« Les dissidents soviétiques Vladimir Boukovski et Alexandre Zinoviev dénonçaient les similitudes entre l’URSS et l’UE : primauté de l’économie, unilatéralisme historique et gouvernance technocratique.
L’Union européenne, en effaçant les identités nationales, soumet les peuples aux impératifs d’une caste ploutocratique. L’immigration incontrôlée et l’uniformisation culturelle illustrent cette dissolution des nations.
Face à cette machine technocratique, la contestation monte en Europe, mais reste détournée par des discours identitaires creux.
L’immigration illustre ce paradoxe : Schengen empêche le contrôle des flux et les dirigeants, sous couvert de fermeté, favorisent une immigration massive. L’exemple italien prouve que sans nationalisme réel, toute indépendance est une illusion.
Zinoviev décrit un monde où une élite prospère pendant que la majorité souffre sous un joug tyranique masqué d’un voile démocratique trompeur.
Derrière ce discours démocratique, se cache un pouvoir autoritaire où le politiquement correct instaure un goulag mental selon le mot de Boukovsky.
Comme l’URSS, l’Union Européenne est vouée à l’échec, incapable d’effacer la nature politique de l’homme.
L’euromondialisme ne sera pas plus solide que la statue de Nabuchodonosor.
Les gens qui ont de l’argent sont tentés d’en profiter pour exercer du pouvoir, la chose était déjà vieille du temps de Crassus. Et nous n’aimons pas beaucoup cela. Hergé a fait de Rastapopoulos le pire de ses personnages. Dès l’âge de raison, un garçon normal et une petite fille bien élevée savent que l’argent est aussi mauvais maître que bon serviteur, et que nul ne saurait servir à la fois Dieu et Mamon.
En théorie, donc, le ploutocrate est mal vu. Dans la pratique, la république étant ce qu’elle est et la démocratie représentative ce que nous savons, ils règnent sans partage depuis 1848. Et l’on constate que ni leurs biens ni leurs intérêts ne les détourne, dans l’ensemble, de se mettre au service de la révolution intégrale, qui est l’intégrale des révolutions – dont la pointe est aujourd’hui la révolution arc-en-ciel.
Georges Soros a été le plus bruyant d’entre eux avec son projet de société ouverte, mais, depuis Baruch le conseiller de F.D. Roosevelt, les Rockefeller, d’autres s’y sont associés plus ou moins discrètement, des Rothschild à Bill Gates.
Tout irait donc pour le mieux dans le plus arc-en-ciel des mondes possibles si depuis quelques temps, quelques richards ne s’étaient mis en tête de pratiquer de la ploutocratie à l’envers, c’est-à-dire de la ploutocratie qui ne vas pas tout-à-fait dans le sens du vent révolutionnaire.
J’ai noté quelques noms dans les journaux qui pensent bien. En France, Vincent Bolloré, coupable d’avoir accouché Zemmour, Hanouna et quelques autres, Kretinski, qui nomme Taddei à la tête de l’hebdomadaire Marianne, Sternin, qui prétend lancer une bataille culturelle contre la Nef des Fous. Quand Perdriel ou Niel utilisaient l’argent des messageries roses au service du progressisme, c’était nickel, quand Pigasse et Bergé achetaient le monde pour glorifier l’arc-en-ciel, c’était hypra-cool. Mais que des milliardaires fascistes mettent la main sur les médias, c’est quasiment du trumpisme, cela devrait être interdit.
Et à propos, sautons d’un cran avec Elon Musk. Un vrai milliardaire, lui, pas à la petite semaine. Et un trumpiste à fond les manettes, nommés ministre pour dégraisser le gigamammouth des dépenses fédérales américaines par paquets de centaines de milliards. Voilà-t-y pas qu’au moment où le méchant Donald se propose de ramener le spectre quasi sans limite du choix des genres à deux sexes, sans tenir compte des mille diaprures de l’arc-en-ciel, voilà-t-y pas qu’Elon Musk soutient l’AFD en Allemagne, «seule capable de sauver» le pays !
Emoi général chez les démocrates antifascistes ! Thierry Breton, ce garçon remarquablement intelligent qui trouve toujours moyen d’échouer lamentablement (de la direction d’Orange à la Commission de Bruxelles, d’où il s’est fait virer par la virulente Von der Leyen), résume leur pensée en s’exclamant : « c’est de l’ingérence étrangère ». Et Musk, du tac au tac : « Frérot, sans cette ingérence, tu parlerais allemand ou russe ». L’échange me laisse mi chou mi chèvre. Breton est un hypocrite de ne critiquer que la seule ingérence de Musk, parce qu’elle ne s’exerce pas dans le sens permis, le sens unique du mondialisme arc-en-ciel. Mais Musk a triplement tort. D’abord, une victoire allemande lors de la seconde guerre mondiale n’aurait nullement fait régresser le français. Ensuite, ce sont des ingérences étrangères qui ont mené la France à déclarer la guerre et à la perdre en 1940. Enfin, quelque chose me gêne dans cette façon qu’il a d’interpeller familièrement un ancien ministre, lui qui ne l’est pas encore, et n’est qu’un riche entrepreneur. C’est une façon symbolique de léser la souveraineté de la France. Il ne sait pas rester à sa place.
Je sais bien que nous vivons depuis deux siècle déjà à l’ère des ploutocrates et qu’il ne sert à rien de se voiler la face. Je sais encore que, pour une fois qu’il s’en trouve quelques-uns qui vont un peu dans le bon sens, nous devrions en profiter. Que c’est probablement la seule aide dont ceux qui s’opposent au mondialisme arc-en-ciel bénéficieront. Qu’on ne peut pas se battre sur tous les fronts contre tout le monde. Que tout ce qui affaiblit et fait hurler l’ennemi principal est bon à prendre. Je sais… Mais j’émets au moins trois réserves. Sur le plan moral et doctrinal, Musk n’est pas blanc-bleu. Deux, il a beau être riche, il connaît très mal son histoire et fait preuve d’un tropisme anglo-saxon grave. Trois, enfin, je n’aime pas trop ses manières. Une photo a couru les réseaux sociaux après la réouverture de Notre-Dame : on voit le milliardaire passer à grandes enjambée, traversant la nef, devant Barnier, Sarkozy, Hollande et leurs épouses, assis, un peu éberlués. Cela fait sourire, et c’est tellement ça, nos petites élites européennes éberluées devant un grand cow-boy qui passe. Mais c’est terriblement inquiétant et humiliant.
Il s’agit de savoir si nous sommes chez nous en France ou si nous n’y sommes plus ; si notre sol nous appartient ou si nous allons perdre avec lui notre fer, notre houille et notre pain ; si, avec les champs et la mer, les canaux et les fleuves, nous allons aliéner les habitations de nos pères, depuis le monument où se glorifie la Cité jusqu’aux humbles maisons de nos particuliers.
Devant un cas de cette taille, il est ridicule de demander si la France renoncera aux traditions hospitalières d’un grand peuple civilisé. Avant d’hospitaliser, il faut être. Avant de rendre qhommage aux supériorités littéraires ou scientifiques étrangères, il faut avoir gardé la qualité de nation française. Or il est parfaitement clair que nous n’existerons bientôt plus si nous continuons d’aller de ce train. (…)
Ce pays-ci n’est pas un terrain vague. Nous ne sommes pas des bohémiens nés par hasard au bord d’un chemin. Notre sol est approprié depuis vingt siècles par les races dont le sang coule dans nos veines. La génération qui se sacrifiera pour le préserver des barbares et de la barbarie aura vécu une bonne vie.
(…) La jeune France d’aujourd’hui est en réaction complète et profonde contre ce double mal. Elle rentre chez elle. Ses pénates intellectuels, ses pénates matériels seront reconquis. Il faut que l’ouvrier français, le savant, l’écrivain français soient privilégiés en France. Il faut que les importations intellectuelles et morales soient mises à leur rang et à leur mérite, non au-dessus de leur mérite et de leur rang. L’étiquette étrangère recommande un produit à la confiance publique : c’est à la défiance du pays que doit correspondre au contraire la vue de tout pavillon non français. Qu’une bonne marque étrangère triomphe par la suite de cette défiance, nous y consentons volontiers, n’ayant aucun intérêt à nous diminuer par l’ignorance ou le refus des avantages de dehors, mais l’intérêt primordial est de développer nos produits en soutenant nos producteurs. Le temps de la badauderie à la gauloise est fini. Nous redevenons des Français conscients d’une histoire incomparable, d’un territoire sans rival, d’un génie littéraire et scientifique dont les merveilles se confondent avec celles du genre humain.
Charles Maurras. L’Action française, 6 juillet 1912.
Lutte contre l’immigration, opposition aux politiques corrompues et corruptrices, combat contre le wokisme et les tenants de la repentance, horreurs des mouvements d’extrême gauche et d’extrême centres… les lieux de lutte sont assurément nombreux pour notre jeunesse ! Mais quelle différence, dans cette énumération, avec celle de ceux qui nous précédèrent dans le combat national ! Quelle place subsiste encore de la question algérienne ? Entretient-on encore le souvenir des luttes pour l’Indochine ? Qu’en est-il du combat anti-communiste ? S’attaque-t-on toujours à la mémoire du général De Gaulle – faut-il, d’ailleurs une majuscule ou une minuscule à cette particule ? La majeure partie de la jeunesse militante est assez ignorante de ces combats d’hier…mais sont-ils vraiment d’hier ? Ne récoltons pas les fruits de ces défaites ? Aucune action, sans formation ! Il est bon de se replonger dans les grands événements du XXe siècle et de comprendre les enjeux qui existèrent. Il en est ainsi des horreurs du communisme… faut-il que nous soyons repliés sur nous-mêmes pour ne pas voir que des millions de personne souffrent toujours de ce régime ? Que si, en France, il ne représente plus une force politique proprement dite, il imprègne les mentalités de tout l’arc républicain ? Combien, dans nos milieux, par haine de l’Amérique – haine bien méritée -, tournent leur regards vers l’est, vers des pays comme la Chine… abominable régime.
C’est pourquoi nous nous félicitons de la réédition, aux éditions Clovis, de ce livre de Rose Hu Meiyu, Avec le Christ dans les camps de Mao. Mes vingt-cinq années dans le goulag chinois .Que de pages d’histoire bouleversantes, loin de la France et pourtant si proches par leur esprit de sacrifices et d’abandon à la Providence. Que de pages qui nous plongent dans cet enfer qui paraît si loin de nous, mais en réalité qui peut nous surprendre si vite ! À voir les choses humainement, il y a des gens qui n’ont pas de chance dans la vie, la Providence semble les tirer toujours plus vers les affres de la vie. Ils naissent au mauvais endroit, au mauvais moment, et les éléments semblent se liguer pour les faire souffrir. Hu Meiyu fait partie de ces gens-là : elle avait une vingtaine d’années quand la Chine devint marxiste, sous la main cruelle de Mao-Tsé-Toung. Oui, le 16 mai 1966, Mao Zedong lançait la « Grande Révolution culturelle prolétarienne », plongeant le pays dans plusieurs années de chaos, dont le nombre de victimes est aujourd’hui estimé entre 1,7 et 2 millions de personnes. Et Hu était catholique – fraîchement baptisée, du nom de Rose –, au sein d’une famille aisée, donc suspecte aux yeux du parti communiste. Le mal n’ignore jamais le bien… c’est de cette manière que le bien se reconnaît si vite ! Elle connut arrestations, procès, condamnation, prison, camps de travaux forcés, accès impossible aux sacrements de l’Église.
Ce sont exactement vingt-six années qu’elle a passées en détention, dans des conditions parfois inimaginables. Nous n’avons plus idée des atrocités qui furent commises par ces régimes… Ne mentionnons que l’exemple de l’École catholique du Sacré-Coeur ! Durant cet été 1966, le 24 août, l’école, qui fonctionne pour les enfants des diplomates étrangers en poste à Pékin, est attaquée par les Gardes rouges. Alors que tous les missionnaires étrangers ont été expulsés du pays entre 1950 et 1952, sept religieuses étrangères sont encore actives au sein de l’établissement au statut très particulier ; elles sont soumises à des « séances de lutte », l’une d’elles est frappée si violemment qu’elle perd presque un œil. Le lendemain, les religieuses chinoises sont condamnées à vingt de prison et les religieuses étrangères à l’expulsion. Le chemin de Pékin à Honkgong est parcouru dans des conditions épouvantables ; arrivée à Lowu, poste-frontière de la colonie britannique, l’une des religieuses, Sœur Molly O’Sullivan, tombe inconsciente ; les gardes la charge sur une charrette poussée par les autres religieuses. Sœur O’Sullivan meurt le lendemain, dans un hôpital de Hongkong. Est-ce que le désespoir saisit Rose ? Nullement ! Car l’espoir n’est que l’Espérance des imbéciles! Seuls de l’Espérance naît les prodiges de grâce : alors que des chrétiens faiblissent et se compromettent avec le pouvoir, d’autres, munis de la force d’en haut, acceptent cette croix, la portent le front haut, l’âme recueillie, et s’efforcent de monter le chemin du calvaire, donc de s’élever au lieu de descendre, saisissant, dans le malheur, l’occasion divine d’une ascension intérieure. Ils découvrent la joie dans la souffrance.
Non seulement un tel récit permettra aux jeunes générations de se rappeler ce qu’est le communisme… mais ils auront aussi un exemple spectaculaire de résistance aux persécutions ! Qu’est-ce qu’une mauvaise réputation, qu’est-ce que quelques horions, quelques insultes, quand ceux qui nous précédèrent subirent les camps de Mao ? Voici une source d’inspiration aussi bien religieuse que politique ! Sursum corda !
Trump et Poutine ont relu leurs classiques. A Munich, pour les accords de paix de 1938, Adolf Hitler, assisté de Mussolini médiateur, avait invité les puissances qui comptaient, la France de Daladier et la Grande Bretagne de Chamberlain, pas Staline, ni Benès, le président de la Tchécoslovaquie qu’il s’agissait de démembrer pour faire la paix. De même aujourd’hui, l’Europe est-elle écartée comme naguère l’URSS, et l’Ukraine tenue en lisière comme naguère la Tchécoslovaquie. Telle est toujours la loi des plus forts.Nous autres Européens sommes un peu dépités, mais nous devons manger notre humiliation, c’est le brouet des plus faibles.
Épuisés par la seconde guerre mondiale, nous avons accepté la tutelle des USA qui nous ont colonisés en échange de la prospérité du plan Marshall et de leur protection : ils ont trouvé en l’Europe des vassaux et un marché où épandre leur trop-plein de biens. Il semble qu’aujourd’hui, Trump juge l’OTAN trop cher et le déficit commercial des États-Unis face à l’Union européenne insupportable.
Je ne suis pas sûr qu’il sache vraiment bien compter : il minimise par exemple et le surcroît d’influence que l’Europe lui offre, et les économies d’échelle que permet à l’industrie du divertissement américaine le marché captif européen, et les économies en soldats que l’armée française donne aux USA depuis 70 ans en Afrique, et enfin le pompage permanent de matière grise toute formée européenne par l’Amérique. On peut donc dire sans crainte d’erreur que Washington vampirise et asservit l’Europe tout en la méprisant.
C’est pourquoi certains ont peint Vladimir Poutine sous les traits d’un chevalier blanc avec qui aurait été possible une alliance eurasiatique pour la défense de la civilisation chrétienne et blanche : dans cet ordre d’idées, quelques propos de bon sens de sa part sur les folies de l’arc-en-ciel ont séduit les plus crédules.
Mais il a ses propres préoccupations en tête. Sans doute la croissance de liens commerciaux et industriels entre l’Europe et la Russie était-elle possible et souhaitable, mais la faillite des accords de Minsk qui prétendaient régler la question ukrainienne en 2015 en a marqué les limites. Hollande et Merkel, qui s’en étaient portés garants, ont depuis avoué qu’ils n’y voyaient qu’un expédient pour gagner du temps et armer Kiev : or c’est pourtant Merkel qui avait poussé le gazoduc Nord Stream et le remplacement du nucléaire par le gaz russe. Bel exemple d’inconscience et de schizophrénie. Bel exemple de forfanterie : avec Biden, ont-ils vraiment pensé imposer à Moscou la présence d’un adversaire membre de l’OTAN aussi près du territoire russe que Cuba l’était de la Floride ?
Bel exemple d’amnésie enfin : la Russie, impériale, soviétique ou post-moderne, louche vers l’ouest depuis Pierre premier, elle a tendance à s’étendre dans les pays baltes, en Finlande, en Pologne, en Ukraine, en Roumanie, et l’on ne saurait en vouloir à ses voisins d’être inquiets.Inutile de pleurer sur le lait répandu. Ce qu’obtiendra Kiev demain sera beaucoup moins bien que les accords de Minsk, après trois ans de guerre, des centaines de milliers de morts, des destructions énormes. Humiliée, vaincue, exsangue, l’Ukraine devra céder en plus de la Crimée et d’oblasts à l’est convoités par les séparatistes d’autres terres qu’elle tenait, Marioupol, etc., toute la mer d’Azov.
Pire, en échange d’une garantie plus ou moins bonne, elle devra céder des biens de valeur aux Américains. Elle aura été dépecée et dépouillée par les USA et la Russie, comme jadis la Pologne par la Prusse, la Russie et l’Autriche, et, plus récemment, après Munich, la Tchécoslovaquie par l’Allemagne, la Pologne et la Hongrie, et un peu plus tard encore, comme la Pologne entre l’Allemagne et l’URSS. L’Ukraine n’aura gagné qu’une chose dans cette guerre, c’est la confirmation, par son patriotisme de 2022, que malgré ce que croient les amateurs d’histoire toute faite, elle est depuis longtemps distincte de la Russie, même si Kiev fut jadis le berceau de la Rouss.
Dans la rhétorique des propagandes qui se sont croisées au début de la guerre en Ukraine, il est frappant de constater qu’Hitler était des deux côtés. Pour Kiev, il prenait le visage Poutine, son nationalisme expansionniste et sa volonté de reprendre par la force des régions dont l’identité n’était pas respectée. Pour Moscou, il s’agissait de « dénazifier » l’Ukraine de son régime d’extrême droite animé par des « bandéristes » (référence au nationaliste ukrainien Bandéra, ce qui a d’autant plus surpris que Zelenski est juif et que les élites ukrainiennes anti-russes comptent beaucoup de juifs). Donc, les deux côtés prétendaient combattre le mal absolu sous la forme du nazisme. Poutine n’a jamais lâché ce thème puisqu’il s’appuie encore sur le mythe stalinien de « Grande guerre patriotique », il continue la guerre sainte contre les méchants nazis qui prétendent démembrer la Sainte Union soviétique. C’est d’autant plus rigolo qu’il occupe la position d’Adolf Hitler en 1938, il s’emploie à soustraire les Oblasts de l’Est, russophones et culturellement russes, au gouvernement de Kiev auxquelles elles se trouvent soumises par le droit international, de même que le Reich prétendait soustraire la région des Sudètes, d’ethnie et de civilisation allemandes, au gouvernement de Prague auxquelles elles se trouvaient soumises par le droit international, en l’espèce le traité de Saint Germain.
On notera hélas que le premier Munich fut d’un point de vue diplomatique supérieur à l’actuel, et qu’Hitler, Bénès et Daladier s’y montrèrent plus efficaces que Poutine, Trump et nos hommes d’État d’aujourd’hui. En effet, Benès n’a pas mené une guerre de provocation pendant plusieurs années contre les Sudètes, Hitler n’y a pas répondu par une opération spéciale à la fois foireuse et horriblement sanglante, tout s’est passé en deux jours de négociations qui ont rectifié les frontières selon le tracé souhaité par le plus fort et accepté par les garants de l’ordre du monde, ce qui sera aussi le cas en 2025. Ainsi, beaucoup moins de morts, de souffrance et de misère. Ainsi pourrait-on estimer que Poutine, c’est Hitler en pire, Trump, Daladier et Chamberlain en pire, mais ce serait encore croire au spectacle qu’on nous joue. Car les appétits de la Russie ne sont ici que secondaires, et c’est pourquoi les protagonistes de cette guerre ignoble n’ont pas hésité une seconde à faire mourir beaucoup de monde et à beaucoup casser. Car leur objectif principal est atteint. La guerre a brisé le développement des échanges économiques entre l’Europe occidentale et la Russie qui auraient pu, leur profitant à toutes deux, réduire leur dépendance aux États-Unis. De ce point de vue, Biden a parfaitement piégé et Poutine et les Européens, le pire rôle étant tenu par l’Angleterre. En outre, l’Union européenne était en voie d’implosion en 2022, son versant oriental ne supportant plus les ukases arc-en-ciel de Bruxelles : l’épouvantail russe a rejeté tout le monde, sauf un peu la Hongrie, dans les bras de la Commission. De même Emmanuel Macron déclarait-il l’OTAN « cliniquement morte » : elle est, de fait, ranimée, pire, aux frais des Européens. Et, en excluant ceux-ci des négociations de paix, Trump les solidarise dans l’humiliation et la colère, ils parlent maintenant de hausser leurs budgets militaires et de fonder une Défense commune, ce qu’ils avaient toujours refusé. Ils serrent les rangs, Macron s’agite, on desserre les contraintes budgétaires : bref, on fait ce que qu’il faut pour faire de l’Europe, un sous ensemble continental fédéral. Exclus des négociations, ce sont des Européens qui iront garantir en Ukraine la paix signée sans eux, ou du moins pensée sans eux.
En somme, la guerre de Biden le mondialiste et la paix de Trump le prétendu nationaliste mènent toutes les deux au même mouvement de mondialisme arc-en-ciel. Mouvement que la guerre aura accéléré de deux autres manières synergiques et complémentaires : en ranimant la peur de la guerre d’une part, et en gaspillant énormément d’argent, de façon à accroître l’endettement des nations, donc leur interdépendance. Chapeau, les artistes !
Il y a une ressemblance frappante entre la monnaie et le langage, l’une et l’autre sont constitués de signes. Les signes sont là pour se substituer à un objet, une personne, une idée ou un phénomène absents, ils sont là pour autre chose, en remplacement de, mais surtout en représentation de. Le signe figure l’absent. Ce sont des signes émis destinés à l’échange.
Le signe figure, il est donc image de, à la ressemblance de, mais ne partage pas la nature de ce qu’il figure. Pourtant, le signe ne se contente pas de substituer, il veut dire quelque chose, il est une volonté. Il répond à la question : qu’est-ce ça veut dire? Et la réponse est simple, il veut dire ce qu’il remplace, il désigne autre chose que lui-même. En ce sens, il est bijectif, chaque signe, pour valoir quelque chose, pour remplacer utilement ce qu’il désigne, doit correspondre à une réalité et une seule. Chaque chose à son signe et chaque signe ne désigne qu’une chose.
Mais le signe ne se confond pas avec la chose, le mot n’est pas le réel – sauf à être nominaliste – et c’est là que le bât blesse.
En effet, la monnaie comme le langage souffrent de maux propres aux signes et à toutes représentations, agissant pour la chose mais n’étant pas elle, ils risquent tous deux l’écueil de se multiplier, leur nature même étant la reproductibilité puisqu’ils sont là pour être à la place de, pour éviter, précisément, de mobiliser la chose qu’ils évoquent et substituent.
La tentation est grande alors, manquant de la chose elle-même, de vouloir pallier son déficit ou son absence par sa surreprésentation. L’artifice peut bien fonctionner un temps mais, à terme, la supercherie sera dévoilée : le signe ne remplace pas la chose in fine.
Mais la surabondance de signes les dévalue mécaniquement, je ne peux prétendre être à la place de partout et en même temps sauf à falsifier ma propre qualité d’émissaire.
La conséquence est identique pour les deux, l’inflation de signes monétaires, d’argent, et de signes langagiers, de mots, de paroles, conduit à leur dévaluation.
L’inflation monétaire n’est autre que l’enflure de la masse d’argent qui ne correspond plus à la richesse, c’est la fameuse planche à billet ; faute d’or réel, imprimons des billets, mais le billet n’est pas de l’argent, il n’en est que le représentant.
De la même manière, les mots, utilisés à l’excès,sans contrepartie réelle, c’est-à-dire sansréalisation de la promesse qu’ils sous-tendent ne veulent littéralement plus rien dire, ils ne disent plus rien. Alors, on se paie de mots. Nous le constatons tous les jours dans le domaine politico-médiatique qui ne veut plus rien dire, où les mots creux succèdent aux analyses fades, répétées. Les slogans perdent tout sens exactement comme nous répétons un même mot longtemps et que nous ne savons plus ce que nous disons.
Or, la dévaluation est cette perte de valeur, et cette valeur est essentiellement conventionnelle et constitue le fondement de la vie sociale puisque celle-ci consiste principalement en l’échange de signes.
La perte de valeur entraîne une crispation puisque l’ensemble social ne tient plus naturellement par l’échange de signes recevables. Cette crispation se traduit par un forçage de l’acceptabilité des signes par trafic des prix ou des mots – prix forcés, slogans, politiquement correct par exemple. Ce forçage nécessite un appareil, un ensemble de gens intéressées au maintien du système qui les rémunère avec les signes dévalués mais dont ils contraignent l’acceptabilité de la valeur qui, en soi, n’est plus recevable.
C’est la corruption généralisée qui aboutit, in fine, à la rupture du pacte social après sa ruine.
La question se pose alors : qui émet cette fausse monnaie et cette fausse parole qui détruit la cité et pourquoi?
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