Peut-on vivre durablement en s’affranchissant du réel ?

Peut-on vivre durablement en s’affranchissant du réel ?

Quand un enfant vit coupé du réel et de la nature, il encourt le danger d’ignorer sa propre place sur terre et les limites de sa condition de créature. Pour peu qu’il croie aux « superpouvoirs » de ses héros favoris et qu’il envisage d’en posséder un jour, il découvrira par la force des choses et avec stupeur sa faiblesse constitutive, la brutalité du réel, tout autant que la grandeur formatrice de celui-ci.

Dans une remarquable conférence publique donnée à plusieurs reprises durant les années 1940 et 1950, l’écrivain et philosophe Gustave Thibon (1903-2001) analysait l’irréalisme moderne [1] dont il décelait les racines dans les dérives d’une abstraction coupée de son origine : le réel. « Là où l’abstraction est livrée à elle-même, par le primat du cerveau (intellectualisme) ou celui du cœur (subjectivisme), elle engendre l’irréalisme. »

Or l’irréalisme n’est pas une posture confortable ni viable. L’homme qui se réfugie dans des idées qu’il ne tire pas du réel visible ou invisible est sûr de perdre son chemin en suivant les mirages de son imagination. Malgré l’inanité de ses idées, l’irréaliste peut mettre longtemps avant de comprendre la vacuité voire la toxicité de ses pensées. « Un mauvais travailleur manuel sera rapidement convaincu de son incapacité par les piètres résultats de son travail, mais le philosophe le plus médiocre ne recevra jamais d’avertissements aussi sûrs et aussi précis ! C’est pourquoi l’irréalisme, à peu près inexistant chez les travailleurs manuels, menace plus ou moins tous les hommes qui font le métier de penser… » Prétendant pouvoir s’affranchir de Dieu et des lois de la nature, l’homme s’enivre de l’idolâtrie de lui-même, dans un mouvement narcissique qui aura une fin tout aussi tragique que le Narcisse antique d’Ovide.

D’où l’importance de placer l’enfant en contact avec le réel dès son plus jeune âge. Non pas seulement parce que, dès sa naissance, il ne peut découvrir le monde qui l’entoure et qui se situe dans l’au-delà de son propre corps que par ses sens externes, mais aussi parce que les idées qu’il se fera de ce monde visible doivent le conduire peu à peu à découvrir l’autre part du réel qui est invisible : les relations sociales, les principes de la réalité, la découverte de la causalité, de la finalité et surtout Celui qui est l’origine de toutes choses : Dieu, connaissable par la raison avant de l’être par la foi d’une façon plus réelle encore.

L’enfant qui est habitué à régler sa pensée sur le réel de la nature et non le virtuel et l’artificiel, raisonnera en fonction du bon sens acquis de sa fréquentation des êtres naturels. Ses activités manuelles, artistiques et sportives lui feront mesurer les lois du réel. L’unité qui découlera de ce contact récurrent avec la réalité des faits et des êtres lui permettra de se situer harmonieusement entre le ciel et la terre, entre la vérité des idées et le monde des choses concrètes.

Un peu plus tard, à l’âge de l’adolescence, où il sera sans doute tenté de quitter la contraignante ascèse du contact avec le réel, au profit de grandes idées à la mode ou des utopies qu’imagine son romantisme naissant, mais par lesquelles il s’entraînera à une vie plus humaine parce que plus intellectuelle, l’arrimage d’une éducation incarnée et fortifiée à l’épreuve du temps s’avère pour lui d’autant plus nécessaire. Comme l’écrit encore Gustave Thibon, « la subjectivité est le propre de la jeunesse. A l’âge des grands bouillonnements intellectuels et affectifs, on manque encore du sens de l’objet. On s’enivre de ses idées et de ses sentiments – « amabam amare » (j’aimais aimer), disait saint Augustin. L’image, la vibration, le rêve ont le pas sur la réalité. (…) C’est là un phénomène naturel : le subjectivisme, l’inexpérience, l’indétermination sont liés à l’immaturité. » Il faut donc que les adultes accompagnent ce passage qui doit aboutir à une appropriation du réel, laquelle appropriation définit et mesure d’une certaine manière la maturité psychologique d’un être humain avec l’engagement de sa liberté et l’acceptation de la responsabilité de ses actes. Pour sa part, le jeune homme devra fuir les causes aggravantes de cet irréalisme et découvrir les exigences de la Vérité qui, seule, rend libre.

Gustave Thibon voit, entre autres sources de l’irréalisme, l’idéalisme qui par définition se prend pour l’unique réalité à considérer, mais aussi un certain confort matériel qui fait perdre le contact avec la résistance qu’opèrent les lois de la nature. Et surtout il pointe « la dispersion de la vie moderne » qui disloque l’unité de la vie intellectuelle et de la vie morale. « Comment veut-on que l’individu moyen (…) puisse réagir humainement à la multitude inouïe d’informations et d’excitations que le tourbillon des conversations sans suite, des journaux et des ondes sonores lui apporte chaque jour ? Une telle masse de connaissances et de sentiments inassimilables agit sur l’esprit humain à la façon d’un rouleau compresseur ou d’un laminoir : elle le transforme en une immense surface où les idées et les passions se meuvent en une ronde légère et désordonnée… Là où rien ne peut jeter de vraies racines dans la mémoire, rien ne peut porter de vrais fruits dans la volonté. »

Ces lignes semblent écrites pour notre époque. Le raz-de-marée de la pseudo communication qui, en vérité, forge des distances durables entre les personnes censées être reliées entre elles, la duplication du réel dans son artificielle numérisation systématique qui rend davantage attentif à la capture numérique d’un paysage qu’à la jouissance visuelle de sa présence, la débauche de jugements et d’appréciations subjectifs qui peuplent les nouveaux échanges « sociaux » de fugitifs « ressentis », tout cela constitue bien des facteurs aggravants de l’irréalisme contemporain.

Il est donc nécessaire de remonter aux principes pour à la fois reconstituer les origines de l’empoisonnement de nos vies et offrir une éducation en famille et à l’école qui garde le sens du réel visible et invisible. A l’inverse, le modèle de société fondée, pour simplifier, sur la connexion permanente et l’athéisme borné nourrit l’irréalisme. Mais peut-on vivre durablement en s’affranchissant du réel ? L’idéalisme et toutes les formes d’irréalisme ont toujours conduit l’homme à sa perte. Or nous n’avons qu’une seule vie pour mériter l’éternelle béatitude…

Abbé Philippe Bourrat 

Source : Lettre  de l’Association de Défense de l’Ecole Catholique‌ (ADEC), numéro 38 d’octobre 2021.

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La nécessaire réindustrialisation

La nécessaire réindustrialisation

« Seule une ré-industrialisation intelligente nous fera renouer avec la puissance et la prospérité. »

Compte tenu de la crise sanitaire inédite et particulièrement dévastatrice en France, il semble acquis de devoir réindustrialiser et relocaliser… Mais par où commencer ?

Tout d’abord il apparaît clairement que le recouvrement de notre souveraineté médicale et sanitaire devient une priorité. Cela entraînera le rapatriement d’une partie de la production des médicaments et des équipements médicaux, spécialement les plus critiques (principes actifs, antibiotiques, intermédiaires de synthèse,…) dans les domaines-clés (virologie, cancérologie, système nerveux,…).

Mais la situation actuelle nous explique qu’il ne faudra pas s’arrêter là…        Il est capital d’observer quels secteurs économiques ont été contraints, malgré le confinement, de poursuivre leur activité à 90 ou 100%. On trouve ainsi la chaîne agro-alimentairemais aussi l’énergie, le traitement des déchets et de l’eau, l’emballage(carton) les télécommunications, les systèmes informatiques, l’ensemble des réseaux de transportsmême si ceux-ci tournent au ralenti et bien sûr le système bancaireet la moitié des services publics. Dans l’optique d’un fonctionnement autonome de notre économie en cas de nouvelles crises, ces secteurs devront évidemment être « sauvegardés » et faire l’objet de protection spécifique (contrôle des maillons critiques de leur chaîne d’approvisionnement, relocalisation de leur fabrication partielle ou totale,…).

Grâce aux analyses des branches professionnelles concernées, on comprend que d’autres secteurs encore ne peuvent être immobilisés sans impliquer le blocage à très moyen terme (trois à quatre mois maximum) du reste de l’économie et de la vie quotidienne des Français…

Ainsi, l’électronique, avec l’exhortation récente des représentants des industriels des semi-conducteurs à assurer la continuité totale d’exploitation, est un cas emblématique. Rappelons, en effet, que ces composants sont « essentiels à toutes les infrastructures et équipements vitaux » décrits plus haut. Pour imager le propos, on pourrait dire que les micro-processeurs (fabriqués à partir des semi-conducteurs) sont les « cerveaux » de tous les équipements électromécaniques. Un raisonnement identique pourrait s’appliquer à certains constituants ou sous-ensembles des matériaux composites, de laplasturgie, de la métallurgieou de la chimie, absolument indispensables à maintes filières industrielles !

A ce stade de notre réflexion, il est judicieux de préciser quelles sont les principales vertus d’une industrie suffisamment intégrée… Il s’agit d’un effet d’entraînementinégalé sur le reste de l’économie (double de celui des services par exemple), d’une résilienceaux crises (financière ou autres !), d’un apport d’indépendance économique dans tous les domaines et d’une capacité de création quasi-uniquedefortes margeset d’exportations.

Alors, quelle stratégie pour réindustrialiser ?… Je démontre dans mon ouvrage Le Choix Souverainiste, sous-titré Lescinq blocages à faire sauter pour redresser la France (Ed. Atelier Fol’fer, 2019) que la ré-industrialisation de la France s’accompagnera nécessairement de la reconquête des espaces semi-ruraux (les 3 000 communes de densité moyenne 400 habitants au km2) et ruraux (les 31 000 commune de moins de 60 habitants au km2). En effet, encore riche de nos champions industriels toujours existants (c’est un dernier atout que nous avons) qui font office de grands ensembliers, celle-ci consistera presqu’exclusivement à installer ou relocaliser de nouvelles PMI et à développer des ETI (Entreprises à Taille Intermédiaire) dans tous nos « territoires » comme l’on dit aujourd’hui.

Pourquoi ?… Parce que c’est justement ce maillage immense de sous-traitants (incarnant autant de métiers tels que la plasturgie, les matériaux composites, l’électronique,…) qui a été détricoté depuis quarante ans. Or, ces PMI sont situées à plus de 80 % en dehors des métropoles, c’est-à-dire dans les zones semi-rurales ou rurales telles que définies plus haut et qui hébergent en fait plus de deux tiers des Français ! Et les ETI, véritables fleurons de toute économie performante, possèdent leurs unités de production sur ces mêmes zones à plus de 70% !

Lorsque l’Etat français, redevenu enfin stratège(!), sera convaincu à la suite de l’immense majorité de nos concitoyens du bien-fondé de la ré-industrialisation, il devra initier au plus vite ce (très) grand chantier. Celui-ci reposera sur un grand plan de relocalisation, ou de déploiement pur et simple, d’une partie de notre industrie à définir sous-filièrepar sous filière en partenariat avec lesbranches professionnellesrénovées et modernisées pour la circonstance.

Ce programme se déclinera selon les trois dimensions classiques qui permettent l’épanouissement de toute entreprise : la recherche (les « produits de demain », la formation  professionnelle (les « hommes de demain ») et les financements (en capital et trésorerie). C’est à cette condition que la France pourra retrouver durablement la puissance et la prospérité.

Thibaut de La Tocnaye,
Ingénieur centralien
Dirigeant-fondateur d’entreprises industrielles et high-tech, Conseiller régional, Directeur d’un Institut de Formation d’Elus, Auteur de l’ouvrage Le Choix Souverainiste 
(2019)       

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LA MONARCHIE AFGHANE, UNE STRUCTURE DISPARUE POURTANT INDISPENSABLE A L’ETAT !

LA MONARCHIE AFGHANE, UNE STRUCTURE DISPARUE POURTANT INDISPENSABLE A L’ETAT !

Le désastre de vingt ans de protectorat états-unien sur l’Afghanistan (2001-2021), avec la reprise du pouvoir à Kaboul le 15 août 2021 par les Talibans, a été beaucoup commenté. Comment cela-t-il été possible ? Des motifs certainement pertinents de l’effondrement des autorités laissées en place par les Américains ont été souvent évoqués : la corruption massive des milieux politiques et de l’armée afghans, une activité économique bien trop faible pour les éléments légaux et se limitant pour l’essentiel à la production et exportation de drogue ; aucun soldat afghan n’a été motivé pour se battre afin de défendre un tel régime, et un tel état de son pays. Ce qui est déjà plus rarement rappelé est que les Talibans, mouvement armé djihadiste sunnite radical, correspondent probablement aux souhaits de la majorité de la population, musulmane sunnite très conservatrice, en particulier dans les campagnes, où résident encore plus de 80% de la population. Une forme de fierté nationale a pu jouer, les Talibans réussissant à incarner après vingt ans de lutte une prétention de résistance indigène face à un gouvernement perçu comme une marionnette de l’étranger ; les Talibans ont su faire oublier leur origine pakistanaise au début des années 1990.

Tout ceci, grossièrement résumé, est vrai. Mais il manque à cette énumération cumulative, tous ces éléments concourant au désastre, une cause essentielle de l’échec de la mise en place, ou de la restauration, d’un Etat afghan distinct de celui des Talibans (déjà au pouvoir en 1996-2001) : la renonciation, après quelques velléités, par l’occupant américain, à la restauration de la monarchie afghane. La famille royale était pourtant prête à coopérer, et à s’engager sur le terrain pour son pays. Le fanatisme républicain états-unien, détestant toute forme monarchique de l’Etat par principe, a clairement joué un rôle dans ce désastre.

Le sujet évidemment d’actualité, s’avère en outre particulièrement intéressant, puisque dans un cadre différent de celui de la France, il démontre la pertinence de la philosophie politique de Maurras : une monarchie, une monarchie héréditaire, enracinée dans l’Histoire, constitue un des facteurs essentiels de la cohésion d’un Etat et d’une société.

 UN PAYS FONDE PAR LA MONARCHIE

L’Afghanistan a été fondé comme Etat moderne en 1747, autour de sa monarchie nationale, celle de la dynastie des Durrani, en profitant de très graves troubles intérieurs affectant alors l’Empire perse, auquel il appartenait jusque-là. Ce pays avait connu par le passé des phases de haute civilisation, souvent dans le cadre de l’aire culturelle perse, avec de nettes influences grecques – royaume grec de Bactriane aux IIIème et IIème siècles- ou indiennes à certaines périodes. En ont témoigné les célèbres bouddhas géants de Bamyan, détruits par la fureur iconoclaste des Talibans en 2001. Le pays a été peu peuplé jusqu’à l’explosion démographique du vingtième siècle, passant de 2 millions d’habitants en 1900 à 40 millions en 2021, en dépit des pertes et des exils massifs du fait de l’état de guerre permanent depuis 1978-1979.

L’Afghanistan a été édifié autour de l’ethnie des Afghans, au sens historique du mot. Le terme s’est étendu au XXème à tous les habitants de l’Afghanistan, de toutes les ethnies. Aussi les Afghans ethniques sont-ils désormais plus couramment nommés Pachtouns, ce terme ethnique spécifique étant resté pertinent. Les Pachtouns forment la première ethnie d’Afghanistan avec un peu plus de 40% de la population. C’est une population installée depuis plusieurs siècles sur ces confins orientaux de la Perse historique, qui avait jusque-là utilisé comme langue littéraire le persan. Leur territoire déborde d’ailleurs sur les territoires occidentaux du Pakistan actuels, où, répertoriés sous le nom de Pathans, ils y sont d’ailleurs plus nombreux -peut-être 30 millions- qu’en Afghanistan -16 millions- ; ils y restent néanmoins nettement minoritaires dans le grand pays voisin très peuplé -220 millions d’habitants- héritier de l’Inde islamisée.

L’Afghanistan a été fondé grâce à une opportunité historique -effondrement temporaire de la Perse au XVIIIe siècle-, la mobilisation de l’ethnie pachtoune et du monde sunnite local autour de la dynastie des Durrani. L’Afghanistan est en effet peuplé à 85% de sunnites, ce qui est un important facteur d’unité, car il peut rassembler Pachtouns, Tadjiks, Ouzbeks. Le chiisme, religion nationale de la Perse n’avait pas réussi à s’imposer dans ces provinces périphériques orientales, ne laissant qu’une minorité chiite, immédiatement persécutées, constituée principalement de l’ethnie des Hazaras.

La monarchie afghane a réussi, avec toutes ses faiblesses et limites, néanmoins, à former un Etat véritable qui a su résister au XIXème et au début du XXème siècle à trois invasions majeures venues de l’Inde britannique. Le pays, amputé de ses confins orientaux (en 1890, par la Ligne Durand) certes -actuellement au Pakistan-, a donc survécu. Il a évité le destin de son voisin méridional, le Baloutchistan, pourtant beaucoup plus homogène ethniquement, peuplé surtout de Baloutches sunnites, définitivement partagé dans les années 1930 (suite à l’accord de 1870) entre la Perse et l’Inde britannique, et depuis 1947 le Pakistan.

UN ROI LIBERAL, UNE POLITIQUE DANGEREUSE ?

Comment commença le drame de l’Afghanistan ? Il y a eu bien sûr des facteurs internes structurels, une mosaïque ethnique toujours fragile, et surtout externes, avec un contexte de la Guerre Froide, ce qui a rendu ce pays perdu, isolé, en apparence du moins « stratégique », puisque frontalier de l’Union Soviétique et situé sur la route de l’Océan Indien à l’Asie Centrale -via le Pakistan-. Le KGB comme la CIA ont intrigué depuis les années 1960 pour se trouver des soutiens : l’URSS les a multipliés au sein des officiers de l’armée, en partie formés dans les académies militaires soviétiques, et les partis progressistes, plus ou moins communisants. La CIA les a trouvés dans les milieux piétistes musulmans, opposants déterminés et à l’agenda libéral du roi et aux programmes progressistes plus ou moins inspirés par l’URSS.

Le roi Zaher (1933-1973) a voulu moderniser l’Afghanistan. Sur le plan technique et technologique, il n’avait pas tort. Tout Etat a besoin de vraies routes, de voies ferrées, d’un réseau d’irrigation -du moins dans un pays trop sec ou aux précipitations mal réparties-, d’électricité, d’une agriculture assez efficace pour assurer l’autosuffisance alimentaire, d’une industrie capable de répondre aux besoins de la population… C’était certainement un ambitieux programme, pourtant vital. Y renoncer aurait été délibérément abandonner le pays au sous-développement, ce qui a fini par avoir lieu du fait de la guerre permanente.

Le roi Zaher a cru devoir moderniser aussi les institutions et la vie politique, c’est-à-dire, pensait-il, en libéralisant le régime. Il a voulu associer au pouvoir les élites traditionnelles -chefs tribaux- ou récentes -rares commerçants urbains fortunés-. Il a ainsi fragilisé son autorité. Les partis politiques, les associations pieuses islamistes, légaux ou tolérés, ont jeté les bases de la guerre civile à venir, en diffusant leurs idées dans les populations. Ces notables ont œuvré en commun, en une alliance objective, contre le pouvoir royal, puis, celui-ci éliminé, se sont dressés les uns contre les autres, conduisant à la guerre civile.

Ainsi, un roi libéral risque de perdre son autorité, puis le pouvoir. On songe immédiatement à Louis XVI en France, qui a perdu autorité et pouvoir effectif à l’été 1789, et qui, sans Varenne, aurait pu vivre exilé en Autriche des décennies. Le roi Zaher a su fuir à temps pour sauver sa vie. Mais sa politique libérale a donc provoqué un engrenage révolutionnaire assez typique : il a été renversé par son cousin, le prince Daoud (1973), instaurant une république à forte composante monarchique ; puis Daoud a été renversé (1978) à son tour par ses anciens alliés politiques, des progressistes de plus en plus communisants. Ces derniers ont pris le pouvoir dans une atmosphère d’anarchie dans les villes, différentes factions communistes s’opposant les unes aux autres. Ce qui n’aurait pu être, peut-être, qu’une crise de quelques années, a finalement duré des décennies, chaque camp de la Guerre Froide ne voulant pas être dépassé par l’autre. L’invasion soviétique de 1979, afin de sauver un gouvernement communiste (ou quasi-communiste) vacillant, face à une opposition islamiste déjà soutenue par les Etats-Unis, a considérablement aggravé les choses. Mais le départ effectif en 1988-1989 de l’armée soviétique n’a pas mis fin à la guerre civile afghane, qui n’a cessé, avec des modalités et intensités diverses, de se poursuivre jusqu’en août-septembre 2021. Les Talibans y ont peut-être mis fin avec la prise de la Vallée du Panchir début septembre.

Un roi autoritaire sur le plan intérieur, prudent sur le plan extérieur, aurait pu épargner bien des maux à ce pays. Certes, l’Afghanistan n’aurait pas été un pays prospère mais il aurait pu atteindre au mieux le niveau du Népal ou de l’Ouzbékistan.

UN PAYS STRUCTURELLEMENT DESTABILISE SANS SON MONARQUE

La stabilisation de l’Afghanistan a donc été fondamentalement impossible depuis la disparition de la monarchie en 1973. Ce constat ne peut révéler du seul hasard. C’est la démonstration par l’absurde de sa nécessité.

La haine antimonarchique commune aux soviétiques dans les années 1980 et aux états-uniens dans les années 2000-2010 a empêché une indispensable restauration.

Les chefs de remplacement mis en place à Kaboul, comme Najibullah ou Karzaï, et dans les capitales provinciales, par Moscou ou Washington n’ont jamais réussi à s’imposer. Ils sont pratiquement tous déjà oubliés. Les soviétiques ont relativement mieux réussi que les Américains, avec un gouvernement afghan allié contrôlant jusqu’au printemps 1992 les grandes villes et les grands axes, plusieurs années après le retrait soviétique, et même quelques mois après la fin de l’URSS. A l’inverse, le dernier gouvernement mis en place par Washington n’a pas tenu plus de cinq semaines après le retrait total effectif des militaires américains début juillet 2021. Mais les uns comme les autres n’ont manifestement pas réussi dans le temps long à établir un régime politique enraciné dans les traditions afghanes et perçu comme légitime.

A l’hiver 2001-2002, après le renversement des Talibans par l’armée américaine et leurs alliés afghans de l’Alliance du Nord, il avait été question dans les milieux diplomatiques, à Washington comme à Kaboul, de restaurer la monarchie. Le roi Zaher était rentré d’exil à Kaboul, avec sa famille, les uns comme les autres s’affirmant prêts à servir l’Afghanistan. Une bonne politique aurait été de restaurer la monarchie, de rendre le pouvoir au roi, de limiter l’emprise militaire étrangère -face à un péril taliban alors minimal-, et d’investir massivement dans les infrastructures routières, ferroviaires, l’enseignement primaire, priorités connues pour sortir les pays de la grande pauvreté.

Un roi aurait gouverné dans l’intérêt véritable de son pays, de ses sujets. Faute de restauration monarchique, les dirigeants afghans mis en place par l’étranger, affairistes, chefs tribaux, les uns comme les autres liés à l’économie souterraine de la drogue, ont pillé consciencieusement le pays et détourné l’aide internationale, par centaines de milliards de dollars… Ils se sont comportés comme s’ils avaient su leurs jours comptés, comportement révélateur, et catastrophique puisque largement autoréalisateur. Maurras a écrit de très belles pages précisément sur l’engagement de long terme des souverains envers leur peuple. Une restauration monarchique opérée en 2001-2002 aurait peut-être évité le désastre actuel et le retour au pouvoir des Talibans, qui n’assureront certainement pas hélas la croissance et le développement de l’Afghanistan.

Octave THIBAULT

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Les raisons du nationalisme de Léon de Montesquiou

Les raisons du nationalisme de Léon de Montesquiou

Sursum corda ! L’Action française se félicite de la réédition – après plus de cent ans ! – d’une œuvre majeure d’un de nos maîtres ! En effet, si nos sympathisants et militants peuvent accéder plus ou moins facilement aux travaux de nos plus célèbres plumes – à l’instar de Charles Maurras, Léon Daudet ou Jacques Bainville – bien d’autres auteurs semblent nous être interdits faute de nouvelles éditions. Le travail semble titanesque, mais il est temps de sortir de l’ombre des intellectuels comme Louis Dimier, Marie de Roux ou encore celui qui nous intéresse présentement, à savoir Léon de Montesquiou. Nous devons cet événement à une jeune et courageuse maison d’édition La délégation des siècles qui vient de publier Les raisons du nationalisme, l’occasion pour nous de les rencontrer.

Merci à vous de nous accorder cet entretien. Pourriez-vous nous présenter tout d’abord votre maison d’édition, ses fondements, ses aspirations et ses objectifs ?

Le « cri de guerre » de La délégation des siècles est le suivant : « Redevenir des Français ! »

Nous partons du constat qu’il existe, dans le panthéon des lettres françaises, des textes, des livres, des auteurs dont la lecture tire l’âme de sa léthargie, pour reprendre le mot fameux de Barrès. Hélas, l’édition française, l’Université, le monde de la culture ont largement oublié ou snobé ces œuvres depuis plusieurs dizaines d’années, principalement pour des raisons idéologiques et partisanes.

Nous souhaitions réunir en une seule et même collection cohérente ces œuvres édifiantes et superbes, afin que le lecteur qui souhaite se former, se renforcer, mettre de l’ordre dans ses idées, acquérir des lettres, développer sa science politique et son argumentaire, mettre des mots sur ses sentiments, puisse trouver, réuni pour lui, un ensemble solide qui répondra à ces besoins.

Au moment d’écrire ces lignes, nous proposons un catalogue d’une quinzaine de titres, qui s’étoffe constamment. Nous sommes fiers à ce propos de remettre en circulation des livres totalement inconnus et oubliés, comme très récemment Le capitaine philosophe de Marcel Tissot. Il raconte l’histoire d’un jeune homme issu de la noblesse qui va embrasser les idéaux de la Révolution dans un premier temps, avant de déchanter pour des raisons que le lecteur découvrira. Ce livre a été publié une seule et unique fois en 1876, et nous venons de le « ressusciter » le mois dernier.

Parmi les innombrables œuvres existantes, pourquoi vous être intéressé spécifiquement à cet auteur, à cette œuvre ? Comment se fit cette rencontre ?

Léon de Montesquiou (1873-1915) doit être réhabilité ! Sa mort précoce en 1915 au champ d’honneur ne lui a pas permis de continuer son œuvre après la guerre, ce qui explique sans doute qu’il a été « oublié » avec les années. Mais je le redis : il doit être réhabilité, entre autres pour cette raison fondamentale : il était un immense pédagogue capable de rendre claires, limpides et accessibles les œuvres complexes et parfois opaques de philosophes comme Louis de Bonald.

Il avait compris les enjeux, savait quelles conséquences seraient entraînées par les mauvais choix politiques et philosophiques de son époque et avait « prophétisé » nos malheurs. Il appartient à cette catégorie de penseurs dont les œuvres écrites il y a plus de 100 ans décrivent notre propre présent d’une façon incroyablement juste.

Les ouvrages de Montesquiou sont à la fois des manifestes politiques, des cours de philosophie et d’histoire, des leçons puissantes et une source d’énergie immense. C’est tout ce qui manque à nos contemporains alors il était de notre devoir de remettre ce livre en circulation.

Pourriez-vous nous présenter ce livre ? Quelle est son origine ? Quel est son objectif premier ? Comment s’articule-t-il ?

Les raisons du nationalisme a été publié en 1905. Le livre se découpe en cinq chapitres qui sont en fait les textes de cinq conférences données par Léon de Montesquiou entre 1902 et 1905. Dans chacune des parties, il aborde et précise un thème, toujours en lien avec l’objectif qu’il s’est fixé d’expliquer les raisons du nationalisme, sa raison d’être, son bienfondé et ses objectifs. Nous trouvons donc ici exposés le thème de l’enracinement avec Barrès, du déclassement social avec Paul Bourget, de régime politique, de la Tradition, de la Liberté, etc.

L’un des grands intérêts de ce livre est qu’il donne une définition large du nationalisme. Les adversaires du nationalisme ont longtemps enfermé cette doctrine dans cette phrase aussi réductrice que fausse : « le nationalisme, c’est la guerre ! ». Hélas beaucoup de nos contemporains pensent en effet, à cause du formatage auquel ils sont soumis, que le nationalisme est seulement une pulsion délirante de guerre et de mort. En réalité, c’est une véritable philosophie politique au sens large, qui s’exprime sur tous les aspects de la vie sociale et civile : culture, histoire, géopolitique, économie, valeurs & principes, organisation sociale, institutions, etc.

Le texte réussit l’exploit de s’adresser autant aux personnes déjà convaincues qu’à celles qui hésitent, qui ne savent pas ou qui n’ont pas d’avis particulier, car il est à la fois assez solide doctrinalement pour satisfaire des esprits déjà formés et assez pédagogue dans sa forme pour convaincre des profanes, des indécis, voire des adversaires !

Nous connaissons votre intérêt pour Maurice Barrès – qui représente la majorité de vos éditions -, quelle place tient-il dans cette œuvre ?

Maurice Barrès occupe effectivement une place de choix à La délégation des siècles, et pour cause ! Il est un maître, un professeur d’énergie, un littérateur exceptionnel et une intelligence sensible au service de la France. Léon de Montesquiou n’était pas d’un autre avis d’ailleurs, et en effet la première partie des Raisons du nationalisme se consacre à Barrès et à son œuvre intellectuel et littéraire en faveur de l’enracinement. Il est notable d’ailleurs que Montesquiou, qui est de l’école monarchiste, salue et loue Barrès le républicain. Parce qu’au-delà des différences, il y a l’amour de la France qui surpasse ces clivages. Je pense souvent à ce mot de Déroulède : « Républicains, royalistes, bonapartistes, ce sont des prénoms ; Français est le nom de famille ». Montesquiou reconnaissait dans Barrès un maître ayant considérablement participé à la formulation d’une doctrine nationale solide.

Léon de Montesquiou fut un nationaliste convaincu par l’idée monarchiste à la suite d’une lente conversion où Charles Maurras eut la première place. Celle-ci se fit entre 1900 et 1901 à la suite de la lecture de l’Enquête sur la monarchie et d’une série d’articles parus dans La revue d’Action française. Comme Charles Maurras, il croit que l’argumentaire philosophique traditionnel doit être renouvelé et tente de concilier des auteurs comme Bonald et Comte – écrivant des essais les concernant à l’instar du Le système politique d’Auguste Comte (1910) ou Le réalisme de Bonald (1911) -. Comment se traduit cette tension entre les autorités traditionnelles et celles plus récentes ?

Il faut se remettre dans le contexte de l’époque pour essayer de comprendre cette tension dont vous parlez. Nous avons là des gens convaincus que la France est grande mais qu’elle ne l’est que parce que les puissances intérieures qui l’animent acceptent d’assumer cette puissance et de la garantir. Or, à cette époque, on voit déjà poindre des défaitistes, des déclinistes, des internationalistes qui ne trouvent plus intéressant d’assumer cette grandeur. Les fruits pourris de la Révolution ont infesté le sol longtemps après les événements : les institutions sociales qui garantissaient à la France sa solidité et sa stabilité ont été dévastées par l’aventure révolutionnaire. La charpente nationale est écroulée sur le sol et des gens, au nombre desquels Léon de Montesquiou et d’autres, s’interrogent : maintenant que la charpente est écroulée, comment empêcher que la France ne s’écroule à son tour, ce qui arrivera immanquablement ? À cette question, ils ne répondent pas tous de la même façon. Montesquiou et avec lui d’autres représentants de l’Action française tentent un rapprochement intellectuel avec par exemple l’école positiviste de Comte. Notons d’ailleurs qu’à cette époque, Maurras tente plusieurs rapprochements en vue de créer une dynamique : il entretient une correspondance avec beaucoup de personnalités d’autres camps, comme Anatole France ou Marc Sangnier.

Il y avait une vraie volonté d’unir les forces en présence afin d’éviter le drame absolu que représenterait l’écroulement de la Maison. On peut dire que ces tentatives de conciliation étaient une réponse spontanée devant l’imminence d’un danger mortel ; lequel danger rendait nécessaire certaines tentatives qu’en temps normal il n’y aurait pas eu lieu d’envisager. Mais les situations de crise imposent des solutions de crise.

Nous savons que Léon de Montesquiou critique l’économie libérale et qu’il lui oppose la construction d’une société organique propice aux métiers et aux solidarités ? Quel constat pose-t-il, lui qui fut si fortement imprégné des idées de Le Play, concernant les questions sociales et économiques ?  

C’est en effet l’un des grands affrontements philosophiques entre les traditionnalistes et les transformateurs. L’industrialisation, l’exode rural, la machinisation des métiers manuels, tous ces mouvements ont profondément modifié la structure sociale du pays. Pour la première fois depuis des siècles, des hommes ont quitté le village dans lequel leurs familles étaient établies depuis toujours pour s’en aller se faire recruter à l’usine. Par ce fait, des siècles d’habitudes ont été bouleversés et une grande part des traditions locales, paroissiales, villageoises, communales, a été bousculée et perdue. Cet immense désordonnement est traité dans la deuxième partie des Raisons du nationalisme, dans laquelle Montesquiou évoque le thème du déclassement au travers du roman l’Étape de Paul Bourget, qui traite de ce sujet. Montesquiou fait le constat que les innovations politiques nées de cette métamorphose n’ont pas été sans conséquences. Mais pour résumer cette pensée, je cite Gustave Thibon, un autre brillant esprit :

« Arrêtons-nous par exemple un instant sur le mythe démocratique du “peuple souverain”. Tous les bons esprits ont vu là depuis longtemps une formidable supercherie : d’une main, on donne au peuple un pouvoir pour lequel il n’est pas fait et qui, par conséquent, reste toujours quelque chose de spectral et de platonique, et, de l’autre, on lui enlève les droits qui conviennent à son rôle exact dans la cité. Le bulletin de vote a fleuri sur la tombe des libertés communales et corporatives ».

Léon de Montesquiou était de ces « bons esprits » dont parle Thibon.

Les traditionnalistes analysent qu’un être humain est aussi le fruit de son environnement social et culturel. Qu’un villageois de la Meuse, artisan ou cultivateur, a besoin pour s’épanouir d’un ensemble social et culturel qui convienne à sa condition de villageois de la Meuse. La supercherie, c’est dire à cet homme : « Oublie ton champ, oublie ton atelier, oublie ta chapelle, oublie la tombe de tes anciens et rejoins la démocratie, tu pourras voter pour dire ton avis sur le nucléaire, sur la durée du mandat présidentiel, etc. » Or, l’artisan meusien se fiche en réalité de la durée du mandat présidentiel et d’ailleurs il n’est ni concerné ni qualifié pour se positionner sur ce sujet hautement technique. Le modernisme a détruit l’église et la vie communale de cet artisan pour lui donner en échange des « droits » qui ne le concernent pas, ou tellement lointainement.

Ce qu’il faut, c’est respecter les écosystèmes sociaux et culturels locaux. La République jacobine et nihiliste a fait des dégâts considérables. Et là, nous en revenons à Barrès et à la thèse qu’il défend dans Les déracinés : contre l’universalisme stérilisant, pour la reconnaissance des particularités locales. Cela vaut pour les questions identitaires comme pour les questions sociales.

Nous vous remercions ! Travaillez-vous actuellement sur d’autres éditions ? Est-ce que d’autres figures d’Action française seront honorées ?

D’autres nouveaux titres arrivent bientôt en effet. Pour le moment, pas d’autres figures de l’Action française. En fonction du succès que rencontra ou non ce livre de Léon de Montesquiou, nous envisagerons de lancer d’autres ouvrages de cet auteur. Comme on dit dans ces cas-là : la balle est dans le camp des lecteurs !

Un dernier mot ?

N’abdiquons jamais.
Qui vive ? France !

Propos recueillis par Guillaume Staub

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Quand les évêques de France déclaraient : « Les lois de la république ne sont pas les lois »

Quand les évêques de France déclaraient : « Les lois de la république ne sont pas les lois »

Il n’y a pas si longtemps, l’épiscopat français faisait preuve de courage et de clairvoyance face aux odieuses prétentions laïcistes.

Le texte suivant, intitulé Déclaration sur les lois dites de la laïcité et les mesures à prendre pour les combattre[1], fut publié officiellement le 10 mars 1925 par l’Assemblée des Cardinaux et Archevêques de France (ACA), devenue depuis 1964 l’actuelle Conférence des Evêques de France (CEF).

Texte original de la Déclaration de l’ACA du 10 mars 1925 en Pdf

DÉCLARATION
de l’Assemblée des Cardinaux et Archevêques de France

sur les lois dites de laïcité
et sur les mesures à prendre pour les combattre
10 mars 1925

I. Injustice des lois de laïcité

1. Les lois de laïcité sont injustes d’abord parce qu’elles sont contraires aux droits formels de Dieu. Elles procèdent de l’athéisme et y conduisent dans l’ordre individuel, familial, social, politique, national, international. Elles supposent la méconnaissance totale de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de son Evangile. Elles tendent à substituer au vrai Dieu des idoles (la liberté, la solidarité, l’humanité, la science, etc.) ; à déchristianiser toutes les vies et toutes les institutions. Ceux qui en ont inauguré le règne, ceux qui l’ont affermi, étendu, imposé, n’ont pas eu d’autre but. De ce fait, elles sont l’œuvre de l’impiété, qui est l’expression de la plus coupable des injustices, comme la religion catholique est l’expression de la plus haute justice.

2. Elles sont injustes ensuite, parce qu’elles sont contraires à nos intérêts temporels et spirituels. Qu’on les examine, il n’en est pas une qui ne nous atteigne à la fois dans nos biens terrestres et dans nos biens surnaturels. La loi scolaire enlève aux parents la liberté qui leur appartient, les oblige à payer deux impôts : l’un pour l’enseignement officiel, l’autre pour l’enseignement chrétien ; en même temps, elle trompe l’intelligence des enfants, elle pervertit leur volonté, elle fausse leur conscience. La loi de Séparation nous dépouille des propriétés qui nous étaient nécessaires et apporte mille entraves à notre ministère sacerdotal, sans compter qu’elle entraîne la rupture officielle, publique, scandaleuse de la société avec l’Eglise, la religion et Dieu. La loi du divorce sépare les époux, donne naissance à des procès retentissants qui humilient et déclassent les familles, divise et attriste l’enfant, rend les mariages ou partiellement ou entièrement stériles, et de plus elle autorise juridiquement l’adultère. La laïcisation des hôpitaux prive les malades de ces soins dévoués et désintéressés que la religion seule inspire, des consolations surnaturelles qui adouciraient leurs souffrances, et les expose à mourir sans sacrements.

Les lois de laïcité ne sont pas des lois. Elles n’ont de loi que le nom, un nom usurpé.

On pourrait développer ces considérations à l’infini, y ajouter et montrer que le laïcisme, dans toutes les sphères, est fatal au bien privé et public.

Dès lors, les lois de laïcité ne sont pas des lois. Elles n’ont de loi que le nom, un nom usurpé ; elles ne sont que des corruptions de la loi, des violences plutôt que des lois, dit Saint Thomas : Magis sunt violentiae quam leges.[2] Ne nous nuiraient-elles que dans l’ordre temporel, en soi, elles ne nous obligeraient pas en conscience, tales leges (scil. leges contrariae bono humano), non obligant in foro conscientiae.[3] Mais comme les lois de laïcité attentent aux droits de Dieu, comme elles nous atteignent dans nos intérêts spirituels ; comme, après avoir ruiné les principes essentiels sur lesquels repose la société, elles sont ennemis de la vraie religion qui nous ordonne de reconnaître et d’adorer, dans tous les domaines, Dieu et son Christ, d’adhérer à leur enseignement, de nous soumettre à leurs commandements, de sauver à tout prix nos âmes, il ne nous est pas permis de leur obéir, nous avons le droit et le devoir de les combattre et d’en exiger, par tous les moyens honnêtes, l’abrogation. Leges posunt esse injuste per contrarietatem ad bonum divinum, sicut leges tyrannicae inducentes ad idolatriam vel ad quodcumque aliud quod sit centra legem divinam : et tales leges nullo modo licet observare, quia sicut dicitur, Act. IV, « Obedire oportet Deo magis quam hominibus. »[4]

II. Mesures à prendre pour combattre les lois de laïcité

Deux tactiques. La première consisterait à ne pas heurter de front les législateurs laïcs ; à essayer de les apaiser et d’obtenir qu’après avoir appliqué leurs lois dans un esprit de modération, ils finissent par les laisser tomber en désuétude. Il est possible qu’avec certains hommes investis du pouvoir et moins mal disposés, cette méthode ait quelque chance de succès. On citerait des cas dans l’Histoire où elle a réussi. De plus, elle aurait l’avantage de ne point exaspérer les adversaires et de ne point provoquer de leur part des mesures d’autant plus redoutables qu’elles seront inspirées par un sentiment plus irrité. Cependant, cette tactique présente plusieurs inconvénients graves.

  1. Elle laisse les lois debout. A supposer qu’un ministère ou plusieurs ministères n’en usent qu’avec bienveillance, ou cessent d’en user contre les catholiques, il dépendra d’un nouveau gouvernement de les tirer de l’oubli, de leur rendre leur vigueur et leur efficacité. Danger qui n’est pas imaginaire, car de notre temps le pouvoir passe continuellement d’un parti relativement tolérant à un parti extrême. Il suffit que le premier se soit montré un peu conciliant pour que le second, par réaction, ne garde à notre endroit aucun ménagement. Depuis des années, nous assistons à ce flux et à ce reflux de la persécution religieuse qui, au fond, s’est toujours aggravée. Elle habitue les esprits, fussent-ils sincèrement catholiques, à regarder comme justes, comme compatibles avec la religion les lois de laïcité ; elle favorise ces hommes qui, oscillant perpétuellement entre le laïcisme et le catholicisme, sont prêts à toutes les concessions pour gagner des voix à droite et à gauche, pour entrer dans un ministère, et, n’essayant que d’atténuer quelques effets du laïcisme, en laissent subsister le principe, et en pratique lui sacrifient à peu près complètement le catholicisme. On dira qu’une attitude de conciliation nous a valu quelques faveurs particulières. Petits avantages quand on songe à l’immense courant d’erreur qui envahit les âmes et les entraîne à l’apostasie ! Petits avantages qui nous enchainent et nous empêchent de réagir contre nos adversaires !
  2. Les plus malfaisantes de ces lois continuent à agir, quelles que soient les intentions des ministères successifs. Au moment des accalmies apparentes auxquelles nous avons eu trop de confiance, les écoles athées fonctionnaient sans arrêt ; on préparait des dossiers contre les Ordres religieux, et l’attribution des biens ecclésiastiques se poursuit sournoisement et surement.
  3. Cette politique encourage nos adversaires, qui, comptant sur notre résignation et notre passivité, se livrent chaque jour à de nouveaux attentats contre l’Église. En somme, les lois de laïcité se sont multipliées au point de réduire chaque jour davantage la reconnaissance du domaine divin sur nous et le champ de nos droits et de nos libertés. Ces pensées frapperont singulièrement quiconque se rappellera la série des lois dont nous sommes les victimes, quiconque invoquera le témoignage de l’histoire pendant le dernier demi-siècle.

C’est pourquoi la majorité des catholiques vraiment attachés à leur foi demande qu’on adopte une attitude plus militante et plus énergique. Elle demande que, sur tous les terrains, dans toutes les régions du pays, on déclare ouvertement et unanimement la guerre au laïcisme et à ses principes jusqu’à l’abolition des lois iniques qui en émanent ; que, pour réussir, on se serve de toutes les armes légitimes.

III. Moyens à employer

Ces moyens peuvent se ramener à trois : 1. Action sur l’opinion ; 2. Action sur les législateurs ; 3. Action sur le gouvernement.

L’opinion, disait dernièrement un de nos cardinaux, se prononce pour ceux qui se battent bien. Elle abandonne ceux qui s’abandonnent eux-même.

  1. Action sur l’opinion. L’action sur l’opinion s’exercera par la propagande de la vérité ; par la dénonciation des préjugés qui égarent le peuple en l’aveuglant ; par les démonstrations extérieures.
    • a) La propagande sera féconde si elle est persévérante ; si, tous d’accord, les catholiques font retentir partout la même note de réprobation contre les injustices de la législation : neutralité (mensongère d’ailleurs et impossible), et laïcité de l’enseignement, école unique, divorce, spoliation du clergé, ostracisme des Congrégations, athéisme de l’Etat et des institutions domestiques, sociales, charitables, politiques, si les Lettres épiscopales, les Semaines religieuses, les Bulletins paroissiaux, les revues, la presse, les affiches, les conférences, les catéchismes, donnent le même son de cloche.

      Après avoir montré que les individus, les familles, les nations doivent à Dieu et à Notre-Seigneur un culte officiel, intérieur, extérieur ; une soumission de l’intelligence, de la volonté, de l’activité, il sera et nécessaire de faire ressortir les avantages temporels qu’apporte dans tous les ordres la religion catholique, les maux sans nombre que causent, à cet égard, les lois de laïcité. Par exemple, la foi en une autre vie et en un Juge suprême, l’éducation et la morale chrétiennes, la doctrine évangélique du mariage et de son indissolubilité sont les ennemies du fléau de la dépopulation ; l’incrédulité, l’école laïque, le divorce en sont les complices. Aucune loi n’est aussi favorable à l’éducation des jeunes esprits et des jeunes coeurs que la loi chrétienne, tandis que la science et la morale ont gravement perdu en brisant avec l’Eglise.

      L’application des lois de laïcité a couté à la France des milliards qui auraient pu être épargnés, servir au soulagement des malheureux, accroître la richesse et les réserves du pays, lui assurer au dehors un prestige grandissant. Malgré ces dépenses ruineuses, les malades, les orphelins, les pauvres, les vieillards n’en ont été que plus mal soignés. Que sont devenues, sous le régime du laïcisme, l’impartialité des tribunaux, la liberté des individus, des familles, des officiers, des magistrats, des instituteurs, des fonctionnaires, des mourants ; la participation de meilleurs citoyens aux emplois publics, la justice commutative ou distributive, les relations des classes, l’unité, la paix intérieure, la conscience professionnelle, etc. ? Léon XIII revenait souvent à ces considérations qui émeuvent la multitude.

    • b) Il faudrait encore confondre les préjugés qui égarent le peuple en l’aveuglant. En voici quelques-uns :
      • La loi, juste ou injuste, est la loi ; on est tenu de lui obéir.
      • Les lois de laïcité sont intangibles (alors que les autres peuvent être changées et que les Parlements passent leur vie à les changer).
      • Attaquer les lois laïques, c’est attaquer la République (comme si la législation et la Constitution n’étaient pas distinctes ; comme si les républicains les moins suspects n’attaquaient pas les lois qu’ils ont eux-mêmes votées, et jusqu’à la Constitution dont ils sont les auteurs. La vérité est que les catholiques devront toujours combattre le laïcisme quel que soit le régime – régime monarchique ou républicain – qui l’aura mis en vigueur).
      • Il faut séparer la religion et la politique. (Il ne faut pas les, il faut les distinguer et les concilier.)
      • La religion est affaire privée. (La religion est affaire privée, affaire domestique, affaire publique. La société comme l’individu, doit au vrai Dieu des adorations et un culte.)
      • La religion n’a rien à voir dans la politique. (La religion laisse à chacun la liberté d’être républicain, royaliste, impérialiste, parce que ces diverses formes de gouvernement sont conciliables avec elle ; elle ne lui laisse pas la liberté d’être socialiste, communiste ou anarchiste, car ces trois sectes sont condamnées par la raison et par l’Eglise. A moins de circonstances particulières, les catholiques sont tenus de servir loyalement les gouvernements de fait aussi longtemps que ceux-ci travaillent au bien temporel et spirituel de leurs sujets ; ils ne leur est pas permis de prêter leur concours aux mesures injustes ou impies que prennent les gouvernements ; ils sont obligés de se rappeler que la politique, étant une partie de la morale, est soumise, comme la morale, à la raison, à la religion, à Dieu. C’est d’une façon analogue qu’il convient de réfuter les autres préjugés répandus dans la population.)

        A cette action sur l’opinion par la propagande se rattache la question des publicistes et des conférenciers. Il est très désirable que ceux-ci soient formés et préparés sérieusement ; qu’ils ne se contentent pas de formules universelles, generalia non movent, de phraséologies vagues et vides, mais qu’ils fassent preuve de précision, de compétence, de force, de clarté ; qu’en particulier ils étudient les traités de la foi, de l’Eglise et de l’Etat.

    • c) Action sur l’opinion par les manifestations extérieures. En cet ordre, la prudence nous prescrit de procéder suivant ses préceptes, d’éviter la témérité, de prendre toutes les précautions nécessaires. Mais il est sûr que les manifestations extérieures, bien préparées, impressionneront la foule en lui donnant l’idée, qu’elle n’a pas, de notre nombre, de notre unité, de notre puissance et de la volonté inébranlable où nous sommes, de revendiquer nos droits jusqu’à la victoire. « L’opinion, disait dernièrement un de nos cardinaux, se prononce pour ceux qui se battent bien. » Elle abandonne ceux qui s’abandonnent eux-même.
  2. Action sur les législateurs.Cette action peut aboutir à quelques résultats heureux.
    • a) Par des pétitions envoyées aux députés, aux sénateurs de chaque département. Il conviendrait que ces pétitions vinssent de tous les groupements : groupements de pères de famille, d’anciens combattants, de Jeunesse catholique, de cheminots, de veuves de guerre ; des Ligues féminines catholiques, des personnalités les plus considérables de la banque, de l’industrie, du commerce, etc. Ces pétitions seraient adressées à tous les parlementaires, sans exception, et si un ministre appartenait à la contrée, on aurait soin de lui faire tenir ces protestations et ces réclamations.
    • b) Des personnages considérables voudraient qu’on allât plus loin et que l’on donnât à tous les catholiques la consigne de refuser leurs voix aux candidats qui ne seraient pas en théorie et en pratique, les adversaires du laïcisme et des œuvres neutres. Dans l’esprit de ces hommes graves, la théorie du moindre mal, poussée au-delà des bornes, nous a valu des échecs et des malheurs de plus en plus irréparables que nous aurions pu conjurer, au moins en partie, par une attitude plus ferme.
  3. Action sur le gouvernement.Ce qui remue l’opinion et les Chambres atteint déjà le gouvernement, mais il faut l’aborder directement. Socialistes, communistes, fonctionnaires, ouvriers, commerçants nous donnent l’exemple. Quand une loi ou un décret leur déplaît ou leur nuit, ils n’estiment pas suffisante les interpellations de leurs représentants à la Chambre ou au Sénat, ils s’adressent eux-mêmes au pouvoir. Ils se rendent en masse aux portes des mairies, des préfectures, des ministères ; ils envoient aux titulaires de l’autorité des protestations, des délégations, des ultimatums; ils multiplient les démarches voire les grèves ; ils assiègent et ils harcèlent le gouvernement qui a, presque toujours, finit par céder à leurs instances. Pourquoi, autant que nous le permettent notre morale, notre dignité, notre amour de la paix, fondée sur la justice et la charité, ne les imiterions-nous pas, afin d’effacer de notre code les lois qui, suivant l’énergique parole d’un de nos évêques, nous mènent « du laïcisme au paganisme » ?

Nous disposons de troupes dont le nombre et le courage égalent au moins le nombre et le courage des autres groupements, car une multitude de chrétiens sont impatients d’engager la lutte.

Assurément l’œuvre est immense et difficile, mais le propre de la vertu de force est d’affronter les obstacles et de braver le danger. De plus, nous disposons de troupes dont le nombre et le courage égalent au moins le nombre et le courage des autres groupements, car une multitude de chrétiens, à compter seulement ceux qui sont fervents et agissants, sont impatients d’engager la lutte. Nos cadres – paroisses, diocèses, provinces ecclésiastiques, – sont préparés.

Ce qui a trop manqué jusqu’ici aux catholiques, c’est l’unité, la concentration, l’harmonie, l’organisation des efforts. N’auront-ils pas assez d’abnégation pour former un corps compact qui travaillera avec ensemble sous la direction de leurs supérieurs hiérarchiques ? On dira que cette attitude nous expose à des retours offensifs et impitoyables de nos adversaires. Ce n’est pas certain ; en tout cas, à quelles calamités ne nous expose pas l’attitude contraire ? Quel avenir nous attend si, satisfaits d’une légère et artificielle détente, nous nous endormons ? Jamais peut-être, depuis cinquante ans, l’heure n’a paru aussi propice ; à la laisser passer sans en profiter, il semble bien que nous trahissions la Providence.

Paris, le 10 mars 1925

Assemblée des cardinaux et archevêques de France

Source : La Documentation catholique, n°282, 21 mars 1925, col. 707-712.

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Rapport Sauvé, le coup de gueule de l’abbé Philippe Laguérie

Rapport Sauvé, le coup de gueule de l’abbé Philippe Laguérie

Disons tout de suite qu’il porte assez mal son nom ! L’Eglise Catholique en sort plutôt humiliée, bafouée, perdue…

Car je note tout d’abord que ce long travail de la CIASE a été commandité par l’épiscopat français qui en porte donc la responsabilité première. En confiant à d’autres, fussent-ils impartiaux, qu’eux-mêmes, auxquels incombaient ce labeur, les évêques encourraient deux risques majeurs ; le premier consistant à signer leur incompétence scandaleuse depuis 60 ans : c’était bien à eux qu’il incombait de connaître, de signaler, de dénoncer, de stopper ce torrent de crimes et d’en punir leurs auteurs. Ils font mine brusquement de découvrir maintenant l’ampleur du désastre que leur fonction de surveillant (Episcopoi) devait prévenir. Le second c’est le déshonneur, entièrement prévisible, de l’Eglise dans son ensemble. Quand on connait la rage furieuse de nos ennemis qui éructent à jet continu, sur tous les médias, leur haine de l’Eglise, on ne s’y expose pas aussi ingénument. Bravo Messeigneurs, deux fois bravo !

Il faut savoir que depuis les premières décrétales de la paix constantinienne, l’Eglise avait établi fermement que ses clercs ne fussent jugés de leurs crimes que par Elle-même. C’était le célèbre privilège du For. Tombé en désuétude depuis la laïcité féroce des sans-culottes, il était néanmoins dans le Droit Canon jusqu’en 1983. Et même s’il fut supprimé dans le droit, rien n’empêchait les évêques d’en garder l’esprit et la pratique. Ce privilège correspondait aux reins dans un organisme sain : éliminer du sang toutes les saletés qui empoisonne le corps entier. Et ceci en interne. De châtier donc, comme il convient, ces prédateurs criminels qui tuent le corps et l’âme de l’Eglise. Il ne suffisait pas d’envoyer quelque temps dans un monastère un pédophile avéré (leur vrai nom est pédéraste, qu’on a éradiqué du vocabulaire français !) et ceci pour éviter des vagues dans votre petite carrière. Il fallait immédiatement le rayer du clergé, le réduire incontinent à l’état laïc et en le faisant savoir au for externe. Tant il est vrai qu’un crime convenablement puni en évite neuf autres. Au lieu de cela, ils l’ont joué discrète, silencieuse, camouflée, épiscopale quoi…Vous avez contraint la République de jouer votre partition silencieuse : elle va vous le faire payer très cher. N’ayant pas jugé les crimes de leurs sujets, ils se retrouvent au ban des responsables-coupables dans la masse globale des fidèles du Christ. C’est bien fait pour eux mais c’est un scandale pour les brebis innocentes.

Il faut dire qu’aujourd’hui le mauvais exemple vient de très haut. Le père Bernard Preynat à Lyon s’est vu confié une paroisse et Mgr McCarrick des ambassades officielles du Saint Siège…Passons. Je l’ai dit un jour au Cardinal Barbarin : il est plus facile dans ce diocèse d’obtenir une paroisse pour un prêtre pédophile que pour un prêtre de rite latin. « Évêque, c’est par toi que je meure ».

Mais venons-en aux chiffres du rapport Sauvé, avec la prudence qui s’impose. Pour arriver, sur la base de sondage IFOP (?) au chiffre de 216.000 victimes, Mr Sauvé avoue qu’il n’a interrogé que 243 d’entre elles et reçu 2.819 courriers. Gros travail peut-être mais convenez avec moi que des prémices à la conclusion il y a quand même quelques « chainons manquants ».

La France reste néanmoins le pays qui (proportionnellement) compte le moins de prédateurs sexuels dans son clergé : 2,5/100 contre 4,4 pour l’Allemagne, 4,8 pour les USA, 7,5 pour l’Australie et la très catholique Irlande ! Un pédéraste est un pédéraste de trop et « qu’on les aide encore à disparaître ». Mais pourquoi toujours s’acharner sur la France et pourquoi les seuls évêques français diligentent-ils une documentation externe pour humilier toute l’Eglise qui est en France ? Avouez que les évêques allemands, qui militent ostensiblement pour le mariage des homos, sont moins masochistes que les nôtres. Et pas du tout inquiétés par Rome.

On apprend aussi que dans les affaires de pédérastie la société civile compte 75/100 de petites filles victimes tandis que dans l’Eglise les victimes sont à 80/100 des petits garçons. Tiens, tiens ! Cela me rappelle la « bombe » lâchée par le Cardinal Bertone (Secrétaire d’Etat du pape Benoît XVI) au Chili en 2010 quand un journaliste imbécile lui suggère qu’il y aurait moins de pédo-criminalité si les prêtres étaient mariés (on suppose, avec des femmes). Il répond que ça ne changerait rien puisque nombre d’étude américaines ont démontré que les pédophiles (les pédérastes) se recrutent en immense majorité chez les homosexuels. Voir les chiffres ci-dessus pour preuve. Merci Cardinal Bertone : vous anticipez, vous prévenez le cours de l’histoire. Morale de cette histoire : il faut éradiquer du clergé tout séminariste qui souffre (même sans faute de sa part) de cette fâcheuse tendance qui laisse entrevoir le pire.

Mais le plus instructif de ce rapport est la fourchette chronologique retenue par Sauve-qui peut. Il divise les 75 années retenues pour son travail (car il faut bien commencer sous Pie XII (Vous savez, ce fameux pape révisionniste qui a sauvé tant de juifs) en tranche de 50-70, 70-90, 90-2020.

Ce clivage est malhonnête et du seul fait de Sauvé-garde ! Il met en deux cases distinctes la vraie fourchette clivante de 1970. De 1962 à 1972, le pape Paul VI a réduit 20.000 prêtres à l’état laïc. Ce chiffre officiel doit être multiplié par trois du fait que la plupart sont partis sans laisser d’adresses et n’ont pas fait de demande à Rome. C’est plus de 70.000 prêtres qui ont défroqué en 10 ans. Deux fois le clergé français et cela s’est prolongé bien après 1972, imaginez ! Et notre brave Sauveteur de nous expliquer que les années 1950 à 1970 représentent 56/100 des faits de pédérastie contre 22/100 de 1970 à 1990 et semblablement de 22/10 jusqu’à maintenant. Bien joué, pour camoufler, couper en deux, le pic absolu de trahisons qui correspond exactement à votre aggiornamento, votre funeste concile, vos slogans soixante-huitards, même dans l’Eglise. « Je fais ce que je veux de mon corps » « il est interdit d’interdire » « Tout homme a droit à la liberté religieuse qui consiste à n’être empêché d’agir, en privé comme en public, seul ou en société, selon sa conscience ». En conséquence, quand Jacques Lang confesse ses partouzes pédo-criminelles au Maroc, quand Dany le Rouge aime à raconter le plaisir qu’il éprouve quand une petite fille de huit ans lui ouvre la braguette…il ne fait somme toutes que profiter d’une époque où les repères ont sauté, où les évêques se taisent et camouflent discrètement les pédérastes qu’ils ont à bord. Sans doute la révolution rock’n’roll n’est pas de votre fait, mais vous n’avez rien fait pour la contrer ; vous avez hurlé avec les loups.

Bien plus. Les chiffres avancés à la Sauvette sont dérisoires par rapport au génocide devant lequel vous êtes restés muets. Depuis la loi Veil, 220.000 enfants par ans ne sont pas faits violés. Ils ont été supprimés, déchiquetés, découpés et dépecés. Vous n’avez rien dit contre cela et vous allez à présent verser des larmes, bien tardives hélas, sur ces victimes dont vous saviez le martyre irréparable ? Chiffres pour chiffres, les 243 témoignages de Sauve-toi, pour effroyables qu’ils sont, ne sauraient effacer le silence sépulcral de 220.000 x 45 : les 12.100.000 assassinats que vous avez laissé faire sans moufeter. Vous avez bien lu : 12 millions. Et vous enterrez dans vos cathédrales, mitres en têtes, avec les honneurs convenables, les criminels avérés de ce génocide : les Chirac, les Giscard-d ‘Estaing tandis que la République panthéonise les autres.

Dernier volet et je vous laisse à votre salut éternel. Vous voulez faire payer aux catholiques, avec le maigre denier du culte qui peut subsister encore, les factures colossales de votre incurie. C’est le comble. Comme si d’ailleurs quelque argent pouvait réparer le scandale occasionné à un de ces petits, détruit irréversiblement. On avait déjà financé le CCFD pour soutenir la théologie de la libération et ses doctrines marxistes-athées, on se crève à restaurer les églises désertes parce que sans clergé, et vous voudriez que l’on finance à présent les victimes que VOUS avez laissées martyriser : non merci. Demandez-donc aux Soros, Gate et consort ; on a déjà donné.

Si, à l’époque, vous aviez songé à relire l’Évangile ! Mais vous étiez bien plutôt accaparés par les droits de l’homme (Les enfants ne sont-ils pas des hommes ?) ! Car si Jésus n’a jamais parlé de l’homosexualité (saint Paul OUI : Rom 1, 18…) Jésus a été on ne peut plus clair sur la pédérastie que vous ignorez depuis 75 ans : (Math 18, 5-10)

« Mais celui qui scandalisera un de ces petits qui croient en Moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule d’âne et qu’on le précipitât au fond de la mer. Malheur au monde à cause de ses scandales. Il est nécessaire que les scandales arrivent, mais malheur à l’homme par qui le scandale arrive. Si donc c’est ta main ou ton pied qui est pour toi une occasion de scandale, coupe-les et jette-les loin de toi : mieux vaut pour toi entrer dans la vie manchot ou boiteux que d’être jeté, avec tes deux mains et tes deux pieds, dans le feu éternel. Et si c’est ton œil qui est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi : mieux vaut pour toi entrer borgne dans la vie que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne de feu ».

Là-haut, je vous le dis, les évêques seront manchots, boiteux ou borgnes. Ou les trois, ce que je leurs souhaite, charitablement.

Source : le blog de l’abbé Laguérie

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