10 novembre 2007, disparition de Pierre Pujo

10 novembre 2007, disparition de Pierre Pujo

Le 10 novembre 2007, Pierre Pujo rendait son âme à Dieu. Voici l’extrait d’un discours prononcé après les évènements de mai 1968. Pujo brosse énergiquement, en quelques mots, les traits contre-révolutionnaire et dynamique de notre grande mission politique. Ce qu’il dit des gauchistes de l’époque se rapporte aussi, de nos jours, au monde de Droite et d’extrême-Droite, à la bourgeoisie des privilégiés et aussi aux « cathos », tous incapables ou peu désireux de remonter aux causes institutionnelles des maux dont nous souffrons.

Profondément positifs et actuels, les propos de Pierre Pujo rompent avec l’image bêtement réactionnaire qu’on voudrait accoler à l’A.F. Il n’est pas question ici de faire l’archéologie d’un régime défunt (l’Ancien Régime), mais de bâtir pour l’avenir un Ordre humain harmonieux et conforme à notre nature de Français. Quoi de plus réaliste, comme programme?

« Nous sommes des contestataires et même nous poussons la contestation plus loin que les marxistes. Nous allons, en un sens, plus loin que les enragés, car s’ils dénoncent les défauts et les tares du régime actuel, ils ne s’en prennent pas aux causes. Ces causes, nous les dénonçons depuis toujours : ce sont la démocratie et les idéologies démocratiques. Ce sont elles qui ont désorganisé l’Etat, détruit la société française, intoxiqué la jeunesse, mené la France sur le chemin des catastrophes et de la décadence.

Par ailleurs, tandis que les révolutionnaires font de la contestation un instrument du matérialisme dialectique, nous autres, à l’Action française, nous contestons ce qui est mauvais pour obtenir un bien, pour restaurer une société française harmonieuse et prospère. Telle est notre contestation nationaliste. Notre souci primordial est la survie de cette communauté historique millénaire qu’est la France et qui est faite non seulement des Français vivants, mais aussi d’un milliard de Français morts et d’autant à naître.

C’est pourquoi, si nous pouvons nous dire les véritables contestataires, nous sommes aussi les véritables défenseurs de l’ordre. Nous indiquons les conditions d’une restauration d’un ordre vrai et national où s’épanouiraient les libertés sous un Etat fort, continu et respecté parce qu’accordé à la légitimité profonde du pays.

Ce que nous voulons, c’est restaurer à tous les échelons une légitimité. Il faut remettre en place de véritables autorités appuyées sur les notions de compétence et de responsabilité.

Ainsi nous indiquons les causes du mal et aussi les remèdes. Et nous le faisons depuis 70 ans ce mois-ci que les deux mots Action française apparaissent pour la première fois dans un journal en tête d’un article sous la signature de Maurice Pujo.

Ce que nous disons, on n’est pas libre de le refuser. Nous ne sommes pas un parti voué à la défense d’une certaine idéologie, ou de préférences sentimentales arbitraires. Notre mission est de défendre la vérité politique, et la vérité politique existe. Si l’on n’en tient pas compte, il faut être prêt à voir surgir les catastrophes, car les faits ont leur logique propre et si on les néglige, selon le mot de Paul Bourget, ils se vengent, ils se vengent toujours.

Vous voyez donc la grandeur de notre mission au service de la France, contre la révolution et ses complices. Il nous appartient de faire de la force d’Action française.

Nous sommes une minorité : qu’importe. Les groupuscules de Nanterre étaient cette année moins nombreux que nous.

Il nous revient de conduire les Français, qu’ils soient contestataires ou désireux d’ordre – et parfois ce sont les mêmes – vers les solutions qu’appelle le salut public. Aux aspirations du pays réel, à son désir de libertés, d’ordre, de participation, nous apportons les réponses qu’il attend inconsciemment. Nous voulons restaurer – ou instaurer – cet ordre communautaire à la base et monarchique au sommet qui seul est conforme au génie de la France et permettra demain le redressement national. »

Pierre PUJO, propos tenus en  1968

La Nouvelle droite ou la gangrène de la dissidence française

La Nouvelle droite ou la gangrène de la dissidence française

Il y a quarante ans se produisit un événement politique dont l’importance est aujourd’hui saisissante, un débat organisé et enregistré entre le célèbre philosophe chrétien Gustave Thibon, alors quasiment octogénaire, et le néopaïen post-national Alain de Benoist, chef de file d’un nouveau courant que l’on appelait, déjà, sans vergogne, « Nouvelle droite ». Disons-le d’emblée, cette rencontre orchestrée par une frange de royalistes aventureux fut davantage qu’une erreur, une faute. Car elle n’était ni plus ni moins qu’une façon d’introniser Alain de Benoist et la mouvance qu’il représentait dans la famille de la droite nationale alors même qu’ils s’y opposaient d’une manière franche. A quoi pouvait donc bien servir ce débat ? Il ne pouvait appuyer qu’une chose : la promotion du patron du GRECE alors même qu’il n’était connu que par les lecteurs du Figaro Magazine et de ceux… de Libération.

En effet, en 1979, sous l’égide du répugnant Serge July (qui publia par ailleurs dans son torchon plusieurs articles faisant l’apologie de la pédophilie), Libération chargea le militant homosexualiste et pro-pédophile (ami et parfois collaborateur de Gabriel Matzneff) Guy Hocquenghem d’écrire plusieurs papiers sur les activités grécistes. Dans ses articles sur le sujet, Guy Hocquenghem (militant soixante-huitard, gauchiste et pédofriendly qui mourra du sida en 1988), dépeint un courant de pensée « dynamique » envers lequel il semble admiratif. Il fut si ostensiblement séduit par la mouvance néopaïenne, qu’il heurta une partie du lectorat de Libé et provoqua un scandale que tout homme intéressé par la vie des idées, a fortiori tout intellectuel, n’avait pu ignorer. Deux textes en particulier défrayèrent la chronique : «Contre, tout contre “la nouvelle droite” (I)» et «Contre, tout contre “la nouvelle droite” (II) : de l’éthologie à l’écologie». Hocquenghem avoua alors être attiré par « l’immoralisme foncier » de Benoist et de ses amis même s’il faisait mine de concéder ne pas savoir ce qui se cachait « réellement » derrière tout cela. A notre avis, il en savait à ce sujet beaucoup plus que Gustave Thibon.

Catholique, Gustave Thibon l’était, mais il avait fait sienne la conception guénonienne de la tradition et se refusait d’appartenir à tout courant politique. Certains hommes, et même de grands hommes, ont besoin de cela pour se sentir libres. En réalité, cette liberté qui est, certainement, selon nous, une sensation de liberté, est parfois plus dangereuse que l’idéologie la plus charpentée. Gustave Thibon, qui se plaisait à imiter Charles Maurras comme Thierry Le Luron imitait François Mitterrand, n’était pas maurrassien et n’était pas non plus nationaliste. Royaliste à l’image d’un Joseph de Maistre, il n’avait d’évidence pas un esprit politique, et s’il avait une façon de voir le monde bien à lui, il n’avait pas, pour lire la scène politique, de grille de lecture efficiente. Au demeurant, peut-être n’avait-il pas complètement compris Maurras comme en témoigne son silence devant les mensonges d’un Alain de Benoist faisant passer le maître du nationalisme intégral pour le défenseur d’un catholicisme sans foi, ce qui est absurde. Et Maurras d’avoir toujours précisé comme une évidence qu’il ne saurait y avoir de catholicisme sans foi. Une ineptie qu’il était facile, par conséquent, d’isoler puis de condamner pour un homme appréhendant dans toute son ampleur l’œuvre du Martégal. Prétendre que Maurras prônait un catholicisme sans foi est en effet tout aussi stupide que de prétendre qu’il aurait défendu un nationalisme sans patriotisme !

« Débattre » avec Alain de Benoist, c’était donc laisser accroire que l’« Immoral » avait quelque chose de constructif à apporter à toute une mouvance qui avait des yeux de Chimène pour Gustave Thibon. C’était aussi le laisser immanquablement mentir et séduire une partie de son public. Débattre avec Benoist, c’était in fine le laisser commettre un hold-up sur une partie de la mouvance de la vraie droite.

C’est encore en 1982 que René Rémond, le célèbre historien, publia son fameux ouvrage « Les droites en France » qui dresse d’une manière un peu téméraire une typologie des droites en s’appuyant sur une généalogie des idées parfois erronée. Il n’est pas question ici de relire tout son livre, nonobstant intéressant à plus d’un titre, mais de relever un détail (fallacieux) qui en dit long sur l’inlassable publicité, ici incongrue, faite à un courant artificiel qui a le goût de la nouveauté sans être « révolutionnaire », et qui se réclame de la droite sans en être. René Rémond, un historien du Système s’il en est, ose écrire dans ce livre (qui passe pour une référence absolue en histoire politique) ces propos incroyables :

« Chaque grande tradition de pensée engendre des courants subsidiaires qui se détachent graduellement du tronc principal pour vivre ensuite d’une existence autonome. La droite contre-révolutionnaire s’est ainsi périodiquement renouvelée. L’école qui fait depuis quelques temps parler d’elle sous le nom de Nouvelle droite ne serait-elle pas un de ces surgeons et le dernier avatar du phénomène récurrent des jeunes droites, la précédente étant l’Action française ? » (P. 282).

Pas moins ! Attention, le coquin va encore plus loin, ouvrez bien les yeux. Selon lui, Alain de Benoist lui-même pourrait être tout simplement le « Charles Maurras de sa génération » !  Ses arguments en faveur de l’analogie sont, c’est le moins que l’on puisse dire, assez faibles : même goût de l’élitisme, argumentations « scientifiques » (qui ont l’aspect de la scientificité), prétendu anti-individualisme dans les deux mouvements. Ces caractéristiques vraies ou prétendues n’ont trait qu’à la forme des deux mouvances comparées. C’est peu, bien peu pour s’autoriser cet exercice, et c’est indigne d’un spécialiste des idées politiques.

Les points de divergence entre la Nouvelle droite et l’Action Française sont en effet, quant à eux, essentiels. L’Action Française prône le catholicisme, la Nouvelle droite le combat. L’AF veut un Etat fort, la Nouvelle droite le dénigre. L’AF rejette l’Europe fédérale, la Nouvelle droite en fait l’apologie. L’AF loue le patriotisme, la Nouvelle droite le méprise. Et que dire du multiculturalisme de la ND (moins mis en avant ces derniers temps) qui s’oppose au régionalisme tempéré (celui du Pays réel) promu par l’AF et chanté par Maurras ? En fait, tout oppose le nationalisme (en particulier celui de Maurras) à cette Nouvelle droite qui ne fut toujours, finalement, qu’une machine à subvertir de l’intérieur les militants nationaux et à diluer tous les principes transcendants et salvateurs. Aussi bien à l’intérieur même du Front National qui allait percer en 1983 que dans les diverses publications de la droite nationale ou dite nationale qui étaient bien moins rares qu’aujourd’hui.

Alain de Benoist ou la gueule de la gangrène de la droite

Au-delà des disparités idéologiques, plus grave que les idées antagonistes ou les préceptes vendus sur papier glacé, sur France culture (Alain de Benoist y eut un temps son rond de serviette), on retrouve le relativisme instillé sournoisement par la Nouvelle droite qui, derrière un nietzschéisme de façade, casse tout principe, toute transcendance et tout repère afin de dépouiller l’homme de sa foi, de son patriotisme et de sa boussole morale. Il est impossible d’exprimer autrement l’inlassable réclame, qu’elle fait depuis sa création, des auteurs pédophiles : Hocquenghem, Albert-Weil, Gripari, un tas d’auteurs souvent médiocres sur le plan strictement littéraire mais qui sont tous d’immenses pervers obnubilés par la figure de Satan.

Pendant plus de quarante ans, ces imposteurs ont diffusé les pires horreurs au nom de l’anticonformisme un jour, au nom du paganisme un autre, toujours en se proclamant intellectuellement libres.

Quand on lit, quand on relit la tonne d’articles consacrés aux pires pédophiles que la Gueuse a couvés (Mitterrand n’était-il pas le protecteur de Gabriel Matzneff ?) dans les magazines liés de près ou de loin à la Nouvelle droite, on constate que toutes les recensions des livres écrits par ces scélérats sont magnifiées et que toute la saloperie qui émanent de leurs lignes est alchimiquement transformée en « politiquement incorrect » qu’il faudrait boire comme un nectar ! Comme si le courage politique, celui qui se révèle dans la confrontation, était semblable au demi secret cultivé par ces sombres usurpateurs. Aujourd’hui, la même engeance poursuit ses menées et on trouve, encore, de prétendus nationalistes et de prétendus catholiques pour se mélanger avec elle. A quand le feu purificateur ?

Valentin Barnay

ACTUALITÉ DES IDÉES DE CHARLES MAURRAS

ACTUALITÉ DES IDÉES DE CHARLES MAURRAS

Maurras est mort en 1952. Soixante-dix ans plus tard son spectre trouble encore le sommeil des dirigeants de la République. L’on se rappelle, il y a quelques années, de la regrettable–mais non regrettée-dame Kosciusko Morizet qui accusait un conseiller de Nicolas Sarkozy de travailler non pour son patron mais pour Maurras. L’on se souvient aussi de l’exclusion de Maurras de la liste des commémorations nationales en vertu d’une censure imposée par les politiciens …Ces marques d’hostilité ont tout au moins un intérêt : elles prouvent la survie et la vitalité de la pensée maurrassienne, qui est toujours cause de soucis pour ses adversaires, ces « hommes petits » qui crient de grands mots et créent de grands maux.

Et de fait, si l’on regarde notre triste actualité, l’on constatera que les mêmes causes produisant les mêmes effets, les méthodes d’analyse et souvent les conclusions de Maurras restent intangibles et s’inscrivent en faux contre les utopies politiciennes. Tout d’abord l’attachement à la Nation. Les errements de ces dernières décennies ont montré l’utopie de la prétention du dépassement du cadre national. Ainsi l’Europe, qui a pu sembler une possibilité de renforcement de l’Occident, est-elle devenue un carcan. Là où de bonnes alliances, comme Maurras les préconisait dans le Soliloque du Prisonnier, pouvaient être utiles ou nécessaires, la montée d’un pouvoir supranational s’est avérée et s’avère de plus en plus comme nocive et contre-productive. L’Europe n’a pas comblé le vide de la politique nationale, dont elle a au contraire accru l’inefficacité. Un exemple : l’immigration. La France ne contrôle plus rien et l’Europe ne contrôle pas à sa place, mais entrave au contraire toute réaction nationale. De même grâce à l’Europe, nous paieront bientôt l’électricité –que nous produisons grâce aux centrales nucléaires– plus cher que si le marché restait national.  La France possède encore une agriculture, une zone maritime enviable, une dissuasion nucléaire… Ces atouts sont susceptibles d’être remis en cause par l’européisme technocratique. Et les institutions nationales ou prétendues telles se plient aux ordres internationaux : qui sait qu’une grande partie de notre législation provient par exemple, de directives européennes dont l’origine n’a rien de démocratique (ni de monarchique bien sûr) ?

La même analyse peut être faite à l’égard du mondialisme : au nom de la prétendue sécurité sanitaire ou de l’écologie, l’on prépare un monde calibré par une oligarchie de pseudo sachants, armés d’ordinateurs et de procédés de reconnaissance faciale. La démocratie –formatée par les faiseurs d’opinion médiatiques– sert désormais simplement à donner une approbation au système. Elle est apparente. L’on dira qu’il n’y a rien de nouveau : Maurras avait en son temps dénoncé les « quatre états confédérés » qui servaient de piliers à la République, et considéré que la démocratie proclamée était en fait pilotée par une oligarchie cachée. La différence est que l’oligarchie est désormais mondialisée (donc encore plus puissante) et qu’elle exerce son pouvoir à travers les organisations internationales, les O.N.G., les médias, les sociétés secrètes ou les réunions de grands dirigeants… Maurras disait que le suffrage universel était conservateur : cela reste vrai, mais il est désormais conservateur des normes imposées par un totalitarisme sournois. L’oligarchie mondialiste décide et les diverses structures démocratiques se bornent à ratifier. De même, inconnus du peuple jusqu’à leur émergence, les dirigeants sont présélectionnés (notamment par les Américains ou les Chinois– (Cf Emmanuel Macron ou Olivier Véran).

Jusqu’au milieu du XXe siècle tout le monde admettait encore un certain ordre naturel. Maurras disait aussi que les éléments se riraient des ambitions humaines tant que l’on ne toucherait pas à l’eau, à l’air ou à l’astre… Mais nous vivons en pleine période prométhéenne et certains hommes croient que tout est permis et que tout est possible. L’on se trouve actuellement ballotté entre les excès de l’industrialisme et ses catastrophes (la mer d’Aral, les catastrophes type Seveso, l’extraction du gaz de schiste) et ceux de l’écologisme et de ses prolongements antispécistes et végan qui vont jusqu’à vouloir éradiquer l’espèce humaine… Certains prétendent même changer l’homme lui-même : procréation artificielle, famille unisexe, mélange interracial total, clonage, robots… La crise sanitaire a constitué un banc d’essai pour cette transformation de l’homme : projet de marquage général et de suivi constant… A l’usage, l’on voit bien que la Nation est la seule digue possible et subsistante, face à ce déferlement mortifère. L’instinct populaire le sent bien d’ailleurs, qui tend à demander la protection de l’État lorsqu’il perçoit une menace. Malheureusement la République, plutôt qu’une mère, est une marâtre qui confine et qui vaccine sans songer aux conséquences… Et l’on retombe ici sur l’irresponsabilité des pouvoirs électifs, constamment dénoncée par l’Action Française. S’ils sont responsables, c’est envers leurs maîtres occultes, mais non envers les peuples…

À la différence de nos politiciens qui se réfèrent souvent à cet héritage, le rejet de la Révolution française, de ses pompes et ses œuvres, est un aspect essentiel et toujours valable de la doctrine de Maurras. Il disait que « la tradition est critique. », se différenciant en cela de son ami Barrès, qui reconnaissait des mérites à toutes les périodes de l’histoire de France. Maurras n’hésitait pas, pour sa part, à en retrancher les mauvaises périodes, celles qui manifestaient un recul du génie national. Vu sous cet angle, Robespierre fait partie de notre histoire, mais non de notre Panthéon particulier !

Évoquons encore le régime politique. La Ve République a pu faire illusion pendant quelques décennies. Néanmoins les dernières présidences, Sarkozy, Hollande, Macron, traduisent le désarroi d’un corps électoral qui ne sait plus à quel saint (?) se vouer. Alors que la tranquillité du pays nécessiterait un pouvoir traditionnel incontesté, pour faire face aux défis contemporains, l’on a affaire à une succession d’expériences plus ou moins ratées et à une absence croissante d’unanimité nationale. La monarchie élective qu’est la Ve République cumule les défauts dans lesquels peut tomber un pouvoir monocratique avec les entraînements démocratiques… Plutôt que la foire d’empoigne de l’élection présidentielle, et face au discrédit dans lequel sont tombés les partis, la solution maurrassienne – le Roi en ses conseils, le peuple en ses états– apparaît comme celle qui comblerait les attentes du peuple français. Mais le pouvoir médiatique est un énorme obstacle qui se dresse entre ce peuple et la connaissance de cette solution. Déjà, dans l’Avenir de l’Intelligence, Maurras montrait que « qui dirige l’opinion publique est le roi de tout. » L’on mesure la difficulté qui existe pour tenter de redresser cette situation…

À l’époque du Maréchal, Maurras, interrogé sur ce dont la France avait besoin, avait répondu: « une bonne armée et un bon clergé. » La direction ainsi indiquée reste vraie. Et, au-delà de l’armée, les citoyens conscients doivent se grouper autour de l’idéal national, et, au-delà des clercs, les laïcs catholiques doivent prendre en main leur rôle dans la cité. Et quant aux valeurs, Maurras nous incite encore à tenir le fil qui nous unit à nos ancêtres. Agnostique lui-même pendant la plus grande partie de sa vie, il n’en reconnaissait pas moins dans le catholicisme « le temple sacré des définitions du devoir ». Malgré les errements de la hiérarchie catholique, Maurras (qui avait pourtant subi l’abusive et maladroite condamnation de l’Action Française en 1926) estimait que la doctrine catholique traditionnelle constituait un pilier essentiel de la vie sociale. C’est en ce sens qu’il faut comprendre son expression « l’Eglise de l’ordre », et son rejet du protestantisme dont l’individualisme lui apparaissait porteur d’anarchie. Ici encore, le redressement nécessaire passe par le chemin indiqué par le Maître.

L’empirisme organisateur de Maurras, –c’est-à-dire l’inlassable méditation de notre présent à la lumière des expériences du passé– doit rester notre méthode d’analyse et notre guide pour affronter les défis toujours plus grands de l’actualité. Appuyés sur les deux valeurs que sont l’héritage national et la doctrine de la Chrétienté, nous devons constituer des îlots de résistance face à la corruption généralisée.

Et pour conclure ces quelques réflexions, nous rassemblerons la phrase du Maître, « le désespoir en politique est une sottise absolue. » et celle de Jeanne d’Arc « les hommes d’armes combattront et donnera la victoire. »

François Marceron.  

Mise au point du Docteur Charles : Non, Boutang n’est pas un maître !

Mise au point du Docteur Charles : Non, Boutang n’est pas un maître !

Pierre Boutang prétendait avoir appris à lire dans l’Action Française. Plus tard, il devint agrégé de philosophie puis enseignant. En même temps, il militait à l’AF.

D’abord maréchaliste pendant la guerre, il rejoignit le général Giraud à Alger. Epuré à la Libération, il devint un des rédacteurs d’Aspects de la France, l’hebdomadaire d’Action Française fondé en 1947 par Georges Calzant. Mais en 1955, Boutang fonda à son tour un nouveau journal : la Nation Française, concurrent d’Aspects. Ce journal se réclamait, certes, des idées de Maurras, mais avait une attitude plus souple vis-à-vis du personnel de la République.

Très vite, ce fut une feuille de propagande gaulliste, réclamant, juste après le 13 mai 1958, le retour de de Gaulle au pouvoir et faisant ensuite des amabilités à l’UNR. Le pire fut atteint lorsque Boutand accompagna de Gaulle dans sa célèbre « tournée des popotes ».

Il s’agissait de convaincre les officiers présents sur le terrain en Algérie de ne rien tenter pour garder cette terre à la France. Le résultat en fut le massacre des Harkis, l’exode catastrophique des Pieds Noirs et la perte de la souveraineté française au sud de la Méditerranée.

Mais il y a quand même une justice : les lecteurs abandonnèrent la Nation Française qui cessa de paraitre en 1967. Son aventure journalistique terminée, Boutang fut réintégré dans l’Université, grâce dit-on à l’appui de barons du gaullisme.

Boutang est même devenu maître de conférences à la Sorbonne après avoir renouvelé son abandon de l’antisémitisme.

En conclusion, il est possible que Boutang n’ait pas eu l’intention de rompre philosophiquement avec Maurras, mais en politique, la séparation est totale. Contrairement à ce que suggérait Boutang, de Gaulle n’a pas rétabli la Monarchie mais nous a laissé la Vème République dont l’échec est désormais évident et total.

 

Docteur André Charles, Président du Comité Directeur

L’Avenir de l’Intelligence

L’Avenir de l’Intelligence

XXIV. — L’esprit révolutionnaire et l’argent

Je sais la réponse des anarchistes :

— Eh bien, on le saura et on le dira ; l’Opinion libre fournira des armes contre l’Opinion achetée. L’Intelligence se ressaisira. Elle va flétrir cet Argent qu’elle vient de subir. Ce n’est pas d’aujourd’hui que la ploutocratie aura tremblé devant les tribuns.

Nouvelle illusion d’une qualité bien facile !

Si des hommes d’esprit ne prévoient aucune autre revanche contre l’Argent que la prédication de quelque Savonarole laïque, les gens d’affaires ont pressenti l’événement et l’ont prévenu. Ils se sont assuré la complicité révolutionnaire. En ouvrant la plupart des feuilles socialistes et anarchistes et nous informant du nom de leurs bailleurs de fonds 28, nous vérifions que les plus violentes tirades contre les riches sont soldées par la ploutocratie des deux mondes. À la littérature officielle, marquée par des timbres et des contre-seings d’un État qui est le prête-nom de l’Argent, répond une autre littérature, qui n’est qu’officieuse encore et que le même Argent commandite et fait circuler. Il préside ainsi aux attaques et peut les diriger. Il les dirige en effet contre ce genre de richesses qui, étant engagé dans le sol ou dans une industrie définie, garde quelque chose de personnel, de national et n’est point la Finance pure. La propriété foncière, le patronat industriel offrent un caractère plus visible et plus offensant pour une masse prolétaire que l’amas invisible de millions et de milliards en papier. Les détenteurs des biens de la dernière sorte en profitent pour détourner contre les premiers les fières impatiences qui tourmentent tant de lettrés.

Mais le principal avantage que trouve l’Argent à subventionner ses ennemis déclarés provient de ce que l’Intelligence révolutionnaire sort merveilleusement avilie de ce marché. Elle y perd sa seule source d’autorité, son honneur ; du même coup, ses vertueuses protestations tombent à plat.

La Presse est devenue une dépendance de la finance. Un révolutionnaire, M. Paul Brulat 29, a parlé récemment de sauver l’indépendance de la Pensée humaine. Il la voyait donc en danger. « La combinaison financière a tué l’idée, la réclame a tué la critique. » Le rédacteur devient un « salarié », « son rôle est de divertir le lecteur pour l’amener jusqu’aux annonces de la quatrième page. » « On n’a que faire de ses convictions. Qu’il se soumette ou se démette. La plupart, dont la plume est l’unique gagne-pain, se résignent, deviennent des valets. » Aussi, partout « le chantage sous toutes ses formes, les éloges vendus, le silence acheté… Les éditeurs traitent ; les théâtres feront bientôt de même. La critique dramatique tombera comme la critique littéraire. »

M. Paul Brulat ne croit pas à la liberté de la Presse, qui n’existe même point pour les bailleurs de fonds des journaux : « Non, même pour ceux-ci, elle est un leurre. Un journal, n’étant entre leurs mains qu’une affaire, ne saurait avoir d’autre soucis que de plaire au public, de retenir l’abonné 30. » Sainte-Beuve, en observant, dès 1839, que la littérature industrielle tuerait la critique, commençait à sentir germer en lui le même scepticisme que M. Paul Brulat. Une même loi « libérale », disait-il, la loi Martignac, allégea la Presse « à l’endroit de la police et de la politique », mais « accrut la charge industrielle des journaux ».

Ce curieux pronostic va plus loin que la pensée de celui qui le formulait. Il explique la triste histoire de la déconsidération de la Presse en ce siècle-ci. En même temps que la liberté politique, chose toute verbale, elle a reçu la servitude économique, dure réalité, en vertu de laquelle toute foi dans son indépendance s’effaça, ou s’effacera avant peu. Cela à droite comme à gauche. On représentait à un personnage important du monde conservateur que le candidat proposé pour la direction d’un grand journal cumulait la réputation de pédéraste, d’escroc et de maître-chanteur : « Oh ! » murmura ce personnage en haussant les épaules, « vous savez bien qu’il ne faut pas être trop difficile en fait de journalistes ! » L’auteur de ce mot n’est cependant pas duc et pair ! Il peignait la situation. On discuta jadis de la conviction et de l’honorabilité des directeurs de journaux. On discute de leur surface, de leur solvabilité et de leur crédit. Une seule réalité énergique importe donc en journalisme : l’Argent, avec l’ensemble des intérêts brutaux qu’il exprime. Le temps paraît nous revenir où l’homme sera livré à la Force pure, et c’est dans le pays où cette force a été tempérée le plus tôt et le plus longtemps, que se rétablit tout d’abord, et le plus rudement, cette domination. #

XXV. — L’âge de fer

Une certaine grossièreté passe dans la vie. La situation morale du lettré français en 1905 n’est plus du tout ce qu’elle était en 1850. La réputation de l’écrivain est perdue. Écrire partout, tout signer, s’appliquer à donner l’impression qu’on n’est pas l’organe d’un journal, mais l’organe de sa propre pensée, cela défend à peine du discrédit commun. Si l’on ne cesse pas d’honorer en particulier quelques personnes, la profession de journaliste est disqualifiée. Journalistes, poètes, romanciers, gens de théâtre font un monde où l’on vit entre soi ; mais c’est un enfer. Les hautes classes, de beaucoup moins fermées qu’elles ne l’étaient autrefois, beaucoup moins difficiles à tous les égards, ouvertes notamment à l’aventurier et à l’enrichi, se montrent froides envers la supériorité de l’esprit. Tout échappe à une influence dont la sincérité et le sérieux font le sujet d’un doute diffamateur. #

Mais l’écrivain est plus diffamé par sa condition réelle que par tous les propos dont il est l’objet. Ou trop haut ou trop bas, c’est le plus déclassé des êtres ; les meilleurs d’entre nous se demandent si le salut ne serait point de ne nous souvenir que de notre origine et de notre rang naturel, sans frayer avec des confrères, ni avoir soucis des mondains. L’expédient n’est pas toujours pratique. Renan disait que les femmes modernes, au lieu de demander aux hommes « de grandes choses, des entreprises hardies, des travaux héroïques », leur demandent « de la richesse, afin de satisfaire un luxe vulgaire ». Luxe vulgaire ou bien désir, plus vulgaire encore, de relations.

L’ancien préjugé favorable au mandarinat intellectuel conserve sa force dans la masse obscure et profonde du public lisant. Il ne peut le garder longtemps. La bourgeoisie, où l’amateur foisonne presque autant que dans l’aristocratie, s’affranchit de toute illusion favorable et de toute vénération préconçue. Son esprit positif observe qu’il y a bien quatre ou cinq mille artistes ou gens de lettres à battre le pavé de Paris en mourant de faim. Elle calcule que, des deux grandes associations professionnelles de journalistes parisiens, l’une comptait en 1896 plus du quart, et l’autre plus du tiers de ses membres sans occupation 31. Elle prévoit un déchet de deux ou trois mille malheureux voués à l’hospice ou au cabanon. Les beaux enthousiasmes des lecteurs de Hugo et de Vacquerie 32 paraissent donc également devoir fléchir dans la classe moyenne.

Ils se perpétuent au-dessous, dans cette partie du gros peuple où la lecture, l’écriture et ce qui y ressemble, paraît un instrument surnaturel d’élévation et de fortune. Par les moyens scolaires qui lui appartiennent, l’État s’applique à prolonger une situation qui maintient le crédit de cette Intelligence, derrière laquelle il se dissimule, pour mieux dissimuler cet Argent par lequel il est gouverné. Mais il provoque le déclassement, par cela même qu’il continue à le revêtir de teintes flatteuses. Encombré de son prolétariat intellectuel, l’État démocratique ne peut en arrêter la crue, il est dans la nécessité de la stimuler 33. Les places manquent, et l’État continue à manœuvrer sa vieille pompe élévatoire. Les finances en souffrent quand il veut tenir parole, et le mal financier aboutit aux révolutions. Mais, s’il retire sa parole, c’est encore à des révolutions qu’il est acculé. La société ploutocratique s’est assurée tant bien que mal contre ce malheur. Elle espère le canaliser, le détourner d’elle. Mais l’État s’effraie pour lui-même, et ses premières inquiétudes se font sentir.

XXVI. — Défaite de l’Intelligence

Image en ligne

Il faut bien se garder de croire que ces turbulences puissent ruiner de fond en comble les intérêts fondamentaux, les forces organiques de la vie civilisée. La Finance, l’activité qu’elle symbolise, doit vaincre, associant peut-être à son triomphe les meilleurs éléments du prolétariat manuel, ces ouvriers d’état qui se forment en véritable aristocratie du travail, sans doute aussi des représentants de l’ancienne aristocratie, dégradée ou régénérée par cette alliance. Le Sang et l’Or seront recombinés dans une proportion inconnue. Mais l’Intelligence, elle, sera avilie pour longtemps ; notre monde lettré, qui paraît si haut aujourd’hui, aura fait la chute complète, et, devant la puissante oligarchie qui syndiquera les énergies de l’ordre matériel, un immense prolétariat intellectuel, une classe de mendiants lettrés comme en a vu le moyen âge, traînera sur les routes de malheureux lambeaux de ce qu’auront été notre pensée, nos littératures, nos arts.

Le peuple en qui l’on met une confiance insensée se sera détaché de tout cela, avec une facilité qu’on ne peut calculer mais qu’il faut prévoir. C’est sur un bruit qui court que le peuple croit à la vertu de l’Intelligence ; ceux qui ont fait cette opinion ne seront pas en peine de la défaire.

Quand on disait aux petites gens qu’un petit homme, simple et d’allures modestes, faisait merveille avec sa plume et obtenait ainsi une gloire immortelle, ce n’était pas toujours compris littéralement, mais le grave son des paroles faisait entendre et concevoir une destinée digne de respect, et ce respect tout instinctif, ce sentiment presque religieux étaient accordés volontiers. L’éloge est devenu plus net quand, par littérature, esthétique ou philosophie, on a signifié gagne-pain, hautes positions, influence, fortune. Ce sens clair a été trouvé admirable, et il est encore admiré. Patience, et attendez la fin. Attendez que Menier et Géraudel aient un jour intérêt à faire entendre au peuple que leur esprit d’invention passe celui de Victor Hugo, puisqu’ils ont l’art d’en retirer de plus abondants bénéfices ! Le peuple ne manquera pas de générosité naturelle. Il n’est pas disposé à « tout évaluer en argent ». Mais lui a-t-on dit de le faire, il compte et compte bien. Vous verrez comme il saura vous évaluer. Le meilleur, le moins bon, et le pire de nos collègues sera classé exactement selon la cote de rapport. Jusqu’où pourra descendre, pour regagner l’estime de la dernière lie du peuple, ce qu’on veut bien nommer « l’aristocratie littéraire », il est aisé de l’imaginer. Le lucre conjugué à la basse ambition donnera ses fruits naturels.

Littérature deviendra synonyme d’ignominie. On entendra par là un jeu qui peut être plaisant, mais dénué de gravité, comme de noblesse. Endurci par la tâche, par la vie au grand air et le mélange de travail mécanique et des exercices physiques, l’homme d’action rencontrera dans cette commune bassesse des lettres et des arts de quoi justifier son dédain, né de l’ignorance. S’il a de la vertu, il nommera aisément des dépravations les raffinements du goût et de la pensée. Il conclura à la grossièreté et à l’impolitesse, sous prétexte d’austérité. Ce sera fait dès lors de la souveraine délicatesse de l’esprit, des recherches du sentiment, des graves soins de la logique et de l’érudition. Un sot moralisme jugera tout. Le bon parti aura ses Vallès, ses Mirbeau 34, hypnotisés sur une idée du bien et du mal conçue sans aucune nuance, appliquée fanatiquement. Des têtes d’iconoclastes à la Tolstoï se dessinent sur cette hypothèse sinistre, plus qu’à demi réalisée autour de nous… Mais, si l’homme d’action brutale qu’il faut prévoir n’est point vertueux, il sera plus grossier encore ; l’art, les artistes se plieront à ses divertissements les plus vils, dont la basse littérature des trente ou quarante dernières années, avec ses priapées sans goût ni passion, éveille l’image précise. Cet homme avilira tous les êtres que l’autre n’aura pas abrutis.

Le patriciat dans l’ordre des faits, mais une barbarie vraiment démocratique dans la pensée, voilà le partage des temps prochains. Le rêveur, le spéculatif pourront s’y maintenir au prix de leur dignité ou de leur bien-être. Les places, le succès ou la gloire récompenseront la souplesse de l’histrion. Plus que jamais, dans une mesure inconnue aux âges de fer, la pauvreté, la solitude, expieront la fierté du héros et du saint : jeûner, les bras croisés au-dessus du banquet, ou, pour ronger les os, se rouler au niveau des chiens.

L’aventure

Image en ligne

 

À moins que…

Je ne voudrais pas terminer ces analyses un peu lentes, mais, autant qu’il me semble, réelles et utiles, par un conte bleu. Cependant il n’est pas impossible de concevoir un autre tour donné aux mouvements de l’histoire future. Il suffirait de supposer qu’une lucide conscience du péril, unie à quelques actes de volonté sérieuse, suggère à l’Intelligence française, qui, depuis un siècle et demi, a causé beaucoup de désastres, de rendre le service signalé qui sauverait tout.

Elle s’est exilée à l’intérieur, elle s’est pervertie, elle a couru tous les barbares de l’univers ; supposez qu’elle essaye de retrouver son ordre, sa patrie, ses dieux naturels.

Elle a propagé la Révolution ; supposez qu’elle enseigne, au rebours, le Salut public.

Imaginez qu’un heureux déploiement de cette tendance nouvelle lui regagne les sympathies et l’estime, non certes officielles, ni universelles, mais qui émaneraient de sphères respectées et encore puissantes.

Imaginez d’ailleurs que l’Intelligence française comprenne bien deux vérités :

•  ni elle n’est, ni elle ne peut être la première des Forces nationales,

•  et, en rêvant cet impossible, elle se livre pratiquement au plus dur des maîtres, à l’Argent.

Veut-elle fuir ce maître, elle doit conclure alliance avec quelque autre élément du pouvoir matériel, avec d’autres Forces, mais celles-ci personnelles, nominatives et responsables, auxquelles les lumières qu’elle a en propre faciliteraient le moyen de s’affranchir avec elle de la tyrannie de l’Argent.

Concevez, dis-je, la fédération solide et publique des meilleurs éléments de l’Intelligence avec les plus anciens de la nation ; l’Intelligence s’efforcerait de respecter et d’appuyer nos vieilles traditions philosophiques et religieuses, de servir certaines institutions comme le clergé et l’armée, de défendre certaines classes, de renforcer certains intérêts agricoles, industriels, même financiers, ceux-là qui se distinguent des intérêts d’Argent proprement dits en ce qu’ils correspondent à des situations définies, à des fonctions morales. Le choix d’un tel parti rendrait à l’Intelligence française une certaine autorité. Les ressources afflueraient, avec les dévouements, pour un effort en ce sens. Peut-être qu’une fois de plus la couronne d’or nous serait présentée comme elle le fut à César.

Mais il faudrait la repousser. Et aussi, en repoussant cette dictature, faudrait-il l’exercer provisoirement. Non point certes pour élever un empire reconnu désormais fictif et dérisoire, mais, selon la vraie fonction de l’Intelligence, pour voir et faire voir quel régime serait le meilleur, pour le choisir d’autorité, et, même, pour orienter les autres Forces de ce côté ; pareil chef-d’œuvre une fois réussi, le rang ultérieurement assigné à l’Intelligence dans la hiérarchie naturelle de la nation importerait bien peu, car il serait fatalement très élevé dans l’échelle des valeurs morales. L’Intelligence pourrait dire comme Romée de Villeneuve dans le Paradis :

e ciò gli fece
Romeo, persona umile e peregrina
 35

« et Romée fit cela,
personne humble et errant pèlerin. »

En fait, d’ailleurs, et sur de pareils états de services, le haut rôle consultatif qui lui est propre lui reviendrait fatalement par surcroît.

Les difficultés, on les voit. Il faudrait que l’Intelligence fît le chef-d’œuvre d’obliger l’Opinion à sentir la nullité profonde de ses pouvoirs et à signer l’abdication d’une souveraineté fictive ; il faudrait demander un acte de bon sens à ce qui est privé de sens. Mais n’est-il pas toujours possible de trouver des motifs absurdes pour un acte qui ne l’est point ?

Il faudrait atteindre et gagner quelques-unes des citadelles de l’Argent et les utiliser contre leur propre gré, mais là encore espérer n’est point ridicule, car l’Argent diviseur et divisible à l’infini peut jouer une fois le premier de ces deux rôles contre lui-même.

Il faudrait rassembler de puissants organes matériels de publicité, pour se faire entendre, écouter, malgré les intérêts d’un État résolu à ne rien laisser grandir contre lui ; mais cet État, s’il a un centre, est dépourvu de tête. Son incohérence et son étourderie éclatent à chaque instant. C’est lui qui, par sa politique scolaire, a conservé à l’Intelligence un reste de prestige dans le peuple ; par ses actes de foi dans la raison et dans la science, il nous a coupé quelques-unes des verges dont nous le fouettons.

Les difficultés de cette entreprise, fussent-elles plus fortes encore, seraient encore moindres que la difficulté de faire subsister notre dignité, notre honneur, sous le règne de la ploutocratie qui s’annonce. Cela, n’est pas le plus difficile ; c’est l’impossible. Ainsi exposé à périr sous un nombre victorieux, la qualité intellectuelle ne risque absolument rien à tenter l’effort ; si elle s’aime, si elle aime nos derniers reliquats d’influence et de liberté, si elle a des vues d’avenir et quelque ambition pour la France, il lui appartient de mener la réaction du désespoir. Devant cet horizon sinistre, l’Intelligence nationale doit se lier à ceux qui essayent de faire quelque chose de beau avant de sombrer. Au nom de la raison et de la nature, conformément aux vieilles lois de l’univers, pour le salut de l’ordre, pour la durée et les progrès d’une civilisation menacée, toutes les espérances flottent sur le navire d’une Contre-Révolution.

Charles Maurras
Source : maurras.net

Démographie : neuf bombes d’Hiroshima larguées sur l’Union européenne en 2021

Démographie : neuf bombes d’Hiroshima larguées sur l’Union européenne en 2021

La destruction de la population et de la civilisation européennes est désormais une réalité incontestable, et connaît même une accélération fulgurante d’année en année. La situation est si grave qu’il est désormais vital de s’attaquer aux diverses causes de cet auto-génocide européen, et notamment au fanatisme écologique dont la responsabilité est grandissante.

Selon les dernières données d’Eurostat, le nombre de décès au sein de l’Union européenne (UE) a dépassé celui des naissances de 1,231 million d’individus en 2021.  Hors immigration de remplacement, la population de l’UE a donc baissé d’autant, soit l’équivalent de douze villes de 100 mille habitants qui auraient été rayées de la carte, ou encore de près de neuf bombes atomiques d’Hiroshima qui auraient été larguées (cette bombe ayant fait environ 140 mille morts au total).

Visible depuis 2012, année à partir de laquelle les décès commencèrent à dépasser les naissances, mais enclenché dès les années 1970 avec le passage du taux de fécondité européen global en dessous de seuil de renouvellement des générations de 2,1 enfants par femme, le processus de destruction de la population et de la civilisation européennes suit son cours, et se caractérise même par une terrifiante accélération d’année en année, avec un triplement ou quadruplement du rythme tous les trois ans. En 2012, le déficit démographique n’était ainsi que de 23 700, avant de passer à 154 700 en 2016, puis à 484 400 en 2019 et à 1 231 400 en 2021. Aujourd’hui, ce sont ainsi 18 des 27 pays de l’UE qui affichent un solde négatif, comme l’Italie voisine où il s’est établi à non moins de 309 600 en 2021. Et il en sera de même bientôt pour la France, la soi-disant « championne » de la natalité en Europe, mais qui n’est autre, avec son taux de fécondité inférieur au seuil de renouvellement des générations depuis 1975 (soit depuis 47 ans !), qu’un cancre parmi d’autres…

Le processus d’auto-génocide européen est désormais une réalité, que nul ne devrait plus pouvoir nier impunément. Aujourd’hui, et toutes proportions gardées, la destruction de la population européenne se déroule d’ailleurs presque au même rythme que la Shoah, qui avait causé la disparition de près six millions de juifs en quatre ans. Et assez bientôt, et même en maintenant le taux de fécondité global de l’UE à son niveau actuel de 1,5 enfant par femme, ce processus se fera à une vitesse de presque une Shoah tous les deux ans. À ce rythme, notre civilisation aura en grande partie disparu de la surface de la terre à la fin du siècle, avec à la clé de terribles conséquences géopolitiques, voire territoriales.

L’urgence n’est donc pas climatique, mais bel et bien démographique, n’en déplaise aux fanatiques de l’écologie, de plus en plus responsables de ce processus d’extinction démographique et cultuelle. En effet, le matraquage est tel, qu’une étude internationale publiée en septembre 2021, par la revue britannique The lancet planetary health, constatait que 37 % des jeunes français âgés de 16 à 25 ans hésitaient à avoir une descendance pour des raisons écologiques. Pourtant, et même si notre planète souffre d’un certain nombre de maux, la réalité est que seule une infime partie de son potentiel en énergies renouvelables est aujourd’hui exploitée, de même qu’une infime partie de ses ressources minières et fossiles. De plus, et malgré les vastes espaces non encore exploités, et la stabilisation prochaine de la population mondiale, les avancées scientifiques sont permanentes en matière d’agriculture (comme avec l’aéroponie, qui permet un rendement à l’hectare près de 80 fois supérieur, sans terre, soleil ni pesticides !), en matière d’architecture, de transports, ou encore de traitement des déchets. Et tout cela, sans même parler des perspectives infinies qu’offre l’univers…

Il est donc bien naïf de s’imaginer que notre planète est surpeuplée, que l’humanité sera bientôt à court de ressources, ou que les déchets nucléaires ont vocation à être stockés ad vitam aeternam sur notre planète (si tant est que la problématique continue à se poser, le prix Nobel français de physique, Gérard Mourou, affirmant qu’il devrait prochainement être possible d’en réduire la durée de radioactivité à seulement 30 minutes…). Quant au réchauffement climatique, la hausse attendue des températures ne fera que redonner à la France le climat qui était le sien à aux époques de Charlemagne et de l’empire romain (ou d’Astérix et d’Obélix), elle mêmes séparées par un refroidissement climatique, accompagné de terribles catastrophes naturelles et que nos ancêtres prenaient parfois pour une malédiction.

La gravité de la situation est telle, qu’il est désormais vital de s’attaquer aux diverses causes de cet auto-génocide européen. Et notamment en ne laissant plus médiatiquement le champ libre aux talibans de l’écologie, héritiers spirituels des prophètes de l’apocalypse et des théoriciens de la surpopulation humaine, auxquels l’Histoire a toujours fini par donner tort, faute d’avoir correctement apprécié le potentiel de la Terre et le génie humain. Pour paraphraser partiellement un ancien président de la République française, ce ne sont pas seulement quelques forêts au loin qui brûlent, et qui se régénéreront assez rapidement, mais notre maison même qui brûle. Et nous regardons ailleurs…

                                                                                                                                     

Centre d’étude et de réflexion sur le Monde francophone