Supplique aux évêques pour la Vie par Véronique Lévy

Supplique aux évêques pour la Vie par Véronique Lévy

Grands textes

par Véronique LEVY

Très beau texte de Véronique Lévy pour interpeller l’épiscopat français sur les dangers actuels liés à la Vie

Chers évêques, apôtres du Christ,

Marie pleure ses enfants… la consolerez-vous ? Une clameur monte des chambres froides de la Santé Publique… silence glacé des innocents dont le sang n’en finit pas d’être versé, dont l’être est profané et arraché aux entrailles maternelles, au lieu saint de leur conception réservé à Dieu Seul.

Dans la révision de la prochaine loi bioéthique c’est l’embryon qui est sacrifié et c’est l’Humanité qui est violée en sa source et toute entière, l’Humanité, icône de Dieu créé à Son Image et à Sa ressemblance… à travers cette enfance à naitre ou à mourir, cette enfance martyrisée, c’est Jésus qu’on crucifie, qu’on insulte, qu’on défigure encore jusqu’à la fin des temps, jusqu’à ce que Son Visage «n’ai plus face humaine.»

La PMA pour toutes est le cheval de Troie masquant l’abîme de lois légitimant déjà, toujours plus loin bientôt, et sans retour, ce que la conférence d’Oviedo avait nommé si justement un « crime contre l’Humanité. » Le 6 octobre prochain,  la Manif pour tous choisira le «Pas d’enfant sans père» comme mot d’ordre de bataille. Mais au-delà de la paternité de l’homme, c’est la sainte Paternité de Dieu qui aujourd’hui est prise pour cible. Le sanctuaire de la conception est envahi par les vautours, l’autel de chair où fut tissé Son Cœur à notre cœur est renversé. Le Seigneur ne nous a-t-Il pas prévenus : « Là où est le corps, là seront les vautours.» ? Ce corps dont Saint Paul nous dit qu’il est le temple du très Haut, ce temple de chair appelé à la résurrection, ce temple constitué de 46 chromosomes comme il fut bâti en 46 jours, et que Le Christ nous a promis de ressusciter avec Lui et en Lui… Ce corps est attaqué en sa genèse. La PMA génère en son principe une spirale de cercles concentriques viciés en leur dessin, parfois en leur dessein. Séparant la conception de l’unité du don, elle ouvre la boîte de Pandore des manipulations génétiques, qui, autorisées de loi en loi – Celles de 1994, 2004, 2011, 2016 et jusqu’à la dernière-, réifient le petit de l’Homme, effaçant toujours plus profondément la Memoria Dei au cœur de l’être. Dès sa manifestation.

Le critère médical d’infertilité qui jusqu’ici en conditionnait l’accès va être supprimé. Sous prétexte d’équité, la PMA pour toutes proposée désormais aux femmes lesbiennes ou célibataires, discriminera l’enfant à naître, créant un orphelin sans père. Elle ouvrira ensuite le gouffre de la GPA instrumentalisant le ventre des mères tels des bras d’ouvriers, enfin celui de l’utérus artificiel. La recherche sur l’ectogénèse, active depuis 2011, éludera à terme la gestation maternelle. Elle ouvrira la voie d’un eugénisme procréatif d’Etat, la fabrication d’enfants parfaits labellisés conformes ou +++, choisis sur catalogue de gamètes et d’embryons attendant réfrigérés à -196° aux chambres fortes des CECOS… Le trafic est hors frontières dans le Meilleur des mondes où triomphe déjà un messianisme sans Christ.

Banques de gamètes, stock d’embryons surnuméraires, prélèvements de leurs cellules souches pour l’expérimentation médicale, tri sélectif préimplantatoire et destructions des embryons défaillants, injections de cellules souches embryonnaires humaines dans des ovocytes de porcs ou de singes dont les organismes chimériques deviendront des banques d’organes à disposition… Hélas, tout cela n’est pas un mythe. Ce cabinet de curiosités digne des collections particulières des pires médecins nazis, fut inauguré dès le « droit » à l’avortement, puis par les lois bioéthiques successives, qui l’une après l’autre, firent sauter les scellés des portes de l’enfer, libéralisant les élevages de cellules souches de petits d’Homme sérialisés dès leur balbutiement. Le clonage humain reproductif est autorisé désormais. Sous prétexte de contourner la transmission d’une maladie maternelle, on utilise un embryon énuclée dont on préserve les cellules mitochondriales puis on lui inocule le noyau d’un autre. Cette manipulation provoque l’élimination des deux embryons pour la fabrication d’un nouvel être, transgénique.

Aujourd’hui, la science remonte le cours du temps jusqu’aux cellules germinales et sait créer des gamètes mâles et femelles. Cette technique ouvrira dans un futur proche l’auto fécondation de femmes ou d’hommes contournant la Loi naturelle pour engendrer des clones. Le 8 août 2001, le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi s’alarma : « Dans un certain sens, Hitler avait anticipé certains des développements modernes comme le clonage ou l’expérimentation médicale sur les embryons humains. Il est terrifiant de voir que certaines des puissances qui, il y a plus d’un demi-siècle, ont vaincu le nazisme, optent aujourd’hui dans le domaine scientifique pour des pratiques inhumaines comme le clonage. »

Narcisse se pare d’humanisme, il a le sourire lisse du jeune-homme trop poli qu’accueillit Padré Pio dans son confessionnal et qu’il démasqua… Satan n’aime que lui, étanche à toute altérité. Il hait l’incarnation. Il supervise le contrôle d’un empire de robots ! Il pave l’enfer de bonnes et belles intentions. Le désir d’enfants des couples stériles, puis celui des femmes seules ou homosexuelles, oh combien légitime, est manipulé par des lobbies internationaux ; va-t-il se substituer au respect du plus fragile dont saint Jean Paul II nous a dit dans Evangelum Vitae « Celui qui est supprimé est un être humain qui commence à vivre, (…) Il est faible, au point d’être privé même du plus infime moyen de défense, celui de la force implorante des gémissements et des pleurs du nouveau-né. » ?

Ces minuscules sont le tabernacle de la mémoire vive où Dieu Se donne, où Dieu Se dit dans la promesse de l’Être, animé immédiatement dès l’apparition du génome, Cœur tressé aux 46 chromosomes du zygote et dont l’Amour encodé est l’Unique Clef. Ces embryons ne peuvent être considérés comme un amas de cellules … Mgr Aupetit l’a proclamé avec courage à la dernière Messe chrismale : « Un tas de pierres et un amas de cellules ne sont qu’un amoncellement informe. Mais dans une cathédrale ou une personne humaine, il y a un principe d’organisation, un principe d’unité, une intelligence créatrice. L’autre chose qui unit la cathédrale et la personne humaine, c’est l’onction qu’elles peuvent recevoir. »

« Mon amour, un sceau sur ton cœur » murmure le Bien Aimé à l’éveil de l’être, au Cantique des Cantiques d’une aube naissante… l’embryon porte la Présence silencieuse du Verbe. Le livrer à l’expérimentation, c’est profaner cette Présence. C’est l’abomination ultime précipitant le monde vers la désolation du Meshom, où « le mal est appelé bien et le bien appelé mal ». IrréversiblementLe vingt-huit février 1998,le Pape Jean-Paul II déclare devant l’Académie pontificale: « l’âme spirituelle créée par Dieu est le fondement de la dignité de l’être humain, cette âme imprègne et vivifie le génome, dès la première cellule. » L’Ecriture Sainte le confirme : « C’est Toi qui as créé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère. (…)Mes os n’étaient pas cachés pour Toi quand j’étais façonné dans le secret, brodé aux entrailles de la terre. J’étais encore un embryon, Tu me voyais ; sur Ton livre, tous mes jours étaient inscrits, recensés avant qu’un seul ne soit ! » (Ps 138)

Les Evangiles sont le manifeste de l’Unique Révolution, elle est divine : elle rapatrie l’Homme à son éternité, à Sa Paternité originelle, à sa source d’amour inconditionnel se recevant de l’Être au lieu immaculé de la conception où Marie veille, cœur de l’Eglise telle une sentinelle de l’Amour irréductible. Pourtant le dragon guette pour dévorer l’enfant. Il singe la nouveauté en se parant de la modernité. Ses lumières artificielles tentent d’occulter l’archaïsme des sacrifices antiques, ce qu’il jalouse c’est la Paternité de Dieu nous liant frères en Sa Miséricorde. Ce qu’il cible, c’est le cœur battant au secret du génome pour y effacer la memoria Dei où l’Esprit ne fait qu’Un tissé à la chair. En son Principe.

La loi Veil, la loi d’avortement votée en 1973, ouvrit le long cortège des massacres silencieux dans la nuit interminable d’un brouillard blanc et glacé… Désormais ses ramifications se propagent jusqu’à l’abîme d’un génocide in-utéro et ex-utéro. Cette loi infanticide rencontra au temps de sa naissance une opposition timide de la part des évêques de France : à défaut d’éradiquer le mal à la racine, ils s’inquiétèrent surtout de ses corollaires, défendant la liberté de conscience. Simone Veil l’avoua : « Avec l’Eglise catholique les choses se sont mieux déroulées que j’aurais pu le craindre (…) Je me suis entretenue avec le prélat en charge de ces problèmes au sein de la hiérarchie catholique. Il n’a pas tenté de me dissuader. Il exprimait le vœu que la liberté de conscience soit assurée dans la loi et que nul ne puisse obliger un médecin ou un soignant à pratiquer un IVG. Il est vrai qu’à cette époque l’Eglise de France était très ouverte.» Composer avec les conséquences d’un principe empoisonné, n’est-ce-pas déjà dialoguer avec Satan ?

Désormais, l’eugénisme du tri embryonnaire est devenu licite, constitutif d’un système verrouillé de lois organisant le Bien commun ; les mises à mort sont remboursées et considérées comme un « droit » civique. Le droit à l’enfant ou le droit de ne pas en avoir occulte celui DE l’enfant. Le devoir de protéger le plus fragile s’est effacé devant le droit du plus puissant, du plus offrant : l’embryon humain est devenu matière première industrielle… ses cellules sont injectées dans des vaccins, recyclées par la recherche pharmaceutique et cosmétique. Il est l’esclave sans identité, sans nom, à l’origine anonyme ou déniée. Il alimente l’économie libérale d’une barbarie à visage post-humain. Saint Jean-Paul II dénonce  dans Evangelum Vitae : « L’un des aspects caractéristiques des attentats actuels contre la vie humaine est la tendance à exiger leur légitimation juridique, comme si c’étaient des droits que l’Etat (…) devait reconnaître aux citoyens et, par conséquent, c’est aussi la tendance à prétendre user de ces droits avec l’assistance sûre et gratuite des médecins et du personnel de santé. »

Le commerce s’est insinué dans le sanctuaire de la conception, les marchands du temple ont profané l’innocence, accomplissant le péché originel dans l’Abomination de la Désolation annoncée par le prophète Daniel, l’évangéliste Matthieu et le Seigneur Lui Même. Est-ce de l’aveuglement ou du cynisme ? Cette civilisation s’élève contre la peine de mort mais elle livre les sans voix aux colonisateurs du gène exterminant la promesse faite chair aux extrémités de la vie, aux frontières de l’Être.

Justifiera-t-on avec Caïphe qu’un innocent meure pour le confort du plus grand nombre ? Désignera-t-on le handicapé, le vieillard, l’embryon, boucs émissaires du Nouvel Ordre consumériste mondial ?

L’Eglise doit affirmer avec saint Paul une parole forte : « Obéissons à Dieu plutôt qu’aux hommes ! » Il n’est plus temps de se soumettre à la diplomatie d’une loi civile pour ménager la paix consensuelle d’un compromis social. La tolérance n’est pas l’Amour. Elle ne le sera jamais ! La tolérance pactise avec le relativisme. Dans son silence poli, elle est complicité avec les « barbares en gants blancs» et les « tueurs à gage » de la Santé Publique que dénonça le Pape François. « Aucun compromis n’est possible concernant la vie humaine innocente. On ne peut accepter qu’un seul enfant soit arraché par la violence hors du ventre de sa mère », martèle Coda Nunziante, présidente de l’association Famiglia Domani, à l’arrivée de la Marche pour la Vie, à Rome, le 18 mai dernier… Cette fausse paix-là ne sera jamais la Paix du Christ, celle des Béatitudes, celle des témoins fidèles qui ont lavé leurs robes dans le Sang de l’Agneau ! La Paix de Dieu, amère d’humilité a l’éclat du diamant. C’est celle de l’amour implacable en sa trajectoire de vérité. Et l’amour fait la guerre, la guerre d’amour… Le Christ est miséricordieux mais Il hait le mal, Il le débusque de son ombre par Sa lumière. Sa Parole est un glaive séparant ce qui est pour la vie, l’arrachant à la mort.

Le Christ aime le pécheur mais IL ordonne : « Arrière Satan ! »

Dans ces temps qui sont les derniers, l’Eglise doit embrasser la périphérie, mais pour la rendre à l’unité où l’enfant est un don se recevant du don de la femme à l’homme dans le Pardon de Dieu. Offert de la crèche à la croix à la multitude… Corps rompu et sang versé pour la rémission des péchés… Pour que le dernier soit le premier, pour apercevoir à tout jamais dans le visage massacré du frère le plus minuscule, le plus pauvre, l’enfant de Bethléem où sourit le Dieu désarmé des armées de l’Amour… Nu dans l’Hostie diaphane et maculée de sang battant au cœur des embryons déchiquetés pour satisfaire « le projet parental». Ou pas. Leur vie est suspendue à ce désir, non plus à la promesse indéfectible de l’amour inconditionnel de Dieu la sacrant inviolable en Sa Vie, non plus à l’Alliance Nouvelle et éternelle consacrant tout homme dès sa conception, tabernacle de chair où brûle la Présence l’ayant couronné prince dès la Promesse faite à Adam : « Je t’ai créé à Mon Image », en guise de ressemblance accomplie sur le lit de la Croix, au pied de laquelle veille Marie avec saint Jean.

Avec lui, chers évêques, recueillez la Vierge au désert et protégez l’enfant du Dragon… Que son être vienne au monde et le Christ en son âme, au Lieu Saint de la conception immaculée dont Marie est la gardienne en sa virginité. Avec elle, proclamée Mère de l’Eglise par le Saint Père au lundi de Pentecôte, soyez les sentinelles de la Vie, les veilleurs sur les remparts du Temple de nos corps, pierres vives de Celui de Notre-Seigneur ; proclamez avec saint Jean Paul II que l’Evangile est pour la vie, qu’au nom de cette dernière on ne peut jamais donner la mort… On ne peut jamais profaner le sanctuaire de la conception, le Saint des Saints où Dieu se manifeste sans voile comme l’a proclamé le pape Pie XII dans son Encyclique Humani Generis« Dieu y intervient immédiatement et sans voile. » Pour nous unir au jour de Son Retour à son éternité.

N’a-t-Il- pas promis : « Je ferai de toi une colonne de fer » et sur cette tête reposant sur la pierre d’angle rejetée par les maçons, « Je bâtirai Mon Eglise et les puissances de la mort ne l’emporteront pas sur elles » ? Chers évêques, rejetez d’un non radical, d’un non sans nuances ni concession, la révision de loi bioéthique de juillet 2019, loi de la mort greffée à sa racine, en ses origines et en ses métastases. Elle obéit à la loi des marchés et blasphème Celle de Dieu creusant notre cœur,

Notre chair assumée par la Sienne.

On ne peut servir deux maîtres. Dieu Premier Servi c’est l’Homme glorifié et l’Homme glorifié c’est l’Homme vivant ! Proclamez-le avec Saint Irénée de Lyon deux milles ans plus tard, lui dont la fête s’unit à celle du Sacré-Cœur transpercé d’où s’écoulent l’eau et le sang dans celui de Marie. Sous son manteau, à l’ombre du calvaire, Dieu enfanta la France… par le magistère de saint Jean transmis à saint Polycarpe, puis au Primat des Gaules… IL lui confia ainsi de cœur en cœur, de saint Rémi, Clovis, Saint Louis jusqu’à sainte Jeanne, sa vocation sacerdotale de fille aînée de l’Eglise éducatrice des peuples ? Pour que le droit du plus petit fasse loi jusqu’aux extrémités du monde et de la vie. 

Véronique Lévy

Transhumanisme : changer la nature de l’Homme

Transhumanisme : changer la nature de l’Homme

Par Jean-Pierre Dickès

Dépassant la nature humaine ils prétendent mener l’Homme à l’immortalité.

Le Dr Jean-Pierre Dickès réfléchit depuis plus de 20 ans aux questions relatives au transhumanisme. Il inaugure aujourd’hui le premier d’une série d’articles consacrés à cette thématique. La destruction des nations passe par la dé-civilisation et par la volonté de changer l’Homme.

Et toi, quel type de militant es-tu ?

Et toi, quel type de militant es-tu ?

LETTRE DE L’AMIRAL ANTOINE SCHWERER A CHARLES MAURRAS

Nous publions pour les militants un extrait d’une lettre privée, adressée à Charles Maurras par l’amiral Antoine Schwerer (1862-1936), président de la Ligue d’Action française au début des années 1930. Nous souhaitons que les observations toujours d’actualité du grand Chef militaire et politique que fut l’Amiral, suscitent chez eux des réflexions salutaires sur leur propre action (ou inaction suivant les cas), afin qu’elle serve toujours plus efficacement et dans la discipline la Cause nationale et royale, seule digne d’un bon Français.

« Nos ligueurs de toutes les régions peuvent se diviser en trois catégories :

1°/ Ceux qui sont fidèles, dévoués, actifs. Ils agissent avec plus ou moins d’adresse selon leurs moyens ; mais ils sont disciplinés, sont toujours prêts à suivre les directives qu’on leur donnera. On peut toujours compter sur eux. Je n’ose pas dire qu’ils forment la majorité.

2°/ Ceux qui certainement désirent le rétablissement de la monarchie, qui sont au fond assez attachés à l’AF mais qui n’ont pas en elle la foi robuste qui serait nécessaire. Ils ne font pas grand-chose, soit parce qu’ils sont incapables, soit parce qu’ils ont peur de se compromettre et de plus ils se laissent facilement troubler par tous les bobards. Il faudrait constamment les soutenir, relever leur moral. Après une réunion, ils sont rassérénés, pleins d’ardeur ; ils me répètent à l’envi une phrase, toujours la même et qui finit par m’agacer : « Amiral, comme vous nous avez fait du bien ! ». Ils promettent de travailler. Et puis huit jours après, ils n’y pensent plus.

3°/ Enfin, il y a ceux qui dans l’AF voudraient ne voir qu’une sorte de cercle mondain. Ils voudraient surtout la diriger, donner des conseils. Ils sont toujours prêts à critiquer, jamais à agir. Ceux-là sont beaucoup plus nuisibles qu’utiles. Je ne désire qu’une chose, c’est les voir quitter la Ligue. »

 

Amiral Schwerer

Transhumanisme : changer la nature de l’Homme

Le transhumanisme est une nouvelle spiritualité

transhumanisme

 

Le mot « religion » vient du latin religere qui signifie « relier ». Pour les chrétiens c’est ce qui nous relie au Ciel, à la transcendance. Quoi de plus normal que face à l’Univers, tout homme sensé se demande d’où vient notre univers, notre monde, et nous-mêmes. Or les transhumanistes ne se posent pas de questions de cette nature. Ils sont des disciples de Kant qui ne voient le monde qu’au travers des idées qu’ils s’en font ; une forme d’idéalisme absolu qui place l’homme à la place de Dieu ; puis la machine à la place de l’homme. On retrouve aussi cela au sein de la pensée marxiste.

C’est aussi l’Homo Deus, un ouvrage de Yuval Noah Hariri sous-titré Une brève histoire de l’Avenir. L’auteur présume que nous en sommes arrivés au dernier stade de l’Homo Sapiens et qu’il faut trouver une nouvelle forme de spiritualité. Il fait de l’intelligence artificielle et des algorithmes un nouveau dieu. Mais celle-ci sera aux mains d’une toute petite minorité qui dirigera à coup de modifications toute l’espèce humaine transformée en moutons dociles.

Se retrouvent là toutes les fictions de l’homme génétique de Marx et du surhomme de Nietzsche.

En réalité tout est fait actuellement dans cette perspective ; ainsi s’explique l’asservissement des esprits par les médias, les écrans, la chute de l’instruction et de l’éducation ; mais aussi l’inversion du « projet Flynn » qui constate une diminution du quotient intellectuel des pays occidentaux ; ainsi que la disparition de la famille, de nos provinces et des nations, l’effondrement culturel et cultuel de notre patrie.

Le but est que les hommes ne pensent plus, captivés par la société de consommation ; ils seront transformés en robots dépendants, voire programmés sur des ordinateurs. Stephan Hawking considéré comme le plus grand scientifique de son temps, peu de temps avant sa mort nous a laissé ce message : « Quand le cerveau humain sera mis sur disque dur, ce sera le plus grand événement de l’histoire, mais je crois que ce sera le dernier ».

Ray Kurzweil, le « pape » du transhumanisme voit ce changement de société dans 12 ans par la Singularité, moment de l’histoire lors duquel les machines dépasseront l’intelligence humaine et sonneront le glas de toutes les civilisations. D’où le titre de mon dernier ouvrage  La fin de l’espèce humaine (ed. Chiré). Lévi-Strauss, le célèbre anthropologue et ethnologue français écrivait « Le monde est né sans l’homme et il a tous les risques de terminer sans lui ». Nous ne sommes pas dans la galéjade…

Toutes ces considérations peuvent sembler ennuyeuses et voilà qui est moins intéressant que The game of Thrones. Mais il nous faut choisir de réfléchir avant de nous voir « chosifiés ». Après cela sera trop tard.

Dans le mot de « révolution » se situe le mot de « évolution ». Or rappelons-nous que les transhumanistes prétendent faire aboutir l’évolution darwinienne. Celle-ci s’étant effectuée seule au fil de milliards d’années : à l’homme de la prendre en main désormais pour la mener à son terme par la dictature numérique. C’est là où la politique doit pouvoir intervenir. Malheureusement peu de politiciens réfléchissent sur ces questions, songeant surtout à garder leurs prérogatives.

Il est évident qu’un militant royaliste doit avant tout défendre l’ordre naturel ; la physique politique de Bainville n’embrasse plus seulement la défense de la nation et de la patrie ; mais aussi celle de toute la civilisation. (À suivre).

Dr. Jean-Pierre Dickès

Requiem pour une victoire perdue en 1961

Requiem pour une victoire perdue en 1961

putsch d'alger

«  Les malheurs interviennent avec les év énements mais sont inscrits dans les caractères. »

Paul Dehème

L’histoire de la résistance Algérie française révèle une répétition d’erreurs humaines et politiques qui, logiquement, ne pouvaient qu’entraîner la défaite de cette cause. La révolte militaire du 22 avril 1962, immédiatement baptisée « putsch » par ses ennemis, démontre que les intentions les plus nobles et les plus légitimes sont vouées à l’échec quand elles ne s’accompagnent pas d’une volonté d’employer tous les moyens, doublée d’une détermination sans faille. Les chefs militaires qui déclenchèrent cette révolte, avaient oublié que la donne avait changé depuis le 13 mai 1958.La IVe république avait cédé la place à un régime gaulliste et De Gaulle Charles n’était pas René Coty. Désormais la sauvegarde de l’Algérie ne passait plus que par la neutralisation du chef de l’état ou le renversement de la Ve république. C’est pour ne l’avoir pas compris que ces chefs aboutirent à un FIASCO.

Les occasions manquées.

« Toute pensée qui ne se traduit pas par un acte est une défaillance. » R.de la Tour du Pin.

De nombreuses occasions de sauver l’Algérie se présentèrent durant la guerre. La révolution du 13 mai 1958, née d’un sursaut de l’armée unie et du peuple français, aurait pu réussir si elle n’avait été détournée au profit de De Gaulle. La semaine des barricades de janvier 1960 d’Alger, aurait pu aussi servir d’étincelle à un embrasement révolutionnaire si le général Challe s’était décidée à faire cause commune avec le peuple. La solution la plus simple et la plus directe pour stopper définitivement le processus de trahison et d’abandon aurait pu passer par l’arrestation du félon ou son élimination physique par embuscade au cours d’une de ses tournées en Algérie. Il y eut bien quelques initiatives mais aucune n’aboutit. A chaque fois « un grain de sable », prenant la forme d’une indiscrétion, d’une défaillance, d’un retard imprévu, ou encore d’un mystérieux contre-ordre, enraya la machine. Le projet de liquidation de l’Algérie française pourtant clairement dévoilé dès le discours sur l’autodétermination (1959) poursuivit son cours sans entrave majeure. Les chefs militaires étoilés, qui avaient offert le pouvoir à De Gaulle et qui subissaient la trahison, n’avaient été capables de manifester leur opposition que par des déclarations intempestives qui leur avaient valu soit une voie de garage soit la mise à la retraite. Ils attendirent le mois d’avril 1961 pour répondre aux sollicitations d’un groupe d’officiers qui brûlaient de passer à l’ACTION.

Le carcan de la hiérarchie.

«  Ce qui fait la grandeur du métier militaire, c’est l’obéissance, mais il va de soi que l’homme qui a obéi toute sa vie est incapable d’aucune initiative, d’aucune idée personnelle. » Edouard DRUMONT

Des officiers subalternes indignés par la trahison du chef de l’état furent les véritables organisateurs de la révolte. Ils passèrent plusieurs mois à sonder et à recruter en Algérie et en métropole les camarades de combat susceptibles de participer au coup de force. Roger Degueldre, le seul officier à avoir déserté après les barricades, fut le pilier de cette entreprise .Malheureusement, tous ces soldats prêts à franchir le Rubicon, restaient imprégnés d’esprit et de discipline militaire et manquaient totalement de culture révolutionnaire. Ils ne pouvaient concevoir d’agir sans avoir à leur tête un général. L’histoire de France pouvait pourtant leur rappeler que des généraux qui étaient de brillants guerriers avaient été aussi des nullités politiques, Mac-Mahon et Boulanger en étaient de tristes exemples. Le courage physique n’a en effet rien à voir avec le courage moral et intellectuel. Mais ils s’obstinèrent à trouver un chef couvert d’étoiles et ils firent le plus mauvais choix en la personne du général Challe. Pourquoi choisir un officier général qui n’avait rien fait pour s’opposer à De Gaulle alors qu’il était commandant en chef en Algérie ? Que pouvaient- ils attendre d’un homme qui prenait la tête d’un soulèvement militaire non pour s’emparer du pouvoir mais pour retrouver son ancien poste de commandant en chef avec l’espoir insensé d’infléchir la politique algérienne de De gaulle ? Pourquoi suivre un chef qui proposait d’agir sans associer la population civile et sans verser une goutte de sang ?

FRANCO ou BAZAINE.

« Les hommes qui perdent le plus aisément la tête et qui se montrent les plus faibles dans les jours de révolution sont les gens de guerre. » Tocqueville.

L’insurrection militaire du 22 avril ne connut qu’un succès : la prise d’Alger (Rendons un juste hommage au capitaine Baÿt qui prépara les plans de cette opération ).Son chef, le   général Challe accumula ensuite les erreurs fatales : refus de contester la légitimité du chef de l’état, refus d’associer au mouvement la population civile, refus de reconstituer les unités territoriales, refus de la mobilisation générale des français d’Algérie, refus de déclencher une action en métropole, refus d’employer la force pour obtenir des ralliements. Il s’enlisa ensuite dans la conquête de l’appareil de commandement militaire et se priva d’appuis précieux en imposant le respect de la stricte hiérarchie militaire. Il mit sur la touche le groupe d’officiers fidèles qui avaient préparé le coup de force et s’entoura d’officiers douteux (Cousteaux, De Boissieu) qui sabotèrent le développement de l’insurrection. Il fut incapable d’utiliser efficacement les émetteurs de radio tombés sous son contrôle. Il temporisa, perdit l’initiative des évènements et permit ainsi à son adversaire de reprendre la main. Face à la détermination de De gaulle et à sa volonté d’employer tous les moyens possibles, il fut incapable de riposter et n’opposa qu’hésitations et demi-mesures. Pour s’être refusé à suivre l’exemple d’un FRANCO, ou d’un MOSCARDO il fut contraint à la reddition et termina comme un vulgaire BAZAINE. Une phrase du journaliste jean Planchais illustre l’échec de la révolte militaire du 22 avril 1961 : « Pire que la défaite est UNE VICTOIRE PERDUE, l’une peut abattre mais aussistimuler, l’autre décourage, démoralise, divise. » Ce fiasco militaire fut le prélude de la tragédie algérienne et pesa lourd dans la défaite finale .J’espère que ce rappel, certes sans complaisance, servira d’enseignement pour l’avenir.

Jean-Pierre PAPADACCI

Français d’empire

QUELQUES RAISONS DU FIASCO :

Général CHALLE :

«  Je ne voulais pas déclencher une guerre civile….il s’agit de rallier l’armée et non pas d’anéantir des gens qui au fond pensent comme nous..Que ceux-là (il s’agit d’une délégation de civils) ne nous emmerdent pas ! »

Général ZELLER :

«  Nous estimons, Challe et moi, qu’un acte de force, avec des moyens d’ailleurs aléatoires, prendrait là une allure de pronunciamiento….j’insiste sur l’apolitisme du mouvement..Je me refuse à faire ouvrir le feu sur des troupes françaises et à terminer par une bataille de rue l’action ouverte sous le signe de l’union de l’armée. »

Général JOUHAUD :

«  Nous n’abordâmes jamais en commun, au cours d’une franche discussion, les intentions des uns et des autres…Nous avons eu le tort d’avoir manqué de fermeté avec les hésitants et les opposants, d’avoir gaspillé un potentiel en or, en confiant à des régiments d’élite des missions statiques de garde de bâtiments.. »

Capitaine SERGENT :

«Alors que l’Algérie et la métropole retiennent leur souffle, tandis que le général De Gaulle, pris de vitesse, marque un temps d’hésitation et que le monde entier regarde, on gaspille des heures précieuses a tenter des ralliements secondaires, c’est la révolution du téléphone..C’est une véritable trahison ! Pensez vous que nous avons traversé la mer pour jouer cette comédie ?.. Je peux encore aller lui tirer une balle dans la tête (il parle de Challe) ».

Colonel ARGOUD :

« J’aurais dû non pas faire prisonnier mais exécuter le général de Pouilly…Sa mort aurait montré à tous les hésitants que nous ne reculions devant rien…J’aurais dû poursuivre mon plan de rassemblement de la population, même sans la Légion. »

Réflexion sur « l’avenir de l’intelligence »

Réflexion sur « l’avenir de l’intelligence »

stéphanie bignon

« Intelligent » nous vient de la racine latine intelligere, inter-legere : discerner, démêler, comprendre. « Legere » vient lui-même du grec « legô » signifiant « recueillir » d’où « écrire » et « lire », sens retenu par Maurras dans  L’avenir de l’intelligence écrit en 1905. Avant de nous plonger dans le beau texte du père de l’Action Française et pour bien comprendre qui sont nos adversaires, voici comment Jules Michelet, « le faussaire de l’histoire », définit l’intelligence dans son introduction à l’histoire universelle : « L’intelligence agit lorsqu’elle tire de ce qu’on a senti quelque chose qui ne tombe point sous le sens ».

Donc… puisque cela ne tombe pas sous le sens, pourquoi l’intelligence ne permettrait-elle pas qu’une grand-mère puisse être père ? Et si, au contraire, l’intelligence était de se conformer à ce qui « tombe sous le sens » et apprendre toujours plus qui nous sommes plutôt que de décider qui nous sommes ? « Au commencement était le verbe », le logos, la puissance créatrice, les encyclopédistes ne s’y sont pas trompés en commençant la révolution des mœurs par celle des mots !

Charles Maurras, aux antipodes de toute idéologie, dissèque pour nous un des sens du mot intelligence. Notre académicien commence donc par : « Tout d’abord, précisons. Nous parlons de l’intelligence comme on en parle à St Pétersbourg : du métier, de la profession, du parti de l’intelligence. » Il reconnaît ensuite : « Ce lustre n’est pas contestable ; nous fîmes tous fortune il y a quelques 200 ans. Depuis lors, avec tout le savoir-faire du monde ou toute la maladresse du monde, né bien ou mal, pauvre ou riche, …, un homme dont on dit qu’il écrit et qu’il se fait lire, … a reçu de ce fait un petit surcroît de crédit ». Jusqu’ au XVII siècle, Maurras explique que le rang de Corneille, La Bruyère, Malherbe… « était considérable, mais subordonné. Les Lettres faisaient leur fonction de parure du monde. Elles s’efforçaient d’adoucir, de polir et d’amender les mœurs générales. Elles étaient les interprètes et comme la voix de l’amour, l’aiguillon du plaisir, l’enchantement des lents hivers et des longues vieillesses ; l’homme d’état leur demandait ses distractions, et le campagnard sa société préférée ; elles ne prétendaient rien gouverner encore ». Au XVIII siècle, en revanche, « Les lettrés deviennent rois », « La réforme, le changement des idées admises et des goûts établis… fut le but marqué des écrivains du XVIII siècle ». « Leurs ouvrages décident des révolutions de l’État… Ce sont des mécontents. Ils apportent au monde une liste de doléances, un plan de reconstitution ». « Ils sont aussitôt applaudis de ce coup d’audace. Le génie et la modestie de leurs devanciers du grand siècle avaient assuré leur crédit ». « Cela doit être mesuré au degré de la tolérance dont Jean Jacques réussit à bénéficier. Il faut se rappeler ses manières, ses goûts et toutes les tares de sa personne. Que la société la plus parfaite de l’Europe, la première ville du monde l’ait accueilli et l’ait choyé ; qu’il ait été un homme à la mode ; qu’il y ait figuré le pouvoir spirituel de l’époque ; qu’un peuple tributaire de nos mœurs française, le pauvre peuple de Pologne, lui ait demandé de rédiger à son usage une « constitution », cela en dit plus long que tout. »

Le piège dans lequel l’intelligence va tomber est ensuite clairement décrit et analysé et Maurras lui donne le nom « d’industrie littéraire » : « On usa de sa plume et de sa pensée, comme de son blé ou de son vin, de cuivre ou de son charbon… ». « La vraie gloire étant évaluée en argent, les succès d’argent en reçurent, par une espèce de reflet, les fausses couleurs de la gloire ». La déconsidération de la presse devient alors inéluctable : « En même temps que la liberté politique, chose toute verbale, elle (la presse) a reçu la servitude économique, dure réalité, en vertu de laquelle toute foi dans son indépendance s’effaça, ou s’effacera avant peu. » Le fondateur de l’Action Française ajoute comme pour donner raison aux Gilets Jaunes : « Une seule réalité énergique importe donc en journalisme : l’argent, avec l’ensemble des intérêts brutaux qu’il exprime. Le temps paraît nous revenir où l’homme sera livré à la Force pure, et c’est dans le pays où cette force a été tempérée le plus tôt et le plus longtemps, que se rétablit tout d’abord, et le plus rudement, cette domination ». Notre force est bien d’avoir raison depuis 120 ans ! L’auteur de « L’avenir de l’intelligence » nous invite à remettre l’intelligence à sa place. Pour lui l’intelligence doit faire preuve d’une indispensable modestie et n’occuper qu’un rôle consultatif (Avec certains pseudo-philosophes nous avons aujourd’hui de beaux contre-exemples ! ). Elle ne doit pas porter la couronne mais doit de façon transitoire montrer qui doit la porter « par la fédération solide et publique des meilleurs éléments de l’intelligence avec les éléments les plus anciens de la nation ; l’intelligence s’efforcerait de respecter et d’appuyer nos vieilles traditions philosophiques et religieuses… ». Pour conclure cette modeste  synthèse de la lumineuse démonstration de Charles Maurras, je citerai Ludwig van Beethoven : « Je ne connais pas d’autres marques de supériorité que la bonté ». La bonté ne va pas sans humilité et s’exerce par le sacrifice de soi. Elle a permis à la France ce développement et cette longévité unique dans l’histoire. La vraie intelligence se mesure avec le temps et non avec l’argent… elle cherche l’Éternité ou elle n’existe pas. Pour me faire bien comprendre je fais appel à Sainte Catherine de Sienne (lettre N° 16 à un grand Prélat) citée par le cardinal Sarah dans « Des profondeur de nos cœurs » : « En ces temps difficiles, chacun doit craindre d’entendre un jour Dieu lui « adresser ces paroles acerbes en manière de réprimande : Maudit sois-tu, toi qui n’as rien dit. Ah ! Assez de silence ! Criez en cent mille langues. Je vois qu’à force de silence le monde est corrompu, l’Épouse du Christ est toute pâle, elle a perdu ses couleurs, parce qu’on lui suce le sang, le sang du Christ qui est donné par grâce. […] Ne dormez plus du sommeil de la négligence. Faites promptement ce que vous pourrez ».

VIVE LE CHRIST-ROI ET SON LIEUTENANT LE ROI DE FRANCE !

 

Stéphanie BIGNON

10 février : anniversaire du vœu de Louis XIII

10 février : anniversaire du vœu de Louis XIII

 En 1636, la Sainte Vierge demande à Mère Anne-Marie de Jésus Crucifié, religieuse stigmatisée que le Cardinal de Richelieu tenait en grande estime, que la France lui soit consacrée. L’année suivante, le Roi Louis XIII, « dans le secret de son coeur », consacre sa personne et son Royaume à Marie, et avec la Reine, Anne d’Autriche, il multiplie les prières et les pèlerinages pour obtenir un héritier attendu depuis 22 ans.

La Mère de Dieu répond en apparaîssant à un religieux de Notre-Dame des Victoires, tout juste fondée par le Roi, reconnaissant pour ses premiers succès. Elle demande trois neuvaines à Notre-Dame de Cotignac en Provence, Notre-Dame de Paris et Notre-Dame des Victoires.

Le caractère surnaturel des faits est rapidement reconnu et la Reine est prévenue. Le religieux, frère Fiacre, achève les trois neuvaines le 5 décembre et c’est neuf mois après jour pour jour que naîtra Louis XIV qui reçevra le nom de baptême de « Louis Dieudonné ».

Dès que la Reine est certaine de sa grossesse, et sans attendre la naissance pour savoir si l’enfant serait garçon ou fille, Louis XIII publie le 10 février 1638 l’Edit officiel qui consacre solennellement la France à Marie.

 

Consécration de la France à la Sainte Vierge

 Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Dieu, qui élève les rois au trône de leur grandeur, non content de nous avoir donné l’esprit qu’il départ à tous les princes de la terre pour la conduite de leurs peuples, a voulu prendre un soin si spécial et de notre personne et de notre Etat, que nous ne pouvons considérer le bonheur du cours de notre règne sans y voir autant d’effets merveilleux de sa bonté que d’accidents qui nous menaçaient.
Lorsque nous sommes entré au gouvernement de cette couronne, la faiblesse de notre âge donna sujet à quelques mauvais esprits d’en troubler la tranquillité ; mais cette main divine soutint avec tant de force la justice de notre cause que l’on vit en même temps la naissance et la fin de ces pernicieux desseins. En divers autres temps, l’artifice des hommes et la malice du démon ayant suscité et fomenté des divisions non moins dangereuses pour notre couronne que préjudiciables à notre maison, il lui a plu en détourner le mal avec autant de douceur que de justice ; la rébellion de l’hérésie ayant aussi formé un parti dans l’Etat, qui n’avait d’autre but que de partager notre autorité, il s’est servi de nous pour en abattre l’orgueil, et a permis que nous ayons relevé ses saints autels, en tous les lieux où la violence de cet injuste parti en avait ôté les marques. Si nous avons entrepris la protection de nos alliés, il a donné des succès si heureux à nos armes qu’à la vue de toute l’Europe, contre l’espérance de tout le monde, nous les avons rétablis en la possession de leurs Etats dont ils avaient été dépouillés.
Si les plus grandes forces des ennemis de cette couronne se sont ralliées pour conspirer sa ruine, il a confondu leurs ambitieux desseins, pour faire voir à toutes les nations que, comme sa Providence a fondé cet Etat, sa bonté le conserve, et sa puissance le défend. Tant de grâces si évidentes font que pour n’en différer pas la reconnaissance, sans attendre la paix, qui nous viendra de la même main dont nous les avons reçues, et que nous désirons avec ardeur pour en faire sentir les fruits aux peuples qui nous sont commis, nous avons cru être obligés, nous prosternant aux pieds de sa majesté divine que nous adorons en trois personnes, à ceux de la Sainte Vierge et de la sacrée croix, où nous vénérons l’accomplissement des mystères de notre Rédemption par la vie et la mort du Fils de Dieu en notre chair, de  » nous consacrer à la grandeur de Dieu  » par son Fils rabaissé jusqu’à nous et à ce Fils par sa mère élevée jusqu’à lui ; en la protection de laquelle nous mettons particulièrement notre personne, notre état, notre couronne et tous nos sujets pour obtenir par ce moyen celle de la Sainte Trinité, par son intercession et de toute la cour céleste par son autorité et exemple, nos mains n’étant pas assez pures pour présenter nos offrandes à la pureté même, nous croyons que celles qui ont été dignes de le porter, les rendront hosties agréables, et c’est chose bien raisonnable qu’ayant été médiatrice de ces bienfaits, elle le soit de nos actions de grâces.

A ces causes, nous avons déclaré et déclarons que,prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre état, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et défendre avec tant de soin ce royaume contre l’effort de tous ses ennemis, que, soit qu’il souffre le fléau de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire. Et afin que la postérité ne puisse manquer à suivre nos volontés à ce sujet, pour monument et marque immortelle de la consécration présente que nous faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de l’église cathédrale de Paris, avec une image de la Vierge qui tienne entre ses bras celle de son précieux Fils descendu de la croix ; nous serons représenté aux pieds du Fils et de la Mère, comme leur offrant notre couronne et notre sceptre.

Nous admonestons le sieur Archevêque de Paris, et néanmoins lui enjoignons, que tous les ans, le jour et fête de l’Assomption, il fasse faire commémoration de notre présente Déclaration à la Grande Messe qui se dira en son église cathédrale, et qu’après les Vêpres dudit jour il soit fait une procession en ladite église, à laquelle assisteront toutes les compagnies souveraines, et le corps de la ville, avec pareille cérémonie que celle qui s’observe aux processions générales plus solennelles. Ce que nous voulons aussi être fait en toutes les églises tant paroissiales, que celles des monastères de ladite ville et faubourgs ; et en toutes les villes, bourgs et villages dudit diocèse de Paris.

Exhortons pareillement tous les Archevêques et Evêques de notre royaume, et néanmoins leur enjoignons de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales, et autres églises de leurs diocèses ; entendant qu’à ladite cérémonie les cours de parlement, et autres compagnies souveraines, et les principaux officiers des villes y soient présents. Et d’autant qu’il y a plusieurs églises épiscopales qui ne sont point dédiées à la Vierge, nous exhortons lesdits archevêques et évêques en ce cas, de lui dédier la principale chapelle desdites églises, pour y être faite ladite cérémonie ; et d’y élever un autel avec un ornement convenable à une action si célèbre, et d’admonester tous nos peuples d’avoir une dévotion toute particulière à la Vierge, d’implorer en ce jour sa protection, afin que, sous une si puissante patronne, notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis, qu’il jouisse longuement d’une bonne paix ; que Dieu y soit servi et révéré si saintement que nous et nos sujets puissions arriver heureusement à la dernière fin pour laquelle nous avons tous été créés ; car tel est notre bon plaisir.

Donné à Saint-Germain-en-Laye, le dixième jour de février, l’an de grâce mil-six-cent-trente-huit, et de notre règne le vingt-huitième.

Louis

Michel Fromentoux

Notre idée de l’Europe par feu Monseigneur le Comte de Paris

Notre idée de l’Europe par feu Monseigneur le Comte de Paris

comte henri

Il faut refaire l’Europe, comment ?

L’Europe n’a pas attendu M. Monet ni M. Delors pour exister.
Depuis des siècles l’Europe a tenté de se bâtir selon deux schémas que l’on retrouve encore de nos jours. L’Europe fédérale, celle du Saint Empire Germanique héritière des Romains a fait souche avec Charlemagne. Puis les Habsbourg l’ont poursuivie. Cette Europe s’appuyait sur des conquêtes éphémères mais surtout sur la puissance de l’économie, celle des marchands et des banquiers, ainsi de la Ligue Hanséatique germanique, de la banque Früger autrichienne et du Lolvereïn de Bismarck, premières ébauches modernes d’une Europe sans frontières, que nous retrouvons de nos jours au travers de la Banque Centrale Européenne et de ses affiliés aux ordres de Berlin.

Face à cette Europe, dès le Moyen-Age, des gens riches ou pauvres, artisans, artistes ou étudiants parcouraient ce continent d’un bout à l’autre, à la recherche du savoir, ils ne craignaient ni les intempéries ni les brigands. L’Europe de la culture, spirituelle ou sacrale a toujours existé et les maîtres enseignaient le beau, le bon et le juste. N’oublions pas tous ceux qui allaient révérer les reliques des lieux saints d’Espagne, de Russie, de France ou d’ailleurs. Nous avons de la difficulté à comprendre, à appréhender, nous esprits matérialistes étroits, ce formidable mouvement qui poussait les hommes, les femmes et les enfants à la recherche de la connaissance et de la foi.

C’était éblouissant. Cette autre Europe fut encouragée par les Rois Capétiens protégeant cette recherche culturelle sans frontières et cette foule de gens en quête de leur vérité et leur besoin de savoir.
La papauté en ces époques est encore confuse. Elle avait néanmoins su créer un cordon ombilical entre tous les Etats européens. Très vite les Capétiens ont compris qu’il fallait séparer le pouvoir temporel du pouvoir spirituel. Cette séparation nécessaire a été maintenue jusqu’à nos jours et elle n’empêchait alors aucunement chacun de vivre sa vie dans la foi.

La Révolution de 1789 a coupé le tronc de l’Arbre pour créer une civilisation différente et plus moderne matrice de toutes les révolutions suivantes, créant dans ses gènes le besoin d’intervenir dans la conduite des autres Etats et leur imposer un modèle, appelé démocratie, au nom de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. C’est ainsi que le « printemps arabe » s’est transformé en chaos dont profitent les djihadistes… 1789 a initié le début des dislocations d’une Europe qui s’était créée de façon naturelle, fondée sur un terreau chrétien sans frontières.

Qu’elle le veuille ou non, qu’elle le puisse ou non, la France de par sa situation géostratégique a toujours eu un rôle primordial à jouer dans la construction d’une Europe confédérale d’Etats souverains. Elle se situe en effet à la croisée des courants Est-Ouest qui vont de l’Atlantique à l’Oural et Nord-Sud, de la Baltique à la Méditerranée. Tant que la France et la Russie demeurent fortes et puissantes, ensemble ces deux pays peuvent contenir les visées hégémoniques de l’Allemagne. Or aujourd’hui l’euro-mark est devenu insupportable et mortifère pour l’Europe. Je n’oublie pas que Pierre le Grand avait exigé de son pays la Russie de prendre exemple sur la France, la langue française fut depuis longtemps la langue diplomatique de l’Europe…

L’Europe dont nous avons hérité à ce jour est fondée sur un déni de démocratie puisque le résultat d’un référendum a été considéré comme nul et non avenu par un tour de passe-passe en faisant voter le Congrès pour revenir sur la volonté du peuple. En fait le politiquement correct devient souverain, châtiant implacablement ceux qui n’acceptent pas le fait des eurocrates…

Oui l’Europe peut et doit être reconstruite. Il ne s’agit pas de faire table rase pour bâtir autre chose mais de modifier les aspects les plus néfastes de ce « légo » qui ruine l’économie de plusieurs pays.
Certains étudient déjà les étapes afin de détricoter l’euro et chez nous des économistes visualisent la sortie possible de l’euro. Personnellement je pense que chaque Etat européen doit pouvoir recouvrer sa souveraineté monétaire, remettre en place sa propre banque centrale libérée du mark, tout en conservant l’euro comme monnaie d’échange commercial international. Puis au cas par cas signer des accords limités dans le temps et renouvelables, sur des sujets communs. Il faut avoir le courage d’établir une zone monétaire libérée du dollar, car le déficit vertigineux des USA pompe toutes nos énergies. Alors il faut poursuivre ce raisonnement jusqu’au bout et créer avec la grande Russie cette zone monétaire commune.

Mais la France est à reconstruire également. Je souhaite que nos gouvernants comprennent que l’on ne gagnera pas le pari d’une France forte en ruinant nos entreprises, grandes ou petites, ce sont elles qui font vivre notre pays. Il conviendrait alors, n’en déplaise à Bruxelles, de revenir à des méthodes de gouvernance économique qui ont fait leurs preuves telle « Le Plan » qui sous De Gaulle et Pompidou a relevé notre pays. Mais également rétablir des frontières adaptées pour arrêter les vagues d’une immigration incontrôlable dont nous n’avons ni la possibilité d’accueil ni les moyens de faire vivre par un travail approprié.

J’ajouterai qu’il est suicidaire de démanteler notre armée alors que l’avenir s’assombrit.
Quant au système bancaire il doit être réformé afin d’éviter dérives et dilapidation de notre économie.
Gouverner c’est prévoir et non pas attendre que le sucre vous tombe tout naturellement dans la bouche. On ne gouverne pas en tentant de forcer la nature à se conformer à quelque idéologie que ce soit. On gouverne en prenant le vivant à bras le corps.

Je conseille à mes lecteurs de relire une bande dessinée de Goscinny et Uderzo Obélix et Compagnie, parfaite démonstration de comment détruire un pays par l’appât du gain et de l’argent facile. 

 

Henry
Comte de Paris
Duc de France

Hommage à André PERTUZIO, Doyen de l’Action Française

Hommage à André PERTUZIO, Doyen de l’Action Française

Notre ami André Pertuzio, militant d’AF et grand résistant s’est éteint le 16 janvier 2019, à l’âge de 97 ans. Qu’il repose en paix.

L‘Action Française a perdu son doyen d’âge André Pertuzio, grande figure de notre mouvement. Mesuré et équilibré dans ses propos et analyses, il était doté d’une très grande culture et d’une intelligence exceptionnelle mais aussi d’un esprit cartésien et d’un raisonnement empirique, influencé aussi bien par Auguste Comte que par Charles Maurras, père de l’empirisme organisateur.

Nationaliste intégral, il mena la résistance contre l’occupant Allemand durant la Seconde guerre mondiale en demeurant fidèle au Maréchal Pétain, à l’instar de Guy Steinbach, Paul Dungler, Jean Ebstein-Langevin et bien d’autres… Avec ce dernier il organisa une manifestation avec des jeunes de notre mouvement politique, le 11 novembre 1940, à la Place de l’Étoile durant l’occupation allemande.

Président de la Corpo, il s’était lié d’amitié avec Jean-Marie Le Pen, membre lui aussi de cette organisation étudiante. Il était également lié une grande amitié avec Roger Holeindre, autre figure du nationalisme français contemporain.

Spécialiste de géopolitique énergétique, il mena une grande carrière internationale en tant que consultant en matière d’énergie et de pétrole et apporta son analyse dans ce secteur en publiant des articles dans le journal de l’Action Française : « Aspects de la France » et « L’Action Française 2000 ».

Membre du Conseil d’Administration de l‘Académie de Géopolitique de Paris, il organisa dans ce cadre des conférences et des colloques internationaux en collaboration avec Maître Elie Hatem, membre du Comité Directeur et avocat de L‘Action Française.

Fidèle à la défense de la Mémoire du Maréchal Pétain, il s’associa avec Pierre Pujo aux manifestations rendues par l’ADMP (Association pour la Défense de la Mémoire du Maréchal Pétain), dirigée alors par le Général Le Croignec, et participait à tous les banquets de l’Action Française.

André Pertuzio avait été parmi les premiers à avoir alerté Marie-Gabrielle Pujo sur la dérive de l’Action Française, ce qui le choquait et l’attristait profondément. Mais il a vite été enchanté d’apprendre le redressement de notre mouvement politique par les mesures prises par notre Comité Directeur. Il a aussitôt adhéré à Amitié & Action Française en octobre dernier.

Choqué, il l’était aussi en apprenant le communiqué du CRAF (prédécesseur d’Amitié & Action Française) du 13 novembre dernier qui, selon lui, faisait « preuve des conséquences de la propagande républicaine qui a infesté l’esprit de la nouvelle génération qui vit dans l’ignorance de son histoire falsifiée… ». Ce communiqué insultant le Maréchal Pétain, Jean-Marie Le Pen, etc., remettait en cause le combat de l’Action Française et ses engagements politiques constants.

André Pertuzio nous a quittés certes, mais nous suivons ses conseils et sa sagesse pour le salut de la France.

Votre bel aujourd’hui par Charles Maurras

Votre bel aujourd’hui par Charles Maurras

Grands textes

Maurras a écrit ce texte à la fin de sa vie dans son ouvrage : Votre bel aujourd’hui- publié après sa mort au temps de son ultime captivité, où il songe à l’avenir de la France.

Ce texte étonne par sa modernité, il nous parle au moment où le système n’a jamais déployé autant de force et de volonté pour dissoudre la France. Maurras oppose à cette « politique » une conception radicalement autre, celle de la France réelle. Nous sommes au cœur du débat actuel : les patries ne s’effacent pas, nombre de nations resurgissent et s’opposent à la volonté de les faire disparaître.  

 

Votre bel aujourd’hui
Maurras, 1953

« Une patrie, ce sont des champs, des murs, des tours et des maisons ; ce sont des autels et des tombeaux ; ce sont des hommes vivants, père, mère et frères, des enfants qui jouent au jardin, des paysans qui font du blé, des jardiniers qui font des roses, des marchands, des artisans, des ouvriers, des soldats, il n’y a rien au monde de plus concret.
Le patriotisme n’est pas seulement un devoir. C’est un plaisir. « Pour ma part, disait Ulysse aux bons Phéniciens, je ne sais rien de plus agréable à l’homme que sa patrie. » Il le disait d’un pauvre rocher sur la mer. Comment parlerons-nous de la nôtre ? En est-il de plus belle, plus digne d’être défendue ? Qui, un jour se penchant dans l’embrasure d’une haute colline ou vers quelque vallon ouvrant sur le fleuve et la mer, ne s’est pas arrêté, suspendu, presque sidéré par un chœur imprévu de couleurs et de formes demi-divines ?
La patrie est une société naturelle ou, ce qui revient absolument au même, historique. Son caractère décisif est la naissance. On ne choisit pas plus sa patrie – la terre de ses pères – que l’on ne choisit son père et sa mère. On naît Français par le hasard de la naissance. C’est avant tout un phénomène d’hérédité.
Les Français nous sont amis parce qu’ils sont Français ; ils ne sont pas Français parce que nous les avons élus pour nos amis. Ces amis sont reçus de nous ; ils nous sont donnés par la nature… Rien ne serait plus précieux que d’avoir des Français unis par des liens d’amitié. Mais, pour les avoir tels, il faut en prendre le moyen et ne pas se borner à des déclarations et à des inscriptions sur les murs.
Certes, il faut que la patrie se conduise justement. Mais ce n’est pas le problème de sa conduite, de son mouvement, de son action qui se pose quand il s’agit d’envisager ou de pratiquer le patriotisme ; c’est la question de son être même, c’est le problème de sa vie ou de sa mort… Vous remercierez et vous honorerez vos père et mère parce qu’ils sont vos père et mère, indépendamment de leur titre personnel à votre sympathie. Vous respecterez et vous honorerez la patrie parce qu’elle est elle, et que vous êtes vous, indépendamment des satisfactions qu’elle peut donner à votre esprit de justice ou à votre amour de la gloire. Votre père peut être envoyé au bagne : vous l’honorerez. Votre patrie peut commettre de grandes fautes : vous commencerez par la défendre, par la tenir en sécurité et en liberté.
Le patriotisme n’a pas besoin d’un idéal, socialiste ou royaliste, pour s’enflammer ; car il naît de lui-même, du sang et du sol paternels. Ce qu’il faut saluer, c’est le suprême sacrifice de la vie fait sur le sol qu’il s’est agi de défendre. Ce sol sacré serait moins grand, moins cher, moins glorieux, moins noble et moins beau si les Français de toute origine et de toute obédience n’y payaient pas en toute occasion nécessaire la juste dette de leur sang. Plus haut que l’armée et que le drapeau, plus haut que la plus fière conscience de la patrie, vit la patrie même, avec les saintes lois du salut public. Ce sont elles qui font consentir à de durs sacrifices pour défendre l’intégrité du reste et préserver son avenir. Qu’elle vive d’abord ! ».