Le roi Philippe 1er

Le roi Philippe 1er

Roi Philippe Ier, capétien. Naissance, mort, couronnement, règne. Capétiens

Michel Fromentoux, membre du Comité directeur de l’Action Française continue son travail pour permettre de mieux comprendre la formation de la France. Après Henris I er voici l’histoire du roi Philippe I er. Bonne lecture…

À quinze ans, Philippe 1er était en état de s’emparer personnellement du pouvoir. Roi depuis six ans, il avait été bien formé par son oncle Baudouin, comte de Flandre, lequel lui laissait un royaume relativement calme et une administration en ordre. En plus, Philippe était respecté et très aimé de tous, surtout des humbles ; la jeunesse féodale rêvait d’entreprises audacieuses, les foires et les marchés étaient en pleine floraison.

Partout se fondaient des églises, des abbayes, des monastères… Les routes s’emplissaient de longs pèlerinages. L’Église, sous l’autorité du pape Léon IX avait entrepris dès le milieu du XIe siècle une vaste réforme en vue de s’affranchir du pouvoir temporel, la primauté du pape était de mieux en mieux reconnue, et les moines, notamment les bénédictins de Cluny, avaient une influence croissante tant par l’exemple de leurs vertus que par leur prédication : ils étaient en train de préparer l’essor de la Chrétienté fondée sur l’amour de Dieu, sur l’esprit de pénitence et sur la charité. On assistait à une renaissance intellectuelle et artistique : apparaissaient déjà les grandes légendes épiques, tandis que s’épanouissait en Anjou en Bourgogne, en Aquitaine, dans la vallée du Rhône, l’art roman, l’une des plus harmonieuses réalisations du génie français.

Le royaume était encore loin de son unité, mais la personne du roi, image du père, justicier suprême, vicaire de Dieu, était considérée comme indispensable tant par les petits qui trouvaient en lui une protection contre les puissants que par les Grands eux-mêmes qui voyaient en lui le sommet de la pyramide féodale. On sentait comme une aspiration, encore bien confuse, à une unité politique, tandis que se concrétisait l’unité spirituelle : le rayonnement des moines de Cluny dépassait de beaucoup le cadre du royaume, la culture chrétienne se répandait sur toute l’Europe, et, avec elle, pour reprendre une expression chère à Charles Maurras « un langage commun pour les communications supérieures des hommes ».

Pour que cette Europe se développât au plus grand profit de la civilisation, il fallait qu’elle fût en paix. C’est pourquoi avaient un grand rôle à jouer désormais les Capétiens, eux qui surent toujours limiter leurs ambitions au seul possible et étaient naturellement amenés à combattre, au dedans comme au dehors, toutes les démesures…

Naissance du monstre anglo-normand

Le plus bouillant des jeunes féodaux était alors Guillaume de Normandie, que l’on appelait encore le Bâtard. L’Angleterre n’allait pas tarder à tomber entre ses mains comme un fruit mûr. En 1 066, mourut le roi Édouard le Confesseur, lequel, n’ayant pas d’enfant, avait promis la succession à Guillaume. Un certain Harold, de la puissante famille des Godwin, osa se mettre en travers et se proclama roi. Guillaume eut vite fait de se venger : il se ménagea l’alliance du pape Alexandre II, de l’empereur germanique, du roi de Danemark et débarqua le 29 septembre 1066 dans le Sussex, sous un soleil radieux. Le 14 octobre il remporta la victoire de Hasting, et, dès le jour de Noël, il fut couronné roi d’Angleterre à Westminster !

Pour le jeune roi Philippe 1er, la situation ne s’annonçait pas de tout repos : Guillaume le Bâtard était devenu Guillaume le Conquérant ; il restait, bien sûr, son vassal, mais il s’était élevé plus haut que lui ! Les rapports entre les deux hommes ne seraient guère faciles…

Pour Philippe 1er, la ligne était tracée : il fallait tout entreprendre pour affaiblir l’autorité de Guillaume en Normandie, et, dès que possible, travailler à détacher la Normandie de l’Angleterre. Aussi attrapait-il toutes les occasions d’intervenir dans les affaires normandes et de soutenir les seigneurs de cette province qui n’aimaient pas Guillaume. En 1 073, il encouragea le comte d’Anjou, Foulque le Réchin, qui disputait le Maine à Guillaume. En 1 076,  il s’allia au duc d’Aquitaine pour contraindre Guillaume à lever le siège de Dol. Ce fut un succès, puisqu’il en profita pour reprendre le Vexin (qu’Henri 1er avait dû naguère céder au père de Guillaume).

Très habilement, Philippe commençait à s’intéresser beaucoup au fils aîné de Guillaume, Robert Courte-Heuse. C’était un imbécile et un viveur, qui ne ferait pas très sérieux sur le trône d’Angleterre : cela, son père le savait ; et il lui avait déjà promis de le dédommager en lui donnant… la Normandie ! Or Robert Courte-Heuse (ce surnom lui venait de ce qu’il était trop court de cuisses) était un garçon capricieux, qui voulait tout et tout de suite. Tant mieux pour le roi de France, qui accueillit Robert et accomplit avec lui des actions de harcèlement sur la frontière du duché normand.

En 1 087, nouvelle guerre. Guillaume s’était mis en tête de reprendre le Vexin et pour ce faire il alla jusqu’à incendier Mantes. Puis il mourut à Rouen, abandonné de tous, après avoir partagé ses biens comme le souhaitait le roi de France : l’Angleterre à son fils cadet Guillaume le Roux, la Normandie à l’aîné, Robert Courte-Heuse, plus quelques terres et un peu d’argent au troisième fils, Henri Beauclerc. Angleterre et Normandie ne formaient plus un bloc : Philippe 1er allait-il pouvoir enfin souffler un peu ?

Cela aurait été compter sans la sottise de Robert Courte-Heuse… Cette tête folle dilapidait ses biens et se laissait dépouiller par ses maîtresses et par des intrigants au point qu’un jour il lui manquait même, disait-on, ses braies et ses chaussures et qu’il ne put se rendre décemment à l’office religieux… Son frère Guillaume le Roux, roi d’Angleterre, ne rêvait, quant à lui, que de réunir à son profit tout l’héritage paternel. Aussi, dès 1 091, il se jeta sur le duché de Normandie bien mal défendu par Robert et s’y tailla une bonne portion, prenant les villes d’Eu, Aumale, Gournay et quelques autres. Philippe, qui, en 1 066, n’était guère content de voir la Normandie conquérir l’Angleterre, l’était encore moins en voyant l’Angleterre conquérir la Normandie !

Or, soudain, les deux fils du Conquérant se réconcilièrent. Ils avaient entendu l’appel du pape à aller délivrer le tombeau de Notre-Seigneur des mains des Turcs Seldjoukides. C’était la Croisade. Philippe était tranquille pour quelques années…

La première Croisade

Première croisade — Wikipédia

C’était un magnifique élan de foi qui se manifestait alors dans tout l’Occident ; il était urgent d’unir les forces de la Chrétienté. Le 15 août, le pape Urbain II, devant une immensité  de pèlerins, dressait un tableau de la situation. Quelques mois plus tard, en novembre 1 095, au concile de Clermont, il lança un appel pathétique : que ceux qui gaspillaient leurs forces en querelles inutiles, que ceux qui n’avaient pas la conscience tranquille, que ceux qui se s’étaient comportés en brigands se rachetassent en devenant les « hérauts du Christ ! Ils y gagneraient le Ciel et sauveraient l’honneur de l’Occident ! A l’instant même, un grand nombre de seigneurs firent le vœu de partir, l’évêque du Puy reçut du pape la mission de diriger les opérations, des envoyés de Raymond de Saint Gilles, comte de Toulouse, vinrent dire que tout était déjà prêt, des messages partaient dans toutes les directions diffuser l’exhortation pontificale. On assistait à des scènes bouleversantes.

Même les classes populaires étaient ébranlées. Elles étaient suspendues aux lèvres de Pierre L’Ermite, un moine originaire d’Amiens qui parcourait, vêtu d’une tunique de laine et d’un manteau de bure, les villes et les villages. Le zèle de ces foules était tel qu’elles voulaient se mettre en route tout de suite sans attendre le signal de l’évêque du Puy. Dès le mois d’avril, les voici en marche derrière un pauvre chevalier, Gautier-Sans-Avoir. L’arrivée de cette cohue à Constantinople fit trembler l’empereur Alexis Comnène et sa fille Anne. Personne ne viendrait en aide à ces miséreux déjà décimés par la faim. Ils tombèrent dans une embuscade le 21 octobre 1 096 et furent tous massacrés par les Turcs. Il ne resta plus que des monceaux d’ossements sur la route de Constantinople à Nicée…

Une expédition grandiose

Pendant ce temps les seigneurs préparaient soigneusement leur expédition. Les plus grands barons européens s’étaient croisés : Godefroy de Bouillon, duc de Basse-Lorraine, – un personnage légendaire -, Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, Bohémond et Tancrède de Tarente, Normands de Sicile, Robert II, comte de Flandre, fils du Frison, Étienne-Henri, comte de Blois et de Chartres, Hugues de Vermandois, frère du roi de France, Robert Courte-Heuse, duc de Normandie, de nombreux chevaliers allemands et des foules de gens de toutes conditions. Par quatre itinéraires différents, les armées se rejoignirent à Constantinople. L’empereur Alexis Comnème souhaitait rester étranger à l’affaire, ce qui est tout de même singulier car, héritier de l’empire de César et de Constantin, il aurait dû se sentir le premier intéressé par la sauvegarde de la civilisation.

Le 19 juin 1 097,  les croisés réussirent à prendre Nicée, mais leur victoire fut escamotée par Comnène qui intriguait avec les Turcs. Qu’importe ! Il fallait avancer  malgré la chaleur et la faim : en juin 1 098 ils supportèrent bravement l’atroce siège d’Antioche. Leurs souffrances ne furent pas vaines : le 15 juillet 1 099, après une bataille acharnée, ils étonnèrent le monde entier en prenant enfin Jérusalem ! Quelle belle manifestation d’héroïsme et de foi chrétienne ! N’oublions jamais que c’était pour un idéal spirituel que ces chevaliers avaient agi. Même si leur trop plein d’énergie se révéla parfois dans l’anarchie, l’idée du salut éternel ne les quitta jamais.

Maintenant qu’il étaient à Jérusalem, plusieurs d’entre eux, estimant avoir accompli leur vœu rentraient en France. Mais beaucoup demeurèrent, sous l’autorité de Godefroy de Bouillon, qui prit le titre d’« avoué du Saint-Sépulcre », ne voulant pas se proclamer roi, sur les lieux où Jésus-Christ porta la couronne d’épines….

Que faisait le roi ?

Le roi n’avait pas bougé et beaucoup le lui reprochèrent. Un roi de France avait sa place dans cette belle page d’Histoire.

Il voyait les choses autrement. Aurait-il été prudent de laisser sans chef, pour un temps indéterminé, et sans garantie de revenir un jour, un royaume qui commençait à peine à tenir debout ? Le principal devoir d’un roi n’était-il pas de songer à l’avenir de son royaume ? Luchaire décrit Philippe 1er comme « un prince intelligent, pratique, doué d’un sens politique difficile à contester ». Il n’empêcha personne de partir, mais lui, pendant ce temps,  continuait de faire la France ; il œuvrait pour la pérennité des familles de ses sujets autant que pour le bien de la Chrétienté où la France était est un élément essentiel d’équilibre

Son sens de l’économie des forces se doublait chez lui d’une aptitude remarquable à utiliser les circonstances. Il ne lui déplaisait pas de voir les jeunes nobles dépenser là-bas leur énergie ; au moins il ne chahutaient plus ici. Et le roi pouvait travailler, avec la patience et la ruse d’un paysan à arrondir son domaine, se tenant à l’affût des successions vacantes.

Le malheur était que Philippe 1er contribuait à donner de lui-même l’idée d’un personnage sensuel, mou, indolent. Il faut bien se résoudre à dévoiler son secret : en contradiction totale avec l’élan de jeunesse qui secouait tout le pays, il s’était laissé engourdir par l’amour. Et, qui plus est, par un amour coupable ! Si Dieu le veut, nous le découvrirons la semaine prochaine.

Article paru dans le journal Rivarol

Michel FROMENTOUX

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Rapprochement Franco-Turc

Rapprochement Franco-Turc

La crise politique et médiatique surgie depuis plusieurs mois entre la Turquie et la France semble se calmer. Ce litige a commencé avec les provocations de la Turquie à l’occasion de l’opération Irini (une opération qui permettait à des navires de l’OTAN de contrôler les navires militaires turcs pour vérifier s’ils transportaient du matériel sanctionné par la communauté internationale et là par l’Union Européenne).

Les navires turcs ont refusé l’accès à l’un de leurs navires par des troupes maritimes françaises. En outre, ils ont procédé à une autre provocation en lançant des éclairages à l’encontre d’autres navires français, ce qui constitue un acte de guerre. Par ailleurs, le ton est monté entre Paris et Ankara à l’occasion du litige dans l’est de la Méditerranée quand la Turquie menaçait la sécurité dans cette région et procédait à des forages gaziers dans des zones maritimes qui ne lui appartiennent pas. La France a alors soutenu la Grèce et Chypre.

Ankara a haussé le ton en transformant la cathédrale Sainte Sophie en mosquée dans laquelle le Président Erdogan est est venu prier. Cette polémique a défrayé la chronique. Le ton est monté de plus en plus entre les présidents Macron et Erdogan qui n’a pas hésité à prononcer des qualificatifs désobligeants à l’encontre du Chef de l’État français.

Malgré ces agressions turques et cette menace sécuritaire qu’Ankara provoquait dans cette région, les Etats-Unis ne sont pas intervenus, en privilégiant leur allié otanien turc, alors qu’ils distribuaient depuis des années des sanctions à tout acteur politique qui n’était pas dans leur giron, même si cet acteur ne menaçait pas la paix et le sécurité mondiale.

Les Etat-Unis ont-ils voulu humilier la France et l’empêcher de retourner sur la scène politique internationale comme une grande puissance, jouissant de sa place au sein du Conseil de Sécurité des Nations Unies comme membre permanent, en lui infligeant une double gifle dans son bras de fer avec la Turquie et dans l’échec de son initiative au Liban ?

Nous avons appris qu’une initiative diplomatique menée par une délégation française et par un homme d’affaire franco-turc a oeuvré en vue d’apaiser cette tension franco-turque. Cette initiative aurait partiellement réussi. Les deux chefs d’État français et turc sont parvenus même à avoir une conversation téléphonique sans pour autant régler un autre litige relatif à l’octroi d’un titre de séjour à des enseignants français en poste à l’établissement d’enseignement francophone de Galatasaray. Ces derniers risquent toujours d’être expulser de Turquie.

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Macron annule sa visite en Arabie Saoudite

Macron annule sa visite en Arabie Saoudite

 

Macron devait se rendre en Arabie Saoudite pour rencontrer le prince héritier Mohamed Ben Salman. L’objectif de cette visite était double : intervenir dans le dossier du rachat de l’OM (Olympique de Marseille) par la Kingdom Holding Company détenue par le prince Al Walid Ben Talal, malgré les réticences du propriétaire actuel de ce club, Frank Mc Court, mais aussi intervenir auprès de MBS pour faire obtenir un rendez-vous entre ce dernier et et Saad Hariri, l’un des candidats à devenir Premier ministre du Liban (sa candidature semble être notamment appuyée par la Russie, selon nos informations).

Cela s’insère dans les efforts de l’Elysée pour trouver une issue à la crise politique que traverse le pays du Cèdre depuis le 17 octobre 2019.                                                                                                                                                                                   Selon nos information, la France se serait concertée avec la nouvelle administration Biden qui a fait état de changements géostratégiques et politiques au Proche et Moyen – Orient. L’initiative française pour le Liban devra attendre quelques mois pour avoir une chance de réussir. En effet, une campagne médiatique et politique américaine cherche à redimensionner le prince héritier de ce royaume.

Le Président américain élu, Joe Biden, appelle à s’adresser au roi Salman Al Saoud plutôt qu’à son fils, impliqué à ses yeux dans un crime contre l’humanité : celui de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en Turquie. Nous savons que le rapport de la CIA ne donne pas de preuves tangibles relatives à une éventuelle implication personnelle de MBS. Néanmoins, cette affaire est exploitée actuellement par la nouvelle administration américaine pour affaiblir le rôle que ce jeune prince jouait sous Donald Trump.

Ceux seraient donc ces raisons qui ont conduit Emmanuel Macron à annuler cette visite à Ryad et non pas à la reporter, comme il a été indiqué dans certains médias. Enfin, la popularité d’Emmanuel Macron a beaucoup baissé auprès de l’opinion publique libanaise. Quand il s’était rendu à Beyrouth, le lendemain de l’explosion du port (explosion ou attentat : aucune information n’a pu encore être établie à ce sujet), il a avait promis aux Libanais d’agir en vue de la formation d’un nouveau gouvernement, sous quinzaine. Rien n’a pu être fait depuis août 2020.

En outre, le Chef de l’État est accusé de favoriser le Hezbollah dans ses tractations, afin de se rapprocher de l’Iran qui est le soutien officiel de ce groupe politique libanais.

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Après Robert II le Pieux, Henri 1er (1 031-1 060)

Après Robert II le Pieux, Henri 1er (1 031-1 060)

Michel Fromentoux, membre du Comité directeur de l’Action Française continue son histoire de la formation de la France par les premiers Capétiens.

Henri 1er, fils de Robert lI le Pieux, devint donc seul roi de France en 1031, à l’âge de vingt-trois ans. Les premières années de son règne furent troublées par les intrigues raffinées de Constance, devenue reine-mère. Celle-ci, après avoir tant travaillé à dresser ses fils contre leur père allait désormais s’employer à dresser les cadets contre Henri. Elle avait la discorde dans le sang.

Cette chipie,  qui allait quand même, en mourant en 1033, faire construire un palais et un oratoire à Étampes et faire édifier un monastère de chanoines à Poissy, incita son plus jeune fils, Robert, à se révolter. Henri inaugura ainsi son  règne en défendant contre sa propre mère et ses propres frères le principe capétien de succession.

En deux ans, s’organisa une véritable conjuration de féodaux soutenant les droits de Robert (!) et conduits par Eudes  II, comte de Blois. Tout le nord du domaine royal fut pris, de même que la ville de Sens, l’Orléanais fut incendié. L’habileté d’Henri 1er consista à faire jouer le droit féodal pour détacher de la conjuration Robert le Magnifique (qu’on appelait aussi le Diable, mais c’est souvent la même chose…), duc de Normandie. Allié à celui-ci à partir de 1034, il put poursuivre sa guerre contre le comte de Blois et s’empara de Gournay-sur-Marne. La révolte était brisée, mais Robert de Normandie, qui avait le sens des affaires, se fit payer en demandant à Henri 1er le Vexin français. Finalement, pour tenir son frère tranquille, Henri 1er lui céda le duché de Bourgogne (de cette Maison de Bourgogne, allait sortir un jour la Maison royale de Portugal !).

 

La Trêve de Dieu

Henri 1er tenait désormais parfaitement son rôle d’arbitre souverain. Il se faisait respecter de ses vassaux, non pas tellement en cherchant à les vaincre militairement, mais en  se les attachant et en faisant ressortir que, selon le droit féodal, il y avait autant de grandeur à obéir qu’à commander ; comment d’ailleurs se  faire respecter dans les fiefs si l’on ne donnait pas soi-même l’exemple de l’obéissance au roi qui, lui-même, n’obéissait qu’à Dieu seul ?

C’est ainsi qu’il parvint à se maintenir au-dessus de la mêlée à cette époque où se consolidaient les grandes dynasties féodales : Maisons de Flandre, de Bourgogne, de Normandie, d’Aquitaine notamment… Sous l’influence de l’Église, était en train de naître la chevalerie, que le duc de Lévis-Mirepoix définissait comme « une invention géniale du Moyen-Âge qui consistait à opposer une violence éclairée et généreuse à une violence aveugle. Elle donna lieu à une magnifique floraison de poèmes qui firent briller sur toutes les chutes humaines l’appel de la spiritualité ». Les soldats chrétiens se trouvaient ainsi rassemblés dans une vaste fraternité et les prouesses n’avaient de sens que dans le service qu’elles rendaient aux plus humbles. La Trêve de Dieu, qui suspendait les combats du mercredi soir au lundi matin, jours évoquant la Cène, la Passion et la Résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ, contribua largement à mieux orienter les volontés de puissance. Il faudrait encore plus d’un siècle pour que ces principes entrassent réellement dans les faits. Mais la voie était tracée, avec l’appui total du roi de France Henri 1er.

On se prend à rêver aujourd’hui que certains jours soient consacrés à une Trêve de Dieu qui puisse interrompre le massacre industriel des nouveau-nés par avortement. Mais Emmanuel Macron n’est, hélas, pas de la trempe d’Henri 1er… Lui, se plaît dans le crime !

Le prestige d’Henri était tel que Robert le Diable, dit le Magnifique, duc de Normandie, partant pour la Terre sainte afin d’expier ses graves péchés, laissa sous sa protection Guillaume, un jeune bâtard qu’il avait eu d’Arlette, fille d’un tanneur de Falaise. Or Robert mourut sur le chemin du retour et, comme il fallait s’y attendre, le jeune Guillaume fut fortement contesté par les barons normands. Fidèle à sa parole, Henri 1er se porta à son secours et manqua se faire tuer en combattant au Val-des-Dunes en 1047, les seigneurs du Bessin et du Cotentin.

Puis ce gringalet de Guillaume grandit et s’apprêtait à donner bien du fil à retordre aux Capétiens… Déjà, il lorgnait vers l’Angleterre où la monarchie anglo-saxonne était en décadence, il encourageait même des nobles normands à s’y installer – il faut dire que ces descendants des Vikings, ces géants aux cheveux blonds et aux yeux bleus, avaient le goût de l’aventure ; certains n’étaient-ils pas déjà partis à la conquête du royaume de Sicile ?

Pour le moment, Guillaume tentait d’arracher le Maine au comte d’Anjou, vassal direct du roi de France. Ce fut la guerre, au désavantage d’Henri 1er lequel fut battu au gué de Varaville en 1 057. Mais, magnanime, Guillaume ne poussa pas trop loin son avantage : il avait tout intérêt à respecter le roi de France, son suzerain, lui dont les propres vassaux étaient plutôt turbulents…

 

Anne de Kiev

Côté cœur, Henri 1er  fut beaucoup plus paisible que son pieux père. Il avait épousé en premières noces Mathilde, nièce de l’empereur Henri II, mais elle mourut en 1 044 sans lui avoir donné d’enfant. Trouver une autre femme n’était pas simple car toutes les princesses d’Occident étaient ses cousines à des degrés divers ! Et il ne tenait pas à revivre les ennuis de son père avec le pape et les évêques. Le mieux serait alors d’envoyer chercher une femme à l’autre bout du monde : la Russie était alors un pays brillant, récemment converti au christianisme et dont on disait le plus grand bien.

Henri Ier chargea une ambassade, conduite par les évêques Gauthier de Meaux et Roger de Châlons, de se rendre à Kiev pour demander, de la part du roi de France, la main de sa deuxième fille Anne au grand-duc Iaroslav, prince de Kiev. La fiancée arriva à Montreuil- sur-Mer après un long et somptueux voyage de plusieurs mois. Henri la reçut à Senlis. Elle avait vingt ans, lui, trente-six.

On raconte qu’au moment où Anne descendit de son attelage, le roi, immédiatement amoureux du charme slave, se précipita sur elle pour l’embrasser avec ferveur, incapable de se présenter et de maîtriser son enthousiasme. « Je suppose que c’est vous qui êtes le roi, n’est-ce pas ? », s’enquit la belle, confuse et rougissante…

Henri se rendit en personne à Reims pour accueillir sa fiancée aux portes de la cité du sacre. Le mariage eut lieu à Reims le 19 mai 1051, immédiatement suivi du couronnement et du sacre, présidé par l’archevêque Guy de Châtillon.

Anne fut la toute première reine de France à recevoir elle-même le sacre royal qui n’était réservé jusqu’alors qu’au roi seul. Aucune difficulté d’ordre confessionnel ne sembla avoir été soulevée alors que les relations entre Rome et Constantinople s’étaient dégradées depuis longtemps. Ce ne fut que trois ans après leur mariage, en 1054, que la séparation des Églises d’Orient et d’Occident serait consommée, avec, à la clé, anathèmes et excommunications réciproques.  Anne donna à Henri Ier trois fils, l’aîné fut appelé Philippe en souvenir des rois de Macédoine desquels prétendait descendre la Maison de Kiev.

Sur le plan européen, Henri essaya, semble-t-il, de prendre la Lorraine, ce qui le brouilla avec l’empereur germanique. Il comprit vite que c’était un peu trop tôt pour attaquer de ce côté-là.

Pressé de rétablir les finances royales, il se laissa aller à vendre généreusement des évêchés, ce qui ne fut pas du goût du pape Léon IX. La question n’allait être réglée que pendant les règnes suivants.

Henri 1er sut nouer une alliance fort intéressante avec la Maison de Flandre, en mariant sa sœur Adélaïde avec le comte Baudoin V, grand seigneur, bienfaiteur de la ville de Lille, beau-père de Guillaume de Normandie, puisque sa fille, la célèbre reine Mathilde, avait épousé en 1 056 l’ambitieux Normand.

Fidèle à la tradition déjà bien ancrée, Henri avait fait sans difficultés élire et sacrer son fils aîné Philippe à l’âge de six ans, lequel prononça le serment du sacre de sa jolie petite voix encore enfantine en 1 059. Il était temps car Henri 1er mourut l’année suivante à cinquante-deux ans ! Pour la première fois, le royaume capétien allait se trouver entre les mains d’un enfant mineur. Son oncle, le comte de Flandre Beaudoin V, allait exercer la régence.

Le royaume était de taille à affronter l’épreuve ; les féodaux ne contestaient pas les droits du petit Philippe : désormais la dynastie était bien consolidée. Je donne la plume au duc de Lévis-Mirepoix pour conclure : chez Henri 1er « la volonté de triompher de tant d’embûches, de dominer les troubles où il a failli disparaître n’était pas menée par une ambition stérile du pouvoir, mais par le souci de répondre au serment du sacre qui est de protéger l’Église et les humbles et de faire avant tout respecter la justice »

Tel fut sans doute ce que pensèrent les Français tandis que la dépouille mortelle d’Henri rejoignait celles d’Hugues Capet et de Robert II dans la basilique de Saint-Denis, désormais nécropole royale des rois de France.

 

Une reine-mère un peu volage

Des nouvelles de l’étrange Anne de Kiev pour finir. Depuis qu’elle était veuve, elle vivait à Senlis où il lui était arrivé une singulière aventure. Un beau seigneur, Raoul de Crépy-en-Valois, propriétaire d’immenses terres entre Amiens et Mantes, se mit à rôder autour d’elle. Il la connaissait bien puisqu’il avait fait partie de la troupe de chevaliers chargée par Henri 1er en 1044 d’aller l’accueillir à son arrivée à Montreuil-sur-Mer et de l’escorter jusqu’à Senlis. Depuis lors, il n’avait cessé de rêver d’elle, bien qu’il fût marié, fût devenu veuf, puis fût remarié, semble-t-il sans amour… Alors, ce qui risquait d’arriver n’allait pas tarder à se produire.

Un beau jour, Raoul enleva tout bonnement la reine-mère dans la forêt de Senlis et trouva même un prêtre pour les marier ! Énorme scandale : l’Église lança les foudres de l’excommunication ; Raoul refusait de se soumettre, mais les choses se calmèrent du fait de la disparition de son épouse légitime et mal aimée.

Raoul et Anne vécurent heureux quelques années, puis Raoul mourut en 1071 et les historiens perdirent toute trace de la reine Anne : eut-elle d’autres aventures en France ? Regagna-t-elle son lointain pays ?  On est là devant un grand mystère.

 

L’avènement de Philippe 1er

Voici donc sur le trône un petit garçon de huit ans. Le régent, Baudouin, comte de Flandre, veillait paternellement sur lui et le formait au cours de voyages incessants entre les rives de l’Escaut et celles de la Loire.

Dans le pays, ce n’était pas encore la sécurité, et les évêques avaient bien du mal à empêcher les seigneurs de se quereller pour un oui ou pour un non, voire de massacrer sur leur passage les récoltes, les bêtes et les gens. Mais la féodalité avait mis une sourdine à ses intrigues politiques. Le régent n’était pas contesté, tout juste avait-il à réprimer quelque agitation de seigneurs bourguignons. Les propriétaires de fiefs étaient bien trop occupés avec leurs propres problèmes.

Le goût des entreprises audacieuses était en train de transporter la jeunesse féodale. Le fils cadet de Baudouin de Flandre, Robert le Frison, cousin germain du roi de France donnait lui-même le ton. Il parcourait l’Europe, luttant en Galice contre les Sarrasins, essayant de se tailler une seigneurie en Macédoine, puis secourant, avant de l’épouser, la veuve du comte de Hollande, Florent 1er, en lutte contre des brigands…

Tout laissait à penser que l’on était à l’aube d’une grande époque, la population avait fortement augmenté, le commerce et l’agriculture étaient en plein essor comme en témoignait le développement des foires et des marchés, les routes étaient emplies de foules de toutes classes sociales se rendant en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, à Saint-Martin de Tours, voire à Jérusalem et le royaume de Philippe 1er serait celui d’une pleine floraison économique, religieuse et artistique. Quelle exaltante mission pour ce jeune roi de quinze ans qui, désormais, allait exercer son pouvoir personnel !

Michel FROMENTOUX, membre du Comité directeur de l’Action Française

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La France de Zemmour

La France de Zemmour

Dans ce troisième et dernier volet, David Veysseyre analyse la certaine idée que Zemmour se fait de la France. Face à la place médiatique qu’occupe le journaliste il est important de montrer son vrai visage.

Quelle est la France de Zemmour ? Celle malheureusement du faux roman national qu’il narre d’ailleurs très mal et la France inorganique née en 1789 où l’individu ne se définit plus par une appartenance à une communauté naturelle et historique, mais par une citoyenneté fondée sur la raison et des valeurs universelles. On s’aperçoit cependant très vite que la raison est très insuffisante pour sustenter l’harmonie d’une nation et autoriser sa perpétuité sans faillir. Voilà la France qu’aime Zemmour, la France des parvenus haineux de la Révolution où se dire Angevin, Tourangeau, bas Poitevin et haut Normand nous faisait déjà passer pour des ploucs au XIXe siècle. C’est la raison pour laquelle la France est aujourd’hui le foyer nucléaire de la dégénérescence en Europe avec son égalitarisme consubstantiel à son idéologie officielle qui fait passer les traditions pour des reliques réactionnaires oppressantes empêchant l’individu de s’épanouir. Le développement ultime de 1789 dans la conscience collective, c’est l’enfantement tératologique du cad’sup en poste à New York comme modèle anthropologique supérieur en lieu et place du saint, du héros et de l’honnête homme. Dans la France que goûte Zemmour, il suffit d’adhérer aux valeurs de 1789 pour devenir français. Zemmour et ses amis veulent donc vivre ici en paix, dans une France assimilationniste sans être importuné par les musulmans, mais peu leur importe la nature réelle de ce pays, son identité véritable, sa continuité ethnique, historique, culturelle et anthropologique.

Qu’il défende le maréchal Pétain ne nous convainc pas non plus. Zemmour affirme après tant et tant d’autres que la France est tout sauf une race, elle serait seulement une société politique et un Etat. Le peuple français est partant un peuple politique sans aucune racine, identité ethnique, historique et culturelle. Pour être plus précis, voici ce qu’il dit, quand il a fait la une de la revue d’Eléments d’octobre-novembre 2018, interrogé par François Bousquet: « notre pays a été forgé plus qu’aucun autre par l’histoire. Son unité est là. Elle n’est ni une langue, ni une race, ni une géographie« . Voilà qui devrait faire réfléchir tous les thuriféraires de héros de Cnews. Il dévoile ici sa vision de la France, la France telle qu’il la conçoit. Il faut simplement se concentrer sur cette assertion, tout ce qu’il raconte ailleurs dans ses livres est logorrhéique, répété 100 fois à satiété ailleurs, on s’aperçoit alors qu’il parle comme les médias, l’Education nationale et tous les partis du spectre républicain depuis 1880. C’est non seulement faux sur le plan scientifique, mais Zemmour ne fait ici qu’opiner avec ceux qui depuis des lustres protestent que la France est un terrain vague qui s’est construit avec l’immigration. Charlie Hebdo et toute l’extrême gauche communient exactement dans la même vision d’une France charnelle qui n’existe pas et qui s’est construite sur une idée et des arrivages sporadiques d’individus.

La science la plus élémentaire insulte pourtant à toutes ces marottes sur l’histoire et l’identité françaises, elle témoigne au contraire d’une existence ethnique d’un peuple français depuis le début de la protohistoire au début de l’âge du bronze. Les Indo-Européens ou Aryens (mais le terme est un peu galvaudé) sont arrivés dans la péninsule eurasiatique (Europe occidentale) au début du chalcolithique vers -3000 environ. La culture de la Céramique cordée qui va embrasser toute l’Europe septentrionale (territoires actuels de l’Allemagne du nord et centrale, Pologne, Pays baltes) va être en -2800 la première culture archéologique authentiquement indo-européenne. Elle va inaugurer la fin de la principale vague migratoire des steppes pontiques et l’arrivée des Indo-Européens en Europe occidentale à cette période. La culture de la Céramique cordée va être le foyer principal de l’indo-européanisation de l’Europe. De cette indo-européanisation de l’Europe centrale, va naître la deuxième grande culture archéologique indo-européenne : la culture des gobelets campaniformes qui sera à l’origine de nos proto-Celtes, selon l’archéologue Patrice Brun. Il l’avait déjà présumé en 2008, mais il l’a de nouveau affirmé récemment à un colloque de l’INRAP en 2015 en étayant sa démonstration sur les résultats récents de la paléogénétique. La culture d’Unétice du bronze ancien en Europe centrale (Allemagne du sud actuelle, Autriche, Bohème, Slovaquie) à partir de -2200 sera le foyer de la future indo-européanisation et celtisation du territoire de la France actuelle avec la civilisation des tumulus au Bronze moyen, la civilisation des champs d’urnes au Bronze final, la civilisation de Hallstatt et de la Tène à l’âge de fer. C’est au Bronze ancien (2200-1600 av. notre ère), voire un peu avant que vont commencer les premières incursions indo-européennes sur le territoire de la future France, ces populations indo-européennes proto-celtiques vont coloniser peu à peu ce dernier et donner aux populations de chasseurs-cueilleurs mésolithiques néolithisées et aux populations d’agriculteurs néolithiques présentes sur notre sol 3000 ans avant une forme, une culture et un embryon d’Etat.

Notons que cette population d’agriculteurs néolithiques anatoliens était importante, les Celtes ne seront pas majoritaires à tous les endroits, le peuple français va naître en grande partie ici, comme le montre la paléogénétique actuelle, du métissage entre ces deux couches, néolithique et celtique, que l’on pourrait appeler aussi aryenne ou pontique dans la mesure où les Celtes descendaient des Indo-Européens venant des steppes pontiques entre mer Caspienne et mer Noire.

Au Bronze moyen (1600-1350), presque la moitié de la France va être indo-européanisée, la culture des tumulus moyen dans tout l’est de la France embrassant la Bourgogne, la Lorraine et l’Alsace actuels (pensons à la grande nécropole de la forêt de Haguenau où on a dénombré 500 tertres funéraires, on peut encore les voir aujourd’hui quand on se promène ou quand on fait un jogging dans ladite forêt, beaucoup ont été fouillés par l’honnête homme et ancien maire de Haguenau Xavier Joseph Nessel au début du XXe siècle) et la culture des Duffaits sur le territoire actuel de la Saintonge, du Poitou, de l’Angoumois actuels l’attestent. L’indo-européanisation va se poursuivre avec l’âge du bronze final (1350-800) et la culture des champs d’urnes qui se répand en deux vagues principales de populations proto-celtiques sur presque tout le territoire de la future France. C’est à cette époque, dit le grand archéologue alsacien Jean-Jacques Hatt, que l’on va observer la pénétration sporadique, mais sur des grandes surfaces, de petits groupes de guerriers dans des régions restées jusqu’à présent à l’écart de la colonisation du Bronze moyen : « Leur répartition, visible sur la carte archéologique de la Gaule, constitue un tissu assez lâche, correspondant à des principautés guerrières gouvernées par des aristocraties militaires ».  L’âge du fer (750-50) va connaître les invasions véritablement celtiques (Gaulois d’abord et Belges ensuite à la période de la Tène) avec les périodes de Hallstatt (750-480) et de la Tène (450-50). Les fameuses « tombes à char » de la fin de Hallstatt avec la Dame de Vix et le Prince de Lavau mise à jour dernièrement témoignent d’une civilisation celtique aristocratique parvenue à sa pleine maturité. On pense que nos Gaulois sont arrivés vers -500 et les Belges vers 300. Quand César va conquérir la Gaule chevelue à partir de -58, il aura devant lui une nation entièrement celtique et celtisée (certains endroits n’avaient été que partiellement aryanisés ou celtisés), sauf l’espace entre Garonne et Pyrénées peuplé d’Aquitains comme on les appelait, mais qui n’étaient en fait que des proto-Basques. Après la conquête, l’Empire va certes romaniser la population, mais hormis quelques colonies de vétérans dans le midi de la Gaule conquise un siècle plus tôt, les légions installées aux frontières du Rhin, la haute administration romaine dans les grandes villes de Gaule (Trèves aujourd’hui allemande, Lyon et Arles), les hommes d’affaires, les entrepreneurs et les commerçants italiens éparpillés ici et là sur le territoire, la Gaule va rester celtique, même si elle va perdre sa langue et en adopter peu à peu une autre qui deviendra le gallo-roman dans sa phase romane proprement dite et ensuite le langue d’oïl ou français au nord de la Loire et la langue d’oc au sud au occitan. Quant au francoprovençal (Lyonnais, Savoie, sud du Jura, Val’d’Aaoste, Suisse romande), il appartient plus à la langue d’oïl. La dernière conquête de la Gaule, mais qui aura des incidences tout aussi importantes au plan culturel, moins au plan linguistique, mais beaucoup plus au plan ethnique, viendra du nord et sera germanique. Ce sera la deuxième indo-européanisation de notre territoire après les Celtes 2000 ans avant. C’est la conquête franque qui va inaugurer notre haut Moyen Âge à la fin de Ve siècle. Celui que l’on considère comme le fondateur de la nation française avec son baptême était un franc. Mais il n’est pas venu uniquement avec sa truste de 3000 guerriers en Gaule. Ce fut une colonisation germanique de peuplement très importante jusqu’à la Seine et partielle jusqu’à Loire, ce qui explique la scission du gallo-roman en deux ensembles qui va avoir lieu un peu plus tard, mais elle était déjà en travail au VIe siècle. Au nord de la Loire, le superstrat germanique important va favoriser la différenciation du gallo-roman et être à l’origine de la naissance du gallo-roman septentrional, qui deviendra le roman d’oïl divisé en plusieurs dialectes (champenois, normand, picard, gallo, lorrain, francien, angevin, orléanais, bourguignon, berrichon, poitevin, saintongeais, etc.) et dont le français sera la langue générale et littéraire. Au sud de ce fleuve, la langue romane restera plus proche du latin et donnera la langue d’oc. Voilà pourquoi la France est divisée en deux, elle est celtique et celtisée à la base, mais elle est plus germanisée au nord et elle est demeurée plus romanisée au sud. Elle est gallo-franque ou celto-germanique au nord de la Loire, celto-romaine au sud, toutefois entièrement de langue romane.

Tous ces éléments suggèrent donc que le pays de Molière, Racine et Corneille est tout de même une nation ethnique et culturelle. Le peuple français est né au IXe siècle à peu près quand la fusion entre les différents peuples composant la Gaule fut définitivement consommée : Celtes romanisés et Francs au nord ; Celtes romanisés et Burgondes au sud-est ; Celtes, Aquitains et restes de Wisigoths dans le Sud et Sud-Ouest. De nombreuses disciplines attestent péremptoirement cette existence d’un peuple français ethniquement constitué à partir de cette date, d’autant plus qu’elles ont beaucoup progressé depuis un siècle. Il était plus difficile au XIXe siècle de déterminer et d’identifier exactement les populations établies dans le territoire de la France actuelle à la pré- et à la protohistoire, dans l’Antiquité et haut Moyen Âge. C’est au haut Moyen Âge avec les Invasions Germaniques que le peuple français sera définitivement constitué. Lesdites disciplines sont au premier chef : l’archéologie, l’histoire littéraire, la toponymie, l’anthroponymie, la linguistique romane, l’histoire du droit, aujourd’hui la génétique des populations qui a fait d’énormes progrès depuis deux lustres. Il faut attendre les résultats définitifs du projet ANCESTRA pour la paléogénétique. Ce projet scientifique s’est proposé de retracer le peuplement du territoire correspondant à la France de nos jours en étudiant l’impact de chaque vague de migration depuis le Néolithique jusqu’à l’époque mérovingienne, la période où comme je l’ai dit plus haut la France va être définitivement constituée sur le plan ethnique. Pour ceux qui voudraient s’enquérir, j’expose toutes les conclusions de ces disciplines attestant l’unité ethnique, linguistique et culturelle du peuple français dans ledit numéro spécial des Ecrits de Paris de janvier 2019, mais sans la pré et la protohistoire (du moins j’en parle assez vite, j’ai bien signalé la couche néolithique et la celtisation, mais je suis parti de la France telle que l’a trouvé César en -58), ainsi que la paléogénétique dans la mesure où nous manquons encore de données complètes pour la France.

Pour voir le type d’arguments captieux qu’utilise ce cacographe et donner en même temps un aperçu de la prétendue érudition et science de Zemmour que Bergeron croit entrevoir chez lui, on exposera simplement ici les éléments qu’il allègue pour témoigner de l’inexistence d’un peuple français autochtone majoritaire. En effet, dans l’entretien susmentionné que Zemmour a donné à F. Bousquet dans le numéro d’Elément d’octobre-novembre 2018, le nouveau champion des nationalistes dit pour corroborer sa thèse selon laquelle la France ne serait ni une langue, ni une race, ni une géographie, qu’il n’y a pas de différence entre Nice et Turin, Strasbourg et Cologne, Lille et Bruxelles[1]Ah bon ?

Zemmour, en héraut de l’histoire de la France et qui essaie de passer pour un homme cultivé, devrait savoir que tous les pays qui ont une longue histoire ont obligatoirement des minorités en leur sein. Il n’existe aucun Etat-nation homogène ethniquement et culturellement homogène. L’Allemagne, même après 800 ans de colonisation germanique à l’est a encore une communauté slave, les Sorabes qui résistent à la germanisation, dans le Land actuel de Saxe. Mais qu’il n’existe aucune différence entre Nice et Turin, Lille et Bruxelles relève de l’inculture la plus crasse et de connaissances très approximatives sur l’histoire de France et d’Europe. Comme le signale Jérôme Bourbon dans son excellent éditorial de Rivarol 3459 du 17 février 2021, la culture historique et littéraire de Zemmour est celle du journaliste et non celle de l’érudit. Bergeron nous fera décidément toujours rire. Le polémiste a seulement raison pour Strasbourg et Cologne qui sont tout simplement deux villes allemandes, la première est simplement alémanique avec un petit superstrat franc et un substrat celtique et roman (Argentorate s’est développée autour d’une légion romaine stationnée le long du Rhin), la deuxième intégralement franque avec un petit substrat roman (Cologne est une fondation romaine et fut une très grande ville sous l’Empire romain, le toponyme Cologne, Köln en allemand, vient de Colonia Agrippinensis). Mais Nice est une ville purement occitane comme Toulouse, Aix-en-Provence, Nîmes, Limoges, Rodez, Narbonne et Montpellier, elle fut politiquement piémontaise un temps avant son rattachement à la France en 1861, mais l’appartenance politique d’une contrée ne préjuge en rien son identité. Quant à Lille et Bruxelles, celui que Touzé (je ne prends pas toujours l’exemple de Bergeron) qualifie d’homme de haute culture devrait savoir que la première est une pure ville romane, gallo-franque certes et proche de la frontière linguistique germano-romane (français-néerlandais), mais que la langue ancestrale y est le picard (langue d’oïl, c’est un dialecte français) et non le néerlandais à l’inverse de Boulogne et Calais qui parlaient encore cet idiome au XIIe siècle. Bruxelles est quant à elle une pure ville néerlandophone qui s’est francisée durant le XIXe siècle pour des raisons que je n’ai pas le loisir d’exposer dans ce bref article. Reportez-vous audit numéro des Ecrits de Paris de janvier 2019.

On peut donc comprendre que Zemmour préfère une France républicaine où le projet est simplement une adhésion à des valeurs vides, il peut s’y mouvoir plus à l’aise, mais on lui saurait gré de nous épargner ses distorsions idéologiques, d’autant plus que les Français n’ont pas besoin de Zemmour et des juifs pour se renier eux-mêmes, pour se désintéresser de leur histoire et de leurs antiquités. 1789 a donné le signal en abominant le passé, toujours réactionnaire, violent, inégalitaire, etc. Il fallait partant reconstruire une cité heureuse en répudiant tout ce qui était tenu comme supérieur, historique et distingué avant. C’est pourquoi la connaissance intime du passé et sa continuité harmonieuse n’était pas la première préoccupation des avortons, des cancres et des demi-ratés qui ont pris le pouvoir à cette époque. Le maître Maurras l’avait compris le premier. Nos Sarkozy-Mallah, Hollande et Macron ne sont que les épigones encore plus nuls et décrépits de cette pouillerie, je le répète. C’est la raison pour laquelle Renan parlait dans la Réforme intellectuelle et morale de la nécessité d’un centre aristocratique permanent défendant le goût, la culture, l’art, le passé contre le béotisme latent, souvent produit de maints types dépourvus de scrupules et d’instruction, mais prompts à y parvenir par tous les moyens. C’est en gros Macron qui affirme qu’il n’y a pas de culture française. Zemmour opine dans son sens quand il dit que la France n’est pas une culture, une langue et une géographie. En l’absence de centre aristocratique permanent (Renan) et de classes éduquées, on ne peut donc plus rien opposer aux marchands d’orviétan. Vous rajoutez les moyens de communication actuels avec Internet et des éditeurs peu scrupuleux, toutes ces élucubrations se diffusent partout et arrivent à devenir digne de créance pour beaucoup de nos contemporains. Et on en arrive à Zemmour comme héros de la droite ! Quelle chute dans l’abîme.

J-P Maxence que l’on a hélas un peu oublié et qui pour vous camper un peu l’ambiance de l’époque avait déclaré lors d’un meeting en 36 : « Si jamais nous prenons le pouvoir, voici ce qui se passera : à six heures, suppression de la presse socialiste ; à sept heures, la franc-maçonnerie est interdite. À huit heures, on fusille Blum ». Programme hautement d’actualité aujourd’hui, sauf qu’il va falloir remplacer l’efféminé et narcissique Blum par d’autres personnes dont il vaut mieux taire les noms pour l’instant afin d’éviter les poursuites judiciaires. En attendant, formons-nous, instruisons-nous, cultivons-nous, fortifions-nous. Acquérons assurance, confiance, caractère et aussi de notre propre chef ce qu’il était possible d’apprendre dans un collègue jésuite au XVIIIe siècle, connaissances actualisées par les progrès de la science survenus entre temps. Les personnes qui viennent d’être mentionnées étaient prêtes à en découdre et avaient un autre caractère que les nullités de la droite actuelle, mais elles étaient en même temps hautement instruites et avaient une autre conscience de notre passé que ce guignol de Zemmour qui nous dit que le modèle de la France est Israël ou quelque chose d’approchant et que Saint Louis est un roi juif, du moins ami des juifs, alors que ce fut le roi le moins judéophile de notre histoire.

[1] Voilà ce que dit exactement Zemmour interviewé par François Bousquet dans le numéro d’Elément 174 d’octobre-novembre 2018 : « […] c’est que notre pays a été forgé plus qu’aucun autre par l’histoire. Son unité est là. Elle n’est ni une langue, ni une race, ni une géographie. Il n’y a pas de différence entre Nice et Turin, Strasbourg et Cologne, Lille et Bruxelles ».

David Veysseyre 

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Le 19 mars ou le Gaullisme assassin

Le 19 mars ou le Gaullisme assassin

 

 

Une tache indélébile sur le front du gaullisme

 Le 19 mars 1962 De gaulle Charles capitulait devant le FLN, en imposant à l’armée française, victorieuse, un cessez-le-feu unilatéral. Cet acte de trahison restera une tache indélébile sur le front du gaullisme. Il livra l’Algérie et le Sahara au FLN, enclencha le massacre des français musulmans fidèles à la France et le plus grand mouvement d’épuration ethnique du 20 ème siècle dont furent victimes nos compatriotes d’Algérie.

Une guerre  jamais finie

 Aujourd’hui La Vème république, camoufle le crime gaulliste et commémore La fausse PAIX d’EVIAN en présentant le 19 mars 1962 comme la date marquant la fin de «  la  guerre d’Algérie ». Soixante ans après, la guerre d’Algérie continue sous une autre forme : l’Algérie n’est plus française mais la France devient Algérienne. La république gaulliste  acquiesce aux oukazes du pouvoir FLN en faisant repentance et en ouvrant les portes à l’immigration-invasion de la population algérienne.

Liquider la Vème république gaulliste

Les français qui n’en finissent pas de payer le prix de la trahison gaulliste du 19 mars 1962, doivent se souvenir de l’exemple des patriotes d’Alger. Un comité de salut public, regroupant les civils et les militaires mit fin, en 1958, à la quatrième république. Ce qui fut possible en mai 1958 peut et doit se reproduire.

Le peuple français, menacé de disparition, ne retrouvera sa liberté et sa dignité qu’en abattant à la Vème république gaulliste.

Jean-Pierre Papadacci, membre fondateur d’Amitié et Action Française 

 

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