L’antidémocratisme intégral

L’antidémocratisme intégral

À l‘Action Française, nous eûmes et avons sans cesse à cœur de combattre cette lèpre contagieuse qu’est la démocratie et plus encore son enfant bâtard qu’est le démocratisme. Pour deux raisons nous y revenons encore une fois.

Premièrement, comme nous le rappelle Jean Haupt : “tant qu’il y aura des parents conscients de leur mission, ils ne cesseront de répéter à leurs enfants : « faites bien attention ; couvrez-vous, n’attrapez pas froid », même s’ils sont traités de vieilles badernes et de « croulants ». De même, ne devons-nous jamais nous lasser de crier aux peuples « casse-cou ! » et, à la propagande intensive, sans scrupule, de la démocratie, qui, sous le couvert de slogans idéalistes, exploite en fait les passions des hommes, leurs faiblesses, leur tendance naturelle à la facilité, nous devons opposer les arguments de la Contre-Révolution” (Jean Haupt, Le procès de la démocratie).

Deuxièmement, parce que nous nous inquiétons des populismes. Expliquons-nous. Derrière ce mot de démocratie peuvent se cacher quatre réalités politiques, quatre acceptions du terme. La première cache derrière le mot de démocratie le système politique issu de la Révolution française et de son corpus idéologique – philosophie dite des Lumières, Droits de l‘Homme, vision rousseauiste du Contrat social, etc. La deuxième acception désigne simplement le système politique pur, c’est-à-dire une organisation de la cité fondée sur le pouvoir d’un peuple donné. La troisième consiste à reconnaître la seconde à un échelon donné – démocratie communale tempérée par un pouvoir national royal par exemple, id est une forme mixte de gouvernement politique. Enfin, la quatrième acception peut être apparentée à la démophilie, c’est-à-dire l‘amour du peuple.

Que les nationalistes aiment le peuple, qu’ils soient démophiles, est un sain sentiment car nous ne nous battons jamais que pour le peuple à travers la nation – celle-ci n’étant jamais une déesse à laquelle nous devons tout sacrifier – ; nous combattons pour le bien commun qui est le moyen nécessaire pour que chaque personne puisse réaliser ce pour quoi elle est faite. C’est ainsi que nous avons pu avoir quelques tendresses pour les Gilets jaunes qui ont tenté, vainement, de se dresser contre l‘ennemi oligarchique. Mais entre la démophilie et le démocratisme, il n’y a qu’un pas que nous ne devons jamais franchir. Voir dans le soulèvement des peuples, dans les révolutions populaires un bien en soi qui permettrait une restauration nationale ou l‘instauration d’une France enfin libérée du joug des Etats confédérés est d’une naïveté coupable ! D’aucuns nous diraient qu’il ne s’agit nullement d’une fin en soi, mais d’une occasion pour les nationalistes de renverser le pouvoir, un instrument aux mains des antidémocrates que nous sommes !  Impossible. Pensez-vous qu’un peuple ayant conscience de sa force pourrait tolérer qu’on lui ôte son pouvoir

Croire au peuple, c’est croire au pouvoir que celui-ci a de se guider lui-même, or le peuple n’est jamais qu’une masse errante, proie de toutes les puissances organisées !
Car enfin, croire que le peuple souverain puisse se soulever souverainement, c’est croire au principe démocratique même, c’est croire qu’une multitude parvienne à structurer consciemment un projet politique qui sache séparer le bon grain de l‘ivraie, c’est-à-dire qui connaisse sa finalité, les moyens d’y parvenir et même les embûches ! Le peuple en est incapable et ce n’est nullement sa vocation. Et si encore notre peuple était sain ! Mais regardons-le : en pleine dégénérescence, victime d’un viol démocratique depuis plus de deux cents ans et d’un antichristianisme qui le fait se rouler dans la fange des plus répugnantes idées et se complaire dans l‘assouvissement de ses plus bas instincts ! Pensez-vous qu’un peuple asservi et perverti par la pornographie, le métissage, la bestialisation, la dévirilisation, le consumérisme, l‘esprit bourgeois et le matérialisme puisse connaître le bon, le beau et le vrai ? Comme le disait Lucien Rebatet, « il n’y a pas une seule fissure dans l‘énorme bloc de sa bêtise » (Les Décombres).
Notre peuple, s’il devient souverain, creusera non pas sa tombe, mais sa fosse commune.
Regardez la dernière votation suisse qui autorise le mariage des invertis, regardez les préoccupations des français et osez espérer en notre peuple. Le peuple n’est pas fait pour guider, il est fait pour être guidé. Quelle solution ? Quelle issue ? Un roi pour nous guider, une aristocratie pour préparer sa venue. Que les jeunes générations et les plus anciennes n’aient aucun espoir de restauration par le nombre, mais qu’elles s’efforcent de devenir cette nouvelle aristocratie qui guidera le peuple et préparera la venue du Roi qui sauvera le nombre de lui-même.
 
Guillaume Staub
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Il y a 50 ans Xavier Vallat rendait sa belle âme à Dieu

Il y a 50 ans Xavier Vallat rendait sa belle âme à Dieu


Il y a 50 ans, le 6 janvier 1972 disparaissait à Annonay (Ardèche), Xavier Vallat. C’était le Jour des Rois, comme il convenait à cette âme de vaillant serviteur de la cause capétienne. C’est avec émotion que je rends hommage à ce compagnon de captivité de Charles Maurras, qui fut aussi un grand politique et un grand écrivain et qui, bien que mon aîné de plus de cinquante ans, m’honorera, au cours de mes bien lointaines jeunes années sur notre terre commune et tant aimée du Vivarais (département de l’Ardèche), d’une amitié dont je mesure encore chaque jour tout le prix.

                                                                                          L’âme du Vivarais         

Bien que né le 23 décembre 1891,par suite des hasards des nominations de son père maître d’école, à Villedieu, petit village de Provence, Xavier Vallat appartenait à une solide lignée paysanne implantée à Pailharès, en haute Ardèche. En lui je voyais s’irradier l’âme ardente, passionnée, courageuse, que le contact familier avec un sol âpre et avare ramène sans cesse aux réalités. Comme pour tous les grands sages du Vivarais, comme pour jadis Olivier des Serres, comme pour son contemporain et ami Gustave Thibon, le patriotisme était chose concrète, sentie, charnelle et trouvait tout naturellement sa plus haute expression dans la fidélité à son père, à un être de chair et de cœur, héritier d’un domaine à faire prospérer, en somme dans la fidélité au roi de France. Enfin il avait hérité du catholicisme de ses ancêtres (« Catholique et français toujours ») sans cesse ravivé par les humbles pèlerinages qui parsèment les monts où vint mourir, après les avoir rechristianisés, entre d’impressionnantes forêts de sapins le 31 décembre 1640, à la Louvesc, le grand saint Jean-François Régis…..

Cette personnalité si riche de sève, de caractère et d’âme, était douée d’une franche gaieté et d’une verve de bon aloi, comme en témoignent les contes qu’il publia en 1923 aux Editions du Pigeonnier fondées par son ami d’enfance le délicieux poète Charles Forot. Vallat se mit très tôt au service de la France. Dès la Grande Guerre sa conduite fut celle d’un héros: revenu deux fois au front après avoir été blessé, il dut le 30 mai 1919 dans la Somme être amputé d’une jambe dans d’atroces souffrances. Mais conscient de ne faire que son devoir, il garda toujours un optimiste communicatif. Les électeurs de la circonscription de Tournon-Annonay le désignèrent le 16 novembre 1919 comme député sous le signe de l’Union sacrée. Réélu en 1928, devenu en janvier 1940 vice-président de la Chambre des députés, il ne cessa de lutter contre l’individualisme athée. Il était alors l’orateur talentueux de la Fédération nationale catholique, mais il gardait des relations toujours cordiales, même enjouées, avec ses collègues députés de tous bords.                                                                                     

                                                                                            La question juive 

Pragmatique plutôt qu’idéologue, il prit conscience d’un problème juif comme beaucoup de Français au fur et à mesure que grandissait l’influence de cette communauté dans les années 1930. Dans son livre point du tout complaisant mais honnête et intelligent, consacré à Xavier Vallat. Du nationalisme chrétien à l’antisémitisme d’Etat (Grasset 2001), Laurent Joly reconnaît que son discours du 5 juin 1936 déplorant qu’avec Léon Blum « pour la première fois ce vieux pays gallo-romain (serait) gouverné par un juif » ne déclencha guère de réactions hostiles dans l’opinion. Vallat, explique Laurent Joly, voyait la question juive comme un aspect d’un danger autrement plus grave: le péril communiste. Il lui apparaissait que les Juifs, par leur appartenance au peuple élu, étaient avides de domination et des biens de ce monde et pouvaient faire le lit autant de « la fortune anonyme et vagabonde » que de l’esprit de dilution et de révolution, ce que disait d’ailleurs aussi l’israélite Bernard Lazare.
Et dans une démocratie qui ne cesse d’émietter la société, il lui apparaissait que cette communauté pouvait facilement devenir un Etat dans l’Etat. Survint la débâcle de 1940, Vallat se retrouva tout naturellement aux côtés du maréchal Pétain qui, face à une guerre que d’autres avaient voulue et si mal préparée, agissait courageusement pour épargner aux Français les pires malheurs. En tant que secrétaire général des Anciens combattants ou fondateur de la Légion française des Anciens combattants destinée à opérer le redressement civique et moral de la France, ou encore en tant que Commissaire général aux questions juives, ou en tant que rédacteur d’un statut des juifs, jamais Vallat, héritier des plus hautes traditions catholiques et françaises, ne montra une attitude de soumission envers l’Occupant national-socialiste qui en vint à exiger son départ le 19 mars 1942. Laurent Joly, qui ne tombe pas dans le travers de ceux qui jugent les comportements de 1942 en fonction d’une « Solution finale » dont on n’entendit parler qu’en 1945, relève les efforts qu’accomplit Vallat en faveur des juifs anciens combattants de même que sa véhémente protestation après la rafle de décembre 1941, de même que les conseils insistants de prudence qui permirent à son ami juif le docteur Nora d’en sauver plusieurs milliers.


L’Action Française 

 

1944 : victoire de la bêtise, du mensonge et de la haine. Vallat qui venait de prendre, à Radio-Journal, la succession de Philippe Henrio assassiné, fut arrêté en août. Traîné de prison en prison, il s’entendit condamné le 10 décembre 1948 par la Haute Cour à dix ans d’emprisonnement et à l’indignité nationale. Les « libérateurs » traitaient ainsi ceux qui, lors de la tourmente, n’avaient pas fui leurs responsabilités. Mais les occasions de servir allaient encore se présenter. A la maison centrale de Clairvaux, il retrouva son ami Charles Maurras, et naquit entre les deux hommes faits pour s’attirer et se comprendre une amitié extraordinaire, si bien qu’à sa libération en mars 1950, par une grâce signée Vincent Auriol, président de la République, Vallat devint le collaborateur assidu d’Aspect de la France créé trois ans plus tôt. En 1960, il en assurait la codirection avec Georges Calzant. A la mort de ce dernier, en 1962, il en devint le directeur et commença, pour cet ami du président Antoine Pinay et de bien d’autres hommes politiques en exercice, une période d’activité intense.
Installé alors à Annonay, il venait chaque semaine à Paris, et sa chronique sereine, joviale, nourrie de vastes connaissances, n’avait d’égale que le charme de sa conversation. C’était pour le journal qui ne pouvait pas encore s’appeler L’Action Française, la période faste de Pierre Chaumeil, Bernard Faÿ, Henri Massis, Jacques Perret, Louis-François Auphan, Philippe Roussel, François Léger, Jacques Ploncard d’Assac, Jean Brune… Mais la santé de Vallat s’altéra vite. 

Au début de 1966 il céda sa charge à Pierre Pujo tout en restant directeur honoraire. Il occupa ses dernières années à ajouter à une oeuvre littéraire déjà bien fournie:

– Charles Maurras n° d’écrou 8321 (Plon,1953),
– Le nez de Cléopâtre (Les Quatre fils Aymon,1957),
– La Croix,les Lys et la peine des hommes (Les Quatre fils Aymon,1960),
quelques autres ouvrages de souvenirs:

– Lettres passemurailles,
sa correspondance avec Maurras de mars 1950 à novembre 1952 (La Table Ronde,1966),
– Feuilles de Fresnes 1944-1948 (Lienhart,Aubenas,1971) et,
– Le grain de sable de Cromwell (Lienhart,Aubenas,1972).

Revenons sur La Croix, les Lys et la peine des hommes, son livre essentiel (réédité en 1982 avec une préface de votre serviteur par les éditions Ulysse à Bordeaux) où il montre le parfait accord entre les encycliques pontificales, les déclarations des princes et les actions des élus catholiques et monarchistes sur la question sociale, aussi loin du libéralisme effréné que du socialisme concentrationnaire. A le lire, plein de compassion pour la « misère imméritée » des travailleurs consécutive à la Révolution dite française, on voit l’erreur de ceux qui parlent de Vallat comme de l’homme d’une idée fixe, obnubilé par la seule question juive.

Hospitalisé au cours de l’été 1971, il s’éteignit dans la sérénité et dans une parfaite confiance en Dieu à l’hôpital d’Annonay. Il repose dans une tombe toute simple au cimetière de Pailharès (Ardèche), à l’ombre de son église paroissiale où il avait appris à défendre l’Eglise de l’Ordre.

Michel FROMENTOUX

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Ce minable tyran qui jouit d’écraser les Français

Ce minable tyran qui jouit d’écraser les Français

 

Dans un entretien accordé au Parisien, le président Macron a déclaré :

 

“Moi, je ne suis pas pour emmerder les Français. Je peste toute la journée contre l’administration quand elle les bloque. Eh bien là, les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder”. “Donc on va continuer de le faire, jusqu’au bout, c’est ça la stratégie”.

“Je ne vais pas les mettre en prison, je ne vais pas les vacciner de force. Et donc, il faut leur dire : à partir du 15 janvier, vous ne pourrez plus aller au restau, vous ne pourrez plus prendre un canon, vous ne pourrez plus aller boire un café, vous ne pourrez plus aller au théâtre, vous ne pourrez plus aller au ciné”.

Les Français étaient pourtant habitués au ton méprisant de Macron, mais voici que ce président – le plus mal élu de tous les présidents de la Ve république – vient de déclarer la guerre aux non-vaccinés.

En rendant responsables les vaccino-sceptiques de tous les maux de la société, ce minable tyran qui jouit d’écraser les autres, pratique l’inversion accusatoire : « Et ça, c’est l’immense faute morale des antivax: ils viennent saper ce qu’est la solidité d’une nation ».

Celui qui se veut, selon le principe républicain, garant de l’unité de la nation, montre son vrai visage : il divise et assume vouloir faire des non-vaccinés des citoyens de seconde zone.

La désobéissance, de plus en plus ferme, s’impose maintenant à tous si l’on ne veut pas basculer définitivement dans un monde de ségrégation et de punitions continuelles.

Macron devra rendre des comptes pour avoir sali la France et méprisé les Français. En ce début d’année, alors que les Français vont une nouvelle fois s’entredéchirer pour élire le successeur de cette ribambelle de présidents tous plus anti-français les uns que les autres, aidons les « nationaux » à prendre conscience de l’urgence d’en finir avec la démocratie.

Le Roi était père de tous les Français, la république les divise et les oppose.

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Marche pour la Vie

Marche pour la Vie

Nous relayons ici l’appel urgent des organisateurs de la Marche pour la Vie qui aura lieu le dimanche 16 janvier, départ Paris, place de Catalogne à partir de 13h30 (derrière la gare Montparnasse). Soyez présents : défendre la famille c’est défendre la France.  

Chers amis de la Marche Pour la Vie,

 

Recevez tout d’abord tous nos vœux les meilleurs pour cette nouvelle année, puisse-t-elle être marquée par des victoires dans la défense de la vie humaine !

Nous revenons vers vous en cette rentrée pour vous solliciter une nouvelle fois. Vous êtes déjà des centaines à vous être engagés comme bénévoles ! 

Il nous manque à ce jour quelques centaines bénévoles, ce qui ne nous permet pas d’envisager sereinement l’organisation de la Marche pour la Vie à ce jour. Vous connaissez l’organisation logistique que cet événement représente, alors parlez-en autour de vous, inscrivez-vous comme bénévole, faites inscrire vos proches, amis, famille.

Il y a des besoins en animation sur scène, logistique et Sécurité : il y en a pour tous les goûts et tous les âges !

Alors n’attendez pas ! 

500 bénévoles en 10 jours : c’est possible, mais seulement si vous nous aidez !

Voici le lien pour vous inscrire

https://volunteo.com/fr/r/MPV2022 

N’oubliez pas que vous pouvez demander à être répartis en groupe avec des amis. 

 

PERMANENCE 

N’hésitez pas à passer au 37 rue des Volontaires à Paris (porte verte en face du 36, numéro de téléphone à appeler affiché sur la porte) pour récupérer des tracts, tous les soirs de semaine de  17h à 18h pour la Marche et ainsi diffuser l’information partout ! 

AIDE AVANT LA MARCHE 

Et si vous êtes disponibles pour aider à assurer une permanence à la rentrée ou cette semaine pour la distribution des tracts, contactez-nous à benevoles@enmarchepourlavie.fr, on recherche du monde!

POUR VENIR EN CAR 

Pour les non-parisiens, n’hésitez pas à contacter l’adresse suivante : car@enmarchepourlavie.fr si vous souhaitez prendre part à l’organisation d’un car au départ de votre ville. Pour connaitre la carte complète des départ de cars

Merci d’avance pour votre générosité et votre réactivité qui permettront que cette manifestation puisse avoir lieu dans de bonnes conditions. 

Car sans bénévoles, pas de marche ! Or, plus que jamais, nous devons dire notre attachement à toute Vie et ce dès ses débuts alors qu’elle est toujours plus menacée ! 

Chers amis, sans votre soutien, nous n’arriverons pas à organiser cette Marche. 

à dimanche 16 janvier, 
départ Paris, place de Catalogne 
à partir de 13h30 
(derrière la gare Montparnasse) 

L’équipe de la Marche pour la vie

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Léon Daudet, figure rabelaisienne de l’Action française

Léon Daudet, figure rabelaisienne de l’Action française

 

Cet homme fut le personnage le plus haut en couleurs de l’Action française. Exubérant, colérique, fantasque, porté à la polémique, bon vivant, et avec cela, écrivain de grand talent, il ne passa pas inaperçu, à moins dire. D’un tempérament très différent de celui de Charles Maurras, il s’entendit cependant parfaitement avec ce dernier, et imprima sa marque particulière au mouvement néo-monarchiste de la rue de Rome. Il avait cependant en commun avec Maurras d’être doté d’un caractère entier et de charger violemment contre ses ennemis.

Enfant des lettres

Né à Paris le 16 novembre 1867, Léon Daudet est le fils aîné d’Alphonse Daudet (1840-1897). Et son oncle, Ernest Daudet (1837-1921), sera, en son temps, un historien et un romancier réputé. Il grandit donc dans une forte ambiance intellectuelle, et acquiert une vive sensibilité littéraire et une très riche culture, au contact de l’atmosphère des brillantes réceptions organisées à domicile par son père, qui invite les écrivains parisiens de l’époque. Très tôt, il a la passion des livres, qu’il dévore goulûment, et de l’écriture. Il voit défiler, au domicile parental, Flaubert, Maupassant, Edmond de Goncourt, Zola, Maurice Barrès et autres. Les Daudet ont des inclinations républicaines, bien qu’Alphonse ait bénéficié de la protection du duc de Morny, dans sa jeunesse1 . Victor Hugo est une de leurs idoles. Et c’est ce qui explique que Gambetta ait compté quelquefois parmi leurs invités.

 

Léon, jeune, se sent lui aussi républicain, proche des radicaux à la Pelletan ou à la Clemenceau. Il se moque des monarchistes, qui lui paraissent les partisans ridicules d’un monde révolu, et il hue le général Boulanger lorsque celui-ci fait son entrée à la Chambre en juillet 1888. Il découvre également l’antisémitisme, à la faveur de l’amitié entre son père et Drumont.

Médecin avorté et écrivain naissant

Après de brillantes études au lycée Louis-le-Grand, il opte pour des études médicales. Il rencontre Jean-Martin Charcot, le fameux neurologue. Ce dernier est un des médecins de son père, atteint de syphilis depuis longtemps. Très bon étudiant, prometteur, Léon sera pourtant recalé au concours de l’internat de Paris en 1891, et ne soutiendra pas sa thèse de doctorat. Il attribuera son échec à la malveillance de Charcot, à la fille duquel il avait refusé de se fiancer2 . Il renonce donc à la carrière médicale, mais sans trop de regrets, car la littérature l’accapare. Il fait paraître son premier roman, L’Héritier, sous la forme d’un feuilleton, dans La Nouvelle Revue de Juliette Adam, en 1892. Son expérience du monde médical lui inspirera un roman, Les Morticoles (1894), acerbe.

Un premier mariage raté

Au début de 1891, il épouse Jeanne Hugo, petite-fille de Victor. Le mariage sera civil, Hugo ayant proscrit le mariage religieux au sein de sa famille, qu’il gouvernait en patriarche. Ce mariage sera un véritable fiasco. Léon se montre autoritaire, coléreux, et, lorsqu’il s’emporte, injurieux. Jeanne, de son côté, se révèle une femme capricieuse et folle furieuse lorsqu’elle se sent contrariée. En outre, Léon, qui devient chaque jour plus réactionnaire et antisémite, n’apprécie pas, à moins dire, Édouard Lockroy, républicain radical, juif, député, et bientôt ministre, beau-père de Jeanne depuis le remariage de la mère de celle-ci. Jeanne quitte le domicile conjugal en décembre 1894. Le divorce sera prononcé en janvier 1895, et Jeanne conservera la garde des enfants3 .

Nationaliste et antidreyfusard

Le 5 janvier 1895, Léon, accompagné de Barrès, assiste à la séance de la dégradation du capitaine Dreyfus, récemment condamné, dans la cour de l’École militaire. Le lendemain, il rend compte de l’événement dans un article du Figaro intitulé « Le Châtiment », hostile au condamné, mais exempt de tout antisémitisme avoué : on n’y relève aucune allusion aux Juifs (le mot même n’apparaît pas dans le texte). Cependant, l’antisémitisme sourd de l’emploi de certaines expressions ou de certaines phrases (« épave de ghetto », « Le misérable n’était pas français. Nous l’avions tous compris, par son acte, par son allure, par son visage »). Léon affiche désormais des convictions nationalistes et antidreyfusardes qui le rapprochent de ceux qui partagent ses convictions (Bourget, Coppée, Lemaître, Barrès) et le font rompre avec les dreyfusards, Anatole France, et surtout Zola, à partir de 18984 . Le 19 janvier 1899, Il assiste à la première grande réunion publique de la Ligue de la Patrie française, à laquelle il adhère aussitôt. Il devient membre du conseil de rédaction du quotidien monarchiste Le Soleil (1899), et, à partir de 1900, du quotidien antisémite La Libre Parole et du quotidien conservateur Le Gaulois, trois périodiques auxquels il collaborait depuis déjà plusieurs années. Il va désormais donner des fournées d’articles contre les dreyfusards, le gouvernement de Défense républicaine de Waldeck-Rousseau, le ministère anticlérical de Combes, et le régime en général. S’il ne remet pas encore en cause la république, il critique violemment la démocratie parlementaire, et incline à un régime autoritaire, s’approchant ainsi des idées d’un Déroulède ou d’un Barrès, ou même de ce général Boulanger, qu’il avait hué en 1889. En 1901, il publie un pamphlet, Le pays des parlementeurs.

L’adhésion à l’Action Française

La Ligue de la Patrie française bat de l’aile. Le suicide de son homme fort, Gabriel Syveton, soupçonné à la fois d’une liaison coupable avec sa belle-fille et de détournements des fonds de la Ligue, dont il était le trésorier (décembre 1904), la plonge dans le chaos. Daudet qui, pour sa part, incline à croire, comme d’autres, au meurtre (déguisé en suicide) de Syveton, va s’éloigner de ce mouvement, si peu et mal organisé qu’il s’achemine vers sa fin. Il se tourne alors vers le groupe de « L’Action française », fondé en avril 1898 par Henri Vaugeois et Maurice Pujo, et doté d’un bimensuel, la Revue d’Action française, à partir de juillet 1899. Là, il fait la connaissance de Charles Maurras, jeune écrivain déjà connu. Il découvre alors la pensée de celui-ci, et lit ses œuvres avec attention. Il lit Trois idées politiques (1898), Dictateur et Roi (1899), et surtout la grande Enquête sur la monarchie (1900-1903), qu’il n’en finira pas de relire et de méditer. Et, lui qui, naguère, moquait les tenants du monarchisme, il se convertit à la cause de la restauration de la royauté en France. En bon disciple de Maurras, il se prononce en faveur de la restauration d’une monarchie héréditaire de droit divin, fondée sur la religion catholique, non parlementaire, et décentralisée. Daudet était déjà nationaliste, anti-parlementaire et anti-démocrate, à l’exemple de son père et de presque toute sa famille5  ; le voici désormais, en outre, monarchiste. La conception maurrassienne de la monarchie lui plaît, car elle procède de la raison, du raisonnement, et qu’elle n’enkyste pas la pensée et les mœurs dans un moralisme jugé étroit et étouffant. En cela, elle coïncide avec son tempérament gaulois, son appétit de vivre et sa tendance à la gaudriole. Elle le séduit également par la jeunesse de la plupart de ses militants et animateurs, leur volonté d’assurer le triomphe de leur cause, et leur sens de l’offensive ; alors que les royalistes de naguère se présentaient comme de vieux gentilshommes ou des grands bourgeois conformistes, austères, politiquement inactifs, repliés dans la nostalgie d’un passé monarchique idéalisé. Cela dit, Daudet ne rejette nullement les caractéristiques du royalisme traditionnel : malgré ses frasques, il affiche sa foi catholique, défend l’Église et la religion contre l’anticléricalisme, et fustige l’immoralité et le pourrissement des mœurs (ce qui ne manque pas d’amuser ou de choquer ses adversaires, qui connaissent son genre de vie).

Maurras et Daudet : au service d’une même cause

Bien des traits de caractère le distinguent de Maurras. Il n’a pas le dogmatisme doctrinaire de son maître, prend parfois des libertés relativement à ses principes (notamment dans ses choix littéraires), et ne condamne pas systématiquement tout ce qui s’y oppose ou y est étranger. Ainsi, il ne rejette pas le romantisme, et lui trouve même des attraits et de la grandeur. C’est qu’il est fou de littérature, et qu’il met la valeur d’un écrivain ou d’un artiste au-dessus de tout. Il dira, un jour : « Quand il s’agit de littérature, la patrie, je m’en fous », propos impensable de la part de Maurras. Il défendra les œuvres d’un Gide ou d’un Proust6 , plus tard d’un Céline7 , ce que le chef de l’Action française n’envisagera pas une seconde. Mais il fait siennes les convictions du maître du nationalisme intégral. Et puis, du point de vue du caractère, il a en commun avec lui le goût immodéré de la polémique, la violence verbale, l’intransigeance politique, le rejet viscéral de la république et de la démocratie, et la haine de ses ennemis. Les deux hommes formeront donc un parfait duo à la tête de l’Action française, un tandem composé de deux brillantissimes plumes, tenues avec un étincelant brio par deux hommes différents : le fin lettré helléniste, amoureux de la Grèce antique et du monde méditerranéen, de la langue et de la littérature provençale, et un émule pittoresque de Rabelais.

Car les deux hommes sont avant tout des écrivains. Maurras s’est déjà imposé comme poète, critique littéraire, conteur et essayiste. Daudet, lui, s’est imposé comme un romancier fécond avec : L’Astre noir (1893), Les Morticoles (1894), déjà cité, et qui rencontra un beau succès, Les Kamtchatka (1895), Le Voyage de Shakespeare (1896), Suzanne (1896), La Flamme et l’Ombre (1897), Sébastien Gouvès (1899), La Romance du temps présent (1900). Et il est l’un des fondateurs et premiers membres de l’académie Goncourt, en tant que fils d’Alphonse Daudet, ami et exécuteur testamentaire d’Edmond de Goncourt. Il a soin d’en interdire l’accès à Zola, devenu son ennemi. Écrivain renommé dès avant trente-cinq ans (et pas seulement en raison de la célébrité de son père), il a, pour la littérature, une passion supérieure à celle qu’il éprouve pour la politique, et qui ne se démentira jamais.

La rencontre décisive avec Philippe d’Orléans

Proche de Maurras par les idées et le goût de l’outrance verbale et de la provocation, Daudet l’est aussi d’Henri Vaugeois par le caractère. Les deux hommes ont en commun un caractère difficile, qui les porte à la polémique, et une allure générale et un comportement bohèmes, qui choquent les conformistes. Une différence notable cependant : Vaugeois, longtemps pur rationaliste et sceptique, ne deviendra jamais un catholique fervent, ce que Daudet se targue d’être, malgré sa liberté de mœurs et de manières, et qu’il est effectivement, de par l’éducation reçue au sein de sa famille, très pieuse. Mais autre point commun avec Vaugeois : le besoin de rencontrer le prétendant à la couronne de France pour affermir une conversion récente à la cause du royalisme. Pour Vaugeois, la rencontre avait eu lieu en octobre 1901 à Karlsruhe. Pour Daudet, elle se produit en novembre 1904 à Londres, à l’hôtel Savoy. Habitué à la vie mondaine, mais pas à la fréquentation des altesses royales, Léon se montre intimidé, emprunté, engoncé. Lui, si volubile d’ordinaire, ne parvient qu’à bredouiller des paroles banales et décousues. Mais Philippe d’Orléans se fait accueillant et aimable, l’embrasse sur les deux joues et le prie à déjeuner. Léon reviendra de Londres émerveillé, définitivement conquis et monarchiste de cœur, alors qu’il ne l’était que de raison.

Un des piliers de l’Action française

Il devient l’homme le plus connu de l’Action française, presque à égalité avec Maurras, qui lui, joue le double rôle de maître à penser et de chef d’orchestre, omniprésent, animant avec autorité toute la mouvance du nationalisme intégral et néo-monarchiste.

Les deux compères pensent que leur mouvement ne peut se contenter de la modeste Revue d’Action française, fondée en 1899 par Vaugeois et Pujo, bimensuelle. Ils décident donc de se lancer dans l’aventure d’un quotidien qui, pensent-ils, en accroîtra sensiblement l’audience. Et, ainsi, ils fondent L’Action française, dont le premier numéro sortira le 21 mars 1908. Daudet est rédacteur en chef du nouveau périodique, Maurras est directeur de la publication. Vaugeois et Pujo appartiennent toujours à l’équipe rédactionnelle, et le second sera l’adjoint de Maurras à la direction du journal. Celui-ci réunit tout un bataillon de brillants intellectuels qui contribueront au rayonnement et au prestige de l’Action française, y compris parmi ses adversaires, lesquels seront conscients de la valeur de leurs ennemis, sous le rapport de l’intelligence, du sérieux des analyses et de la rigueur des raisonnements de leurs ennemis. Citons, parmi les plus belles plumes du quotidien : Léon de Montesquiou, Lucien Moreau, Jacques Bainville, Louis Dimier, Bernard de Vesins, Robert de Boisfleury, Pierre Lasserre, puis Henri Clouard, Eugène Marsan et autres8 .

Léon Daudet va multiplier à l’envi, durant des années, les articles critiques et polémiques dans les colonnes de son quotidien. Cela lui vaudra maints duels avec certaines de ses cibles, notamment — entre beaucoup d’autres — Gaston de Maizière, journaliste au Gaulois, en 1910, et Martin Nadaud, écrivain, l’année suivante.

Il ne borne pas son activité journalistique au seul domaine politique. Une bonne partie de ses articles sont consacrés à la critique littéraire, et, dans ce registre, il se révèle un lecteur averti et un analyste fin, subtil, pénétrant et original.

Un personnage haut en couleurs

Son personnage, qu’il se plaît lui-même à outrer, joue un rôle important dans sa renommée : Léon Daudet acquiert très vite la réputation, ô combien justifiée, d’un homme truculent, au verbe haut, grand mangeur et grand buveur, colérique et gouailleur. Il participe aux bagarres de rue qui opposent, notamment dans la Quartier latin, les étudiants d’Action française et les Camelots du Roi à leurs adversaires, ce qui le mène souvent au poste de police, où il passe quelquefois la nuit.

Toujours prolifique, il multiplie les romans : Les deux Étreintes (1901), Le Partage de l’Enfant (1905), Les Primaires (1906), Un sauvetage (1907), La Lutte (1907), La Mésentente (1911), Ceux qui montent, Le Lit de Procuste (1912), La fausse Étoile (1913). Les relations entre les personnes, leur complexité et leurs vicissitudes, les problèmes de couple, les sentiments, les émotions, sont au centre de ses romans, largement inspirés par ses propres expériences. Son hostilité à l’Allemagne, la guerre et la politique lui inspireront La Vermine du monde (1916, relatif à l’espionnage allemand), et Le Cœur et l’Absence (1917).

Il publie également des essais : L’Avant-guerre (1913), Contre l’esprit allemand. De Kant à Krupp (1915), Hors du joug allemand. Mesures d’après-guerre (1915), Le stupide XIXsiècle (1922). Mais il se montre un essayiste d’un niveau très inférieur à celui de Maurras, de Bainville ou de Montesquiou, trop polémique pour être profond, et incapable d’avoir la distance passionnelle indispensable à une saine analyse des faits qu’il étudie. Cependant, tous ses livres sont de véritables succès de librairie, et leur auteur est l’un des plus lus du premier quart du XXsiècle.

Les cibles politiques de Daudet sont nombreuses ; toutefois, sa favorite est Briand, symbole à ses yeux, de la “démocrassouille”, qu’il ne cesse de vilipender, tant dans ses articles que dans ses livres.

Durant la Grande Guerre9 , il s’attaque à tous ceux qu’il considère comme des traîtres ou, tout au moins, des saboteurs de l’effort de guerre national : l’anarchiste Miguel Almereyda, les anciens ministres Louis Malvy et Joseph Caillaux, Aristide Briand. Ses articles incendiaires exercent une influence certaine sur le gouvernement, et c’est en partie du fait des campagnes de Daudet que Almereyda, Caillaux et Malvy seront arrêtés. Ses outrances lui valent non seulement des duels et des haines solides, mais aussi des ennuis judiciaires, et il se voit condamné pour diffamation en 1920.

Député de Paris, le temps d’une législature

Au lendemain de la guerre, l’Action française semble à son zénith. Ayant soutenu sans réserve l’effort de guerre du pays et le cabinet Clemenceau, elle jouit, dans toute l’opinion publique et une grande partie de la classe politique, d’une faveur exceptionnelle (Poincaré la félicite). Aussi, ses dirigeants décident-ils de déroger à leur refus absolu des élections et de la démocratie parlementaire, et de présenter des candidats aux législatives des 16 et 30 novembre 1919, à Paris et dans une vingtaine de départements. Si bien que l’Action française anime bientôt à la Chambre un groupe de 29 députés, dits « Indépendants de droite », composé de quatre des adhérents de sa Ligue, de divers monarchistes plus ou moins proches d’elle, et de catholiques ralliés. Daudet est député de Paris, élu sur une liste « d’Action française et d’Union nationale », dans le XVIarrondissement. Comme on pouvait s’y attendre, il se montre véhément. L’Action française est alors à la croisée des chemins. Portée par la vague de l’Union sacrée des années de guerre et la victoire de 1918, elle a une position flottante vis-à-vis de la majorité de droite républicaine du Bloc national, louvoyant entre soutien (pour le maintien de l’ordre, la lutte contre les syndicalistes et la gauche socialiste et communiste, et les économies budgétaires) et critique (à l’encontre de la politique pacifiste de Briand, en 1921-1922). Elle hésite également entre la persévérance dans son attitude de rejet systématique de la république et son intégration de fait à la droite nationaliste républicaine, dans le sillage de Barrès, de Louis Marin et de la Fédération républicaine. Appréciées par presque toute la droite de l’hémicycle lorsqu’il fustige Briand, les attaques de Daudet ne le sont plus du tout quand elles visent Millerand, devenu le plus intransigeant des patriotes10 . Ses attaques contre les communistes, les syndicalistes et les banquiers, tous accusés de collusion contre les intérêts français, sous l’égide des capitalistes juifs, des francs-maçons et de l’URSS, lui sont vivement reprochées, et il se voit discrédité ; il ne retrouvera pas son siège de député lors des législatives de juin 1924.

Le temps des épreuves cruelles

 

 

Dès lors, Daudet entre dans sa période de déclin. Et les années qui suivent vont lui être particulièrement pénibles, l’amenant à affronter l’épreuve cruelle du deuil et de sérieux ennuis judiciaires.

Ces événements tournent autour de Philippe, fils né de son second mariage11 . Cet adolescent instable et fugueur, entretenant des rapports difficiles avec son père, tenté par l’anarchisme, fut trouvé tué d’une balle dans la tête, dans un taxi, le 24 novembre 1923. Bien qu’une enquête ait conduit au suicide, Léon veut y voir un meurtre. Ses actions judiciaires se révèlent infructueuses, et se terminent par un non-lieu. Il se lance alors dans une campagne de presse mettant en cause la police et le ministère de l’Intérieur. Condamné, en 1926, à 1 500 francs d’amende et cinq mois de prison ferme, il voit cette peine confirmée en appel. Après s’être barricadé dans les locaux de l’Action française, il se rend, à la demande de Jean Chiappe, nouveau préfet de police de Paris, et est incarcéré à la Santé dans des conditions déplorables12 .

Il n’y restera pas longtemps. Dès le 25 juin, deux Camelots du Roi, se faisant passer au téléphone pour le directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur et le ministre lui-même, ordonnent au directeur de la Santé sa remise en liberté, sachant se montrer très convaincants.

Le déclin

Daudet, libéré-évadé, se réfugie en Belgique, où sa famille le rejoint. Il bénéficiera d’une grâce du président Doumergue, le 31 décembre 1929, et sera de retour à Paris le 2 janvier 1930.

Il retrouve son poste de rédacteur en chef de L’Action française. Apparemment, rien n’est changé : il a toujours son bel appétit, multiplie les articles contre le régime et les ministères successifs, fustige le Front populaire, les Juifs et la haute banque, prend parti pour les franquistes durant la guerre d’Espagne13 , participe aux défilés de l’Action française, aux côtés de Maurras, Pujo, Réal del Sarte, Schwerer. Mais son monde s’écroule peu à peu. Et ce, depuis déjà un moment. Marius Plateau en 1923, Ernest Berger en 1925 sont tombés sous les balles de leurs ennemis politiques, le journal et divers livres de Maurras ont été condamnés par le pape Pie XI le 29 décembre 192614 , Maurras lui-même fait près de dix mois de prison en 1936-1937, et son mouvement, dont l’équipe dirigeante, vieillissante, n’est pas renouvelée, perd de son aura auprès de la jeunesse nationaliste, séduite par le fascisme. Daudet lui-même vieillit, connaît des problèmes de santé.

Au cours des années 1930, c’est encore en littérature que Daudet conserve toute sa force. Sa production ne faiblit pas. Le roman reste son genre favori ; il donne : L’amour est un songe (1920), L’Entremetteuse (1921), Sylla et son destin (1922), Le Drame des Jardies (1924), Le Napus, fléau de l’an 2227 (1927, œuvre futuriste), Le Cœur brûlé (1929), Les Bacchantes (1931), Un amour de Rabelais (1933), Médée (1935), Les Lys sanglants (1938). Critique littéraire averti, il publie, entre 1927 et 1929, huit volumes d’une série, Écrivaine et artistes, consacrés aux maîtres les plus fameux des lettres et des arts en France et à l’étranger. Il publie aussi des pamphlets : Le Nain de Lorraine (contre Poincaré), Le Garde des Sceaux contre Barthou), Le Nain de passage (contre Briand), tous livres parus en 1930. Il livre aussi ses mémoires et autres livres de souvenirs.

La fin

Lorsqu’ éclate à nouveau la guerre, en 1939, l’Action française n’est plus qu’un rafiot vermoulu et à la dérive, piloté par une brochette de vieillards dépourvus de successeurs. Au printemps 1940, la France est envahie et connaît sa plus cinglante défaite depuis le début du XVe siècle. La république s’effondre, et le maréchal Pétain instaure le régime de l’État Français. Comme Maurras, Daudet approuve ce changement, mais se sent trop patriote et anti-allemand pour s’en réjouir. D’autant plus que les Allemands saccagent les locaux de l’Action française et interdisent beaucoup de livres de Maurras. Ce dernier se voit contraint d’installer, dans des conditions précaires, son journal à Lyon. Daudet reste à ses côtés avec Pujo. Puis, malade, il se retire dans sa propriété de Saint-Rémy-de-Provence, dans les Bouches-du-Rhône, où il reçoit d’ailleurs la visite de Maurras. Il succombera à une hémorragie cérébrale le 30 juin 1942, âgé de presque 75 ans. Il est inhumé au cimetière de Saint-Rémy-de-Provence.

À la différence de Maurras, Montesquiou, Dimier, Bainville ou Marie de Roux, Léon Daudet n’a pas été un des théoriciens de l’Action française. Il était avant tout romancier, et ne concevait pas d’écrire quelque ouvrage théorique. En dehors du roman, il n’excella guère que dans le pamphlet, et, en tant que journaliste, dans la polémique. Sa personnalité différait de beaucoup de celles de ses amis, tous aristocrates d’esprit, férus de belle langue et de littérature classiques. Lui, malgré un style de facture classique, était plutôt rabelaisien, usait d’une grande liberté de langage. Et, bien qu’immergé dans le beau monde depuis son enfance et doté d’une éducation des plus policées, il avait une grande liberté de comportement et de manières, et étalait des travers que les autres dissimulent tant bien que mal. Il figure Rabelais ou Mathurin Régnier au milieu de la Pléiade, auprès de Malherbe et Racan, ou dans un salon du XVIIsiècle animé par Boileau. À lui seul, cet homme haut en couleurs et brillant représente une face particulière de l’Action française, différente de celle de Maurras et autres, mais tout aussi féconde.

Paul-André DELORME.
 
RIVAROL 3478 du 30 juin 2021

1 Et bien que les Daudet eussent traditionnellement été catholiques et légitimistes.
 
2 Ainsi, Léon aurait contrarié les ambitions matrimoniales de Charcot, qui aurait vu d’un bon œil l’union de sa famille avec celle des Daudet, devenus célèbres grâce à Alphonse surtout, et Ernest, et se serait senti blessé de voir sa fille repoussée par un possible prétendant. Cette version de Léon reste cependant incertaine. Certes, Charcot n’apprécia sans doute pas le refus de Léon, mais il était tout de même un médecin universitaire conscient de ses devoirs, et il ne décidait pas seul, malgré son autorité, de l’admission des candidats à l’internat. De plus, Léon, bien qu’ayant fait une provision importante de livres et autres manuels en vue de réussir au concours de l’internat, ne semble pas avoir sérieusement préparé ce dernier, et paraît s’être dispersé dans ses activité littéraires.
 
3 Pendant treize ans, elle les empêcha de voir leur père. Jeanne devait confier à l’abbé Mugnier, un ami de sa famille, n’avoir jamais aimé Léon. Ce dernier, comme il le disait lui-même, lui conseillait ironiquement, durant leur mariage, afin de rompre l’ennui dont elle se plaignait, de faire des ménages, de poser nue pour un peintre, ou même de prendre un amant.
 
4 Désormais, la haine de Daudet à l’égard de Zola, pourtant ami de son père, ne se démentit jamais. Il surnommera « le grand Fécal » l’auteur de « J’accuse ».
 
5 À l’exception de son jeune frère Lucien (1878-1946), qui, lui, ne fut jamais anti-démocrate ni antisémite.
 
6 Il décida l’académie Goncourt à couronner À l’ombre des jeunes filles en fleurs, en 1919.
 
7 Auquel il s’efforça, en vain, de faire attribuer le Goncourt, pour Voyage au bout de la nuit, en 1932.
 
8 Le journal fut le phare lumineux de l’Action française. Mais l’éclat du mouvement tint aussi à la Ligue d’Action française, fondée en 1905, à l’Institut d’Action française, créé en 1908, et aux Camelots du Roi.
 
9 Pendant laquelle il n’est pas mobilisé en raison de son âge (déjà 47 ans en 1914). Il tenta de s’engager volontairement en août 1914, mais sa demande fut refusée en raison de sa condition physique.
 
10 Transfuge de la gauche socialiste, Alexandre Millerand (1859-1943), remporta tous les suffrages de la droite lorsqu’en tant que président du Conseil (janvier-septembre 1920), il décida du rétablissement de l’ambassade de France auprès du Saint-Siège, puis, lorsqu’à la conférence de Spa (5-16 juillet), il parvint à faire attribuer à la France 52 % du montant total des réparations de guerre allemandes.
 
11 En 1903, Léon Daudet avait épousé, en secondes noces, sa cousine, Marthe Allard (1878-1960). Le couple eut cinq enfants, dont Philippe était l’aîné.
 
12 Il trouva une souris morte dans sa pitance !

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Bonne année 2022

Bonne année 2022

Bonne année 2022

« Nul ne possède plus d’autres droits que celui de toujours faire son devoir », Auguste Comte

2021 aura été l’année de la privation des libertés fondamentales, de la folie hygiéniste et sanitaire et de l’incurie républicaine qui n’était plus à démontrer. Toujours plus de république et d’Europe, d’immigration, d’immoralité et toujours moins de France, tel est le constat que nous nous faisons en ce début d’année qui, il faut le dire, ne commence pas sous de bons auspices pour notre pays. Pourtant, face à ce coup d’Etat permanent contre la France et les Français, quelques signes nous permettent d’espérer en un avenir meilleur. L’abstention record des dernières élections régionales et départementales aura révélé un système à bout de souffle, un désintérêt pour les partis politiques. La dictature sanitaire a donné naissance à un grand mouvement populaire qui, dans la continuité des Gilets Jaunes aura décomplexé la parole d’un grand nombre de Français ayant pris conscience que la crise sanitaire était une affaire fort rentable pour les laboratoires pharmaceutiques. Ce contexte où le régime et son personnel s’efforcent chaque jour d’arracher la France à son histoire et les Français à leur terre a aussi été favorable à un renouveau du patriotisme.

2021 aura surtout été l’année d’un renouveau de notre Mouvement en réaction aux dérives doctrinales du CRAF-RN : nos adhérents et nos abonnés à « l’Echo d’AF » sont de plus en plus nombreux, notre site est de plus en plus visité, et nos rédacteurs heureux de voir l’AF connaître un nouveau souffle.

Face aux incertitudes du moment, rappelons-nous que ce sont les idées qui font marcher le monde et les minorités agissantes qui font l’histoire. Ne perdons pas l’espérance et ne cherchons pas le salut national ailleurs que dans ce sillon d’extrême droiture. Sans plus attendre, pour nous permettre de réaliser nos projets et d’être davantage visibles, adhérez, faites des abonnés, faites un don à l’Action Française, c’est vital !

 

Nous vous souhaitons de tout cœur, ainsi qu’à tous ceux qui vous sont chers, une heureuse et sainte année 2022, qu’elle soit une année prospère pour chacun et qu’elle soit l’année de la véritable Reconquête !

 

Pour que vive la France, vive le Roi ! 

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