Face aux rêvasseries des Droits de l’Homme : Politique d’abord ! 

Face aux rêvasseries des Droits de l’Homme : Politique d’abord ! 

 
Depuis le 26 août 1789, les Droits de l’Homme ne cessent d’imposer l’idée que l’individu est l’alpha et l’oméga de toute réflexion politique, ce qui revient à poser tout problème en termes de droits, donc en termes conflictuels, et débouche sur des luttes stériles et suicidaires entre clans, entre partis, entre lobbies. Puisque l’individu tant flatté est lui-même le fondement du droit, ses moindres désirs peuvent s’ériger en absolus et doivent alors, même s’ils sont contre-nature, être reconnus par la loi. Et malheur à quiconque s’y oppose au nom des lois non écrites ! Voilà donc la plus antipolitique des idéologies, espèce de théocratie sans Dieu, devenue la seule norme d’une société qui ne veut plus de normes ! Véritable histoire de fou. Et si encore lesdits Droits avaient amélioré l’espèce humaine ! En fait depuis deux siècles on a connu les pires guerres, massacres et génocides, nullement empêchés, parfois même justifiés par cette croyance laïque et obligatoire.
                                                       
 L’ordre naturel 
 
Que voulait dire le serment du sacre des rois de France, parlant de « rendre justice à chacun selon ses droits » ? Tout simplement que dans l’ancienne France, chaque Français jouissait de libertés, donc de droits en tant que membre de telle communauté dans laquelle son bien propre s’ordonnait au bien général selon toute une hiérarchie de droits et de devoirs (familiaux, communautaires, professionnels, provinciaux, nationaux…) que couronnait le roi incarnant le bien commun, reliant le temporel au surnaturel.
On savait alors, avec Aristote et saint Thomas, que l’homme « animal politique » n’a pas de besoin plus pressant que d’être membre du corps politique pour y recevoir, proportionnellement à sa place, à sa fonction, ce qui est juste, ce qui est son droit.
Peut-on croire que dans une telle société l’individu était étouffé ? Ce serait oublier que sous quelque régime que ce soit, est inscrite dans le cœur de chacun de nous la loi naturelle, la loi de la raison droite. Cette donnée immédiate de la conscience doit être cultivée par l’éducation, par la formation de l’intelligence et de la volonté, afin d’assurer l’articulation entre la liberté du sujet et son ordonnancement au bien objectif. Elle ne peut être soumise aux options d’aucun législateur ici- bas. Elle est la source de ce que les sociétés chrétiennes ont toujours appelé les droits fondamentaux, naturels, imprescriptibles de chaque homme.
Le père de Clorivière, dans ses Études sur la Révolution (1793) les définissait ainsi :
1) la connaissance de la Vérité ;
2) la poursuite du bien nécessaire à son bonheur et à sa fin ;
3) la liberté ou le pouvoir de faire tout ce qui n’est pas contraire au devoir ;
4) la conservation de sa personne et de ses biens. Les deux premiers sont absolus, les deux derniers le sont dans la mesure où l’on n’a pas mérité de les perdre par quelque crime.
Voilà des droits qui n’érigent nullement l’individu en absolu ; ils l’ordonnent au bien et chacun a le devoir de les défendre même au prix de sa vie, quand, par exemple, une autorité abuse de ses prérogatives, ou quand un État brade une nation ou lui impose une législation contraire à la religion et à la morale. L’objection de conscience est alors légitime défense. Pour apprendre à résister à tous les Néron, Staline ou Hitler, à tous les avorteurs, à tous les violeurs des âmes et des corps en ce bas monde, une bonne et vigoureuse formation de la conscience suffit, il n’y avait nul besoin d’une Déclaration tonitruante de Droits qui, le plus souvent, abandonnent les consciences à tous les vents médiatiques. 
 
Qui est l’Homme ?
 
« Libérer » l’homme de tout ordre naturel, l’arracher aux rapports nécessaires entre individus et communautés, à tout agencement de finalités liées à des situations données : tel fut le but des auteurs de la Déclaration de 1789. Chacun n’a plus qu’une destinée personnelle, la société n’est qu’une juxtaposition d’individus cohabitant par hasard, et le droit se rapporte uniquement à ceux-ci, sans référence au bien commun ; il n’a plus sa source qu’en l’homme lui-même et les droits deviennent subjectifs. L’absurdité de cette construction philosophique purement rationaliste fut ainsi exposée par le professeur Michel Villey : « Le droit est un rapport entre des hommes, multilatéral. Comment pourrait-on inférer une relation couvrant plusieurs termes d’un terme unique, l’homme ? » (Le Droit et les Droits de l’homme, PUF, 1983). L’Homme des Droits de l’Homme est un homme abstrait, « libéré » de tout ce qui le caractérise, de toute attache à une famille, à un métier, à une région, à une nation, à une religion et même à un sexe… En somme un homme qui n’existe pas, mais qu’il importe de créer : un homme nouveau (caricature de l’Évangile) qui refera le monde à son image, un homme devenu simple atome social, coupé de toute transcendance, afin de renaître en s’autodivinisant. Les Droits de l’Homme constamment martelés aboutissent à une confusion des ordres : changer l’homme, cela relève non de la politique, mais de la morale !
 
Théocratie
 
Les vigoureuses libertés traditionnelles des forces vives du pays survivent comme elles le peuvent dans cette permanente incitation aux revendications individualistes qui aboutit à la déification de tous les désirs voire de toutes les pulsions. Et malheur à celui qui, au risque de se faire remarquer par la HALDE et autres officines de vertu républicaine, oppose la Vérité, l’héritage historique, les lois naturelles et surnaturelles, le respect de la vie à naître, la défense de la famille…, à toutes ces pressions entretenues dans et par les médias pour faire entrer dans la loi leurs propres fantasmes ! On est en pleine « démocratie des mœurs » : l’État s’arroge le droit de légiférer en matière de mœurs. Est désormais tenu pour moral ce qui est légal, la démocratie sert de « substitut à la morale ». Cela s’appelle la tyrannie. Sur le plan international aussi, les grands rabbins des Droits de l’Homme portent d’énormes responsabilités dans bien des guerres et bien des interventions catastrophiques, pour apprendre, par exemple, la démocratie aux pays arabes… Il ne faut toutefois pas croire que cette théocratie sans Dieu puisse s’éterniser. Puisqu’elle n’est que subjectivisme, moralisme et bourrage de crânes, lui barreront un jour la route ceux qui diront Politique d’abord. Il n’y a pas de plus grand remède aux rêvasseries droits-de-l’hommistes que le réalisme, l’observation objective des lois naturelles et de l’expérience séculaire, en somme que l’empirisme organisateur que nous a enseigné Charles Maurras. 
                                                                                                                        Michel Fromentoux 
International : Dernières nouvelles du Haut-Karabakh

International : Dernières nouvelles du Haut-Karabakh

Nous vous prions de bien vouloir nous excuser pour l’impudeur dont nous faisons preuve en détournant momentanément notre regard de l’Ukraine pour nous occuper d’un autre conflit, bien moins intéressant pour les médias, celui qui détruit lentement mais sûrement le Haut-Karabakh !

Haut-Karabagh

Après la guerre qui fit rage entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie en 2020 et après l’agression azerbaïdjanaise de mars 2022 où cette région du monde subit encore une fois une nouvelle invasion azérie qui provoqua de nombreux morts et de nombreux blessés – Nous vous renvoyons à notre précédent article sur le sujet : International : l’Artsakh est attaqué ! – L’Action Française (lactionfrancaise.fr), qu’en est-il aujourd’hui ? Quelles sont les dernières nouvelles de ce conflit ?

Malheureusement, ce peuple martyr subit encore de nouvelles agressions, non pas armées et retentissantes, celles-ci attirent bien trop l’attention – et encore ! -, mais d’autres, d’une manière plus fourbe et plus discrète… Quand le bruit du coup de fusil fait trop de bruit, ne vaut-il mieux pas étrangler doucement son adversaire ? Oui, la situation est dramatique pour les Arméniens. Le couloir de Latchine, qui relie le Haut-Karabakh à l’Arménie, est bloqué depuis deux mois par l’Azebaïdjan. Comme le souligne le chercheur Tigrane Yégavian pour Sud Ouest (15/02/2023) :

“Seule la Croix-Rouge peut encore rentrer. Les 120 000 habitants manquent de tout : aliments de base, médicaments, lait et couches pour enfants. Les réserves sont à sec, les gens ont des coupons de rationnement. Les écoles sont fermées… On ne peut plus évacuer malades et grands blessés vers les hôpitaux d’Erevan”.

Comme dans beaucoup de domaines, il existe de vrais blocus et de faux blocus, celui-ci est réel et total ! Les nombreux témoignages qui nous reviennent parlent effectivement de pharmacie vide, de nourrissons nourris à la farine – quand ils en trouvent ! -, d’habitants souffrant du noir et du froid, mais aussi de familles séparés qui ne peuvent se retrouver ! Le corridor de Latchin est coupé depuis le 12 décembre. Ce matin-là, vers 10h30 heure locale, des Azerbaïdjanais, se présentant comme des militants écologistes protestant contre des mines illégales dans la région, coupent la route reliant la ville de Goris à Stepanakert. Un faux prétexte, bien sûr ! Avez-vous déjà vu de tels mouvements écologistes dans un pays, l’Azerbaïdjan, qui ne vit que des énergies fossiles ?

Il s’agit bien de membres des services spéciaux azerbaïdjanais qui ont un objectif clair et affiché : créer une pression psychologique sur les arméniens pour que ceux-ci quittent le territoire tant convoité ! Les Arméniens craignent que la guerre ne reprenne et que leur pays soit littéralement dépecé, le grand loup turc attendant dans l’ombre l’heure où il pourra se jeter sur ce pays sans défense et sans allié !

L’Azerbaïdjan se sent plus que jamais les coudées franches, d’autant plus qu’il est activement soutenu et encouragé par la Turquie. S’installant de plus en plus dans une logique de retour à l’empire ottoman, Ankara compte bien mettre à profit son partenariat privilégié et sa communauté identitaire avec l’Azerbaïdjan pour poursuivre son rêve de restaurer l’espace turcique dans le Caucase et de faire de cette région un corridor vers les anciennes marches de l’empire ottoman que sont le Turkménistan et le Kazakstan. Le drame de l’Arménie est d’être au beau milieu de ce corridor, coincée entre les frères de Bakou et d’Ankara. D’ailleurs, qu’importe le parti qui remportera les élections en Turquie, il ne pourra que poursuivre cette politique délétère.

Oui ! L’Arménie se retrouve encore seule dans cette sombre confrontation ! Seule dos au mur, les prédateurs face à elle nombreux et voraces ! Certes, l’Iran apporte son soutien diplomatique, certes la Russie reste présente, mais bien occupée ailleurs. Quant à l’Occident, il est bien trop occupé à lorgner les énergies azéries pour soutenir ce petit pays si insignifiant, qui représente si peu dans le concours des nations !

 

                                                                                                                                                                                                                       Guillaume Staub

Sauveteurs et incendiaires

Sauveteurs et incendiaires

« La Révolution française, intimement associée à la maçonnerie, est un essai de vie humaine en société sans l’idée de Dieu. Elle est un pari qui ne pouvait être que perdu, un pari que devait légitimer un massacre. Elle s’est incarnée dans deux hommes littéralement infernaux, Marat et Robespierre et elle a abouti à Bonaparte. Laclos, l’auteur des Liaisons dangereuses, fut, en littérature, l’un des propagateurs de l’incendie révolutionnaire. Mais il ne fut pas le seul. Avant lui, il y avait eu Rousseau, chez lequel la folie avait pris la forme politique et qui écrivit le Contrat social, table posée de travers et sur laquelle rien ne pouvait tenir, car on partait de ce principe essentiellement faux, que l’homme est naturellement bon et que ce sont les lois qui le font méchant en le réglementant. L’homme est en fait le seul animal qui ait eu en lui l’instinct pervers de dominer, et d’esclavager son semblable et s’il s’agit de la femme, de tirer d’elle, par la force, à laquelle elle opposera la ruse, son assouvissement immédiat et brutal. Mallet du Pan raconte qu’en 1788, il vit à Paris, Marat soulever la foule, dont il était alors inconnu, en lui lisant à haute voix des passages du Contrat social. Ainsi la Révolution partant de la folie, aboutissait-elle naturellement au crime, et le glaive de la Justice, dans ses mains, devint la guillotine. »

                                                                                                                                        Léon Daudet, Sauveteurs et incendiaires, Flammarion, 1941

S’agit-il d’un livre politique ou d’un livre de critique littéraire ? On peut se le demander quand on lit l’article consacré à Emile Zola. En fait, cette étude est à la fois politique et littéraire puisqu’elle touche à l’influence politique du livre et du journal. Léon Daudet étudie en psychologue un aspect de la Révolution : le malaise moral du révolutionnaire qui fait de lui un « incendiaire ». Les êtres humains ne forment pas des blocs : le caractère incendiaire apparaît chez des hommes qui, sans le levain de la révolte déposé par de mauvaises lectures, seraient des personnes normales et utiles à la société. Daudet rapporte que Michelet a noté que les révolutionnaires qui livraient aux égorgeurs, pendant les massacres de septembre, prêtres, « ci-devant » et bourgeois suspects, hésitaient parfois entre l’admiration, voire l’affection pour leurs victimes et la fureur sanguinaire. L’idéologie les faisait basculer dans la haine sociale.

Léon Daudet va nous montrer des incendiaires et des esprits qui combattent les méfaits de la subversion, et pour souligner la complexité de notre nature, il analysera des caractères qui présentent les deux aspects. Il commencera par Rousseau qu’il considère comme la source de tout le malaise de la pensée moderne, et les pages qu’il lui consacre rappellent les fortes pages de la préface de Romantisme et Révolution. Maurras y écrit : « Si dénués qu’ils fussent de philosophie générale, Montesquieu et Voltaire avaient pour eux un grand savoir, l’exercice de la raison et ce sens naturel des proportions humaines, le bon goût et le sens commun… Mais le misérable Rousseau ! » Ainsi, pour reprendre la terminologie de Léon Daudet, Maurras voyait en Montesquieu et Voltaire des incendiaires tempérés par d’excellents côtés, tandis que Jean-Jacques représente l’incendiaire à l’état pur qui, après avoir perverti la sensibilité et la morale, lancera le Contrat social comme un brandon dans les intelligences de la fin du XVIIIe siècle.

Après avoir parlé de Rousseau dans sa préface, Léon Daudet commence son étude par Choderlos de Laclos : « beaucoup moins connu que Rousseau, il a été sans doute plus agissant ». Laclos était d’autant plus dangereux qu’il était parfaitement conscient du mal qu’il faisait, comme le Valmont de ses Liaisons dangereuses. Nous indiquons l’admirable étude sur Diderot et il faut lire les pages sur Karl Marx, incendiaire à cent pour cent.

Jules Vallès fut « réfractaire et incendiaire », comme Restif de la Bretonne dont La vie de mon père est un éloge de la famille traditionnelle, de ses vertus et de ses bienfaits au milieu d’une œuvre profondément destructrice. Léon Daudet passe aussi en revue de véritables sauveteurs qui opposent aux incendiaires leur talent au service de leurs idées, Balzac, sauveteur de la société, Le Play ou le salut par la famille, Mistral, constructeur et sauveteur. La grande leçon donnée par Léon Daudet est que le combat culturel est intimement lié au combat politique.

                                                                                                                                                                                                                           Gérard Baudin

 

 

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Léon DAUDET

Les pages, présentées ici pour le quatre-vingtième anniversaire de la mort de Léon Daudet, sous le titre Le petit monde de Léon Daudet, sont des éléments de présentation aussi large que possible du monde dans lequel Léon Daudet s’est ébroué, et que révèlent page après page les volumes qu’il a livrés au public pendant plus d’un demi-siècle, un monde qui, littérairement parlant, va de Barbey d’Aurevilly à Gide.

Aux portraits de ces hommes et de ces femmes, aux images des salons mondains, à celles de la vie sociale de ce temps, des milieux intellectuels, presse, théâtre, du monde de la politique, du jeu des intérêts et des passions, le témoin et peintre Léon Daudet apporte, avec sa revendication de la véracité, la touche d’originalité et de drôlerie qui lui est propre.

L’auteur de cette étude, Philippe Champion, ancien directeur de L’Action Française 2000, est membre du Comité Directeur de l’Action Française.

Léon DAUDET

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour le Salut National – 18 mars 2023 – journée d’Action Française

Pour le Salut National – 18 mars 2023 – journée d’Action Française

JOURNEE D’ACTION FRANÇAISE

18 MARS 2023 à PARIS

POUR LE SALUT NATIONAL

Journée AF 2023

À l’occasion des 70 ans de la mort de Charles Maurras

Une France en décomposition, une civilisation blessée au cœur, l’affirmation de nouveaux dangers comme le grand remplacement, l’ultra-libéralisme ou le transhumanisme… Jamais autant que sous nos yeux ne se sont vérifiées les idées de l’Action Française qui œuvre depuis plus de 120 ans pour le salut national. Nous nous adressons avant tout aux « nationaux », qui croient encore possible une victoire sortie des urnes, nous nous adressons à la jeunesse de France qui veut résister, nous nous adressons aux catholiques qui méprisent l’action politique, nous nous adressons enfin à tous ceux qui croient la « Maison France » destinée à sombrer définitivement : venez, mettez-vous à l’école d’Action Française, soyez les derniers remparts de la Cité !

PROGRAMME

10 heures : messe pour la France

12 heures 30 : apéritif et banquet d’AF
14 heures 30 : prises de paroles de Stéphanie Bignon, Philippe Champion, Monsieur K, Franck Bouscau, Philippe Prévost, Marion Sigaut, Jérôme Bourbon

Voici les thèmes des conférences :

Avec l’Action Française, le politique sans fards, par Philippe Champion.

La controverse Barrès/Maurras: république ou Monarchie ?, par Franck Bouscau.

L’Action Française, une condamnation à perpétuité ?, par Philippe Prévost.

Le libéralisme, voilà l’ennemi !, par Marion Sigaut

Avoir raison ne suffit pas, par Monsieur K.

L’Action Française ou l’Intelligence française contre l’asservissement, Stéphanie Bignon. 

 

Choix de nombreux livres, notamment ceux de notre maison d’édition.

Pour s’inscrire (avant le 14 mars au plus tard), https://lactionfrancaise.fr/journee-daction-francaise-2023-2

Pourquoi le 6 février 1934 a été stérile : l’analyse de Maurice PUJO

Pourquoi le 6 février 1934 a été stérile : l’analyse de Maurice PUJO

Pourquoi les manifestations de janvier et février 1934, dont celle du 6 février, n’ont pas débouché sur ce changement de régime pour lequel travaillait l’Action Française ? Maurice Pujo, après avoir conduit la campagne de l’AF sur l’affaire Stavisky et dirigé l’action des Camelots du Roi, en a donné l’explication dans La Nouvelle Revue Universelle du 15 juillet 1938 : sans une Action Française suffisamment forte et reconnue, l’union des patriotes est stérile. La leçon vaut pour aujourd’hui.


À force de le répéter, les gens du Front populaire ont fini par croire que le Six Février était le résultat d’une terrible conjuration tramée de toutes pièces par d’affreux « fascistes » contre les institutions républicaines.

Rien ne correspond moins à la réalité. Le 6 Février a été, à son origine, le sursaut national le plus spontané, le plus pur d’arrière-pensées. Il a été la révolte de l’honnêteté et de l’honneur français contre un scandale qui était une des hontes naturelles et cachées du régime : le pillage de l’épargne sans défense avec la complicité des gouvernants qui en ont la garde. 

Sans doute, ce scandale a été mis en lumière, développé, « exploité », si l’on veut, par des patriotes conscients qui étaient les hommes de l’Action française. Là-dessus, M. Bonnevay, président de la Commission du Six Février, ne s’est pas trompé lorsqu’il nous a désignés comme les responsables de la mobilisation de l’opinion et de la rue.

C’est nous qui avons publié les deux fameuses lettres Dalimier qui avaient été, aux mains de Stavisky, les instruments de l’escroquerie. C’est nous qui, par nos premières manifestations, avons chassé du ministère ce Dalimier qui se cramponnait. C’est nous qui, pendant trois semaines, encadrant tous les patriotes accourus à nos appels, avons fait à dix reprises le siège du Palais-Bourbon. C’est nous qui, par cette pression sur le gouvernement et les parlementaires, avons arraché chaque progrès de l’enquête, empêché chaque tentative d’étouffement. C’est nous aussi qui avons publié la preuve de la corruption d’un autre ministre, Raynaldi, et c’est nous qui, en rassemblant des dizaines de milliers de patriotes, le 27 janvier, au centre de Paris, avons chassé le ministère Chautemps qui cherchait à se maintenir […]

Tenter le coup ?

Dira-t-on que nous envisagions le renversement du régime ? Eh ! nous ne cessons jamais de l’envisager ! Nous avons, dès nos débuts, proclamé que nous formions une conspiration permanente pour la destruction de la République, cause organique de nos maux, et pour la restauration de la monarchie, qui seule pourra les guérir.

Mais, en menant la chasse aux prévaricateurs complices de Stavisky, nous n’avions pas visé, de façon préconçue, cet heureux événement. Il y avait des services immédiats à rendre à la France ; nous les lui rendions. Si, au terme de cette crise, la restauration de la Monarchie pouvait être tentée, nous n’en manquerions certes pas l’occasion. C’est seulement un fait qu’il n’y a pas eu d’occasion parce que les conditions nécessaires ne se sont pas trouvées réunies.

C’est ce que nous devons répondre à ceux qui, nous faisant le reproche inverse de celui de M. Bonnevay, estiment que nous aurions dû « tenter le coup ». Il y avait sans doute – ce qui est important – un malaise incontestable qui, au-delà des hommes au pouvoir, était de nature à faire incriminer le régime. Il y avait même, à quelque degré, dans l’esprit public, un certain état d’acceptation éventuelle d’un changement. Il y avait aussi l’inorganisation relative et le sommeil des éléments actifs chez l’adversaire socialiste et communiste. Mais ces conditions favorables, en quelque sorte négatives, ne pouvaient suppléer à l’absence de conditions positives indispensables pour avoir raison de cette chose solide par elle-même qu’est l’armature d’un régime resté maître de son administration, de sa police et de son armée. Et il faut un simplisme bien naïf pour s’imaginer qu’en dehors des jours de grande catastrophe où les assises de l’État sont ébranlées, comme au lendemain de Sedan, le succès peut dépendre d’un barrage rompu…

Pourquoi Monk n’a pas marché

Ce qui a manqué au Six Février pour aboutir à quelque chose de plus substantiel que des résultats « moraux », c’est – disons-le tout net – l’intervention de ce personnage que Charles Maurras a pris dans l’Histoire pour l’élever à la hauteur d’un type et d’une fonction, l’intervention de Monk. Un Monk civil ou militaire qui, du sein du pays légal, étant en mesure de donner des ordres à la troupe ou à la police, eût tendu la main à la révolte du pays réel et favorisé son effort. Un Monk assez puissant non seulement pour ouvrir les barrages de police, aussi pour assurer immédiatement le fonctionnement des services publics et parer à la grève générale du lendemain.

La question de ce qu’on a appelé à tort l’échec du Six Février se ramène à celle-ci : pourquoi Monk n’a-t-il pas marché ?

Répondra-t-on qu’il n’a pas marché parce qu’aucun Monk n’existait ? Il est certain que personne ne s’était désigné pour ce rôle. Mais c’est essentiellement un domaine où le besoin et la fonction créent l’organe. Il y aurait eu un Monk et même plusieurs si les circonstances avaient été telles qu’elles pussent lui donner confiance.

Certains s’imaginent qu’ils décideront Monk par la seule vertu de leurs bonnes relations avec lui et dans quelques conciliabules de salon. Singulière chimère ! Monk éprouve très vivement le sentiment de sa responsabilité. Ce n’est qu’à bon escient qu’il acceptera les risques à courir pour lui-même et pour le pays et il a besoin de voir clairement les suites de son entreprise. Devant apporter une force matérielle qui est tout de même composée d’hommes, il a besoin de pouvoir compter, pour le soutenir, sur une force morale assez puissante. Il ne réclame pas de civils armés – c’est là l’erreur de la Cagoule – qui doubleraient inutilement et gêneraient plutôt les soldats, mais il veut trouver autour de lui, lorsqu’il descendra dans la rue, une « opinion » claire, forte et unie.

Et cela n’existait pas au Six Février. Si les manifestants étaient unis par le sentiment patriotique et le mépris de la pourriture politicienne, ils n’avaient pas d’idée commune sur le régime qui conviendrait à la France pour la faire vivre « dans l’honneur et la propreté ». De plus, les rivalités de groupes et les compétitions des chefs empêchaient même que, séparés dans la doctrine, ils pussent s’unir dans l’action.

Depuis le début de l’affaire Stavisky jusqu’au 27 janvier où notre manifestation des grands boulevards renversa le ministère Chautemps, il y avait eu, dans l’action, une direction unique : celle de l’Action française. C’est à ses mobilisations que l’on répondait ; c’est à ses consignes que l’on obéissait. (On lui obéit même le jour où, en raison de la pluie et pour épargner un service plus pénible à la police, nous renonçâmes à la manifestation) Mais, à partir du 27 janvier, devant les résultats politiques obtenus et ceux qui s’annonçaient, les ambitions s’éveillèrent, et les groupements nationaux préparèrent jalousement, chacun de son côté, leur participation à une action dont ils comptaient se réserver le bénéfice. Cette agitation et cette division ne firent que croître, après la démission de M. Chiappe, préfet de police, survenue le 3 février.

Aucune entente

La Commission d’enquête a cherché un complot du Six Février. Mais il n’y avait pas un complot pour la bonne raison qu’il y en avait cinq ou six qui s’excluaient, se contrariaient et se cachaient les uns des autres. Il y en avait dans tous les coins et sur les canapés de tous les salons. On peut se rendre compte qu’il n’y avait aucune entente entre les groupes divers en examinant les rendez-vous qu’ils avaient donné pour la soirée historique, et les dispositions qu’ils avaient prises, sans parler des manœuvres qu’ils firent et dont à peu près aucune n’était d’ailleurs préméditée.

Si, par impossible, les patriotes l’avaient emporté dans de telles conditions, s’ils avaient chassé le gouvernement et le parlement, le désaccord entre eux n’aurait pas manqué d’apparaître presque aussitôt et les gauches vaincues n’auraient pas tardé à reprendre le pouvoir.

C’est à quoi le Monk inconnu, le Monk en puissance, devait songer. C’est pourquoi il s’est abstenu d’une intervention qui aurait été stérile. C’est pourquoi la journée du Six Février n’a pas donné de plus grands résultats.

Maurice Pujo

 

Vaincre ou mourir, un immense succès qui fait scandale

Vaincre ou mourir, un immense succès qui fait scandale

Petit rappel historique, en 1983, avant donc le bicentenaire de la Révolution, le premier à monter aux créneaux, Reynald Secher présente une thèse universitaire de doctorat  : Contributions à l’étude du génocide franco-français, La Vendée-Vengé. Il ne découvrira qu’en 2011 aux Archives Nationales, les plans d’extermination et d’anéantissement. Plans qui seront publiés dans son livre Vendée, Du génocide au Mémoricide, (éditions du Cerf). Avoir contredit  le credo républicain lui coûte le poste à l’université qu’il devait avoir. Premier scandale !

Il  produit alors deux longs métrages sur la guerre de Vendée et la Virée de Galerne, introuvables aujourd’hui sauf sur son site Reynald Secher éditions. Ce sont des récits historiques entrecoupés d’entretiens avec des historiens, Jean Meyer, Pierre Chaunu et Jean Tulard auxquels Reynald avait présenté sa thèse de doctorat.

Puis Daniel Rabourdin nous offre en 2016… une première approche de ce que Reynal Secher a justement nommé le premier génocide « progressiste » commis au nom de la justice sociale de la révolution française des droits de l’homme, mais pas tous les hommes, sans les aristocrates et sans les vendéens qui refusent d’être enrôlés dans une guerre qui ne les concerne pas,  veulent garder leurs prêtres et continuer à prier.

Ce film était déjà un mélange de réflexions d’historiens, Reynald Secher et Stéphane Courtois, et d’une fiction centrée sur l’histoire d’une famille autour de la belle et talentueuse Clémentine Stepanof. Le film commence par l’irruption, dans un village, de commissaires de la République pour enrôler de force les paysans.

Cette révolution a inspiré tous les acteurs de la révolution soviétique puis maoïste. François Furet et Hannah Arendt verront bien en la Révolution « la matrice des totalitarismes ». Stéphane Courtois a pu écrire : « Lénine assimilait les Cosaques à la Vendée pendant la Révolution française et souhaitait leur appliquer le traitement que Gracchus Babeuf qualifiait dès 1795 de populicide ». Second film donc inspiré par l’œuvre de  Reynald Secher, film inspiré, très réussi, émouvant jusqu’aux larmes et  que l’on peut visionner en famille pour contrer l’enseignement républicain sur les bénéfices de cette fin de la monarchie.  L’auteur, Daniel Rabourdin, est un grand catholique franco-américain qui a longtemps travaillé aux USA pour la chaîne Radio Maria.

« On a tué notre roi, on a chassé nos prêtres et vendu les biens de notre Eglise, où est l’argent, ils ont tout mangé, ils veulent maintenant notre corps ; non ils ne les auront pas ».

Film à petit budget mais beau film efficace qui réparait deux siècles d’omerta parfaite. Peu de salles le visionne et  la critique répond par un silence étourdissant, toujours l’omerta. C’était en 2016. Second scandale.

En 2017, la même année, Le Puy du Fou offre une nouveau spectacle grandiose, une cinéscenie, dans son Theâtre des Géants : Le dernier Panache ou le destin de Charette, officier de marine, héros de la guerre d’indépendance américaine, revenu sur ses terres où il est sollicité ardemment par ses villageois de prendre la tête de leur  révolte. Succès immédiat, consacré par le prix du meilleur spectacle européen puis à Los Angeles, meilleur spectacle mondial.

8 ans plus tard, le Puy du Fou produit son premier film, Vaincre ou mourir, devise du Général Charette et portrait magnifique de ce dernier. Après quelques considérations historiques de 3 historiens dont Reynald,  le héros apparaît sur l’écran , accepte de prendre la tête d’une armée catholique et royale alors qu’ils n’ont pas d’armes et que l’ennemi est puissant. Un héros qui laisse la vie sauve aux soldats républicains au début des combats, un héros qui va jusqu’au bout de son engagement alors que le comte d’Artois n’est pas venu à leur aide et que les bleus ont tué Louis XVII.

Le film est d’une grande poésie, offrant belles images, grands acteurs, chevaux magnifiques,  les personnages secondaires sont très présents et attachants.

Les scènes les plus cruelles ont été évitées , mais la vérité de l’extermination des Vendéens par l’épée, le fusil ou la noyade est bien révélée. Bref, grand succès dès le samedi  28 janvier, les Français découvrent avec bonheur qu’après Henri IV un second panache blanc a surgi dans le ciel de France.

Que dit le héros : « Notre patrie à nous, c’est nos villages, nos autels, nos tombeaux, tout ce que nos pères ont aimé avant nous. Notre patrie, c’est notre Foi, notre terre et notre Roi… Mais leur patrie à eux, qu’ est-ce que c’est ? Vous le comprenez, vous ? Ils veulent détruire les coutumes, l’ordre, la tradition. Alors qu’est ce que c’est cette Patrie narguante du passé, sans fidélité, sans amour ? Cette Patrie de billebaude et d’irréligion ? Beau discours, n’est-ce pas ? Pour eux, la Patrie semble n’être qu’une idée ; pour nous elle est une terre, ils l’ont dans le cerveau, nous l’avons sous les pieds… Il est vieux comme le diable, le monde qu’ils disent nouveau et qu’ils veulent fonder dans l’absence de Dieu… On nous dit que nous sommes les suppôts des vieilles superstitions ; faut rire ! Mais en face de ces démons qui renaissent de siècle en siècle, sommes une jeunesse, Messieurs ! Sommes la jeunesse de Dieu. La jeunesse de la fidélité ! Et cette jeunesse veut préserver pour elle et pour ses fils, la créance humaine, la liberté de l’homme intérieur… » Texte d’une actualité fulgurante.  En parallèle, citons le général de brigade Westermann et sa fierté d’avoir obéi à la République, au soir de la bataille de Savenay : « Il n’y a plus de Vendée, citoyens républicains. Elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l’enterrer dans les marais et dans les bois. Suivant les ordres que vous m’aviez donnés, j’ai écrasé les enfants sous les sabots des chevaux, massacré les femmes, qui, au moins pour celles la n’enfanteront plus de Brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé. »

Se révèlent d’un côté la noblesse des  » brigands », de l’autre la fureur criminelle des bons républicains.

Scandale donc dans les médias de grands chemins. S’en est trop pour une caste de journaleux gauchards. Injures, anathèmes et idioties jusque dans ce petit  article du Figaro qui décrit  le film comme violent, sanglant, bruyant et agressif.  Ce n’est pas en effet une danse villageoise… la Première République a bien été coupable de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide. Le diplomate et juriste Jacques Villemain l’a clairement démontré (Génocide en Vendée 1793-1794 CERF). Qu’importe, le film existe, la mémoire des victimes est honorée et les criminels désignés. Le public, 96 000 au  30 janvier applaudit à chaque séance.

Dernière trouvaille de Reynald Secher qui est aussi un excellent  archéologue, après avoir  découvert et restauré une vieille chapelle enfouie sous le lierre, retrouvé les traces du  cloître d’un prieuré et l’avoir reconstruit à La Chapelle Basse Mer, il relève à Challans, dans un champs appartenant à sa famille, une croix érigée en mémoire d’un officier blanc inconnu, assassiné là. Et quelques mois plus tard il apprend par un ami voisin que reposait à cet endroit  le Général de Couëtus, le plus proche soutien de Charette, magnifique personnage dans le film Vaincre ou mourir. ..

Merci à cette chaîne de Vendéens contemporains, Reynald Secher, Daniel Rabourdin, Philippe de Villiers et son fils Nicolas de rappeler les sacrifices de leurs ancêtres, leur héroïsme qui les conduit à la mort, leur culte voué à notre terre, au Roi,  à nos  prêtres et à Dieu. Plus personne ne pourra dire : nous ne savions pas.  Nous avions bien besoin de  ce message de Charette, la liberté de l’homme intérieur est sacrément abîmée ces temps derniers. Voilà le dernier scandale. Au fait n’ y aurait il pas d’autres exterminations en cours ?…..

Anne Brassié