10 février : anniversaire du vœu de Louis XIII

10 février : anniversaire du vœu de Louis XIII

 En 1636, la Sainte Vierge demande à Mère Anne-Marie de Jésus Crucifié, religieuse stigmatisée que le Cardinal de Richelieu tenait en grande estime, que la France lui soit consacrée. L’année suivante, le Roi Louis XIII, « dans le secret de son coeur », consacre sa personne et son Royaume à Marie, et avec la Reine, Anne d’Autriche, il multiplie les prières et les pèlerinages pour obtenir un héritier attendu depuis 22 ans.

La Mère de Dieu répond en apparaîssant à un religieux de Notre-Dame des Victoires, tout juste fondée par le Roi, reconnaissant pour ses premiers succès. Elle demande trois neuvaines à Notre-Dame de Cotignac en Provence, Notre-Dame de Paris et Notre-Dame des Victoires.

Le caractère surnaturel des faits est rapidement reconnu et la Reine est prévenue. Le religieux, frère Fiacre, achève les trois neuvaines le 5 décembre et c’est neuf mois après jour pour jour que naîtra Louis XIV qui reçevra le nom de baptême de « Louis Dieudonné ».

Dès que la Reine est certaine de sa grossesse, et sans attendre la naissance pour savoir si l’enfant serait garçon ou fille, Louis XIII publie le 10 février 1638 l’Edit officiel qui consacre solennellement la France à Marie.

 

Consécration de la France à la Sainte Vierge

 Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Dieu, qui élève les rois au trône de leur grandeur, non content de nous avoir donné l’esprit qu’il départ à tous les princes de la terre pour la conduite de leurs peuples, a voulu prendre un soin si spécial et de notre personne et de notre Etat, que nous ne pouvons considérer le bonheur du cours de notre règne sans y voir autant d’effets merveilleux de sa bonté que d’accidents qui nous menaçaient.
Lorsque nous sommes entré au gouvernement de cette couronne, la faiblesse de notre âge donna sujet à quelques mauvais esprits d’en troubler la tranquillité ; mais cette main divine soutint avec tant de force la justice de notre cause que l’on vit en même temps la naissance et la fin de ces pernicieux desseins. En divers autres temps, l’artifice des hommes et la malice du démon ayant suscité et fomenté des divisions non moins dangereuses pour notre couronne que préjudiciables à notre maison, il lui a plu en détourner le mal avec autant de douceur que de justice ; la rébellion de l’hérésie ayant aussi formé un parti dans l’Etat, qui n’avait d’autre but que de partager notre autorité, il s’est servi de nous pour en abattre l’orgueil, et a permis que nous ayons relevé ses saints autels, en tous les lieux où la violence de cet injuste parti en avait ôté les marques. Si nous avons entrepris la protection de nos alliés, il a donné des succès si heureux à nos armes qu’à la vue de toute l’Europe, contre l’espérance de tout le monde, nous les avons rétablis en la possession de leurs Etats dont ils avaient été dépouillés.
Si les plus grandes forces des ennemis de cette couronne se sont ralliées pour conspirer sa ruine, il a confondu leurs ambitieux desseins, pour faire voir à toutes les nations que, comme sa Providence a fondé cet Etat, sa bonté le conserve, et sa puissance le défend. Tant de grâces si évidentes font que pour n’en différer pas la reconnaissance, sans attendre la paix, qui nous viendra de la même main dont nous les avons reçues, et que nous désirons avec ardeur pour en faire sentir les fruits aux peuples qui nous sont commis, nous avons cru être obligés, nous prosternant aux pieds de sa majesté divine que nous adorons en trois personnes, à ceux de la Sainte Vierge et de la sacrée croix, où nous vénérons l’accomplissement des mystères de notre Rédemption par la vie et la mort du Fils de Dieu en notre chair, de  » nous consacrer à la grandeur de Dieu  » par son Fils rabaissé jusqu’à nous et à ce Fils par sa mère élevée jusqu’à lui ; en la protection de laquelle nous mettons particulièrement notre personne, notre état, notre couronne et tous nos sujets pour obtenir par ce moyen celle de la Sainte Trinité, par son intercession et de toute la cour céleste par son autorité et exemple, nos mains n’étant pas assez pures pour présenter nos offrandes à la pureté même, nous croyons que celles qui ont été dignes de le porter, les rendront hosties agréables, et c’est chose bien raisonnable qu’ayant été médiatrice de ces bienfaits, elle le soit de nos actions de grâces.

A ces causes, nous avons déclaré et déclarons que,prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre état, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et défendre avec tant de soin ce royaume contre l’effort de tous ses ennemis, que, soit qu’il souffre le fléau de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire. Et afin que la postérité ne puisse manquer à suivre nos volontés à ce sujet, pour monument et marque immortelle de la consécration présente que nous faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de l’église cathédrale de Paris, avec une image de la Vierge qui tienne entre ses bras celle de son précieux Fils descendu de la croix ; nous serons représenté aux pieds du Fils et de la Mère, comme leur offrant notre couronne et notre sceptre.

Nous admonestons le sieur Archevêque de Paris, et néanmoins lui enjoignons, que tous les ans, le jour et fête de l’Assomption, il fasse faire commémoration de notre présente Déclaration à la Grande Messe qui se dira en son église cathédrale, et qu’après les Vêpres dudit jour il soit fait une procession en ladite église, à laquelle assisteront toutes les compagnies souveraines, et le corps de la ville, avec pareille cérémonie que celle qui s’observe aux processions générales plus solennelles. Ce que nous voulons aussi être fait en toutes les églises tant paroissiales, que celles des monastères de ladite ville et faubourgs ; et en toutes les villes, bourgs et villages dudit diocèse de Paris.

Exhortons pareillement tous les Archevêques et Evêques de notre royaume, et néanmoins leur enjoignons de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales, et autres églises de leurs diocèses ; entendant qu’à ladite cérémonie les cours de parlement, et autres compagnies souveraines, et les principaux officiers des villes y soient présents. Et d’autant qu’il y a plusieurs églises épiscopales qui ne sont point dédiées à la Vierge, nous exhortons lesdits archevêques et évêques en ce cas, de lui dédier la principale chapelle desdites églises, pour y être faite ladite cérémonie ; et d’y élever un autel avec un ornement convenable à une action si célèbre, et d’admonester tous nos peuples d’avoir une dévotion toute particulière à la Vierge, d’implorer en ce jour sa protection, afin que, sous une si puissante patronne, notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis, qu’il jouisse longuement d’une bonne paix ; que Dieu y soit servi et révéré si saintement que nous et nos sujets puissions arriver heureusement à la dernière fin pour laquelle nous avons tous été créés ; car tel est notre bon plaisir.

Donné à Saint-Germain-en-Laye, le dixième jour de février, l’an de grâce mil-six-cent-trente-huit, et de notre règne le vingt-huitième.

Louis

Michel Fromentoux

Notre idée de l’Europe par feu Monseigneur le Comte de Paris

Notre idée de l’Europe par feu Monseigneur le Comte de Paris

comte henri

Il faut refaire l’Europe, comment ?

L’Europe n’a pas attendu M. Monet ni M. Delors pour exister.
Depuis des siècles l’Europe a tenté de se bâtir selon deux schémas que l’on retrouve encore de nos jours. L’Europe fédérale, celle du Saint Empire Germanique héritière des Romains a fait souche avec Charlemagne. Puis les Habsbourg l’ont poursuivie. Cette Europe s’appuyait sur des conquêtes éphémères mais surtout sur la puissance de l’économie, celle des marchands et des banquiers, ainsi de la Ligue Hanséatique germanique, de la banque Früger autrichienne et du Lolvereïn de Bismarck, premières ébauches modernes d’une Europe sans frontières, que nous retrouvons de nos jours au travers de la Banque Centrale Européenne et de ses affiliés aux ordres de Berlin.

Face à cette Europe, dès le Moyen-Age, des gens riches ou pauvres, artisans, artistes ou étudiants parcouraient ce continent d’un bout à l’autre, à la recherche du savoir, ils ne craignaient ni les intempéries ni les brigands. L’Europe de la culture, spirituelle ou sacrale a toujours existé et les maîtres enseignaient le beau, le bon et le juste. N’oublions pas tous ceux qui allaient révérer les reliques des lieux saints d’Espagne, de Russie, de France ou d’ailleurs. Nous avons de la difficulté à comprendre, à appréhender, nous esprits matérialistes étroits, ce formidable mouvement qui poussait les hommes, les femmes et les enfants à la recherche de la connaissance et de la foi.

C’était éblouissant. Cette autre Europe fut encouragée par les Rois Capétiens protégeant cette recherche culturelle sans frontières et cette foule de gens en quête de leur vérité et leur besoin de savoir.
La papauté en ces époques est encore confuse. Elle avait néanmoins su créer un cordon ombilical entre tous les Etats européens. Très vite les Capétiens ont compris qu’il fallait séparer le pouvoir temporel du pouvoir spirituel. Cette séparation nécessaire a été maintenue jusqu’à nos jours et elle n’empêchait alors aucunement chacun de vivre sa vie dans la foi.

La Révolution de 1789 a coupé le tronc de l’Arbre pour créer une civilisation différente et plus moderne matrice de toutes les révolutions suivantes, créant dans ses gènes le besoin d’intervenir dans la conduite des autres Etats et leur imposer un modèle, appelé démocratie, au nom de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. C’est ainsi que le « printemps arabe » s’est transformé en chaos dont profitent les djihadistes… 1789 a initié le début des dislocations d’une Europe qui s’était créée de façon naturelle, fondée sur un terreau chrétien sans frontières.

Qu’elle le veuille ou non, qu’elle le puisse ou non, la France de par sa situation géostratégique a toujours eu un rôle primordial à jouer dans la construction d’une Europe confédérale d’Etats souverains. Elle se situe en effet à la croisée des courants Est-Ouest qui vont de l’Atlantique à l’Oural et Nord-Sud, de la Baltique à la Méditerranée. Tant que la France et la Russie demeurent fortes et puissantes, ensemble ces deux pays peuvent contenir les visées hégémoniques de l’Allemagne. Or aujourd’hui l’euro-mark est devenu insupportable et mortifère pour l’Europe. Je n’oublie pas que Pierre le Grand avait exigé de son pays la Russie de prendre exemple sur la France, la langue française fut depuis longtemps la langue diplomatique de l’Europe…

L’Europe dont nous avons hérité à ce jour est fondée sur un déni de démocratie puisque le résultat d’un référendum a été considéré comme nul et non avenu par un tour de passe-passe en faisant voter le Congrès pour revenir sur la volonté du peuple. En fait le politiquement correct devient souverain, châtiant implacablement ceux qui n’acceptent pas le fait des eurocrates…

Oui l’Europe peut et doit être reconstruite. Il ne s’agit pas de faire table rase pour bâtir autre chose mais de modifier les aspects les plus néfastes de ce « légo » qui ruine l’économie de plusieurs pays.
Certains étudient déjà les étapes afin de détricoter l’euro et chez nous des économistes visualisent la sortie possible de l’euro. Personnellement je pense que chaque Etat européen doit pouvoir recouvrer sa souveraineté monétaire, remettre en place sa propre banque centrale libérée du mark, tout en conservant l’euro comme monnaie d’échange commercial international. Puis au cas par cas signer des accords limités dans le temps et renouvelables, sur des sujets communs. Il faut avoir le courage d’établir une zone monétaire libérée du dollar, car le déficit vertigineux des USA pompe toutes nos énergies. Alors il faut poursuivre ce raisonnement jusqu’au bout et créer avec la grande Russie cette zone monétaire commune.

Mais la France est à reconstruire également. Je souhaite que nos gouvernants comprennent que l’on ne gagnera pas le pari d’une France forte en ruinant nos entreprises, grandes ou petites, ce sont elles qui font vivre notre pays. Il conviendrait alors, n’en déplaise à Bruxelles, de revenir à des méthodes de gouvernance économique qui ont fait leurs preuves telle « Le Plan » qui sous De Gaulle et Pompidou a relevé notre pays. Mais également rétablir des frontières adaptées pour arrêter les vagues d’une immigration incontrôlable dont nous n’avons ni la possibilité d’accueil ni les moyens de faire vivre par un travail approprié.

J’ajouterai qu’il est suicidaire de démanteler notre armée alors que l’avenir s’assombrit.
Quant au système bancaire il doit être réformé afin d’éviter dérives et dilapidation de notre économie.
Gouverner c’est prévoir et non pas attendre que le sucre vous tombe tout naturellement dans la bouche. On ne gouverne pas en tentant de forcer la nature à se conformer à quelque idéologie que ce soit. On gouverne en prenant le vivant à bras le corps.

Je conseille à mes lecteurs de relire une bande dessinée de Goscinny et Uderzo Obélix et Compagnie, parfaite démonstration de comment détruire un pays par l’appât du gain et de l’argent facile. 

 

Henry
Comte de Paris
Duc de France

Hommage à André PERTUZIO, Doyen de l’Action Française

Hommage à André PERTUZIO, Doyen de l’Action Française

Notre ami André Pertuzio, militant d’AF et grand résistant s’est éteint le 16 janvier 2019, à l’âge de 97 ans. Qu’il repose en paix.

L‘Action Française a perdu son doyen d’âge André Pertuzio, grande figure de notre mouvement. Mesuré et équilibré dans ses propos et analyses, il était doté d’une très grande culture et d’une intelligence exceptionnelle mais aussi d’un esprit cartésien et d’un raisonnement empirique, influencé aussi bien par Auguste Comte que par Charles Maurras, père de l’empirisme organisateur.

Nationaliste intégral, il mena la résistance contre l’occupant Allemand durant la Seconde guerre mondiale en demeurant fidèle au Maréchal Pétain, à l’instar de Guy Steinbach, Paul Dungler, Jean Ebstein-Langevin et bien d’autres… Avec ce dernier il organisa une manifestation avec des jeunes de notre mouvement politique, le 11 novembre 1940, à la Place de l’Étoile durant l’occupation allemande.

Président de la Corpo, il s’était lié d’amitié avec Jean-Marie Le Pen, membre lui aussi de cette organisation étudiante. Il était également lié une grande amitié avec Roger Holeindre, autre figure du nationalisme français contemporain.

Spécialiste de géopolitique énergétique, il mena une grande carrière internationale en tant que consultant en matière d’énergie et de pétrole et apporta son analyse dans ce secteur en publiant des articles dans le journal de l’Action Française : « Aspects de la France » et « L’Action Française 2000 ».

Membre du Conseil d’Administration de l‘Académie de Géopolitique de Paris, il organisa dans ce cadre des conférences et des colloques internationaux en collaboration avec Maître Elie Hatem, membre du Comité Directeur et avocat de L‘Action Française.

Fidèle à la défense de la Mémoire du Maréchal Pétain, il s’associa avec Pierre Pujo aux manifestations rendues par l’ADMP (Association pour la Défense de la Mémoire du Maréchal Pétain), dirigée alors par le Général Le Croignec, et participait à tous les banquets de l’Action Française.

André Pertuzio avait été parmi les premiers à avoir alerté Marie-Gabrielle Pujo sur la dérive de l’Action Française, ce qui le choquait et l’attristait profondément. Mais il a vite été enchanté d’apprendre le redressement de notre mouvement politique par les mesures prises par notre Comité Directeur. Il a aussitôt adhéré à Amitié & Action Française en octobre dernier.

Choqué, il l’était aussi en apprenant le communiqué du CRAF (prédécesseur d’Amitié & Action Française) du 13 novembre dernier qui, selon lui, faisait « preuve des conséquences de la propagande républicaine qui a infesté l’esprit de la nouvelle génération qui vit dans l’ignorance de son histoire falsifiée… ». Ce communiqué insultant le Maréchal Pétain, Jean-Marie Le Pen, etc., remettait en cause le combat de l’Action Française et ses engagements politiques constants.

André Pertuzio nous a quittés certes, mais nous suivons ses conseils et sa sagesse pour le salut de la France.

Maurras et Madiran par Rémi Fontaine

Maurras et Madiran par Rémi Fontaine

Lecture

Dans sa biographie de Madiran au chapitre II, Rémi Fontaine montre à quel point Charles Maurras a influencé Jean Madiran. Extraits, avec l’aimable autorisation de l’auteur.

 

Parce qu’ils furent pieux…

 

Extraits du chapitre 2 du livre de Rémi Fontaine : « Itinéraires de Chrétienté avec Jean Madiran » (Presse de la Délivrance, 2018)

Avant de se mettre à l’école de saint Thomas d’Aquin et quelques autres maîtres comme Péguy et les frères Charlier, Jean Madiran découvrit Charles Maurras, dont il demeura toujours le fils spirituel en dépit de quelques critiques non négligeables. Il s’en est expliqué dans plusieurs de ses ouvrages, consacrés directement ou indirectement à Maurras. Œuvres de réflexion d’un héritier, dont la piété personnelle et l’intelligence apportent une contribution originale et de poids au mouvement national qui se poursuit aujourd’hui en France.

Ouvrages vivants du disciple qui a bien suivi son maître au sens paradoxal où il l’a dépassé. A sa façon. Selon les conseils les plus impérieux de Maurras lui-même : « Si vous êtes catholique, ne le soyez pas à moitié. » Ou encore : « La joie d’un père, même spirituel, a toujours été d’admirer les belles réussites de ses enfants, afin de s’écrier, comme rêvait de faire Hector devant les portes de Scées : “Ils ont été meilleurs, plus hardis, plus heureux que nous !” »
Si Jean Madiran – comme Jean Ousset ou Pierre Boutang à leur manière – n’avait pas dépassé Maurras dans l’ordre philosophique et catholique, sans doute ne l’aurait-il pas vraiment suivi. Fidèlement. Car la vraie piété – celle qu’enseignait Maurras et que développe magistralement Madiran – s’accorde avec l’ « amicus Plato, sed magis amica veritas » d’Aristote (ami de Platon mais plus encore de la vérité). Et les critiques ainsi que les réserves faites d’« une main pieuse » par le disciple n’empêche pas l’infinie reconnaissance et la fidélité d’une amitié reconnue : « parce que c’était lui… ». D’autant plus que Madiran s’attachera toujours à montrer l’homogénéité ou les harmonies de l’empirisme organisateur et de la philosophie réaliste, analogues à celles de l’aristotélisme et du thomisme. Allergique à la pensée dominante de ces « trois réformateurs » : Luther, Rousseau et Kant, la pensée politique de Maurras demeure un puissant antidote à l’idéalisme, à l’individualisme et au laïcisme. Son réalisme propre constitue une sûre propédeutique pour le réalisme chrétien :
« Je dois à la pensée maurassienne d’être entré comme chez moi dans la philosophie chrétienne… Cette connivence logique, cette continuité naturelle, je les ai vécues avant d’en avoir conscience et de les comprendre, à plus forte raison avant de les exprimer… Aucun de mes écrits, de mes propos et de mes actes, dont je suis évidemment seul responsable, n’aurait été ce qu’il a été si je n’avais été, comme Maurras me l’avait enjoint, un maurrassien interprétant sa pensée politique à la lumière de la pensée et de la prière de l’Eglise. »
Si la vertu de piété est rattachée comme devoir à la vertu principale de justice, sa qualité dépend aussi du secret propre à l’amitié que ces vertus appellent : « Aime et fais ce que tu veux », résume parfaitement saint Augustin. Nous en venons ainsi, indirectement mais analogiquement, à la grande leçon et au dessein politiques du Pius Maurras mis en relief et repris par Madiran, selon son interprétation catholique : faire en sorte que les Français recommencent à s’aimer. Non pas entre eux – cela va de soi comme impératif – mais eux-mêmes, en tant que fils de France, héritiers du même être historique, d’un patrimoine matériel et moral, un capital transmis, avec l’esprit de civilisation et de piété que cela suppose. Le reste, alors, ne viendrait-il pas de surcroît ? (…)

La vertu politique contre la dérive du moralisme

Si, au niveau surnaturel, Madiran rejette vigoureusement avec Péguy la dérive des dévots, il rejette tout autant avec Maurras la dérive analogue des moralistes au niveau naturel : ceux qui prétendent se passer du « médiateur naturel » de la politique, en procédant directement par la seule morale. C’est, disait Maurras, « la grande folie des philosophies purement éthiques », excluant le principe et le ressort spécifique de la politique. En tant que fin intermédiaire, le bien commun temporel possède sa consistance propre liée précisément à l’alliage de la quantité (politique) et de la qualité (morale), à ce carrefour de la nature sociale et individuelle de la personne, ce croisement de l’horizontal et du vertical. C’est toute la complexité de l’expérience politique qui est un mixte se pratiquant à la fois sous le mode honnête de l’agir (activité volontaire) et sous le mode habile du faire (activité artistique). D’où une certaine autonomie dans l’ordre du faire de l’art politique par rapport à la morale, analogue précisément à l’autonomie du pouvoir temporel par rapport au pouvoir spirituel. Loin de l’amoralisme politique, il faut, selon Madiran, moraliser la politique : « Nous aurons à entrer en politique comme on entre en religion », non pas comme on « entre en tentation » (selon la traduction du nouveau Pater) ! Ou bien il faut politiser la morale : c’est la « charité politique ». Comme on spiritualise le charnel ou qu’on incarne le surnaturel, selon la démonstration de Péguy : distinguer pour unir !

« Lorsqu’on fait un alliage c’est toujours le meilleur métal qui y perd » (Josemaria Escriva) : cet alliage entre morale et art politiques rend néanmoins l’intention politique moins « pure » (moins simple) que l’intention morale surnaturelle (immanente) au sens où elle dépend forcément d’une certaine transitivité matérielle du fait de la médiation politique. « Le bien commun de nos cœurs, en tant qu’ils s’unissent à Dieu, est obligatoirement pur et exempt de péché mortel ; mais le bien commun de nos cœurs, en tant qu’ils s’unissent pour la vie périssable des sociétés temporelles, supporte une part, souvent large, de tolérance d’un mal moindre que celui qui naîtrait de sa suppression instantanée », rappelle la Déclaration fondamentale de la revue Itinéraires en 1958. Laquelle Déclaration reprenait en substance la pensée du P. Calmel, o.p. : « Celui qui veut, dans la société civile, non seulement la justice, mais toute la justice et tout de suite, celui-là n’a pas le sens politique. Il ne comprend pas que la vie de la cité se développe dans le temps et qu’une certaine durée est indispensable pour corriger et améliorer ; surtout il ne comprend pas l’inévitable imbrication de bien et de mal à laquelle, de fait, la cité humaine se trouve condamnée, depuis le bannissement définitif du Paradis de justice et d’allégresse. Vouloir détruire immédiatement toute injustice c’est déchaîner des injustices pires. » (Sur nos routes d’exil : les Béatitudes). La question en politique n’est pas seulement celle du mal ou du bien, mais, dans un certain clair-obscur prudentiel, celle du meilleur cheminement et du meilleur milieu possible pour que le bien puisse prévaloir.

On saisit bien que la distinction et la rencontre entre morale et politique tiennent à la finalité profonde de l’homme qui n’est plus au niveau de l’espèce (bien commun), comme chez l’animal, mais au niveau individuel (bien personnel). C’est parce que l’homme est un animal rationnel, un esprit incarné – « Ni ange ni bête » –, qui ne correspond pas immédiatement avec sa fin ultime (comme chez l’ange par la vison béatifique ou chez la bête par l’instinct), qu’il a besoin de la médiation spécifiquement politique, comme d’un tremplin éducatif auquel rien n’échappe mais que tout dépasse en morale. Le milieu politique, qui s’applique à l’espèce et à la nature humaines, est comme un entre-deux, un intervalle – un metaxu en grec – pour le corps et l’âme de l’homme, l’instinct et l’esprit humain, la cité de familles et la cité divine.

Bien sûr l’activité politique reste subordonnée à la morale ainsi qu’au reste toute activité humaine volontaire, qu’elle soit artistique ou spéculative. Maurras lui-même ne saurait nier la primauté du spirituel et l’influence capitale de la morale et de la religion sur la politique. Reprenant la parabole du semeur, il expliquait simplement qu’il ne suffit pas de mettre le bon grain en terre pour qu’il germe, si le terrain et les circonstances ne sont pas propices. Parlant encore de la nécessité d’une médiation matérielle ou charnelle entre la volonté, le désir, le vœu de l’homme et leur réalisation concrète, réelle et vivante, il écrivait : « La pire erreur des romantiques me semble avoir été de confondre cette production naturelle avec une excitation toute cérébrale et subjective qui les conduisait à ne vivre que d’intentions et à s’en savoir gré. » On pourrait en dire autant de nos jours des mondialistes ou des « immigrationnistes » qui vont à l’encontre du besoin d’enracinement que prônait Simone Weil : « Ne priver aucun être humain de ses metaxu [médiateurs naturels], c’est-à-dire de ces biens relatifs et mélangés (foyer, patrie, traditions, culture, etc.) qui réchauffent et nourrissent l’âme et sans lesquels, en dehors de la sainteté, une vie humaine n’est pas possible. »

On en revient ainsi toujours à l’indispensable figure hylémorphique (distinction matière/forme dans une même réalité) d’Aristote, à cette interaction réciproque et simultanée des causes, bref à la connexion intime, organique, de la morale et de la politique chez l’animal raisonnable, naturellement social et religieux : si la morale (dont la fin absolue est personnelle) est la cause formelle (déterminante) du salut humain, la politique (dont la fin intermédiaire est une médiation commune) en est la cause matérielle (ce qui le conditionne). Autant il est nocif de séparer la condition ou le moyen (la matière politique) de la fin (la forme morale) comme le fait l’amoralisme politique (machiavélisme, positivisme, libéralisme, matérialisme…) en soustrayant l’ordination de la politique à la morale et en la réduisant à la seule activité artistique (faire). Autant il peut être dangereux de les confondre totalement dans la seule activité volontaire (agir), comme ont pu y tendre des auteurs comme Mounier ou Sangnier et plus généralement les démocrates chrétiens du Sillon (pourvus de bons sentiments et de bonnes intentions…velléitaires), dont beaucoup de nos clercs universalistes apparaissent comme les dignes successeurs, en matière par exemple d’immigration ! « Ils ont les mains propres mais ils n’ont pas de mains ! », dénonce Péguy à propos des post-kantiens. Contre le démocratisme abstrait de Marc Sangnier, Maurras affirme que « l’Action française enracine ses théories dans l’amour de la patrie, l’amour de la religion, l’amour de la tradition, l’amour de l’ordre matériel, l’amour de l’ordre moral ».

Qui dit « matière » (sociale et politique) dit quantité. Qui dit quantité dit équilibre. « Si l’on sait par où la société est déséquilibrée, il faut faire ce que l’on peut pour ajouter du poids dans le plateau trop léger », écrivait Simone Weil. Qui ajoutait avec son genre de pessimisme : « Quoique ce poids soit le mal, en le maniant dans cette intention peut-être ne se souille-t-on pas. » Peut-être et même sans doute ! Car le domaine politique, s’il est éminemment le domaine du moindre mal, de l’efficacité et du relatif, des tolérances et des répressions, de l’ordre précisément de la « pesanteur » et de la déficience, il n’en demeure pas moins nécessaire pour ne pas étouffer la morale et la liberté personnelles, ne pas empêcher l’ordre de la « grâce » d’agir. Comme l’équilibre du corps – « mens sana in corpore sano » – l’équilibre de la cité conditionne l’équilibre des individus en vue de leur harmonie morale, de leur accomplissement personnel et de leur salut éternel. « De l’économie terrestre des sociétés dépend l’élargissement des voies du ciel », disait déjà saint Grégoire. Et celui qui, dans cette intention, met délicatement et proprement les mains dans cette « balance » de l’économie terrestre ou de la politique exerce pour ainsi dire en médecin un devoir de soin sanitaire ou en artiste un devoir de charité politique.

Il y a entre le politique et la morale, comme entre le médecin et la santé, un art spécifiquement moral qui peut se heurter matériellement à des cas dits de nécessité. Comme la mutilation chirurgicale qui n’est jamais voulue pour elle-même et que le bon médecin cherche à éviter par tous les autres moyens médicaux. Avec, parfois, l’absence de solution décente du point de vue de la morale ordinaire. Comme « le patriotisme ne doit pas tuer la patrie », selon l’axiome de Maurras, le moralisme en politique ne doit pas tuer le bien commun, lequel prime le bien particulier par égard au bien de chacun et de tous. C’est la parabole d’Henri Charlier que Madiran traduit en leçon politique pour la déclaration de guerre de 1940, mais qu’on peut aussi appliquer à des exemples contemporains (Irak, Lybie, Syrie…) : « Un charretier qui – pour obliger un voisin veut transporter une matière dont il connaît mal la densité – verse en chemin ou crève son cheval, ne sauve rien du tout, ne passe pas pour un héros mais pour un imbécile. »

La raison du bien commun national confère à la juste guerre, donc au cas de nécessité de la légitime défense, un art du discernement qui n’emprunte pas ses critères qu’à la seule morale personnelle. Un apologue de Louis Jugnet le dit autrement : « Une armée de saints, mais mal entrainée et mal armée, sera en général écrasée par une armée cruelle, mais très forte techniquement. Et la vertu ne donne pas plus de compétence pour juger d’une situation politique que pour résoudre une crise économique, sinon un problème mathématique. » Les moyens de promouvoir le bien commun ne sont pas fournis exclusivement par la morale. La vertu politique n’est pas totalement dépendante de la vertu morale, même si l’une a besoin de l’autre pour se cultiver favorablement sur le champ communautaire et que leur rencontre harmonieuse est plus que souhaitable dans la cité. « Un régime absurde en sa structure, dit encore Jugnet, quelle que soit la vertu [morale] des citoyens et des gouvernants, risquera de manquer son but tout comme une mauvaise arme, même maniée par un homme adroit et bien intentionné, ne vaudra jamais une arme perfectionnée. »

Pius Maurras, pius Madiran

« De la forme donnée à la société dépend le bien ou le mal des âmes », prévient aussi Pie XII, tandis que Pie XI parle du « vaste champ de la charité politique, dont on peut dire qu’aucun autre ne lui est supérieur, sauf celui de la religion ». Oui, la politique est bien un art moral ou une morale artistique, dont l’habitus spécifique constitue une synthèse originale. C’est la raison pour laquelle, celui qui l’exerce droitement sans être pour autant un saint fait cependant œuvre pie(use). Peut-être plus encore que l’intellectuel ou l’artiste de génie qui, sans être forcément un exemple moral, rend justice respectivement à la vérité ou à la beauté : « Si les saints peuvent prier en paix et les sages travailler avec fruit, c’est que l’épée guerrière, menée par le sceptre des rois, a déterminé autour d’eux la zone où ces occupations sublimes restent possible. Quand Syracuse est prise, Archimède est égorgé et tant pis pour le théorème », résumait Maurras.


Du fait de son état de vie et des épreuves du pouvoir, on peut aussi penser qu’il sera beaucoup pardonné à celui qui aura pratiqué ainsi la vertu politique selon son devoir d’état, traçant droit son sillon, labourant utilement le champ commun pour le bien de tous et chacun. Car il aura fait œuvre charitablement politique, recevant non seulement la terre de ses parents mais l’ « empruntant » pieusement aussi à ses enfants, comme dit Saint-Exupéry, pour indiquer que nous devons nous considérer comme débiteurs insolvables non seulement vis-à-vis de nos ancêtres mais aussi vis-à-vis des générations futures. Et donc vis-à-vis de notre Créateur au-delà du temps. Lien ontologique inépuisable de la généalogie de l’histoire avec la politique et la morale, que détricote et rompt imprudemment notre monde impie ! Le bien commun temporel est confié aux hommes politiques comme les talents aux serviteurs d’une autre parabole…


L’amitié politique, en effet, la concorde, le bien commun temporel, qui sont les fins de la cité, ne peuvent subsister longtemps s’ils ne sont pas soutenus, nourris en permanence par ce mélange d’art et de morale politiques et par leur liant intrinsèque : cette piété qui fait qu’à l’exemple d’une famille, on peut surmonter différences et divisions pour s’aimer entre membres d’une même communauté de destin. Quand les Français ne s’aimaient pas, pour reprendre le titre du livre de Maurras, voilà le point terriblement tragique et sans précédent de notre histoire, illustré par nos abandons successifs de souveraineté au profit d’une immigration-invasion étrangère à notre civilisation chrétienne.


L’amitié politique, remplacée aujourd’hui par un dérisoire « bien vivre ensemble » sans fondement métaphysique, historique ni culturel, ne va pas sans vertus spécifiques au premier rang desquelles il faut placer la piété nationale ou plus encore l’amour de la patrie. Avec le respect de la loi naturelle, ce lien des vivants avec ses morts est, souligne Madiran, le signe de la civilisation. Après avoir été un « pharisien de la civilisation », notre vieux monde civilisé agonise aujourd’hui d’impiété qui est un mode du péché d’orgueil : « Le voyageur sans bagage de la seconde moitié du XXème siècle n’est plus qu’un barbare somnambule et mathématicien, insouciant de tout ce qui fut, ignorant de ce qu’il est, possédé par les rêveries vainement prospectives que se fabrique une impiété sans remords. »


Contre la décadence et la nouvelle barbarie envahissantes, Maurras, comme Platon en son temps, aura occupé un créneau remarquable. Un créneau peut-être insuffisant mais non point imaginaire puisqu’il commandait « le défilé par où passait l’invasion », défend Madiran. Ce qu’il écrit pour son maître vaut en un sens pour lui : « Ce n’était pas la seule place du seul rempart. C’en était une. Parmi d’autres. Mais celle-là même où la nouvelle religion voulait faire brèche, et où elle l’a fait parce que l’on vous y a finalement laissé trop seul, trop démuni, sans les renforts qu’il fallait. Vous étiez au point décisif de la bataille pendant que d’autres, intérieurement plus fidèles peut-être aux exigences de leur baptême, s’étaient assoupis. Ou laissé circonvenir. »
Devant les deux nouvelles religions hégémoniques du siècle – celle du culte de l’homme sourd au divin et celle de l’islam sourd à la raison – et devant leurs adeptes menaçants, on n’a certes pas encore trouvé de sainte Geneviève ni d’évêque comme saint Rémi. Mais Maurras comme Madiran, parce qu’ils furent pieux dans leur combat de preux, nous ont indiqué à leur rempart « le point stratégique de la délivrance et de la reconquête » : leur combat fut celui de la piété contre l’impiété. 


Dans un entretien en 2002 avec l’abbé Guillaume de Tanoüarn pour la revue Certitudes, Jean Madiran résumait ainsi sa position et sa similitude avec celle du maître de Martigues : « Si je devais donner un titre général à mes livres, je dirais : Témoin à charge contre mon temps. Je ne répéterais pas la formule de Saint-Exupéry : “Je hais mon époque, parce qu’on y meurt de soif.” Je ne parlerai pas de haine car la haine m’est étrangère, mais les charges sont graves… Peut-être ne suis-je pas digne de prendre un tel titre ? Dans ma vision, c’est le meilleur qualificatif qu’on puisse donner à l’œuvre de Charles Maurras. Maurras, témoin à charge de son temps, est le défenseur par excellence – y compris au plan religieux. Lui, l’agnostique, il a défendu l’Eglise, il le répétait “l’Eglise telle qu’elle se définit elle-même”. Et donc il a défendu Jésus-Christ, et, comme Pie X le lui a fait dire, il a défendu la foi. C’est “un beau défenseur de la foi” déclare le pape de Pascendi à Camille Bellaigue. On dira : il a défendu la foi, peut-être, mais il ne le savait pas, il n’en était pas conscient. Je réponds : dans l’Evangile, on lit justement quelque chose comme cela : “Seigneur, quand vous ai-je donné à manger?” »

Le maréchal Pétain a sauvé plusieurs fois la France honneur lui soit rendu

Le maréchal Pétain a sauvé plusieurs fois la France honneur lui soit rendu

En ce jour historique, où nous commémorons la fin de la 1ère guerre mondiale et le centenaire de l’armistice de Rethondes, En ce jour historique, où nous commémorons la fin de la 1ère guerre mondiale et le centenaire de l’armistice de Rethondes, il convient de comparer cet armistice avec celui de juin 1940, 22 ans plus tard, les deux mêmes puissances belligérantes, la France et l’Allemagne.

En 1918, comme en 1940, l’historien objectif qui cherche la vérité et n’est pas aveuglé par l’idéologie dominante, constate qu’il y eut un perdant et un gagnant.
Le maréchal Foch, généralissime et Georges Clemenceau Président du Conseil ont voulu l’armistice. Le Général (maréchal le 19 novembre) Pétain, commandant l’armée française, a pleuré. Il fut considéré par certains comme trop prudent, timoré, prônant systématiquement la défensive et non l’attaque, alors qu’en réalité il était soucieux surtout d’épargner la vie des soldats, contrairement aux partisans de l’offensive à outrance, terriblement meurtrière, pratiquée en particulier par le Général Nivelle. Et pourtant il voulait poursuivre la lutte sur le territoire allemand et obtenir la capitulation en rase campagne de l’armée vaincue. En effet Pétain avait prévu le 13 novembre une offensive de très grande ampleur en Lorraine puis sur le territoire allemand par la 2ème armée commandée par le Général de Castelnau.

Par cet armistice signé 2 jours trop tôt, l’armée allemande put se retirer en bon ordre et quitter les territoires envahis, Belgique, Luxembourg et France. Pendant ces 4 ans de lutte de géants, aucun soldat des armées alliées ne foula le sol allemand ; la population allemande ne connut pas la guerre, et la majorité du peuple allemand se sentit trahie par leurs gouvernants. Ainsi prospéra le désir de revanche. Le monarchiste Jacques Bainville, l’un des plus grands historiens du 20ème siècle, certainement le plus lucide, dès 1920 comprit qu’une nouvelle guerre mondiale entre France et Allemagne était inévitable parce que, contrairement à la volonté du Maréchal Pétain, l’Allemagne avait échappé à la capitulation, par l’armistice, gagnant cette dernière étape, que la France a perdu.

Le 17 juin 1940, le Maréchal Pétain, président du Conseil depuis le 16 juin, parce que l’armée française connaît la plus grande défaite de son histoire, se résout à demander l’armistice, ce que le réfugié de Londres ose nommer capitulation. Signé le 22 juin, il entre en vigueur le 25 : il obtient de l’adversaire une zone libre. Le 10 juillet l’Assemblée Nationale dont l’immense majorité des parlementaires sont issus du Front Populaire, lui confie le gouvernement.
Dans sa déclaration devant la haute-Cour de Justice première audience du procès, 23 juillet 1945, le Maréchal défend son œuvre :
« Lorsque j’ai demandé l’armistice d’accord avec nos chefs militaires, j’ai rempli un acte nécessaire et sauveur.
Oui, l’armistice a sauvé la France et contribué à la victoire des Alliés, en assurant une Méditerranée libre et l’intégrité de l’Empire…
 ».
Les chefs de gouvernement étrangers l’ont confirmé.
« L’Armistice nous a rendu service. Hitler a commis une faute de le signer. Le Maréchal joue une partie surhumaine, surhumaine vraiment. » Winston Churchill, (Déclaration à la Chambre des Communes, 1940).
À Montoire, Hitler et Ribbentrop se sont laissés prendre au jeu subtil de Pétain et de Laval, ils y ont perdu l’Afrique du Nord ; et en perdant l’Afrique du Nord, ils y ont perdu la guerre. » Benito Mussolini, chef du gouvernement italien.
Les généraux allemands l’ont confirmé eux aussi.
« On commit alors une faute : l’armistice, qui nous coupa bras et jambes. L’arrêt des opérations avant que fut atteinte la Méditerranée, la renonciation à un débarquement immédiat en Afrique et à une attaque contre le canal de Suez et Gibraltar en furent les conséquences malheureuses. » Général Guderian.
« L’histoire eut été changée si nous avions pris Gibraltar et si le Führer n’avait pas laissé à la France sa marine, ses troupes coloniales et ses colonies. » Général von Keitel.
Nous pourrions ajouter de très nombreux témoignages en sa faveur.

Pour conclure, affirmons avec force que le Maréchal sauva trois fois la France. Ce plus grand chef de Guerre depuis Turenne et Napoléon gagna la plus grande bataille de notre histoire à Verdun.
En 1917, grâce à des mesures pleines de sagesse, il sut réprimer les mutineries et rétablir l’ordre dans notre armée harassée par 3 ans de guerre en lui évitant le sort de l’armée russe en cette même année.
« Sans Pétain, elle [la France] n’aurait pas survécu à la crise de 1917« . Liddle Hart, historien anglais.
En 1940, il fait don de sa personne à la France, pour lui épargner de nouvelles souffrances. En novembre 1942, il refuse de quitter le sol français pour Alger alors qu’on le supplie de continuer la lutte en Afrique du Nord : il reste fidèle au poste pour atténuer les malheurs des Français.

Imaginons un moment la disparition du Maréchal dans les premiers mois de 1939, en pleine gloire, avant la déclaration de guerre… Il serait vénéré unanimement et devenu le personnage le plus populaire de toute notre histoire. Mais notre pays aurait connu, comme en Pologne, un gauleiter pendant quatre années.

Sources : Bulletin « le Maréchal », organe de presse de l’ADMP (Association de défense du Maréchal Pétain).
Professeur Gérard Bedel : « Pétain », collection Qui suis-je ? Éditions Pardès, 2018.

Baron Louis de CONDÉ

membre du Conseil d’administration de l’ADMP

Henri Vaugeois, Père de l’Action Française

Henri Vaugeois, Père de l’Action Française

Dès 1899-1900, le pouvoir de séduction idéologique exercé par le génie de Maurras paraît irrésistible. L’expérience boulangiste conjuguée à l’Affaire Dreyfus qui n’en finit pas incitent les patriotes sincères à chercher la solution nationaliste apte à les faire sortir de cette brume épaisse qui les empêche de voir où ils vont réellement. La belle littérature, la fougue, l’héroïsme, le panache, l’honneur, voilà des éléments formels qui étaient, enfin, considérés comme tels à l’aube du vingtième siècle en France. Les patriotes ont désigné l’ennemi, ont analysé l’écosystème dans lequel il prolifère et ont compris (pour une large fraction d’entre eux) que le problème était global et que seule une solution globale était en mesure de soigner le pays, de le sauver de la mort. On comprend à cette aune l’importance de la théorie du nationalisme intégral et en premier lieu de sa dénomination qui en dit long sur cete volonté de résoudre en profondeur et à tous les niveaux l’inadmissible crise de régime qui compromet l’avenir de la nation millénaire. Et les patriotes conséquents le comprennent de plus en plus et de mieux en mieux (le paysage devient limpide), la crise du régime est incessante parce que le régime lui-même est inapproprié, impropre, est impossible ! La volonté de faire le bien sous un tel régime est stérile. Il ne suffit plus d’être patriote en 1900, il faut s’opposer à angle droit à la démocratie, à la république. L’entreprise de Déroulède ne pouvait donc plus être spontanément appuyés par tous les patriotes comme si le remède politique allait sortir par magie de cette agitation populiste, nonobstant sympathique à leurs yeux.

Henri Vaugeois pré-maurrassien ou premier maurrassien ?

On doit à Henri Vaugeois la création de l’Action Française qui se présente à ses débuts comme une sorte de rassemblement d’hommes nationalistes anti-dreyfusards aux tendances antidémocratiques non théorisées. Mais il faut insister sur le fait que Vaugeois s’était éloigné de La Ligue de la Patrie française au nom d’un désaccord idéologique fondamental et non parce qu’on ne lui aurait pas donné les responsabilités qu’il espérait obtenir dans l’organisation cornaquée par l’agrégé Gabriel Syveton (Vaugeois aurait échoué à de multiples reprises à cet examen ce qui expliquerait selon l’historien du CNRS Laurent Joly une jalousie maladive chez lui et ses choix politiques vengeurs, calculés et fruits de ses ressentiments…). Le premier août 1900, dans un article de la Revue grise qui fera date, le professeur Vaugeois, dresse une critique politique du combat de Déroulède et de sa sclérose dogmatique. « On s’explique fort bien, écrit-il, que l’espoir soit venu à beaucoup de nos amis de voir Paul Déroulède sauver, en l’incarnant, l’idée d’une république qui serait française au lieu d’être cosmopolite ». Mais, ajoute-t-il d’emblée, « nous ne partageons pas cet espoir ; nous le respectons. » Encore faut-il ajouter qu’il le respecte parce qu’il est a priori sincère, absolument désintéressé, qu’il ne serait que le fruit d’un amour patriotique. Mais, en vérité, un homme intelligent ne peut justement pardonner à un homme fidèle à sa patrie de s’empêtrer ainsi dans l’erreur, dans l’erreur française pour parler comme le Marquis de Roux. Diplomate, en 1900, séducteur, militant de la cause maurrassienne avant les autres (et sur ce point nous sommes d’accord avec Laurent Joly : il semble en effet que Vaugeois a volontairement retardé l’annonce de sa conversion au monarchisme à des fins didactiques, ses différents articles des années 1898-1900 montrant une volonté toute rationnelle de témoigner en faveur des principes antilibéraux, antidémocratiques et catholiques loin de toute charge affective à l’endroit de la royauté), Henri Vaugeois prend garde de ne point heurter le public qu’il convoite. Même s’il est sûr que sa conversion est récente (il fut membre de l’Union pour l’action morale qui défendait Dreyfus!), il est légitime de penser qu’il fut convaincu par le maître de Martigues plusieurs mois avant de se déclarer officiellement monarchiste. L’on peut penser que sa première lecture de l‘Enquête sur la Monarchie (terminée en 1900) fut persuasive et décisive quant à sa rupture avec le spinozisme et le kantisme.

Les lois du patriotisme ou l’exigence maurrassienne

L’influence maurrassienne est perceptible dans les premiers articles du fondateur de l’AF. Des textes certes radicaux, rudement antisémites, violents, mais aussi et surtout empreints de rationalité, en tout cas construits autour d’une démonstration. Pour Maurras, en effet, un nationaliste républicain, fut-il le mieux intentionné, ne peut éviter de « manquer aux engagements pris envers l’idée de patrie », car la France n’est jamais pour lui que « la France mais… ». Finalement, un tel Patriote n’est peut-être pas digne d’en porter le nom. A moins qu’il ne soit profondément idiot, car l’homme pusillanime qui se détourne de la vérité politique en craignant qu’elle ne soit pas conforme à la mode ou à la religion démocratique qui a pourri la raison des Français n’est pas digne d’être suivi. Si l’erreur est humaine, il est cependant criminel de s’y accrocher et plus encore de mystifier les gens du peuple sans grande instruction qui ont souvent une confiance aveugle en ce Patriote élu ou candidat. Des étapes politiques ont été gravies, il faut respecter cette expérience et en tirer des leçons. Au lendemain du décès brutal de Vaugeois en 1916, Maurras, bouleversé, mit sa plume au service de la mémoire du grand homme. D’autant plus grand qu’il savait écouter sa raison pour servir sa passion (elle-même raisonnable), la Nation (le N majuscule était utilisé par Vaugeois).
« La Ligue de la Patrie française ? Oui, certainement, il la fondait ; avec Lemaitre, avec Léon de Montesquiou, avec Amouretti, avec Syveton, avec Barrès, avec Dausset, avec Jacques Bainville, avec moi. Mais ce n’était pas ça. Les partis et leurs idées électorales bourdonnaient déjà dans les comités et son instinct le plus profond, le plus personnel l’avertissait de l’inertie toute matérielle propre à cette politique démocratique. Il voulait une action politique reconnaissable à deux caractères : 1° une haute liberté de l’esprit ; 2° la foi française. Il voulait faire quelque chose d’intelligent et de national, d’absolument intelligent, d’essentiellement national. Mais quoi ? Et comment ? » Vaugeois n’a pas abandonné le chantier intellectuel qu’il avait commencé pour se vautrer dans un imaginaire patriotard d’images d’Epinal. Malgré les difficultés, malgré les lourds préjugés qui hypothéquaient la démarche scientifique en politique, il a été au bout du raisonnement, il a accepté le théorème maurrassien non par confort intellectuel mais parce qu’il était persuadé de sa véracité. Et pourtant rien n’est plus faux que la critique de Maurice Barrès qu’il adressa à Vaugeois et à Maurras pour justifier son immobilisme politique puis son inéluctable glissement vers le centre mou ; idée selon laquelle les deux hommes ne se nourriraient que d’abstractions, d’idées, certes vraies sur le papier comme les mathématiques sur un tableau noir, mais inadaptées au monde de leur temps. La critique est absurde et Henri Vaugeois sut la renverser sans attendre. Les idées peuvent bien décrire la réalité ou les conditions du « mieux », les idées sont nécessaires, elles sont indispensables au Politique s’il ne veut pas se perdre en même temps que la nation qu’il dirige.

Les idées contre les mots !

Le problème, ce ne sont donc pas les idées, mais les idées fausses, et pire encore les mots seuls. Les mots qui ne recouvrent rien, les mots qui postulent l’impossible ou l’inexistant, les mots qui fabriquent (pour parler comme Maurras) les nuées et les coquecigrues. Le langage peut être un poison non les idées vraies qui constituent au contraire leurs antidotes. Vaugeois réplique le 15 octobre 1900 dans le fameux bimensuel : « N’oublions pas que, légalement, c’est, sinon par les mots, du moins au nom des mots que la république démocratique est gouvernée, de même que c’est par les mots qu’elle a été constituée, par ces mots généraux que des niais veulent bien qualifier idées. La seule Majesté que nos révolutions aient laissé subsister est celle du Verbe, et les éléments derniers dont se compose ce monstre où nous cherchons en vain à reconnaître le type idéal de la société française, ce sont les lettres de l’alphabet, rien de plus. » Contre le fanatisme des mots qui sert avant tout les intérêts des étrangers organisés en oligarchie dans les coulisses, les idées qui éclairent, les idées qui éveillent, les idées qui construisent, enfin les idées qui sanctuarisent la déesse (encore un terme emprunté à Maurras qui parlait bel et bien de déesse et non de Dieu) nation. Au cours d’une conférence (qui a marqué l’histoire de l’AF) faite à Paris le 16 février 1900, Vaugeois a mis en garde les patriotes sincères contre les bons sentiments, les griseries patriotiques dépourvues d’un axe, l’amour sans colonne vertébrale. Rien n’est plus éphémère que cette exaltation, fruit de la colère ou d’une montée d’hormones qui s’évaporent dans les airs comme la fumée. Vaugeois répète souvent, comme Maurras du reste, cet axiome nationaliste qui expose les principes au-dessus de tout. L’on voit encore, à travers ce discours, cette volonté de trouver les ressources qui permettraient de rendre pérenne cette France poignarde née des scandales, de l’humiliation de 70 et de l’Affaire. « Le nationalisme, je le sais bien, n’a pu et dû être d’abord qu’instinctif : ç’a été une protestation, une colère, un mépris légitime. Vous vous rappelez de quels griefs il est né, ce mépris, et à qui surtout il s’adresse. (…) Mais une protestation, si vive qu’elle soit, fût-ce celle de l’honneur national blessé, et réveillé par la blessure même ; une passion, si ardente qu’elle paraisse, fût-ce l’amour de la patrie et le désir de la voir glorieuse ; une flamme, comme celle de l’enthousiasme qui court sur un peuple aux heures où ce peuple se sent vivre, c’est chose courte, trompeuse, et qui ne laisse après elle que froideur et que cendres stériles, quand on ne l’a point nourrie de réalités observées, de principes déduits, de raisons, enfin. Léonard de Vinci pensait que l’intelligence augmente l’amour, c’est-à-dire que plus on voit, plus on pénètre, plus on connaît ce que l’on aime, et plus on l’aime. Essayons donc de bien voir cette France d’aujourd’hui, cette France « nationaliste », qui se lève toute saisie, toute tremblante, à l’idée de sa propre essence, méconnue et menacée. Il faut que nous sachions ce qu’elle est, en fait, et puis ce qu’elle veut, ou mieux : ce que nous sommes, nous-mêmes, pour que notre pays survive. » Vaugeois voit très bien où vont se déverser la colère, la révolte et l’abnégation des patriotes chauffés à blanc : dans l’urne !

Présence de Vaugeois

Vaugeois qui tient alors un discours devant Maurice Barrès (invité d’honneur de la conférence du 16 février, un Maurice Barrès qui fut député de Nancy du 12 novembre 1889 au 14 octobre 1893), ne peut critiquer sans prendre de pincettes le parlementarisme, et précisément la fonction de député. C’est une gageure pour Vaugeois qu’il relève cependant avec brio. Assurément, dit-il, existe-t-il des députés très patriotes, des députés honnêtes et au grand cœur, des hommes résolus à défendre leurs idées. Certains auraient même fière allure. Mais Vaugeois ne peut éluder les raisons pour lesquelles ce système est vicieux. Il n’en a pas le droit, il n’en a plus le droit, il est devenu un passeur de vérité. Il a été précautionneux mais il dit, à la fin, ce qu’il pense, sans circonvolution : le député défend sa position, ses avantages, commence-t-il. Au lieu de détruire le régime dit le député patriote lambda, « pourquoi n’élirions-nous pas des députés honnêtes et sensés, qui pratiqueraient sincèrement, au lieu de le supprimer, ce régime de la libre discussion, qui donne tant de précieuses garanties aux droits des citoyens, et qui offre tant de ressources à leur bonne volonté, à leur patriotisme, à leur dévouement au salut commun ? » Mais ce qui sort d’une assemblée délibérante, ce n’est pas une pensée plus saine, répond Vaugeois, ce n’est même pas une formule précise, mais une bouillie dangereuse. « Ce qui sort, c’est un bruissement, le plus confus, le plus dénué de sens, le plus matériel qu’il nous soit donné d’entendre en ce monde. Mieux vaudrait, poursuit un Vaugeois survolté, pour une nation fière, demander le secret de sa destinée aux feuilles de la forêt, aux vagues de la mer, qu’à cet innommable rumeur de sottises, de vanités, d’ignominies entre-croisées, qui s’élève d’un troupeau de « représentants », même et surtout lorsqu’ils sont d’accord ! » Le professeur de philosophie se ressaisit : « Si vous étiez tentés de me trouver trop pessimiste, et de m’accuser de malveillance à l’égard des parlementaires, je vous prierais de réfléchir que c’est à l’institution même et au principe sur lequel elle repose, que s’adresse ma critique, nullement aux individus, souvent remarquables, qui essaient de tirer parti de cette institution dans nos assemblées actuelles ».

Les hommes en foule, les hommes en tas, les hommes pourris

Mais c’est peine perdue. Ils peuvent bien y prodiguer des trésors d’intelligence et d’honnêteté, ils se heurteront toujours à une difficulté insurmontable, à la nature même des choses qui « veut que les hommes, mis en tas, se pourrissent comme les fruits, et qu’une Chambre des députés s’emplisse nécessairement des miasmes de la bêtise et de la méchanceté humaines. » Avec cette critique du parlementarisme, c’est toute la démocratie d’une manière générale qui est visée par Vaugeois. Néanmoins, si le mal est initialement présent dans les institutions républicaines, si le régime est vicié à la base, la France, en 1900, a franchi une nouvelle étape, un nouveau pallier dans sa décomposition morale qui rend plus impérieux encore l’entreprise de restauration nationale qu’il appelle de ses vœux. Pour Vaugeois, comme pour Drumont, plus que pour Maurras qui voit davantage dans l’évènement un effet terrible de la république en marche, l’affaire Dreyfus a provoqué une véritable révolution individualiste. La révolution dreyfusienne, comme on l’appelle déjà, aurait donné naissance à une nouvelle conscience collective en France. Il s’agit d’une révolution d’origine médiatique, une révolution orchestrée par les nouveaux faiseurs d’opinion qui ont fabriqué un électorat à leur mesure, un électorat abruti d’individualisme, de philosémitisme, au mieux qui restera bloqué au stade premier du péguyisme. « L’affaire Dreyfus l’a révélé ou n’a servi à rien : nous sommes une société où l’opinion, qui est faite par la presse, qui est faite par l’argent, suscite et précède les actes du pouvoir, alors qu’elle ne devrait, tout au moins, que les juger et, par conséquent, les suivre. » Indécis, trompés, l’électeur est neutralisé. Aussi n’est-ce pas seulement le parlementarisme bavard et emberlificoteur qui est une pierre d’achoppement au redressement de la nation, c’est bien la démocratie et l’électoralisme qui dupe, toujours, le citoyen obnubilé par la croyance qu’il détient la capacité de choisir ce qui est bon et de contribuer de la sorte au bien public. La république est dirigée par une oligarchie qui se sert des élections pour tromper les masses et elle s’en sert uniquement à cet effet. Son objectif est double : sucer les richesses du pays, exploiter le travail des individus inoffensifs car ignorants quant à la réalité des forces qui contrôlent la France, et dissoudre tous les principes et toutes les conditions d’une possible résurrection française. Plus le temps passe, plus la renaissance semble compromise. Il faut le dire aujourd’hui, plus fort, et le répéter davantage qu’en 1900 : la démocratie pourrit les âmes.

C’est ce constat sans appel qui permet à Vaugeois de condamner toutes les formes de démocratie, y compris celle défendue par l’illustre Déroulède, la fameuse république plébiscitaire. « Je vous avouerai tout de suite que cette solution ne me satisfait guère. » Après avoir mis en avant les avantages de cette formule qui permet le groupement des nationalistes dans certaines conditions, Vaugeois montre qu’elle est une machine à décevoir. « Je prétends que l’objet des revendications nationalistes, si populaires, n’est point tout à fait celui qu’on est tenté de leur prêter : je crois que ce que veut le « peuple », ce n’est rien moins que la démocratie. Le peuple français ne peut plus être séduit désormais, ni soulevé ainsi, par l’espoir de se gouverner lui-même  (…) Le peuple n’est pas, quoi qu’on en dise, travaillé par un besoin de liberté, mais par une inquiétude sur sa sécurité. » Mais, plus que tout, c’est cette horrible façon avec laquelle la démocratie plonge les citoyens dans une brume anesthésiante les empêchant de se relever scrutin après scrutin qui est soulignée par Vaugeois. C’est que le peuple a la fibre épaisse mais est capable de s’émouvoir pour des fadaises et de tomber dans tous les panneaux dressés par le pouvoir. L’émotion est éphémère.

 L’antisémitisme, qui avait permis l’union de nombreux patriotes, notamment à Paris, qui avait connu de nouveaux succès au début de l’affaire Dreyfus, s’étiole au sein des masses avec les charges successives du camp dreyfusard qui possède 90% de la presse. Ce qui initialement illustrait la question juive devint par la grâce d’une propagande proprement phénoménale l’illustration d’un phénomène inverse : la prétendue persécution de la communauté juive par tous ces chauvins enracinés et antilibéraux, obtus et anti-individualistes selon, bien sûr, la doxa qui est née de la révolution dreyfusienne. L’émotion suscitée par l’épouvantable trahison du capitaine israélite ne dura « démocratiquement » qu’un temps. En revanche, l’oligarchie en place poursuivit ses campagnes anticléricales, obstinément, et ses campagnes antipatriotiques, sauf bien entendu, plus tard, lorsque le petit François et le père Martin seront conviés à aller faire la guerre contre le boche pour les intérêts de celle-là.

 

Jean CHARLEUX