Colère mystique par Stéphanie Bignon

Colère mystique par Stéphanie Bignon

Lecture

par Stéphanie Bignon

Nous souffrons tous des mêmes maux quel que soit notre milieu ou notre histoire. Nous souffrons d’amnésie du sens, d’inquiétude, d’insatisfaction, d’incapacité à se projeter et à s’adapter, de frénésie en toutes choses, d’impatience chronique, de perte du vrai goût de la vie, de l’incapacité de se réjouir de choses simples et pourtant souvent quotidiennes…
L’Eglise, en amont de la société civile, exprime cette souffrance profonde, douloureuse au point de cacher sa véritable origine et de préférer la fuite en avant. Notre société occidentale et l’Eglise elle-même semblent avoir oublié que « Dieu plaça l’homme dans le jardin d’Éden pour le cultiver et le garder » et qu’ « il n’est pas bon que l’homme soit seul ». Ces deux passages tirés de la Genèse expriment tout ce que l’homme n’aurait jamais dû perdre de vue : protéger la Création et la féminité, les deux sources de vie capables de tout donner pourvu qu’elles ne soient ni stérilisées ni exploitées.

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Or la Création est exploitée, « Hommes tueurs de Dieu, les temps ne sont pas loin où, sur un grand tas d’or vautré dans quelque coin, ayant rongé le sol nourricier jusqu’aux roches, ne sachant faire rien ni des jours ni des nuits, noyés dans le néant des suprêmes ennuis, vous mourrez bêtement en emplissant vos poches. » (Charles-Marie Le Conte de Lisle). Et la féminité, synonyme de temps long, de gratuité et de charité est aux oubliettes. Si la femme veut exister dans ce monde d’exploitation globale, elle doit accepter la greffe d’un phallus social et renier ce pourquoi elle a été créée.
Le nouvel Adam, notre Rédempteur, nait d’une Vierge, Marie notre très sainte Mère. Il ressuscitera d’abord aux yeux de la pécheresse, sainte Marie-Madeleine. Au pied de la Croix se trouvaient les saintes femmes, comme si toutes connaissaient, dans leur ADN, le prix du rachat du péché d’Eve. Eve, la Vivante, qui un instant a oublié Dieu et sa mission de résistance.
Alors messieurs du clergé comme de la société civile, réalisez que les congrégations féminines, vos épouses, mères et sœurs, vous sont divinement indispensables. Sans cet esprit féminin à vos côtés, vos existences se résumeraient à vos appétits !
Mesdames, Eve en chutant nous éclaire sur la puissance et la difficulté de notre rôle. Nous ne devons ni nous complaire dans les conséquences du péché originel ni les nier mais y puiser toute la force nécessaire pour faire que la Vie soit le centre du monde et rien ni personne d’autre.

 

 

Stéphanie Bignon
Mars 2019

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Stéphanie Bignon
La chasteté ou le chaos
préface de Pierre Magnard
éditions Via Romania
2016
12€

L’Afrique zone d’influence française irrédente

L’Afrique zone d’influence française irrédente

L’intervention, en extrême urgence, de l’Armée française dans l’ex Soudan, dénommé aujourd’hui Mali ne nous a pas surpris. Nous avons toujours su que le retrait de la France du continent africain allait à l’encontre de tous nos intérêts, politiques, historiques, militaires et économiques et que, tôt ou tard, la France serait obligée de revenir en Afrique.

                                                                           Un héritage historique bradé

« Il n’y a pas d’estat mieux situé que la France pour estre puissante en la mer puisqu’elle a de meilleurs ports qu’aucun autre, soit en l’Océan, soit en la mer Méditerranée, qu’elle a quantité de bons marins et excellents soldats » RICHELIEU

 La présence de la France en Afrique, indiquée traditionnellement sur la carte par des taches roses, ne découlait ni d’une lubie, ni d’un hasard mais d’une nécessité bien comprise : un état digne de ce nom doit avoir la politique de sa géographie. De par sa position sur la carte du monde la France avait par nature une vocation maritime et coloniale.

Les différents régimes qui se succédèrent, restèrent fidèles, malgré les aléas de l’histoire, à cette vocation. La rupture de la politique impériale de la France intervint sous la V ème république instaurée par De Gaulle Charles. Ce sinistre individu, qui avait fait don de la France à sa personne, brada l’Afrique française (A.O.F.– A.E.F – Madagascar) en passant par l’étape éphémère de la Communauté (1958-1960). Le Sahara échappa momentanément à cette liquidation car il constituait un moyen de pression dans les négociations avec les rebelles algériens. Il fut finalement rajouté, en supplément dans le paquet cadeau de l’indépendance de l’Algérie (1962). 

De Gaulle Charles s’étant débarrassé des colonies et du « boulet algérien », pensait pouvoir enfin laisser sa marque dans l’histoire en entamant une grande politique européenne. Ses successeurs, obnubilés par le mythe de l’Europe ou par le culte du veau d’or, poursuivirent la politique irresponsable du désengagement de la France en Afrique.

Les traités de coopération et d’assistance économique, vidés de leur contenu, accélérèrent la misère des populations et les accords d’assistance militaire, non respectés et régulièrement remis en cause semèrent le doute et la défiance. Les états africains, qui avaient pourtant partagé notre destin, furent désormais traités comme de vulgaires partenaires économiques et livrés aux appétits des grands groupes commerciaux, industriels et financiers. Il n’en fallait pas plus pour détruire notre influence et notre prestige. C’est ainsi que la France perdit les avantages de son passé africain pour n’en conserver que les inconvénients : devoir de repentance et invasion migratoire.

Dénigrement de la colonisation

« Ce n’est pas chez les Maures que vous devez aller chercher vos exemples et vos directeurs intellectuels mais bien chez nous qui aimons la paix et l’ordre »  FAIDHERBE.

Ce n’est pas sans plaisir que nous avons assisté au retour des armées françaises au Mali sur ordre d’un Président socialiste. Ce revirement brutal de la gauche démontre que les réalités prennent toujours le pas sur les idéologies. Il était de bon ton, à gauche comme à droite de soutenir la politique du désengagement de la France en Afrique. La gauche le faisait logiquement au nom du sacro-saint droit des peuples à disposer d’eux- mêmes, la droite, toujours sans vergogne, le faisait sous des motifs divers : fidélité à l’œuvre de De Gaulle Charles, le bradeur d’empire, nécessité d’un engagement total dans la construction européenne, soumission aux règles du grand libéralisme.                                                                                                                                                                                     

Sous prétexte que la colonisation aurait couté plus cher qu’elle n’aurait rapporté la politique africaine de la France se limita désormais à des impératifs économiques, dignes d’un « épicier de quartier ».

Le passé colonial de la FRANCE était couramment condamné car, par une inversion aussi débile que malhonnête, la colonisation était tenue pour responsable des maux et des séquelles nés de la décolonisation : anarchie, sous-développement, épidémies, famines, flux migratoires… Rappelons à tous ces « idiots utiles » que la passé d’un pays ne saurait être jugé par rapport aux valeurs suicidaires du politiquement correct d’aujourd’hui.

Un retour nécessaire

« La valeur et la grandeur d’une nation se mesure par sa présence et son influence dans le monde. La nature a horreur du vide si vous n’étendez pas vos frontières, d’autres le feront à votre détriment ».

Le temps s’écoule mais les réalités demeurent et les mêmes causes produisent les mêmes effets. Chaque jour qui passe démontre que la décolonisation n’a ni libéré les peuples africains, ni allégé « le fardeau de l’homme blanc » ni amélioré nos finances.                                                                                                                                       

Notre départ, loin de faire disparaitre les problèmes de l’Afrique les a multipliés et amplifiés. La paix française a d’abord été remplacée par le désordre et la misère qui ont engendré l’émigration des populations vers la France puis le brigandage et enfin le terrorisme islamique. Des régions entières de l’Afrique sont devenues des zones de non-droit où se pratique la chasse aux otages. (Le transfert du rallie Paris-Dakar en Amérique latine avait déjà été un signe fort.)

Hier, quand la France était chez elle en Afrique, la LIBERTE pouvait venir du sud de la méditerranée : l’armée française se reconstituait dans notre province d’Algérie (préservée grâce au Maréchal Pétain), aujourd’hui le DANGER est permanent et il vient du Sud. Il vient de l’Afrique du nord submergée par « les printemps arabes » à la suite de nos interventions irréfléchies, il vient du Sahel travaillé et miné par le terrorisme islamique, il vient de tous ces états d’Afrique noire déstabilisés par l’anarchie et la corruption.

Nous n’en finissons pas de payer le prix des lâchetés, des abandons et des reniements de nos politiciens félons. Nous n‘en finissons pas de payer le prix cet éloge irresponsable de la décolonisation doublé paradoxalement d’un profond désintérêt pour l’Afrique. Nous n’en finissons pas payer le prix de l’Afrique livrée en pâture tantôt aux utopies européennes, tantôt aux intérêts américains, tantôt aux convoitises chinoises tantôt au prosélytisme islamique.

La politique de l’Autruche poursuivie ces dernières années n’a pas fait disparaitre l’Afrique qui reste bien présente sur notre flanc sud. Les événements du Mali et notre intervention armée arrivent à point pour nous rappeler ce que les anciens avaient compris depuis l’empire romain : l’Afrique est, par la Méditerranée, le prolongement naturel du continent européen et il ne peut y avoir de PAIX sans PACIFICATEUR.

Jean-Pierre PAPADACCI

Français d’Empire

A propos de l’empirisme organisateur par Charles Maurras

A propos de l’empirisme organisateur par Charles Maurras

Depuis l’âge où l’on croit penser, je n’ai jamais imaginé que les théories fissent naître les institutions. Mais, il est vrai, je ne saurais non plus contester la puissance d’une doctrine juste dans l’esprit d’un homme d’État, aucun fatalisme historique n’ayant jamais été mon fait. Si l’on veut, j’eus des « théories », et si l’on veut, j’en ai encore : mais, de tout temps, ces théories ont mérité leur nom, qui en montre la prudence et l’humilité, elles s’appellent l’Empirisme organisateur, c’est à dire la mise à profit des bonheurs du passé en vue de l’avenir que tout esprit bien né souhaite à son pays.

Maurras

L’examen des faits sociaux naturels et l’analyse de l’histoire politique conduisent à un certain nombre de vérités certaines, le passé les établit, la psychologie les explique et le cours ultérieur des événements contemporains les confirme et les reconnaît ; moyennant quelque attention et quelque sérieux, il ne faut pas un art très délié pour faire une application correcte de ces idées, ainsi tirées de l’expérience, et que les faits nouveaux dégagés d’une expérience postérieure ont les plus grandes chances de vérifier.
La déduction est en ce cas la suite naturelle des inductions bien faites. Le sens critique éveillé dans la première partie de l’opération n’éteint pas son flambeau pendant les mystères de la seconde puisqu’il est convoqué au départ et à l’arrivée
Nous ne sommes pas métaphysiciens. Nous savons que les besoins peuvent changer. Il peut y avoir un moment où les hommes éprouvent la nécessité de se garantir contre l’arbitraire par des articles de loi bien numérotés. Il est d’autres moments où cette autorité impersonnelle de la loi écrite leur paraît duperie profonde.
Dans le premier cas, ils réclament des constitutions.
Dans le second cas, les statuts leur paraissent importer de moins en moins, c’est à la responsabilité vivante des personnes qu’on s’intéresse, et à leur action.
La méthode qui me sembla toujours la mieux accordée aux lois de la vie n’a jamais délivré un quitus général au « bloc » de ce que les Pères ont fait. En accordant à leurs personnes un respect pieux, l’esprit critique se réserve d’examiner les œuvres et les idées.

Mais l’esprit critique voit clair : l’esprit révolutionnaire ne sait ni ne veut regarder : Du passé faisons table rase, dit sa chanson. Je hais ce programme de l’amnésie.
Non, point de table rase. Cependant, libre voie !

Jean-Jacques faux prophète par Charles Maurras

Jean-Jacques faux prophète par Charles Maurras

Voici un texte par lequel Maurras, au cours d’une controverse avec Henri Guillemin, précise et sa pensée sur Jean-Jacques Rousseau

Henri Guillemin (1) a repris dans la Gazette de Lausanne (2) sa violente offensive en faveur de Rousseau. Il m’a mis en cause deux fois. La première m’a laissé silencieux, pensant qu’il valait mieux, en ce moment, que deux Français ne donnent pas le spectacle de leur dispute par-dessus la frontière, devant un public en partie étranger. M. Henri Guillemin revient à la charge. Allons-y.

M. Guillemin veut que la raison profonde de mon « aversion pour Rousseau » tienne à ce qu’il « apportait Dieu » (3). Ces mots sont la couronne de son article, c’en est le plus bel ornement. Ce n’est qu’un ornement. Car ou bien Dante et Bossuet n’apportaient pas Dieu, ou bien j’ai Dante et Bossuet en aversion. Les deux invraisemblances devraient faire réfléchir M. Henri Guillemin.

Je hais dans Rousseau le mal qu’il a fait à la France et au genre humain, le désordre qu’il a apporté en tout et, spécialement, dans l’esprit, le goût, les idées, les mœurs et la politique de mon pays. Il est facile de concevoir qu’il ait dû apporter le même désordre sur le plan religieux.

Mais, dit-on, les matérialistes de l’Encyclopédie l’ont détesté et persécuté parce qu’il avait des « principes religieux ». Soit. Il en avait par rapport à eux. Mais l’immense majorité de la France catholique du XVIIIe siècle voyait dans sa doctrine ce que les théologiens appellent le Déisme : une immense diminution de leur foi, et, de ce point de vue, ce qu’il avait de plus ou de mieux que d’Holbach et que Hume se chiffre par un moins et un pis par rapport à cette foi générale d’un grand peuple ou l’incrédulité n’était qu’à la surface d’un petit monde très limité.

On ajoute que Rousseau ralluma le sentiment religieux. Ici ? Ou là ? Cela a été possible ici, mais non là ; car là, il l’affadit, l’amollit, le relâcha, le décomposa. M. Henri Guillemin reproche aux ennemis de Rousseau leurs contradictions, il néglige celles de son client. Quand la contradiction est dans les choses et dans les hommes, il faut bien que ce que l’on en dit la reflète.

Ce n’est la faute de personne si la liberté est le contraire de l’oppression, et si néanmoins l’individualiste liberté des Droits de l’Homme mena tout droit à la Terreur : le jacobin ne fut qu’un libéral, heurté et irrité par la résistance de la nature des hommes, lesquels, dès lors, ne lui semblèrent que des monstres à guillotiner.

Ce n’est pas la faute du bien s’il est le contraire du mal, et si pourtant un homme qui est ivre ou fou d’optimisme et de philanthropie devient, au premier heurt de la nature ou de la société — du Réel, un misanthrope atrabilaire.

Ce n’est la faute de personne si, la Tradition étant le contraire de la Révolution, Rousseau s’est montré tour à tour traditionnel et révolutionnaire, car tantôt il suivait le faux brillant de ses imaginations, et tantôt un autre caprice de sa fantaisie lui faisait parler le langage de tout le monde : mais ce ne sont pas ses propos de sens commun qui ont agi sur son siècle, c’est le Contrat social, c’est le Discours sur l’inégalité des conditions, c’est toute la partie de son œuvre ou l’absurdité la plus dangereuse est codifiée.

« Au commencement de ma carrière », d’après M. Guillemin (exactement, en effet, dans un article de 1899), j’ai comparé Rousseau et les roussiens aux prophètes juifs. J’ai eu tort. J’aurais dû dire: aux faux prophètes. Un quart de siècle plus tard, réimprimant le même morceau — page 6 de la préface de Romantisme et révolution (4) parue en 1923 — j’ai écrit « faux prophètes ». Cette correction traduisait beaucoup mieux ma pensée. Ce que je voulais ainsi montrer dans Rousseau c’était le cas-type de l’insurgé contre toutes les hiérarchies, le cas essentiel de l’individualisme anarchique. Les vrais prophètes poursuivaient de leurs invectives le sacerdoce, la royauté et principalement tous les pouvoirs constitués, sociaux et moraux, mais ils le faisaient par une inspiration directe du Roi des rois et de la Puissance suprême. Au contraire, les faux prophètes (et le diable sait s’ils furent nombreux en Israël !) exprimaient contre les pouvoirs réguliers leurs passions, leurs fantaisies, leurs intérêts ou leurs pitoyables raisonnements, tout comme Rousseau, avec qui leur ressemblance est constante, quant à la frénésie, aux rêveries, aux révoltes, tout l’esprit révolutionnaire de l’Orient. Sans doute, ces contrefacteurs se prévalent-ils aussi de la divinité, mais les caractères qu’ils lui donnent sont d’une qualité sur laquelle il est difficile de se tromper : ce n’est pas Dieu.

Je finirai par deux signes d’un étonnement profond.

Premier point. Comment l’expérience du roussisme depuis 200 ans n’a-t-elle pas illuminé l’unanimité des Français ? Que Rousseau ait été tout ce qu’on voudra, il n’est pas niable qu’il est à l’origine de notre première Révolution, celle qui a emporté tous nos premiers remparts, bouleversé notre premier fond national. Qu’il n’en ait pas été le seul inspirateur, nul ne le conteste. Mais son apport fut le décisif : son tour sentimental, son accent de vertu fut capable d’accréditer beaucoup de choses suspectes et d’en inspirer d’autres plus pernicieuses et plus vicieuses encore. Son trouble génie multipliait le trouble hors de lui. C’est là ce qui fit sa plus grande puissance pour le mal. Napoléon n’aurait point fait tant de mal non plus, avec tout son génie et toute son énergie, sans le mélange de son esprit constructeur avec l’héritage révolutionnaire : aussi bien, disait-il lui-même, que, peut-être, eût-il mieux valu que Rousseau et lui n’eussent jamais existé. Encore un coup, ce jugement devrait faire réfléchir tous les Français. En vérité, au degré ou voilà le pays déchu, ce n’est pas le moment de ramener qui que ce soit à l’école de Rousseau ni de réhabiliter celui-ci (5).

Second point. Seconde stupeur. Comment des hommes de mœurs irréprochables et même sévères et pures — comment des maîtres de la jeunesse peuvent-ils honorer l’auteur d’un livre comme les Confessions ? Un personnage comme le héros des Confessions ? Et l’esprit de ce livre où l’humilité même sent l’orgueil ou sent la révolte ! Il m’a toujours donné un malaise affreux. Peu suspect de bégueulerie et au risque d’être traité de renchéri et de coquebin, je dois dire que l’épisode de Mme de Warens me lève le cœur ; ni le nom de « maman » qu’il donne à sa maîtresse, ni le trépas odoriférant de la dame initiatrice, ni le récit de tout cela, écrit, signé et publié, ne peut manquer de m’administrer, à chaque lecture, un égal sentiment de l’odieux, du ridicule et du dégoût. Ai-je assez blasphémé ! Et maintenant, voici ma tête, cher Monsieur Henri Guillemin.

Dans le moment où M. Guillemin poussait sa pointe, une occasion m’était donnée, en Suisse même, de préciser ma pensée sur Jean-Jacques.

Au cours d’une réception au Cercle des Arts de Genève qui avait suivi ma conférence sur Maurice Barrès, M. Albert Rheinwald, président du Cercle, rappela délicatement que Barrès lui envoyant, en 1917, la plaquette contenant le discours prononcé à la Chambre le 11 juillet 1912 contre l’octroi des crédits pour la célébration du deuxième centenaire de Jean-Jacques, avait ajouté : « En jugeant durement Jean-Jacques, je juge et condamne une partie de moi-même. » Et M. Rheinwald s’adressant à moi, poursuivait : « Selon vous, pour restaurer l’ordre français, il faudra s’inspirer de l’ordre grec… Hélas, je vois bien qu’alors ce genevois Rousseau n’aura plus droit au chapitre. Oserai-je dire que ce sera dommage ? Car enfin s’il faut éliminer Rousseau, c’est Chateaubriand et Lamartine et c’est Hugo qu’il faut éliminer aussi. Et c’est encore Delacroix… Pourquoi ne pas voir ce qu’il y a de sagesse dans le romantisme éternel ? »

À cette double interrogation et en remerciant mon aimable interlocuteur d’avoir si bien senti et dit comment un grand poète, doublé d’un grand citoyen, avait été capable de condamner une « part de lui-même » sur les exigences de l’ordre français, je ne me sentis point gêné d’avoir à ajouter que, si un tournoi sur le Romantisme et la Grèce excédait les mesures de la soirée, je tenais à ne pas refuser celle rencontre sur Rousseau. « Là, soulignais-je, il faudrait d’abord bien savoir ce que l’on veut débattre de précis. On nous objecte quelquefois que Rousseau donna d’excellents conseils politiques et les plus traditionnels du monde aux Corses et aux Polonais. Mais ce ne sont pas ces conseils qui ont agi sur nos Constituants ni sur Robespierre… Ce n’est pas avec ces conseils-là que Rousseau pesa sur son siècle, ni qu’il troubla l’ordre français. Quant à reconnaître une part de soi-même dans ce que l’on condamne, c’est le sort commun : je pourrais, tout indigne, vous réciter par cœur des tirades de La Nouvelle Héloïse… Qu’est-ce que cela prouve ? Le talent littéraire de son auteur. Bossuet a fait deux grands élèves au XVIIIe, Buffon et Rousseau. Les erreurs et les fautes de la pensée sont séparables de la beauté des cadences. Il importe en toute chose de distinguer pour ne pas confondre, sans quoi nous résorberions au chaos primitif, et l’excellence de cette liqueur russe [c’était un petit verre que mes hôtes m’avaient versé] nous ferait aimer les bolchevistes, à moins que leur méchanceté ne nous fasse haïr cet excellent kummel… Préservons nos pays de ces confusions, vraies mères des querelles et des révolutions ; gardons l’esprit libre et critique, notre goût, notre sens de l’amitié des hommes, et surtout honorons la grâce, en vérité, suprême et toute nationale, avec laquelle un Français de génie sut inventer les plus délicates formules pour exprimer un dissentiment, l’atténuer et, quand il le fallait, soit l’ennoblir, soit le faire oublier. »

15 avril 1942

Charles Maurras

(1) Henri Guillemin, 1903-1992, fut au sortir de l’École normale supérieure, où il se lia avec Jean-Paul Sartre, le secrétaire de Marc Sangnier. À ce titre Maurras et lui, après l’âpre et longue polémique entre l’Action française et le Sillon, n’étaient pas des inconnus quand en 1942 Guillemin fuit la France pour s’installer en Suisse. C’est de Neuchâtel que Guillemin écrit plusieurs articles auxquels Maurras répond par notre texte dans L’Action française du 16 avril 1942. Ce texte a ensuite été repris en 1944 dans le recueil Poésie et Vérité d’où nous le reprenons. (n.d.é.)

(2) Journal d’orientation libérale, il commence à peine durant la guerre à devenir l’institution que sa rubrique culturelle fera de lui jusque dans les années soixante. (n.d.é.)

(3) Soyons reconnaissants à Ch. Maurras, écrivait M. Guillemin, de n’avoir point dissimulé, quant à lui, dans les premiers temps de sa carrière, la source la plus profonde de l’exécration qu’il porte à Rousseau. Jean-Jacques possédé d’une « rage mystique », « aventurier nourri de révolte hébraïque », apparut parmi nous « comme un de ces énergumènes qui, vomis du désert… promenaient leurs mélancoliques hurlements dans les rues de Sion » (A. F. 15 octobre 1899). Énergumène ? C’était bien ainsi que Voltaire, en effet, s’exprimait sur le compte de Jean-Jacques dans sa Guerre de Genève : « …ce sombre énergumène, cet ennemi de la nature humaine ». « Il leur apportait Dieu — disait Victor Hugo en parlant de Gwynplaine chez les Lords. Qu’était-ce que cet intrus ? »(Gazette de Lausanne, 12 avril 1942.)

(4) Romantisme et Révolution, volume qui reprend en fait L’Avenir de l’intelligence et Trois idées politiques, vaut surtout par cette préface. (n.d.é.)

(5) Depuis que ces lignes ont été écrites, M. Henri Guillemin a confié à J. L. Ferrero que son sentiment sur Rousseau s’était modifié. « D’emblée, avec chaleur, écrit M. Ferrero, M. Guillemin répond avec rapidité aux questions et objections que lui posent à bâtons rompus ses interlocuteurs. C’est d’abord une amende honorable : s’il avait à refaire sa conférence sur Rousseau, il n’en prononcerait plus le même panégyrique. Certaines découvertes l’ont fait déchanter. Le cas Rousseau apparaît plus complexe encore qu’il ne croyait. En l’occurrence, il s’agit de lettres à Mme d’Houdetot, des années 1756-57. Années cruciales pour Jean-Jacques. » Ainsi se perd-on et se reperd-on dans le détail. L’essentiel seul importe.

Notre maîtresse en politique c’est l’expérience par Charles Maurras

Notre maîtresse en politique c’est l’expérience par Charles Maurras

L’expérience ressemble à la Muse, elle est la fille de Mémoire.

L’histoire n’est pas une épreuve de cabinet : cependant ses répétitions indéniables, en des circonstances tantôt identiques et tantôt diverses, permettent de dresser, avec une rigueur satisfaisante, des tableaux de présence, d’absence et de variations comparables à ceux qui favorisent le progrès de l’étude de la nature. On a beau soutenir sur le papier, qui souffre tout, l’originalité absolue, l’unicité des phénomènes historiques. Ils sont originaux, ils sont uniques, mais leur suite ne l’est pas.
Bainville admirait le tableau des monotones « suites » du monde et les stables vertus du composé humain. Les va et vient de l’histoire portent des constantes telles que, bien conduite, elle permet des prévisions sans souffrir de dérogations.
L’expérience de l’histoire contient la science et l’art de ce genre de découvertes : si nulle idée préconçue n’en a réglé le développement, le résultat s’est trouvé être et est de plus en plus favorable aux idées de contre révolution, d’antilibéralisme, d’antidémocratie. L’expérience de l’histoire est pleine des charniers de la liberté et des cimetières de l’égalité.

La constante humaine enseignée par l’histoire

L’art de bien veiller sur la sécurité des peuples rejoint les principes directeurs de tous les arts élémentaires ; la première vérité dont un philosophe ou un magistrat doive se pénétrer est que le monde se modifie avec une extrême lenteur, si toutefois il se modifie. Les parties variables sont les moins importantes. Ce qui importe apparaît constant. C’est sur les grands traits généraux de la constance humaine qu’il est urgent de nous régler toutes les fois que nous songeons à quelque arrangement d’avenir.
A force de nous montrer des masses qui évoluent et des aspects qui se transforment, on nous cache les ouvriers de l’évolution et les artisans de la transformation. Sans les chefs, sans les saints, sans les héros, sans les rois, l’histoire est inintelligible. Une nation se compose de nations, une race de races, un État d’États. Qu’il s’agisse de la féodalité, des communes ou de l’Église, la vraie vie n’est point dans les membres successifs, accidentels et éphémères, mais dans les liaisons invisibles qui donnent à l’ensemble quelque unité. C’est de cela non d’autre chose qu’il faut écrire l’histoire : l’histoire de France et non l’histoire des Français.
L’histoire universelle en son détail est impossible. La loi d’ensemble qui la simplifierait et la condenserait en une grande et forte leçon, cette loi générale ne me paraît pas découverte. L’historien utile sait isoler un fait, circonscrire une action, décrire un personnage : le fait, l’action, le personnage qui peuvent permettre de saisir un comment des choses humaines. Le champ de notre expérience en est augmenté et nous sommes mieux en mesure de comprendre et d’interpréter les faits présents et à venir.
Bien que les cas, les faits soient en nombre infini, si cependant vous connaissez avec un peu de détail et à fond la manière dont Chicago, Athènes et Quimper Corentin se sont développés, vous avez la chance de vous rendre compte aisément de la courbe suivie par la plupart des autres villes et des autres États. Certes, il faut toujours vous attendre à quelque surprise : la nature et l’histoire sont pleines de pièges tendus à la fatuité des mortels. Mais cette vérité est aussi contenue dans l’histoire d’Athènes, de Quimper et de Chicago…
Si pour faire une fable, vous prenez dans la main une pincée de sable et que vous écoutiez le murmure confus des atomes innombrables, vous vérifierez si vous êtes sage, que, sur cent voix, quatre vingt dix neuf conseillent : d’avoir confiance. La centième dit : méfie toi, et le double conseil est juste, rien ne se faisant sans critique, rien sans foi.

Maurras, poète de l’ordre et de l’espoir par Gérard Bedel

Maurras, poète de l’ordre et de l’espoir par Gérard Bedel

Lecture

par Gérard BEDEL

 

Gérard Bedel, membre du Comité Directeur de l’Action Française.

Cette brochure contient le texte d’une conférence très dense, prononcée à l’occasion de l’anniversaire de la mort de Charles Maurras, le 16 novembre 2002 à Tours (50 ans).
Après avoir rappelé l’importance, la place de Maurras dans la vie intellectuelle du premiers tiers du XXe siècle, l’auteur s’applique à aller à l’essentiel et montre que tout est lié dans le combat de Maurras pour la civilisation : « Notre nationalisme commença par être esthétique ».
Il faut donc remonter aux idées-mères, idées que Maurras exprime de trois manières différentes : une prose très apprêtée, ce sont les Contes, des poèmes allégoriques, et enfin une forme non voilée avec les articles de la lutte quotidienne. L’ouvrage se termine avec une réflexion sur la poésie par des poèmes de Gérard Bedel en hommage à « l’Altissime ».

Supplique aux évêques pour la Vie par Véronique Lévy

Supplique aux évêques pour la Vie par Véronique Lévy

Grands textes

par Véronique LEVY

Très beau texte de Véronique Lévy pour interpeller l’épiscopat français sur les dangers actuels liés à la Vie

Chers évêques, apôtres du Christ,

Marie pleure ses enfants… la consolerez-vous ? Une clameur monte des chambres froides de la Santé Publique… silence glacé des innocents dont le sang n’en finit pas d’être versé, dont l’être est profané et arraché aux entrailles maternelles, au lieu saint de leur conception réservé à Dieu Seul.

Dans la révision de la prochaine loi bioéthique c’est l’embryon qui est sacrifié et c’est l’Humanité qui est violée en sa source et toute entière, l’Humanité, icône de Dieu créé à Son Image et à Sa ressemblance… à travers cette enfance à naitre ou à mourir, cette enfance martyrisée, c’est Jésus qu’on crucifie, qu’on insulte, qu’on défigure encore jusqu’à la fin des temps, jusqu’à ce que Son Visage «n’ai plus face humaine.»

La PMA pour toutes est le cheval de Troie masquant l’abîme de lois légitimant déjà, toujours plus loin bientôt, et sans retour, ce que la conférence d’Oviedo avait nommé si justement un « crime contre l’Humanité. » Le 6 octobre prochain,  la Manif pour tous choisira le «Pas d’enfant sans père» comme mot d’ordre de bataille. Mais au-delà de la paternité de l’homme, c’est la sainte Paternité de Dieu qui aujourd’hui est prise pour cible. Le sanctuaire de la conception est envahi par les vautours, l’autel de chair où fut tissé Son Cœur à notre cœur est renversé. Le Seigneur ne nous a-t-Il pas prévenus : « Là où est le corps, là seront les vautours.» ? Ce corps dont Saint Paul nous dit qu’il est le temple du très Haut, ce temple de chair appelé à la résurrection, ce temple constitué de 46 chromosomes comme il fut bâti en 46 jours, et que Le Christ nous a promis de ressusciter avec Lui et en Lui… Ce corps est attaqué en sa genèse. La PMA génère en son principe une spirale de cercles concentriques viciés en leur dessin, parfois en leur dessein. Séparant la conception de l’unité du don, elle ouvre la boîte de Pandore des manipulations génétiques, qui, autorisées de loi en loi – Celles de 1994, 2004, 2011, 2016 et jusqu’à la dernière-, réifient le petit de l’Homme, effaçant toujours plus profondément la Memoria Dei au cœur de l’être. Dès sa manifestation.

Le critère médical d’infertilité qui jusqu’ici en conditionnait l’accès va être supprimé. Sous prétexte d’équité, la PMA pour toutes proposée désormais aux femmes lesbiennes ou célibataires, discriminera l’enfant à naître, créant un orphelin sans père. Elle ouvrira ensuite le gouffre de la GPA instrumentalisant le ventre des mères tels des bras d’ouvriers, enfin celui de l’utérus artificiel. La recherche sur l’ectogénèse, active depuis 2011, éludera à terme la gestation maternelle. Elle ouvrira la voie d’un eugénisme procréatif d’Etat, la fabrication d’enfants parfaits labellisés conformes ou +++, choisis sur catalogue de gamètes et d’embryons attendant réfrigérés à -196° aux chambres fortes des CECOS… Le trafic est hors frontières dans le Meilleur des mondes où triomphe déjà un messianisme sans Christ.

Banques de gamètes, stock d’embryons surnuméraires, prélèvements de leurs cellules souches pour l’expérimentation médicale, tri sélectif préimplantatoire et destructions des embryons défaillants, injections de cellules souches embryonnaires humaines dans des ovocytes de porcs ou de singes dont les organismes chimériques deviendront des banques d’organes à disposition… Hélas, tout cela n’est pas un mythe. Ce cabinet de curiosités digne des collections particulières des pires médecins nazis, fut inauguré dès le « droit » à l’avortement, puis par les lois bioéthiques successives, qui l’une après l’autre, firent sauter les scellés des portes de l’enfer, libéralisant les élevages de cellules souches de petits d’Homme sérialisés dès leur balbutiement. Le clonage humain reproductif est autorisé désormais. Sous prétexte de contourner la transmission d’une maladie maternelle, on utilise un embryon énuclée dont on préserve les cellules mitochondriales puis on lui inocule le noyau d’un autre. Cette manipulation provoque l’élimination des deux embryons pour la fabrication d’un nouvel être, transgénique.

Aujourd’hui, la science remonte le cours du temps jusqu’aux cellules germinales et sait créer des gamètes mâles et femelles. Cette technique ouvrira dans un futur proche l’auto fécondation de femmes ou d’hommes contournant la Loi naturelle pour engendrer des clones. Le 8 août 2001, le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi s’alarma : « Dans un certain sens, Hitler avait anticipé certains des développements modernes comme le clonage ou l’expérimentation médicale sur les embryons humains. Il est terrifiant de voir que certaines des puissances qui, il y a plus d’un demi-siècle, ont vaincu le nazisme, optent aujourd’hui dans le domaine scientifique pour des pratiques inhumaines comme le clonage. »

Narcisse se pare d’humanisme, il a le sourire lisse du jeune-homme trop poli qu’accueillit Padré Pio dans son confessionnal et qu’il démasqua… Satan n’aime que lui, étanche à toute altérité. Il hait l’incarnation. Il supervise le contrôle d’un empire de robots ! Il pave l’enfer de bonnes et belles intentions. Le désir d’enfants des couples stériles, puis celui des femmes seules ou homosexuelles, oh combien légitime, est manipulé par des lobbies internationaux ; va-t-il se substituer au respect du plus fragile dont saint Jean Paul II nous a dit dans Evangelum Vitae « Celui qui est supprimé est un être humain qui commence à vivre, (…) Il est faible, au point d’être privé même du plus infime moyen de défense, celui de la force implorante des gémissements et des pleurs du nouveau-né. » ?

Ces minuscules sont le tabernacle de la mémoire vive où Dieu Se donne, où Dieu Se dit dans la promesse de l’Être, animé immédiatement dès l’apparition du génome, Cœur tressé aux 46 chromosomes du zygote et dont l’Amour encodé est l’Unique Clef. Ces embryons ne peuvent être considérés comme un amas de cellules … Mgr Aupetit l’a proclamé avec courage à la dernière Messe chrismale : « Un tas de pierres et un amas de cellules ne sont qu’un amoncellement informe. Mais dans une cathédrale ou une personne humaine, il y a un principe d’organisation, un principe d’unité, une intelligence créatrice. L’autre chose qui unit la cathédrale et la personne humaine, c’est l’onction qu’elles peuvent recevoir. »

« Mon amour, un sceau sur ton cœur » murmure le Bien Aimé à l’éveil de l’être, au Cantique des Cantiques d’une aube naissante… l’embryon porte la Présence silencieuse du Verbe. Le livrer à l’expérimentation, c’est profaner cette Présence. C’est l’abomination ultime précipitant le monde vers la désolation du Meshom, où « le mal est appelé bien et le bien appelé mal ». IrréversiblementLe vingt-huit février 1998,le Pape Jean-Paul II déclare devant l’Académie pontificale: « l’âme spirituelle créée par Dieu est le fondement de la dignité de l’être humain, cette âme imprègne et vivifie le génome, dès la première cellule. » L’Ecriture Sainte le confirme : « C’est Toi qui as créé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère. (…)Mes os n’étaient pas cachés pour Toi quand j’étais façonné dans le secret, brodé aux entrailles de la terre. J’étais encore un embryon, Tu me voyais ; sur Ton livre, tous mes jours étaient inscrits, recensés avant qu’un seul ne soit ! » (Ps 138)

Les Evangiles sont le manifeste de l’Unique Révolution, elle est divine : elle rapatrie l’Homme à son éternité, à Sa Paternité originelle, à sa source d’amour inconditionnel se recevant de l’Être au lieu immaculé de la conception où Marie veille, cœur de l’Eglise telle une sentinelle de l’Amour irréductible. Pourtant le dragon guette pour dévorer l’enfant. Il singe la nouveauté en se parant de la modernité. Ses lumières artificielles tentent d’occulter l’archaïsme des sacrifices antiques, ce qu’il jalouse c’est la Paternité de Dieu nous liant frères en Sa Miséricorde. Ce qu’il cible, c’est le cœur battant au secret du génome pour y effacer la memoria Dei où l’Esprit ne fait qu’Un tissé à la chair. En son Principe.

La loi Veil, la loi d’avortement votée en 1973, ouvrit le long cortège des massacres silencieux dans la nuit interminable d’un brouillard blanc et glacé… Désormais ses ramifications se propagent jusqu’à l’abîme d’un génocide in-utéro et ex-utéro. Cette loi infanticide rencontra au temps de sa naissance une opposition timide de la part des évêques de France : à défaut d’éradiquer le mal à la racine, ils s’inquiétèrent surtout de ses corollaires, défendant la liberté de conscience. Simone Veil l’avoua : « Avec l’Eglise catholique les choses se sont mieux déroulées que j’aurais pu le craindre (…) Je me suis entretenue avec le prélat en charge de ces problèmes au sein de la hiérarchie catholique. Il n’a pas tenté de me dissuader. Il exprimait le vœu que la liberté de conscience soit assurée dans la loi et que nul ne puisse obliger un médecin ou un soignant à pratiquer un IVG. Il est vrai qu’à cette époque l’Eglise de France était très ouverte.» Composer avec les conséquences d’un principe empoisonné, n’est-ce-pas déjà dialoguer avec Satan ?

Désormais, l’eugénisme du tri embryonnaire est devenu licite, constitutif d’un système verrouillé de lois organisant le Bien commun ; les mises à mort sont remboursées et considérées comme un « droit » civique. Le droit à l’enfant ou le droit de ne pas en avoir occulte celui DE l’enfant. Le devoir de protéger le plus fragile s’est effacé devant le droit du plus puissant, du plus offrant : l’embryon humain est devenu matière première industrielle… ses cellules sont injectées dans des vaccins, recyclées par la recherche pharmaceutique et cosmétique. Il est l’esclave sans identité, sans nom, à l’origine anonyme ou déniée. Il alimente l’économie libérale d’une barbarie à visage post-humain. Saint Jean-Paul II dénonce  dans Evangelum Vitae : « L’un des aspects caractéristiques des attentats actuels contre la vie humaine est la tendance à exiger leur légitimation juridique, comme si c’étaient des droits que l’Etat (…) devait reconnaître aux citoyens et, par conséquent, c’est aussi la tendance à prétendre user de ces droits avec l’assistance sûre et gratuite des médecins et du personnel de santé. »

Le commerce s’est insinué dans le sanctuaire de la conception, les marchands du temple ont profané l’innocence, accomplissant le péché originel dans l’Abomination de la Désolation annoncée par le prophète Daniel, l’évangéliste Matthieu et le Seigneur Lui Même. Est-ce de l’aveuglement ou du cynisme ? Cette civilisation s’élève contre la peine de mort mais elle livre les sans voix aux colonisateurs du gène exterminant la promesse faite chair aux extrémités de la vie, aux frontières de l’Être.

Justifiera-t-on avec Caïphe qu’un innocent meure pour le confort du plus grand nombre ? Désignera-t-on le handicapé, le vieillard, l’embryon, boucs émissaires du Nouvel Ordre consumériste mondial ?

L’Eglise doit affirmer avec saint Paul une parole forte : « Obéissons à Dieu plutôt qu’aux hommes ! » Il n’est plus temps de se soumettre à la diplomatie d’une loi civile pour ménager la paix consensuelle d’un compromis social. La tolérance n’est pas l’Amour. Elle ne le sera jamais ! La tolérance pactise avec le relativisme. Dans son silence poli, elle est complicité avec les « barbares en gants blancs» et les « tueurs à gage » de la Santé Publique que dénonça le Pape François. « Aucun compromis n’est possible concernant la vie humaine innocente. On ne peut accepter qu’un seul enfant soit arraché par la violence hors du ventre de sa mère », martèle Coda Nunziante, présidente de l’association Famiglia Domani, à l’arrivée de la Marche pour la Vie, à Rome, le 18 mai dernier… Cette fausse paix-là ne sera jamais la Paix du Christ, celle des Béatitudes, celle des témoins fidèles qui ont lavé leurs robes dans le Sang de l’Agneau ! La Paix de Dieu, amère d’humilité a l’éclat du diamant. C’est celle de l’amour implacable en sa trajectoire de vérité. Et l’amour fait la guerre, la guerre d’amour… Le Christ est miséricordieux mais Il hait le mal, Il le débusque de son ombre par Sa lumière. Sa Parole est un glaive séparant ce qui est pour la vie, l’arrachant à la mort.

Le Christ aime le pécheur mais IL ordonne : « Arrière Satan ! »

Dans ces temps qui sont les derniers, l’Eglise doit embrasser la périphérie, mais pour la rendre à l’unité où l’enfant est un don se recevant du don de la femme à l’homme dans le Pardon de Dieu. Offert de la crèche à la croix à la multitude… Corps rompu et sang versé pour la rémission des péchés… Pour que le dernier soit le premier, pour apercevoir à tout jamais dans le visage massacré du frère le plus minuscule, le plus pauvre, l’enfant de Bethléem où sourit le Dieu désarmé des armées de l’Amour… Nu dans l’Hostie diaphane et maculée de sang battant au cœur des embryons déchiquetés pour satisfaire « le projet parental». Ou pas. Leur vie est suspendue à ce désir, non plus à la promesse indéfectible de l’amour inconditionnel de Dieu la sacrant inviolable en Sa Vie, non plus à l’Alliance Nouvelle et éternelle consacrant tout homme dès sa conception, tabernacle de chair où brûle la Présence l’ayant couronné prince dès la Promesse faite à Adam : « Je t’ai créé à Mon Image », en guise de ressemblance accomplie sur le lit de la Croix, au pied de laquelle veille Marie avec saint Jean.

Avec lui, chers évêques, recueillez la Vierge au désert et protégez l’enfant du Dragon… Que son être vienne au monde et le Christ en son âme, au Lieu Saint de la conception immaculée dont Marie est la gardienne en sa virginité. Avec elle, proclamée Mère de l’Eglise par le Saint Père au lundi de Pentecôte, soyez les sentinelles de la Vie, les veilleurs sur les remparts du Temple de nos corps, pierres vives de Celui de Notre-Seigneur ; proclamez avec saint Jean Paul II que l’Evangile est pour la vie, qu’au nom de cette dernière on ne peut jamais donner la mort… On ne peut jamais profaner le sanctuaire de la conception, le Saint des Saints où Dieu se manifeste sans voile comme l’a proclamé le pape Pie XII dans son Encyclique Humani Generis« Dieu y intervient immédiatement et sans voile. » Pour nous unir au jour de Son Retour à son éternité.

N’a-t-Il- pas promis : « Je ferai de toi une colonne de fer » et sur cette tête reposant sur la pierre d’angle rejetée par les maçons, « Je bâtirai Mon Eglise et les puissances de la mort ne l’emporteront pas sur elles » ? Chers évêques, rejetez d’un non radical, d’un non sans nuances ni concession, la révision de loi bioéthique de juillet 2019, loi de la mort greffée à sa racine, en ses origines et en ses métastases. Elle obéit à la loi des marchés et blasphème Celle de Dieu creusant notre cœur,

Notre chair assumée par la Sienne.

On ne peut servir deux maîtres. Dieu Premier Servi c’est l’Homme glorifié et l’Homme glorifié c’est l’Homme vivant ! Proclamez-le avec Saint Irénée de Lyon deux milles ans plus tard, lui dont la fête s’unit à celle du Sacré-Cœur transpercé d’où s’écoulent l’eau et le sang dans celui de Marie. Sous son manteau, à l’ombre du calvaire, Dieu enfanta la France… par le magistère de saint Jean transmis à saint Polycarpe, puis au Primat des Gaules… IL lui confia ainsi de cœur en cœur, de saint Rémi, Clovis, Saint Louis jusqu’à sainte Jeanne, sa vocation sacerdotale de fille aînée de l’Eglise éducatrice des peuples ? Pour que le droit du plus petit fasse loi jusqu’aux extrémités du monde et de la vie. 

Véronique Lévy

Transhumanisme : changer la nature de l’Homme

Transhumanisme : changer la nature de l’Homme

Par Jean-Pierre Dickès

Dépassant la nature humaine ils prétendent mener l’Homme à l’immortalité.

Le Dr Jean-Pierre Dickès réfléchit depuis plus de 20 ans aux questions relatives au transhumanisme. Il inaugure aujourd’hui le premier d’une série d’articles consacrés à cette thématique. La destruction des nations passe par la dé-civilisation et par la volonté de changer l’Homme.

Et toi, quel type de militant es-tu ?

Et toi, quel type de militant es-tu ?

LETTRE DE L’AMIRAL ANTOINE SCHWERER A CHARLES MAURRAS

Nous publions pour les militants un extrait d’une lettre privée, adressée à Charles Maurras par l’amiral Antoine Schwerer (1862-1936), président de la Ligue d’Action française au début des années 1930. Nous souhaitons que les observations toujours d’actualité du grand Chef militaire et politique que fut l’Amiral, suscitent chez eux des réflexions salutaires sur leur propre action (ou inaction suivant les cas), afin qu’elle serve toujours plus efficacement et dans la discipline la Cause nationale et royale, seule digne d’un bon Français.

« Nos ligueurs de toutes les régions peuvent se diviser en trois catégories :

1°/ Ceux qui sont fidèles, dévoués, actifs. Ils agissent avec plus ou moins d’adresse selon leurs moyens ; mais ils sont disciplinés, sont toujours prêts à suivre les directives qu’on leur donnera. On peut toujours compter sur eux. Je n’ose pas dire qu’ils forment la majorité.

2°/ Ceux qui certainement désirent le rétablissement de la monarchie, qui sont au fond assez attachés à l’AF mais qui n’ont pas en elle la foi robuste qui serait nécessaire. Ils ne font pas grand-chose, soit parce qu’ils sont incapables, soit parce qu’ils ont peur de se compromettre et de plus ils se laissent facilement troubler par tous les bobards. Il faudrait constamment les soutenir, relever leur moral. Après une réunion, ils sont rassérénés, pleins d’ardeur ; ils me répètent à l’envi une phrase, toujours la même et qui finit par m’agacer : « Amiral, comme vous nous avez fait du bien ! ». Ils promettent de travailler. Et puis huit jours après, ils n’y pensent plus.

3°/ Enfin, il y a ceux qui dans l’AF voudraient ne voir qu’une sorte de cercle mondain. Ils voudraient surtout la diriger, donner des conseils. Ils sont toujours prêts à critiquer, jamais à agir. Ceux-là sont beaucoup plus nuisibles qu’utiles. Je ne désire qu’une chose, c’est les voir quitter la Ligue. »

 

Amiral Schwerer

Transhumanisme : changer la nature de l’Homme

Le transhumanisme est une nouvelle spiritualité

transhumanisme

 

Le mot « religion » vient du latin religere qui signifie « relier ». Pour les chrétiens c’est ce qui nous relie au Ciel, à la transcendance. Quoi de plus normal que face à l’Univers, tout homme sensé se demande d’où vient notre univers, notre monde, et nous-mêmes. Or les transhumanistes ne se posent pas de questions de cette nature. Ils sont des disciples de Kant qui ne voient le monde qu’au travers des idées qu’ils s’en font ; une forme d’idéalisme absolu qui place l’homme à la place de Dieu ; puis la machine à la place de l’homme. On retrouve aussi cela au sein de la pensée marxiste.

C’est aussi l’Homo Deus, un ouvrage de Yuval Noah Hariri sous-titré Une brève histoire de l’Avenir. L’auteur présume que nous en sommes arrivés au dernier stade de l’Homo Sapiens et qu’il faut trouver une nouvelle forme de spiritualité. Il fait de l’intelligence artificielle et des algorithmes un nouveau dieu. Mais celle-ci sera aux mains d’une toute petite minorité qui dirigera à coup de modifications toute l’espèce humaine transformée en moutons dociles.

Se retrouvent là toutes les fictions de l’homme génétique de Marx et du surhomme de Nietzsche.

En réalité tout est fait actuellement dans cette perspective ; ainsi s’explique l’asservissement des esprits par les médias, les écrans, la chute de l’instruction et de l’éducation ; mais aussi l’inversion du « projet Flynn » qui constate une diminution du quotient intellectuel des pays occidentaux ; ainsi que la disparition de la famille, de nos provinces et des nations, l’effondrement culturel et cultuel de notre patrie.

Le but est que les hommes ne pensent plus, captivés par la société de consommation ; ils seront transformés en robots dépendants, voire programmés sur des ordinateurs. Stephan Hawking considéré comme le plus grand scientifique de son temps, peu de temps avant sa mort nous a laissé ce message : « Quand le cerveau humain sera mis sur disque dur, ce sera le plus grand événement de l’histoire, mais je crois que ce sera le dernier ».

Ray Kurzweil, le « pape » du transhumanisme voit ce changement de société dans 12 ans par la Singularité, moment de l’histoire lors duquel les machines dépasseront l’intelligence humaine et sonneront le glas de toutes les civilisations. D’où le titre de mon dernier ouvrage  La fin de l’espèce humaine (ed. Chiré). Lévi-Strauss, le célèbre anthropologue et ethnologue français écrivait « Le monde est né sans l’homme et il a tous les risques de terminer sans lui ». Nous ne sommes pas dans la galéjade…

Toutes ces considérations peuvent sembler ennuyeuses et voilà qui est moins intéressant que The game of Thrones. Mais il nous faut choisir de réfléchir avant de nous voir « chosifiés ». Après cela sera trop tard.

Dans le mot de « révolution » se situe le mot de « évolution ». Or rappelons-nous que les transhumanistes prétendent faire aboutir l’évolution darwinienne. Celle-ci s’étant effectuée seule au fil de milliards d’années : à l’homme de la prendre en main désormais pour la mener à son terme par la dictature numérique. C’est là où la politique doit pouvoir intervenir. Malheureusement peu de politiciens réfléchissent sur ces questions, songeant surtout à garder leurs prérogatives.

Il est évident qu’un militant royaliste doit avant tout défendre l’ordre naturel ; la physique politique de Bainville n’embrasse plus seulement la défense de la nation et de la patrie ; mais aussi celle de toute la civilisation. (À suivre).

Dr. Jean-Pierre Dickès