Ce minable tyran qui jouit d’écraser les Français

Ce minable tyran qui jouit d’écraser les Français

 

Dans un entretien accordé au Parisien, le président Macron a déclaré :

 

“Moi, je ne suis pas pour emmerder les Français. Je peste toute la journée contre l’administration quand elle les bloque. Eh bien là, les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder”. “Donc on va continuer de le faire, jusqu’au bout, c’est ça la stratégie”.

“Je ne vais pas les mettre en prison, je ne vais pas les vacciner de force. Et donc, il faut leur dire : à partir du 15 janvier, vous ne pourrez plus aller au restau, vous ne pourrez plus prendre un canon, vous ne pourrez plus aller boire un café, vous ne pourrez plus aller au théâtre, vous ne pourrez plus aller au ciné”.

Les Français étaient pourtant habitués au ton méprisant de Macron, mais voici que ce président – le plus mal élu de tous les présidents de la Ve république – vient de déclarer la guerre aux non-vaccinés.

En rendant responsables les vaccino-sceptiques de tous les maux de la société, ce minable tyran qui jouit d’écraser les autres, pratique l’inversion accusatoire : « Et ça, c’est l’immense faute morale des antivax: ils viennent saper ce qu’est la solidité d’une nation ».

Celui qui se veut, selon le principe républicain, garant de l’unité de la nation, montre son vrai visage : il divise et assume vouloir faire des non-vaccinés des citoyens de seconde zone.

La désobéissance, de plus en plus ferme, s’impose maintenant à tous si l’on ne veut pas basculer définitivement dans un monde de ségrégation et de punitions continuelles.

Macron devra rendre des comptes pour avoir sali la France et méprisé les Français. En ce début d’année, alors que les Français vont une nouvelle fois s’entredéchirer pour élire le successeur de cette ribambelle de présidents tous plus anti-français les uns que les autres, aidons les « nationaux » à prendre conscience de l’urgence d’en finir avec la démocratie.

Le Roi était père de tous les Français, la république les divise et les oppose.

Marche pour la Vie

Marche pour la Vie

Nous relayons ici l’appel urgent des organisateurs de la Marche pour la Vie qui aura lieu le dimanche 16 janvier, départ Paris, place de Catalogne à partir de 13h30 (derrière la gare Montparnasse). Soyez présents : défendre la famille c’est défendre la France.  

Chers amis de la Marche Pour la Vie,

 

Recevez tout d’abord tous nos vœux les meilleurs pour cette nouvelle année, puisse-t-elle être marquée par des victoires dans la défense de la vie humaine !

Nous revenons vers vous en cette rentrée pour vous solliciter une nouvelle fois. Vous êtes déjà des centaines à vous être engagés comme bénévoles ! 

Il nous manque à ce jour quelques centaines bénévoles, ce qui ne nous permet pas d’envisager sereinement l’organisation de la Marche pour la Vie à ce jour. Vous connaissez l’organisation logistique que cet événement représente, alors parlez-en autour de vous, inscrivez-vous comme bénévole, faites inscrire vos proches, amis, famille.

Il y a des besoins en animation sur scène, logistique et Sécurité : il y en a pour tous les goûts et tous les âges !

Alors n’attendez pas ! 

500 bénévoles en 10 jours : c’est possible, mais seulement si vous nous aidez !

Voici le lien pour vous inscrire

https://volunteo.com/fr/r/MPV2022 

N’oubliez pas que vous pouvez demander à être répartis en groupe avec des amis. 

 

PERMANENCE 

N’hésitez pas à passer au 37 rue des Volontaires à Paris (porte verte en face du 36, numéro de téléphone à appeler affiché sur la porte) pour récupérer des tracts, tous les soirs de semaine de  17h à 18h pour la Marche et ainsi diffuser l’information partout ! 

AIDE AVANT LA MARCHE 

Et si vous êtes disponibles pour aider à assurer une permanence à la rentrée ou cette semaine pour la distribution des tracts, contactez-nous à benevoles@enmarchepourlavie.fr, on recherche du monde!

POUR VENIR EN CAR 

Pour les non-parisiens, n’hésitez pas à contacter l’adresse suivante : car@enmarchepourlavie.fr si vous souhaitez prendre part à l’organisation d’un car au départ de votre ville. Pour connaitre la carte complète des départ de cars

Merci d’avance pour votre générosité et votre réactivité qui permettront que cette manifestation puisse avoir lieu dans de bonnes conditions. 

Car sans bénévoles, pas de marche ! Or, plus que jamais, nous devons dire notre attachement à toute Vie et ce dès ses débuts alors qu’elle est toujours plus menacée ! 

Chers amis, sans votre soutien, nous n’arriverons pas à organiser cette Marche. 

à dimanche 16 janvier, 
départ Paris, place de Catalogne 
à partir de 13h30 
(derrière la gare Montparnasse) 

L’équipe de la Marche pour la vie

Léon Daudet, figure rabelaisienne de l’Action française

Léon Daudet, figure rabelaisienne de l’Action française

 

Cet homme fut le personnage le plus haut en couleurs de l’Action française. Exubérant, colérique, fantasque, porté à la polémique, bon vivant, et avec cela, écrivain de grand talent, il ne passa pas inaperçu, à moins dire. D’un tempérament très différent de celui de Charles Maurras, il s’entendit cependant parfaitement avec ce dernier, et imprima sa marque particulière au mouvement néo-monarchiste de la rue de Rome. Il avait cependant en commun avec Maurras d’être doté d’un caractère entier et de charger violemment contre ses ennemis.

Enfant des lettres

Né à Paris le 16 novembre 1867, Léon Daudet est le fils aîné d’Alphonse Daudet (1840-1897). Et son oncle, Ernest Daudet (1837-1921), sera, en son temps, un historien et un romancier réputé. Il grandit donc dans une forte ambiance intellectuelle, et acquiert une vive sensibilité littéraire et une très riche culture, au contact de l’atmosphère des brillantes réceptions organisées à domicile par son père, qui invite les écrivains parisiens de l’époque. Très tôt, il a la passion des livres, qu’il dévore goulûment, et de l’écriture. Il voit défiler, au domicile parental, Flaubert, Maupassant, Edmond de Goncourt, Zola, Maurice Barrès et autres. Les Daudet ont des inclinations républicaines, bien qu’Alphonse ait bénéficié de la protection du duc de Morny, dans sa jeunesse1 . Victor Hugo est une de leurs idoles. Et c’est ce qui explique que Gambetta ait compté quelquefois parmi leurs invités.

 

Léon, jeune, se sent lui aussi républicain, proche des radicaux à la Pelletan ou à la Clemenceau. Il se moque des monarchistes, qui lui paraissent les partisans ridicules d’un monde révolu, et il hue le général Boulanger lorsque celui-ci fait son entrée à la Chambre en juillet 1888. Il découvre également l’antisémitisme, à la faveur de l’amitié entre son père et Drumont.

Médecin avorté et écrivain naissant

Après de brillantes études au lycée Louis-le-Grand, il opte pour des études médicales. Il rencontre Jean-Martin Charcot, le fameux neurologue. Ce dernier est un des médecins de son père, atteint de syphilis depuis longtemps. Très bon étudiant, prometteur, Léon sera pourtant recalé au concours de l’internat de Paris en 1891, et ne soutiendra pas sa thèse de doctorat. Il attribuera son échec à la malveillance de Charcot, à la fille duquel il avait refusé de se fiancer2 . Il renonce donc à la carrière médicale, mais sans trop de regrets, car la littérature l’accapare. Il fait paraître son premier roman, L’Héritier, sous la forme d’un feuilleton, dans La Nouvelle Revue de Juliette Adam, en 1892. Son expérience du monde médical lui inspirera un roman, Les Morticoles (1894), acerbe.

Un premier mariage raté

Au début de 1891, il épouse Jeanne Hugo, petite-fille de Victor. Le mariage sera civil, Hugo ayant proscrit le mariage religieux au sein de sa famille, qu’il gouvernait en patriarche. Ce mariage sera un véritable fiasco. Léon se montre autoritaire, coléreux, et, lorsqu’il s’emporte, injurieux. Jeanne, de son côté, se révèle une femme capricieuse et folle furieuse lorsqu’elle se sent contrariée. En outre, Léon, qui devient chaque jour plus réactionnaire et antisémite, n’apprécie pas, à moins dire, Édouard Lockroy, républicain radical, juif, député, et bientôt ministre, beau-père de Jeanne depuis le remariage de la mère de celle-ci. Jeanne quitte le domicile conjugal en décembre 1894. Le divorce sera prononcé en janvier 1895, et Jeanne conservera la garde des enfants3 .

Nationaliste et antidreyfusard

Le 5 janvier 1895, Léon, accompagné de Barrès, assiste à la séance de la dégradation du capitaine Dreyfus, récemment condamné, dans la cour de l’École militaire. Le lendemain, il rend compte de l’événement dans un article du Figaro intitulé « Le Châtiment », hostile au condamné, mais exempt de tout antisémitisme avoué : on n’y relève aucune allusion aux Juifs (le mot même n’apparaît pas dans le texte). Cependant, l’antisémitisme sourd de l’emploi de certaines expressions ou de certaines phrases (« épave de ghetto », « Le misérable n’était pas français. Nous l’avions tous compris, par son acte, par son allure, par son visage »). Léon affiche désormais des convictions nationalistes et antidreyfusardes qui le rapprochent de ceux qui partagent ses convictions (Bourget, Coppée, Lemaître, Barrès) et le font rompre avec les dreyfusards, Anatole France, et surtout Zola, à partir de 18984 . Le 19 janvier 1899, Il assiste à la première grande réunion publique de la Ligue de la Patrie française, à laquelle il adhère aussitôt. Il devient membre du conseil de rédaction du quotidien monarchiste Le Soleil (1899), et, à partir de 1900, du quotidien antisémite La Libre Parole et du quotidien conservateur Le Gaulois, trois périodiques auxquels il collaborait depuis déjà plusieurs années. Il va désormais donner des fournées d’articles contre les dreyfusards, le gouvernement de Défense républicaine de Waldeck-Rousseau, le ministère anticlérical de Combes, et le régime en général. S’il ne remet pas encore en cause la république, il critique violemment la démocratie parlementaire, et incline à un régime autoritaire, s’approchant ainsi des idées d’un Déroulède ou d’un Barrès, ou même de ce général Boulanger, qu’il avait hué en 1889. En 1901, il publie un pamphlet, Le pays des parlementeurs.

L’adhésion à l’Action Française

La Ligue de la Patrie française bat de l’aile. Le suicide de son homme fort, Gabriel Syveton, soupçonné à la fois d’une liaison coupable avec sa belle-fille et de détournements des fonds de la Ligue, dont il était le trésorier (décembre 1904), la plonge dans le chaos. Daudet qui, pour sa part, incline à croire, comme d’autres, au meurtre (déguisé en suicide) de Syveton, va s’éloigner de ce mouvement, si peu et mal organisé qu’il s’achemine vers sa fin. Il se tourne alors vers le groupe de « L’Action française », fondé en avril 1898 par Henri Vaugeois et Maurice Pujo, et doté d’un bimensuel, la Revue d’Action française, à partir de juillet 1899. Là, il fait la connaissance de Charles Maurras, jeune écrivain déjà connu. Il découvre alors la pensée de celui-ci, et lit ses œuvres avec attention. Il lit Trois idées politiques (1898), Dictateur et Roi (1899), et surtout la grande Enquête sur la monarchie (1900-1903), qu’il n’en finira pas de relire et de méditer. Et, lui qui, naguère, moquait les tenants du monarchisme, il se convertit à la cause de la restauration de la royauté en France. En bon disciple de Maurras, il se prononce en faveur de la restauration d’une monarchie héréditaire de droit divin, fondée sur la religion catholique, non parlementaire, et décentralisée. Daudet était déjà nationaliste, anti-parlementaire et anti-démocrate, à l’exemple de son père et de presque toute sa famille5  ; le voici désormais, en outre, monarchiste. La conception maurrassienne de la monarchie lui plaît, car elle procède de la raison, du raisonnement, et qu’elle n’enkyste pas la pensée et les mœurs dans un moralisme jugé étroit et étouffant. En cela, elle coïncide avec son tempérament gaulois, son appétit de vivre et sa tendance à la gaudriole. Elle le séduit également par la jeunesse de la plupart de ses militants et animateurs, leur volonté d’assurer le triomphe de leur cause, et leur sens de l’offensive ; alors que les royalistes de naguère se présentaient comme de vieux gentilshommes ou des grands bourgeois conformistes, austères, politiquement inactifs, repliés dans la nostalgie d’un passé monarchique idéalisé. Cela dit, Daudet ne rejette nullement les caractéristiques du royalisme traditionnel : malgré ses frasques, il affiche sa foi catholique, défend l’Église et la religion contre l’anticléricalisme, et fustige l’immoralité et le pourrissement des mœurs (ce qui ne manque pas d’amuser ou de choquer ses adversaires, qui connaissent son genre de vie).

Maurras et Daudet : au service d’une même cause

Bien des traits de caractère le distinguent de Maurras. Il n’a pas le dogmatisme doctrinaire de son maître, prend parfois des libertés relativement à ses principes (notamment dans ses choix littéraires), et ne condamne pas systématiquement tout ce qui s’y oppose ou y est étranger. Ainsi, il ne rejette pas le romantisme, et lui trouve même des attraits et de la grandeur. C’est qu’il est fou de littérature, et qu’il met la valeur d’un écrivain ou d’un artiste au-dessus de tout. Il dira, un jour : « Quand il s’agit de littérature, la patrie, je m’en fous », propos impensable de la part de Maurras. Il défendra les œuvres d’un Gide ou d’un Proust6 , plus tard d’un Céline7 , ce que le chef de l’Action française n’envisagera pas une seconde. Mais il fait siennes les convictions du maître du nationalisme intégral. Et puis, du point de vue du caractère, il a en commun avec lui le goût immodéré de la polémique, la violence verbale, l’intransigeance politique, le rejet viscéral de la république et de la démocratie, et la haine de ses ennemis. Les deux hommes formeront donc un parfait duo à la tête de l’Action française, un tandem composé de deux brillantissimes plumes, tenues avec un étincelant brio par deux hommes différents : le fin lettré helléniste, amoureux de la Grèce antique et du monde méditerranéen, de la langue et de la littérature provençale, et un émule pittoresque de Rabelais.

Car les deux hommes sont avant tout des écrivains. Maurras s’est déjà imposé comme poète, critique littéraire, conteur et essayiste. Daudet, lui, s’est imposé comme un romancier fécond avec : L’Astre noir (1893), Les Morticoles (1894), déjà cité, et qui rencontra un beau succès, Les Kamtchatka (1895), Le Voyage de Shakespeare (1896), Suzanne (1896), La Flamme et l’Ombre (1897), Sébastien Gouvès (1899), La Romance du temps présent (1900). Et il est l’un des fondateurs et premiers membres de l’académie Goncourt, en tant que fils d’Alphonse Daudet, ami et exécuteur testamentaire d’Edmond de Goncourt. Il a soin d’en interdire l’accès à Zola, devenu son ennemi. Écrivain renommé dès avant trente-cinq ans (et pas seulement en raison de la célébrité de son père), il a, pour la littérature, une passion supérieure à celle qu’il éprouve pour la politique, et qui ne se démentira jamais.

La rencontre décisive avec Philippe d’Orléans

Proche de Maurras par les idées et le goût de l’outrance verbale et de la provocation, Daudet l’est aussi d’Henri Vaugeois par le caractère. Les deux hommes ont en commun un caractère difficile, qui les porte à la polémique, et une allure générale et un comportement bohèmes, qui choquent les conformistes. Une différence notable cependant : Vaugeois, longtemps pur rationaliste et sceptique, ne deviendra jamais un catholique fervent, ce que Daudet se targue d’être, malgré sa liberté de mœurs et de manières, et qu’il est effectivement, de par l’éducation reçue au sein de sa famille, très pieuse. Mais autre point commun avec Vaugeois : le besoin de rencontrer le prétendant à la couronne de France pour affermir une conversion récente à la cause du royalisme. Pour Vaugeois, la rencontre avait eu lieu en octobre 1901 à Karlsruhe. Pour Daudet, elle se produit en novembre 1904 à Londres, à l’hôtel Savoy. Habitué à la vie mondaine, mais pas à la fréquentation des altesses royales, Léon se montre intimidé, emprunté, engoncé. Lui, si volubile d’ordinaire, ne parvient qu’à bredouiller des paroles banales et décousues. Mais Philippe d’Orléans se fait accueillant et aimable, l’embrasse sur les deux joues et le prie à déjeuner. Léon reviendra de Londres émerveillé, définitivement conquis et monarchiste de cœur, alors qu’il ne l’était que de raison.

Un des piliers de l’Action française

Il devient l’homme le plus connu de l’Action française, presque à égalité avec Maurras, qui lui, joue le double rôle de maître à penser et de chef d’orchestre, omniprésent, animant avec autorité toute la mouvance du nationalisme intégral et néo-monarchiste.

Les deux compères pensent que leur mouvement ne peut se contenter de la modeste Revue d’Action française, fondée en 1899 par Vaugeois et Pujo, bimensuelle. Ils décident donc de se lancer dans l’aventure d’un quotidien qui, pensent-ils, en accroîtra sensiblement l’audience. Et, ainsi, ils fondent L’Action française, dont le premier numéro sortira le 21 mars 1908. Daudet est rédacteur en chef du nouveau périodique, Maurras est directeur de la publication. Vaugeois et Pujo appartiennent toujours à l’équipe rédactionnelle, et le second sera l’adjoint de Maurras à la direction du journal. Celui-ci réunit tout un bataillon de brillants intellectuels qui contribueront au rayonnement et au prestige de l’Action française, y compris parmi ses adversaires, lesquels seront conscients de la valeur de leurs ennemis, sous le rapport de l’intelligence, du sérieux des analyses et de la rigueur des raisonnements de leurs ennemis. Citons, parmi les plus belles plumes du quotidien : Léon de Montesquiou, Lucien Moreau, Jacques Bainville, Louis Dimier, Bernard de Vesins, Robert de Boisfleury, Pierre Lasserre, puis Henri Clouard, Eugène Marsan et autres8 .

Léon Daudet va multiplier à l’envi, durant des années, les articles critiques et polémiques dans les colonnes de son quotidien. Cela lui vaudra maints duels avec certaines de ses cibles, notamment — entre beaucoup d’autres — Gaston de Maizière, journaliste au Gaulois, en 1910, et Martin Nadaud, écrivain, l’année suivante.

Il ne borne pas son activité journalistique au seul domaine politique. Une bonne partie de ses articles sont consacrés à la critique littéraire, et, dans ce registre, il se révèle un lecteur averti et un analyste fin, subtil, pénétrant et original.

Un personnage haut en couleurs

Son personnage, qu’il se plaît lui-même à outrer, joue un rôle important dans sa renommée : Léon Daudet acquiert très vite la réputation, ô combien justifiée, d’un homme truculent, au verbe haut, grand mangeur et grand buveur, colérique et gouailleur. Il participe aux bagarres de rue qui opposent, notamment dans la Quartier latin, les étudiants d’Action française et les Camelots du Roi à leurs adversaires, ce qui le mène souvent au poste de police, où il passe quelquefois la nuit.

Toujours prolifique, il multiplie les romans : Les deux Étreintes (1901), Le Partage de l’Enfant (1905), Les Primaires (1906), Un sauvetage (1907), La Lutte (1907), La Mésentente (1911), Ceux qui montent, Le Lit de Procuste (1912), La fausse Étoile (1913). Les relations entre les personnes, leur complexité et leurs vicissitudes, les problèmes de couple, les sentiments, les émotions, sont au centre de ses romans, largement inspirés par ses propres expériences. Son hostilité à l’Allemagne, la guerre et la politique lui inspireront La Vermine du monde (1916, relatif à l’espionnage allemand), et Le Cœur et l’Absence (1917).

Il publie également des essais : L’Avant-guerre (1913), Contre l’esprit allemand. De Kant à Krupp (1915), Hors du joug allemand. Mesures d’après-guerre (1915), Le stupide XIXsiècle (1922). Mais il se montre un essayiste d’un niveau très inférieur à celui de Maurras, de Bainville ou de Montesquiou, trop polémique pour être profond, et incapable d’avoir la distance passionnelle indispensable à une saine analyse des faits qu’il étudie. Cependant, tous ses livres sont de véritables succès de librairie, et leur auteur est l’un des plus lus du premier quart du XXsiècle.

Les cibles politiques de Daudet sont nombreuses ; toutefois, sa favorite est Briand, symbole à ses yeux, de la “démocrassouille”, qu’il ne cesse de vilipender, tant dans ses articles que dans ses livres.

Durant la Grande Guerre9 , il s’attaque à tous ceux qu’il considère comme des traîtres ou, tout au moins, des saboteurs de l’effort de guerre national : l’anarchiste Miguel Almereyda, les anciens ministres Louis Malvy et Joseph Caillaux, Aristide Briand. Ses articles incendiaires exercent une influence certaine sur le gouvernement, et c’est en partie du fait des campagnes de Daudet que Almereyda, Caillaux et Malvy seront arrêtés. Ses outrances lui valent non seulement des duels et des haines solides, mais aussi des ennuis judiciaires, et il se voit condamné pour diffamation en 1920.

Député de Paris, le temps d’une législature

Au lendemain de la guerre, l’Action française semble à son zénith. Ayant soutenu sans réserve l’effort de guerre du pays et le cabinet Clemenceau, elle jouit, dans toute l’opinion publique et une grande partie de la classe politique, d’une faveur exceptionnelle (Poincaré la félicite). Aussi, ses dirigeants décident-ils de déroger à leur refus absolu des élections et de la démocratie parlementaire, et de présenter des candidats aux législatives des 16 et 30 novembre 1919, à Paris et dans une vingtaine de départements. Si bien que l’Action française anime bientôt à la Chambre un groupe de 29 députés, dits « Indépendants de droite », composé de quatre des adhérents de sa Ligue, de divers monarchistes plus ou moins proches d’elle, et de catholiques ralliés. Daudet est député de Paris, élu sur une liste « d’Action française et d’Union nationale », dans le XVIarrondissement. Comme on pouvait s’y attendre, il se montre véhément. L’Action française est alors à la croisée des chemins. Portée par la vague de l’Union sacrée des années de guerre et la victoire de 1918, elle a une position flottante vis-à-vis de la majorité de droite républicaine du Bloc national, louvoyant entre soutien (pour le maintien de l’ordre, la lutte contre les syndicalistes et la gauche socialiste et communiste, et les économies budgétaires) et critique (à l’encontre de la politique pacifiste de Briand, en 1921-1922). Elle hésite également entre la persévérance dans son attitude de rejet systématique de la république et son intégration de fait à la droite nationaliste républicaine, dans le sillage de Barrès, de Louis Marin et de la Fédération républicaine. Appréciées par presque toute la droite de l’hémicycle lorsqu’il fustige Briand, les attaques de Daudet ne le sont plus du tout quand elles visent Millerand, devenu le plus intransigeant des patriotes10 . Ses attaques contre les communistes, les syndicalistes et les banquiers, tous accusés de collusion contre les intérêts français, sous l’égide des capitalistes juifs, des francs-maçons et de l’URSS, lui sont vivement reprochées, et il se voit discrédité ; il ne retrouvera pas son siège de député lors des législatives de juin 1924.

Le temps des épreuves cruelles

 

 

Dès lors, Daudet entre dans sa période de déclin. Et les années qui suivent vont lui être particulièrement pénibles, l’amenant à affronter l’épreuve cruelle du deuil et de sérieux ennuis judiciaires.

Ces événements tournent autour de Philippe, fils né de son second mariage11 . Cet adolescent instable et fugueur, entretenant des rapports difficiles avec son père, tenté par l’anarchisme, fut trouvé tué d’une balle dans la tête, dans un taxi, le 24 novembre 1923. Bien qu’une enquête ait conduit au suicide, Léon veut y voir un meurtre. Ses actions judiciaires se révèlent infructueuses, et se terminent par un non-lieu. Il se lance alors dans une campagne de presse mettant en cause la police et le ministère de l’Intérieur. Condamné, en 1926, à 1 500 francs d’amende et cinq mois de prison ferme, il voit cette peine confirmée en appel. Après s’être barricadé dans les locaux de l’Action française, il se rend, à la demande de Jean Chiappe, nouveau préfet de police de Paris, et est incarcéré à la Santé dans des conditions déplorables12 .

Il n’y restera pas longtemps. Dès le 25 juin, deux Camelots du Roi, se faisant passer au téléphone pour le directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur et le ministre lui-même, ordonnent au directeur de la Santé sa remise en liberté, sachant se montrer très convaincants.

Le déclin

Daudet, libéré-évadé, se réfugie en Belgique, où sa famille le rejoint. Il bénéficiera d’une grâce du président Doumergue, le 31 décembre 1929, et sera de retour à Paris le 2 janvier 1930.

Il retrouve son poste de rédacteur en chef de L’Action française. Apparemment, rien n’est changé : il a toujours son bel appétit, multiplie les articles contre le régime et les ministères successifs, fustige le Front populaire, les Juifs et la haute banque, prend parti pour les franquistes durant la guerre d’Espagne13 , participe aux défilés de l’Action française, aux côtés de Maurras, Pujo, Réal del Sarte, Schwerer. Mais son monde s’écroule peu à peu. Et ce, depuis déjà un moment. Marius Plateau en 1923, Ernest Berger en 1925 sont tombés sous les balles de leurs ennemis politiques, le journal et divers livres de Maurras ont été condamnés par le pape Pie XI le 29 décembre 192614 , Maurras lui-même fait près de dix mois de prison en 1936-1937, et son mouvement, dont l’équipe dirigeante, vieillissante, n’est pas renouvelée, perd de son aura auprès de la jeunesse nationaliste, séduite par le fascisme. Daudet lui-même vieillit, connaît des problèmes de santé.

Au cours des années 1930, c’est encore en littérature que Daudet conserve toute sa force. Sa production ne faiblit pas. Le roman reste son genre favori ; il donne : L’amour est un songe (1920), L’Entremetteuse (1921), Sylla et son destin (1922), Le Drame des Jardies (1924), Le Napus, fléau de l’an 2227 (1927, œuvre futuriste), Le Cœur brûlé (1929), Les Bacchantes (1931), Un amour de Rabelais (1933), Médée (1935), Les Lys sanglants (1938). Critique littéraire averti, il publie, entre 1927 et 1929, huit volumes d’une série, Écrivaine et artistes, consacrés aux maîtres les plus fameux des lettres et des arts en France et à l’étranger. Il publie aussi des pamphlets : Le Nain de Lorraine (contre Poincaré), Le Garde des Sceaux contre Barthou), Le Nain de passage (contre Briand), tous livres parus en 1930. Il livre aussi ses mémoires et autres livres de souvenirs.

La fin

Lorsqu’ éclate à nouveau la guerre, en 1939, l’Action française n’est plus qu’un rafiot vermoulu et à la dérive, piloté par une brochette de vieillards dépourvus de successeurs. Au printemps 1940, la France est envahie et connaît sa plus cinglante défaite depuis le début du XVe siècle. La république s’effondre, et le maréchal Pétain instaure le régime de l’État Français. Comme Maurras, Daudet approuve ce changement, mais se sent trop patriote et anti-allemand pour s’en réjouir. D’autant plus que les Allemands saccagent les locaux de l’Action française et interdisent beaucoup de livres de Maurras. Ce dernier se voit contraint d’installer, dans des conditions précaires, son journal à Lyon. Daudet reste à ses côtés avec Pujo. Puis, malade, il se retire dans sa propriété de Saint-Rémy-de-Provence, dans les Bouches-du-Rhône, où il reçoit d’ailleurs la visite de Maurras. Il succombera à une hémorragie cérébrale le 30 juin 1942, âgé de presque 75 ans. Il est inhumé au cimetière de Saint-Rémy-de-Provence.

À la différence de Maurras, Montesquiou, Dimier, Bainville ou Marie de Roux, Léon Daudet n’a pas été un des théoriciens de l’Action française. Il était avant tout romancier, et ne concevait pas d’écrire quelque ouvrage théorique. En dehors du roman, il n’excella guère que dans le pamphlet, et, en tant que journaliste, dans la polémique. Sa personnalité différait de beaucoup de celles de ses amis, tous aristocrates d’esprit, férus de belle langue et de littérature classiques. Lui, malgré un style de facture classique, était plutôt rabelaisien, usait d’une grande liberté de langage. Et, bien qu’immergé dans le beau monde depuis son enfance et doté d’une éducation des plus policées, il avait une grande liberté de comportement et de manières, et étalait des travers que les autres dissimulent tant bien que mal. Il figure Rabelais ou Mathurin Régnier au milieu de la Pléiade, auprès de Malherbe et Racan, ou dans un salon du XVIIsiècle animé par Boileau. À lui seul, cet homme haut en couleurs et brillant représente une face particulière de l’Action française, différente de celle de Maurras et autres, mais tout aussi féconde.

Paul-André DELORME.
 
RIVAROL 3478 du 30 juin 2021

1 Et bien que les Daudet eussent traditionnellement été catholiques et légitimistes.
 
2 Ainsi, Léon aurait contrarié les ambitions matrimoniales de Charcot, qui aurait vu d’un bon œil l’union de sa famille avec celle des Daudet, devenus célèbres grâce à Alphonse surtout, et Ernest, et se serait senti blessé de voir sa fille repoussée par un possible prétendant. Cette version de Léon reste cependant incertaine. Certes, Charcot n’apprécia sans doute pas le refus de Léon, mais il était tout de même un médecin universitaire conscient de ses devoirs, et il ne décidait pas seul, malgré son autorité, de l’admission des candidats à l’internat. De plus, Léon, bien qu’ayant fait une provision importante de livres et autres manuels en vue de réussir au concours de l’internat, ne semble pas avoir sérieusement préparé ce dernier, et paraît s’être dispersé dans ses activité littéraires.
 
3 Pendant treize ans, elle les empêcha de voir leur père. Jeanne devait confier à l’abbé Mugnier, un ami de sa famille, n’avoir jamais aimé Léon. Ce dernier, comme il le disait lui-même, lui conseillait ironiquement, durant leur mariage, afin de rompre l’ennui dont elle se plaignait, de faire des ménages, de poser nue pour un peintre, ou même de prendre un amant.
 
4 Désormais, la haine de Daudet à l’égard de Zola, pourtant ami de son père, ne se démentit jamais. Il surnommera « le grand Fécal » l’auteur de « J’accuse ».
 
5 À l’exception de son jeune frère Lucien (1878-1946), qui, lui, ne fut jamais anti-démocrate ni antisémite.
 
6 Il décida l’académie Goncourt à couronner À l’ombre des jeunes filles en fleurs, en 1919.
 
7 Auquel il s’efforça, en vain, de faire attribuer le Goncourt, pour Voyage au bout de la nuit, en 1932.
 
8 Le journal fut le phare lumineux de l’Action française. Mais l’éclat du mouvement tint aussi à la Ligue d’Action française, fondée en 1905, à l’Institut d’Action française, créé en 1908, et aux Camelots du Roi.
 
9 Pendant laquelle il n’est pas mobilisé en raison de son âge (déjà 47 ans en 1914). Il tenta de s’engager volontairement en août 1914, mais sa demande fut refusée en raison de sa condition physique.
 
10 Transfuge de la gauche socialiste, Alexandre Millerand (1859-1943), remporta tous les suffrages de la droite lorsqu’en tant que président du Conseil (janvier-septembre 1920), il décida du rétablissement de l’ambassade de France auprès du Saint-Siège, puis, lorsqu’à la conférence de Spa (5-16 juillet), il parvint à faire attribuer à la France 52 % du montant total des réparations de guerre allemandes.
 
11 En 1903, Léon Daudet avait épousé, en secondes noces, sa cousine, Marthe Allard (1878-1960). Le couple eut cinq enfants, dont Philippe était l’aîné.
 
12 Il trouva une souris morte dans sa pitance !

Bonne année 2022

Bonne année 2022

Bonne année 2022

« Nul ne possède plus d’autres droits que celui de toujours faire son devoir », Auguste Comte

2021 aura été l’année de la privation des libertés fondamentales, de la folie hygiéniste et sanitaire et de l’incurie républicaine qui n’était plus à démontrer. Toujours plus de république et d’Europe, d’immigration, d’immoralité et toujours moins de France, tel est le constat que nous nous faisons en ce début d’année qui, il faut le dire, ne commence pas sous de bons auspices pour notre pays. Pourtant, face à ce coup d’Etat permanent contre la France et les Français, quelques signes nous permettent d’espérer en un avenir meilleur. L’abstention record des dernières élections régionales et départementales aura révélé un système à bout de souffle, un désintérêt pour les partis politiques. La dictature sanitaire a donné naissance à un grand mouvement populaire qui, dans la continuité des Gilets Jaunes aura décomplexé la parole d’un grand nombre de Français ayant pris conscience que la crise sanitaire était une affaire fort rentable pour les laboratoires pharmaceutiques. Ce contexte où le régime et son personnel s’efforcent chaque jour d’arracher la France à son histoire et les Français à leur terre a aussi été favorable à un renouveau du patriotisme.

2021 aura surtout été l’année d’un renouveau de notre Mouvement en réaction aux dérives doctrinales du CRAF-RN : nos adhérents et nos abonnés à « l’Echo d’AF » sont de plus en plus nombreux, notre site est de plus en plus visité, et nos rédacteurs heureux de voir l’AF connaître un nouveau souffle.

Face aux incertitudes du moment, rappelons-nous que ce sont les idées qui font marcher le monde et les minorités agissantes qui font l’histoire. Ne perdons pas l’espérance et ne cherchons pas le salut national ailleurs que dans ce sillon d’extrême droiture. Sans plus attendre, pour nous permettre de réaliser nos projets et d’être davantage visibles, adhérez, faites des abonnés, faites un don à l’Action Française, c’est vital !

 

Nous vous souhaitons de tout cœur, ainsi qu’à tous ceux qui vous sont chers, une heureuse et sainte année 2022, qu’elle soit une année prospère pour chacun et qu’elle soit l’année de la véritable Reconquête !

 

Pour que vive la France, vive le Roi ! 

Noël en France

Noël en France

Alors que le régime et son personnel s’efforcent chaque jour d’arracher la France à son histoire et les Français à leur terre, le pays réel a fêté Noël.

Qu’en ces temps de guerre menée contre notre peuple et notre terre, chacun trouve un peu de repos et de paix avec les siens.

Que ces temps si précieux nous permettent d’oublier quelques instants les agitations de notre monde devenu fou.

Dès demain il faudra combattre et travailler pour rendre à la France les institutions qui garantiront sa pérennité. Nous avons la doctrine de salut national. 

 

Au nom de l’Action Française, des contributeurs et des militants, nous souhaitons à tous les Français de bonne volonté un bel octave de la Nativité. 

 

 

Sachons garder l’Espérance !

 

Vive le roi 

 

 

André Charles

Président du Comité Directeur de l’AF

 

Clément Gautier

Président d’Amitié et Action Française

 
 

 

 

L’Action Française, saint Pie X et la démocratie chrétienne

L’Action Française, saint Pie X et la démocratie chrétienne

L’Action Française, saint Pie X et la démocratie chrétienne

 

En 1910 le pape fustigeait l’idéal d’émancipation politique et sociale de Marc Sangnier, vicié par une fausse idée de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, de la dignité. Selon saint Pie X, « les vrais amis du peuple ne sont ni révolutionnaires, ni novateurs, mais traditionalistes ».

La lettre sur le Sillon, Notre charge apostolique, écrite par le pape saint Pie X et datée du 25 août 1910 (fête de saint Louis – et ce n’est pas un hasard !) est de ces documents qui emportaient l’admiration enthousiaste de Charles Maurras pour l’Église « temple de définitions du devoir ». À l’aube de ce XXe siècle qui allait commettre tant d’atrocités au nom de la démocratie, le saint pape redressait charitablement mais vigoureusement Marc Sangnier qui, en France, propageait l’utopie d’un monde idéal par ce régime. Le pape était très clair : « Nous n’avons pas à démontrer que l’avènement de la démocratie universelle n’importe pas à l’action de l’Église dans le monde », car l’institution divine ne saurait s’inféoder à un parti.

L’Église peut-elle accepter la démocratie ?

De tout temps, l’Église a laissé les peuples libres de choisir entre monarchie, aristocratie, démocratie, le régime convenant à leurs traditions et à leurs intérêts. Elle peut très bien accepter la démocratie en tant que simple principe de désignation, par l’élection, des autorités. En vertu de quoi Léon XIII, croyant servir la paix civile, incita les catholiques français en 1892 à se rallier à la République, mais on voulut alors oublier qu’en France ce régime, héritier des Lumières et de la Révolution, n’envisageait l’élection que comme principe de création du pouvoir, donc rendait bien difficile pour l’élu de reconnaître qu’il tient son pouvoir, comme tout pouvoir ici-bas, de Dieu seul et qu’il doit l’exercer au service supérieur du bien commun. À la génération suivante, Sangnier et ses amis, dont saint Pie X reconnaissait la générosité, oublièrent les précautions de Léon XIII parlant de la démocratie sans lui donner un sens politique et comme d’une « bienfaisante action parmi le peuple » ; ils se laissèrent dévoyer ; ils adhérèrent, refusant toute obéissance et tout respect de l’expérience ancestrale, à l’idéologie même de la démocratie pour dresser la souveraineté du peuple face à celle de Dieu et la brandir comme le phare d’un monde nouveau et plus juste…

La cité catholique

Mais citons saint Pie X : « On ne bâtira pas la cité autrement que Dieu ne l’a bâtie ; on n’édifiera pas la société, si l’Église n’en jette les bases […] ; non, la civilisation n’est plus à inventer, ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est ; c’est la civilisation chrétienne, c’est la cité catholique. » Le pape montrait ensuite que l’idéal d’émancipation politique, sociale et intellectuelle que rêvait de réaliser le Sillon, était vicié par une fausse idée de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, de la dignité. En voulant donner à chaque citoyen « une âme de roi », à chaque ouvrier « une âme de patron » et ainsi « porter à son maximum la conscience et la responsabilité civique de chacun », il « entraîn[ait] l’homme sans lumière, sans guide et sans secours dans la voie de l’illusion ». Quand on s’éloigne de l’ordre naturel créé par Dieu on ne peut qu’errer…

Une agitation tumultueuse, stérile

 Que pouvait-il sortir d’une telle collaboration avec des non-chrétiens et des idéologues venus de toutes parts ? « Une construction purement verbale et chimérique, où l’on verra miroiter pêle-mêle et dans une confusion séduisante les mots de liberté, de justice, de fraternité et d’amour, d’égalité et d’exaltation humaine, le tout basé sur une dignité humaine mal comprise. Ce sera une agitation tumultueuse, stérile pour le but proposé et qui profitera aux remueurs de masses moins utopistes. Oui, vraiment, on peut dire que le Sillon convoie le socialisme, l’œil fixé sur une chimère. »

 L’ultime avertissement

Les sillonnistes allaient jusqu’à oser « entre l’Évangile et la Révolution des rapprochements blasphématoires » et à dépouiller le Christ de sa divinité pour attirer le plus grand nombre.

Citons alors cet ultime avertissement : « Qu’ils soient persuadés que la question sociale et la science sociale ne sont pas nées d’hier ; que, de tout temps, l’Église et l’État, heureusement concertés, ont suscité dans ce but des organisations fécondes ; que l’Église, qui n’a jamais trahi le bonheur du peuple par des alliances compromettantes, n’a pas à se dégager du passé et qu’il lui suffit de reprendre, avec le concours des vrais ouvriers de la restauration sociale, les organismes brisés par la Révolution et de les adapter, dans le même esprit chrétien qui les a inspirés, au nouveau milieu créé par l’évolution matérielle de la société contemporaine : car les vrais amis du peuple ne sont ni révolutionnaires, ni novateurs, mais traditionalistes. »

Suivaient quelques mesures pratiques pour arracher les âmes à cette débâcle et pour définir une véritable action sociale catholique. Nous n’avons pas besoin d’ajouter que ces propos qui, prononcés par un saint, sont illuminés de sainteté, décrivent à l’avance une situation dans laquelle, faute d’avoir écouté la voix du Magistère, le monde actuel est enfoncé politiquement, socialement, et religieusement. Qu’on le reconnaisse ! Saint Pie X est toujours actuel ; aujourd’hui c’est la démocratie qui est vieille. Écoutons-le nous appeler à restaurer la société sur des bases saines, expérimentées et salutaires. En la purgeant de la démocratie…

Maurras six ans plus tôt…

Charles Maurrras avait admiré l’intelligence et la générosité de Sangnier jusqu’au jour, le 25 mai 1904, où celui-ci crut bon d’écrire dans le journal du Sillon : « Pour un esprit dégagé de toute superstition, un impérieux dilemme doit tôt ou tard se poser : ou le positivisme monarchiste de l’Action française ou le christianisme social du Sillon » ! Ce fut l’origine du Dilemme de Marc Sangnier, l’un des plus lumineux textes de Maurras. Nous rappelons ici seulement quelques points. Faux dilemme, répondit Maurras dès le 1 er juillet dans L’Action Française, alors bimensuelle, « dépourvu de valeur logique et de sens réel », parce que dire que les lois naturelles existent, que l’expérience les dégage après que l’observation en a recensé les faits ne saurait contredire les justifications métaphysiques qui en constituent pour les chrétiens le vrai fondement.

« Les lois naturelles existent ; un croyant doit donc considérer l’oubli de ces lois comme une négligence impie. Il les respecte d’autant plus qu’il les nomme l’ouvrage d’une Providence et d’une bonté éternelles. »

Et de prendre l’exemple de Godefroy de Bouillon, de sainte Jeanne d’Arc, de saint Vincent de Paul, qui n’ont jamais réalisé leur mission chrétienne en méprisant les conditions temporelles, expérimentales, du succès de leurs entreprises. Maurras alors s’étonnait : « Notre philosophie de la nature n’exclut pas le surnaturel. Pourquoi Sangnier, dans son surnaturel, ne sous-entend-il pas la nature ? » Séparer les deux ordres était nettement contraire à la tradition thomiste… Le fondateur du Sillon écrivit alors à Maurras une lettre publiée dans L’Action Française du 15 août où il disait que la démocratie qui restait à mettre en route est le régime qui devait « porter au maximum la conscience et la responsabilité de chacun ». Étant donné « l’effort évolutif des sociétés humaines », il y aurait de plus en plus d’hommes dans ce cas : la démocratie sera toujours en devenir… « Nous continuons notre route vers l’avenir », écrivait-il. Sangnier rêvait d’un État fondé sur la vertu Ainsi, Sangnier rêvait d’un État dont le fondement serait la vertu. On nageait en plein rousseauisme… Maurras n’avait aucun mal à répondre que, bien sûr, la vertu est belle et que la chrétienté a suscité de grands élans d’héroïsme et de sainteté, mais que si les motifs surnaturels sont d’un prix infini, c’est « à condition qu’ils soient guidés et définis par la vénérable sagesse de l’Église », laquelle, sachant que la seule prédication du bien ne saurait suffire à transformer une société, a toujours voulu multiplier, pour encadrer l’individu, les habitudes, les institutions, les communautés qui le portaient à surmonter ses penchants égoïstes ou les « illuminations » de sa sensibilité. La confiance en l’homme est trompeuse… Pas de bonnes mœurs sans de bonnes institutions ! Enfin, poursuivait Maurras, « être sublime à jet continu, héroïque à perpétuité, tendre et bander son cœur sans repos et dans la multitude des ouvrages inférieurs qui, tout en exigeant de la conscience et du désintéressement, veulent surtout la clairvoyance, l’habileté, la compétence, la grande habitude technique, s’interdire tous les mobiles naturels et s’imposer d’être toujours surnaturel, nous savons que cela n’est pas au pouvoir même des meilleurs ».

Et de constater : « Quand la France fut-elle plus croyante et plus vertueuse qu’aux XIIe et XIIIe siècles ? C’est aussi le moment où elle fut le plus monarchique, le plus féodale, le plus « corporative » et le moins individualiste, c’est-à-dire le plus étrangère au système démocratique républicain cher à Sangnier. »

Maurras avait très tôt deviné l’erreur politique qui pouvait découler d’une erreur religieuse fondamentale puisqu’elle portait sur la place de l’homme dans l’ordre de la Création. Et son analyse allait être confirmée par le saint pape six ans plus tard.

Michel Fromentoux, membre du Comité Directeur de l’Action Française

 

Zemmour et la compétence

Zemmour et la compétence

Malgré les apparences, la compétence a un rapport avec la politique. La République a proclamé son amour pour elle. Elle en a fait un moyen de sélectionner ses élites. L’une des revendications qui ont mené à la Révolution française était de prendre en considération le mérite plus que la seule naissance dans l’attribution des postes. Ce n’était pas illégitime : le bon sens et la mobilité de l’ancienne monarchie (Suger était fils de serf) avaient parfois cédé devant les scléroses de l’ancien régime finissant. Mais le progrès aussi a ses scléroses, et l’on a fini, à travers la méritocratie, par ne plus évaluer les hommes qu’en fonction de leurs diplômes et d’une forme restreinte du mérite, intellectuelle et technique.

Ainsi s’ouvrit l’ère des technocrates, énarques, polytechniciens et autres, qui fut celle de la Compétence : entendez par là la faculté de reproduire un certain discours au moyen d’un langage et de références communs, de se plier fidèlement à certaines habitudes de pensée, dans le cadre d’un système de valeurs donné.

La hiérarchie des valeurs est la clef de la notion de compétence politique. Dans la cinquième république, il est reconnu par exemple qu’on ne peut être apte à gouverner et compétent si l’on ne connaît pas les ponts-aux-ânes de l’Économie, du budget et de la monnaie. Mais on peut très bien être tenu pour apte à gouverner et compétent quand on n’entend rien à l’histoire ni à l’identité du peuple français. Telle la clef qui ouvre le concept de compétence et son utilisation dans le combat politique. Lors du récent débat Zemmour / Le Maire, Bruno a gagné par exemple, il a été déclaré plus compétent face à son affectif adversaire. Lors du débat présidentiel de 2017, Emmanuel fut dit compétent et Marine nulle. Lors de la crise des gilets jaunes, les demandes de ceux-ci ont été décrétées incohérentes, hétéroclites et somme toute incompétentes.

Cela nous amène à refuser le primat de la compétence en politique.

Il ne s’agit pas bien sûr de recruter ignares et empotés, mais de constater que, sous couleur de choisir objectivement en fonction de la compétence, le système opère en fait un choix moral, idéologique et politique.

Nous ne devons pas nous y soumettre. Quand certains, constatant avec justesse que Marine fut mauvaise contre Macron, fondent sur son incompétence la nécessité de se débarrasser d’elle, puis leur Zemmourolâtrie, ils commettent une double erreur. Marine mérite une critique, mais pas selon ce critère. Et son insuffisance ne suffit pas à rendre la candidature de Zemmour bonne. De même, la médiocrité de Zemmour face à Le Maire ne suffit-elle pas à faire de sa candidature une catastrophe. Nous devons juger gens et choses sur nos propres critères, non sur ceux de l’ennemi.

Le mot compétent fait partie du vocabulaire intimidant que la caste des dirigeants oppose à la partie rétive de la population pour lui ôter la parole. C’est une violence et une confusion, qu’il est facile de distinguer dans le cas des gilets jaunes. Quand ils disaient « Vox populi, vox Dei », les anciens Romains ne s’y laissaient pas prendre : ils savaient le peuple incompétent dans le détail des décisions propres à sauver la patrie, mais sacré, donc sacrément compétent, infaillible, dans son cri exigeant le salut de la patrie. Les gilets jaunes en leur début furent la Vox Populi. De même les Français qui tendent leur espoir vers Zemmour ou Le Pen sont-ils la Vox Populi.

Nous devons donc rétablir notre échelle de valeurs, partant nos critères de compétence : dans l’incendie, n’en déplaise à Néron, la compétence du pompier l’emporte sur celle du poète. Quand il y va de la survie de la France, la compétence du patriote prime celle du grand commis. Du temps que la Cinquième ressemblait à une monarchie élective, De Gaulle ou Pompidou, malgré leurs défauts et leurs crimes, ne se laissaient pas abuser par les prestiges des compétences techniques : ils exigeaient, un peu à la manière de Louis XIV, que les « hommes spéciaux » (ainsi parlait le grand roi des jardiniers et des contrôleurs des finances) leur apportent leurs conseils en une page claire compréhensible par tout homme de sens.

Pour rétablir la France, le vote reste aujourd’hui un moyen. Celui qui veut avoir nos voix devra subordonner le détail des programmes au salut du pays ; dans la campagne, cela signifie refuser les controverses lilliputiennes pour s’en tenir à l’essentiel. Il faut pour cela l’autorité, la rectitude doctrinale, le courage dans l’esprit et la hauteur nécessaire. Le Pen père en eut quelque chose. Ses successeurs ne convainquent pas pour l’instant. La monarchie transmettait ces choses par l’hérédité et la tradition qui l’entourait. En attendant son retour, qu’il nous faut préparer, ceux qui entendent œuvrer pour la France doivent jouir de ces qualités exceptionnelles. Des compétences, on en trouve partout, mais cela, ça ne se trouve pas dans le pas d’un cheval.

Le Grand Colbert

Le Grand Colbert

Le Grand Colbert a été, de 1661-1665 jusqu’à sa mort en 1683, un des principaux ministres de Louis XIV (1643-1715), cumulant économie,finances, travaux publics, industrie, commerce, agriculture, marine et culture. Il a accompli une œuvre importante, voire essentielle, dans tous ces domaines. Si lui ont toujours échappé l’armée de terre, les fortifications, la diplomatie, la justice, ceci ne l’a pas empêché d’accomplir une œuvre législative, en particulier de droit commercial, le célèbre Code noir, humanisant l’esclavage. Il a supervisé le chantier de construction du Louvre, puis celui du Château de Versailles.

Jean-Baptiste Colbert a été un modèle de serviteur de l’Etat, animé par une grande vision de la France. Le tout a été accompli, sous la supervision directe de Louis XIV, roi particulièrement consciencieux. Quelle a été l’action réelle de Colbert ? Est-elle à la hauteur de la propagande d’Etat qu’il a su construire, à sa gloire, dès son époque, avec des écrivains et artistes talentueux ?

Colbert est devenu très vite, un mythe historique. Il a su mettre en œuvre sa propre propagande, celle du ministre exemplaire, alliant sérieux, compétence, désintéressement et surtout courage politique -n’hésitant pas à contredire le roi dans l’intérêt de l’Etat-. Il a dressé symboliquement, sa propre statue, face à de mauvais ministres, Mazarin, mal organisé, et Fouquet, prévaricateur.

Cette image a été reprise au XIXème siècle, en voulant faire de Colbert, un champion de la bourgeoisie, classe montante au service de la France, opposé à une noblesse plus ou moins parasite, voire fauteuse de guerre civile. A l’inverse, à partir des années 1970, des penseurs, marqués par les théories économiques libérales ou ultralibérales, ont attaqué Colbert, jusque-là à peu près consensuel, et ont voulu voir en lui un précurseur du socialisme, donc d’une politique économique inefficace.

Colbert a été un grand serviteur de l’Etat, ceci ne fait aucun doute. Il a essayé, avec des succès variables, de développer l’économie française. Il est issu en effet de la bonne bourgeoisie de Reims, de la banque -pour utiliser un terme moderne- et de la haute administration -les bureaux des ministres, Le Tellier puis Mazarin-. Ce Colbert, petit commerçant, a été une calomnie, du duc de Saint-Simon, mémorialiste au grand talent littéraire mais très mauvaise langue, calomnie reprise au premier degré et retournée positivement au XIXème siècle. Colbert a prétendu lui, durant toute sa vie, à des origines nobiliaires écossaises, fantaisie familiale délirante qui a beaucoup fait rire en son temps et au siècle suivant, car ses descendants, et eux seuls, y ont cru. Il n’était donc nullement quelque champion d’une classe bourgeoise (concept, du reste, inventé au XIXème siècle). Cette petite faiblesse de prétentions nobiliaires, s’explique par le contexte social de l’époque, et n’enlève rien au génie du personnage.

Il faut, bien sûr, se méfier terriblement des opinions idéologiques qui font fi du contexte chronologique. Par exemple, Colbert n’a certainement pas inventé le socialisme deux siècles avant Karl Marx. Ce n’est tout simplement pas sérieux. Colbert a multiplié les encouragements au secteur privé, à commencer par des législations nouvelles, favorables au commerce et à la navigation, et n’a tout simplement jamais eu l’idée d’une économie collectiviste (contresens par rapport à sa pensée profonde).

UN TRÈS GRAND MINISTRE ET UNE FAMILLE AU SERVICE DE L’ETAT

Jean-Baptiste Colbert de 1619 à 1683, a été un ministre possédant un vrai génie de l’organisation administrative, talent aussi rare que précieux pour les Etats. Il a su allier réflexions théoriques et capacités pratiques. Bourreau de travail, il a eu pour seule passion la bibliophilie ; dans cette discrète et très honorable passion, il est devenu assez vite un expert, un amateur au goût très sûr ; après sa mort, ses acquisitions ont enrichi les fonds de la Bibliothèque Royale.

Colbert a certes fait la fortune de sa famille, ce qui a pu choquer rétrospectivement, mais correspondait parfaitement à la coutume du temps. L’enrichissement ne devait pas cependant être disproportionné, scandaleux, comme ce fut le cas avec Fouquet, disgracié et arrêté en 1661. La fortune des Colbert est restée inférieure à celle des grands cardinaux-ministres, Richelieu et Mazarin. Culminant pour toute sa famille, à son apogée vers 1680, à 10 millions de livres, elle est restée dans la norme des très grands ministres de l’époque, à l’étranger (Autriche, Angleterre, Espagne) comme en France, et s’avère comparable à la fortune de la grande famille concurrente des Tellier-Louvois.

Colbert a promu des talents véritables, issus de sa famille, dans ses départements ministériels. Les sujets médiocres, y compris un de ses fils, ont été écartés ou placés à des niveaux correspondant à leurs talents réels. Beaucoup de Colbert, neveux ou cousins, ont été de bons ministres, du vivant du Grand Colbert comme par la suite, en particulier dans les affaires étrangères, les finances, la marine.  Nombre de ces fils, neveux, cousins, sont morts à la guerre, pour la France. La prétention nobiliaire n’a pas été qu’une extravagance ridicule de cette famille ; elle en avait assumé, de manière vaillante, toutes les conséquences. La famille Colbert a d’ailleurs été assimilée in fine, à la noblesse, du fait d’actions exemplaires au service de l’Etat, suivant le modèle ancien de service de la Monarchie.

QUELQUES ACTIONS ESSENTIELLES DE COLBERT

La modernisation de l’Etat par Colbert a certes été relative, limitée, mais néanmoins remarquable : Il a imposé des méthodes de comptabilité rigoureuses, pour l’époque. Il a veillé à améliorer les méthodes de perception des impôts : les contribuables, surtout les plus modestes -il s’est beaucoup inquiété des impôts écrasants les paysans-, ont donc un peu moins payé, et l’Etat a davantage reçu… Les urgences des guerres, à partir de 1672, ont empêché de pousser jusqu’au bout la logique des réformes ; une véritable administration fiscale moderne ne sera mise en place que dans les années 1800. Mais il faut saluer les indéniables progrès accomplis.

Colbert a développé une vision d’une France autosuffisante, d’une France exportatrice, n’important plus, ou nettement moins, les produits de consommation courante et de luxe. Il a beaucoup réfléchi à la compétitivité française, avec une vraie politique douanière protectionniste, de défense des productions nationales. Dans l’ensemble, cette politique économique a été une réussite, avec le développement d’un secteur du luxe, des vêtements aux miroirs, resté réputé (un des très rares domaines d’excellence de la France désindustrialisée des années 2020). Les tapis de la Savonnerie et les glaces des Gobelins, ont marqué leur temps, jusqu’au siècle suivant.

Colbert a ressuscité notre marine, et lancé la colonisation effective du Canada. La marine de guerre, reconstruite déjà deux fois dans la première moitié du XVIIème siècle, par Henri IV et Sully, puis par Richelieu sous Louis XIII, avait été négligée dans les années 1640-1650 du fait du caractère prioritaire des fronts terrestres ; citons l’interminable guerre contre l’Espagne (1635-1659), menaçant Paris depuis les Pays-Bas espagnols (future Belgique, alors étendue jusqu’à l’Artois), et les ravages de la guerre civile de la Fronde (1648-1653).

Dans les années 1660-1670, Colbert a accompli une œuvre remarquable de reconstruction de la marine de guerre française, qui a été, pour une des rares fois de notre histoire, la première d’Europe, et même du monde. Colbert a veillé à multiplier les chantiers de construction et les bases navales, pour l’entretien et la protection des flottes ; il a développé Brest et Toulon, restées les principales bases navales de notre marine jusqu’à aujourd’hui. Il a organisé le recrutement des équipages, en inventant le système de l’inscription maritime, sorte de service militaire spécifique pour les gens de mer, contre des indemnités et des compensations réelles. En amont, il a réorganisé la gestion des forêts afin d’approvisionner les chantiers navals, avec les considérables quantités de bois nécessaires.

De même, il a veillé au développement de la marine de commerce, via de grandes compagnies commerciales à chartes, une des bases essentielles de la puissance des Etats. Toutefois, ces tentatives n’ont été que des demi-réussites, du fait de l’agressivité des marines de guerres ennemies et de la perturbation des échanges, causée par les guerres quasi continuelles, après 1672.

Le peuplement du Canada a été pensé comme une politique indispensable pour permettre une implantation française durable en Amérique du Nord, face à la menace mortelle des colonies britanniques voisines. Le Québec actuel, dans ses réalités humaines, lui doit son existence ; les quelques milliers de colons, hommes et femmes (orphelines le plus souvent) envoyés au Canada, ont constitué la base humaine des Canadiens-Français. Il est dommage que cette politique de peuplement n’ait pas été poursuivie par la suite. Une Nouvelle-France plus peuplée aurait résisté à l’offensive majeure britannique des années 1750-1760. 

UN SERVITEUR DE L’ETAT EXCEPTIONNEL, D’UN TYPE HELAS TROP RARE DANS NOTRE HISTOIRE

Le Grand Colbert a donc été un serviteur génial de l’Etat, non seulement un homme doté de grandes aspirations pour la France, mais aussi un homme rigoureux, pratique, qui a tout fait pour mettre ses visions en œuvre, et a rencontré un réel succès. Il est dommage que ses recommandations n’aient pas davantage été suivies, le siècle suivant, siècle durant lequel a manqué à l’Etat et à la Monarchie, un grand serviteur de la stature de Colbert.

Octave THIBAULT

Zemmour panique

Zemmour panique

Ce n’est pas un anglicisme. Ce titre ne dit pas que Zemmour ressentirait ou provoquerait de la panique, le mot étant substantif, lié à Zemmour par une sorte de génitif saxon. Non. Il est construit selon la syntaxe française la plus ordinaire. Et avec un vocabulaire classique. Ainsi ne veut-il pas dire non plus que Zemmour s’affolerait, panique étant pris pour un verbe, selon l’abus assez fréquent aujourd’hui. Non. Panique est ici l’adjectif relatif au dieu Pan. Le titre signifie donc que Zemmour et les réactions qu’il provoque ont quelque chose d’irrationnel dont il faut voir le modèle du côté de Pan.

Cela n’est pas une allusion aux accusations de quelques jeunes femmes qui reprochent au journaliste-candidat de les avoir poursuivies avec trop d’insistance. Malgré son physique caprin, Zemmour n’est ni faune, ni satyre, ni sylvain, ni silène, on ne lui a pas vu pousser de pieds de bouc ni d’appendice ithyphallique : mais il joue avec art de cette flûte de pan qui mène les foules. Exilé de l’Olympe pour sa laideur, Pan vécut sur la terre parmi les troupeaux et triompha par sa flûte. Exilé de l’ENA par son échec, Zemmour vécut parmi les journalistes et y triompha en découvrant la musique sublime qui touche le cœur des hommes. On l’a vu sur CNews et lors du meeting de Villepinte, Zemmour s’y comporte en chaman un rien orphique. Il inspire l’enthousiasme de ses adeptes. Je recopie ici le début de la définition d’enthousiasme dans le dictionnaire du centre national lexical de Nancy (j’en recommande l’usage), première acception, celle des religions non-chrétiennes : « État d’exaltation de l’esprit, d’ébranlement profond de la sensibilité de celui qui se trouve possédé par la Divinité dont il reçoit l’inspiration. » L’exaltation que suscite Zemmour rappelle la coupe du monde de football de 1998, et un et deux et trois zéro, ou celle de 2012, coup de boule. Nous sommes dans un transport en commun, d’amour ou de haine.

Ici l’on touche le point important : les réactions que suscite Zemmour ressemblent à celles d’une foule, ou d’une théorie de Bacchantes dont la tête et le corps se trouvent agités de vapeurs diverses et de mouvements qui ressemblent à la transe. Il ne s’agit pas ici de « psychiatriser » les Zemmourolâtres ou les Zemmouroclastes, il s’agit de constater que le débat actuel est sorti de la rationalité pour entrer dans l’enthousiasme, sinon l’hystérie. Chacun aura pu constater, au gré des réunions d’amis ou de famille (ne parlons pas de Facebook), qu’il est impossible de débattre de Zemmour, ou même d’en converser posément. Comme pour l’Affaire Dreyfus jadis ou le Covid aujourd’hui, quand on y entre, il faut laisser tomber l’espoir d’une quelconque nuance, d’un peu de paix, d’un semblant de raison. L’agression est la règle, l’incompréhension de rigueur. La controverse n’apporte qu’aigreur et division, sans une lueur pour sortir de la confusion.

Je l’avais déjà constaté dans un petit livre paru en 2014, A poil Zemmour, où je m’étonnais de ce dialogue de sourds entre l’adulation des fidèles et l’exécration des ennemis. 

Mon propos d’alors, qui me semble aujourd’hui plus urgent que jamais, était de ramener la question à des proportions plus justes, de sortir d’une guerre des fantasmes pour entrer dans une observation tranquille de la réalité, du personnage, de ce qu’il a dit et écrit, de ce à quoi il sert. Le tout guidé par Racine et Britannicus. Zemmour en effet, s’il a suscité chez une part du peuple français le même enthousiasme qu’inspira à Néron la jolie Junie, devrait s’inspirer de la lucidité de celle-ci : « J’ose dire pourtant que je n’ai mérité / Ni cet excès d’honneur ni cette indignité ». Si l’on poussait la comparaison, ce que Boileau ne recommande pas, on noterait que Zemmour engendre par ses paroles l’enthousiasme que Junie causait « dans le simple appareil / D’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil ». 

La question à se poser est la même dans les deux cas : comment l’affect ainsi stimulé agit-il sur la fiabilité du jugement politique ?

Ici vient le moment de dévoiler l’intention du présent article. Perdus dans ce phénomène panique, les amoureux de la France se sont divisés. On connaît tous d’excellentes gens, qui ont cru de bonnes choses et mené de bons combats, et qui aujourd’hui Zemmourodules vous accablent d’injures à la moindre réserve.

Sortir du panique permettra d’abord la réconciliation de ceux qui aiment la France. 

Deuxièmement, dans son répertoire, Zemmour dit aussi de bonnes choses, et c’est pour ces bonnes choses qu’il est accablé par l’ennemi : en faire l’analyse réfute l’ennemi et permet en quelque sorte d’exploiter le bon côté du phénomène Zemmour. Enfin, surtout, la perception précise des erreurs, insuffisances et prestiges de Zemmour amènera naturellement à définir concrètement la bonne position politique à prendre. Voilà le programme de quelques-uns de mes prochains articles, que l’actualité ne va pas manquer de nourrir.

Martin Peltier

Une tyrannie sanitaire pour toujours ?

Une tyrannie sanitaire pour toujours ?

PLUS LE TEMPS passe, plus l’on découvre chaque jour davantage un coin du voile quant à l’horreur dans laquelle nous devons vivre actuellement et plus encore quant à la tyrannie où nous allons devoir survivre coûte que coûte. En mars 2020, lors du premier confinement, on évoquait une pandémie qui durerait quelques mois, peut-être un an. Puis on a reculé la fin de la crise à l’été 2021, ainsi que l’avait déclaré Macron dans l’un de ses nombreux et interminables discours sur le sujet, puis à début 2022, puis à 2023, et voilà qu’on nous parle désormais d’un virus qui pourrait durer dix ans. Comme pour nous habituer à des restrictions inouïes de liberté, non pas temporaires mais définitives. Et lorsque l’on a perdu une liberté, il est très difficile de la reconquérir, de la recouvrer. On finit même au bout d’un certain temps par en perdre le goût, la notion, l’idée. Un peu comme ces personnes que l’on n’a pas revues ni entendues depuis de très longues années et dont on finit peu à peu par oublier la forme du visage et jusqu’au timbre de la voix. Et si des libertés se perdent, de nouvelles habitudes de servitude se créent. C’est ainsi par exemple qu’il est désormais courant de voir des gens porter le masque même dans leur voiture, même dans la rue, là où pourtant il n’est pas encore obligatoire. Mais l’habitude est prise : on finit par oublier de l’enlever, il devient comme un second vêtement, comme une combinaison, pis pour certains il devient indispensable pour conjurer leur peur. 

C’est à cela aussi qu’on mesure à quel point la mise en esclavage de l’humanité, et singulièrement de l’Occident, est aujourd’hui avancée. Quelle tristesse de voir tous ces gens porter sans cesse le masque, même là où il n’est pas formellement imposé, alors qu’il y a trois ans à peine nous étions tellement fiers de cette révolte gauloise des gilets jaunes ! Il serait d’ailleurs intéressant de quantifier le nombre de gilets jaunes actifs à l’époque qui ont hélas aujourd’hui intégré les mots d’ordre de la tyrannie sanitaire avec sa muselière physique, ses gestes dits barrière qui nuisent à la spontanéité, à l’affection, à la chaleur humaine, à l’expression physique des sentiments. Nous sommes des êtres de chair et de sang et empêcher tout contact physique, toute embrassade, toute accolade, tout franc et chaleureux serrement de mains n’est pas anodin, n’est pas sans conséquence. Il n’est pas d’amour et d’amitié, il n’est que des preuves, des actes d’amour et d’amitié. Et le monde virtuel, froid, glacial et glaçant dans lequel nous entrons est infernal. Il est le contraire de notre civilisation de l’Incarnation et repose sur la méfiance systématique de l’autre considéré comme un contaminateur potentiel, comme un tueur en puissance, à l’instar de l’automobiliste traité comme un délinquant en puissance, ou le Français de souche suspecté d’être un raciste, un xénophobe voire un antisémite.

LES CONTRAINTES et les brimades s’enchaînent, se multiplient, s’ajoutent les unes aux autres, comme les variants : après le Delta, c’est désormais l’Omicron (qui rime avec Macron !) Quant à la troisième dose, d’abord réservée aux personnes âgées de 65 ans et plus, elle est finalement imposée à partir du 15 janvier 2022 aux plus de 18 ans. L’objectif est de vacciner toute la population. Les médecins qui se succèdent sur le petit écran (cette crise aura marqué le total naufrage et l’indignité absolue de la médecine actuelle complètement stipendiée, à de rares exceptions près, il faut le dire et le dénoncer !) évoquent désormais une vaccination des enfants de 5 à 11 ans, et nul doute que l’injection concernera à moyen terme les nourrissons. Et alors même que, contrairement à ce que l’on nous avait affirmé, la main sur le cœur et le menton en avant, la vaccination n’empêche pas les gens de contracter le virus, ni d’être contagieux. Autrement dit on ne cesse de nous mentir et de nous manipuler. Si l’on voulait résumer la situation présente, on pourrait la décrire en une courte phrase : on a menti, on ment, on mentira. Pour contraindre tout un chacun à se faire piquer, on a dans un premier temps rendu les tests antigéniques et PCR payants, puis, depuis le 29 novembre, leur validité a été réduite de 72h à 24h, ce qui rend la vie des non-vaccinés impossible s’ils veulent prendre le train, aller au restaurant, visiter un patient à l’hôpital, voyager, bref avoir la moindre vie sociale. Sachant de surcroît que beaucoup de pharmacies ne réalisent pas ces tests, que celles qui les font sont surchargées, que le temps d’attente est souvent considérable et qu’il est loin d’être toujours possible techniquement de pouvoir les renouveler tous les 24 heures faute de disponibilité, c’est la galère permanente pour les non-vaccinés. 

Peut-on imaginer pire brimade que ce que l’on vit actuellement ? Déjà écrasés par les taxes et les impôts, flashés par des milliers de radars sur toutes les routes et autoroutes de France, traînés devant les tribunaux de leur République dès que, sur les réseaux sociaux, la famille traditionnelle et la morale naturelle sont défendues (délit d’homophobie), que la submersion migratoire et le Grand Remplacement sont refusés (délit de racisme), que la version obligatoire et officielle de la Seconde Guerre mondiale est contestée (délit de négationnisme considéré comme de l’antisémitisme), les Français subissent une occupation et une tyrannie dont beaucoup hélas n’ont pas pleinement conscience, anesthésiés qu’ils sont par les media audiovisuels et n’ayant plus de solides repères moraux et spirituels. 

NE NOUS Y TROMPONS pas. Le déconfinement de nos libertés n’est pas pour demain. Ils ne relâcheront jamais la pression, bien au contraire. La mise en servitude se veut définitive, irrévocable, inexorable. Déjà, le 13 janvier 2021, le PDG de Moderna, Stéphane Bancel, laboratoire ayant fabriqué un vaccin contre le covid 19 (que d’aucuns appellent fort justement le covid 1984), déclarait le plus tranquillement du monde que le coronavirus serait là « pour toujours ». L’OMS avait déjà annoncé que ce virus pourrait devenir endémique et ne jamais disparaître. Stéphane Bancel est allé encore plus loin, affirmant de manière péremptoire que « le SRAS-CoV-2 ne disparaîtra pas. » Et le PDG de Moderna d’ajouter avec gourmandise : « Nous allons vivre avec ce virus, nous pensons, pour toujours ». Et où ce milliardaire a-t-il fait cette déclaration ? Nous vous le donnons en mille : lors d’une table ronde consacrée à la santé et organisée par la banque américaine JP Morgan, ainsi que l’avait rapporté la chaîne de télévision américaine CNBC. Les liens entre la science (ou ce qui en tient lieu) et la haute banque sont on ne plus étroits et manifestes. C’était déjà le cas du temps de Drumont. Les choses ne se sont pas arrangées depuis. Et tout cela n’est évidemment pas pour notre bien. On le voit, la réalité dépasse la fiction. Les autorités sanitaires devront surveiller en permanence les nouveaux variants du virus, qui ne cesseront d’apparaître et de se répandre, avait ajouté, lors de ce colloque, le patron du laboratoire Moderna, faisant décidément preuve de prescience, afin que les scientifiques puissent produire sans cesse de nouveaux vaccins pour les combattre, avait-il ajouté. Des vaccins ô combien lucratifs pour les laboratoires et dont il faut rappeler qu’ils sont réalisés à partir de fœtus vivants d’enfants avortés, ce que l’on se garde bien de nous dire.

Il faudra vivre avec ce virus pour toujours nous dit le PDG de Moderna. Jamais les gens ne retrouveront leur vie d’avant, le monde d’avant, avait parallèlement prédit Jacques Attali. Jamais, toujours, voilà des adverbes particulièrement forts et définitifs dont l’emploi n’est certainement pas innocent et qui en disent long sur ce que l’oligarchie, l’hyperclasse mondiale nous réserve.Et face à cela, il faut résister de toutes nos forces. Nous armer intellectuellement, psychologiquement, mentalement, spirituellement. Par la prière et la méditation. Par les amitiés vraies. Par les bonnes et saines lectures. Par la réflexion personnelle. En faisant appel à son bon sens, à sa vigilance, à son esprit critique et à sa capacité d’insoumission active. Car le pire est de céder, de se soumettre pour avoir la paix, ce qui est parfaitement illusoire (on nous parle déjà d’une 4e, 5e, 6e et même 7e dose, d’un abonnement vaccinal à vie, de passes sanitaires transitoires, rapidement caduques, et sans cesse à renouveler ; notre situation est bien pire que celle des immigrés bénéficiant du renouvellement automatique de la carte de séjour ou de la naturalisation, elle aussi automatique, à 18 ans). Ne devenons pas comme Winston, héros du livre 1984, et résistant à Big Brother qui, à force de rééducations, d’odieuses et habiles manipulations, de pression sociale, de tortures mentales voire physiques, finit par abdiquer, par totalement se soumettre, au point de constater, vaincu, que « la lutte était terminée (et qu’) il aimait Big Brother ». Phrase terrible, effrayante, poignante sur laquelle se referme le livre prophétique de George Orwell. 

Editorial de Jérome Bourbon, Rivarol du 29 novembre 2021