Le Grand Colbert

Le Grand Colbert

Le Grand Colbert a été, de 1661-1665 jusqu’à sa mort en 1683, un des principaux ministres de Louis XIV (1643-1715), cumulant économie,finances, travaux publics, industrie, commerce, agriculture, marine et culture. Il a accompli une œuvre importante, voire essentielle, dans tous ces domaines. Si lui ont toujours échappé l’armée de terre, les fortifications, la diplomatie, la justice, ceci ne l’a pas empêché d’accomplir une œuvre législative, en particulier de droit commercial, le célèbre Code noir, humanisant l’esclavage. Il a supervisé le chantier de construction du Louvre, puis celui du Château de Versailles.

Jean-Baptiste Colbert a été un modèle de serviteur de l’Etat, animé par une grande vision de la France. Le tout a été accompli, sous la supervision directe de Louis XIV, roi particulièrement consciencieux. Quelle a été l’action réelle de Colbert ? Est-elle à la hauteur de la propagande d’Etat qu’il a su construire, à sa gloire, dès son époque, avec des écrivains et artistes talentueux ?

Colbert est devenu très vite, un mythe historique. Il a su mettre en œuvre sa propre propagande, celle du ministre exemplaire, alliant sérieux, compétence, désintéressement et surtout courage politique -n’hésitant pas à contredire le roi dans l’intérêt de l’Etat-. Il a dressé symboliquement, sa propre statue, face à de mauvais ministres, Mazarin, mal organisé, et Fouquet, prévaricateur.

Cette image a été reprise au XIXème siècle, en voulant faire de Colbert, un champion de la bourgeoisie, classe montante au service de la France, opposé à une noblesse plus ou moins parasite, voire fauteuse de guerre civile. A l’inverse, à partir des années 1970, des penseurs, marqués par les théories économiques libérales ou ultralibérales, ont attaqué Colbert, jusque-là à peu près consensuel, et ont voulu voir en lui un précurseur du socialisme, donc d’une politique économique inefficace.

Colbert a été un grand serviteur de l’Etat, ceci ne fait aucun doute. Il a essayé, avec des succès variables, de développer l’économie française. Il est issu en effet de la bonne bourgeoisie de Reims, de la banque -pour utiliser un terme moderne- et de la haute administration -les bureaux des ministres, Le Tellier puis Mazarin-. Ce Colbert, petit commerçant, a été une calomnie, du duc de Saint-Simon, mémorialiste au grand talent littéraire mais très mauvaise langue, calomnie reprise au premier degré et retournée positivement au XIXème siècle. Colbert a prétendu lui, durant toute sa vie, à des origines nobiliaires écossaises, fantaisie familiale délirante qui a beaucoup fait rire en son temps et au siècle suivant, car ses descendants, et eux seuls, y ont cru. Il n’était donc nullement quelque champion d’une classe bourgeoise (concept, du reste, inventé au XIXème siècle). Cette petite faiblesse de prétentions nobiliaires, s’explique par le contexte social de l’époque, et n’enlève rien au génie du personnage.

Il faut, bien sûr, se méfier terriblement des opinions idéologiques qui font fi du contexte chronologique. Par exemple, Colbert n’a certainement pas inventé le socialisme deux siècles avant Karl Marx. Ce n’est tout simplement pas sérieux. Colbert a multiplié les encouragements au secteur privé, à commencer par des législations nouvelles, favorables au commerce et à la navigation, et n’a tout simplement jamais eu l’idée d’une économie collectiviste (contresens par rapport à sa pensée profonde).

UN TRÈS GRAND MINISTRE ET UNE FAMILLE AU SERVICE DE L’ETAT

Jean-Baptiste Colbert de 1619 à 1683, a été un ministre possédant un vrai génie de l’organisation administrative, talent aussi rare que précieux pour les Etats. Il a su allier réflexions théoriques et capacités pratiques. Bourreau de travail, il a eu pour seule passion la bibliophilie ; dans cette discrète et très honorable passion, il est devenu assez vite un expert, un amateur au goût très sûr ; après sa mort, ses acquisitions ont enrichi les fonds de la Bibliothèque Royale.

Colbert a certes fait la fortune de sa famille, ce qui a pu choquer rétrospectivement, mais correspondait parfaitement à la coutume du temps. L’enrichissement ne devait pas cependant être disproportionné, scandaleux, comme ce fut le cas avec Fouquet, disgracié et arrêté en 1661. La fortune des Colbert est restée inférieure à celle des grands cardinaux-ministres, Richelieu et Mazarin. Culminant pour toute sa famille, à son apogée vers 1680, à 10 millions de livres, elle est restée dans la norme des très grands ministres de l’époque, à l’étranger (Autriche, Angleterre, Espagne) comme en France, et s’avère comparable à la fortune de la grande famille concurrente des Tellier-Louvois.

Colbert a promu des talents véritables, issus de sa famille, dans ses départements ministériels. Les sujets médiocres, y compris un de ses fils, ont été écartés ou placés à des niveaux correspondant à leurs talents réels. Beaucoup de Colbert, neveux ou cousins, ont été de bons ministres, du vivant du Grand Colbert comme par la suite, en particulier dans les affaires étrangères, les finances, la marine.  Nombre de ces fils, neveux, cousins, sont morts à la guerre, pour la France. La prétention nobiliaire n’a pas été qu’une extravagance ridicule de cette famille ; elle en avait assumé, de manière vaillante, toutes les conséquences. La famille Colbert a d’ailleurs été assimilée in fine, à la noblesse, du fait d’actions exemplaires au service de l’Etat, suivant le modèle ancien de service de la Monarchie.

QUELQUES ACTIONS ESSENTIELLES DE COLBERT

La modernisation de l’Etat par Colbert a certes été relative, limitée, mais néanmoins remarquable : Il a imposé des méthodes de comptabilité rigoureuses, pour l’époque. Il a veillé à améliorer les méthodes de perception des impôts : les contribuables, surtout les plus modestes -il s’est beaucoup inquiété des impôts écrasants les paysans-, ont donc un peu moins payé, et l’Etat a davantage reçu… Les urgences des guerres, à partir de 1672, ont empêché de pousser jusqu’au bout la logique des réformes ; une véritable administration fiscale moderne ne sera mise en place que dans les années 1800. Mais il faut saluer les indéniables progrès accomplis.

Colbert a développé une vision d’une France autosuffisante, d’une France exportatrice, n’important plus, ou nettement moins, les produits de consommation courante et de luxe. Il a beaucoup réfléchi à la compétitivité française, avec une vraie politique douanière protectionniste, de défense des productions nationales. Dans l’ensemble, cette politique économique a été une réussite, avec le développement d’un secteur du luxe, des vêtements aux miroirs, resté réputé (un des très rares domaines d’excellence de la France désindustrialisée des années 2020). Les tapis de la Savonnerie et les glaces des Gobelins, ont marqué leur temps, jusqu’au siècle suivant.

Colbert a ressuscité notre marine, et lancé la colonisation effective du Canada. La marine de guerre, reconstruite déjà deux fois dans la première moitié du XVIIème siècle, par Henri IV et Sully, puis par Richelieu sous Louis XIII, avait été négligée dans les années 1640-1650 du fait du caractère prioritaire des fronts terrestres ; citons l’interminable guerre contre l’Espagne (1635-1659), menaçant Paris depuis les Pays-Bas espagnols (future Belgique, alors étendue jusqu’à l’Artois), et les ravages de la guerre civile de la Fronde (1648-1653).

Dans les années 1660-1670, Colbert a accompli une œuvre remarquable de reconstruction de la marine de guerre française, qui a été, pour une des rares fois de notre histoire, la première d’Europe, et même du monde. Colbert a veillé à multiplier les chantiers de construction et les bases navales, pour l’entretien et la protection des flottes ; il a développé Brest et Toulon, restées les principales bases navales de notre marine jusqu’à aujourd’hui. Il a organisé le recrutement des équipages, en inventant le système de l’inscription maritime, sorte de service militaire spécifique pour les gens de mer, contre des indemnités et des compensations réelles. En amont, il a réorganisé la gestion des forêts afin d’approvisionner les chantiers navals, avec les considérables quantités de bois nécessaires.

De même, il a veillé au développement de la marine de commerce, via de grandes compagnies commerciales à chartes, une des bases essentielles de la puissance des Etats. Toutefois, ces tentatives n’ont été que des demi-réussites, du fait de l’agressivité des marines de guerres ennemies et de la perturbation des échanges, causée par les guerres quasi continuelles, après 1672.

Le peuplement du Canada a été pensé comme une politique indispensable pour permettre une implantation française durable en Amérique du Nord, face à la menace mortelle des colonies britanniques voisines. Le Québec actuel, dans ses réalités humaines, lui doit son existence ; les quelques milliers de colons, hommes et femmes (orphelines le plus souvent) envoyés au Canada, ont constitué la base humaine des Canadiens-Français. Il est dommage que cette politique de peuplement n’ait pas été poursuivie par la suite. Une Nouvelle-France plus peuplée aurait résisté à l’offensive majeure britannique des années 1750-1760. 

UN SERVITEUR DE L’ETAT EXCEPTIONNEL, D’UN TYPE HELAS TROP RARE DANS NOTRE HISTOIRE

Le Grand Colbert a donc été un serviteur génial de l’Etat, non seulement un homme doté de grandes aspirations pour la France, mais aussi un homme rigoureux, pratique, qui a tout fait pour mettre ses visions en œuvre, et a rencontré un réel succès. Il est dommage que ses recommandations n’aient pas davantage été suivies, le siècle suivant, siècle durant lequel a manqué à l’Etat et à la Monarchie, un grand serviteur de la stature de Colbert.

Octave THIBAULT

Zemmour panique

Zemmour panique

Ce n’est pas un anglicisme. Ce titre ne dit pas que Zemmour ressentirait ou provoquerait de la panique, le mot étant substantif, lié à Zemmour par une sorte de génitif saxon. Non. Il est construit selon la syntaxe française la plus ordinaire. Et avec un vocabulaire classique. Ainsi ne veut-il pas dire non plus que Zemmour s’affolerait, panique étant pris pour un verbe, selon l’abus assez fréquent aujourd’hui. Non. Panique est ici l’adjectif relatif au dieu Pan. Le titre signifie donc que Zemmour et les réactions qu’il provoque ont quelque chose d’irrationnel dont il faut voir le modèle du côté de Pan.

Cela n’est pas une allusion aux accusations de quelques jeunes femmes qui reprochent au journaliste-candidat de les avoir poursuivies avec trop d’insistance. Malgré son physique caprin, Zemmour n’est ni faune, ni satyre, ni sylvain, ni silène, on ne lui a pas vu pousser de pieds de bouc ni d’appendice ithyphallique : mais il joue avec art de cette flûte de pan qui mène les foules. Exilé de l’Olympe pour sa laideur, Pan vécut sur la terre parmi les troupeaux et triompha par sa flûte. Exilé de l’ENA par son échec, Zemmour vécut parmi les journalistes et y triompha en découvrant la musique sublime qui touche le cœur des hommes. On l’a vu sur CNews et lors du meeting de Villepinte, Zemmour s’y comporte en chaman un rien orphique. Il inspire l’enthousiasme de ses adeptes. Je recopie ici le début de la définition d’enthousiasme dans le dictionnaire du centre national lexical de Nancy (j’en recommande l’usage), première acception, celle des religions non-chrétiennes : « État d’exaltation de l’esprit, d’ébranlement profond de la sensibilité de celui qui se trouve possédé par la Divinité dont il reçoit l’inspiration. » L’exaltation que suscite Zemmour rappelle la coupe du monde de football de 1998, et un et deux et trois zéro, ou celle de 2012, coup de boule. Nous sommes dans un transport en commun, d’amour ou de haine.

Ici l’on touche le point important : les réactions que suscite Zemmour ressemblent à celles d’une foule, ou d’une théorie de Bacchantes dont la tête et le corps se trouvent agités de vapeurs diverses et de mouvements qui ressemblent à la transe. Il ne s’agit pas ici de « psychiatriser » les Zemmourolâtres ou les Zemmouroclastes, il s’agit de constater que le débat actuel est sorti de la rationalité pour entrer dans l’enthousiasme, sinon l’hystérie. Chacun aura pu constater, au gré des réunions d’amis ou de famille (ne parlons pas de Facebook), qu’il est impossible de débattre de Zemmour, ou même d’en converser posément. Comme pour l’Affaire Dreyfus jadis ou le Covid aujourd’hui, quand on y entre, il faut laisser tomber l’espoir d’une quelconque nuance, d’un peu de paix, d’un semblant de raison. L’agression est la règle, l’incompréhension de rigueur. La controverse n’apporte qu’aigreur et division, sans une lueur pour sortir de la confusion.

Je l’avais déjà constaté dans un petit livre paru en 2014, A poil Zemmour, où je m’étonnais de ce dialogue de sourds entre l’adulation des fidèles et l’exécration des ennemis. 

Mon propos d’alors, qui me semble aujourd’hui plus urgent que jamais, était de ramener la question à des proportions plus justes, de sortir d’une guerre des fantasmes pour entrer dans une observation tranquille de la réalité, du personnage, de ce qu’il a dit et écrit, de ce à quoi il sert. Le tout guidé par Racine et Britannicus. Zemmour en effet, s’il a suscité chez une part du peuple français le même enthousiasme qu’inspira à Néron la jolie Junie, devrait s’inspirer de la lucidité de celle-ci : « J’ose dire pourtant que je n’ai mérité / Ni cet excès d’honneur ni cette indignité ». Si l’on poussait la comparaison, ce que Boileau ne recommande pas, on noterait que Zemmour engendre par ses paroles l’enthousiasme que Junie causait « dans le simple appareil / D’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil ». 

La question à se poser est la même dans les deux cas : comment l’affect ainsi stimulé agit-il sur la fiabilité du jugement politique ?

Ici vient le moment de dévoiler l’intention du présent article. Perdus dans ce phénomène panique, les amoureux de la France se sont divisés. On connaît tous d’excellentes gens, qui ont cru de bonnes choses et mené de bons combats, et qui aujourd’hui Zemmourodules vous accablent d’injures à la moindre réserve.

Sortir du panique permettra d’abord la réconciliation de ceux qui aiment la France. 

Deuxièmement, dans son répertoire, Zemmour dit aussi de bonnes choses, et c’est pour ces bonnes choses qu’il est accablé par l’ennemi : en faire l’analyse réfute l’ennemi et permet en quelque sorte d’exploiter le bon côté du phénomène Zemmour. Enfin, surtout, la perception précise des erreurs, insuffisances et prestiges de Zemmour amènera naturellement à définir concrètement la bonne position politique à prendre. Voilà le programme de quelques-uns de mes prochains articles, que l’actualité ne va pas manquer de nourrir.

Martin Peltier

Une tyrannie sanitaire pour toujours ?

Une tyrannie sanitaire pour toujours ?

PLUS LE TEMPS passe, plus l’on découvre chaque jour davantage un coin du voile quant à l’horreur dans laquelle nous devons vivre actuellement et plus encore quant à la tyrannie où nous allons devoir survivre coûte que coûte. En mars 2020, lors du premier confinement, on évoquait une pandémie qui durerait quelques mois, peut-être un an. Puis on a reculé la fin de la crise à l’été 2021, ainsi que l’avait déclaré Macron dans l’un de ses nombreux et interminables discours sur le sujet, puis à début 2022, puis à 2023, et voilà qu’on nous parle désormais d’un virus qui pourrait durer dix ans. Comme pour nous habituer à des restrictions inouïes de liberté, non pas temporaires mais définitives. Et lorsque l’on a perdu une liberté, il est très difficile de la reconquérir, de la recouvrer. On finit même au bout d’un certain temps par en perdre le goût, la notion, l’idée. Un peu comme ces personnes que l’on n’a pas revues ni entendues depuis de très longues années et dont on finit peu à peu par oublier la forme du visage et jusqu’au timbre de la voix. Et si des libertés se perdent, de nouvelles habitudes de servitude se créent. C’est ainsi par exemple qu’il est désormais courant de voir des gens porter le masque même dans leur voiture, même dans la rue, là où pourtant il n’est pas encore obligatoire. Mais l’habitude est prise : on finit par oublier de l’enlever, il devient comme un second vêtement, comme une combinaison, pis pour certains il devient indispensable pour conjurer leur peur. 

C’est à cela aussi qu’on mesure à quel point la mise en esclavage de l’humanité, et singulièrement de l’Occident, est aujourd’hui avancée. Quelle tristesse de voir tous ces gens porter sans cesse le masque, même là où il n’est pas formellement imposé, alors qu’il y a trois ans à peine nous étions tellement fiers de cette révolte gauloise des gilets jaunes ! Il serait d’ailleurs intéressant de quantifier le nombre de gilets jaunes actifs à l’époque qui ont hélas aujourd’hui intégré les mots d’ordre de la tyrannie sanitaire avec sa muselière physique, ses gestes dits barrière qui nuisent à la spontanéité, à l’affection, à la chaleur humaine, à l’expression physique des sentiments. Nous sommes des êtres de chair et de sang et empêcher tout contact physique, toute embrassade, toute accolade, tout franc et chaleureux serrement de mains n’est pas anodin, n’est pas sans conséquence. Il n’est pas d’amour et d’amitié, il n’est que des preuves, des actes d’amour et d’amitié. Et le monde virtuel, froid, glacial et glaçant dans lequel nous entrons est infernal. Il est le contraire de notre civilisation de l’Incarnation et repose sur la méfiance systématique de l’autre considéré comme un contaminateur potentiel, comme un tueur en puissance, à l’instar de l’automobiliste traité comme un délinquant en puissance, ou le Français de souche suspecté d’être un raciste, un xénophobe voire un antisémite.

LES CONTRAINTES et les brimades s’enchaînent, se multiplient, s’ajoutent les unes aux autres, comme les variants : après le Delta, c’est désormais l’Omicron (qui rime avec Macron !) Quant à la troisième dose, d’abord réservée aux personnes âgées de 65 ans et plus, elle est finalement imposée à partir du 15 janvier 2022 aux plus de 18 ans. L’objectif est de vacciner toute la population. Les médecins qui se succèdent sur le petit écran (cette crise aura marqué le total naufrage et l’indignité absolue de la médecine actuelle complètement stipendiée, à de rares exceptions près, il faut le dire et le dénoncer !) évoquent désormais une vaccination des enfants de 5 à 11 ans, et nul doute que l’injection concernera à moyen terme les nourrissons. Et alors même que, contrairement à ce que l’on nous avait affirmé, la main sur le cœur et le menton en avant, la vaccination n’empêche pas les gens de contracter le virus, ni d’être contagieux. Autrement dit on ne cesse de nous mentir et de nous manipuler. Si l’on voulait résumer la situation présente, on pourrait la décrire en une courte phrase : on a menti, on ment, on mentira. Pour contraindre tout un chacun à se faire piquer, on a dans un premier temps rendu les tests antigéniques et PCR payants, puis, depuis le 29 novembre, leur validité a été réduite de 72h à 24h, ce qui rend la vie des non-vaccinés impossible s’ils veulent prendre le train, aller au restaurant, visiter un patient à l’hôpital, voyager, bref avoir la moindre vie sociale. Sachant de surcroît que beaucoup de pharmacies ne réalisent pas ces tests, que celles qui les font sont surchargées, que le temps d’attente est souvent considérable et qu’il est loin d’être toujours possible techniquement de pouvoir les renouveler tous les 24 heures faute de disponibilité, c’est la galère permanente pour les non-vaccinés. 

Peut-on imaginer pire brimade que ce que l’on vit actuellement ? Déjà écrasés par les taxes et les impôts, flashés par des milliers de radars sur toutes les routes et autoroutes de France, traînés devant les tribunaux de leur République dès que, sur les réseaux sociaux, la famille traditionnelle et la morale naturelle sont défendues (délit d’homophobie), que la submersion migratoire et le Grand Remplacement sont refusés (délit de racisme), que la version obligatoire et officielle de la Seconde Guerre mondiale est contestée (délit de négationnisme considéré comme de l’antisémitisme), les Français subissent une occupation et une tyrannie dont beaucoup hélas n’ont pas pleinement conscience, anesthésiés qu’ils sont par les media audiovisuels et n’ayant plus de solides repères moraux et spirituels. 

NE NOUS Y TROMPONS pas. Le déconfinement de nos libertés n’est pas pour demain. Ils ne relâcheront jamais la pression, bien au contraire. La mise en servitude se veut définitive, irrévocable, inexorable. Déjà, le 13 janvier 2021, le PDG de Moderna, Stéphane Bancel, laboratoire ayant fabriqué un vaccin contre le covid 19 (que d’aucuns appellent fort justement le covid 1984), déclarait le plus tranquillement du monde que le coronavirus serait là « pour toujours ». L’OMS avait déjà annoncé que ce virus pourrait devenir endémique et ne jamais disparaître. Stéphane Bancel est allé encore plus loin, affirmant de manière péremptoire que « le SRAS-CoV-2 ne disparaîtra pas. » Et le PDG de Moderna d’ajouter avec gourmandise : « Nous allons vivre avec ce virus, nous pensons, pour toujours ». Et où ce milliardaire a-t-il fait cette déclaration ? Nous vous le donnons en mille : lors d’une table ronde consacrée à la santé et organisée par la banque américaine JP Morgan, ainsi que l’avait rapporté la chaîne de télévision américaine CNBC. Les liens entre la science (ou ce qui en tient lieu) et la haute banque sont on ne plus étroits et manifestes. C’était déjà le cas du temps de Drumont. Les choses ne se sont pas arrangées depuis. Et tout cela n’est évidemment pas pour notre bien. On le voit, la réalité dépasse la fiction. Les autorités sanitaires devront surveiller en permanence les nouveaux variants du virus, qui ne cesseront d’apparaître et de se répandre, avait ajouté, lors de ce colloque, le patron du laboratoire Moderna, faisant décidément preuve de prescience, afin que les scientifiques puissent produire sans cesse de nouveaux vaccins pour les combattre, avait-il ajouté. Des vaccins ô combien lucratifs pour les laboratoires et dont il faut rappeler qu’ils sont réalisés à partir de fœtus vivants d’enfants avortés, ce que l’on se garde bien de nous dire.

Il faudra vivre avec ce virus pour toujours nous dit le PDG de Moderna. Jamais les gens ne retrouveront leur vie d’avant, le monde d’avant, avait parallèlement prédit Jacques Attali. Jamais, toujours, voilà des adverbes particulièrement forts et définitifs dont l’emploi n’est certainement pas innocent et qui en disent long sur ce que l’oligarchie, l’hyperclasse mondiale nous réserve.Et face à cela, il faut résister de toutes nos forces. Nous armer intellectuellement, psychologiquement, mentalement, spirituellement. Par la prière et la méditation. Par les amitiés vraies. Par les bonnes et saines lectures. Par la réflexion personnelle. En faisant appel à son bon sens, à sa vigilance, à son esprit critique et à sa capacité d’insoumission active. Car le pire est de céder, de se soumettre pour avoir la paix, ce qui est parfaitement illusoire (on nous parle déjà d’une 4e, 5e, 6e et même 7e dose, d’un abonnement vaccinal à vie, de passes sanitaires transitoires, rapidement caduques, et sans cesse à renouveler ; notre situation est bien pire que celle des immigrés bénéficiant du renouvellement automatique de la carte de séjour ou de la naturalisation, elle aussi automatique, à 18 ans). Ne devenons pas comme Winston, héros du livre 1984, et résistant à Big Brother qui, à force de rééducations, d’odieuses et habiles manipulations, de pression sociale, de tortures mentales voire physiques, finit par abdiquer, par totalement se soumettre, au point de constater, vaincu, que « la lutte était terminée (et qu’) il aimait Big Brother ». Phrase terrible, effrayante, poignante sur laquelle se referme le livre prophétique de George Orwell. 

Editorial de Jérome Bourbon, Rivarol du 29 novembre 2021

RETOUR SUR LE BICENTENAIRE DE LA MORT DE NAPOLÉON BONAPARTE

RETOUR SUR LE BICENTENAIRE DE LA MORT DE NAPOLÉON BONAPARTE

En cette année 2021 a eu lieu la commémoration des deux cents ans de la disparition, en l’île de Sainte-Hélène, de Napoléon Bonaparte, un des personnages les plus prodigieux de l’histoire de France pour le meilleur ou pour le pire. À vrai dire, la commémoration a été troublée  par la crise sanitaire du coronavirus, et aussi par les revendications détestables de la « cancel- culture », mode subversive empruntée aux États-Unis qui veut effacer de l’histoire des personnages et des événements qui déplaisent en fonction des prétendues valeurs de notre époque. C’est ainsi que Napoléon Bonaparte, ayant rétabli l’esclavage colonial aux Antilles, a rejoint sur le banc d’infamie d’autres personnages comme Colbert, illustre ministre du Grand Roi, tenu pour responsable de l’édiction du  Code noir.

Nous ne nous situons évidemment pas dans cette démarche. L’histoire comporte ses gloires et ses tares, et ce n’est qu’en approfondissant les connaissances, au lieu d’ostraciser et de détruire, que l’on pourra éventuellement prendre parti. Au demeurant, commémorer n’est pas célébrer, ni d’ailleurs dénigrer. Il paraît nécessaire que le pays se penche sur les grandes étapes de son passé afin d’en tirer les leçons : de Bossuet à Maurras, tous les historiens le pensent. Enfin ces indignations rétrospectives est souvent intéressé reposent sur des anachronismes : chaque époque a ses idéaux et ses défauts et juger ce qui s’est passé hier à l’aune d’aujourd’hui expose à ne rien comprendre.

La quantité de domaines dans lesquels a œuvré Napoléon Bonaparte, pour le meilleur et pour le pire, rend sa place dans l’histoire, comme l’on dit, incontournable. Nous ne pourrons en ces quelques lignes nous livrer à un bilan tenté maintes fois, mais qui s’avère difficile. Qu’est-ce qui domine dans la vie et la carrière d’un tel homme ?  Le positif, par exemple le retour à la paix religieuse due au concordat, le rétablissement de l’ordre et de l’administration, voire un Code civil bien rédigé, mais non exempt de critiques, ou le négatif : les guerres, la conscription, le despotisme, la mort injuste du duc d’Enghien, sacrifié à une obscure vendetta ?… Et de quel côté mettre les victoires : Austerlitz modèle des batailles ? Iéna ou l’école militaire ? Ou bien Waterloo morne plaine ? Et la gloire ? Et les morts ? Et le sang ? En face de quantité d’initiatives administratives de cet homme épris d’ordre et de travail qui se sont avérées utiles, comme le cadastre, il y a eu des ravages considérables dans toute l’Europe, et un recul conséquent de l’image de la France… Faire la balance de tout cela est très difficile. Et l’homme lui-même échappe aux classifications : est-ce Robespierre à cheval ? Un despote éclairé ? Le continuateur des rois ? Le fondateur d’une nouvelle dynastie? Ou un Washington français ? Depuis deux siècles une quantité écrasante d’études, d’ouvrages et d’articles en discute sans pouvoir arriver à conclure tout à fait…

La place de ce personnage dans l’histoire restera de toute manière éminente: (« Encore une fois, je le trouve grand » a écrit Maurras).  En ce qui concerne la compréhension de son action, il nous semble que l’école d’Action Française a apporté une contribution essentielle, en particulier à travers les travaux et les appréciations du trio Maurras, Bainville, Daudet.

Jacques Bainville a écrit un Napoléon, paru en 1931 et maintes fois réédité, qui est devenu un classique. Notre maître Jean Tulard, lui-même spécialiste éminent de l’époque napoléonienne, le recommandait toujours dans la bibliographie qu’il remettait à ses étudiants,  preuve du caractère fondamental  et pérenne du fond de  l’ouvrage, par ailleurs incomparable par sa clarté et l’aisance de son style. Bainville montre que Napoléon Bonaparte, malgré sa remarquable intelligence et son énergie, a été prisonnier des circonstances qui l’avaient amené au pouvoir : il a été mis en place par des révolutionnaires pour permettre leur maintien (le 18 brumaire, même s’il s’avérera par la suite être un coup d’État de l’ordre, est initialement une tentative de stabilisation du pouvoir républicain afin d’éviter un retour à la royauté). Napoléon Bonaparte, Premier consul puis Empereur, comme Sisyphe poussant vainement son rocher, va  être lié inexorablement aux conquêtes de la Révolution, et parmi celles-ci à la possession de la Belgique. Or Anvers est « un pistolet braqué sur le cœur de l’Angleterre », et la Grande-Bretagne restera en guerre tant que la France ne lâchera pas cette conquête. Bainville a bien montré, au milieu des fastes et des déboires de la période, cet héritage révolutionnaire qui sera fatal à Napoléon.

De son côté, Maurras, dans la 3e partie de son étude, Jeanne d’Arc, Louis XIV, Napoléon (1937) – et aussi dans L’Ordre et le Désordre(1948) – s’est livré à une évaluation du personnage. Alors qu’il célèbre les résultats de la dynastie capétienne, plus efficace par son institution, qui a abouti à faire la France, que par les talents fort inégaux de ses représentants, il constate que l’Empire de Napoléon, et aussi celui de son neveu Napoléon III, quelles que soient les qualités personnelles des individus, a mené à des défaites totales et au rassemblement de puissances rivales, l’Allemagne et l’Italie, dont la monarchie avait réussi en son temps à conjurer l’unification. Maurras souligne donc que la nouvelle dynastie impériale, se situant dans le droit fil de la Révolution, a suivi une politique extérieure nuisible pour l’intérêt français. Le Maître de Martigues  est  également sévère au plan intérieur car, attaché  à la décentralisation, il critique le despotisme et l’absence de renaissance des franchises locales. Obligé d’admettre que la monarchie avait elle-même centralisé aux XVII et XVIIIe  siècles, Maurras note cependant que la royauté a la possibilité de décentraliser, ce qu’un pouvoir issu de l’élection ne peut pas faire et que Napoléon s’est bien gardé de faire. À la différence du pouvoir démocratique ou impérial, qui veut tout régir, Maurras souhaite une royauté  forte dans ses fonctions régaliennes, mais aussi un pays largement auto administré dans le cadre des professions et des provinces. On ajoutera que Maurras, quoique ennemi du parlementarisme, n’avait pas non plus de tendresse pour les tendances plébiscitaires des Bonaparte : il exprime son refus du césarisme dans les deux volumes de De Démos à César, parus en 1930.

Ajoutons enfin la contribution de Léon Daudet, dans un livre sans concession–l’on a parfois parlé d’un « règlement de comptes » – mais qui a le mérite de souligner des points importants : Deux idoles sanguinaires : la Révolution et son fils Bonaparte, paru en 1939. Déjà par son titre, l’ouvrage souligne la filiation et les affinités entre les deux périodes. Daudet consacre à Napoléon les trois derniers chapitres de son livre : « jeunesse et formation d’une idole », « l’assassinat du duc d’Enghien et « une caricature de la monarchie. » Portant la lumière–et le fer- sur quelques épisodes, et en s’aidant dans sa démonstration de nombreuses citations, l’auteur dresse un portrait à charge, non sans intérêt (particulièrement à propos du duc d’Enghien), mais que la sérénité de Bainville permet cependant de nuancer. On observe que, comme Bainville, Léon Daudet insiste sur le caractère infranchissable de l’obstacle anglais. Peut-être convient-il de remettre cette question au centre de l’évaluation de l’aventure napoléonienne : quelle que soit la valeur de l’édifice, il reposait sur un fondement fragilisé.

L’apport des penseurs et des historiens d’Action Française permet d’arriver à une vision équilibrée d’un personnage fascinant et d’une épopée grandiose qui ont  abouti à d’immenses déconvenues, que ce soit au plan de la défaite extérieure ou de l’abaissement des libertés. La sagesse de Bainville, la distance critique de Maurras et la verve polémique de Léon Daudet éclairent la compréhension du phénomène napoléonien, qui s’inscrit dans la continuité de la Révolution (laquelle a été remarquablement étudiée par Pierre Gaxotte, autre historien de la même école). Il serait souhaitable qu’une étude historiographique vienne mettre en évidence, d’une manière systématique, la valeur et la portée explicative de cette approche.

François Marceron

Ce qu’il faut faire

Ce qu’il faut faire

 

Il faut désormais faire peur à l’oligarchie, à ses membres, aux particuliers, aux clampins… de chair et de sang. S’ils ont décidé de diffuser par les mass medias une pandémie fictive, c’est parce qu’ils ont eu peur qu’un vrai virus ne les tue eux aussi. Ils n’ont pas de plus grande peur que celle de mourir… Persuadés de l’inexistence d’une destinée surnaturelle post-mortem, ils croient dur comme fer que seule existe cette misérable existence et plus encore qu’elle se limite aux plaisir tristes des sens et de la chair. C’est parce qu’ils n’ont aucun sens du caractère sacré, mystérieux et précieux de la vie qu’ils n’envisagent les êtres que comme des amas de chair brute dont ils pourraient disposer selon leur bon plaisir. Du fait de leur ignorance des fins dernières, ils ont une peur bleue de mourir. Ils ne sont pas les seuls, le troupeau ahuri des déchristianisés, pour les même raisons, a lui aussi peur de mourir, il est donc disposé à toutes les bassesses pourvu qu’on lui concède encore un délai. Mais cette peur qu’ont les oligarques de mourir nous procure un inestimable avantage stratégique à nous autres, militants révolutionnaires de la contre-révolution, paladins de la Tradition, soldats politiques de la nation, partisans de l’identité française, demi soldes de tout ce que le monde ancien nous a transmis de bon et de vrai. Nous ne voulons pas mourir, nous voulons vivre pour voir grandir les rejetons de notre race, nous voulons vivre pour les amitiés exigeantes et pour le goût du vin, pour éprouver les joies auxquelles un bon sujet et un citoyen vertueux a droit. 

Et comme nos aînés le firent en mille occasions, nous donneront volontiers nos vies à plus grand que nous, pour nos familles, pour la patrie, pour la Cité, pour la pérennité de notre civilisation, la plus brillante qu’est éclairé le soleil…

Nous n’avons pas peur de mourir, faites-le savoir à l’oligarchie, à la façon des coups de main des partisans de Mao Tsé Tung, nous pouvons frapper où nous voulons et quand nous le voudrons. Et nous frapperont sur eux. Non sur des symboles, des institutions, des bâtisses ou des sièges sociaux. Non, nous frapperons sur eux, en chair et en os. Et nous retournerons sans encombre à l’obscurité de nos vies de Goyims sans dommage. Sans préjudice.

 Monsieur K.

Les vices de la pensée (II) : le partisianisme

Les vices de la pensée (II) : le partisianisme

 

   « Oui ou non, la République peut-elle avoir une politique extérieure ? Oui ou non, sa nature de gouvernement d’opinion, de gouvernement de partis, de gouvernement divisé, fatalement diviseur de lui-même, l’a-t-elle mise en état d’infériorité dans les négociations qui ont précédé, accompagné, suivi cette guerre ? » (Charles Maurras, Kiel et Tanger).

La République des partis, délétère à souhait, fut toujours une de nos principales cibles car cette dernière, non contente d’être un système politique vicié dès l’origine, provoque dans son personnel politique une pensée que nous qualifierons de partisane. C’est-à-dire que l’homme de parti – le partisan – verra sa pensée se modifier pour correspondre à cet élément du politique qu’est le parti, le parti sera l’aboutissement d’un vice originel que nous portons en nous, à savoir le partisianisme.

L’Homme est un animal social, il convient qu’il vive en groupe dans des entités naturelles plus ou moins étendues et construites : la famille, la ville, la province, la nation, mais aussi la corporation, la religion ou le mouvement politique. Au sein de ces entités liées par le sort qui fit que des individus eurent à vivre ensemble sans qu’ils ne se choisissent, mais qui se maintiennent par une volonté commune au moins tacite, l’individu se sent appartenir à un tout et, faisant partie de ce tout, souhaite le défendre pour se défendre lui-même – sain instinct de préservation dont l’Homme occidental semble aujourd’hui dépourvu.

Le partisianisme n’est pas le sentiment d’appartenance à une entité naturelle, à un groupement humain uni par le sort et une volonté commune, il ne s’agit même pas de cet instinct salvifique de défense des siens contre l’Autre qui nous assaille, il s’agit de l’écueil de ces sains instincts. Ces entités naturelles, nous les appelons patries, le partisianisme les nomme partis. Quand les patries deviennent partis, quand l’instinct de préservation devient défense aveugle du groupe, quand toutes les références objectives sautent pour n’avoir plus que comme valeur fondatrice le groupe, nous sommes dans le partisianisme. Le partisianisme est ce mouvement de l’esprit qui fonde tout dans le groupe, dont la référence unique et normative est le groupe, le parti.

L’homme de patrie aimera profondément celle-ci, il souhaitera la défendre afin de se défendre lui-même et de protéger les siens, mais cette défense sera toujours en tension avec des normes morales – ses fondements – qui transcenderont le groupe qui, de ce fait, ne sera plus la source morale de tout notre agir. Autrement dit, le groupe sera défendu contre l’autre si le groupe poursuit un idéal de justice, de bonté ou de beauté – tant qu’il suivra les préceptes divins par exemple.

L’homme de patrie fondera son agir sur une morale dont la source sera autre que le groupe – soit l’ontologie même qu’est Dieu, soit le moi, soit une synthèse subjective comme l’Humanité, etc. Quant à l’homme de parti, le fondement de son agir, sa morale, procédera de la valeur fondatrice qu’est le groupe ; l’origine et la fin de son agir sera le parti. De ce fait, le partisan divisera le monde entre les siens – et leur idée – et les autres. Les siens ne pourront être que des êtres parfaits dont la pureté d’intention et d’action ne fera jamais aucun doute, les autres ne pourront jamais être que d’ignobles individus sans talent, sans honnêteté et ne pouvant être animés que d’une insatiable haine du bien, c’est-à-dire du parti : construction d’un camp du bien contre un camp du mal.

La première des conséquences étant que l’homme appartenant au camp du mal sera vu comme un ennemi absolu quel que soit sa valeur morale ou intellectuelle, il sera ontologiquement ennemi, puisque étant hors du parti. C’est pourquoi nous ne pouvons que constater la nocivité de l’actuel camp de bien qui ne s’embarrasse pas de détails et d’appréciation nuancées, il s’agit d’un parti qui se dresse contre nous et dont le fondement moral est le groupe, n’appartenant pas à celui-ci, nous sommes voués aux gémonies.

 Ce vice est magnifiquement illustré dans le roman Uranus de Marcel Aymé où est exposée la principale abjection du parti communiste ; ce dernier défendra les indéfendables – les pires tortionnaires et crapules – parce que appartenant au parti, et combattra avec la plus grande férocité les autres, réduits à n’être que des fascistes sans foi ni loi.

Quant à nous, il convient que nous nous demandions sans cesse si nos pensées sont celles d’un Homme de patrie ou de parti ; car il ne s’agira jamais de vaincre l’autre en tant qu’autre, mais de construire des patries saines en vue du Bien commun, le groupe n’étant qu’un élément nécessaire et structurant de cette entreprise.

Guillaume Staub