L’AF expliquée par le marquis Marie de Roux 

L’AF expliquée par le marquis Marie de Roux 

La doctrine d’Action Française est si forte que ses détracteurs, plutôt que d’en discuter les thèses, ont souvent préféré se fabriquer une idée de l’Action Française à laquelle ils ont attribué des idées philosophiques et religieuses qu’elle n’a jamais professées. C’est cette malhonnêteté intellectuelle que dénonce le marquis de Roux, grand avocat des causes nationales, dans un petit mais substantiel ouvrage paru en 1927 sous le titre Charles Maurras et le nationalisme de l’Action Française. Sa lecture reste indispensable à quiconque veut se débroussailler l’esprit des idées toutes faites et des calomnies sans cesse déversées sur notre école de pensée.

L’intérêt national

L’essentiel s’y trouve, à commencer par l’affirmation que l’Action Française n’est pas un parti : elle se refuse « à ce rôle de faction organisée qui dominerait l’État. Elle déclare à l’avance que le roi, restauré par elle, devra gouverner avec le concours de tous et en employant les plus compétents ». De même, elle met en garde contre tout parlementarisme, « même tempéré par la couronne », car c’est toujours un gouvernement de partis. Première condition pour être d’Action Française : « éliminer de la discussion politique nos goûts, penchants ou répugnances, partis-pris de sentiment ou habitudes d’esprit ». Alors, s’étant ainsi libéré, savoir s’appuyer sur l’expérience historique montrant ce qui réussit ou échoue, ce qui produit des effets heureux ou malheureux : c’est « l’empirisme organisateur ». La première leçon de l’observation objective des faits est que « les intérêts particuliers doivent être non sacrifiés mais subordonnés à l’intérêt général » qui est pour nous Français « l’intérêt national », lequel requiert le bienfait de « l’autorité ». Celle-ci doit être désignée de façon qu’elle puisse « réaliser l’unité du commandement, avoir l’indépendance, la durée et la continuité » et que « l’intérêt de celui qui l’exerce coïncide avec l’intérêt de ceux sur qui et pour qui elle s’exerce ». C’est la monarchie héréditaire. Une monarchie respectueuse de la foi catholique, dont toute l’Histoire atteste les bienfaits. Une monarchie en outre assez forte pour ne pas avoir besoin d’entretenir une clientèle de fonctionnaires, donc pour décentraliser, faire revivre les petites « républiques locales » et les organisations professionnelles. Au bout de ce résumé de la méthode propre à notre mouvement, le marquis de Roux précise que les royalistes d’Action Française n’ont pas à attendre la restauration pour servir : « Ils ne sont royalistes que parce qu’ils sont patriotes : ils se sentiraient donc inexcusables de ne pas défendre de tout leur pouvoir l’héritage en l’absence de l’héritier. » Langage toujours actuel.

Définitions

Restent alors à bien définir trois locutions que la mauvaise foi a si souvent travesties : Le « nationalisme intégral » est « celui qui sacrifie au bien de la nation les préjugés révolutionnaires », donc celui qui conclut « à la monarchie » ; le « politique d’abord » exprime tout simplement la « priorité (et non la primauté) du moyen politique », étant bien entendu qu’il s’agit ici de l’ordre des moyens purement humains ; le « par tous les moyens » veut dire tous les moyens légaux ou illégaux, mais honnêtes et avouables, comme par exemple, même sans avoir encore la force de remplacer le mauvais législateur, tout mettre en œuvre pour faire échec à une mauvaise loi. Il faut lire attentivement les pages où le marquis de Roux parle de la nécessaire collaboration des croyants et des incroyants. Il en précise les conditions : se réunir au nom de l’intérêt national, dans un but donc temporel, qui ne suppose ni interconfesionnalisme, ni spiritualisme syncrétiste, ni libéralisme mettant toutes les religions sur le même plan. Voilà donc l’Action Française telle qu’elle est, telle qu’elle se définit, telle que l’honnêteté commande de la considérer, qu’on l’approuve ou non.

On a malheureusement voulu en faire un mouvement aux préoccupations philosophiques ou religieuses suspectes. Les diffamations de prétendus bien-pensants, démocrates chrétiens pour la plupart, aboutirent en 1926 à la mise à l’index de L’Action Française par Rome. C’est à eux que répond le marquis de Roux.

Le bienfait catholique

D’abord l’agnosticisme de Maurras. Notre maître avait eu en effet le malheur de perdre la foi au sortir de l’adolescence, mais il en souffrait et restait assoiffé de vérité.

« Ce n’est pas assez dire, écrit le marquis, de constater que la politique de Maurras ne se déduit pas de son agnosticisme. Loin d’en découler, elle est psychologiquement une réaction contre lui. »

Nul danger de paganisme, ou de panthéisme, ou d’immoralité à fréquenter Maurras ; sa façon de dénoncer les faux dieux que le monde moderne fait souvent passer pour le vrai a ramené plus d’un de ses amis à retrouver la foi de leur enfance (à commencer par Henri Vaugeois). Et si Maurras a montré qu’il existe « une physique politique qui étudie légitimement les conditions et les résultats de nos activités d’un point de vue qui n’est pas celui de la morale », il a toujours reconnu que la morale reprend ses droits « pour nous dicter notre devoir d’état de citoyen ». Il va même plus loin, reconnaissant que « non seulement l’obligation morale, mais l’obligation juridique n’a de sens et de force que par référence de l’Absolu ».

Tout à l’opposé de la morale kantienne, Maurras pense que « transformer en accord les oppositions de l’intérêt et du devoir c’est le chef-d’œuvre de la politique », en quoi il se trouve en plein accord avec les plus grands politiques catholiques qui avaient avant lui étudié les institutions secourables à la faiblesse humaine.

Accord qui se manifeste éminemment dans le domaine de la doctrine sociale de l’Église, si bien exposée et approfondie par le marquis de La Tour du Pin et que l’Action Française a faite sienne.

Universalité

Dans sa critique de la démocratie, dans son anti-libéralisme et dans sa conception du catholicisme, Maurras a toujours insisté « sur l’universalité du bienfait catholique, sur la situation privilégiée qui est due entre toutes les confessions, entre tous les cultes, à l’Église catholique sur la terre de France et sur toute la terre habitée ». On sait en effet où la « séparation » de la république d’avec la foi qui a fait la France nous mène aujourd’hui… Ce sens catholique de l’universalité, d’un juste et d’un bien communs à l’humanité inspire aussi le nationalisme de l’Action française, pour lequel « le génie national correspond aux façons qui nous sont le plus naturelles et faciles de nous élever à un type supérieur d’humanité ». Ce ne sont là que quelques exemples de la richesse de l’ouvrage du marquis de Roux. Un livre que le temps n’a pas usé, qui confirme les adhérents dans leur choix et qui guérit les hésitants de leurs états d’âme.

Michel Fromentoux, membre du Comité Directeur de l’Action Française

Après la Nouvelle-Calédonie, Macron essaie-t-il aussi de brader la Corse ?

Après la Nouvelle-Calédonie, Macron essaie-t-il aussi de brader la Corse ?

A L’OCCASION de la cérémonie organisée le 20 mars pour les dix ans des attentats de Toulouse et de Montauban, Emmanuel Macron a osé déclarer dans son allocution : « L’antisémitisme et l’antisionisme sont les ennemis de notre République ». Au moins les choses sont-elles claires. En tenant ces propos, le chef de l’Etat candidat à sa succession inscrit ses pas dans ceux de Manuel Valls qui, alors ministre de l’Intérieur de François Hollande, avait affirmé en 2014, en marge de l’affaire Dieudonné, que « les juifs sont l’avant-garde de la République ». On ne saurait mieux illustrer à quel point la synagogue est consubstantielle à la République comme le catholicisme l’était à la France royale et traditionnelle. Et cette réalité est de plus en plus prégnante car il y a quelques décennies il était encore possible de critiquer fortement l’entité sioniste, voire de remettre en question sa légitimité historique, politique et juridique sans être accusé d’antisémitisme. 

Nous évoquions la semaine dernière la dissolution en Conseil des ministres de plusieurs organisations pro-palestiniennes, simplement coupables de dénoncer les crimes de l’Eretz à l’égard des Palestiniens, l’association Comité Action Palestine et le Collectif Palestine vaincra. L’Exécutif ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin et pourrait interdire prochainement, à la demande expresse du lobby judéo-sioniste toujours aussi insatiable, d’autres associations comme CAPJPO EuroPalestine (Coordination des Appels pour une Paix juste au Proche-Orient), l’Association France Palestine Solidarité, l’Union juive française pour la paix, BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) qui milite pour le boycott de l’Etat d’Israël en tant qu’occupant et colonisateur. Après la criminalisation du révisionnisme historique, on franchit une étape supplémentaire dans l’oppression avec la diabolisation de la cause palestinienne, de l’antisionisme officiellement assimilé désormais à l’antisémitisme. Renaud, dont l’anticonformisme n’est pas la principale vertu, ne se risquerait plus à chanter aujourd’hui « Palestiniens et Arméniens témoignent du fond de leur tombeau qu’un génocide c’est masculin » (Miss Maggie, 1985). En trente-sept ans les choses ont bien changé et les libertés fortement reculé.

CE PHÉNOMÈNE n’est pas purement français puisque « l’insupportable police juive de la pensée » (dixit feu Annie Kriegel) n’a de cesse de se renforcer dans tout l’Occident. Dernier exemple en date, le 17 mars, en pleine guerre d’Ukraine, le Conseil de l’Europe n’a rien trouvé de plus urgent que d’appeler « les gouvernements européens à assurer la commémoration de l’Holocauste pour combattre l’antisémitisme ». La recommandation du Conseil de l’Europe, un machin mondialiste et supranational, vise à « prévenir de futurs crimes contre l’humanité (pas moins ! Mais, notez-le, pas ceux commis quotidiennement en Palestine occupée !) Le Comité des Ministres du Conseil de l’Europe a adopté très officiellement une « Recommandation relative à la transmission de la mémoire de l’Holocauste et à la prévention des crimes contre l’humanité ». La “recommandation” invite les 46 Etats membres de l’Organisation à « promouvoir l’enseignement et l’apprentissage de l’histoire de l’Holocauste et à transmettre la mémoire de l’Holocauste et des crimes commis par les nazis, leurs complices et leurs collaborateurs, dans le cadre de l’éducation et des politiques publiques ». Le texte d’un conformisme consternant et d’une judéoservilité non moins absolue souligne « le caractère exceptionnel de la destruction de la communauté juive européenne, tout en reconnaissant les autres victimes du nazisme et des autres crimes de masse du XXe siècle. » Etant donné qu’« il y a de moins en moins de survivants de l’Holocauste (on avait plutôt l’impression contraire !) pour apporter un témoignage direct », le Conseil de l’Europe propose « une approche interdisciplinaire de la mémoire, comprenant les documents historiques, les lieux de mémoire, les médias, la musique, l’art et la littérature ». Saluant la “recommandation” qui témoigne en effet d’un courage inouï, la Secrétaire générale, Marija Pejčinović Burić, a déclaré avec grandiloquence : « Apprendre et enseigner l’Holocauste, c’est vital pour prévenir de futurs crimes contre l’humanité. À l’heure où l’antisémitisme s’aggrave, il ne faut ménager aucun effort pour nous souvenir des victimes et faire en sorte que le souvenir se perpétue à l’avenir. Il s’agit d’une part essentielle de notre responsabilité collective de protéger les Juifs et la vie juive en Europe. Cela fait partie de nos valeurs européennes communes ». 

On le voit, toute critique d’un certain lobby ou de l’entité sioniste est assimilable désormais à un potentiel crime contre l’humanité. La tribune du Monde du 7 mars (voir RIV. numéros 3509 et 3510) contre RIVAROL ne dit pas autre chose puisqu’elle nous accuse, de manière ahurissante et complètement arbitraire (on croit cauchemarder tant l’accusation est stupéfiante et grossière), de « faire le lit des génocidaires, d’insulter les rescapés, les familles des victimes et leur mémoire ». On voit à quel point leur République est une idéologie mortifère qui repose sur le déni du réel et sur la diabolisation, la criminalisation des ennemis de l’intérieur. Il y a une logique épuratrice à l’œuvre dans le discours républicain depuis la Révolution française, et cette dimension qui parfois semble s’estomper finit toujours par rejaillir et légitime à l’avance une répression foudroyante contre ceux désignés comme des ennemis à abattre, des pourvoyeurs de haine, des disciples de la discrimination. On exclut au nom du refus de l’exclusion. On tyrannise au nom du refus de la tyrannie.

QUAND LES POUVOIRS PUBLICS ne récitent pas servilement le catéchisme holocaustique et n’enseignent pas la morale (unilatéralement) antiraciste, ils commémorent, ils glorifient des actes de trahison de gouvernements indignes, comme les accords d’Evian de mars 1962. Macron a décidément fait fort cette semaine. Mais il n’en est pas à sa première initiative dans ce domaine puisqu’il avait déjà déclaré lors de la campagne présidentielle de 2017 que la colonisation française en Algérie avait été un crime contre l’humanité. Notez-le bien : pas même un simple crime, mais carrément un crime contre l’humanité. Ce qui, si les mots ont un sens, ouvre la voie à des réparations morales et financières. On le voit, on reste prisonnier de la jurisprudence de Nuremberg. Laquelle ne cesse de nous pousser au suicide en imposant une autoflagellation mortifère.

Or, il était criminel de larguer totalement les possessions françaises. Sans doute des ajustements devaient-ils être faits, des évolutions juridiques, administratives et politiques pouvaient-elles être mises en œuvre mais il eût fallu absolument garder au moins le Sahara avec son pétrole et son gaz naturel. A l’heure où se pose avec gravité la question de notre dépendance énergétique, à l’heure où les prix du gaz et de l’essence explosent, on mesure à quel point ce fut une folie de tout brader comme l’a fait De Gaulle en 1961-1962 sans rien obtenir en contrepartie. On nous parle ad nauseam de la lucidité de l’homme de Colombey, de sa prescience, de sa vision, de sa volonté d’assurer la grandeur de la France mais en réalité c’est tout le contraire qu’il faut dénoncer chez lui. Il a rapetissé notre pays, l’a rétréci au lavage et il n’a nullement œuvré à notre indépendance énergétique qui eût pu être assurée avec le maintien du Sahara dans le giron tricolore. Il y avait 36 façons de traiter l’affaire algérienne, il a fallu que De Gaulle choisisse la 37e, la pire : le bradage total sans rien obtenir en échange pour notre pays. 

SES SUCCESSEURS s’inscrivent résolument dans ses pas : après avoir tout tenté (heureusement en vain jusque-là) pour larguer la Nouvelle-Calédonie riche en nickels et qui, avec les autres confettis d’Empire, nous permet d’avoir le deuxième domaine maritime au monde, voilà que Macron s’est dit prêt à accorder l’autonomie à la Corse, premier pas là aussi vers l’indépendance, et donc vers le largage de l’île de Beauté, ce qui est une infamie. Et pourquoi pas demain l’abandon du Pays basque et après-demain de tout ou partie de la Bretagne ? La faiblesse entraîne d’autres faiblesses, une abdication en suscite d’autres. Il n’est rien de pire qu’un pouvoir faible avec les forts et cruel avec les faibles. 

Un gouvernement digne de ce nom doit veiller jalousement à l’intégrité territoriale du pays dont il a la charge et ne pas participer à son affaiblissement, à son morcellement, à son démantèlement. Il a suffi de quelques manifestations violentes de jeunes Corses indépendantistes protestant contre l’agression en prison par un codétenu allogène d’Yvan Colonna, responsable de l’assassinat le 6 février 1998 du préfet Erignac, pour que Macron, au lieu de rétablir l’ordre et le calme, évoque officiellement l’autonomie de ces deux départements français. C’est un scandale absolu. Il suffit que quelques jeunes excités s’agitent, hurlent, menacent, détruisent et pillent des bâtiments officiels, brûlent ostensiblement des drapeaux français pour que le chef de l’Etat cède à la violence et d’une certaine manière l’encourage, la récompense. C’est insupportable. On est là exactement dans la même politique que De Gaulle avec le FLN algérien, que Rocard, porteur de valises du FLN, avec le FLNKS kanak pour la Nouvelle-Calédonie. Ce sont des comportements antinationaux qui s’assimilent à une véritable traîtrise, à une forfaiture. Las ils ne sont jamais punis. Ni par Thémis ni par le peuple qui reconduit toujours les mêmes. Il est pourtant clair, en politique comme dans la vie, qu’il faut savoir se montrer ferme et inflexible quand l’essentiel est en jeu. Voire conquérant quand on le peut car qui n’avance pas recule, qui n’amasse pas dissipe, qui ne s’impose pas, qui ne se fait pas respecter est immanquablement condamné à la défaite, à la soumission et à la servitude. Comme en atteste invariablement l’histoire des peuples, des nations, des empires et des civilisations.

Éditorial de Jérôme Bourbon, Rivarol 

Macron a droit et raison de ne pas débattre

Macron a droit et raison de ne pas débattre

Beaucoup reprochent à Emmanuel Macron son refus de débattre avec ses concurrents avant le premier tour. Ils méconnaissent ainsi et l’histoire et l’esprit de l’élection présidentielle au suffrage universel direct.
Le président sortant jouit de fait d’une sorte de légitimité, reflet abâtardi de la légitimité royale, et ne saurait sans abus être assimilé à ses concurrents, un peu comme le tenant de la coupe Davis, jadis, n’entrait en compétition que pour le challenge round.

Et puis le débat avec l’adversaire n’est pas constitutif de l’élection présidentielle, ni dans l’esprit de son fondateur, le général De Gaulle, ni dans la pratique de son premier successeur, Pompidou, pourtant moins altier. Sans doute a-t-on pris l’habitude, depuis l’élection de 1974 et l’affrontement Giscard/Mitterrand (« Vous n’avez pas le monopole du cœur ») de voir s’affronter au deuxième tour les deux premiers du premier tour : c’est qu’ils y ont acquis une légitimité et qu’on estime qu’ils portent deux projets suffisamment différents.

Mais les débats du premier tour sont une nouveauté de 2017 dont il n’a pas été démontré qu’ils fussent utiles d’une part, et qui font partie d’un caravansérail médiatique visant à donner au peuple le spectacle de la démocratie, l’illusion qu’il juge de son propre sort après avoir entendu les causes qu’on lui soumet. Comme en font aussi partie les primaires, contrefaçon de démocratie diamétralement opposée à l’intention affichée par De Gaulle de s’opposer au régime des partis et, pour le candidat, d’en appeler directement au vote populaire.

D’ailleurs, on n’a jamais su définir avec précision qui est admis à débattre et qui n’y est pas admis. Il semble que certains candidats soient plus invités que d’autres, en fonction des médias et des sondages, qui sont autant d’instruments d’influence de la ploutocratie et des sociétés de pensée faisant écran entre les candidats et les électeurs. Pour conclure, ces débats sont, du point de vue de l’observateur indépendant, extrêmement douteux. Nul n’est donc tenu de s’y soumettre. Emmanuel Macron, qui n’y a aucun intérêt, peut en toute tranquillité d’esprit s’y soustraire.

Bien sûr, il n’en va pas de même pour le deuxième tour. Les Français ont pris l’habitude du face-à-face entre les deux candidats restants, et il a un sens. Se défiler est une forfaiture signe de lâcheté. Un seul candidat l’a commise depuis cinquante ans, Jacques Chirac en 2002, contre Jean-Marie Le Pen, sous couleur de ne pas se commettre avec le fascisme. Prétexte facile et vain, d’ailleurs contraire aux engagements pris. Le soir du 21 avril 2002, Roselyne Bachelot, alors porte-parole du candidat Chirac, lançait à la télévision que le débat aurait « bien entendu » lieu, « la tradition républicaine » l’exigeant. Mais le président sortant se savait fragile. Et Roselyne faisait demi-tour le lendemain matin : « Jacques Chirac ne souhaite pas ce débat (…) Un candidat doit aussi faire ce qu’il veut ». En vain Jérôme Monod, Patrick Stéfanini et Antoine Rufenacht, directeur de campagne adjoint, pressèrent-ils leur poulain de respecter l’électeur et l’élection. En vain Rufenacht déclarait-il le 23 encore : « Le débat du deuxième tour fait partie de nos traditions démocratiques. Le chef de l’État n’a pas l’habitude de se dérober. » Chirac craignait de se faire démolir et eut le courage de fuir, sous le vertueux prétexte de lutter contre la Bête Immonde, transformant le deuxième tour de la présidentielle en Barnum antifa.

La tradition démocratique et républicaine n’engage que ceux qui en sont les victimes.

Martin Peltier

Nous sommes en guerre

Nous sommes en guerre

« Dans cette guerre de l’attention, l’enfant consommateur d’écran est la première victime. Tandis que l’Éducation Nationale persiste dans le tout-numérique à l’école malgré l’échec avéré, trouvons la force de résister »

Nous sommes en guerre de l’attention, comme le constatent Yves Marry et Florent Souillot [1] dans un essai dénonçant la formidable prise de contrôle du temps de « cerveau humain disponible [2]» passé sur les écrans, qui représente pour les maîtres du capitalisme numérique un gisement de richesses plus important que bien des ressources économiques exploitées jusque-là.

L’explosion de la durée quotidienne de temps passé devant un écran notamment par les Français [3] n’est pas le fruit du hasard. Les technologies qui exploitent les processus de l’attention humaine et les attraits que le cerveau manifeste pour ce qui flatte sa curiosité et ce qui provoque un mécanisme de récompense et donc de plaisir, parviennent à fidéliser l’usager jusqu’à l’addiction et instaurent un désir sans cesse ravivé du renouvellement de la source de plaisir.

En cliquant sur les sites, en donnant son avis et son humeur sur tout et n’importe quoi à longueur de journée, en exprimant ses goûts, en racontant sa vie sur les réseaux sociaux, on donne aux marchands de virtualité une somme de renseignements qu’ils revendent avec profit aux annonceurs publicitaires et à l’industrie du numérique qui perfectionne ses outils de captation de l’attention, avec d’autant plus d’efficacité que la victime est apparemment consentante. Elle se confie en effet et abandonne toute sa vie privée à son smartphone ou son ordinateur devenu un prolongement de soi, un confident plus intime que n’importe quel être humain et dont les sollicitations incessantes dictent une obéissance de l’attention qui dépasse toute mesure.

Le problème pour cette victime – le consommateur d’écran -, c’est qu’on lui vole cette attention qui lui permettait de réfléchir, de juger, de mémoriser, d’inventer, de mûrir… d’être tout simplement un être humain. Rendu incapable de traiter les trop nombreuses informations et sollicitations dont il est bombardé, le cerveau neutralise ses capacités de réflexion et de mémorisation au profit de celles de la réactivité. L’homme se laisse alors diriger dans ses goûts, ses jugements, ses indignations, ses choix, par ceux que lui impose le support numérique. La conformité à la norme devient plus aisée.

Du formatage économique au formatage politique, il n’y a qu’un pas. L’usage de la psychologie comportementale pratiquée par les maîtres de la Silicon Valley (en Californie) est plus efficace que n’importe quel armement conventionnel. En voulant transformer l’homme et l’augmenter de la puissance numérique, les partisans du transhumanisme, qui sont, pour simplifier, les mêmes que les experts en captation de l’attention, peuvent effectivement prétendre changer l’ordre du monde. Ils abaissent l’homme au niveau de la machine et de son mécanisme, le rendant ainsi plus manipulable dans un but commercial ou comportemental.

Dans cette guerre de l’attention, on aurait pu croire naïvement que les pouvoirs politiques s’empareraient du dossier et réagiraient pour défendre la jeunesse contre un danger qui relève pour le moins de la santé publique. L’Éducation nationale persiste et signe, malgré l’échec avéré du tout-numérique à l’école, malgré les résultats catastrophiques que révèlent les enquêtes internationales sur le niveau des Français notamment en mathématiques [4]. Elle continue de promouvoir et l’usage des écrans qui nuit pourtant à la concentration des élèves et le recours au numérique comme passage obligé de l’acquisition des connaissances. Comme si de rien n’était. Comme si l’on ignorait les dégâts de cette guerre de l’attention. Le lobbying des maîtres de l’informatique est efficace. Les enjeux financiers sont colossaux. Qu’importe au fond le devenir des enfants ! La guerre, fût-elle économique, possède aussi ses lois et ses victimes collatérales…

Malgré l’inégalité des forces en présence, la guerre de l’attention peut trouver des forces de résistance. Il faut pour cela une volonté persévérante. Se déconnecter le plus possible. Refuser de noter, de juger, de dire si l’on aime ou l’on n’aime pas, de répondre aux sollicitations, aux questions posées sur les sites internet où l’avis inepte des plus ignorants a le même poids que celui de ceux qui savent. N’user d’internet que pour les usages indispensables. Retrouver le pouvoir de lire, de réfléchir, de rêver, d’imaginer, d’apprécier sans pour autant le faire savoir à tous, d’avoir des amis, forcément peu nombreux, pour partager avec eux notre temps disponible d’amitié et de charité. Vivre en vrai, dans la réalité et non à travers un écran. Savoir relever la tête et regarder ce qui nous entoure. Enfin et surtout, reconquérir le goût du silence, de la vie intérieure, de l’ouverture à Dieu qui permet l’ouverture à son prochain. Être attentif à la vraie Présence, celle qui nous a créés et qui, seule, peut donner la Paix.

Abbé Philippe Bourrat

Lettre de l’Association de Défense de l’Ecole Catholique  n° 39 – mars 2022

  1. Yves Marry et Florent Souillot, La Guerre de l’attention – Comment ne pas la perdre – L’Échappée – 2022 Se référer à cet ouvrage n’implique pas une approbation de l’ensemble des jugements qui s’y trouvent exprimés.[]
  2. Expression employée par Patrick Le Lay en 2004, alors qu’il était président-directeur général du groupe TF1 et qu’il commentait le rapport entre le contenu des programmes de la chaîne et la publicité.[]
  3. En 2019 (avant crise COVID et confinement), les 8-10 ans sont en moyenne 4h40 par jour sur un écran ; pour les 16-24 ans on passe en moyenne quotidienne
    entre 11h45 à 13h30 ! (Étude citée dans La guerre de l’attention, p. 12[]
  4. D’après l’étude internationale TIMSS 2019 parue le mardi 8 décembre 2021, les Français en classe de CM1 arrivent derniers parmi les pays de l’Union européenne
    et de l’OCDE. Les élèves de quatrième sont avant-derniers. Situation inédite ![]

Les mensonges du 19 mars 1962

Les mensonges du 19 mars 1962

Considérer comme le font le FLN, les communistes et la FNACA, le 19 mars 1962 comme la date marquant « la fin de la guerre d’Algérie », est une insulte à la mémoire de tous ceux qui ont cru à la parole de la France.

A Evian, le 18 mars 1962, De Gaulle ordonnait aux négociateurs français de signer l’acte de capitulation qui mettait fin à la souveraineté de la France en Algérie. De Gaulle, qui avait bénéficié – grâce aux Français d’Algérie roulés dans la farine – d’une autorité renouvelée, imposait au pays le bradage d’un territoire français, après avoir secrètement négocié avec les seuls représentants du FLN.

De Gaulle avait refusé de prendre en compte les représentant du MNA, favorables à l’indépendance, certes, mais hostiles au terrorisme FLN ; les représentants des partis, mouvements et associations arabes et berbères favorables à l’intégration et aux réformes ; les Européens qui voulaient rester français sur leur terre natale.

Le gouvernement signa donc les accords d’Evian qui prévoyaient, dès le 1er mars 1962, un « cessez-le-feu ». Mais signer avec qui ? Avec personne.

Le FLN n’a jamais signé les accords d’Evian. Et le « cessez-le-feu », décidé unilatéralement, ne fut jamais respecté. Les pertes militaires du 19 mars au 30 juin 1962 ont été de 122 décès au combat et plus de 200 morts par accident et maladie ; 349 blessés ; 36 disparus. Les pertes des forces supplétives, moghaznis, harkis, forces d’auto-défense sont évaluées entre 100 et 150 000 morts.

Le « cessez-le-feu » n’a pas mis fin – et tout au contraire – aux assassinats, aux massacres de masse, aux enlèvements. Cette parodie de « cessez-le-feu » entraîna un retournement des alliances et les forces françaises, associées aux barbouzes, collaborèrent avec le FLN contre les partisans de l’Algérie française.

Soulevé contre la répression militaire, le quartier de Bab el-Oued subit un traitement impitoyable (des femmes et des enfants abattus sur leurs balcons, par exemple). Le 26 mars, les forces françaises tirèrent sur une foule pacifique venue apporter son soutien à Bab el-Oued assiégé. Il fallait terroriser les pieds-noirs. A partir de là, les Français d’Algérie, menacés du cercueil, choisirent la valise quand cela fut encore possible. Un exode. Un exil. L’abandon des maisons, de tous les biens, des cimetières. Pour parachever sa victoire, le FLN allait célébrer l’indépendance en enlevant et en massacrant plus de 5000 personnes à Oran.

Alain Sanders

L’Écho d’Action Française N°19

L’Écho d’Action Française N°19

Liquider Marianne, la seule politique qui vaille.

Nous y sommes. La grande foire électorale bat son plein, l’électeur-contribuable est appelé àélire le président de la République. Les « nationaux« , remplis d’illusions démocratiques et croyant encore possible une victoire des intérêts de la France sortie des urnes s’en donnent à cœur joie. Démagogie, manipulations médiatiques, magouilles en tous genres, nous voilà entrés dans cette période électorale où une fois de plus, les Français vont s’entredéchirer.

Qu’est-ce
que le gouvernement de la République ? Le gouvernement des partis ou rien. Qu’est-ce qu’un parti ? Une division. La France est divisée parce que ceux qui la gouvernent, ne sont pas des hommes d’État mais des hommes de partis. « Honnêtes, ils songent seulement au bien d’un parti ; malhonnêtes, à remplir leurs poches. Les uns et les autres sont les ennemis de la France. La France n’est pas un parti ». Et Maurras poursuit : « le mal… est dans le règne des partis. Ce règne tient au régime électif, dont le malheur central est de remplacer l’unitégouvernementale par un système de division et de compétition, de guerre civile légale qui, partout où il a fonctionné, a livré les États à l’étranger de l’intérieur pour les ouvrir ensuite à l’ennemi du dehors». Faute d’autorité qui fasse converger le service et les fonctions, les institutions électives créent l’incohérence ; faute de trouver un point fixe dans les caprices successifs des électeurs et des élus, elles fondent l’instabilité et l’irresponsabilité. La personne concrète s’effacedevant l’individu abstrait et la république assure l’impunité des puissants. La république, c’estfinalement le triomphe des oligarchies.
 
« Par tous les moyens, même légaux » : nous devons tenter de limiter les méfaits de l’infâmerépublique et ne saurions nous désintéresser de ce scrutin aussi lourd de conséquences et d’incertitudes. Souveraineté nationale, séparation des groupes de pression et de l’État (nous pensons en particulier à la Synagogue, à la maçonnerie et aux organismes LGBT), restauration des libertés, lutte contre l’invasion migratoire, tels sont les critères qui devraient permettre aux Français soucieux du Bien commun de voter. Mais ne nous leurrons pas, une grave erreur consiste à penser qu’on pourrait améliorer l’essence de la république. Ne cédons jamais à cette illusion, car c’est bien Marianne qui corrompt son personnel et non l’inverse.
 
L’Action Française sait que la république interdit toute politique efficace de long terme. Elle soutiendra toutefois tout candidat qui fera sien ces critères. Elle n’en continuera pas moins de se battre contre ce régime pourrisseur et pour la monarchie, seule à même d’assurer la pérennité de la nation française. Nous ne sommes pas des royalistes de salon, notre honneur s’appelle fidélité !

A bas Marianne et vive le Roi !

Le bureau politique de l’Action Française

 


Sommaire

  – En attendant le Roi… par Guillaume Staub

 – Humeur du temps  par Philippe Champion

 – 60 ans de trahison gaulliste  par Jean-Pierre Papadacci et Alain Sanders

 – Pour un bioconservatisme intégral par Monsieur K

 – Face aux rêvasseries des Droits de l’Homme  par Michel Fromentoux


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