Le Grand Colbert
Le Grand Colbert a été, de 1661-1665 jusqu’à sa mort en 1683, un des principaux ministres de Louis XIV (1643-1715), cumulant économie,finances, travaux publics, industrie, commerce, agriculture, marine et culture. Il a accompli une œuvre importante, voire essentielle, dans tous ces domaines. Si lui ont toujours échappé l’armée de terre, les fortifications, la diplomatie, la justice, ceci ne l’a pas empêché d’accomplir une œuvre législative, en particulier de droit commercial, le célèbre Code noir, humanisant l’esclavage. Il a supervisé le chantier de construction du Louvre, puis celui du Château de Versailles.
Jean-Baptiste Colbert a été un modèle de serviteur de l’Etat, animé par une grande vision de la France. Le tout a été accompli, sous la supervision directe de Louis XIV, roi particulièrement consciencieux. Quelle a été l’action réelle de Colbert ? Est-elle à la hauteur de la propagande d’Etat qu’il a su construire, à sa gloire, dès son époque, avec des écrivains et artistes talentueux ?
Colbert est devenu très vite, un mythe historique. Il a su mettre en œuvre sa propre propagande, celle du ministre exemplaire, alliant sérieux, compétence, désintéressement et surtout courage politique -n’hésitant pas à contredire le roi dans l’intérêt de l’Etat-. Il a dressé symboliquement, sa propre statue, face à de mauvais ministres, Mazarin, mal organisé, et Fouquet, prévaricateur.
Cette image a été reprise au XIXème siècle, en voulant faire de Colbert, un champion de la bourgeoisie, classe montante au service de la France, opposé à une noblesse plus ou moins parasite, voire fauteuse de guerre civile. A l’inverse, à partir des années 1970, des penseurs, marqués par les théories économiques libérales ou ultralibérales, ont attaqué Colbert, jusque-là à peu près consensuel, et ont voulu voir en lui un précurseur du socialisme, donc d’une politique économique inefficace.
Colbert a été un grand serviteur de l’Etat, ceci ne fait aucun doute. Il a essayé, avec des succès variables, de développer l’économie française. Il est issu en effet de la bonne bourgeoisie de Reims, de la banque -pour utiliser un terme moderne- et de la haute administration -les bureaux des ministres, Le Tellier puis Mazarin-. Ce Colbert, petit commerçant, a été une calomnie, du duc de Saint-Simon, mémorialiste au grand talent littéraire mais très mauvaise langue, calomnie reprise au premier degré et retournée positivement au XIXème siècle. Colbert a prétendu lui, durant toute sa vie, à des origines nobiliaires écossaises, fantaisie familiale délirante qui a beaucoup fait rire en son temps et au siècle suivant, car ses descendants, et eux seuls, y ont cru. Il n’était donc nullement quelque champion d’une classe bourgeoise (concept, du reste, inventé au XIXème siècle). Cette petite faiblesse de prétentions nobiliaires, s’explique par le contexte social de l’époque, et n’enlève rien au génie du personnage.
Il faut, bien sûr, se méfier terriblement des opinions idéologiques qui font fi du contexte chronologique. Par exemple, Colbert n’a certainement pas inventé le socialisme deux siècles avant Karl Marx. Ce n’est tout simplement pas sérieux. Colbert a multiplié les encouragements au secteur privé, à commencer par des législations nouvelles, favorables au commerce et à la navigation, et n’a tout simplement jamais eu l’idée d’une économie collectiviste (contresens par rapport à sa pensée profonde).
UN TRÈS GRAND MINISTRE ET UNE FAMILLE AU SERVICE DE L’ETAT
Jean-Baptiste Colbert de 1619 à 1683, a été un ministre possédant un vrai génie de l’organisation administrative, talent aussi rare que précieux pour les Etats. Il a su allier réflexions théoriques et capacités pratiques. Bourreau de travail, il a eu pour seule passion la bibliophilie ; dans cette discrète et très honorable passion, il est devenu assez vite un expert, un amateur au goût très sûr ; après sa mort, ses acquisitions ont enrichi les fonds de la Bibliothèque Royale.
Colbert a certes fait la fortune de sa famille, ce qui a pu choquer rétrospectivement, mais correspondait parfaitement à la coutume du temps. L’enrichissement ne devait pas cependant être disproportionné, scandaleux, comme ce fut le cas avec Fouquet, disgracié et arrêté en 1661. La fortune des Colbert est restée inférieure à celle des grands cardinaux-ministres, Richelieu et Mazarin. Culminant pour toute sa famille, à son apogée vers 1680, à 10 millions de livres, elle est restée dans la norme des très grands ministres de l’époque, à l’étranger (Autriche, Angleterre, Espagne) comme en France, et s’avère comparable à la fortune de la grande famille concurrente des Tellier-Louvois.
Colbert a promu des talents véritables, issus de sa famille, dans ses départements ministériels. Les sujets médiocres, y compris un de ses fils, ont été écartés ou placés à des niveaux correspondant à leurs talents réels. Beaucoup de Colbert, neveux ou cousins, ont été de bons ministres, du vivant du Grand Colbert comme par la suite, en particulier dans les affaires étrangères, les finances, la marine. Nombre de ces fils, neveux, cousins, sont morts à la guerre, pour la France. La prétention nobiliaire n’a pas été qu’une extravagance ridicule de cette famille ; elle en avait assumé, de manière vaillante, toutes les conséquences. La famille Colbert a d’ailleurs été assimilée in fine, à la noblesse, du fait d’actions exemplaires au service de l’Etat, suivant le modèle ancien de service de la Monarchie.
QUELQUES ACTIONS ESSENTIELLES DE COLBERT
La modernisation de l’Etat par Colbert a certes été relative, limitée, mais néanmoins remarquable : Il a imposé des méthodes de comptabilité rigoureuses, pour l’époque. Il a veillé à améliorer les méthodes de perception des impôts : les contribuables, surtout les plus modestes -il s’est beaucoup inquiété des impôts écrasants les paysans-, ont donc un peu moins payé, et l’Etat a davantage reçu… Les urgences des guerres, à partir de 1672, ont empêché de pousser jusqu’au bout la logique des réformes ; une véritable administration fiscale moderne ne sera mise en place que dans les années 1800. Mais il faut saluer les indéniables progrès accomplis.
Colbert a développé une vision d’une France autosuffisante, d’une France exportatrice, n’important plus, ou nettement moins, les produits de consommation courante et de luxe. Il a beaucoup réfléchi à la compétitivité française, avec une vraie politique douanière protectionniste, de défense des productions nationales. Dans l’ensemble, cette politique économique a été une réussite, avec le développement d’un secteur du luxe, des vêtements aux miroirs, resté réputé (un des très rares domaines d’excellence de la France désindustrialisée des années 2020). Les tapis de la Savonnerie et les glaces des Gobelins, ont marqué leur temps, jusqu’au siècle suivant.
Colbert a ressuscité notre marine, et lancé la colonisation effective du Canada. La marine de guerre, reconstruite déjà deux fois dans la première moitié du XVIIème siècle, par Henri IV et Sully, puis par Richelieu sous Louis XIII, avait été négligée dans les années 1640-1650 du fait du caractère prioritaire des fronts terrestres ; citons l’interminable guerre contre l’Espagne (1635-1659), menaçant Paris depuis les Pays-Bas espagnols (future Belgique, alors étendue jusqu’à l’Artois), et les ravages de la guerre civile de la Fronde (1648-1653).
Dans les années 1660-1670, Colbert a accompli une œuvre remarquable de reconstruction de la marine de guerre française, qui a été, pour une des rares fois de notre histoire, la première d’Europe, et même du monde. Colbert a veillé à multiplier les chantiers de construction et les bases navales, pour l’entretien et la protection des flottes ; il a développé Brest et Toulon, restées les principales bases navales de notre marine jusqu’à aujourd’hui. Il a organisé le recrutement des équipages, en inventant le système de l’inscription maritime, sorte de service militaire spécifique pour les gens de mer, contre des indemnités et des compensations réelles. En amont, il a réorganisé la gestion des forêts afin d’approvisionner les chantiers navals, avec les considérables quantités de bois nécessaires.
De même, il a veillé au développement de la marine de commerce, via de grandes compagnies commerciales à chartes, une des bases essentielles de la puissance des Etats. Toutefois, ces tentatives n’ont été que des demi-réussites, du fait de l’agressivité des marines de guerres ennemies et de la perturbation des échanges, causée par les guerres quasi continuelles, après 1672.
Le peuplement du Canada a été pensé comme une politique indispensable pour permettre une implantation française durable en Amérique du Nord, face à la menace mortelle des colonies britanniques voisines. Le Québec actuel, dans ses réalités humaines, lui doit son existence ; les quelques milliers de colons, hommes et femmes (orphelines le plus souvent) envoyés au Canada, ont constitué la base humaine des Canadiens-Français. Il est dommage que cette politique de peuplement n’ait pas été poursuivie par la suite. Une Nouvelle-France plus peuplée aurait résisté à l’offensive majeure britannique des années 1750-1760.
UN SERVITEUR DE L’ETAT EXCEPTIONNEL, D’UN TYPE HELAS TROP RARE DANS NOTRE HISTOIRE
Le Grand Colbert a donc été un serviteur génial de l’Etat, non seulement un homme doté de grandes aspirations pour la France, mais aussi un homme rigoureux, pratique, qui a tout fait pour mettre ses visions en œuvre, et a rencontré un réel succès. Il est dommage que ses recommandations n’aient pas davantage été suivies, le siècle suivant, siècle durant lequel a manqué à l’Etat et à la Monarchie, un grand serviteur de la stature de Colbert.
Octave THIBAULT
Ce n’est pas un anglicisme. Ce titre ne dit pas que Zemmour ressentirait ou provoquerait de la panique, le mot étant substantif, lié à Zemmour par une sorte de génitif saxon. Non. Il est construit selon la syntaxe française la plus ordinaire. Et avec un vocabulaire classique. Ainsi ne veut-il pas dire non plus que Zemmour s’affolerait, panique étant pris pour un verbe, selon l’abus assez fréquent aujourd’hui. Non. Panique est ici l’adjectif relatif au dieu Pan. Le titre signifie donc que Zemmour et les réactions qu’il provoque ont quelque chose d’irrationnel dont il faut voir le modèle du côté de Pan.

C’est à cela aussi qu’on mesure à quel point la mise en esclavage de l’humanité, et singulièrement de l’Occident, est aujourd’hui avancée. Quelle tristesse de voir tous ces gens porter sans cesse le masque, même là où il n’est pas formellement imposé, alors qu’il y a trois ans à peine nous étions tellement fiers de cette révolte gauloise des gilets jaunes ! Il serait d’ailleurs intéressant de quantifier le nombre de gilets jaunes actifs à l’époque qui ont hélas aujourd’hui intégré les mots d’ordre de la tyrannie sanitaire avec sa muselière physique, ses gestes dits barrière qui nuisent à la spontanéité, à l’affection, à la chaleur humaine, à l’expression physique des sentiments. Nous sommes des êtres de chair et de sang et empêcher tout contact physique, toute embrassade, toute accolade, tout franc et chaleureux serrement de mains n’est pas anodin, n’est pas sans conséquence. Il n’est pas d’amour et d’amitié, il n’est que des preuves, des actes d’amour et d’amitié. Et le monde virtuel, froid, glacial et glaçant dans lequel nous entrons est infernal. Il est le contraire de notre civilisation de l’Incarnation et repose sur la méfiance systématique de l’autre considéré comme un contaminateur potentiel, comme un tueur en puissance, à l’instar de l’automobiliste traité comme un délinquant en puissance, ou le Français de souche suspecté d’être un raciste, un xénophobe voire un antisémite.

Jacques Bainville a écrit un Napoléon, paru en 1931 et maintes fois réédité, qui est devenu un classique. Notre maître Jean Tulard, lui-même spécialiste éminent de l’époque napoléonienne, le recommandait toujours dans la bibliographie qu’il remettait à ses étudiants, preuve du caractère fondamental et pérenne du fond de l’ouvrage, par ailleurs incomparable par sa clarté et l’aisance de son style. Bainville montre que Napoléon Bonaparte, malgré sa remarquable intelligence et son énergie, a été prisonnier des circonstances qui l’avaient amené au pouvoir : il a été mis en place par des révolutionnaires pour permettre leur maintien (le 18 brumaire, même s’il s’avérera par la suite être un coup d’État de l’ordre, est initialement une tentative de stabilisation du pouvoir républicain afin d’éviter un retour à la royauté). Napoléon Bonaparte, Premier consul puis Empereur, comme Sisyphe poussant vainement son rocher, va être lié inexorablement aux conquêtes de la Révolution, et parmi celles-ci à la possession de la Belgique. Or Anvers est « un pistolet braqué sur le cœur de l’Angleterre », et la Grande-Bretagne restera en guerre tant que la France ne lâchera pas cette conquête. Bainville a bien montré, au milieu des fastes et des déboires de la période, cet héritage révolutionnaire qui sera fatal à Napoléon.

