Esteban, Pierre et Clément

Esteban, Pierre et Clément

Il n’y a rien à dire. Pierre Palmade est un meurtrier, pas un assassin. Il a tué sans l’avoir prémédité ni même voulu, faute d’avoir prévu que sa façon de vivre et ses actes pouvaient provoquer mort d’homme. Il a honte, comme Adam et Eve chassés du paradis terrestre eurent honte, comme nous aurions tous honte si la part mauvaise et cachée de notre vie était révélée et qu’elle engendrait une horrible catastrophe, comme nous aurons honte en nous présentant devant notre Souverain Juge. La justice humaine va demander réparation, il s’y soumettra, c’est dans l’ordre des choses. Nous n’avons qu’à prier pour ses victimes et pour lui.

Le bruit mené autour de cette affaire, outre sa fonction de diversion (et de distraction, hélas), indique aussi pourtant, du point de vue politique, une tendance regrettable de l’appareil judiciaire et médiatique français à propager une morale à deux vitesses. Voyons pour mettre cela en lumière un autre homicide involontaire, survenu lors de la rixe le 5 juin 2013 rue Caumartin dans le neuvième arrondissement de Paris. Cet après-midi là des antifascistes et des JNR se sont rencontrés fortuitement à une vente de vêtements Fred Perry. Les antifas provoquent verbalement les fachos, moins nombreux, puis les attendent quarante minutes à la sortie. Chaque groupe rameute du renfort par téléphone, puis, à la sortie des fachos, c’est la castagne, durant laquelle l’un des antifas venus en renfort, Clément Méric, meurt, frappé d’au moins deux coups de poing à la face par Esteban Morillo, venu à la rescousse de l’autre côté. A dix-huit ans, Méric est un militant « connu des services spécialisés comme appartenant à un groupe de militants d’extrême gauche qui recherchaient la confrontation avec les militants d’extrême droite ». C’est pour cela que ses copains l’ont appelé, bien qu’il soit physiquement une crevette, sous dialyse pour corser la chose. Il rattrape sa faiblesse par la ruse et l’agressivité. Il a été filmé en d’autres occasions, le foulard sur le visage afin de masquer son identité, donnant des coups de poing armé d’une chevalière pour blesser ses adversaires, puis ôtant son foulard et retournant le chaton vers la paume pour passer, avec sa gueule d’ange, devant les policiers. Une vidéo fixe de surveillance montre ses pieds, le 5 juin 2013, tournant autour de Morillo avant de se faire sécher. La bagarre a duré sept secondes. Trop heureux d’avoir enfoncé des gauchistes plus nombreux, les fachos filent sans demander leur reste. Ils ne savent pas que Méric est « en état de mort cérébrale ». Il décèdera le lendemain.

Là-dessus les médias et la justice française vont monter toute une fantasmagoriepour dénoncer la « violence de l’extrême-droite » (selon un procédé classique d’inversion), et le procureur de Paris, Démolins, va même un moment, retenant des témoignages fantaisistes manifestement orientés, qualifier l’affaire en « homicide volontaire ». La chose servira un dessein politique immédiat, la dissolution de Troisième Voie, mouvement auquel étaient rattachés les fachos incriminés. Puis elle sera abandonnée, trop évidemment ridicule. Mais le parti pris continuera. Le procès n’aura lieu qu’en 2018, devant une cours d’assise de Paris grossièrement partisane, après que Morillo aura fait dix-huit mois de prison préventive. Dix-huit mois pour Esteban, à comparer au bracelet électronique de Pierre, et aux louanges tressées à Clément.

Pierre savait que conduire sous cocaïne pouvait provoquer un accident mortel. Esteban savait-il que se battre dans la rue pouvait provoquer un accident mortel ? Oui, aussi. La différence tient dans les victimes. La famille kurde n’a commis d’autre faute que d’être là. Clément a commis la faute d’avoir choisi d’être là, parce qu’il voulait casser du facho, interdire la rue aux fachos, ces gens qui, pour reprendre ses mots en ce 5 juin, « ne devraient même pas exister ». Son intolérance et sa haine, sa totale inconscience des risques encourus (il relevait de leucémie) ont mis Clément au contact du poing mortel. La famille kurde, elle, roulait tranquillement sur une route. Pourtant, le système a poursuivi Esteban avec une rigueur proche de l’hystérie, réservant sa complaisance à Pierre.

Nous souffrons ainsi d’une justice de classe ou plus exactement d’une justice de caste. Des juges bobos, solidaires du bobo Méric (fils de profs de gauche), ont plombé le prolo natio Morillo avec l’approbation des médias bobos. Des juges et des médias bobos tentent d’épargner le bobo Palmade. Précisons que dans bobo, le bourgeois compte moins que la bohème, ce qui excite la préférence du système c’est toujours la chienlit intellectuelle et morale, l’inversion, la drogue, la haine de l’ordre. Le narcissisme arc-en-ciel se complaît dans sa propre image.

Martin Peltier

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Face aux rêvasseries des Droits de l’Homme : Politique d’abord ! 

Face aux rêvasseries des Droits de l’Homme : Politique d’abord ! 

 
Depuis le 26 août 1789, les Droits de l’Homme ne cessent d’imposer l’idée que l’individu est l’alpha et l’oméga de toute réflexion politique, ce qui revient à poser tout problème en termes de droits, donc en termes conflictuels, et débouche sur des luttes stériles et suicidaires entre clans, entre partis, entre lobbies. Puisque l’individu tant flatté est lui-même le fondement du droit, ses moindres désirs peuvent s’ériger en absolus et doivent alors, même s’ils sont contre-nature, être reconnus par la loi. Et malheur à quiconque s’y oppose au nom des lois non écrites ! Voilà donc la plus antipolitique des idéologies, espèce de théocratie sans Dieu, devenue la seule norme d’une société qui ne veut plus de normes ! Véritable histoire de fou. Et si encore lesdits Droits avaient amélioré l’espèce humaine ! En fait depuis deux siècles on a connu les pires guerres, massacres et génocides, nullement empêchés, parfois même justifiés par cette croyance laïque et obligatoire.
                                                       
 L’ordre naturel 
 
Que voulait dire le serment du sacre des rois de France, parlant de « rendre justice à chacun selon ses droits » ? Tout simplement que dans l’ancienne France, chaque Français jouissait de libertés, donc de droits en tant que membre de telle communauté dans laquelle son bien propre s’ordonnait au bien général selon toute une hiérarchie de droits et de devoirs (familiaux, communautaires, professionnels, provinciaux, nationaux…) que couronnait le roi incarnant le bien commun, reliant le temporel au surnaturel.
On savait alors, avec Aristote et saint Thomas, que l’homme « animal politique » n’a pas de besoin plus pressant que d’être membre du corps politique pour y recevoir, proportionnellement à sa place, à sa fonction, ce qui est juste, ce qui est son droit.
Peut-on croire que dans une telle société l’individu était étouffé ? Ce serait oublier que sous quelque régime que ce soit, est inscrite dans le cœur de chacun de nous la loi naturelle, la loi de la raison droite. Cette donnée immédiate de la conscience doit être cultivée par l’éducation, par la formation de l’intelligence et de la volonté, afin d’assurer l’articulation entre la liberté du sujet et son ordonnancement au bien objectif. Elle ne peut être soumise aux options d’aucun législateur ici- bas. Elle est la source de ce que les sociétés chrétiennes ont toujours appelé les droits fondamentaux, naturels, imprescriptibles de chaque homme.
Le père de Clorivière, dans ses Études sur la Révolution (1793) les définissait ainsi :
1) la connaissance de la Vérité ;
2) la poursuite du bien nécessaire à son bonheur et à sa fin ;
3) la liberté ou le pouvoir de faire tout ce qui n’est pas contraire au devoir ;
4) la conservation de sa personne et de ses biens. Les deux premiers sont absolus, les deux derniers le sont dans la mesure où l’on n’a pas mérité de les perdre par quelque crime.
Voilà des droits qui n’érigent nullement l’individu en absolu ; ils l’ordonnent au bien et chacun a le devoir de les défendre même au prix de sa vie, quand, par exemple, une autorité abuse de ses prérogatives, ou quand un État brade une nation ou lui impose une législation contraire à la religion et à la morale. L’objection de conscience est alors légitime défense. Pour apprendre à résister à tous les Néron, Staline ou Hitler, à tous les avorteurs, à tous les violeurs des âmes et des corps en ce bas monde, une bonne et vigoureuse formation de la conscience suffit, il n’y avait nul besoin d’une Déclaration tonitruante de Droits qui, le plus souvent, abandonnent les consciences à tous les vents médiatiques. 
 
Qui est l’Homme ?
 
« Libérer » l’homme de tout ordre naturel, l’arracher aux rapports nécessaires entre individus et communautés, à tout agencement de finalités liées à des situations données : tel fut le but des auteurs de la Déclaration de 1789. Chacun n’a plus qu’une destinée personnelle, la société n’est qu’une juxtaposition d’individus cohabitant par hasard, et le droit se rapporte uniquement à ceux-ci, sans référence au bien commun ; il n’a plus sa source qu’en l’homme lui-même et les droits deviennent subjectifs. L’absurdité de cette construction philosophique purement rationaliste fut ainsi exposée par le professeur Michel Villey : « Le droit est un rapport entre des hommes, multilatéral. Comment pourrait-on inférer une relation couvrant plusieurs termes d’un terme unique, l’homme ? » (Le Droit et les Droits de l’homme, PUF, 1983). L’Homme des Droits de l’Homme est un homme abstrait, « libéré » de tout ce qui le caractérise, de toute attache à une famille, à un métier, à une région, à une nation, à une religion et même à un sexe… En somme un homme qui n’existe pas, mais qu’il importe de créer : un homme nouveau (caricature de l’Évangile) qui refera le monde à son image, un homme devenu simple atome social, coupé de toute transcendance, afin de renaître en s’autodivinisant. Les Droits de l’Homme constamment martelés aboutissent à une confusion des ordres : changer l’homme, cela relève non de la politique, mais de la morale !
 
Théocratie
 
Les vigoureuses libertés traditionnelles des forces vives du pays survivent comme elles le peuvent dans cette permanente incitation aux revendications individualistes qui aboutit à la déification de tous les désirs voire de toutes les pulsions. Et malheur à celui qui, au risque de se faire remarquer par la HALDE et autres officines de vertu républicaine, oppose la Vérité, l’héritage historique, les lois naturelles et surnaturelles, le respect de la vie à naître, la défense de la famille…, à toutes ces pressions entretenues dans et par les médias pour faire entrer dans la loi leurs propres fantasmes ! On est en pleine « démocratie des mœurs » : l’État s’arroge le droit de légiférer en matière de mœurs. Est désormais tenu pour moral ce qui est légal, la démocratie sert de « substitut à la morale ». Cela s’appelle la tyrannie. Sur le plan international aussi, les grands rabbins des Droits de l’Homme portent d’énormes responsabilités dans bien des guerres et bien des interventions catastrophiques, pour apprendre, par exemple, la démocratie aux pays arabes… Il ne faut toutefois pas croire que cette théocratie sans Dieu puisse s’éterniser. Puisqu’elle n’est que subjectivisme, moralisme et bourrage de crânes, lui barreront un jour la route ceux qui diront Politique d’abord. Il n’y a pas de plus grand remède aux rêvasseries droits-de-l’hommistes que le réalisme, l’observation objective des lois naturelles et de l’expérience séculaire, en somme que l’empirisme organisateur que nous a enseigné Charles Maurras. 
                                                                                                                        Michel Fromentoux 

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International : Dernières nouvelles du Haut-Karabakh

International : Dernières nouvelles du Haut-Karabakh

Nous vous prions de bien vouloir nous excuser pour l’impudeur dont nous faisons preuve en détournant momentanément notre regard de l’Ukraine pour nous occuper d’un autre conflit, bien moins intéressant pour les médias, celui qui détruit lentement mais sûrement le Haut-Karabakh !

Haut-Karabagh

Après la guerre qui fit rage entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie en 2020 et après l’agression azerbaïdjanaise de mars 2022 où cette région du monde subit encore une fois une nouvelle invasion azérie qui provoqua de nombreux morts et de nombreux blessés – Nous vous renvoyons à notre précédent article sur le sujet : International : l’Artsakh est attaqué ! – L’Action Française (lactionfrancaise.fr), qu’en est-il aujourd’hui ? Quelles sont les dernières nouvelles de ce conflit ?

Malheureusement, ce peuple martyr subit encore de nouvelles agressions, non pas armées et retentissantes, celles-ci attirent bien trop l’attention – et encore ! -, mais d’autres, d’une manière plus fourbe et plus discrète… Quand le bruit du coup de fusil fait trop de bruit, ne vaut-il mieux pas étrangler doucement son adversaire ? Oui, la situation est dramatique pour les Arméniens. Le couloir de Latchine, qui relie le Haut-Karabakh à l’Arménie, est bloqué depuis deux mois par l’Azebaïdjan. Comme le souligne le chercheur Tigrane Yégavian pour Sud Ouest (15/02/2023) :

“Seule la Croix-Rouge peut encore rentrer. Les 120 000 habitants manquent de tout : aliments de base, médicaments, lait et couches pour enfants. Les réserves sont à sec, les gens ont des coupons de rationnement. Les écoles sont fermées… On ne peut plus évacuer malades et grands blessés vers les hôpitaux d’Erevan”.

Comme dans beaucoup de domaines, il existe de vrais blocus et de faux blocus, celui-ci est réel et total ! Les nombreux témoignages qui nous reviennent parlent effectivement de pharmacie vide, de nourrissons nourris à la farine – quand ils en trouvent ! -, d’habitants souffrant du noir et du froid, mais aussi de familles séparés qui ne peuvent se retrouver ! Le corridor de Latchin est coupé depuis le 12 décembre. Ce matin-là, vers 10h30 heure locale, des Azerbaïdjanais, se présentant comme des militants écologistes protestant contre des mines illégales dans la région, coupent la route reliant la ville de Goris à Stepanakert. Un faux prétexte, bien sûr ! Avez-vous déjà vu de tels mouvements écologistes dans un pays, l’Azerbaïdjan, qui ne vit que des énergies fossiles ?

Il s’agit bien de membres des services spéciaux azerbaïdjanais qui ont un objectif clair et affiché : créer une pression psychologique sur les arméniens pour que ceux-ci quittent le territoire tant convoité ! Les Arméniens craignent que la guerre ne reprenne et que leur pays soit littéralement dépecé, le grand loup turc attendant dans l’ombre l’heure où il pourra se jeter sur ce pays sans défense et sans allié !

L’Azerbaïdjan se sent plus que jamais les coudées franches, d’autant plus qu’il est activement soutenu et encouragé par la Turquie. S’installant de plus en plus dans une logique de retour à l’empire ottoman, Ankara compte bien mettre à profit son partenariat privilégié et sa communauté identitaire avec l’Azerbaïdjan pour poursuivre son rêve de restaurer l’espace turcique dans le Caucase et de faire de cette région un corridor vers les anciennes marches de l’empire ottoman que sont le Turkménistan et le Kazakstan. Le drame de l’Arménie est d’être au beau milieu de ce corridor, coincée entre les frères de Bakou et d’Ankara. D’ailleurs, qu’importe le parti qui remportera les élections en Turquie, il ne pourra que poursuivre cette politique délétère.

Oui ! L’Arménie se retrouve encore seule dans cette sombre confrontation ! Seule dos au mur, les prédateurs face à elle nombreux et voraces ! Certes, l’Iran apporte son soutien diplomatique, certes la Russie reste présente, mais bien occupée ailleurs. Quant à l’Occident, il est bien trop occupé à lorgner les énergies azéries pour soutenir ce petit pays si insignifiant, qui représente si peu dans le concours des nations !

 

                                                                                                                                                                                                                       Guillaume Staub

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Sauveteurs et incendiaires

Sauveteurs et incendiaires

« La Révolution française, intimement associée à la maçonnerie, est un essai de vie humaine en société sans l’idée de Dieu. Elle est un pari qui ne pouvait être que perdu, un pari que devait légitimer un massacre. Elle s’est incarnée dans deux hommes littéralement infernaux, Marat et Robespierre et elle a abouti à Bonaparte. Laclos, l’auteur des Liaisons dangereuses, fut, en littérature, l’un des propagateurs de l’incendie révolutionnaire. Mais il ne fut pas le seul. Avant lui, il y avait eu Rousseau, chez lequel la folie avait pris la forme politique et qui écrivit le Contrat social, table posée de travers et sur laquelle rien ne pouvait tenir, car on partait de ce principe essentiellement faux, que l’homme est naturellement bon et que ce sont les lois qui le font méchant en le réglementant. L’homme est en fait le seul animal qui ait eu en lui l’instinct pervers de dominer, et d’esclavager son semblable et s’il s’agit de la femme, de tirer d’elle, par la force, à laquelle elle opposera la ruse, son assouvissement immédiat et brutal. Mallet du Pan raconte qu’en 1788, il vit à Paris, Marat soulever la foule, dont il était alors inconnu, en lui lisant à haute voix des passages du Contrat social. Ainsi la Révolution partant de la folie, aboutissait-elle naturellement au crime, et le glaive de la Justice, dans ses mains, devint la guillotine. »

                                                                                                                                        Léon Daudet, Sauveteurs et incendiaires, Flammarion, 1941

S’agit-il d’un livre politique ou d’un livre de critique littéraire ? On peut se le demander quand on lit l’article consacré à Emile Zola. En fait, cette étude est à la fois politique et littéraire puisqu’elle touche à l’influence politique du livre et du journal. Léon Daudet étudie en psychologue un aspect de la Révolution : le malaise moral du révolutionnaire qui fait de lui un « incendiaire ». Les êtres humains ne forment pas des blocs : le caractère incendiaire apparaît chez des hommes qui, sans le levain de la révolte déposé par de mauvaises lectures, seraient des personnes normales et utiles à la société. Daudet rapporte que Michelet a noté que les révolutionnaires qui livraient aux égorgeurs, pendant les massacres de septembre, prêtres, « ci-devant » et bourgeois suspects, hésitaient parfois entre l’admiration, voire l’affection pour leurs victimes et la fureur sanguinaire. L’idéologie les faisait basculer dans la haine sociale.

Léon Daudet va nous montrer des incendiaires et des esprits qui combattent les méfaits de la subversion, et pour souligner la complexité de notre nature, il analysera des caractères qui présentent les deux aspects. Il commencera par Rousseau qu’il considère comme la source de tout le malaise de la pensée moderne, et les pages qu’il lui consacre rappellent les fortes pages de la préface de Romantisme et Révolution. Maurras y écrit : « Si dénués qu’ils fussent de philosophie générale, Montesquieu et Voltaire avaient pour eux un grand savoir, l’exercice de la raison et ce sens naturel des proportions humaines, le bon goût et le sens commun… Mais le misérable Rousseau ! » Ainsi, pour reprendre la terminologie de Léon Daudet, Maurras voyait en Montesquieu et Voltaire des incendiaires tempérés par d’excellents côtés, tandis que Jean-Jacques représente l’incendiaire à l’état pur qui, après avoir perverti la sensibilité et la morale, lancera le Contrat social comme un brandon dans les intelligences de la fin du XVIIIe siècle.

Après avoir parlé de Rousseau dans sa préface, Léon Daudet commence son étude par Choderlos de Laclos : « beaucoup moins connu que Rousseau, il a été sans doute plus agissant ». Laclos était d’autant plus dangereux qu’il était parfaitement conscient du mal qu’il faisait, comme le Valmont de ses Liaisons dangereuses. Nous indiquons l’admirable étude sur Diderot et il faut lire les pages sur Karl Marx, incendiaire à cent pour cent.

Jules Vallès fut « réfractaire et incendiaire », comme Restif de la Bretonne dont La vie de mon père est un éloge de la famille traditionnelle, de ses vertus et de ses bienfaits au milieu d’une œuvre profondément destructrice. Léon Daudet passe aussi en revue de véritables sauveteurs qui opposent aux incendiaires leur talent au service de leurs idées, Balzac, sauveteur de la société, Le Play ou le salut par la famille, Mistral, constructeur et sauveteur. La grande leçon donnée par Léon Daudet est que le combat culturel est intimement lié au combat politique.

                                                                                                                                                                                                                           Gérard Baudin

 

 

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Léon DAUDET

Les pages, présentées ici pour le quatre-vingtième anniversaire de la mort de Léon Daudet, sous le titre Le petit monde de Léon Daudet, sont des éléments de présentation aussi large que possible du monde dans lequel Léon Daudet s’est ébroué, et que révèlent page après page les volumes qu’il a livrés au public pendant plus d’un demi-siècle, un monde qui, littérairement parlant, va de Barbey d’Aurevilly à Gide.

Aux portraits de ces hommes et de ces femmes, aux images des salons mondains, à celles de la vie sociale de ce temps, des milieux intellectuels, presse, théâtre, du monde de la politique, du jeu des intérêts et des passions, le témoin et peintre Léon Daudet apporte, avec sa revendication de la véracité, la touche d’originalité et de drôlerie qui lui est propre.

L’auteur de cette étude, Philippe Champion, ancien directeur de L’Action Française 2000, est membre du Comité Directeur de l’Action Française.

Léon DAUDET

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Pour le Salut National – 18 mars 2023 – journée d’Action Française

Pour le Salut National – 18 mars 2023 – journée d’Action Française

JOURNEE D’ACTION FRANÇAISE

18 MARS 2023 à PARIS

POUR LE SALUT NATIONAL

Journée AF 2023

À l’occasion des 70 ans de la mort de Charles Maurras

Une France en décomposition, une civilisation blessée au cœur, l’affirmation de nouveaux dangers comme le grand remplacement, l’ultra-libéralisme ou le transhumanisme… Jamais autant que sous nos yeux ne se sont vérifiées les idées de l’Action Française qui œuvre depuis plus de 120 ans pour le salut national. Nous nous adressons avant tout aux « nationaux », qui croient encore possible une victoire sortie des urnes, nous nous adressons à la jeunesse de France qui veut résister, nous nous adressons aux catholiques qui méprisent l’action politique, nous nous adressons enfin à tous ceux qui croient la « Maison France » destinée à sombrer définitivement : venez, mettez-vous à l’école d’Action Française, soyez les derniers remparts de la Cité !

PROGRAMME

10 heures : messe pour la France

12 heures 30 : apéritif et banquet d’AF
14 heures 30 : prises de paroles de Stéphanie Bignon, Philippe Champion, Monsieur K, Franck Bouscau, Philippe Prévost, Marion Sigaut, Jérôme Bourbon

Voici les thèmes des conférences :

Avec l’Action Française, le politique sans fards, par Philippe Champion.

La controverse Barrès/Maurras: république ou Monarchie ?, par Franck Bouscau.

L’Action Française, une condamnation à perpétuité ?, par Philippe Prévost.

Le libéralisme, voilà l’ennemi !, par Marion Sigaut

Avoir raison ne suffit pas, par Monsieur K.

L’Action Française ou l’Intelligence française contre l’asservissement, Stéphanie Bignon. 

 

Choix de nombreux livres, notamment ceux de notre maison d’édition.

Pour s’inscrire (avant le 14 mars au plus tard), https://lactionfrancaise.fr/journee-daction-francaise-2023-2

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Pourquoi le 6 février 1934 a été stérile : l’analyse de Maurice PUJO

Pourquoi le 6 février 1934 a été stérile : l’analyse de Maurice PUJO

Pourquoi les manifestations de janvier et février 1934, dont celle du 6 février, n’ont pas débouché sur ce changement de régime pour lequel travaillait l’Action Française ? Maurice Pujo, après avoir conduit la campagne de l’AF sur l’affaire Stavisky et dirigé l’action des Camelots du Roi, en a donné l’explication dans La Nouvelle Revue Universelle du 15 juillet 1938 : sans une Action Française suffisamment forte et reconnue, l’union des patriotes est stérile. La leçon vaut pour aujourd’hui.


À force de le répéter, les gens du Front populaire ont fini par croire que le Six Février était le résultat d’une terrible conjuration tramée de toutes pièces par d’affreux « fascistes » contre les institutions républicaines.

Rien ne correspond moins à la réalité. Le 6 Février a été, à son origine, le sursaut national le plus spontané, le plus pur d’arrière-pensées. Il a été la révolte de l’honnêteté et de l’honneur français contre un scandale qui était une des hontes naturelles et cachées du régime : le pillage de l’épargne sans défense avec la complicité des gouvernants qui en ont la garde. 

Sans doute, ce scandale a été mis en lumière, développé, « exploité », si l’on veut, par des patriotes conscients qui étaient les hommes de l’Action française. Là-dessus, M. Bonnevay, président de la Commission du Six Février, ne s’est pas trompé lorsqu’il nous a désignés comme les responsables de la mobilisation de l’opinion et de la rue.

C’est nous qui avons publié les deux fameuses lettres Dalimier qui avaient été, aux mains de Stavisky, les instruments de l’escroquerie. C’est nous qui, par nos premières manifestations, avons chassé du ministère ce Dalimier qui se cramponnait. C’est nous qui, pendant trois semaines, encadrant tous les patriotes accourus à nos appels, avons fait à dix reprises le siège du Palais-Bourbon. C’est nous qui, par cette pression sur le gouvernement et les parlementaires, avons arraché chaque progrès de l’enquête, empêché chaque tentative d’étouffement. C’est nous aussi qui avons publié la preuve de la corruption d’un autre ministre, Raynaldi, et c’est nous qui, en rassemblant des dizaines de milliers de patriotes, le 27 janvier, au centre de Paris, avons chassé le ministère Chautemps qui cherchait à se maintenir […]

Tenter le coup ?

Dira-t-on que nous envisagions le renversement du régime ? Eh ! nous ne cessons jamais de l’envisager ! Nous avons, dès nos débuts, proclamé que nous formions une conspiration permanente pour la destruction de la République, cause organique de nos maux, et pour la restauration de la monarchie, qui seule pourra les guérir.

Mais, en menant la chasse aux prévaricateurs complices de Stavisky, nous n’avions pas visé, de façon préconçue, cet heureux événement. Il y avait des services immédiats à rendre à la France ; nous les lui rendions. Si, au terme de cette crise, la restauration de la Monarchie pouvait être tentée, nous n’en manquerions certes pas l’occasion. C’est seulement un fait qu’il n’y a pas eu d’occasion parce que les conditions nécessaires ne se sont pas trouvées réunies.

C’est ce que nous devons répondre à ceux qui, nous faisant le reproche inverse de celui de M. Bonnevay, estiment que nous aurions dû « tenter le coup ». Il y avait sans doute – ce qui est important – un malaise incontestable qui, au-delà des hommes au pouvoir, était de nature à faire incriminer le régime. Il y avait même, à quelque degré, dans l’esprit public, un certain état d’acceptation éventuelle d’un changement. Il y avait aussi l’inorganisation relative et le sommeil des éléments actifs chez l’adversaire socialiste et communiste. Mais ces conditions favorables, en quelque sorte négatives, ne pouvaient suppléer à l’absence de conditions positives indispensables pour avoir raison de cette chose solide par elle-même qu’est l’armature d’un régime resté maître de son administration, de sa police et de son armée. Et il faut un simplisme bien naïf pour s’imaginer qu’en dehors des jours de grande catastrophe où les assises de l’État sont ébranlées, comme au lendemain de Sedan, le succès peut dépendre d’un barrage rompu…

Pourquoi Monk n’a pas marché

Ce qui a manqué au Six Février pour aboutir à quelque chose de plus substantiel que des résultats « moraux », c’est – disons-le tout net – l’intervention de ce personnage que Charles Maurras a pris dans l’Histoire pour l’élever à la hauteur d’un type et d’une fonction, l’intervention de Monk. Un Monk civil ou militaire qui, du sein du pays légal, étant en mesure de donner des ordres à la troupe ou à la police, eût tendu la main à la révolte du pays réel et favorisé son effort. Un Monk assez puissant non seulement pour ouvrir les barrages de police, aussi pour assurer immédiatement le fonctionnement des services publics et parer à la grève générale du lendemain.

La question de ce qu’on a appelé à tort l’échec du Six Février se ramène à celle-ci : pourquoi Monk n’a-t-il pas marché ?

Répondra-t-on qu’il n’a pas marché parce qu’aucun Monk n’existait ? Il est certain que personne ne s’était désigné pour ce rôle. Mais c’est essentiellement un domaine où le besoin et la fonction créent l’organe. Il y aurait eu un Monk et même plusieurs si les circonstances avaient été telles qu’elles pussent lui donner confiance.

Certains s’imaginent qu’ils décideront Monk par la seule vertu de leurs bonnes relations avec lui et dans quelques conciliabules de salon. Singulière chimère ! Monk éprouve très vivement le sentiment de sa responsabilité. Ce n’est qu’à bon escient qu’il acceptera les risques à courir pour lui-même et pour le pays et il a besoin de voir clairement les suites de son entreprise. Devant apporter une force matérielle qui est tout de même composée d’hommes, il a besoin de pouvoir compter, pour le soutenir, sur une force morale assez puissante. Il ne réclame pas de civils armés – c’est là l’erreur de la Cagoule – qui doubleraient inutilement et gêneraient plutôt les soldats, mais il veut trouver autour de lui, lorsqu’il descendra dans la rue, une « opinion » claire, forte et unie.

Et cela n’existait pas au Six Février. Si les manifestants étaient unis par le sentiment patriotique et le mépris de la pourriture politicienne, ils n’avaient pas d’idée commune sur le régime qui conviendrait à la France pour la faire vivre « dans l’honneur et la propreté ». De plus, les rivalités de groupes et les compétitions des chefs empêchaient même que, séparés dans la doctrine, ils pussent s’unir dans l’action.

Depuis le début de l’affaire Stavisky jusqu’au 27 janvier où notre manifestation des grands boulevards renversa le ministère Chautemps, il y avait eu, dans l’action, une direction unique : celle de l’Action française. C’est à ses mobilisations que l’on répondait ; c’est à ses consignes que l’on obéissait. (On lui obéit même le jour où, en raison de la pluie et pour épargner un service plus pénible à la police, nous renonçâmes à la manifestation) Mais, à partir du 27 janvier, devant les résultats politiques obtenus et ceux qui s’annonçaient, les ambitions s’éveillèrent, et les groupements nationaux préparèrent jalousement, chacun de son côté, leur participation à une action dont ils comptaient se réserver le bénéfice. Cette agitation et cette division ne firent que croître, après la démission de M. Chiappe, préfet de police, survenue le 3 février.

Aucune entente

La Commission d’enquête a cherché un complot du Six Février. Mais il n’y avait pas un complot pour la bonne raison qu’il y en avait cinq ou six qui s’excluaient, se contrariaient et se cachaient les uns des autres. Il y en avait dans tous les coins et sur les canapés de tous les salons. On peut se rendre compte qu’il n’y avait aucune entente entre les groupes divers en examinant les rendez-vous qu’ils avaient donné pour la soirée historique, et les dispositions qu’ils avaient prises, sans parler des manœuvres qu’ils firent et dont à peu près aucune n’était d’ailleurs préméditée.

Si, par impossible, les patriotes l’avaient emporté dans de telles conditions, s’ils avaient chassé le gouvernement et le parlement, le désaccord entre eux n’aurait pas manqué d’apparaître presque aussitôt et les gauches vaincues n’auraient pas tardé à reprendre le pouvoir.

C’est à quoi le Monk inconnu, le Monk en puissance, devait songer. C’est pourquoi il s’est abstenu d’une intervention qui aurait été stérile. C’est pourquoi la journée du Six Février n’a pas donné de plus grands résultats.

Maurice Pujo

 

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