La condamnation de l’Action Française par Philippe Prévost

La condamnation de l’Action Française par Philippe Prévost

Lecture

par Philippe Prévost

 

La condamnation de l’Action Française est tout à la fois une chose simple et une énigme.
Une chose simple car les faits sont connus. L’affaire éclata le 25 août 1926 avec la parution dans l’Aquitaine, semaine religieuse du diocèse de Bordeaux, d’un article dans lequel le cardinal Andrieu répondait, soit disant, à un groupe de jeunes catholiques qui l’interrogeait au sujet de l’Action Française.
 Si ce mouvement ne s’était occupé que de politique, il n’y aurait aucun problème mais il abordait aussi, sans aucun mandat, les questions religieuses. Ses partisans niaient l’existence de Dieu, la divinité du Christ et par voie de conséquence l’existence de toute morale ce qui les conduisait à diviser l’humanité en deux : il y avait d’un côté les imbéciles dégénérés, et de l’autre, les hommes instruits ce qui les amenait à vouloir rétablir l’esclavage
Très vite, l’Action Française s’aperçut que l’article de l’archevêque de Bordeaux n’était qu’un résumé d’une brochure d’un avocat-journaliste belge à cette différence près que ce que ce pamphlétaire avait reproché à Maurras seul, en raison de son agnosticisme, le cardinal Andrieu l’étendit à tous les adhérents et à tous les sympathisants du mouvement monarchiste. Au grotesque, on alliait le ridicule. Il n’empêche que ce scandaleux pensum fut loué et approuvé publiquement par le pape le 5 septembre suivant.
L’affaire commençait. Pendant trois mois, il ne se passa pas grand-chose car Pie XI était persuadé que les catholiques quitteraient massivement le mouvement comme ils avaient obéi à Pie X en 1906, lors de l’affaire des « cultuelles » mais tel ne fut pas le cas. Profitant alors de la parution, le 21 décembre 1926 dans l’Action Française, du fameux article Non possumus, le pape mit, le 29 décembre suivant, le journal à l’Index avec cinq livres de Maurras, prélude à des sanctions inouïes, prises non seulement contre les adhérents et les responsables du mouvement mais aussi contre les simples lecteurs du journal condamné.
Venons-en à l’énigme, au moins à l’énigme essentielle : quatre mois après la mort de Pie XI et deux mois et demi avant la deuxième guerre mondiale, intervenait la levée de cette condamnation.
Rappelons que celle-ci avait toujours été présentée comme « purement religieuse », par conséquent et compte tenu des graves accusations portées par le cardinal Andrieu, accusation avalisée par Pie XI, sur lesquelles il n’était jamais revenu, on se serait attendu, en toute logique, à ce que l’on exige des condamnés une rétractation publique en bonne et due forme de leurs abominables erreurs. Or là, rien de tel, le Saint-Siège s’est contenté d’une lettre d’excuses anodines et de vagues engagements pour l’avenir qui n’engageaient pas les rédacteurs du journal à grand-chose, preuve s’il en était besoin, que la religion n’avait été qu’un prétexte pour couvrir une opération quelque peu différente. Laquelle ?
Il serait difficile d’y répondre avec certitude si les auteurs de ce mauvais procès ne s’étaient trahis eux-mêmes par des confidences.
A certains de ses visiteurs, Pie XI expliqua qu’il avait voulu terminer le ralliement commencé par Léon XIII ; à d’autres, il fit dire par ses nonces en France et par son secrétaire d’Etat, le cardinal Gasparri, combien il appréciait et donc il soutenait la politique de réconciliation franco-allemande mise en œuvre par Briand. Deux choses que l’Action Française combattait ardemment.
A cet égard, il est curieux de constater que la reprise du dialogue entre l’Action Française et le Vatican a commencé après l’assassinat du chancelier Dollfuss en juillet 1934, assassinat qui ouvrit, enfin, les yeux de Pie XI sur les dangers du nazisme et du pangermanisme. Les principales étapes de cette reprise furent marquées par le voyage de Pierre Laval à Rome en janvier 1935, par celui d’Henri Massis en mai 1935 et surtout par le pèlerinage thérésien auquel de joignit R. de Boisfleury en avril 1937, qui prépara indirectement la levée de la condamnation.
Reste à examiner les conséquences de cette crise brève mais violente. Venant après l’hémorragie des cadres et des militants causée par la première guerre mondiale, la condamnation a considérablement affaibli le mouvement sur le moment même et surtout dans l’avenir, en le privant d’une bonne partie de son recrutement dans la jeunesse catholique, désormais orientée à gauche dans les groupements d’action catholique.

Entretien de Philippe Prévost avec l’ Action Française

La condamnation prépara aussi la défaite de la France en 1940 en la désarmant moralement car, de tous les nationalismes dont certains étaient beaucoup plus virulents que le nôtre, seul le nationalisme français fut poursuivi et condamné sans pitié. L’encyclique mit brennender sorge publiée en 1937 ne visait pas tant le nationalisme allemand que l’idéologie nazie. Elle n’eut qu’une faible influence outre-rhin.
Enfin, comme l’a dit l’abbé De Nantes lorsque Pie XI meurt en 1939, l’Eglise avait changé d’âme et personne ne s’en était aperçu. Les modernistes, les sillonnistes (de Marc Sangnier), les démocrates-chrétiens s’étaient emparés dans l’Eglise de tous les postes de commande tandis que les théologiens préparaient l’avenir, un avenir qui se révéla lors du concile Vatican II.
A Talleyrand qui disait, qu’ « au fond de nos discussions politiques, il y a toujours de la théologie », la condamnation de l’Action Française prouve qu’  « au fond de nos discussions théologiques se cache souvent de la politique », comme ce livre essaye de le démontrer.

Philippe Prévost

Regards sur Maurras – collectif

Regards sur Maurras – collectif

Lecture

Des auteurs venus d’horizons divers ont collaboré à ce livre qui n’a pas la prétention d’aborder toutes les facettes de la pensée de Charles Maurars et moins encore toute l’œuvre du fondateur de l’Action française tant celle-ci est gigantesque. Charles Maurras, prince de la république des lettres, héritier de la culture gréco-latine (essayiste, polémiste, romancier, poète…) a marqué la vie littéraire et politique du XXe siècle bien au-delà des sympathisants de l’Action Française. De républicain, il s’est fait, grâce à une réflexion de type positiviste, le chantre de la monarchie antiparlementaire.

Le 150e anniversaire de sa naissance est l’occasion d’évoquer sans parti pris l’apport de sa pensée qui peut toujours féconder la réflexion de nos contemporains. L’œuvre du maître de Martigues, malgré une certaine éclipse due aux temps mauvais, pourrait bien être la lueur capable de guider nos pas vers le « chemin du Paradis ». C’est tout le pari de ce livre.

Les contributeurs
Ouvrage collectif
Anne Brassié
Frère Thierry
Axel Tisserand
Henri Philipp
Philippe Prévost
Michel Fromentoux
Philippe Champion
Christian Vanneste
Hilaire de Crémiers
Paul-Marie Couteaux
Maxence Hecquard
Jean-Bernard Cahours d’Aspry

Caractéristiques techniques
Titre : « Regards sur Maurras »
Auteurs : collectif
Format : 155×240
Nombre de pages : 280
Prix : 20,00€

Les Gilets Jaunes, l’insurrection civique, les racines de la colère  – par Jean Michel Vernochet

Les Gilets Jaunes, l’insurrection civique, les racines de la colère – par Jean Michel Vernochet

Lecture

par Jean michel VERNOCHET

 

La France profonde souffre d’un Etat jacobin délocalisé́ à Bruxelles, ses forces vives sont entravées par une bureaucratie tatillonne qui impose des règles et des mises aux normes sans fin.
Cette démocratie là est aujourd’hui remise en cause par une large partie du peuple : les Gilets Jaunes. Malgré́ les injonctions du Gouvernement et ses fallacieuses promesses, le fleuve de la colère populaire ne semble pas vouloir regagner son lit.
Vous avez eu ce que vous demandiez : smic augmenté de cent euro, gel des hausses de carburants et puis l’on vous octroie un grand débat national… Un débat oui, mais encadré. Bien sûr sont interdites les questions qui fâchent : l’immigration sauvage, les milliards ponctionnés sur les revenus des classes moyennes, l’effondrement du niveau scolaire… Pourtant ces questions sont le non-dit qui sous-tend la révolte de la France périphérique.
« Ce pays de Gaulois réfractaires au changement » que l’on croyait condamné à se taire et à payer toujours plus, s’est réveillé́ dans son instinct de survie au grand dam des bobos, héritiers des événements de 1968.

Entretien avec Jean-Michel Vernochet à propos de son livre :
« Les Gilets Jaunes, l’insurrection civique »
aux Editions APOPSIX

 

I. Les gilets jaunes, une jacquerie ou un mouvement néo-poujadiste ?

Pas du tout… même s’il procède d’une colère de même nature. Le poujadisme était un mouvement catégoriel – on eut dit autrefois corporatiste – de petits commerçants et artisans lésés par le racket étatique et victimes d’un parlementarisme corrompu. Aujourd’hui pour reprendre la terminologie de notre époque, les GJ sont transcourants, transversaux, mélangeant ou agglomérant des classes sociales hétérogènes pour ne pas dire disparates, toutes classes d’âge confondues.

II. Les raisons de cette colère populaire ? Rejet des élites mondialistes ?

Bien entendu les fins de mois ric-rac, mais aussi le sentiments d’un insupportable corsetage bureaucratique dans l’existence quotidienne. De nos jours le tracassin administratif n’en finit plus. Le fort sentiment par exemple, pour les automobilistes d’être des vaches à lait traitent jusqu’au sang… l’essence est taxée, surtaxée et l’on paye des taxes sur les taxes. L’usage de la voiture devient un puits à finances sans fond… au triangle d’alerte s’est ajouté un gilet jaune symbole de détresse et ceci et cela même si les autorités ont renoncé à l’éthylotest, mais de justesse. Avec les limitations de vitesse qui varient souvent de kilomètre en kilomètre et qui obligent à conduire avec les yeux rivés sur le compteur, les radars et les retraits de points, se déplacer est devenu une épreuve plus que stressante… sauf pour les bobos qui se déplacent au centre des agglomérations urbaines en bicyclette, en trottinette ou en taxis payés par le contribuable comme pour l’inénarrable Agnès Saal dont l’absence de permis de conduire nous aura coûté plusieurs centaines de milliers d’euros. Bref tout est fait dans un univers de contraintes et de tracas perpétuels, de paperasseries, pour désespérer le citoyen lambda qui n’a pas de secrétariat, d’avocat, d’expert comptable pour gérer ses affaires pendant qu’il est en train de jouer au golf ou de se divertir à Vegas.

III. Ce mouvement est-il la réponse aux événements de 68 ?

Pas une réponse, mais une forclusion. Une parenthèse se referme, celle du libéralisme-libertaire à la sauce hypercapitaliste. M. Macron la lui-même dit le 10 décembre, la liberté du renard dans le libre poulailler touche à sa fin. Après les vaches grasses du pillage planétaire, l’économie financiarisée – c’est-à-dire n’ayant plus d’autre but que les hauts retours sur investissements – n’en a plus pour très longtemps. La corde est usée, pour preuve les populismes qui fleurissent un peu partout autour du monde, lesquels accordent la priorité aux intérêts nationaux sur ceux, supranationaux, des multinationales sans âme et sans état d’âme. Celles notamment qui sucent sans vergogne la sueur et le sang des peuples en leur créant ad libitum des besoins inutiles. Ce qu’on appelle la frustration consumériste.

IV. Le dialogue que veut renouer Macron est-il encore possible ?

Non. Il s’agit d’un rideau de fumée et d’un enfumage. Nous sommes en pleine société du spectacle et pendant qu’on amuse la galerie façon Jeu des mille euros, la caravane passe… ou plutôt le rouleau compresseur du mondialisme avance inexorablement. Ce sont ainsi le Pacte de Marrakech qui grave le droit à l’invasion et aux colonisations de peuplement dans l’airain de la Loi internationale, ou le Traité franco-allemand d’Aix-La-Chapelle qui signe un peu plus l’effacement et l’abaissement de la France.

V. Ce mouvement ouvre quelles perspectives ?

Aucune ! Si l’essai n’est pas transformé. Une révolte est condamnée à rester lettre morte si elle n’est pas adossée à une doctrine renouvelant une vision du monde dépassée, un régime, un système devenus obsolètes et par conséquent nuisibles. Des éléments de doctrine et d’organisation existent qu’il faudrait aller chercher chez des penseurs comme Gustave Le Bon et Charles Maurras, Julius Evola et beaucoup d’autres. Des pensées et concepts qui pourraient contribuer à restructurer la société autour de ces invariants, de ces constantes culturelles, qui ont permis de bâtir notre civilisation, celle que nous sommes en train de laisser lâchement démolir. Certes le monde actuel est devenu d’une extrême complexité, à nous cependant de le simplifier pour mieux agir, et vite. Les nœuds Gordien n’ont jamais existé que pour être mieux tranchés.

Lire Maurras

Lecture

par Gérard Bedel

Alors qu’il aurait pu connaître une carrière d’écrivain calme et brillante, Charles Maurras « entra en politique comme on entre en religion » lorsque l’Affaire Dreyfus menaça la société française de dislocation. Si on met à part la poésie, qui resta son jardin secret, tous ses textes furent désormais des écrits de combat et les livres qu’il publia furent des recueils d’articles retouchés, complétés et rassemblés. Maurras n’eut jamais le loisir de composer un traité doctrinal. Et d’ailleurs, l’aurait-il voulu ? Il répugnait à renfermer dans des formules l’Empirisme organisateur, méthode d’analyse vivante, propre à s’adapter à toutes les situations politiques.

Lire Maurras, pénétrer dans la pensée de Maurras n’est pas facile aujourd’hui, et je me permets de mettre mon expérience au service des plus jeunes.

Comment aborder l’œuvre de Maurras ?

L’immense culture qu’il partageait avec l’élite intellectuelle de son temps peut parfois gêner le lecteur moderne qui passe à côté de bien des réminiscences des lettres classiques, grecques, latines et françaises. Maurras possédait aussi une mémoire hors du commun qui lui maintenait présent à l’esprit l’essentiel de l’Histoire et de la Philosophie. Mais en s’appliquant avec patience, on retrouve peu à peu, en pratiquant Maurras, cette culture dont l’Ecole démocratique a voulu nous priver afin de nous changer en moutons dociles à la propagande républicaine.

Il existe une tentation de réduire Maurras à quelques formules politiques, mais nous essaierons d’échapper à ce danger : le combat pour restaurer l’Etat en France ne saurait être séparé du combat pour la Civilisation.
Nous commencerons par présenter des choix de textes, en partant des plus simples pour aller aux plus complexes. Nous aborderons ensuite les ouvrages complets.

Nous partirons de Nos raisons, nous poursuivrons par Mes Idées politiques, et nous finirons par La dentelle du rempart.
Nous évoquerons plus tard le grand Dictionnaire politique et critique, puis l’anthologie publiée chez Laffont en 2018, L’Avenir de l’Intelligence et autres textes, recueil d’extraits importants mais qui demande d’être lu avec un esprit critique vus les choix, les présentations et les commentaires.

Nous n’oublierons pas Les Œuvres capitales, choix établi par Maurras en personne.

Colère mystique par Stéphanie Bignon

Colère mystique par Stéphanie Bignon

Lecture

par Stéphanie Bignon

Nous souffrons tous des mêmes maux quel que soit notre milieu ou notre histoire. Nous souffrons d’amnésie du sens, d’inquiétude, d’insatisfaction, d’incapacité à se projeter et à s’adapter, de frénésie en toutes choses, d’impatience chronique, de perte du vrai goût de la vie, de l’incapacité de se réjouir de choses simples et pourtant souvent quotidiennes…
L’Eglise, en amont de la société civile, exprime cette souffrance profonde, douloureuse au point de cacher sa véritable origine et de préférer la fuite en avant. Notre société occidentale et l’Eglise elle-même semblent avoir oublié que « Dieu plaça l’homme dans le jardin d’Éden pour le cultiver et le garder » et qu’ « il n’est pas bon que l’homme soit seul ». Ces deux passages tirés de la Genèse expriment tout ce que l’homme n’aurait jamais dû perdre de vue : protéger la Création et la féminité, les deux sources de vie capables de tout donner pourvu qu’elles ne soient ni stérilisées ni exploitées.

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Or la Création est exploitée, « Hommes tueurs de Dieu, les temps ne sont pas loin où, sur un grand tas d’or vautré dans quelque coin, ayant rongé le sol nourricier jusqu’aux roches, ne sachant faire rien ni des jours ni des nuits, noyés dans le néant des suprêmes ennuis, vous mourrez bêtement en emplissant vos poches. » (Charles-Marie Le Conte de Lisle). Et la féminité, synonyme de temps long, de gratuité et de charité est aux oubliettes. Si la femme veut exister dans ce monde d’exploitation globale, elle doit accepter la greffe d’un phallus social et renier ce pourquoi elle a été créée.
Le nouvel Adam, notre Rédempteur, nait d’une Vierge, Marie notre très sainte Mère. Il ressuscitera d’abord aux yeux de la pécheresse, sainte Marie-Madeleine. Au pied de la Croix se trouvaient les saintes femmes, comme si toutes connaissaient, dans leur ADN, le prix du rachat du péché d’Eve. Eve, la Vivante, qui un instant a oublié Dieu et sa mission de résistance.
Alors messieurs du clergé comme de la société civile, réalisez que les congrégations féminines, vos épouses, mères et sœurs, vous sont divinement indispensables. Sans cet esprit féminin à vos côtés, vos existences se résumeraient à vos appétits !
Mesdames, Eve en chutant nous éclaire sur la puissance et la difficulté de notre rôle. Nous ne devons ni nous complaire dans les conséquences du péché originel ni les nier mais y puiser toute la force nécessaire pour faire que la Vie soit le centre du monde et rien ni personne d’autre.

 

 

Stéphanie Bignon
Mars 2019

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Stéphanie Bignon
La chasteté ou le chaos
préface de Pierre Magnard
éditions Via Romania
2016
12€

L’Afrique zone d’influence française irrédente

L’Afrique zone d’influence française irrédente

L’intervention, en extrême urgence, de l’Armée française dans l’ex Soudan, dénommé aujourd’hui Mali ne nous a pas surpris. Nous avons toujours su que le retrait de la France du continent africain allait à l’encontre de tous nos intérêts, politiques, historiques, militaires et économiques et que, tôt ou tard, la France serait obligée de revenir en Afrique.

                                                                           Un héritage historique bradé

« Il n’y a pas d’estat mieux situé que la France pour estre puissante en la mer puisqu’elle a de meilleurs ports qu’aucun autre, soit en l’Océan, soit en la mer Méditerranée, qu’elle a quantité de bons marins et excellents soldats » RICHELIEU

 La présence de la France en Afrique, indiquée traditionnellement sur la carte par des taches roses, ne découlait ni d’une lubie, ni d’un hasard mais d’une nécessité bien comprise : un état digne de ce nom doit avoir la politique de sa géographie. De par sa position sur la carte du monde la France avait par nature une vocation maritime et coloniale.

Les différents régimes qui se succédèrent, restèrent fidèles, malgré les aléas de l’histoire, à cette vocation. La rupture de la politique impériale de la France intervint sous la V ème république instaurée par De Gaulle Charles. Ce sinistre individu, qui avait fait don de la France à sa personne, brada l’Afrique française (A.O.F.– A.E.F – Madagascar) en passant par l’étape éphémère de la Communauté (1958-1960). Le Sahara échappa momentanément à cette liquidation car il constituait un moyen de pression dans les négociations avec les rebelles algériens. Il fut finalement rajouté, en supplément dans le paquet cadeau de l’indépendance de l’Algérie (1962). 

De Gaulle Charles s’étant débarrassé des colonies et du « boulet algérien », pensait pouvoir enfin laisser sa marque dans l’histoire en entamant une grande politique européenne. Ses successeurs, obnubilés par le mythe de l’Europe ou par le culte du veau d’or, poursuivirent la politique irresponsable du désengagement de la France en Afrique.

Les traités de coopération et d’assistance économique, vidés de leur contenu, accélérèrent la misère des populations et les accords d’assistance militaire, non respectés et régulièrement remis en cause semèrent le doute et la défiance. Les états africains, qui avaient pourtant partagé notre destin, furent désormais traités comme de vulgaires partenaires économiques et livrés aux appétits des grands groupes commerciaux, industriels et financiers. Il n’en fallait pas plus pour détruire notre influence et notre prestige. C’est ainsi que la France perdit les avantages de son passé africain pour n’en conserver que les inconvénients : devoir de repentance et invasion migratoire.

Dénigrement de la colonisation

« Ce n’est pas chez les Maures que vous devez aller chercher vos exemples et vos directeurs intellectuels mais bien chez nous qui aimons la paix et l’ordre »  FAIDHERBE.

Ce n’est pas sans plaisir que nous avons assisté au retour des armées françaises au Mali sur ordre d’un Président socialiste. Ce revirement brutal de la gauche démontre que les réalités prennent toujours le pas sur les idéologies. Il était de bon ton, à gauche comme à droite de soutenir la politique du désengagement de la France en Afrique. La gauche le faisait logiquement au nom du sacro-saint droit des peuples à disposer d’eux- mêmes, la droite, toujours sans vergogne, le faisait sous des motifs divers : fidélité à l’œuvre de De Gaulle Charles, le bradeur d’empire, nécessité d’un engagement total dans la construction européenne, soumission aux règles du grand libéralisme.                                                                                                                                                                                     

Sous prétexte que la colonisation aurait couté plus cher qu’elle n’aurait rapporté la politique africaine de la France se limita désormais à des impératifs économiques, dignes d’un « épicier de quartier ».

Le passé colonial de la FRANCE était couramment condamné car, par une inversion aussi débile que malhonnête, la colonisation était tenue pour responsable des maux et des séquelles nés de la décolonisation : anarchie, sous-développement, épidémies, famines, flux migratoires… Rappelons à tous ces « idiots utiles » que la passé d’un pays ne saurait être jugé par rapport aux valeurs suicidaires du politiquement correct d’aujourd’hui.

Un retour nécessaire

« La valeur et la grandeur d’une nation se mesure par sa présence et son influence dans le monde. La nature a horreur du vide si vous n’étendez pas vos frontières, d’autres le feront à votre détriment ».

Le temps s’écoule mais les réalités demeurent et les mêmes causes produisent les mêmes effets. Chaque jour qui passe démontre que la décolonisation n’a ni libéré les peuples africains, ni allégé « le fardeau de l’homme blanc » ni amélioré nos finances.                                                                                                                                       

Notre départ, loin de faire disparaitre les problèmes de l’Afrique les a multipliés et amplifiés. La paix française a d’abord été remplacée par le désordre et la misère qui ont engendré l’émigration des populations vers la France puis le brigandage et enfin le terrorisme islamique. Des régions entières de l’Afrique sont devenues des zones de non-droit où se pratique la chasse aux otages. (Le transfert du rallie Paris-Dakar en Amérique latine avait déjà été un signe fort.)

Hier, quand la France était chez elle en Afrique, la LIBERTE pouvait venir du sud de la méditerranée : l’armée française se reconstituait dans notre province d’Algérie (préservée grâce au Maréchal Pétain), aujourd’hui le DANGER est permanent et il vient du Sud. Il vient de l’Afrique du nord submergée par « les printemps arabes » à la suite de nos interventions irréfléchies, il vient du Sahel travaillé et miné par le terrorisme islamique, il vient de tous ces états d’Afrique noire déstabilisés par l’anarchie et la corruption.

Nous n’en finissons pas de payer le prix des lâchetés, des abandons et des reniements de nos politiciens félons. Nous n‘en finissons pas de payer le prix cet éloge irresponsable de la décolonisation doublé paradoxalement d’un profond désintérêt pour l’Afrique. Nous n’en finissons pas payer le prix de l’Afrique livrée en pâture tantôt aux utopies européennes, tantôt aux intérêts américains, tantôt aux convoitises chinoises tantôt au prosélytisme islamique.

La politique de l’Autruche poursuivie ces dernières années n’a pas fait disparaitre l’Afrique qui reste bien présente sur notre flanc sud. Les événements du Mali et notre intervention armée arrivent à point pour nous rappeler ce que les anciens avaient compris depuis l’empire romain : l’Afrique est, par la Méditerranée, le prolongement naturel du continent européen et il ne peut y avoir de PAIX sans PACIFICATEUR.

Jean-Pierre PAPADACCI

Français d’Empire

A propos de l’empirisme organisateur par Charles Maurras

A propos de l’empirisme organisateur par Charles Maurras

Depuis l’âge où l’on croit penser, je n’ai jamais imaginé que les théories fissent naître les institutions. Mais, il est vrai, je ne saurais non plus contester la puissance d’une doctrine juste dans l’esprit d’un homme d’État, aucun fatalisme historique n’ayant jamais été mon fait. Si l’on veut, j’eus des « théories », et si l’on veut, j’en ai encore : mais, de tout temps, ces théories ont mérité leur nom, qui en montre la prudence et l’humilité, elles s’appellent l’Empirisme organisateur, c’est à dire la mise à profit des bonheurs du passé en vue de l’avenir que tout esprit bien né souhaite à son pays.

Maurras

L’examen des faits sociaux naturels et l’analyse de l’histoire politique conduisent à un certain nombre de vérités certaines, le passé les établit, la psychologie les explique et le cours ultérieur des événements contemporains les confirme et les reconnaît ; moyennant quelque attention et quelque sérieux, il ne faut pas un art très délié pour faire une application correcte de ces idées, ainsi tirées de l’expérience, et que les faits nouveaux dégagés d’une expérience postérieure ont les plus grandes chances de vérifier.
La déduction est en ce cas la suite naturelle des inductions bien faites. Le sens critique éveillé dans la première partie de l’opération n’éteint pas son flambeau pendant les mystères de la seconde puisqu’il est convoqué au départ et à l’arrivée
Nous ne sommes pas métaphysiciens. Nous savons que les besoins peuvent changer. Il peut y avoir un moment où les hommes éprouvent la nécessité de se garantir contre l’arbitraire par des articles de loi bien numérotés. Il est d’autres moments où cette autorité impersonnelle de la loi écrite leur paraît duperie profonde.
Dans le premier cas, ils réclament des constitutions.
Dans le second cas, les statuts leur paraissent importer de moins en moins, c’est à la responsabilité vivante des personnes qu’on s’intéresse, et à leur action.
La méthode qui me sembla toujours la mieux accordée aux lois de la vie n’a jamais délivré un quitus général au « bloc » de ce que les Pères ont fait. En accordant à leurs personnes un respect pieux, l’esprit critique se réserve d’examiner les œuvres et les idées.

Mais l’esprit critique voit clair : l’esprit révolutionnaire ne sait ni ne veut regarder : Du passé faisons table rase, dit sa chanson. Je hais ce programme de l’amnésie.
Non, point de table rase. Cependant, libre voie !

Jean-Jacques faux prophète par Charles Maurras

Jean-Jacques faux prophète par Charles Maurras

Voici un texte par lequel Maurras, au cours d’une controverse avec Henri Guillemin, précise et sa pensée sur Jean-Jacques Rousseau

Henri Guillemin (1) a repris dans la Gazette de Lausanne (2) sa violente offensive en faveur de Rousseau. Il m’a mis en cause deux fois. La première m’a laissé silencieux, pensant qu’il valait mieux, en ce moment, que deux Français ne donnent pas le spectacle de leur dispute par-dessus la frontière, devant un public en partie étranger. M. Henri Guillemin revient à la charge. Allons-y.

M. Guillemin veut que la raison profonde de mon « aversion pour Rousseau » tienne à ce qu’il « apportait Dieu » (3). Ces mots sont la couronne de son article, c’en est le plus bel ornement. Ce n’est qu’un ornement. Car ou bien Dante et Bossuet n’apportaient pas Dieu, ou bien j’ai Dante et Bossuet en aversion. Les deux invraisemblances devraient faire réfléchir M. Henri Guillemin.

Je hais dans Rousseau le mal qu’il a fait à la France et au genre humain, le désordre qu’il a apporté en tout et, spécialement, dans l’esprit, le goût, les idées, les mœurs et la politique de mon pays. Il est facile de concevoir qu’il ait dû apporter le même désordre sur le plan religieux.

Mais, dit-on, les matérialistes de l’Encyclopédie l’ont détesté et persécuté parce qu’il avait des « principes religieux ». Soit. Il en avait par rapport à eux. Mais l’immense majorité de la France catholique du XVIIIe siècle voyait dans sa doctrine ce que les théologiens appellent le Déisme : une immense diminution de leur foi, et, de ce point de vue, ce qu’il avait de plus ou de mieux que d’Holbach et que Hume se chiffre par un moins et un pis par rapport à cette foi générale d’un grand peuple ou l’incrédulité n’était qu’à la surface d’un petit monde très limité.

On ajoute que Rousseau ralluma le sentiment religieux. Ici ? Ou là ? Cela a été possible ici, mais non là ; car là, il l’affadit, l’amollit, le relâcha, le décomposa. M. Henri Guillemin reproche aux ennemis de Rousseau leurs contradictions, il néglige celles de son client. Quand la contradiction est dans les choses et dans les hommes, il faut bien que ce que l’on en dit la reflète.

Ce n’est la faute de personne si la liberté est le contraire de l’oppression, et si néanmoins l’individualiste liberté des Droits de l’Homme mena tout droit à la Terreur : le jacobin ne fut qu’un libéral, heurté et irrité par la résistance de la nature des hommes, lesquels, dès lors, ne lui semblèrent que des monstres à guillotiner.

Ce n’est pas la faute du bien s’il est le contraire du mal, et si pourtant un homme qui est ivre ou fou d’optimisme et de philanthropie devient, au premier heurt de la nature ou de la société — du Réel, un misanthrope atrabilaire.

Ce n’est la faute de personne si, la Tradition étant le contraire de la Révolution, Rousseau s’est montré tour à tour traditionnel et révolutionnaire, car tantôt il suivait le faux brillant de ses imaginations, et tantôt un autre caprice de sa fantaisie lui faisait parler le langage de tout le monde : mais ce ne sont pas ses propos de sens commun qui ont agi sur son siècle, c’est le Contrat social, c’est le Discours sur l’inégalité des conditions, c’est toute la partie de son œuvre ou l’absurdité la plus dangereuse est codifiée.

« Au commencement de ma carrière », d’après M. Guillemin (exactement, en effet, dans un article de 1899), j’ai comparé Rousseau et les roussiens aux prophètes juifs. J’ai eu tort. J’aurais dû dire: aux faux prophètes. Un quart de siècle plus tard, réimprimant le même morceau — page 6 de la préface de Romantisme et révolution (4) parue en 1923 — j’ai écrit « faux prophètes ». Cette correction traduisait beaucoup mieux ma pensée. Ce que je voulais ainsi montrer dans Rousseau c’était le cas-type de l’insurgé contre toutes les hiérarchies, le cas essentiel de l’individualisme anarchique. Les vrais prophètes poursuivaient de leurs invectives le sacerdoce, la royauté et principalement tous les pouvoirs constitués, sociaux et moraux, mais ils le faisaient par une inspiration directe du Roi des rois et de la Puissance suprême. Au contraire, les faux prophètes (et le diable sait s’ils furent nombreux en Israël !) exprimaient contre les pouvoirs réguliers leurs passions, leurs fantaisies, leurs intérêts ou leurs pitoyables raisonnements, tout comme Rousseau, avec qui leur ressemblance est constante, quant à la frénésie, aux rêveries, aux révoltes, tout l’esprit révolutionnaire de l’Orient. Sans doute, ces contrefacteurs se prévalent-ils aussi de la divinité, mais les caractères qu’ils lui donnent sont d’une qualité sur laquelle il est difficile de se tromper : ce n’est pas Dieu.

Je finirai par deux signes d’un étonnement profond.

Premier point. Comment l’expérience du roussisme depuis 200 ans n’a-t-elle pas illuminé l’unanimité des Français ? Que Rousseau ait été tout ce qu’on voudra, il n’est pas niable qu’il est à l’origine de notre première Révolution, celle qui a emporté tous nos premiers remparts, bouleversé notre premier fond national. Qu’il n’en ait pas été le seul inspirateur, nul ne le conteste. Mais son apport fut le décisif : son tour sentimental, son accent de vertu fut capable d’accréditer beaucoup de choses suspectes et d’en inspirer d’autres plus pernicieuses et plus vicieuses encore. Son trouble génie multipliait le trouble hors de lui. C’est là ce qui fit sa plus grande puissance pour le mal. Napoléon n’aurait point fait tant de mal non plus, avec tout son génie et toute son énergie, sans le mélange de son esprit constructeur avec l’héritage révolutionnaire : aussi bien, disait-il lui-même, que, peut-être, eût-il mieux valu que Rousseau et lui n’eussent jamais existé. Encore un coup, ce jugement devrait faire réfléchir tous les Français. En vérité, au degré ou voilà le pays déchu, ce n’est pas le moment de ramener qui que ce soit à l’école de Rousseau ni de réhabiliter celui-ci (5).

Second point. Seconde stupeur. Comment des hommes de mœurs irréprochables et même sévères et pures — comment des maîtres de la jeunesse peuvent-ils honorer l’auteur d’un livre comme les Confessions ? Un personnage comme le héros des Confessions ? Et l’esprit de ce livre où l’humilité même sent l’orgueil ou sent la révolte ! Il m’a toujours donné un malaise affreux. Peu suspect de bégueulerie et au risque d’être traité de renchéri et de coquebin, je dois dire que l’épisode de Mme de Warens me lève le cœur ; ni le nom de « maman » qu’il donne à sa maîtresse, ni le trépas odoriférant de la dame initiatrice, ni le récit de tout cela, écrit, signé et publié, ne peut manquer de m’administrer, à chaque lecture, un égal sentiment de l’odieux, du ridicule et du dégoût. Ai-je assez blasphémé ! Et maintenant, voici ma tête, cher Monsieur Henri Guillemin.

Dans le moment où M. Guillemin poussait sa pointe, une occasion m’était donnée, en Suisse même, de préciser ma pensée sur Jean-Jacques.

Au cours d’une réception au Cercle des Arts de Genève qui avait suivi ma conférence sur Maurice Barrès, M. Albert Rheinwald, président du Cercle, rappela délicatement que Barrès lui envoyant, en 1917, la plaquette contenant le discours prononcé à la Chambre le 11 juillet 1912 contre l’octroi des crédits pour la célébration du deuxième centenaire de Jean-Jacques, avait ajouté : « En jugeant durement Jean-Jacques, je juge et condamne une partie de moi-même. » Et M. Rheinwald s’adressant à moi, poursuivait : « Selon vous, pour restaurer l’ordre français, il faudra s’inspirer de l’ordre grec… Hélas, je vois bien qu’alors ce genevois Rousseau n’aura plus droit au chapitre. Oserai-je dire que ce sera dommage ? Car enfin s’il faut éliminer Rousseau, c’est Chateaubriand et Lamartine et c’est Hugo qu’il faut éliminer aussi. Et c’est encore Delacroix… Pourquoi ne pas voir ce qu’il y a de sagesse dans le romantisme éternel ? »

À cette double interrogation et en remerciant mon aimable interlocuteur d’avoir si bien senti et dit comment un grand poète, doublé d’un grand citoyen, avait été capable de condamner une « part de lui-même » sur les exigences de l’ordre français, je ne me sentis point gêné d’avoir à ajouter que, si un tournoi sur le Romantisme et la Grèce excédait les mesures de la soirée, je tenais à ne pas refuser celle rencontre sur Rousseau. « Là, soulignais-je, il faudrait d’abord bien savoir ce que l’on veut débattre de précis. On nous objecte quelquefois que Rousseau donna d’excellents conseils politiques et les plus traditionnels du monde aux Corses et aux Polonais. Mais ce ne sont pas ces conseils qui ont agi sur nos Constituants ni sur Robespierre… Ce n’est pas avec ces conseils-là que Rousseau pesa sur son siècle, ni qu’il troubla l’ordre français. Quant à reconnaître une part de soi-même dans ce que l’on condamne, c’est le sort commun : je pourrais, tout indigne, vous réciter par cœur des tirades de La Nouvelle Héloïse… Qu’est-ce que cela prouve ? Le talent littéraire de son auteur. Bossuet a fait deux grands élèves au XVIIIe, Buffon et Rousseau. Les erreurs et les fautes de la pensée sont séparables de la beauté des cadences. Il importe en toute chose de distinguer pour ne pas confondre, sans quoi nous résorberions au chaos primitif, et l’excellence de cette liqueur russe [c’était un petit verre que mes hôtes m’avaient versé] nous ferait aimer les bolchevistes, à moins que leur méchanceté ne nous fasse haïr cet excellent kummel… Préservons nos pays de ces confusions, vraies mères des querelles et des révolutions ; gardons l’esprit libre et critique, notre goût, notre sens de l’amitié des hommes, et surtout honorons la grâce, en vérité, suprême et toute nationale, avec laquelle un Français de génie sut inventer les plus délicates formules pour exprimer un dissentiment, l’atténuer et, quand il le fallait, soit l’ennoblir, soit le faire oublier. »

15 avril 1942

Charles Maurras

(1) Henri Guillemin, 1903-1992, fut au sortir de l’École normale supérieure, où il se lia avec Jean-Paul Sartre, le secrétaire de Marc Sangnier. À ce titre Maurras et lui, après l’âpre et longue polémique entre l’Action française et le Sillon, n’étaient pas des inconnus quand en 1942 Guillemin fuit la France pour s’installer en Suisse. C’est de Neuchâtel que Guillemin écrit plusieurs articles auxquels Maurras répond par notre texte dans L’Action française du 16 avril 1942. Ce texte a ensuite été repris en 1944 dans le recueil Poésie et Vérité d’où nous le reprenons. (n.d.é.)

(2) Journal d’orientation libérale, il commence à peine durant la guerre à devenir l’institution que sa rubrique culturelle fera de lui jusque dans les années soixante. (n.d.é.)

(3) Soyons reconnaissants à Ch. Maurras, écrivait M. Guillemin, de n’avoir point dissimulé, quant à lui, dans les premiers temps de sa carrière, la source la plus profonde de l’exécration qu’il porte à Rousseau. Jean-Jacques possédé d’une « rage mystique », « aventurier nourri de révolte hébraïque », apparut parmi nous « comme un de ces énergumènes qui, vomis du désert… promenaient leurs mélancoliques hurlements dans les rues de Sion » (A. F. 15 octobre 1899). Énergumène ? C’était bien ainsi que Voltaire, en effet, s’exprimait sur le compte de Jean-Jacques dans sa Guerre de Genève : « …ce sombre énergumène, cet ennemi de la nature humaine ». « Il leur apportait Dieu — disait Victor Hugo en parlant de Gwynplaine chez les Lords. Qu’était-ce que cet intrus ? »(Gazette de Lausanne, 12 avril 1942.)

(4) Romantisme et Révolution, volume qui reprend en fait L’Avenir de l’intelligence et Trois idées politiques, vaut surtout par cette préface. (n.d.é.)

(5) Depuis que ces lignes ont été écrites, M. Henri Guillemin a confié à J. L. Ferrero que son sentiment sur Rousseau s’était modifié. « D’emblée, avec chaleur, écrit M. Ferrero, M. Guillemin répond avec rapidité aux questions et objections que lui posent à bâtons rompus ses interlocuteurs. C’est d’abord une amende honorable : s’il avait à refaire sa conférence sur Rousseau, il n’en prononcerait plus le même panégyrique. Certaines découvertes l’ont fait déchanter. Le cas Rousseau apparaît plus complexe encore qu’il ne croyait. En l’occurrence, il s’agit de lettres à Mme d’Houdetot, des années 1756-57. Années cruciales pour Jean-Jacques. » Ainsi se perd-on et se reperd-on dans le détail. L’essentiel seul importe.

Notre maîtresse en politique c’est l’expérience par Charles Maurras

Notre maîtresse en politique c’est l’expérience par Charles Maurras

L’expérience ressemble à la Muse, elle est la fille de Mémoire.

L’histoire n’est pas une épreuve de cabinet : cependant ses répétitions indéniables, en des circonstances tantôt identiques et tantôt diverses, permettent de dresser, avec une rigueur satisfaisante, des tableaux de présence, d’absence et de variations comparables à ceux qui favorisent le progrès de l’étude de la nature. On a beau soutenir sur le papier, qui souffre tout, l’originalité absolue, l’unicité des phénomènes historiques. Ils sont originaux, ils sont uniques, mais leur suite ne l’est pas.
Bainville admirait le tableau des monotones « suites » du monde et les stables vertus du composé humain. Les va et vient de l’histoire portent des constantes telles que, bien conduite, elle permet des prévisions sans souffrir de dérogations.
L’expérience de l’histoire contient la science et l’art de ce genre de découvertes : si nulle idée préconçue n’en a réglé le développement, le résultat s’est trouvé être et est de plus en plus favorable aux idées de contre révolution, d’antilibéralisme, d’antidémocratie. L’expérience de l’histoire est pleine des charniers de la liberté et des cimetières de l’égalité.

La constante humaine enseignée par l’histoire

L’art de bien veiller sur la sécurité des peuples rejoint les principes directeurs de tous les arts élémentaires ; la première vérité dont un philosophe ou un magistrat doive se pénétrer est que le monde se modifie avec une extrême lenteur, si toutefois il se modifie. Les parties variables sont les moins importantes. Ce qui importe apparaît constant. C’est sur les grands traits généraux de la constance humaine qu’il est urgent de nous régler toutes les fois que nous songeons à quelque arrangement d’avenir.
A force de nous montrer des masses qui évoluent et des aspects qui se transforment, on nous cache les ouvriers de l’évolution et les artisans de la transformation. Sans les chefs, sans les saints, sans les héros, sans les rois, l’histoire est inintelligible. Une nation se compose de nations, une race de races, un État d’États. Qu’il s’agisse de la féodalité, des communes ou de l’Église, la vraie vie n’est point dans les membres successifs, accidentels et éphémères, mais dans les liaisons invisibles qui donnent à l’ensemble quelque unité. C’est de cela non d’autre chose qu’il faut écrire l’histoire : l’histoire de France et non l’histoire des Français.
L’histoire universelle en son détail est impossible. La loi d’ensemble qui la simplifierait et la condenserait en une grande et forte leçon, cette loi générale ne me paraît pas découverte. L’historien utile sait isoler un fait, circonscrire une action, décrire un personnage : le fait, l’action, le personnage qui peuvent permettre de saisir un comment des choses humaines. Le champ de notre expérience en est augmenté et nous sommes mieux en mesure de comprendre et d’interpréter les faits présents et à venir.
Bien que les cas, les faits soient en nombre infini, si cependant vous connaissez avec un peu de détail et à fond la manière dont Chicago, Athènes et Quimper Corentin se sont développés, vous avez la chance de vous rendre compte aisément de la courbe suivie par la plupart des autres villes et des autres États. Certes, il faut toujours vous attendre à quelque surprise : la nature et l’histoire sont pleines de pièges tendus à la fatuité des mortels. Mais cette vérité est aussi contenue dans l’histoire d’Athènes, de Quimper et de Chicago…
Si pour faire une fable, vous prenez dans la main une pincée de sable et que vous écoutiez le murmure confus des atomes innombrables, vous vérifierez si vous êtes sage, que, sur cent voix, quatre vingt dix neuf conseillent : d’avoir confiance. La centième dit : méfie toi, et le double conseil est juste, rien ne se faisant sans critique, rien sans foi.

Maurras, poète de l’ordre et de l’espoir par Gérard Bedel

Maurras, poète de l’ordre et de l’espoir par Gérard Bedel

Lecture

par Gérard BEDEL

 

Gérard Bedel, membre du Comité Directeur de l’Action Française.

Cette brochure contient le texte d’une conférence très dense, prononcée à l’occasion de l’anniversaire de la mort de Charles Maurras, le 16 novembre 2002 à Tours (50 ans).
Après avoir rappelé l’importance, la place de Maurras dans la vie intellectuelle du premiers tiers du XXe siècle, l’auteur s’applique à aller à l’essentiel et montre que tout est lié dans le combat de Maurras pour la civilisation : « Notre nationalisme commença par être esthétique ».
Il faut donc remonter aux idées-mères, idées que Maurras exprime de trois manières différentes : une prose très apprêtée, ce sont les Contes, des poèmes allégoriques, et enfin une forme non voilée avec les articles de la lutte quotidienne. L’ouvrage se termine avec une réflexion sur la poésie par des poèmes de Gérard Bedel en hommage à « l’Altissime ».