son ancien poste de commandant en chef avec l’espoir insensé d’infléchir la politique algérienne de De Gaulle ? Pourquoi suivre un chef qui proposait d’agir sans associer la population civile et sans verser une goutte de sang ?

FRANCO ou BAZAINE

 « Les hommes qui perdent le plus aisément la tête et qui se montrent les plus faibles dans les jours de révolution, sont les gens de guerre. »  Tocqueville

L’insurrection militaire du 22 avril ne connut qu’un succès : la prise d’Alger (Rendons un juste hommage au capitaine Baÿt qui prépara les plans de cette opération). Son chef, le  général Challe, accumula ensuite les erreurs fatales : refus de contester la légitimité du chef de l’Etat, refus d’associer au mouvement la population civile, refus de reconstituer les unités territoriales, refus de la mobilisation générale des Français d’Algérie, refus de déclencher une action en métropole, refus d’employer la force pour obtenir des ralliements. Il s’enlisa ensuite dans la conquête de l’appareil de commandement militaire et se priva d’appuis précieux en imposant le respect de la stricte hiérarchie militaire. Il  mit sur la touche le groupe d’officiers fidèles, qui avaient préparé le coup de force et s’entoura d’officiers douteux (Cousteaux, De Boissieu) qui sabotèrent le développement de l’insurrection. Il fut incapable d’utiliser efficacement les émetteurs-radio tombés sous son contrôle. Il temporisa, perdit l’initiative des événements et permit ainsi à son adversaire de reprendre la main. Face à la détermination de De Gaulle et à sa volonté d’employer tous les moyens possibles, il fut incapable de riposter et n’opposa qu’hésitations et demi-mesures. Pour s’être refusé à suivre l’exemple d’un FRANCO, ou d’un MOSCARDO, il fut contraint à la reddition et termina comme un vulgaire BAZAINE. Une phrase du journaliste Jean Planchais illustre l’échec de la révolte militaire du 22 avril 1961 : « Pire que la défaite est UNE VICTOIRE PERDUE, l’une peut abattre mais aussi stimuler, l’autre décourage, démoralise, divise ». Ce fiasco militaire fut le prélude de la tragédie algérienne et pesa lourd dans la défaite finale. J’espère que ce rappel, certes sans complaisance, servira d’enseignement pour l’avenir Français.                                                                                                                   

QUELQUES RAISONS DU FIASCO

Général CHALLE : « Je ne voulais pas déclencher une guerre civile…. il s’agit de rallier l’armée et non pas d’anéantir des gens qui au fond pensent comme nous… Que ceux-là (il s’agit d’une délégation de civils) ne nous emmerdent pas ! »

Général ZELLER : « Nous estimons, Challe et moi, qu’un acte de force, avec des moyens d’ailleurs aléatoires, prendrait là une allure de pronunciamiento…. j’insiste sur l’apolitisme du mouvement.. Je me refuse à faire ouvrir le feu sur des troupes françaises et à terminer par une bataille de rue, l’action ouverte sous le signe de l’union de l’armée. »

Général JOUHAUD : « Nous n’abordâmes jamais en commun, au cours d’une franche discussion, les intentions des uns et des autres… Nous avons eu le tort d’avoir manqué de fermeté avec les hésitants et les opposants, d’avoir gaspillé un potentiel en or, en confiant à des régiments d’élite des missions statiques de garde de bâtiments »

Capitaine SERGENT : « Alors que l’Algérie et la métropole retiennent leur souffle, tandis que le général De Gaulle, pris de vitesse, marque un temps d’hésitation et que le monde entier regarde, on gaspille des heures précieuses à tenter des ralliements secondaires, c’est la révolution du téléphone. C’est une véritable trahison ! Pensez vous que nous avons traversé la mer pour jouer cette comédie ?.. Je peux encore aller lui tirer  une balle dans la tête  (il parle de Challe) »

Colonel ARGOUD : « J’aurais dû non pas faire prisonnier, mais exécuter le général de Pouilly… Sa mort aurait montré à tous les hésitants que nous ne reculions devant rien… J’aurais dû poursuivre mon plan de rassemblement de la population, même sans la Légion. »

 

Jean-Pierre Papadacci

Culture, entretien avec Monsieur l’abbé Grégoire Celier

Culture, entretien avec Monsieur l’abbé Grégoire Celier

Nous nous retrouvons aujourd’hui pour un entretien que Monsieur l’abbé Grégoire Celier a bien voulu nous accorder, à l’occasion de la sortie de son livre Le XIXe parallèle – Flâneries littéraires hors des sentiers battus, aux éditions Via Romana, et nous l’en remercions chaleureusement ! Nous vous invitons à vous procurer, au plus vite, cet ouvrage bien riche, qui nous permet de rencontrer, tantôt des figures bien connues, tantôt des personnages oubliés, qui appartiennent soit à ce que l’auteur appelle l’antilibéralisme catholique, soit au nationalisme. C’est un livre accessible, clair et, le plus important, qui nous projette hors des positionnements trop faciles, des idées toutes faites – que ce soit pour le camp du politiquement correct ou celui de nos milieux, trop souvent formatés et se laissant bercer par les facilités de l’idéologie. L’abbé Grégoire Celier nous bouscule, il nous interroge, et pour cela, qu’il en soit remercié ! Nous ne pourrons, malheureusement, nous arrêter sur chaque figure de ce livre, s’y trouvent représentés : Mgr Dupanloup, Maurice Barrès, Mgr Benigni, la Comtesse de Ségur, Louis-Ferdinand Céline, Louis Veuillot, Charles Maurras pour n’en citer que quelques-uns. Nous avons choisi de sélectionner trois figures : Louis-Ferdinand Céline l’inclassable, Charles Maurras et l’Action française, Melchior du Lac. Nous vous prévenons toutefois, en reprenant les termes (ironiques) de l’auteur, que cet entretien « n’est pas un “safe space”. Il comporte l’usage de mots inconvenants, choquants, crus, sans filtre, qui peuvent heurter les sensibilités, agresser certains esprits ; le lecteur risque d’en être blessé et meurtri » (p. 13-14). ,

AF : Monsieur l’abbé, avant de nous intéresser au fond de votre ouvrage à travers quelques figures, j’aimerais vous poser une question préliminaire. Pourquoi vous être lancé dans ces flâneries littéraires ? Est-ce seulement par goût ou également mû par un certain devoir ? Je m’explique. Les ecclésiastiques, et plus généralement les catholiques, ne se désintéressent-ils pas trop de la littérature et des arts profanes ? Des publications telle que la vôtre semblent bien rares.

Abbé Grégoire Celier : Il est évident, comme le rappelait le pape saint Pie X, qu’un ecclésiastique doit en priorité s’adonner aux sciences sacrées. C’est ce que je fais, car les livres (une quinzaine) que j’ai déjà publiés sont consacrés à la liturgie, à la philosophie thomiste, à la situation actuelle de l’Église. Mais il n’est pas interdit, il peut même être bon, si un ecclésiastique en a le temps et les dispositions, qu’il s’intéresse aussi aux réalités profanes. Rappelons que le fondateur de la génétique moderne, Mendel, était un ecclésiastique, tout comme l’était le chanoine Georges Lemaître, inventeur du concept du « Big Bang ». Ceci étant, mon dernier livre, celui dont nous parlons, qui traite d’histoire et de littérature, est consacré essentiellement à des figures catholiques, ou liées à l’Église (comme Maurras, pour lequel j’examine la condamnation papale de 1926). Seuls les deux derniers chapitres sont presque purement « laïcs ».

AF : Nous ne résistons pas à la tentation de commencer notre entretien par un chapitre qui me tient particulièrement à cœur, celui nommé « Une opinion sur Charles Maurras et le devoir d’être catholique », où effectivement, vous traitez de la condamnation de l’Action française par Pie XI en 1926. Cette question étant le principal sujet de nos études universitaires – que ce soit en théologie catholique ou en histoire -, nous ne pûmes qu’apprécier la manière dont vous l’abordâtes, c’est-à-dire avec des remarques pondérées, objectives et soigneusement pensées. La question est d’une réelle complexité, bien éloignée de toutes les caricatures, et mérite d’être approchée avec beaucoup de modestie et bien du courage ! D’autant que les implications doctrinales et les conséquences concrètes de celle-ci, semblent immenses et agitent encore de nos jours, le monde catholique et la vie politique. Il s’agit, j’ose le dire, d’une question nodale. Présentement, nous ne pouvons pas revenir ici sur tous les événements de cette condamnation, pour ce faire nous invitons nos lecteurs à lire votre ouvrage ainsi que la bibliographie indiquée dans celui-ci. J’aimerais que nous allions au cœur du sujet ! D’après vous, quelle fut la cause profonde de cette condamnation ? Fut-ce une condamnation politique recouverte d’excuses doctrinales ou peut-on discerner, objectivement, un fond doctrinal à cette condamnation, les événements historiques s’y greffant et obscurcissant l’affaire ?

Abbé Grégoire Celier : Il est difficile de déterminer exactement ce que voulait Pie XI, dans la mesure où il ne s’est jamais vraiment expliqué : dans cette affaire, il manque, une encyclique doctrinale. Je ne puis donc donner qu’une opinion personnelle, appuyée sur une étude attentive du dossier. Au départ, me semble-t-il, il y a l’Action française et l’Action catholique. Je m’explique. Pie XI est préoccupé du fait qu’un groupe politique, l’Action française, de surcroît dirigé par un agnostique déclaré, Charles Maurras, draine la plus grande partie des militants catholiques, et attire les intellectuels et les jeunes. Or, Pie XI possède en réserve une solution : l’Action catholique. D’après lui, si tous ceux qui adhèrent à l’Action française rejoignaient l’Action catholique, la situation religieuse et politique de la France changerait du tout au tout.

Ensuite, Pie XI voit dans l’Action française, comme dans tous les partis politiques français de l’époque, une anomalie grave : il ne s’agit pas d’un mouvement catholique sur le plan politique (même si ses membres sont en majorité d’ardents catholiques). Or, n’oublions pas que Pie XI est le pape qui a institué la fête du Christ-Roi, contre « la peste du laïcisme », ainsi qu’il l’écrit. Une action politique qui n’a pas pour but ultime le règne du Christ-Roi, lui semble inconcevable pour un catholique.

Se greffe sur ce fond proprement doctrinal et ecclésiastique une question de politique européenne. Le Saint-Siège veut tout faire pour éviter le retour de la guerre en Europe, il lui semble que les efforts en faveur de la paix, déployés par Briand en France et Stresemann en Allemagne (accords de Locarno en 1925) sont très prometteurs. Or l’Action française combat ardemment ce rapprochement franco-allemand, qui lui semble utopiste et très dangereux pour la sécurité de la France. Contrairement aux affirmations de l’Action française de l’époque, je ne crois pas que cet arrière-fond politique soit la cause déterminante de la condamnation, mais il a certainement pesé dans la balance, quand Pie XI a décidé d’engager le fer.

Après, il y a eu le raidissement et la maladresse de Pie XI, le raidissement et la maladresse de l’Action française (reconnus par Maurras lui-même, des années après), des polémiques qui mettaient de l’huile sur le feu (de part et d’autre), des sanctions démesurées, etc. Ce fut un drame terrible et souvent injuste.

AF : Je vous avouerai, in fine, que votre analyse nous semble la bonne et c’est précisément là que réside le drame ! J’aimerais que nous allions plus loin ensemble et que vous répondiez, si vous le voulez bien, à une question épineuse qui ne cesse de nous agiter. Dans le cadre des nations modernes, peut-on encore tenir une position entièrement catholique ? Je m’explique. Nous nous trouvons dans un cadre politique que l’on nomme nation – je ne parle même pas de démocratie ou de République, j’évoque simplement le plus fondamental dénominateur commun, notre pays. Quand celui-ci est attaqué de toutes parts, quand les assauts se font incessants, ne faut-il pas s’unir pour le défendre, partant du principe qu’il s’agit d’une entité bonne et bénéfique pour son peuple ? Or, notre pays est profondément déchristianisé et un parti catholique, seul, semble incapable de le défendre. Dans ce cas, ne faut-il pas créer un mouvement laïc au sein duquel catholiques et non-catholiques pourraient  agir ensemble,  avec un objectif commun respectant les finalités propres des deux composantes ? Car il semble que demander à un non-catholique, c’est-à-dire une personne n’ayant pas encore accompli une démarche de foi, de se battre dans un mouvement catholique, serait une contradiction. Elle  peut, certes, se battre pour la liberté de l’Église en tant qu’institution, bonne pour le pays, mais non comme un soldat interne de l’institution,  se trouvant hors de celle-ci. Pardonnez-moi cette assertion osée, mais la position de Pie XI n’est-elle pas seulement une position de chrétienté ? N’est-ce pas une impasse dans laquelle les chrétiens s’engouffrèrent et qui les perdit ? Devrions-nous, en 2022, en tant que catholiques, refuser tout engagement politique, laïc ? J’aimerais que vous nous exposiez ce que vous pensez être la position catholique la plus classique et la plus traditionnelle.

Abbé Grégoire Celier : La question que vous posez manifeste précisément tout l’intérêt politique à revenir sur la condamnation de l’Action française : il ne s’agit pas des cendres du passé, mais bien d’une question brûlante de notre époque. Dans quelles conditions des catholiques peuvent-ils intervenir politiquement, en une société multireligieuse et multiculturelle ? La situation a encore beaucoup évolué depuis 1926, puisque la majorité des Français ne sont plus baptisés, et que seulement 5% vont à la messe le dimanche.

La difficulté est la suivante : Il est évident que dans un système électoral où il faut rassembler une majorité, les catholiques, qui ne sont plus qu’une minorité, ne peuvent agir seuls, et doivent donc s’unir à d’autres. Il est évident aussi que si les catholiques n’ont pas leurs propres structures politiques, pour poursuivre leur but spécifique (disons le règne du Christ-Roi, comme objectif final), ils n’auront aucun poids politique, et seront noyés dans la masse, donc sans influence. Toute la question est de savoir comment articuler ces deux nécessités. Sur le plan théorique, on peut évidemment envisager un cartel électoral. Sur le plan pratique, c’est beaucoup plus compliqué : Avec qui s’allier ? Sur quel point de doctrine ne pas transiger, sur quel autre faire des concessions, pour avoir une chance de gagner ? Peut-on, dans le monde où nous vivons, affirmer clairement (dans des structures franchement catholiques) que l’on veut le règne du Christ-Roi, sans empêcher absolument l’établissement d’un cartel électoral ?

Ce sont des questions difficiles, pour lesquelles je n’ai pas vraiment de réponse. Mais si, en tant qu’écrivain, j’ai contribué à ce que des personnes engagées en politique se les posent, je pense avoir atteint mon but, et j’en suis très heureux.

AF : Selon vous, en tant que catholiques, comment devons-nous nous situer par rapport à  Charles Maurras dans le domaine des idées politiques ? Son œuvre est-elle toujours d’actualité, Est-elle toujours bénéfique pour la construction de la Cité ?

Abbé Grégoire Celier : Charles Maurras est un écrivain politique. Il s’est intéressé à certaines questions, même s’il en a négligé d’autres (l’aspect économique, par exemple, lui échappe presque complètement). Il reste, à mon sens, tout à fait important pour nous aider à réfléchir sur la philosophie et la pratique politiques. Il a pointé du doigt, tout d’abord, l’existence d’une véritable science politique, qui permet d’atteindre des résultats certains et pérennes, au lieu de se contenter de suivre des impressions, voire des passions. Il a, évidemment, beaucoup réfléchi sur la question des institutions, sur leur valeur comparée, sur leur efficacité, sur leur pérennité. Le général de Gaulle, en instituant la « monarchie républicaine » de la Cinquième République, a démontré que sa lecture de Maurras ne lui avait pas été inutile.

Il a réfléchi sur la politique étrangère de la France (Kiel et Tanger) et, là aussi, le positionnement « hors des deux blocs » du Général n’est pas sans rappeler le slogan « La France seule » de l’Action française, durant la Seconde Guerre mondiale. On pourrait encore continuer longuement, en soulignant tout ce que l’œuvre de Maurras peut apporter à la réflexion politique contemporaine.

Action française : A présent, j’aimerais que nous nous arrêtions sur la figure de Melchior du Lac, et ce 77 afin de faire nôtre votre volonté : « Il serait juste de rendre hommage à ce pionnier et de tirer son nom d’un oubli immérité » (p. 155). En effet, je pense que ce nom n’est guère connu de nos lecteurs, pouvez-vous brièvement nous le présenter ?

Abbé Grégoire Celier : Melchior du Lac fut le principal rédacteur du journal catholique L’Univers, jusqu’à ce que Louis Veuillot, qui avait rejoint le journal en 1839, n’en devienne rédacteur en chef, en 1844. Par ses qualités intellectuelles et morales, par son habileté dans les relations sociales, par sa patience et sa persévérance, par son désintéressement, par son intégrité, il est le modèle du journaliste catholique travaillant dans un journal pauvre et décrié par les adversaires de l’Église. Il consacra, en effet, presque quarante ans de sa vie à L’Univers, contribuant à faire de ce journal le grand quotidien catholique, jusqu’à ce que La Croix, à partir de 1883, ne contribue à l’éclipser. Il est, pour moi, qui suis journaliste dans la presse religieuse depuis trente ans, un exemple, un modèle et une source d’inspiration, comme il le fut pour Louis Veuillot, qui le considérait comme son maître.

AF : A cette époque existaient des liens très forts entre le parti légitimiste et la cause catholique, situation qui nous semble aujourd’hui bien étrangère et, pour beaucoup, incompréhensible. Pouvez-vous nous dire ce qu’avait d’audacieuse la position de Melchior du Lac, position que vous nommez, celle de « L’Église seule » ? Pensez-vous que celle-ci se soit ensuite pleinement imposée ou souffre-t-elle encore de quelques manques – manques qui ne seraient pas nécessairement du même bord politique ?

Abbé Grégoire Celier : Pour comprendre la position de Melchior du Lac, il faut partir de la situation d’avant la Révolution. A part quelques intellectuels isolés et très discrets, tout le monde est alors unanimement et spontanément royaliste… parce que cela est évident, après plus de mille ans de monarchie. Les vingt-cinq ans qui vont s’écouler entre le début de la Révolution et la Restauration, vont complètement bouleverser la donne. Quand Louis XVIII monte sur le trône, il y a des royalistes légitimistes, des royalistes orléanistes, des royalistes survivantistes, des impérialistes, des républicains de diverses nuances et tendances, et beaucoup de « riendutoutistes », des personnes désabusées de tous les régimes qui se sont succédé si rapidement.

Une partie des légitimistes est franchement catholique, beaucoup étant revenus à la foi en raison des malheurs qui les ont frappés. Ou, à l’inverse, peut-on dire, une partie des catholiques est légitimiste. Le problème, c’est qu’ils n’ont pas intégré l’évolution qui s’est produite : ils réagissent comme si le fait d’être légitimiste était aussi évident et naturel que celui d’être royaliste sous l’Ancien Régime. Ce qui ne manque pas de poser problème, dans la mesure où les catholiques, pour une bonne partie d’entre eux, ne sont plus réellement légitimistes.

L’option de Melchior du Lac, qui lui vient en fait de l’école mennaisienne, est de détacher complètement l’Église, la vie chrétienne, d’un choix politique défini. L’Univers sera ainsi un journal franchement catholique, qui accueillera dans ses rangs des légitimistes, des orléanistes, des impérialistes, des républicains, des indifférents. Et c’est l’option qui, en fait, a été retenue par l’Église elle-même : alors que Pie VI, au temps de la Révolution, n’hésitait pas à dire que la monarchie est le meilleur des régimes, ses successeurs vont se garder de prendre parti entre les diverses et honnêtes options politiques.

Ce positionnement de l’Église est tout à fait sage, prudent, adéquat, en cette époque postrévolutionnaire. Son inconvénient sur le long terme, je le signale en passant, est de favoriser l’indifférentisme politique : tous les régimes politiques seraient équivalents, pourvu qu’ils soient dirigés par des gens honnêtes. Mais ce n’est pas vrai, certains régimes sont meilleurs, politiquement que d’autres, et sur ce point il est clair que Charles Maurras, a attiré notre attention et suscité notre réflexion.

AF : Actualité oblige – mais pas seulement ! -, j’aimerais que nous nous arrêtions maintenant sur la figure de Louis-Ferdinand Céline dont le chapitre, avec celui sur Maurice Barrès, fut spécialement écrit pour ce volume. Pourquoi avoir voulu traiter de cet auteur qui ne semble pas pouvoir être qualifié ni de catholique antilibéral, ni de nationaliste ?

Abbé Grégoire Celier : Céline n’était certes pas catholique, c’est un euphémisme de le dire. Il n’est nullement nationaliste dans ses romans, c’est pourquoi il a pu être pris, pour un auteur de gauche. Mais par ses quatre pamphlets, puis par diverses activités politiques subséquentes, il a été reconnu comme participant (à sa façon, très originale, évidemment) au courant nationaliste, avec un côté plutôt « racial ». Même s’il est moins directement au cœur de ma visée historique (antilibéralisme catholique et nationalisme français), il s’en rapproche néanmoins .

AF : Vous nous rappelez à plusieurs reprises que votre critique de Céline est une critique littéraire – c’est-à-dire ni historique, ni morale -, nous aimerions aller au-delà pour vous demander : pourquoi lire Céline ? Autrement dit, qu’apporte-t-il à l’Homme qui s’y plonge ou à la Cité qui l’étudie ? N’est-ce qu’un apport littéraire – et dans ce cas quel apport ? – ou nous apporte-t-il bien plus ? Peut-être une solution à l’embourgeoisement de nos mœurs et de nos pensées, peut-être une certaine vitalité ? Nous avançons ces quelques éléments, car ils pourraient rejoindre votre conclusion, c’est-à-dire que l’aura particulière de Louis-Ferdinand Céline est sans aucun doute liée à l’existence de ses pamphlets, qui l’empêchent de devenir un « classique ».

Abbé Grégoire Celier : Mon intérêt pour Céline se justifie d’abord parce qu’il est un auteur majeur de la littérature française du XXe siècle, peut-être le plus important, disons au moins l’un des cinq premiers. C’est comme l’Arc de Triomphe, le Sacré-Cœur ou la Tour Eiffel : on peut ne guère les apprécier esthétiquement, mais il est impossible de nier qu’ils font partie des monuments majeurs de Paris.

Ensuite, par sa noirceur, son pessimisme et son humour, Céline projette sur la modernité une lumière très crue, il la déshabille, en quelque sorte, il lui arrache ses oripeaux, il la met à nu. Ce n’est pas une lumière catholique, mais à partir du résultat clinique, de cette sorte d’autopsie brutale (n’oublions pas que Céline était médecin), on peut projeter sur la modernité une lumière catholique débarrassée des faux-semblants et des illusions. Sans recommander à qui que ce soit de lire du Céline, car ses ouvrages sont, à de multiples égards, plutôt effrayants, je dois reconnaître qu’ils m’ont aidé personnellement à faire le point, à me détacher des mirages de la modernité, et finalement, à avoir la pleine liberté de la considérer d’un point de vue catholique, au demeurant essentiel.

Après, je dois confesser humblement que j’aime son style et son humour noir : Mea culpa !, comme disait Céline lui-même (c’est le titre de son premier pamphlet, contre l’Union Soviétique).

AF : Un dernier mot sur notre auteur, quelle fut votre réaction en apprenant la sortie des manuscrits disparus, la longue introduction D’un château l’autre ne prend-t-elle pas un tout autre aspect ? Qu’en attendez-vous ?

Abbé Grégoire Celier : Je suis un lecteur attentif et intéressé de Louis-Ferdinand Céline, mais je ne suis pas un maniaque de son œuvre. Ce qui vient d’être découvert, conformément d’ailleurs aux affirmations de Céline à la fin de sa vie (lui qui fut un grand affabulateur, ne mentait nullement sur ce point), jette un éclairage très intéressant sur toute la partie déjà connue de son œuvre, et certainement, je m’y plongerai lorsque le temps sera venu. Ceci étant, ces manuscrits n’ont pas été publiés par l’auteur, sans aucun doute parce qu’il ne les considérait pas comme complètement aboutis. Or c’est l’œuvre publiée par un auteur qui est première et normative, les inédits (donc les manuscrits récemment découverts) devant être lus et appréciés à la lumière de l’œuvre publiée.

AF : In fine, nous aimerions vous donner plus librement la parole en vous demandant : parmi les figures présentes dans votre ouvrage, y en a-t-il une qui, selon vous, mériterait d’être particulièrement redécouverte, soit parce qu’elle vous a beaucoup apporté personnellement, soit parce qu’elle est malheureusement inconnue ou injustement méconnue ?

Abbé Grégoire Celier : Si l’on parcourt le livre avec un peu d’attention, on voit facilement la place qu’occupe Louis Veuillot. Deux chapitres lui sont directement consacrés, tandis qu’il trône au centre des chapitres consacrés à la Comtesse de Ségur et à Melchior du Lac, enfin, il est présent en filigrane dans ceux consacrés à Mgr Dupanloup, à dom Guéranger et au père Vincent de Paul Bailly. Veuillot, dont j’ai lu avec passion les quarante gros volumes des Œuvres complètes, est un de mes grands héros, et une source permanente d’inspiration. J’admire son dévouement sans faille à l’Église, son intégrité de journaliste catholique, la qualité de son style littéraire, son esprit enfin et son à-propos.

Après, bien sûr, il faut placer Drumont (« sans les Juifs »), qui est celui qui m’a ouvert de nombreuses portes intellectuelles et sans lequel ce livre n’aurait jamais été écrit. Or, puisque vous vous référez à Maurras, il faut se souvenir de ce que celui-ci écrivait à la mort de Drumont : « La formule nationaliste est ainsi née, presque toute entière de lui, Daudet, Barrès, nous tous, avons commencé notre voyage à sa lumière ».

AF : Nous vous remercions encore d’avoir bien voulu répondre à nos questions et espérons que votre livre soit une source à laquelle viendront, s’abreuver de nombreux Français, et plus particulièrement notre jeunesse !

Propos recueillis par Guillaume Staub

Grégoire Celier, Le XIXe parallèle – Flâneries historiques et littéraires, hors des sentiers battus, Via Romana, 2022, 348 pages, 24 euros.

RIP Monique Lainé

RIP Monique Lainé

Nous apprenons avec tristesse le rappel à Dieu de Mademoiselle Monique Lainé, décédée à l’âge de 89 ans à Vichy (la famille n’a pas souhaité faire part de son décès). 
 
Les habitués du 10 rue Croix des Petits Champs se souviennent de celle qui fut pendant de très nombreuses années responsable des abonnements et de la communication pour l’Action Française 2000.  
 
Suite aux dérives doctrinales au sein de l’Action Française, Monique Lainé quitta les locaux pour rejoindre Vichy et soutint, tout comme Michel Fromentoux « Amitié et Action Française », association agréée par le Comité Directeur de l’AF, dirigée aujourd’hui par le Docteur André Charles. Elle participa ainsi avec Pierre Pujo aux premières journées d’Amitié et d’Action Française dans le Var. 
 
Monique était une vendéenne mais elle était nationaliste donc royaliste de raison. Elle était également membre de l’ADMP. C’est toute une page de l’histoire du nationalisme Français qui se tourne. 
 
 
« Seigneur, endormez-moi dans votre paix certaine
Entre les bras de l’Espérance et de l’Amour. » 
Charles Maurras, prière de la fin 
 
🇫🇷  Une messe pour Monique Lainé, Gérard Bedel et Marielle Pujo, sera célébrée lors de la prochaine journée d’AF🇫🇷
Aucune description de photo disponible.

 

Maurras prophète 

Maurras prophète 

Nous reproduisons le texte prophétique de Charles Maurras, extrait de son article quotidien dans L’Action française du 13 juillet 1926.

Quelques rues du centre de Paris sont égayées par de très belles robes de nos visiteurs marocains. Il y en a de vertes, il y en a de roses, il y en a de toutes les nuances. Certains de ces majestueux enfants du désert apparaîtraient « vêtus de probité candide et de lin blanc » si leur visage basané et presque noir ne faisait songer au barbouillage infernal. Que leurs consciences soient couleurs de robe ou couleur de peau, leurs costumes restent enviables : notre ami Eugène Marsan m’est témoin que le plus négligent des hommes serait capable des frais de toilette qui aboutiraient à ces magnifiques cappa magna, à ces manteaux brodés de lune et de soleil. Notre garde républicaine elle-même, si bien casquée, guêtrée et culottée soit-elle, cède, il me semble, à la splendeur diaprée de nos hôtes orientaux.

Toute cette couleur dûment reconnue, il n’est pas moins vrai que nous sommes probablement en train de faire une grosse sottise. Cette mosquée en plein Paris ne me dit rien de bon. Il n’y a peut-être pas de réveil de l’Islam, auquel cas tout ce que je dis ne tient pas et tout ce que l’on fait se trouve aussi être la plus vaine des choses. Mais, s’il y a un réveil de l’Islam, et je ne crois pas que l’on en puisse douter, un trophée de cette foi coranique sur cette colline Sainte-Geneviève où enseignèrent tous les plus grands docteurs de la chrétienté anti-islamique représente plus qu’une offense à notre passé : une menace pour notre avenir. On pouvait accorder à l’Islam, chez lui, toutes les garanties et tous les respects. Bonaparte pouvait se déchausser dans la mosquée, et le maréchal Lyautey user des plus éloquentes figures pour affirmer la fraternité de tous les croyants : c’étaient choses lointaines, affaires d’Afrique ou d’Asie. Mais en France, chez les Protecteurs et chez les Vainqueurs, du simple point de vue politique, la construction officielle de la mosquée et surtout son inauguration en grande pompe républicaine, exprime quelque chose qui ressemble à une pénétration de notre pays et à sa prise de possession par nos sujets ou nos protégés. Ceux-ci la tiendront immanquablement pour un obscur aveu de faiblesse.

Quelqu’un me disait hier : — Qui colonise désormais ? Qui est colonisé ? Eux ou nous ?

J’aperçois, de-ci de-là, tel sourire supérieur. J’entends, je lis telles déclarations sur l’égalité des cultes et des races. On sera sage de ne pas les laisser propager trop loin d’ici par des haut-parleurs trop puissants. Le conquérant trop attentif à la foi du conquis est un conquérant qui ne dure guère.

Nous venons de transgresser les justes bornes de la tolérance, du respect et de l’amitié. Nous venons de commettre le crime d’excès. Fasse le ciel que nous n’ayons pas à le payer avant peu et que les nobles races auxquelles nous avons dû un concours si précieux ne soient jamais grisées par leur sentiment de notre faiblesse.

Charles Maurras, L’Action Française du 13 juillet 1926