Pierre Sergent raconte dans son livre Les Maréchaux de la Légion qu’au printemps 1941, par un de ces mystères dont l’armée et l’administration françaises ont le secret, les soldats du troisième régiment étranger d’infanterie en garnison à Fès, au Maroc, eurent un important rappel de solde. La conséquence immédiate en fut une épidémie de beuveries et de rixes qui submergea la prison et désorganisa le service.
La France de Gérald Darmanin, sans augmentation de solde, hélas, connaît la même submersion. Pour y faire face, en attendant de construire à la hâte de nouveaux bâtiments, le ministère de la Justice aménage les peines, n’exécute pas celles qui sont inférieures à deux ans, multiplie les travaux d’intérêt général, les jours-amendes et la détention à domicile sous bracelet électronique. Et comme elle est humaniste en diable depuis Simone Veil et Robert Badinter, elle améliore le confort de certaines cellules, elle ménage de meilleures conditions de détention : c’est ainsi que le mariage ou le concubinage sont offerts aux prisonniers qui le souhaitent, et qu’ils peuvent recevoir leur conjoint en toute intimité dans ce qu’on nomme un « parloir famille ». Nordahl Lelandais, ou Périnet il a changé de nom , condamné en 2022 à perpétuité pour le meurtre de la petite Maëlys de Araujo, 8 ans, a de cette manière pu concevoir un fils qui a dix-huit mois maintenant. Résultat de cette manière douce : la criminalité croît et les prisons sont toujours plus engorgées.
Le colonel commandant le troisième étranger d’infanterie à Fès en 1941 choisit une autre méthode. Il nomma un nouveau responsable de la prison et lui tint ce langage : « La prison est archipleine. Tu vas en prendre la responsabilité pendant un mois. Si, dans un mois, l’effectif n’a pas diminué de moitié, tu y feras trente jours supplémentaires, mais, cette fois, comme puni. Alors, tu sais ce qu’il te reste à faire. » Le sous-officier transforma la prison en bagne : la peur de le subir devint plus forte que l’envie de boire. Appels, contre-appels, “décrassages” physiques interminables jusqu’à l’épuisement, corvées, punitions écrasantes au moindre prétexte, au vu et au su de tout le monde. En un mois, la mission était accomplie. Sans doute la révolution arc-en-ciel et humaniste rendrait-elle aujourd’hui cette méthode difficile d’emploi, mais elle fut efficace, quand la méthode Veil-Badinter, sous couleur d’humanité, engendre par son fiasco un monde inhumain.
Ce monde fondé sur les illusions des prétendues sciences sociales et sur la volonté prétendument bonne que nourrissent les idées fausses dépense beaucoup d’énergie, d’argent et d’erreurs pour organiser ce qu’il nomme la « réinsertion ». Trop souvent, ce n’est hélas qu’un rêve niais qui néglige la réalité.
Ainsi, par exemple, Nordahl Lelandais-Périnet vient-il, sous les yeux de son fils de dix-huit mois et l’objectif de la caméra de surveillance, d’étrangler à moitié sa compagne lors d’un parloir aménagé, la saisissant aux cheveux. Les chats ne font pas des chiens ni les pommiers des poires. La réinsertion, pauvre utopie administrative, néglige le plus important : l’âme. La Légion, pour en revenir à elle, propose autre chose, par l’anonymat qui protège l’engagé : une autre vie. Des bannis, des asociaux, des criminels peuvent devenir des héros. De même l’Église, dans le secret de la confession et le mystère du pardon, offre-t-elle un changement d’âme radical : la conversion. Des pervers, des voleurs, des meurtriers sont devenus des saints.
La Rédemption est une meilleure méthode que la réinsertion.
L’homme poursuit deux bonheurs : le premier, naturel, procède de sa condition de créature rationnelle insérée dans la Cité ; il est ordonné au Bien commun temporel, sans lequel aucune perfection personnelle n’est possible.
Le second, surnaturel, surgit de la Grâce et culmine dans la participation à la vie divine, où Dieu Lui-même se donne comme fin ultime.
Saint Thomas d’Aquin souligne que le bonheur naturel requiert des vertus humaines, soutenues par des institutions justes, afin que chacun participe au Bien commun général, non comme à une somme d’avantages privés, mais comme à une plénitude qui transcende toute individualité.
Charles De Koninck, dans De la primauté du bien commun, qui fut sa réponse aux personnalistes communautaires, rappelle que l’homme ne peut atteindre sa propre perfection qu’à travers l’appartenance à cet ordre supérieur.
Loin d’écraser la personne, le Bien commun l’élève et la dispose à accueillir des dons plus éminents. L’homme, marqué d’un désir infini, se découvre en son cœur une immensité que les seuls biens créés ne sauraient satisfaire. Ici s’ouvre alors l’ordre de la Grâce, celui de la participation à la vie trinitaire, gratuite et suréminente.
La béatitude surnaturelle ne nie ni ne détruit la nature, cependant. Elle l’assume et la surélève.
Ainsi, comme l’écrivait Simone Weil, « tout ce qui s’enracine dans l’ordre naturel prépare à la grâce » mais nul effort humain ne saurait franchir de lui-même ce seuil. Ce franchissement n’est possible que par le pur don gratuit de Dieu, quoi qu’en pensent les surnaturalistes de tous poils, à commencer par les glorioles de la revue Thomiste.
La différence entre ces deux bonheurs n’est pas une rivalité mais une hiérarchie de dignité. Le bonheur naturel, enraciné dans la justice et le Bien commun, demeure nécessaire et constitue une condition dispositive de la béatitude. Cependant, seul le bonheur surnaturel, don de Dieu, répond au désir de voir et d’aimer l’Absolu.
De Koninck souligne ici la continuité profonde entre ces deux destinations de l’homme : la Cité bien ordonnée dispose l’homme à recevoir le Royaume céleste. Comme le dit poétiquement Paul Valéry, « ce qu’il y a de plus profond en l’homme, c’est la peau » : nos réalités les plus terrestres seront transfigurées.
Mais d’ici là de grâce ! Politique d’abord !
Non pas « d’abord » au sens d’une primauté de dignité, mais de priorité !
Cette distinction est la mère de toutes les batailles et le socle doctrinal de tout compromis en vue de la construction du Parti des Politiques, pour bâtir l’arche franco-catholique, tâche que Maurras nous légua en forme de testament.
Guillaume Staub préface la réédition des Idées royalistes de Charles Maurras
Les idées royalistes
5 euros
ISBN : 9782493750129 Titre : Les idées royalistes
Auteur : Charles Maurras
Préface : Guillaume Staub Éditeur : D’ACTION FRANÇAISE (ÉDITIONS) Nb Pages : 64 Présentation : Broché
« D’abord, écartons l’utopie. » Charles Maurras
Toute la sève de ce livret est contenue dans cette formule.
Et quelle utopie, quelle ile imaginaire gangrène notre pays depuis plus de deux siécles. Nulle autre que cette nation-contrat des jacobins. qui confond société et État, les fondant sur le principe abstrait de la volonté générale: que cette République, « une et indivisible ». qui ne reconnait aucun intermédiaire entre la nation et des individus isolés
les uns des autres
La conception maurracsienne de la nation, quant a elle, repose sur la reconnaissance d’un topos, d’une réalité concrète : une construction historique. enracinée, unkjue.
Chez Maurras, la nation ne peut exister sans les corps qui la composent : lamilles, provinces, villes… Les hommes y sont les par des corps intermédiaires, cercles concentriques nécescaires à toute cohésion véritable. Maurras rappelle ici l’impérieuse nécessité d’une conception federaliste et décentralisatrice de la nation.
Car la nature ayant horreur du vide, si vous supprimez les corps
mermediaires natures auines vendront sccuper eur place : paris politiques, coteries et autres groupes rarement au service de la nation.
On s’est déjà interrogé ici même sur la nature du lien social, ce précieux ensemble de solidarités naturelles qui, à travers le temps historique des Cités, unit entre eux les hommes qui y vivent ensemble, dans la déférente mémoire de ceux qui y ont vécu et la pensée attentive de ceux qui y vivront à leur suite.
On sait la dynamique de ces solidarités, moteur irremplaçable de ce que la philosophie classique appelle le « bien commun », principe d’unité fondateur et dispensateur de l’ordre nécessaire à l’épanouissement humain ; et nous avons déjà observé que l’institution républicaine, par l’idéologie égalitariste et libertaire qui la fonde, les principes sociaux qu’elle promeut, les lois qu’elle édicte, les croyances qu’elle diffuse, les contraintes qu’elle impose, les modes de vie qu’elle insinue, a apporté un bouleversement radical, une véritable subversion de cet ordre où, désormais, dans un État sans sociétés intermédiaires, les relations de base les plus communes sont passées de la concorde à la confrontation ; aussi n’est-ce pas d’hier qu’on a pu commencer à se demander si la société française n’en était pas arrivée à un point de rupture annonciateur de son imminente désagrégation.
Ainsi, substitution à l’identité vécue des nations historiques, de mythes abstraits sans prise sur la réalité, désocialisation forcée, c’est-à-dire atomisation des individus, expliquent en totalité la généralisation de la violence et, plus grave encore, sa banalisation, au point qu’elle semble être devenue le mode de communication le plus courant entre les personnes ; qu’on en soit arrivé au fait, extrême mais non point isolé, que deux automobilistes attaquent à coups de couteau, l’un un piéton, l’autre un cycliste qui avaient simplement manifesté leur réprobation contre une conduite dangereuse ayant menacé leur sécurité, est révélateur de « l’ordre républicain » et fait comprendre la permanente nécessité du recours aux interventions policières et judiciaires.
Face à une si cataclysmique déliquescence, ne laissons jamais diluer ni nos identités, ni nos solidarités naturelles ; réveillons-les ou suscitons-les là où nous sommes en capacité d’agir. Il ne s’agit pas de survivre, mais de donner son sens véritable à la vie.
En tant qu’animal social, l’homme a besoin des autres, et donc de la société pour vivre. Son comportement social n’est pas inscrit dans son patrimoine génétique, comme c’est le cas pour les abeilles. Il n’a que des facultés, des potentialités, que l’éducation reçue lui permettra d’exploiter au mieux. L’homme ne naît pas avec des chaussures, des vêtements et une formation professionnelle. Tout cela s’acquiert en société. L’état social de l’homme est un état naturel, contrairement à ce que déclarent les penseurs modernes, et les hommes n’ont pas fait une belle assemblée générale un jour pour voir si la société n’était pas une bonne idée à tenter. Charles Maurras a fort bien illustré cela :
“Le petit poussin brise sa coquille et se met à courir. Peu de chose lui manque pour crier : ‘Je suis libre’… Mais le petit homme ? Au petit homme, il manque tout. Bien avant de courir, il a besoin d’être tiré de sa mère, lavé, couvert, nourri. Avant que d’être instruit des premiers pas, des premiers mots, il doit être gardé de risques mortels. Le peu qu’il a d’instinct est impuissant à lui procurer les soins nécessaires, il faut qu’il les reçoive, tout ordonnés, d’autrui. Il est né. Sa volonté n’est pas née, ni son action proprement dite. Il n’a pas dit Je ni Moi, et il en est fort loin, qu’un cercle de rapides actions prévenantes s’est dessiné autour de lui. Le petit homme presque inerte, qui périrait s’il affrontait la nature brute, est reçu dans l’enceinte d’une autre nature, empressée, clémente et humaine : il ne vit que parce qu’il en est le petit citoyen. Son existence a commencé par cet afflux de services extérieurs gratuits. Son compte s’ouvre par des libéralités dont il a le profit sans avoir pu les mériter, ni même y aider par une prière : il n’en a rien pu demander ni désirer (…). Cependant, à la première minute du premier jour, quand toute vie personnelle est fort étrangère à son corps, qui ressemble à celui d’une petite bête, il attire et concentre les fatigues d’un groupe dont il dépend autant que de sa mère lorsqu’il était enfermé dans son sein.”
Voici l’illustration de la base de la réflexion politique. Tout homme est, dès sa naissance et jusqu’à sa mort, endetté sans possibilité de rembourser la société dans laquelle il vit. De quoi mettre à mal les chantres du libéralisme, pour qui il n’y a qu’opportunités à saisir et voisins à écraser.
Il n’est pas possible pour l’homme de vivre seul. Cependant, les penseurs modernes nous ont inventé le mythe individualiste, comme si l’homme, au plan politique, était avant tout un individu. La pensée antilibérale affirme au contraire la priorité de la nature politique de l’homme sur sa réalisation personnelle et individuelle. Nous l’avons vu, l’homme a une nature sociale et politique, et ce ne sont pas les imprécations individualistes qui vont la supprimer. Mais sans supprimer cette nature, ils peuvent la défigurer, en faisant en sorte que chacun agisse comme s’il était seul. Ce qu’il reste d’organisation politique est alors confisqué au profit de quelques individus, qui font croire à l’individu noyé dans la masse d’égoïstes qu’il est libre, alors qu’il est dans une nouvelle forme d’esclavage.
En inventant le concept d’état de nature et d’état social, des théoriciens, dès le XVIᵉ siècle, ont tenté de renforcer ces chaînes, en nous laissant croire que sans le fameux contrat social, tout le monde s’entretuerait, et qu’il était normal d’abdiquer des droits au nom d’un tout qui nous dépasse. Le problème n’est pas dans l’intégration des individus dans une communauté, ni dans le fait qu’ils fassent primer le bien commun sur leur bien propre, cela est une évidence. Le drame, la rupture politique, est d’avoir fondé ce bien commun dans le contrat, dans la majorité, dans le subjectivisme des gouvernants. Le drame, c’est que ce bien commun et cette communauté n’ont plus de transcendance, mais sont autocentrés. Quel que soit le mode de désignation des dirigeants, mettre leur légitimité dans la majorité et non dans un ordre qui s’impose à nous est la source de tous nos maux. S’il n’y a plus de Bien, de Vrai, de Bon qui transcende nos existences, chaque nouvelle majorité peut réécrire l’histoire et la morale.
Il est donc important de se souvenir que l’état de nature est nécessairement social, comme le petit poussin nous le rappelle. Il est par ailleurs difficile d’imaginer cette fameuse réunion des Mowglis décidant, d’un commun accord et selon une procédure inventée pour l’occasion, de se ranger sous l’ordre social et de créer une société ex nihilo, quittant l’état de nature pour le contrat social. Ce doux rêve libéral, qui ramène toutes les interactions humaines à des contrats et des intérêts, doit être oublié pour construire une politique sur une base anthropologiquement saine.
@Dr- Dextra, sans être une organisation de l’AF était une organisation. d’AF.
C’est avec une profonde émotion que nous avons appris le décès, dimanche dernier, de Houchang Nahavandi, homme d’État iranien, universitaire éminent, écrivain et patriote, dont la vie tout entière fut placée sous le signe de la fidélité — fidélité à son pays, à ses convictions et à la civilisation à laquelle il appartenait.
Né à Téhéran, Houchang Nahavandi fut, dans l’Iran du Shah, ministre, recteur d’université et esprit d’une rare élégance intellectuelle. Le Shah d’Iran envisageait de le nommer Premier ministre, mais l’exil, conséquence des bouleversements tragiques qu’a connus son pays, l’en empêcha.
Exilé, certes — mais jamais déraciné. Nationaliste, il demeura avant tout iranien, profondément attaché à la terre et à l’histoire de l’Iran. Lorsque son pays fut attaqué, il n’hésita pas à en prendre la défense, soulignant avec lucidité qu’il s’agissait d’une agression et non d’une fatalité. Son patriotisme n’était pas celui de la rancune, mais celui de la fidélité : celle d’un homme qui ne renie jamais son peuple, même de loin.
Installé en France, Houchang Nahavandi fut également un intellectuel francophone accompli, participant activement à la vie des idées. Il collabora au journal L’Action française, parfois sous son nom, souvent sous le pseudonyme évocateur de Pascal NARI — anagramme transparente d’« IRAN », hommage discret mais constant à sa patrie.
Ami de Pierre Pujo, il partageait avec lui une admiration profonde pour Jacques Bainville, ce grand historien dont la rigueur et la vision lui parlaient intimement.
Avec la disparition d’Houchang Nahavandi, c’est une voix à la fois iranienne et française, classique et courageuse, qui s’éteint. Il laisse derrière lui l’image d’un homme de culture et d’honneur, d’un patriote fidèle à sa terre, à ses amis et à ses idées — jusqu’au dernier jour.
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