Il y a 50 ans Xavier Vallat rendait sa belle âme à Dieu

Il y a 50 ans Xavier Vallat rendait sa belle âme à Dieu


Il y a 50 ans, le 6 janvier 1972 disparaissait à Annonay (Ardèche), Xavier Vallat. C’était le Jour des Rois, comme il convenait à cette âme de vaillant serviteur de la cause capétienne. C’est avec émotion que je rends hommage à ce compagnon de captivité de Charles Maurras, qui fut aussi un grand politique et un grand écrivain et qui, bien que mon aîné de plus de cinquante ans, m’honorera, au cours de mes bien lointaines jeunes années sur notre terre commune et tant aimée du Vivarais (département de l’Ardèche), d’une amitié dont je mesure encore chaque jour tout le prix.

                                                                                          L’âme du Vivarais         

Bien que né le 23 décembre 1891,par suite des hasards des nominations de son père maître d’école, à Villedieu, petit village de Provence, Xavier Vallat appartenait à une solide lignée paysanne implantée à Pailharès, en haute Ardèche. En lui je voyais s’irradier l’âme ardente, passionnée, courageuse, que le contact familier avec un sol âpre et avare ramène sans cesse aux réalités. Comme pour tous les grands sages du Vivarais, comme pour jadis Olivier des Serres, comme pour son contemporain et ami Gustave Thibon, le patriotisme était chose concrète, sentie, charnelle et trouvait tout naturellement sa plus haute expression dans la fidélité à son père, à un être de chair et de cœur, héritier d’un domaine à faire prospérer, en somme dans la fidélité au roi de France. Enfin il avait hérité du catholicisme de ses ancêtres (« Catholique et français toujours ») sans cesse ravivé par les humbles pèlerinages qui parsèment les monts où vint mourir, après les avoir rechristianisés, entre d’impressionnantes forêts de sapins le 31 décembre 1640, à la Louvesc, le grand saint Jean-François Régis…..

Cette personnalité si riche de sève, de caractère et d’âme, était douée d’une franche gaieté et d’une verve de bon aloi, comme en témoignent les contes qu’il publia en 1923 aux Editions du Pigeonnier fondées par son ami d’enfance le délicieux poète Charles Forot. Vallat se mit très tôt au service de la France. Dès la Grande Guerre sa conduite fut celle d’un héros: revenu deux fois au front après avoir été blessé, il dut le 30 mai 1919 dans la Somme être amputé d’une jambe dans d’atroces souffrances. Mais conscient de ne faire que son devoir, il garda toujours un optimiste communicatif. Les électeurs de la circonscription de Tournon-Annonay le désignèrent le 16 novembre 1919 comme député sous le signe de l’Union sacrée. Réélu en 1928, devenu en janvier 1940 vice-président de la Chambre des députés, il ne cessa de lutter contre l’individualisme athée. Il était alors l’orateur talentueux de la Fédération nationale catholique, mais il gardait des relations toujours cordiales, même enjouées, avec ses collègues députés de tous bords.                                                                                     

                                                                                            La question juive 

Pragmatique plutôt qu’idéologue, il prit conscience d’un problème juif comme beaucoup de Français au fur et à mesure que grandissait l’influence de cette communauté dans les années 1930. Dans son livre point du tout complaisant mais honnête et intelligent, consacré à Xavier Vallat. Du nationalisme chrétien à l’antisémitisme d’Etat (Grasset 2001), Laurent Joly reconnaît que son discours du 5 juin 1936 déplorant qu’avec Léon Blum « pour la première fois ce vieux pays gallo-romain (serait) gouverné par un juif » ne déclencha guère de réactions hostiles dans l’opinion. Vallat, explique Laurent Joly, voyait la question juive comme un aspect d’un danger autrement plus grave: le péril communiste. Il lui apparaissait que les Juifs, par leur appartenance au peuple élu, étaient avides de domination et des biens de ce monde et pouvaient faire le lit autant de « la fortune anonyme et vagabonde » que de l’esprit de dilution et de révolution, ce que disait d’ailleurs aussi l’israélite Bernard Lazare.
Et dans une démocratie qui ne cesse d’émietter la société, il lui apparaissait que cette communauté pouvait facilement devenir un Etat dans l’Etat. Survint la débâcle de 1940, Vallat se retrouva tout naturellement aux côtés du maréchal Pétain qui, face à une guerre que d’autres avaient voulue et si mal préparée, agissait courageusement pour épargner aux Français les pires malheurs. En tant que secrétaire général des Anciens combattants ou fondateur de la Légion française des Anciens combattants destinée à opérer le redressement civique et moral de la France, ou encore en tant que Commissaire général aux questions juives, ou en tant que rédacteur d’un statut des juifs, jamais Vallat, héritier des plus hautes traditions catholiques et françaises, ne montra une attitude de soumission envers l’Occupant national-socialiste qui en vint à exiger son départ le 19 mars 1942. Laurent Joly, qui ne tombe pas dans le travers de ceux qui jugent les comportements de 1942 en fonction d’une « Solution finale » dont on n’entendit parler qu’en 1945, relève les efforts qu’accomplit Vallat en faveur des juifs anciens combattants de même que sa véhémente protestation après la rafle de décembre 1941, de même que les conseils insistants de prudence qui permirent à son ami juif le docteur Nora d’en sauver plusieurs milliers.


L’Action Française 

 

1944 : victoire de la bêtise, du mensonge et de la haine. Vallat qui venait de prendre, à Radio-Journal, la succession de Philippe Henrio assassiné, fut arrêté en août. Traîné de prison en prison, il s’entendit condamné le 10 décembre 1948 par la Haute Cour à dix ans d’emprisonnement et à l’indignité nationale. Les « libérateurs » traitaient ainsi ceux qui, lors de la tourmente, n’avaient pas fui leurs responsabilités. Mais les occasions de servir allaient encore se présenter. A la maison centrale de Clairvaux, il retrouva son ami Charles Maurras, et naquit entre les deux hommes faits pour s’attirer et se comprendre une amitié extraordinaire, si bien qu’à sa libération en mars 1950, par une grâce signée Vincent Auriol, président de la République, Vallat devint le collaborateur assidu d’Aspect de la France créé trois ans plus tôt. En 1960, il en assurait la codirection avec Georges Calzant. A la mort de ce dernier, en 1962, il en devint le directeur et commença, pour cet ami du président Antoine Pinay et de bien d’autres hommes politiques en exercice, une période d’activité intense.
Installé alors à Annonay, il venait chaque semaine à Paris, et sa chronique sereine, joviale, nourrie de vastes connaissances, n’avait d’égale que le charme de sa conversation. C’était pour le journal qui ne pouvait pas encore s’appeler L’Action Française, la période faste de Pierre Chaumeil, Bernard Faÿ, Henri Massis, Jacques Perret, Louis-François Auphan, Philippe Roussel, François Léger, Jacques Ploncard d’Assac, Jean Brune… Mais la santé de Vallat s’altéra vite. 

Au début de 1966 il céda sa charge à Pierre Pujo tout en restant directeur honoraire. Il occupa ses dernières années à ajouter à une oeuvre littéraire déjà bien fournie:

– Charles Maurras n° d’écrou 8321 (Plon,1953),
– Le nez de Cléopâtre (Les Quatre fils Aymon,1957),
– La Croix,les Lys et la peine des hommes (Les Quatre fils Aymon,1960),
quelques autres ouvrages de souvenirs:

– Lettres passemurailles,
sa correspondance avec Maurras de mars 1950 à novembre 1952 (La Table Ronde,1966),
– Feuilles de Fresnes 1944-1948 (Lienhart,Aubenas,1971) et,
– Le grain de sable de Cromwell (Lienhart,Aubenas,1972).

Revenons sur La Croix, les Lys et la peine des hommes, son livre essentiel (réédité en 1982 avec une préface de votre serviteur par les éditions Ulysse à Bordeaux) où il montre le parfait accord entre les encycliques pontificales, les déclarations des princes et les actions des élus catholiques et monarchistes sur la question sociale, aussi loin du libéralisme effréné que du socialisme concentrationnaire. A le lire, plein de compassion pour la « misère imméritée » des travailleurs consécutive à la Révolution dite française, on voit l’erreur de ceux qui parlent de Vallat comme de l’homme d’une idée fixe, obnubilé par la seule question juive.

Hospitalisé au cours de l’été 1971, il s’éteignit dans la sérénité et dans une parfaite confiance en Dieu à l’hôpital d’Annonay. Il repose dans une tombe toute simple au cimetière de Pailharès (Ardèche), à l’ombre de son église paroissiale où il avait appris à défendre l’Eglise de l’Ordre.

Michel FROMENTOUX

Marche pour la Vie

Marche pour la Vie

Nous relayons ici l’appel urgent des organisateurs de la Marche pour la Vie qui aura lieu le dimanche 16 janvier, départ Paris, place de Catalogne à partir de 13h30 (derrière la gare Montparnasse). Soyez présents : défendre la famille c’est défendre la France.  

Chers amis de la Marche Pour la Vie,

 

Recevez tout d’abord tous nos vœux les meilleurs pour cette nouvelle année, puisse-t-elle être marquée par des victoires dans la défense de la vie humaine !

Nous revenons vers vous en cette rentrée pour vous solliciter une nouvelle fois. Vous êtes déjà des centaines à vous être engagés comme bénévoles ! 

Il nous manque à ce jour quelques centaines bénévoles, ce qui ne nous permet pas d’envisager sereinement l’organisation de la Marche pour la Vie à ce jour. Vous connaissez l’organisation logistique que cet événement représente, alors parlez-en autour de vous, inscrivez-vous comme bénévole, faites inscrire vos proches, amis, famille.

Il y a des besoins en animation sur scène, logistique et Sécurité : il y en a pour tous les goûts et tous les âges !

Alors n’attendez pas ! 

500 bénévoles en 10 jours : c’est possible, mais seulement si vous nous aidez !

Voici le lien pour vous inscrire

https://volunteo.com/fr/r/MPV2022 

N’oubliez pas que vous pouvez demander à être répartis en groupe avec des amis. 

 

PERMANENCE 

N’hésitez pas à passer au 37 rue des Volontaires à Paris (porte verte en face du 36, numéro de téléphone à appeler affiché sur la porte) pour récupérer des tracts, tous les soirs de semaine de  17h à 18h pour la Marche et ainsi diffuser l’information partout ! 

AIDE AVANT LA MARCHE 

Et si vous êtes disponibles pour aider à assurer une permanence à la rentrée ou cette semaine pour la distribution des tracts, contactez-nous à benevoles@enmarchepourlavie.fr, on recherche du monde!

POUR VENIR EN CAR 

Pour les non-parisiens, n’hésitez pas à contacter l’adresse suivante : car@enmarchepourlavie.fr si vous souhaitez prendre part à l’organisation d’un car au départ de votre ville. Pour connaitre la carte complète des départ de cars

Merci d’avance pour votre générosité et votre réactivité qui permettront que cette manifestation puisse avoir lieu dans de bonnes conditions. 

Car sans bénévoles, pas de marche ! Or, plus que jamais, nous devons dire notre attachement à toute Vie et ce dès ses débuts alors qu’elle est toujours plus menacée ! 

Chers amis, sans votre soutien, nous n’arriverons pas à organiser cette Marche. 

à dimanche 16 janvier, 
départ Paris, place de Catalogne 
à partir de 13h30 
(derrière la gare Montparnasse) 

L’équipe de la Marche pour la vie

Bonne année 2022

Bonne année 2022

Bonne année 2022

« Nul ne possède plus d’autres droits que celui de toujours faire son devoir », Auguste Comte

2021 aura été l’année de la privation des libertés fondamentales, de la folie hygiéniste et sanitaire et de l’incurie républicaine qui n’était plus à démontrer. Toujours plus de république et d’Europe, d’immigration, d’immoralité et toujours moins de France, tel est le constat que nous nous faisons en ce début d’année qui, il faut le dire, ne commence pas sous de bons auspices pour notre pays. Pourtant, face à ce coup d’Etat permanent contre la France et les Français, quelques signes nous permettent d’espérer en un avenir meilleur. L’abstention record des dernières élections régionales et départementales aura révélé un système à bout de souffle, un désintérêt pour les partis politiques. La dictature sanitaire a donné naissance à un grand mouvement populaire qui, dans la continuité des Gilets Jaunes aura décomplexé la parole d’un grand nombre de Français ayant pris conscience que la crise sanitaire était une affaire fort rentable pour les laboratoires pharmaceutiques. Ce contexte où le régime et son personnel s’efforcent chaque jour d’arracher la France à son histoire et les Français à leur terre a aussi été favorable à un renouveau du patriotisme.

2021 aura surtout été l’année d’un renouveau de notre Mouvement en réaction aux dérives doctrinales du CRAF-RN : nos adhérents et nos abonnés à « l’Echo d’AF » sont de plus en plus nombreux, notre site est de plus en plus visité, et nos rédacteurs heureux de voir l’AF connaître un nouveau souffle.

Face aux incertitudes du moment, rappelons-nous que ce sont les idées qui font marcher le monde et les minorités agissantes qui font l’histoire. Ne perdons pas l’espérance et ne cherchons pas le salut national ailleurs que dans ce sillon d’extrême droiture. Sans plus attendre, pour nous permettre de réaliser nos projets et d’être davantage visibles, adhérez, faites des abonnés, faites un don à l’Action Française, c’est vital !

 

Nous vous souhaitons de tout cœur, ainsi qu’à tous ceux qui vous sont chers, une heureuse et sainte année 2022, qu’elle soit une année prospère pour chacun et qu’elle soit l’année de la véritable Reconquête !

 

Pour que vive la France, vive le Roi ! 

Noël en France

Noël en France

Alors que le régime et son personnel s’efforcent chaque jour d’arracher la France à son histoire et les Français à leur terre, le pays réel a fêté Noël.

Qu’en ces temps de guerre menée contre notre peuple et notre terre, chacun trouve un peu de repos et de paix avec les siens.

Que ces temps si précieux nous permettent d’oublier quelques instants les agitations de notre monde devenu fou.

Dès demain il faudra combattre et travailler pour rendre à la France les institutions qui garantiront sa pérennité. Nous avons la doctrine de salut national. 

 

Au nom de l’Action Française, des contributeurs et des militants, nous souhaitons à tous les Français de bonne volonté un bel octave de la Nativité. 

 

 

Sachons garder l’Espérance !

 

Vive le roi 

 

 

André Charles

Président du Comité Directeur de l’AF

 

Clément Gautier

Président d’Amitié et Action Française

 
 

 

 

Que la France pourrait manoeuvrer et grandir

Que la France pourrait manoeuvrer et grandir

De Kiel et Tanger, Pierre Boutang a dit qu’il était « un acquis pour la suite des temps ».

Nous reproduisons in extenso le fameux chapitre XXIV, intitulé  » Que la France pourrait manoeuvrer et grandir  » dont l’actualité est étonnante. De nombreuses personnalités – Georges Pompidou, alors Président de la République en exercice, pour ne prendre qu’un seul exemple – n’ont pas caché l’intérêt qu’elles portaient à cet ouvrage. L’on peut dire que les les préconisations géostratégiques de l’ouvrage ont inspiré une grande partie de la politique extérieure de la Ve république.

Rappel historique : 18 juin 1895, Gabriel Hanoteaux – Ministre des Affaires étrangères – se rapproche de l’Allemagne et cultive l’alliance russe : les escadres allemande, russe et française se rencontrent et paradent devant le canal de Kiel, en mer Baltique. Presque dix ans plus tard, les radicaux ayant pris le pouvoir en France, Delcassé inverse cette politique extérieure, et parvient à l’Entente cordiale avec l’Angleterre. En guise de représailles et d’avertissement à la France, Guillaume II débarque à Tanger, le 31 mars 1905, pour manifester sa puissance et contrecarrer les visées françaises dans la région. Charles Maurras en tire la conclusion que la République française n’a pas de politique extérieure, parce que ses institutions ne le lui permettent pas.

Chapitre XXIV : Que la France pourrait manœuvrer et grandir

Alors, pour n’avoir pas à désespérer de la République, bien des républicains se sont résignés à un désespoir qui a dû leur être fort douloureux : ils se sont mis à désespérer de la France. Résistance, vigueur, avenir, ils nous contestent tout. Ce pays est peut-être absolument épuisé, disent-ils. Sa dégression militaire et maritime n’exprime-t-elle pas un état d’anémie et d’aboulie sociales profondes ? Sans parler des mutilations que nous avons souffertes, n’avons-nous pas diminué du seul fait des progrès de l’Univers ?

La population de l’Europe s’est accrue. L’Amérique s’est colonisée et civilisée. Nos vingt-cinq millions d’habitants à la fin du XVIIIe siècle représentaient la plus forte agglomération politique du monde civilisé. Aujourd’hui, cinq ou six grands peuples prennent sur nous des avances qui iront bientôt au double et au triple. La terre tend à devenir anglo-saxonne pour une part, germaine pour une autre. Slaves du Nord, Slaves du Sud finiront par se donner la main. L’Islam renaît, le monde jaune s’éveille : à l’un l’Asie, l’Afrique à l’autre. Que pourra faire la petite France entre tous ces géants ? Barbares ou sauvages, à plus forte raison si elles sont civilisées, ces grandes unités ne paraissent-elles pas chargées de la dépecer ou de l’absorber par infiltrations graduelles ? Peut-elle avoir un autre sort que celui de la Grèce antique ?

(l’immense Empire macédonien sous Alexandre)
Ceux qui font ce raisonnement oublient trop que, des grandes agglomérations nationales qui nous menacent, les unes, comme l’Italie et l’Allemagne, ne sont pas nées de leur simple élan naturel, mais très précisément de notre politique révolutionnaire, et les autres ne sont devenues possibles qu’en l’absence d’une action vigoureuse de Paris. En général, elles sont nées extérieurement à nous, des mouvements nationalistes que notre politique nationale n’a pas été en état de combattre ou même qu’elle a sottement servis et favorisés. Nous avons favorisé l’unification des peuples européens, nous avons laissé faire l’empire britannique. L’Amérique avait été séparée par Louis XVI de l’Angleterre, et son histoire ultérieure eût été un peu différente si Louis XVI avait eu quatre ou cinq successeurs réguliers, c’est-à-dire aussi versés dans l’art de pratiquer des sécessions chez les voisins que de maintenir entre les Français l’unité, la paix et l’union…

(l’immense empire romain)

Notre natalité a baissé ? Mais il n’est pas prouvé que cette baisse soit indépendante de nos lois politiques, ces chefs-d’œuvre de volonté égalisante et destructive qui tendent à rompre l’unité des familles et à favoriser l’exode vers les villes des travailleurs des champs. Il n’est pas prouvé davantage qu’on ne puisse y remédier, directement et sûrement, par un certain ensemble de réformes profondes doublées d’exemples venus de haut. Une politique nationale eût changé bien des choses, du seul fait qu’elle eût existé. Elle en changerait d’autres, si elle profitait des réalités favorables qu’une diplomatie républicaine, condamnée à l’inexistence ou à la démence, ne peut que laisser échapper.

Plus d’une circonstance très propice semble nous sourire aujourd’hui. Il suffirait de voir, de savoir, de prévoir. C’est nous qui manquons à la fortune, nous n’avons pas le droit de dire que l’occasion fera défaut. On se trompe beaucoup en affirmant que l’évolution du monde moderne ne peut tendre qu’à former de grands empires unitaires. Sans doute une partie de l’univers s’unifie, mais une autre tend à se diviser, et ces phénomènes de désintégration, comme dirait Herbert Spencer, sont très nombreux. Les virtualités de discorde, les causes éventuelles de morcellement, les principes de guerres de climats et de guerres de races existent, par exemple, aux États-Unis ; ils y sont moins visibles que l’impérialisme, mais le temps, les heurts du chemin et des brèches adroites pratiquées de main d’homme les feraient apparaître facilement un jour. Une foule de petites nations séparées se sont déjà formées au XIXe siècle en Europe, comme en peut témoigner la mosaïque des Balkans, dont nous n’avons su tirer aucun parti pour la France. La Norvège et la Suède ont divorcé. La Hongrie semble parfois vouloir rompre avec l’Autriche, qui elle-même est travaillée des revendications croates et roumaines. Cela fait entrevoir beaucoup de possibles nouveaux.

Ce serait une erreur profonde que de penser que tout petit peuple récemment constitué doive fatalement se référer, en qualité de satellite, à l’attraction du grand État qui sera son plus proche parent, ou son plus proche voisin, ou le plus disposé à exercer sur lui, par exemple, la tutelle affectueuse de l’Empire britannique sur le Portugal. Les Slaves du Sud ne sont pas devenus aussi complètement vassaux de Saint-Pétersbourg que l’indiquaient leurs dispositions d’autrefois. Le tzar blanc les recherche ; il leur arrive d’accepter ses bienfaits comme vient de le faire le nouveau roi des Bulgares. Mais les Slaves sont repoussés par une crainte autant qu’attirés par un intérêt : la monarchie austro-hongroise peut les grouper. À supposer que Budapest devienne indépendante, de sérieux problèmes de vie et de liberté se posent pour les Magyars placés entre le Hohenzollern de Berlin et celui de Bucarest. On soutient que, dans cette hypothèse, le Habsbourg serait vivement dépouillé par le roi de Prusse. C’est bientôt dit. D’autres solutions sont possibles, qui seraient plus conformes au nationalisme farouche des États secondaires, celle-ci notamment : l’addition fédérale ou confédérale de tous ces États moyens tendant et même aboutissant à former un puissant contrepoids aux empires. Il n’y faudrait qu’une condition : cet ensemble ayant besoin d’être organisé, il resterait à trouver l’organisateur, ou, si l’on veut, le fédérateur, car rien ne se forme tout seul.

Le choc des grands empires, remarquons-le, pourra multiplier le nombre de ces menues puissances qui aspireront ainsi à devenir des neutres. Chaque empire éprouvera une difficulté croissante à maintenir son influence et sa protection sans partage sur la clientèle des nationalités subalternes. La liberté de celles-ci finira par être partiellement défendue par le grave danger de guerre générale qui résultera de toute tentative d’asservir l’une d’elles ou d’en influencer une autre trop puissamment. Le monde aura donc chance de se présenter pour longtemps, non comme une aire plane et découverte, abandonnée à la dispute de trois ou quatre dominateurs, non davantage comme un damier de moyens et de petits États, mais plutôt comme le composé de ces deux systèmes : plusieurs empires, avec un certain nombre de nationalités, petites ou moyennes, dans les entre-deux.

Un monde ainsi formé ne sera pas des plus tranquilles. Les faibles y seront trop faibles, les puissants trop puissants et la paix des uns et des autres ne reposera guère que sur la terreur qu’auront su s’inspirer réciproquement les colosses. Société d’épouvantement mutuel, compagnie d’intimidation alternante, cannibalisme organisé ! Cette jeune Amérique et cette jeune Allemagne, sans oublier cette vieille Autriche et cette vieille Angleterre qui rajeunissent d’un quart de siècle tous les cent ans, auront des relations de moins en moins conciliantes et faciles. Peu d’alliances fermes, mais un plexus de traités et partant de litiges. La rivalité industrielle entre les empires est déjà très âpre ; il serait utopique de chercher de nos jours leur principe d’accord, ni comment cet accord pourra durer entre eux.

Quantum ferrum ! On ne voit au loin que ce fer. La civilisation occidentale a fait la faute immense d’armer les barbares, l’Abyssinie contre l’Italie, le Japon contre la Russie. Erreurs qui ne peuvent manquer d’engendrer à la longue de nouvelles suites d’erreurs. On a salué dans Guillaume II le prince généreux qui voulut grouper l’Europe contre les Jaunes. Et c’est lui qui arme les multitudes sauvages de l’Asie blanche et de l’Afrique noire contre l’Angleterre et la France. Mais, s’il est le coadjuteur de la Porte et le protecteur de l’Islam, il ne lui serait pas facile de ne pas l’être : les empires contemporains subissent de plus en plus cette loi de travailler contre leur commune racine, la chrétienté et la civilisation. C’est un des résultats de leur progrès matériel. À ne regarder que les intérêts, l’intérêt de la seule métallurgie en Allemagne, en Angleterre et en Amérique suffit à rendre chimérique toute union des civilisés, tout pacte civilisateur. Concurrence : d’où tremblement universel.

Eh bien ! dans cet état de choses, entre les éléments ainsi définis, ce tremblement et cette concurrence fourniraient justement le terrain favorable et le juste champ d’élection sur lequel une France pourrait manœuvrer, avec facilité et franchise, du seul fait qu’elle se trouverait, par sa taille et par sa structure, très heureusement établie à égale distance des empires géants et de la poussière des petites nations jalouses de leur indépendance. Les circonstances sont propices à l’interposition d’un État de grandeur moyenne, de constitution robuste et ferme comme la nôtre. Parce qu’elle doit rester puissamment agricole, la France peut apporter quelque mesure au développement industriel ; elle n’en est point serve.

Elle peut se développer et s’enrichir sur place presque indéfiniment, parce qu’elle dispose des plus belles terres d’Europe, qui sont encore bien loin d’être mises en valeur comme il conviendrait. Une politique favorable à nos dix-huit millions de ruraux, dont beaucoup sont propriétaires, nous concentrerait fortement dans le domaine de nos rois, et le péril d’être touché par le mouvement de désintégration universelle serait prévenu sans difficulté par un octroi spontané de larges libertés locales. Économiquement et politiquement, par l’agriculture et par la décentralisation, nous composerions l’État le plus uni, en même temps que le plus souple et le plus autonome de l’Europe. Tout fâcheux abus de politique impériale et coloniale nous serait interdit par cette heureuse constitution qui ouvrirait la voie à la plus belle, à la plus active, à la plus fructueuse des politiques d’influence, car notre roi, maître absolu de son armée, de sa marine et de sa diplomatie, jouirait de l’indépendance nécessaire pour guetter, chez autrui, l’inévitable excès de la politique orgueilleuse à laquelle les Allemands, les Russes, les Anglais et les Américains ne peuvent désormais échapper.

Cette période de guet, d’affût et de véritable recueillement pourrait être employée à un travail souterrain de correspondance, d’entente et d’organisation, pratiqué parmi les peuples de puissance secondaire, parmi les demi-faibles, affamés d’une sécurité moins précaire, aspirant à une existence mieux garantie. Chacun d’eux ne peut rien. Simplement coalisés, ils ne peuvent pas beaucoup plus, étant séparés l’un de l’autre par de trop grandes diversités d’intérêt. Une ligue à vingt têtes n’aurait au juste aucune tête. Il y faut une tête unique et puissante pourvu que sa puissance ne soit pas un effroi. Il y faut la tête d’une France bien ordonnée, c’est-à-dire couronnée par un roi de France. Pour fournir un réel service, cette France doit représenter l’alliance d’un État fort, complet, capable de présider avec une impartiale majesté le conseil de ses alliés et de ses clients, en mesure de faire exécuter les décisions communes et de donner des avis compris avec rapidité, tout en se défendant avec le plus grand soin de paraître imposer une autorité insolente.

(Saint-Louis qui fut sollicité de rendre son arbitrage entre les querelles européennes).   

Nous n’aurions pas à chercher ni à convier ; les États secondaires seraient comme chassés par la force des choses dans notre direction : nous les verrions s’enfuir vers nous. À nous donc de nous montrer assez vigoureux et d’être assez sages pour donner confiance, apparaître comme des protecteurs effectifs et non des tyrans. Cette ligue de menus peuples pourrait nous déférer son commandement militaire, et la politique éternelle des rois de France, volonté d’empêcher la Monarchie universelle ou l’accroissement excessif de telle ou telle coalition, recommencerait à rayonner efficacement de Paris. Comme jadis, en raison de l’infériorité numérique qui nous échut parfois sans nous procurer de désavantage réel, nous n’aurons peut-être pas sur la carte le volume des plus grandes puissances : nous en aurons l’autorité morale fondée sur une force vive supérieure.

Mieux que la Prusse ou le Piémont avant l’Unité, nous multiplierons nos valeurs par un habile emploi d’amis, de protégés, d’affranchis exercés et fortifiés par notre aide. Politique de générosité qui aura son intérêt propre autant que sa beauté, cette chevalerie nous élèvera à l’empire.

Le maximum de notre force intérieure ayant été atteint par la constitution de la Monarchie héréditaire, traditionnelle, antiparlementaire et décentralisée, nous aurons obtenu, par la constitution du robuste faisceau de nos amitiés, le maximum de notre force extérieure. Assurés de la force, la force ordonnée et qui dure, il deviendra possible d’en venir à l’action : l’action, soit immédiate, soit à long terme, pour la reprise de notre bien et l’action en vue d’une paix européenne et planétaire qui, mettant fin à l’anarchie barbare de nos races supérieures, mérite enfin d’être appelée la paix française, seule digne du genre humain.

Il n’est pas permis de marchander à l’œuvre de Bismarck, nationaliste prussien, ou de Disraëli, nationaliste anglais, l’admiration qu’elle comporte. Mais enfin, il y a quelque chose au-dessus, c’est l’œuvre d’un Metternich : son Europe, qui est celle de Richelieu, de Lionne, de Choiseul et de Vergennes, apparaît bien supérieure aux nationalités de Cavour et de Canovas. Cette Europe elle-même était inférieure à la chrétienté d’Urbain II et d’Innocent III. La chrétienté unie n’existant plus depuis la Réforme, il n’en subsiste pas moins une civilisation commune à sauvegarder. La France peut en être le soldat et le gendarme, comme le Siège catholique romain peut en redevenir le docteur et le promoteur. Le monde jaune organisé par le Japon, le monde sémitique ressuscitant, ici dans l’Internationale juive et ailleurs dans l’Islam, nous menacent de furieuses secousses, et tout le monde ne méprise pas l’apport intarissable des continents noirs : que de croisades pacifiques ou guerrières à organiser ! Et, si l’on est tenté de se croire isolé, qu’on se rappelle tout ce qui parle encore français et latin dans le monde, l’immense Canada et cette carrière infinie que nous ouvrent les Amériques du Centre et du Sud ! Ce n’est pas la matière qui se refusera à l’audace française. L’esprit français trouve à choisir entre d’innombrables objets. 

Charles Maurras

Nationalisme et catholicité

Nationalisme et catholicité

Pour bien des chrétiens qui ne réfléchissent guère au sens des mots, le nationalisme est un péché ou  ne serait que « la forme dégradée du patriotisme ». Et, de fait, il y a toujours eu des hommes vertueux pour considérer les frontières nationales comme une insulte à l’amour dû à tous les hommes de la terre.

Évidemment, si nous vivions dans un monde de saints, il n’y aurait pas plus besoin d’être nationaliste que de fermer à clef la porte de son appartement… Seulement voilà : les hommes ne sont pas naturellement bons, et ils ont besoin de se grouper dans des communautés qui les protègent contre les autres autant qu’elles les aident à contenir leurs propres appétits.

Nier cette évidence revient tout simplement à nier le péché originel : c’est le tort des cosmopolites et de leurs complices démocrates chrétiens qui, jetant le discrédit sur les traditions, les institutions coutumières, les corps sociaux ancestraux, croient porter l’homme aux « franchises de l’esprit » (Marc Sangnier dixit), mais, en fait, le dépouillent de toute identité sans pour autant servir la paix.

Faut-il donc être nationaliste ? Hélas oui ! Et plus que jamais quand ceux qui veulent détruire les nations n’ont d’autres ambitions que mercantiles. La supranationalité selon Maastricht, comme le « Nouvel ordre mondial » dont elle est le premier jalon, est celle de l’Argent, au nom duquel on rationalise, déracine et asservit. On veut inviter les hommes à fuir tout ce qui mérite d’être gardé et défendu et à se massifier dans la vulgarité du fast-food, dans le culte du gadget et, pour les plus « initiés », sous le vernis gnostique et vaguement spiritualiste du « New Age ». S’il y a un ordre là-dedans, c’est celui de la décharge publique.

Les États-Unis d’Europe sont derrière nous

Toutefois, s’il convient de s’accrocher à la défense de la nation, c’est parce que le monde est en pleine régression. L’Histoire nous apprend qu’au temporel, Rome seule réussit à unir un grand nombre de peuples européens, les aidant à dépasser leurs querelles intestines. Après la débâcle de l’Empire, les évêques et les moines sauvèrent l’acquis de la civilisation et, sous le signe de l’universalité chrétienne, révélèrent aux chefs barbares eux-mêmes les bienfaits de l’ordre établi par Dieu dans sa création. Fils aînés de l’Église, les Mérovingiens, puis les Carolingiens tentèrent de prolonger Rome, mais leurs succès ne purent s’inscrire dans la durée. Ce fut alors l’émiettement féodal, tandis que l’Église assurait la maintenance du savoir et de la charité.

Puis les Capétiens eurent la sagesse de rassembler peu à peu les régions, les peuples qui avaient entre eux les plus solides affinités. Ainsi, autour du roi, lieutenant de Dieu sur terre, se forma la France au rythme de l’hérédité. Ce royaume allait-il vivre replié sur lui-même ? Sûrement pas ! Au-dessus des couronnes, rayonnait alors la Chrétienté, cette grande fraternité des peuples baptisés. Les hommes n’étaient certes pas tendres les uns envers les autres, mais tous possédaient le même sens de la parole donnée, respectaient le même code de l’honneur et savaient qu’ils auraient des comptes à rendre devant Dieu. La Chrétienté c’était aussi la soumission à l’ordre naturel, à la sagesse ancestrale reconnue comme le reflet de la sagesse de Dieu. Tout empêchait l’individu de se prendre pour le centre du monde.

L’exemple de sainte Jeanne d’Arc

Bien sûr, rien n’est parfait ici-bas. Dès 1054, l’Église d’Europe orientale, préférant ses disputes byzantines à la rigueur latine, se sépara de Rome, au risque de se mettre au service des puissances étatiques. En Occident même, dès le XIVe siècle, le nominalisme de Guillaume d’Occam renvoyait l’homme aux lumières de sa conscience individuelle. Puis des théologiens sorbonnards, laïcistes avant la lettre, voulurent tenter de séparer les fins spirituelles des hommes, des fins temporelles des États, tandis que d’autres soutenaient la primauté des conciles sur la papauté. Climat d’impatience face aux cadres traditionnels, donc profitable – déjà ! – aux hommes d’affaires qui se mirent à rêver d’une Europe réorganisée selon des visées marchandes. En envahissant la France, en lui arrachant même sa dynastie par l’odieux traité de Troyes (1 420), donc en mettant hors-jeu le royaume capétien, l’Angleterre servit fort bien les intérêts des marchands anglo-saxons, mais aussi allemands et bourguignons, qui pourraient ainsi se livrer aux démons de la démesure. La crise était aussi dans l’Église où la hiérarchie se compromettait bien souvent avec ceux qui fabriquaient l’opinion dans un sens hostile à la catholicité romaine. Et pendant ce temps, à l’est, l’islam progressait…

C’est alors que Dieu envoya sainte Jeanne d’Arc, une humble jeune fille ignorant les sophistes de son temps, obéissant d’un même élan à l’ordre divin et aux lois permanentes de la Création. Elle fit tout de suite sacrer à Reims le roi légitime Charles VII, sachant bien qu’en l’absence d’autorité royale, tout effort militaire, social, intellectuel et même religieux risquait de demeurer éphémère. Ce faisant, elle affirma devant toute l’Europe que la légitimité et la souveraineté françaises étaient inaliénables. Et tandis qu’elle restituait aux Français l’héritage qui les faisait être ce qu’ils étaient, elle montrait aux Anglais, fermement mais sans haine, qu’ils avaient intérêt à retourner vivre là où ils pouvaient vivre en paix. Et du même coup, elle donnait le coup de grâce à la supranationalité matérialiste, brandissant contre le cosmopolitisme le véritable universalisme : celui de la Croix, qui ne brise jamais les liens naturels et historiques entre les hommes, mais appelle au contraire les communautés à concourir au bien commun universel.

Jeanne, incarnation du nationalisme français ? La réponse est oui. Certes on ne parlait guère de nation à cette époque (et pas toujours dans son sens actuel), et pas du tout de nationalisme puisqu’en tenait lieu la simple fidélité à la lignée royale, garante de la continuité et de l’identité de la France. Mais justement, en intervenant pour restaurer au nom du Christ la dynastie légitime, Jeanne revivifia le foyer des vraies ententes humaines, cette communauté de destin, cet héritage auquel convient parfaitement le mot de nation (de natus : né). Ainsi la Sainte a-t-elle montré une bonne fois pour toutes – et jusqu’au sacrifice suprême – que se conformer aux lois gardant une nation incorrompue dans son être historique, c’est appliquer le IVe commandement (« Tes père et mère honoreras ») et c’est servir la paix, car celle-ci se fonde sur la justice entre les nations et non sur leur fusion dans des agrégats informes et manipulables.

Luther contre la Chrétienté

Hélas, au XVIe siècle, survint Luther et, avec lui, selon l’expression d’Auguste Comte, « l’insurrection de l’individu contre l’espèce ». Dès lors plus de référence supérieure reconnue par tous ; la conscience pouvait tout réinterpréter ; l’Europe chrétienne était touchée au plus profond de son âme. Ce ne fut pas un progrès. Les nations durent renforcer leurs frontières autant que leur administration intérieure. Pour ne pas laisser le champ libre aux égoïsmes particuliers ou collectifs, elles durent partout fédérer les forces vives et devenir ainsi les éléments irremplaçables d’équilibre, de mesure et d’ordre. L’unité, devenue difficile sur le plan spirituel, devait subsister sur le plan temporel par les nations, lesquelles, d’ailleurs, réalisant la paix intérieure dans une communauté de destin, pouvaient dès lors amplement contribuer au retour de l’unité spirituelle.

C’est ainsi que la France du Roi Très-Chrétien vit au XVIIe siècle des foules de protestants se convertir (hélas pas tous !), tandis que le rayonnement de sa culture manifestait sa vocation à l’universalité. On put même parler d’une Europe de l’esprit, née de l’influence française.

La caricature révolutionnaire du nationalisme

Le coup fatal fut porté par la Révolution de 1789. Le mot nation lui-même fut dénaturé. Il ne s’agit plus, selon l’idéologie libertaire, de communauté scellée par l’Histoire, mais d’une association nouvelle à laquelle on appartient par un acte de simple volonté individuelle. Dès lors, l’État, création de la volonté générale souveraine, ne put que s’ériger en absolu, confinant la foi dans le for intérieur de chacun et détruisant les florissantes libertés séculaires des métiers et des provinces, afin que chacun pût « librement » faire coïncider sa volonté avec la mythique « volonté générale ». L’on vit aussi apparaître la guerre révolutionnaire, qui n’avait plus grand chose de commun avec les querelles traditionnelles des rois pour agrandir leurs domaines : les masses s’y trouvèrent engagées, au nom d’une idéologie à imposer au reste du monde et qui engendrait la haine obligatoire de l’étranger, considéré comme l’obstacle à la réalisation du Progrès… Ainsi la Révolution, se réclamant de la « nation », mit-elle pour vingt ans, l’Europe à feu et à sang. Plus grave encore : l’idéologie volontariste exportée, suscita partout des « nationalismes » d’un nouveau genre, qu’il serait plus juste d’appeler nationalitarismes puisque nés dans le mépris de l’Histoire, fondés uniquement sur la volonté des individus, sur l’idée des Droits de l’Homme déifiés, sur l’idée de contrat passé entre gens « libres et égaux » voulant vivre ensemble et se suffire à eux-mêmes. Ces « nations » créées artificiellement, disloquant de vastes ensembles aux bienfaits séculaires (pensons à l’empire austro-hongrois), devinrent autant de foyers d’instabilité dans le monde ; les guerres de 1914-18 et 1939-45 en sortirent.

Or il n’y a aucune différence de nature entre cette conception exacerbée de la nation et l’abandon national actuel. Le glissement est même fatal : dès lors que la nation ne repose que sur la volonté des individus, elle est condamnée à tous les ébranlements et n’est rien d’autre que ce que les majorités veulent bien qu’elle soit. D’où l’idée que, pour ne plus revoir les guerres atroces que l’on a connues, il faudrait non point renoncer à l’idéologie de 1789, mais faire de chacun un « citoyen du monde » en imposant partout la « philosophie » des Droits de l’Homme. Ainsi égaliserait-on toutes les sociétés, obligeant les plus enracinées dans l’Histoire à apostasier pour se mouler sur le même type de démocratie et de technocratie que celles qui viennent tout juste de sortir de la barbarie. On croit ainsi servir la paix… En étouffant la civilisation !

La voix de l’Église

Il faut revenir aujourd’hui au vrai nationalisme, et non à sa caricature jacobine, laïque et agressive – cette caricature que des gens ignorants ou mal intentionnés affectent de confondre avec le vrai. Une précision s’impose ici : les papes Pie XI et Pie XII n’ont jamais condamné le nationalisme en tant que tel, mais seulement les hypertrophies qui le dénaturent. Ainsi, dans l’encyclique Urbi arcano Dei (23 décembre 1922), Pie XI a dénoncé le « nationalisme déréglé ». De même, dans son message de Noël 1954, Pie XII a distingué d’une part « la vie nationale », « droit et honneur d’un peuple », « ensemble de toutes les valeurs de civilisation qui sont propres à un groupe déterminé, constituant le lien de son unité spirituelle », « contribution propre qui enrichit la culture de toute l’humanité » (c’est ce que défend le nationalisme), et d’autre part l’exploitation de la nationalité : « La vie nationale n’est devenue un principe de dissolution de la communauté des peuples que lorsqu’elle a commencé à être employée comme moyen pour des fins politiques, c’est-à-dire quand l’État dominateur et centralisateur fait de la nationalité la base de sa force d’expansion » (voilà le nationalitarisme jacobin).

Le nationalisme français, dont la plus pure expression a été donnée par Charles Maurras, est en parfait accord avec la tradition catholique. Quand en 1939 furent levées par Pie XII, les sanctions ayant frappé l’Action française, aucune rétractation ne fut demandée à Maurras sur la doctrine de son nationalisme. Car celle-ci s’oppose nettement à l’État érigé en absolu. L’État doit être remis à sa place de serviteur du bien commun, de fédérateur des forces vives, de garant de la continuité nationale, et c’est pourquoi sa forme la plus parfaite en France, le « nationalisme intégral » (selon Maurras), est la monarchie, ce fait de paternité et d’autorité, donc d’amour, qui manifeste pleinement que la nation est un héritage.

L’État nationaliste français est inconcevable sans le respect des diversités régionales et des libertés professionnelles, ces « républiques » dont l’harmonisation constitue le « pays réel ».

Enfin cet État résolument décentralisateur rendrait à l’Église entière liberté de culte et d’enseignement ; cela va de soi dans un pays dont l’âme a été façonnée par la foi catholique hors de laquelle il est vain de chercher un ordre véritable des intelligences et des cœurs.

Nationalisme et patriotisme

On peut se demander ici ce qui distingue nationalisme et patriotisme. Lisons Maurras : « Patriotisme s’est toujours dit de la piété envers le sol national, la terre des ancêtres et, par extension naturelle, le territoire historique d’un peuple. » « Nationalisme s’applique, plutôt qu’à la terre des pères, aux pères eux-mêmes, à leur sang, à leurs œuvres, à leur héritage moral et spirituel, plus encore que matériel. Le nationalisme est la sauvegarde due à tous ces trésors qui peuvent être menacés sans qu’une armée étrangère n’ait passé la frontière, sans que le territoire ne soit physiquement envahi. »

Donc le nationalisme ne remplace pas le patriotisme, il le renforce même en le réenracinant dans le terroir familier des provinces à faire revivre, mais il le dépasse. Par exemple, lorsque sainte Jeanne d’Arc boutait les Anglais hors de France, elle agissait par patriotisme ; mais sa mission était bien plus élevée : elle consistait à rendre au pays les moyens de renouer avec le meilleur de ses traditions. Là est le nationalisme.

La « seule internationale qui tienne »

Osons maintenant l’affirmer : les nations historiques – et en premier lieu la France – fidèles à elles-mêmes, ont une mission de paix, parce que, riches d’une expérience millénaire et du sens de la mesure, nourries de l’Antiquité latine, héritières de tant de saints et de martyrs, elles sont porteuses de valeurs universelles, celles de la foi catholique, « la seule internationale qui tienne », disait Maurras.

Comme l’écrivait ce dernier à Pierre Boutang en février 1951 : « Nous bâtissons l’arche nouvelle, catholique, classique, hiérarchique, humaine, où les idées ne seront plus des mots en l’air, ni les institutions des leurres inconsistants, ni les lois des brigandages, les administrations des pilleries et des gabegies, où revivra ce qui mérite de revivre, en bas les républiques, en haut la royauté et, par-delà les espaces, la Papauté. »

Agir autrement, n’est-ce pas bâtir sur le sable ?

Michel Fromentoux, membre du Comité Directeur de l’Action Française