Maurras ce terrible antisémite

Maurras ce terrible antisémite

« Ces institutions « meurtrières », comme les a précisément nommées M. Paul Bourget, travaillent depuis cent ans à affaiblir, faute de pouvoir les détruire complètement, la famille, l’association, la commune, la province et, en bref, tout ce qui seconde et fortifie l’individu, tout ce qui n’enferme pas le citoyen dans son maigre statut personnel. Chacune des faiblesses de la France moderne coule de ces institutions comme de sa source première. De là vient l’importance de l’Etat juif au milieu de nous »

Charles Maurras.

FNous assistons actuellement dans la mouvance patriotique à un phénomène qui n’est pas nouveau, loin de là, mais qui connaît une certaine recrudescence ces dernières années. La chose n’est pas inédite puisque l’on sait que des disciples de Maurras et non des moindres se sont échinés à tamiser la pensée de Maurras afin d’en extraire les grains antisémites quelques temps après la fin de la Seconde guerre mondiale. Grains que le Système ne saurait tolérer, comme nous le savons. Pierre Boutang, le philosophe illisible de L’Ontologie du Secret, thèse savante que seul l’illustre linguiste hébreux Georges Steiner aurait compris (c’est dire l’intelligence du bonhomme), était aussi l’auteur d’un pavé soporifique consacré à Charles Maurras et à son œuvre, Maurras, la destinée et l’œuvre. Il s’agit d’un ouvrage qu’il est impossible de résumer. Trop épais, trop personnel, trop digressif. Boutang ne nie pas l’antisémitisme de Maurras, mais il le relativise. D’abord via son exégèse para-maurrassiste où il ne s’éternise jamais sur le « sujet des sujets » préférant trop souvent s’attarder sur le côté « poète » du Martégal dont tout le monde se contrefiche et sur certaines considérations philosophiques qui n’intéressaient pas forcément le théoricien nationaliste. Ensuite, par sa conduite, sa posture, celle d’héritier idéologique qui aurait disposé de toute la légitimité pour exercer un droit d’inventaire sur le nationalisme intégral.

La trahison de Boutang

Le grand intellectuel, le grand philosophe chanté par Steiner, a créé son journal, La Nation française, enseigne à la Sorbonne, passe chez Bernard Pivot dans l’émission littéraire Apostrophe. Il parle de Maurras, il parle de la France, mais il est philosémite, complètement philosémite et complètement sioniste. La communauté, du moins sa frange érudite, l’apprécie grandement, non pour ses qualités intellectuelles mais pour sa défense acharnée d’Israël. Matzneff, qui fut tout proche de Boutang (il l’était déjà tout jeune lycéen) relate dans l’un de ses papiers (Le Point dans l’année 2014) une aventure avec le Normalien, plus précisément une colère de ce dernier. Alors encore jeune (et certainement moins pressé par la dictature de la pensée), Matzneff dut subir la rage de son dady philosophe après qu’il ait naïvement fait part de ses sympathies pro palestiniennes.

« La seconde colère de Boutang, ce sont mes prises de positions pro-palestiniennes qui me la valurent. Cela se passait à une époque très ancienne, quand le Fatah de Yasser Arafat se battait pour une Terre sainte laïque où les juifs, les chrétiens, les musulmans, les agnostiques seraient des citoyens égaux en devoirs et en droit. Cela n’avait rien à voir avec la Palestine islamiste, sectaire, que prônent aujourd’hui les dirigeants du Hamas. »

Dans son livre, La Guerre de Six Jours, il écrira que « comme à l’origine, Israël est signe de contradictions, pierre de touche pour les nations et les empires dont il fait apparaître les contradictions, lui-même restant, d’une manière inconnue, le lieu toujours privilégié de la contradiction utile, entre l’homme et son Dieu ». Il voudra démontrer « Pourquoi Israël est-il l’Europe ? », La lâcheté des « Grandes Puissances », qu’Israël est « La Nation exemplaire », et que « Jérusalem pour des raisons bibliques, mais aussi de très concrètes, ne peut qu’être confiée à la garde de l’État et du soldat juifs. La décadence et les crimes de notre Europe, anciennement chrétienne, ont conduit à ce châtiment mystérieux, ce signe de contradiction ineffable comme tout ce qui tient à Israël. » On se demandera si ces acrobaties politiques et religieuses sont les conséquences de la Seconde guerre mondiale (qui l’auront diablement ébouriffé) ou les expressions de sa volonté de plaire aux puissants de l’ombre pour retrouver sa Sorbonne et les jolis mots de certains critiques littéraires. Mais quand on observe le parcours de son fils feu Pierre-André qui fut patron d’Arte (une gageure), on croit davantage à la seconde hypothèse.

Pour autant, Boutang n’était plus d’Action Française, et la grosse biographie sur Maurras qu’il a commise en 1984 ressemble plus à une performance d’universitaire exhibitionniste qu’à un vigoureux essai politique. Bref, ce mondain s’est-il d’abord servi de Maurras comme d’un marchepied.

D’autres individus, souvent de petits professeurs espérant connaître quelque renommée en occupant une position dans l’organigramme d’une Action Française qui partait à la dérive et que nous refaisons, restaurons intellectuellement aujourd’hui, essayèrent d’accroître leur visibilité en comptant sur les bons points que leur décernaient les politologues israélites et les media de même essence grâce à la diffusion d’un discours certifié conforme par leurs juges. S’ils ne se réclamaient pas de l’Action Française historique et de la pensée du « premier » des Français, ils pourraient avoir le droit politique et intellectuel de dire tout et n’importe quoi sur les Etats confédérés et sur la question qui n’existe pas. Mais quand on se veut héritier des Camelots, de Marius Plateau, des Real del Sarte, de Vaugeois, de Maurice Pujo et, en premier lieu, du grand Charles, on n’a pas le droit de dire que le cheval blanc d’Henri IV était noir. C’est une insulte faite à l’intelligence, une malhonnêteté intellectuelle, un grave mensonge.

Peut-être que les juifs trouvent l’antisémitisme pas très gentil à leur égard, peut-être « qu’il ne faut pas être antisémite ». La question n’est pas là !

Antisémite, qu’on le veuille ou non.

Charles Maurras était antisémite. Il était même terriblement antisémite. Pas à moitié, pas sur les bords, pas dans des accès de colère noire, non, profondément, théoriquement, scandaleusement, à l’instar d’un Drumont, d’un Marquis de Morès, d’un Jules Guérin. Maurras était antisémite, même en dormant. L’antisémitisme alimentait tout son être, nourrissait son cerveau et irrigue toute sa pensée. Voilà un fait objectif. Maurras est antisémite. L’UEJF, Jean-Yves Camus, Marek Halter, Enrico Macias, Marine Le Pen peuvent bien le détester, cela ne change rien à la vérité. Marion Maréchal Auque peut bien dénigrer l’essence de la pensée maurrassienne, Maurras reste Maurras. Le faux nez Éric Zemmour peut bien jouer au fier à bras, il ne peut décidément pas inventer un Maurras qui n’existe pas en lui inventant des disciples qui n’existent pas. Zemmour n’est pas plus nationaliste en effet que Charles De Gaulle était maurrassien comme il le soutient hystériquement devant la petite-fille Le Pen dans sa prétendue école néo-con’.

De Gaulle lisait le journal L’Action française quand il était tout jeune… Tel est l’argument irréfragable lancé par le lutin trompeur pour donner du crédit à cette fable de crétins d’un De Gaulle maurrassien. De Gaulle lisait Maurras à 16 ans, donc il était maurrassien à 70 ans… C’est puissant, n’est-ce pas ? Ce n’est pas tout, bien sûr. La Cinquième république serait purement monarchique dans son fonctionnement et blabla… Des billevesées pour nous endormir que cela ! Car les propos de Zemmour ne font partie que d’une grosse et grossière entreprise de récupération politique en faveur du sionisme international. De Gaulle n’était pas antisémite. Il ne l’était pas, car il n’était pas nationaliste ; loin de là : au lieu de neutraliser les ennemis de l’intérieur (selon le programme strictement nationaliste), il les fit proliférer par le communisme et le monde de la culture notamment (pour parler des éléments les plus visibles de la subversion antinationale). A quoi cela sert-il de vouloir confondre Maurras et De Gaulle sinon pour castrer le premier, et ses partisans, surtout, par la même occasion. Ecoutez bien les cadres parasites, ils ont raison, entend-on murmurer Zemmour : Nul besoin d’être antisémite pour être maurrassien ; vous pouvez être certifié conforme et être maurrassien, elle est pas belle la vie ?

L’antisémitisme n’est cependant pas un sentiment, une opinion vestimentaire, un accessoire. Il est, qu’on le veuille ou non, qu’on déteste cette pensée ou qu’on l’apprécie, essentiel au nationalisme ; il participe de sa vitalité. Cette caractéristique rend d’ailleurs le nationalisme incompatible avec la république qui mène une lutte à mort contre elle, ni plus ni moins. Nous posons ici rapidement un constat objectif de la réalité macropolitique. Nous n’instillons aucun jugement de valeur dans nos propos. L’histoire du nationalisme les corrobore.

La naissance d’un antisémite

Charles Maurras forge sa doctrine antisémite en s’inspirant notamment des écrits de l’un de ses maîtres à penser, René de La Tour du Pin. Dans son programme social de 1889 (centenaire de la Révolution), La Tour du Pin envisage de « dénationaliser » les juifs français. Il écrit à la même époque :

« Les juifs seront mis sur le « même pied que les indigènes de nos colonies » ; leur nouveau statut de « sujets français », inférieur à celui des citoyens de « souche française », leur garantirait la protection des autorités tout en leur interdisant l’accès aux fonctions publiques ». 

Maurras reprendra cette idée entre 1904 et 1906, à l’époque où il élabore sa théorie des quatre Etats confédérés. Mais avant de formuler cet antisémitisme, avant de le théoriser, avant de lui offrir l’un de ses « théorèmes », Maurras était naturellement antisémite. L’antisémitisme a toujours été pour lui une évidence. Il faut savoir que Maurras a rencontré dans ses lectures La Tour du Pin avant Edouard Drumont qui n’était pas un théoricien politique à la différence du premier. Maurras s’est en effet intéressé à l’antisémitisme comme l’élément d’un tout, d’un système politique.

Les historiens et autres généalogistes des idées négligent trop une période de la vie de Maurras. Ses tout débuts dans le journalisme. Bien avant son voyage à Athènes pour La Gazette de France, avant son Enquête sur la monarchie pour Le Figaro, avant de découvrir Mistral dans le texte et de devenir un critique passionné des Félibres, il écrivait dans des petits journaux et revues spécialisées qui lui permettront d’emmagasiner une riche culture dans les matières des sciences humaines. Il a commencé très jeune à rédiger des recensions d’ouvrages pour le fameux Polybiblion, une revue bibliographique. Là il était chargé de résumer d’une manière extrêmement concise les ouvrages sociologiques nouvellement publiés ou réédités. Par le biais de ce travail, il se familiarise avec les grands courants de la sociologie naissante, et surtout avec les fondamentaux du positivisme et les textes principaux de son fondateur, Auguste Comte. Comte écrit en 1842 un texte fondateur dans ses Cours de philosophie positive, fondateur et décisif dans la formation de la doctrine maurrassienne (que le Martégal lira 50 ans après sa première publication) :

« Notre mal le plus grand consiste en effet, dans cette profonde divergence qui existe maintenant entre tous les esprits relativement à tous les maximes fondamentales dont la fixité est la première condition d’un véritable ordre social. Tant que les intelligences individuelles n’auront pas adhéré par un assentiment unanime à un certain nombre d’idées générales capables de former une doctrine sociale commune, on ne peut se dissimuler que l’état des nations restera, de toute nécessité, essentiellement révolutionnaire, malgré tous les palliatifs politiques qui pourront être adoptés, et ne comportera réellement que des institutions provisoires. Il est également certain que si cette réunion des esprits dans une même communion de principes peut une fois être obtenue, les institutions convenables en découleront nécessairement, sans donner lieu à aucune secousse grave, le plus grand désordre étant déjà dissiper par ce seul fait. »

Ces quelques lignes résument l’antilibéralisme fondamental d’Auguste Comte qui ne peut concevoir une société vivante remplie de religions et d’idéologies qui s’entrechoquent. Une fois la condition vitale de l’ordre sociale posée, il fallait comprendre pourquoi il était si difficile de réunir, rassembler, moralement, religieusement, la société. Maurras s’intéressa à cette question.

Maurras sociologue

Le désordre, la dissociété ne sont pas des choses naturelles. Le désordre ne se développe pas spontanément, et dans une situation de paix civile, il devrait donc être possible de restaurer l’ordre social. Mais non seulement l’Etat est parasité par les ennemis de la France mais la société elle-même est gangrenée par l’esprit du libre-examen et de l’individualisme né du protestantisme moderne. Maurras a compris qu’il était impossible de se libérer de ces fléaux en ne travaillant que métapolitiquement. C’est cet infatigable écrivain, journaliste rigoureux, vigoureux, didactique, qui comprit le mieux les limites de la subversion proprement idéologique. Pour changer les choses politiquement, il fallait s’emparer tout simplement du pouvoir politique. Evidemment, il n’existe qu’une méthode pour s’en emparer : Le coup de force. Pour Maurras, les ennemis de la France, les suppôts républicains ne laisseront jamais la moindre ouverture aux nationalistes dans leur conquête du pouvoir. Les élections sont un piège permanent. Et les principes républicains des poisons qui contaminent les électeurs jusqu’aux patriotes qui se réclament de la République. L’antisémitisme de Maurras n’est pas une mode, une culture, une opinion. Il fait partie de la statique sociologique selon lui. Et cette statique sociologique est corrélée à la sociologie juive. Sous le régime républicain et individualiste, là où les membres de la communauté sont dans tous les rouages de la société, apparemment dispersés, apparemment atomisés, apparemment « individualisés », l’antisémitisme se fait virulent comme une fièvre. Dans une France monarchiste où les communautés sont prises en considération pour ce qu’elles sont, les juifs sont marginalisés et se ghettoïsent selon Maurras. La conspiration républicaine perd alors ses plus résolus activistes. Car la République, ses principes, sont l’écologie du juif selon Charles Maurras. Maurras qui écrivit dans un éclair en 1908, 10 ans après la création de l’Action française :

« La pendaison de Marianne devant la Bourse du travail est l’acte le plus significatif de notre histoire depuis le 14 juillet 1789. Bourgeois conservateurs, le comprendrez-vous ? »

Rien, rien ne peut être entrepris sous un régime républicain qui laisse les requins entrer dans le port ! Maurras ne l’a pas découvert ex nihilo. Edouard Drumont avait, avant lui, dégagé les conditions d’une renaissance sans comprendre les impératifs politiques l’autorisant. En 1889 Drumont adjurait les bons Français de faire plus que remplacer simplement « le juif borgne de l’opportunisme par le juif bossu du boulangisme ». Maurras, lui aussi, avait tiré une grande leçon de l’expérience boulangiste.

République, règne de l’Etranger

Et la même année, 1889, Drumont avait cette intuition : « Le centenaire de 89, c’est le centenaire du juif ». C’est parce que la République est en premier lieu le règne de l’étranger, c’est parce que la république offre la nation aux plus parasitaires, sans protection, c’est d’abord pour cette raison que Maurras est anti-démocrate, antirépublicain. Parce qu’il est patriote, il est nationaliste. Parce qu’il est nationaliste, il est antisémite. Parce qu’il est antisémite, il est monarchiste. Aussi, suivant Maurras, la solution antisémite, donc nationaliste, donc patriote, est monarchiste. D’où son fameux « Politique d’abord ». Les questions sociologiques seront résolues ou canalisées par la politique.

Antisémite et populiste ?

« Tout paraît impossible, ou affreusement difficile, sans cette providence de l’antisémitisme. Par elle tout s’arrange, s’aplanit et se simplifie » (L’Action française, 28 mars 1911). Cette citation bien connu des professeurs d’histoire, n’est pas la preuve d’un cynisme maurrassien mais celle de son antisémitisme décomplexé. Maurras ne disait pas par là qu’il fallait absolument utiliser l’antisémitisme uniquement parce qu’il était populaire. Il disait simplement que sa popularité était une sorte de divine surprise tant la propagande républicaine a calibré les cerveaux.

« Contre l’hérédité de sang juif, il faut l’hérédité de naissance française, et ramassée, concentrée, signifiée dans une race, la plus vieille, la plus glorieuse et la plus active possible. […] Décentralisée contre le métèque, antiparlementaire contre le maçon, traditionnelle contre les influences protestantes, héréditaire enfin contre la race juive, la monarchie se définit, on le voit bien, par les besoins du pays. Nous nous sommes formés en carré parce qu’on attaquait la patrie de quatre côtés. »

Un roi ne saurait être juif. Même l’évidence est antisémite. Maurras écrivait encore en 1905 : « Seule, la Monarchie assure le salut public et, répondant de l’ordre, prévient les maux publics que l’antisémitisme et le nationalisme dénoncent. » S’il est vrai que l’antisémitisme de Maurras est politique (antisémitisme d’Etat) parce que sociologique, il faut ajouter que Maurras peut être très cruel, très méchant, terrible envers les juifs. Nous pourrions dire d’une manière triviale que l’antisémitisme de Maurras est intégral et radical. Il peut se fâcher, s’enflammer, user de mille épithètes contre les juifs et même se dire raciste envers eux comme il le fit dans La Gazette de France en 1895. Bien plus tard, il fera part de son éternelle méfiance vis à vis de cette communauté décidément, pense-t-il, indissoluble : « J‘ai vu ce que devient un milieu juif, d’abord patriote et même nationaliste, quand la passion de ses intérêts proprement juifs y jaillit tout à coup : alors, à coup presque sûr, tout change, tout se transforme, et les habitudes de cœur et d’esprit acquises en une ou deux générations se trouvent bousculées par le réveil des facteurs naturels beaucoup plus profonds, ceux qui viennent de l’être juif »

Les années 1911, 1912, 1913

En 1911, Maurras qualifie Drumont de « maître génial » et de « grand Français » qui a posé « la difficile question » de « l’antisémitisme d’État. » Maurras ajoute : « Le Juif d’Algérie, le Juif d’Alsace, le Juif de Roumanie sont des microbes sociaux. Le Juif de France est microbe d’État : ce n’est pas le crasseux individu à houppelande prêtant à la petite semaine, portant ses exactions sur les pauvres gens du village ; le Juif d’ici opère en grand et en secret. » Un résumé du spectacle antisémite que présenta Maurras en cette année… Le 23 février 1911, irrité par le scribouillard Bernstein, auteur de pièces de théâtre antimilitaristes, Maurras se lâche. Sa colère est effrayante : « Les juifs de France n’ont vraiment pas de quoi faire les fiers, ni les malins. Leurs fautes personnelles et leurs crimes mêmes restent sans proportion avec les immenses désordres qu’ils ont causés et dont le mouvement antisémitique témoigne. Il est bon que la force juive ait conduit à faire du théâtre juif un théâtre d’Etat. On n’en verra que mieux combien l’antisémitisme est affaire d’Etat. La réorganisation de l’Etat français peut seule régler cette haute et difficile question. »

Le 16 janvier, répondant au juge Worms : « Je suis Français, vous êtes de nationalité juive. Il m’est impossible de répondre à un juge juif. »

Le 28 février : « Notre loi ment. Il présente le juif comme Français mais il n’est pas Français. »

Le 23 mars : « Ce sont des gens qui ne sont pas Français puisqu’ils sont juifs. »

Le 28 mars : « Tout de même, ce sera un beau branle-bas quand tous les juifs d’administration civile ou militaire devront, en recouvrant leur nationalité, dire adieu à la nôtre et quitter le poste public qu’ils occupaient dans notre Etat. »

Le 24 août 1912 : « Nous n’hésitons pas à faire la guerre à la race juive et à la grouillerie métèque mais c’est là l’étranger de l’intérieur. »

Le 15 février 1913 : « Le peuple juif est juxtaposé au peuple français. Il n’est pas fusible avec celui-ci. » (…) Chacun sent comme un mal physique l’insolence du Juif. Bientôt, la loi signifiera aux juifs qu’ils ne sont pas Français. »

Le cas Léon Blum

Dans les années trente, Blum est la cible de plusieurs articles de Maurras : « Ce Juif allemand naturalisé, ou fils de naturalisé, qui disait aux Français, en pleine Chambre, qu’il les haïssait, n’est pas à traiter comme une personne naturelle. C’est un monstre de la République démocratique. Et c’est un hircocerf de la dialectique heimatlos. Détritus humain à traiter comme tel. (…) L’heure est assez tragique pour comporter la réunion d’une cour martiale qui ne saurait fléchir. Reibel demande la peine de mort contre les espions. Est-elle imméritée des traîtres ? Vous me direz qu’un traître doit être de notre pays : M. Blum en est-il ?
Il suffit qu’il ait usurpé notre nationalité pour la décomposer et la démembrer. Cet acte de volonté, pire qu’un acte de naissance, aggrave son cas.
C’est un homme à fusiller, mais dans le dos ».

Et le 15 mai 1936 : « C’est en tant que Juif qu’il faut voir, concevoir, entendre, combattre et abattre le Blum. Ce dernier verbe paraîtra un peu fort de café : je me hâte d’ajouter qu’il ne faudra abattre physiquement Blum que le jour où sa politique nous aura amené la guerre impie qu’il rêve contre nos compagnons d’armes italiens. Ce jour-là, il est vrai, il ne faudra pas le manquer. (…) Si, par chance, un État régulier a pu être substitué au démocratique Couteau de cuisine, il conviendra que M. Blum soit guillotiné dans le rite des parricides : un voile noir tendu sur ses traits de chameau ».

En 1938, l’antisémitisme de Maurras franchit un palier, dans une veine très célinienne, lorsqu’il écrit : « Le Juif veut votre peau. Vous ne la lui donnerez pas ! Mais nous l’engageons à prendre garde à la sienne, s’il lui arrive de nous faire accéder au massacre universel. »

Nous le voyons, encore et encore. L’antisémitisme de Maurras est fondamental, violent et régulier. Les seules fois où le maître de l’Action française écrit calmement sur le sujet, c’est lorsqu’il évoque les lois antijuives que la monarchie mettra selon lui immanquablement en place. Assurément et implacablement. Quand il pense « être devant l’action » des juifs, notamment lors de la Seconde Guerre Mondiale et malgré Vichy, il se déchaîne.

« Les juifs nous ont tant roulés que nous n’osons pas imaginer le rouleau inverse ! Cependant, à leur ruse, on peut riposter par la force. » (19 octobre 1940). Et Maurras de ne pas hésiter à s’en prendre aux plus puissants des puissants, les Rothschild en demandant à Vichy de prendre l’or et l’argent là où ils se trouvent !

Voilà Maurras ! Il est comme ça Maurras ! Un homme antisémite, terriblement antisémite, fondamentalement antisémite. Convoquer Maurras sans convoquer son antisémitisme est chose impossible. C’est une farce qui ne trompe personne. Personne. Ni les nationalistes, ni les juifs d’aujourd’hui.

Jean Charleux

Mes idées politiques

Mes idées politiques

« Ce livre est double : une très importante préface de moi, écrite en 1937, à la Santé de Paris, et l’Anthologie de P. Chardon qui, il m’en souvient, est bien faite. » 

PRÉFACE
La Politique naturelle

 

I L’inégalité protectrice

Maurras commence par répondre à Rousseau qui avait nié le caractère naturel des sociétés humaines et fondé sa philosophie politique sur le contrat social. La page est célèbre :
Le petit poussin brise sa coquille et se met à courir. Peu de chose lui manque pour crier : « Je suis libre »… Mais le petit homme ?
Au petit homme, il manque tout…Le petit homme presque inerte, qui périrait s’il affrontait la nature brute, est reçu dans l’enceinte d’une autre nature empressée, clémente et humaine : il ne vit que parce qu’il est le petit citoyen.

Il grandira par la vertu des inégalités nécessaires : ainsi, loin d’être écrite avec le fer comme le chante le poète romantique, la lettre sociale représente un bienfait vital.

II Liberté « plus » Nécessité

Maurras rappelle la complexité de la nature humaine en faisant allusion au Menon de Platon. La croissance achevée, voici la seconde naissance. Du petit homme sort l’adulte…son moi est en mesure de rendre à d’autres moi tout ou partie, ou le plus ou le moins, de ce qui lui fut adjugé sans aucune enchère.

Il faut s’associer pour vivre. Pour bien vivre, il faut contracter…. L’Association contractuelle a été précédée et fondée – et peut donc être soutenue – par tout ce qui a part à « la constitution essentielle de l’humanité » : il faut lui souhaiter de poser avec force sur les conglomérats préexistants, mi-naturels, mi-volontaires, que lui offre l’héritage gratuit de millénaires d’histoire heureuse – foyers, villes, provinces, corporations, nations, religion…
Le moyen-âge a vécu du contrat d’association étendu à l’édifice entier de la vie… Depuis, l’on s’efforce de faire croire à l’homme qu’il n’est vraiment tributaire ou bénéficier que d’engagements personnels : ainsi prétend-il tout régler d’un je veux ou je ne veux pas.

III Hérédité et volonté

A côté de menaces concrètes comme le froid, la faim ou l’ignorance, l’être humain peut être la proie de dérèglements de sa conduite et la Barbarie est prête à détruire les sociétés qui se défendent par les lois civiles et militaires. Tout doit s’accomplir dans l’ordre, ce qu’illustre la parabole du charpentier d’Emerson.
Il n’est pas de bien social qui ne soit récolté dans le champ presque illimité des différences humaines. Mettons-y le niveau, et tout dépérit. On déshonore la Justice et on trahit ses intérêts en imposant son nom à la fumée qui sort de ces ruines.

IV De la volonté politique pure

En partant d’une parabole du grand écrivain américain Edgar Poe, Maurras montre que la démocratie mène les peuples au désastre.

V La question ouvrière et la démocratie sociale

Maurras expose comment la démocratie dresse les uns contre les autres salariés et employeurs. Elle provoque la lutte des classes dont profite la Révolution et empêche de résoudre la question sociale.

VI Où vont les Français ?

Maurras expose les variations de l’opinion publique à son époque. Cette partie n’est plus adaptée littéralement à notre temps mais reste un modèle d’analyse.

Conclusion

La Nature de l’homme
L’auteur revient sur le volontaire et le naturel.
En se trompant et en se laissant tromper, en remplaçant la connaissance par une « foi », démocratique ou libérale, que rien n’autorise et que tout dément, on fait plus que de s’exposer à des épreuves sanguinaires : on se précipite au-devant d’elles ; dans certains cas on aide à les précipiter.
Il faut connaître les vérités de la nature ou il faut périr sous leurs coups.


La conclusion pourrait dépasser la Physique. Elle fait entrevoir que l’Etre brut ne peut pas ne pas renfermer une essence formelle et certaine de Bien.
Les lois de la Physique sociale vont-elles s’opposer à la Morale ?
Distinguer n’est point mettre en conflit ; n’est même point diviser, ni séparer. La Morale est la règle de l’action volontaire. La Politique naturelle a pour objet d’approfondir un ordre impersonnel.

Cette importante préface présente et éclaire les extraits qui viennent ensuite et concernent les grands centres d’intérêt de la politique : L’homme, les Principes, la Civilisation, la science politique, la Démocratie, les Questions sociales, le Nationalisme, la Monarchie qui est le « Nationalisme intégral ».
On démontre la nécessité de la Monarchie comme un théorème. La volonté de conserver notre patrie française une fois posée comme postulat, tout s’enchaîne, tout se déduit d’un mouvement inéluctable. La fantaisie, le choix lui-même n’y ont aucune part ; si vous avez résolu d’être patriote, vous serez obligatoirement royaliste. Mais si vous êtes ainsi conduit à la Monarchie, vous n’êtes pas libre d’obliquer vers le libéralisme, vers le démocratisme ou leurs succédanés. La raison le veut. Il faut la suivre et aller où elle conduit.

Mais attention. Négliger la Préface pourrait induire à penser que les principes politiques de Maurras ne constituent qu’une pratique, alors qu’ils s’inscrivent dans ce qu’on appelle aujourd’hui une anthropologie. C’est pourquoi je conseille, pour compléter Mes Idées politiques, de lire La Dentelle du Rempart, Choix de pages civiques en prose et en vers, préface de Bernard Grasset. Ce livre donne accès aux divers aspects du génie d’un Maître chez qui le Politique ne saurait être dissocié de l’Esthétique et de la quête philosophique.

Après les morceaux choisis, nous essaierons, dans un second temps, d’aborder, au-delà des anthologies, les grandes œuvres de Charles Maurras.

Gérard Bedel

Jean Madiran toujours présent par Anne Brassié

Jean Madiran toujours présent par Anne Brassié

Lecture

par Anne Brassié

La littérature nous a réunis une après-midi à Sciences Po, en 1988. Nous signions nos livres en des temps reculés où les grands livres avaient encore droit de cité. Etaient présents Ionesco, Michel Mohrt, Michel Déon.
Il fut surpris qu’une personne de la pauvre génération 68 choisisse d’étudier comme lui Brasillach.
Je récidivais avec un autre de ses auteurs aimés, Jean de La Varende. Il en connaissait tous les titres, jusqu’à utiliser des expressions de La Varende, A l’aide les pancaliers !
Jean Madiran a été introduit très tôt dans ce monde littéraire. André Charlier prodiguait de merveilleuses leçons dans son école des Roches. Les soirées étaient consacrées à des lectures de beaux textes et des pièces de théâtre. Péguy, Giraudoux, Anouilh, Bernanos en étaient les héros. On récitait Corneille, Racine et Claudel.

« Les temps barbares, écrivait André Charlier, ont leurs grâces, que n’ont pas les temps policés. Seulement, la sottise du chrétien d’aujourd’hui est qu’il espère pouvoir composer avec la barbarie, et se ménager avec elle un honnête petit mariage. Le chrétien des premiers âges savait qu’il n’avait qu’une chose à faire, c’est de s’enfoncer comme un fer rouge au cœur du monde et que même il ne pouvait faire autre chose. »
Je crois que la littérature était à la fois pour Jean Madiran un viatique et une arme pour ces temps en effet barbares. Charles Maurras lui avait montré la voie.
Tout naturellement donc il continua à découvrir les écrivains de son temps. Il publia avec Hugues Kéraly les premiers textes de Soljenitsyne dans Itinéraires. Cette revue devint le plus prodigieux recueil de textes d’écrivains de son temps.
Il aimait Pourrat dont il offrait volontiers le fantastique Gaspard des Montagnes, Gustavo Corceo, Eugenio Corti. Il aimait l’élégante prose d’un Georges Laffly, d’un François Leger. Il aimait Jacques Perret, Michel de Saint Pierre et Louis Salleron.

Il publia l’été, dans Présent, le délicieux Suzanne et le Taudis de Maurice Bardèche puis Le voyage du Centurion de Psichari.
Observer la bibliothèque d’un homme révèle toute son âme, ses admirations, ses aspirations et ses combats.
Le combat vint justement bousculer cette vie. La division diabolique venue de Rome, le massacre de la tradition, l’exclusion des hommes respectueux du magistère séculaire de l’Eglise, le nouveau culte obligatoire du progrès dans l’exercice public de la Foi comme dans une cuisine ont contraint l’amoureux des lettres à monter aux créneaux de la défense de notre civilisation. Et tous les écrivains qu’ils avaient aimés sont venus à son aide. Son constat, on le voit chaque jour davantage, était affreusement exacte : 
« Nous vivons quelque chose de beaucoup plus profond qu’une crise politique, intellectuelle ou morale ; de plus profond qu’une crise de civilisation. Nous vivons ce que Péguy voyait naître et qu’il nommait une “décréation“. Dans l’évolution actuelle du monde, on aperçoit la domination à de mi-souterraine d’une haine atroce et générale, une haine de la nation, une haine de la famille, une haine du mariage, une haine de l’homme racheté, une haine de la nature créée… »

Il partit en guerre, comme les manants de La Varende, appelant : « A l’aide, les pancaliers » dans les pages de Mann d’Arc. Mais les pancaliers ne vinrent pas à l’aide des combattants, écrit-il le 12 mars 2010 dans Présent, « Ou plutôt ils ne poussent le dévouement, dans nos luttes civiles, que jusqu’à ramasser les blessés, quand ils sont à terre, et à les soigner. Les pancaliers, vous ne connaissez pas, reprend La Varende, ce sont les tièdes: de braves gens…sans bravoure. Une mollesse heureuse les affaiblit lentement et les réduit…On leur a donné ce nom par allusion à ces grands choux de l’Ouest, vous savez, dont les tiges sont des cannes un peu épaisses mais si légères, dont le bouquet est fait de feuilles épanouies, des choux sans cœur, Monsieur. »
Les évêques du temps firent pire : ils condamnèrent Itinéraires et son directeur.
La littérature n’est pas une affaire de prix Goncourt et de best sellers, elle aide les hommes de cœur à vivre ici-bas, elle brûlait l’esprit et le cœur de Jean Madiran et ses héros écrivains devinrent ses frères d’armes.

Vaincre le relativisme

Vaincre le relativisme

DE TOUTES les pathologies dont souffre notre société, le relativisme « philosophique » est certainement l’une des plus dangereuses, son caractère diffus, sa fausse logique empreinte de scientificité et son adéquation trop parfaite avec la notion de tolérance (suprême valeur du monde post-moderne) lui procurant d’inestimables avantages sur les courants philosophiques concurrents.

Si, depuis Montaigne, le relativisme a attiré de nombreux penseurs refusant l’idée selon laquelle une civilisation ou une religion ne peuvent se déclarer supérieures à toutes les autres, il est indéniable que depuis une soixantaine d’années le paradigme relativiste a étendu son empire sur toutes les nations occidentales, abrutissant dramatiquement leurs populations désormais incapables de sauvegarder les bases mêmes et les principes primordiaux de la pensée et de la culture européennes.
Après avoir rejeté radicalement – et honteusement – sa fierté raciale, l’homme blanc est devenu progressivement orphelin de toute transcendance, abandonnant au nom de la tolérance obligatoire sa culture, ses traditions, ses mœurs, ses fidélités, sa Patrie, sa famille, Dieu et la Vérité.
Loin d’avoir permis la sauvegarde de la diversité culturelle, le relativisme a engendré la haine de soi (ou, par voie de conséquence, la xénophilie) et l’essor de l’individualisme radical qui ont laminé à une vitesse extraordinaire des nations millénaires.

Aujourd’hui le relativisme apparaît cependant davantage comme la conséquence d’une déréliction généralisée, comme un discours servant à légitimer les faiblesses d’un peuple, hier glorieux et rayonnant, et aspirant désormais à une totale retraite. 

D’aucuns pensent toutefois que le relativisme peut devenir ce fameux grain de sable qui pourrait enrayer la machine à détruire les peuples et les nations. En intervenant dans les débats organisés par le système sur les thèmes récurrents de la tolérance, de la diversité, du multiculturalisme et du racisme, ces promoteurs opportunistes ont eu l’idée d’examiner le sort du peuple européen à la lumière du dogme relativiste, en le mettant ainsi sur le même plan que la population immigrée.
D’autres, de formation et de convictions carrément culturalistes, anthropologues pour la plupart d’entre eux, essaient de démontrer le sociocentrisme occidental et l’inanité de la culture progressiste, de sa vocation universaliste et humaniste, par le biais de descriptions minutieuses et d’exemples volontairement scandaleux.

Les partisans maximalistes de cette théorie pour qui « tout est d’origine culturel » mais aussi pour qui rien ne peut être considéré comme absurde, barbare ou révoltant, réhabilitent en définitive des pratiques aussi hétéroclites que « scandaleuses » comme l’excision, la lapidation, la mutilation, la peine de mort, mais aussi l’ultranationalisme, le racisme, les guerres ethniques découlant logiquement de l’existence des cultures, non négociables par essence.

C’est assurément ce « genre » de relativisme que Raymond Boudon, considéré comme le maître incontesté de la sociologie dite compréhensive (Boudon est aux libéraux ce que feu Bourdieu est aux gauchistes), attaque sans relâche depuis le début de sa carrière. Il n’est pas question pour Boudon de mettre dans le même sac le bon et le mauvais relativisme. Ce grand libéral, amoureux de Tocqueville, Montesquieu, Simmel, qui n’hésite pas à bricoler et à triturer l’œuvre de Durkheim et de Max Weber afin de légitimer ses propres théories et de les rendre compatibles avec celles élaborées par les classiques, voit dans la tolérance comme dans l’antiracisme les fruits d’un bon relativisme. Selon lui, le mauvais relativisme serait, semble-t-il, celui qui ne considère pas comme irréversibles les « progrès » engendrés par la pensée libérale, qu’ils soient politiques, économiques, philosophiques ou « moraux ». Aussi, s’il n’est pas possible de qualifier la thèse de Boudon de relativiste, c’est en premier lieu parce que l’auteur considère l’histoire comme linéaire, constamment tendue vers le Progrès.

La démocratie, y’ a pas mieux et tout le monde le sait. La division du pouvoir, c’est très bien car ça garantit la liberté et la démocratie ; tout le monde (ou presque) le sait. La peine de mort, c’est barbare et inutile ; elle est ainsi condamnée à disparaître de la surface de notre globe. Le droit d’ingérence serait aussi irréversible car les individus, « spectateurs impartiaux » en puissance, ne supportent désormais plus que « les droits de l’homme soient bafoués à travers le monde … »

Autant d’exemples illustrant selon notre auteur l’ineptie relativiste. Néanmoins Boudon prétend démontrer tout cela grâce à sa théorie de la rationalité axiologique. Nous ne nions pas l’idée selon laquelle les valeurs passeraient dans le sas de la logique et de la raison avant d’être « homologuées » par les hommes, mais Boudon n’utilise pas véritablement ce précieux procédé méthodologique dans ses démonstrations, ou alors de façon exceptionnelle. Au contraire, il inverse à des moments cruciaux de son argumentation la logique inhérente à son rationalisme.
Ainsi, à la page 41 de son ouvrage (1), on apprend avec étonnement que, selon lui, l’individu « ne perçoit pas ses raisons comme subjectives, mais comme transsubjectives », c’est-à-dire qu’il subodore que les autres pensent d’une façon et non d’une autre et qu’il serait prudent d’adopter ces raisons …

Bonnes en apparence – ou démocratiquement et médiatiquement bonnes mais pas nécessairement d’une stricte rationalité.

En fait, nous pouvons dire que Boudon se cache derrière la raison (en prétendant d’ailleurs en être le chantre) pour justifier l’ordre mondial tel qu’il est actuellement.

Le principal défaut de sa pensée est qu’elle ne fait pas la distinction entre la morale (celle du conformisme) et le politique dans lequel il ne voit aucune essence. Aussi ne possède-t-il pas les armes pour appréhender la puissance du politique et son machiavélisme consubstantiel. Ce super-professeur semble n’avoir lu ni Julien Freund, ni Carl Schmitt (qu’il orthographie Schmidt sic !) et croit visiblement que la propagande reste l’apanage des dictatures historiques, en considérant certainement notre belle démocratie comme une blanche colombe sans malignité. Boudon n’est certes pas un relativiste mais un idolâtre du totalitarisme libéral. Ce n’est pas mieux.

(1) R. Boudon, Le relativisme, PUF (Que sais-je ?), 2008, 128 pages, 8,5 €.

François-Xavier ROCHETTE.

Nos raisons contre la République pour la Monarchie

Nos raisons contre la République pour la Monarchie

L’Action Française publia sous ce titre en 1931 de courts extraits d’œuvres de Maurras exposant les raisons essentielles pour une restauration monarchique. Les parties en italiques sont des citations de Maurras.

Nos raisons contre la République :
La République divise et la Nation rassemble. Maurras nous offre de belles définitions :
La Nation reste le plus vaste des cercles de communauté sociale qui, au temporel, soient solides et complets.
La démocratie est le gouvernement du nombre.
Et, dès lors, il n’y a pas de démocratie, il n’y en a jamais eu ; nulle part, en aucun temps, n’a pu exister le gouvernement de tout le monde par tout le monde
.
Maurras en montre les tares : Le Nombre et l’Opinion, la Course au Pouvoir, le Gouvernement d’une Oligarchie, les faiblesses qui en découlent en politique étrangère, le désordre dans l’organisation du Travail.
Et de conclure que la Démocratie est antinaturelle.
La nature dit que les hommes naissent et croissent en famille, qu’ils sont père, frères, enfants, que les sentiments publics ne peuvent pas être pénétrés par les sentiments domestiques : légiférer dans l’Etat comme s’il n’y avait ni paternité ni hérédité dans la race humaine, c’est espérer que les races se composeront éternellement d’une majorité de Brutus (1).

Nos raisons pour la Monarchie :
Les Rois pères de la Patrie
La fonction royale
La monarchie héréditaire nationalise le pouvoir parce qu’elle l’arrache :
aux compétitions des Partis,
aux manœuvres de l’Or (2),
aux prises de l’Etranger.

La propriété du pouvoir
Il n’y a pas de droit divin particulier à la royauté. Pour quiconque croit en Dieu, tous les droits sont divins. Les droits propres de la royauté sont des droits historiques. Mais, moderne ou antique, toute idée du droit est divine.
Le bienfait de l’hérédité monarchique
L’hérédité souveraine est un bien en soi : sans égard à la personne de l’héritier, cette façon de succéder anéantit la querelle, fonde la paix, maintient uni ce que disperse la compétition ; la plus simple de toutes, elle roule toute seule, comme dit Bossuet, et, suivant l’observation d’Auguste Comte, elle transmet l’autorité comme la propriété. N’étant pas plus injuste que les autres biens de fortune tels que la richesse ou le talent, elle est moins dangereuse que d’autres dons naturels parce que sa nature conservatrice, prévoyante, est imprégnée d’un puissant esprit d’avenir.
La famille-chef
Si la nation est composée de familles, on doit admettre qu’une famille ou des familles la dirigent. Si la naissance fait le caractère le plus important du phénomène national, si tout dépend d’elle d’abord, comment cet élément primordial de la nation serait-il absent de l’Etat.
L’expérience séculaire de la France
L’expérience séculaire de notre patrie contient seule nos grandes lois.
L’expérience ! La politique n’est pas de choisir par illumination de l’esprit telle ou telle mesure, telle ou telle procédure abstraites. Elle consiste à voir, à juger, entre les différentes tentatives réelles et concrètes que l’inlassable effort humain mit en œuvre chez nous, celles qui donnent des résultats, celles qui n’en fournissent aucun et celles qui en donnent de contraires au but désiré.

Le nationalisme intégral
La monarchie héréditaire est en France la constitution naturelle, rationnelle, la seule constitution possible du pouvoir central…
Condition de toute réforme, la Monarchie en est aussi le complément normal et indispensable…

La politique du salut public
La politique, c’est la science du bien des Etats, de l’utilité nationale.
La politique est l’art de faire durer les Etats.
Une politique se juge donc par ses résultats
Selon nous, le principe ou la fin de la science politique se définit toujours par le salut public.

Le Roi conserve et contrôle
Après avoir montré que le contrôle parlementaire est une plaie et que l’absence de contrôle ne vaut pas mieux, Maurras affirme et prouve que
Le Roi est le contrôleur naturel. Il est le seul discret, le seul puissant, le seul durable, le seul efficace. Son intérêt déterminant n’est pas de faire du scandale pour déterminer une crise de cabinet : mais cet intérêt n’est pas non plus d’étouffer, pour les laisser sans châtiment, des prévarications menaçantes pour l’ordre et pour le bien public.
Les limites de la souveraineté.
Les Républiques sous le Roi
La Monarchie française était absolue dès lors qu’elle ne dépendait d’aucune autre autorité, ni impériale, ni parlementaire, ni populaire : elle n’en était pas moins limitée, tempérée par une foule d’institutions sociales et politiques, héréditaires ou corporatives, dont les pouvoirs propres, les privilèges (au sens étymologique : lex privata), l’empêchaient de sortir de son domaine, de sa fonction.
La représentation nationale sous l’Ancien régime
Quand les Français réunissaient leurs assemblées nationales, ils y faisaient représenter l’état des choses et des personnes composant à un moment donné l’être de la France plutôt que les opinions ou les volontés ou les partis ou les factions qui divisaient le pays.
La doctrine sociale de la royauté
Les législations ouvrières les plus hardies et les plus généreuses de l’Europe moderne commencèrent dans des Etats qui ne dépendaient nullement de l’élection : l’Allemagne des Hohenzollern, l’Autriche des Habsbourg.
Politique d’abord !
Rectifions sans trêve l’erreur qu’on fait sur nos doctrines. On croit que la Monarchie est considérée par nous comme le « couronnement » (une espèce de toit ou de dôme !) donné à l’édifice politique français.
La volonté de conserver notre patrie française une fois posée comme postulat, tout s’enchaîne, tout se déduit d’un mouvement inéluctable. La fantaisie, le choix lui-même n’y ont plus de part : si vous avez résolu d’être patriote, vous serez obligatoirement royaliste.

Ce plan succinct et les quelques citations qui l’accompagnent préparent à la lecture de 150 pages claires et précises, première approche de la doctrine d’AF.
Mes Idées politiques seront déjà plus complexes.

1- Modèle des vertus civiques dans la l’histoire romaine
2- On dirait aujourd’hui l’Argent ou la Finance

Gérard Bedel

Transhumanisme : changer la nature de l’Homme par Jean-Pierre Dickès

Transhumanisme : changer la nature de l’Homme par Jean-Pierre Dickès

Lecture

Dépassant la nature humaine ils prétendent mener l’Homme à l’immortalité.

Le Dr Jean-Pierre Dickès réfléchit depuis plus de 20 ans aux questions relatives au transhumanisme. Il inaugure aujourd’hui le premier d’une série d’articles consacrés à cette thématique. La destruction des nations passe par la dé-civilisation et par la volonté de changer l’Homme.

 

Episode 1
Transhumanisme : changer la nature de l’Homme

Le transhumanisme paraissait il y a une quinzaine d’années comme une forme d’exaltation de la science dopée par l’émergence des progrès en micro-informatique. Il semblait ouvrir une porte sur un univers nouveau et fabuleux assez bien concrétisé par les smartphones qui permettaient de rester en contact avec sa famille, ses amis de l’autre bout du monde, et faire face à toutes les demandes et situations; il se disait aussi que chacun pouvait avoir accès immédiatement à une connaissance universelle: on trouvait tout sur Google en matière d’information et de besoins commerciaux. Un saut qualitatif s’était produit sur le plan mondial.
Peu de gens se souciaient des conséquences qu’un tel progrès pouvait avoir sur l’Homme lui-même. La science s’emballait; mais dans quel sens ?
Pourtant la réponse était sous notre nez dans le mot lui-même. Quand nous parlons de transport, nous désignons le changement de port, de destination. Le transgenre est celui qui change de sexe. Le transhumanisme vise tout simplement à nous changer d’humanité: il s’agit bien de créer un homme nouveau dont les contours restent encore flous.
Il y a douze ans, j’écrivais avec ma fille un ouvrage intitulé L’Homme Artificiel. La couverture représentait un couloir impersonnel. Au premier plan entre deux plaques de béton émergeait une fleur. Au fond du couloir une forme menaçante pouvant être un humain, un robot, ou plus vraisemblablement un hybride mélange d’organisme humain et de machine. Son ombre se dirigeait vers la fleur.
Dans quel but ? Il y avait là une sorte de défi. La fleur représentait la nature, l’ordre naturel. L’être inquiétant qui s’approchait semblait vouloir la détruire: il ne resterait plus alors qu’un univers morne, sans âme et sans espoir. Le peintre ami qui avait réalisé cette œuvre picturale il y a 20 ans avait été un visionnaire.
Le symbole est très fort. L’Homme mécanisé allait détruire l’œuvre de Dieu en transformant les créatures et en créant un monde nouveau. Cette créature pouvait tout-à-fait être un homme-robot, une sorte de cyborg ; mais aussi un robot dans lequel une intelligence humaine serait introduite. Homme-robot ou robot-Homme ? Le cinéma dans Metropolis de Fritz Lang (1927) est la première œuvre de science-fiction. De même le modèle type de Frankenstein avec Boris Karloff est de 1935: le roman de Mary Shelley dont il est issu est de 1818. Le titre exact en est Frankenstein ou le Prométhée moderne. Le Professeur Henry Frankenstein est un savant qui se prend pour Dieu et veut créer un homme. Prométhée est un démiurge qui en volant le feu des Dieux, atteindra leur puissance.
Nous sommes exactement dans cette perspective avec le transhumanisme. C’est le God syndrome: des scientifiques se prennent pour Dieu en voulant changer la nature humaine. Nous sommes alors sur le plan de l’idéologie qui fait fi des réalités liées à la nature. Nous connaissons les ravages causés par les idéologies. La révolution dite française, le marxisme, le nazisme, le système de Pol Pot sont des idéologies destructrices des sociétés: elles se terminent dans le sang et dans l’horreur. Toutes prétendaient créer un homme nouveau. Or le transhumanisme né dans la Silicone Valley se veut messianique. Dépassant la nature humaine il prétend mener l’Homme à l’immortalité.
Le mot de « transhumanisme » aurait été inventé par l’occultiste Julian Huxley, frère d’Aldous Huxley, auteur du fameux ouvrage Le meilleur des Mondes. Le courant intellectuel se revendiquant de cette idéologie, a pris corps en récupérant ce mot vers 1980. Le transhumanisme s’est développé dans la Silicone Valley. Et beaucoup de chercheurs s’y réfèrent. Le plus représentatif d’entre eux est sans doute Raymond Kurzweil qui dirige actuellement le comité scientifique de Google. Cette entreprise est le holding le plus grand et le plus puissant au monde ; il a racheté la quasi-totalité des entreprises de robotique et une partie importante de la micro-informatique. Tout cela va être rassemblé sous le vocable bien anodin de Alphabet.
Mais dans l’idée de ses promoteurs, il en est bien différemment. Le verbe anglais to bet signifie parier. Google nous fait le pari qu’il sera l’alpha, le début d’une nouvelle humanité qui émergera vers 2029…(à suivre).

Jean-Pierre Dickès

couverture_transhumanisme
Broché: 304 pages
Editeur : Editions de Paris (1 avril 2006)