Certes, lorsque plusieurs centaines de personnes décèdent en quelques minutes, le terme « catastrophe » est approprié. Et lorsque lesdites personnes meurent noyées, emportées par des torrents d’eau et de boue, on utilise la formule « catastrophe naturelle » puisque provoquée par une instance « extérieure » : la nature.
Rappeler que depuis la formation de la terre – il y a 4,6 milliards d’années -, la nature n’a jamais cessé d’engendrer des catastrophes, n’est certainement en mesure de consoler les dizaines de milliers de Valenciens sinistrés. Ici on pense, par exemple, à la fonte de l’Inlandsis laurentidien (la calotte de glace de 2 km d’épaisseur qui recouvrait l’Amérique du nord), survenue il y a 12 000 ans à cause du réchauffement climatique provoqué sans doute par les automobiles et les avions de l’époque. A Valence, mis à part les journalistes et les photographes, personne n’a rien à faire de raisonnements de cet acabit ; tout le monde en est convaincu.
Mais pour nous qui avons la chance de disposer de pistes cyclables (ce qui, à Valence aurait sans doute permis d’éviter à plusieurs dizaines de personnes de mourir bloquées dans leurs voitures puisqu’elles auraient alors circulé à vélos) ; nous dont les immeubles disposent heureusement d’isolation thermique ce qui, d’évidence, aurait protégé les 60 habitants de « Paiporta » morts noyés sous deux mètres d’eau dans leurs rez-de- chaussés ; et enfin, nous qui bénéficierons bientôt de l’euthanasie, tellement utile dans ce type de catastrophes, quand on se retrouve seul, totalement abandonné, enseveli sous des carcasses de voitures et des montagnes de déchets ; oui, nous qui avons assez de force pour supporter les maux d’autrui, nous sommes en situation de réfléchir aux causes du malheur des Valenciens martyrisés par … la nature.
Parce qu’en vérité le malheur ne leur est pas tombé sur la tête que du ciel. La preuve :
pendant les heures ayant précédé les premières gouttes de pluie, personne ne les a alerté officiellement. Et quand les survivants ont enfin reçu un message d’alerte sur leur téléphone, il y a longtemps qu’ils avaient de l’eau jusqu’au cou, s’ils n’étaient pas morts entre temps et si leur portable fonctionnait encore.
Alors que s’est-il passé, mis à part le fait qu’il soit tombé des trombes d’eau ?
Deux choses.
D’abord, en 1978, l’Espagne unitaire est devenue un Etat éclaté en un pullulement de 50 provinces et 17 communautés autonomes, sortes de micro-Etats quasi indépendants, qui gèrent à peu près tout, de l’éducation effondrée à l’urbanisme échevelé, excepté l’armée restée, elle, pour le moment encore, une prérogative nationale. Et d’ailleurs, comme par hasard, face à l’ampleur de la catastrophe il n’y a pas eu d’autre option sérieuse que d’en recourir à l’armée.
Comme lors de la pandémie de covid, c’est à l’armée, non décentralisée, que l’Espagne a fait appel pour prendre en charge les cadavres des maisons de retraite, par exemple. A Valence, ce ne sont pas davantage les 99 députés du Parlement régional ni les fonctionnaires du président « Vox » de la « région », qui sont allés extraire les cadavres de la boue. Non ! C’est bien à l’armée qu’a eu recours l’Etat central espagnol.
Qu’est-ce à dire alors ?
Tout simplement que face aux vrais problèmes des sociétés humaines, tous les boniments sur la décentralisation, la régionalisation et autres coquecigrues sur le localisme et l’expertise des élus de terrain, sont balayés par les réalités.
Pourquoi est-ce le cas ?
Il suffit pour le comprendre de regarder en direction de l’Assemblée nationale française élue en juin 2024. Dans un pays de plus de 60 millions d’habitants, les partis politiques ont pourtant un mal de chien à aligner des candidats disposant d’un cerveau capable d’effectuer le travail de député. Le constat est à la portée de tous : sur 577 députés combien savent-ils vraiment lire, comprendre, évaluer et combien sont-ils aptes à émettre un vote éclairé sur la loi de finances 2025, par exemple ? A peine une poignée si l’on en croit le Figaro du 29 octobre 2024.
Le constat s’applique d’ailleurs au Parlement européen. Ici, bien que nous parlions pourtant d’une population de 400 millions d’individus, sur les 720 députés élus pour siéger à Bruxelles, moins d’une centaine disposent d’un nombre suffisant de connexions neuronales pour comprendre la multitude de textes qui leur sont soumis.
On admettra aisément que si un continent ou une nation ont aujourd’hui du mal à dégager une simple poignée de dirigeants compétents, une entité régionale – la communauté autonome de Valence dans le cas présent, ne pourra pas statistiquement rassembler le potentiel cérébral minimum indispensable à la réalisation des missions qui lui incombe.
Telle est la tragédie de la décentralisation, de la régionalisation et de l’autonomie poussées jusqu’au fédéralisme dans le cas de l’Espagne. Elle procure d’innombrables compétences à des élus locaux, provinciaux, régionaux dont la masse cérébrale n’est pas suffisante pour les exercer.
Aussi, ne cherchez pas pourquoi la ville de Valence est restée l’arme aux pieds lors de évènements récents. Elle n’était pas en capacité d’anticiper les risques de la situation dans la mesure où son administration, évidemment recrutée selon des critères de connivences politiques locales, ne disposait pas des aptitudes neurologiques qui lui aurait permis d’évaluer correctement la situation et d’alerter la population en temps voulu.
Mais il y a pire que cela et c’est la deuxième cause profonde de la catastrophe survenue à Valence.
Elus locaux, élus locos, élus « law cost » !
La décentralisation régionaliste, autonomiste et fédéraliste, en accordant tous les pouvoirs à des élus locaux dont on vient de dire les inévitables limites, produit inévitablement un certain type de conséquences. De tels dirigeants font inévitablement des choix politiques primaires, terre à terre et grégaires.
Les maires, par exemple, rêvent tous de médiathèques derniers cris, de parkings, souterrains de préférence, de stades, géants si possible, de piscines, forcément olympiques, de réseaux de tramway modernes et étendus ; dans une frénésie de construction adroitement nommée « investissements ».
Au niveau régional, la Communauté de Valence semble l’illustration parfaite de cette « constructivite » à travers l’exemple de l’aéroport fantôme de Castellon de la Plana. D’un coût total de 150 millions d’euros, celui-ci n’a pourtant accueilli aucun avion pendant des années.
Au-delà de cette incroyable gabegie – sur fond d’une chaine de corruption formant, depuis trente ans, la triade « promoteurs, bétonneurs, décideurs » du pouvoir local dans les pays méditerranéens -, c’est tout un modèle de développement de pays sous-développés axé sur l’économie « tapas – paëlla» du tourisme à outrance, qui a gagné la communauté de Valence. Avec, au passage, bien davantage que la simple destruction des vergers, des terres agricoles ou des banlieues maraichères de Valence, puisque c’est la civilisation même de la « Huerta », un des grands monuments du patrimoine commun de l’humanité végétale, que la bétonisation par l’économie du tourisme a déjà largement amputé et va finir par totalement détruire. La Huerta de Valence disparait telle une Amazonie européenne que les dirigeants politiques de cette communauté autonome « massacrent » depuis trois décennies.
Voilà pourquoi, lorsque la pluie est tombée, fin octobre 2024, sur cette Amazonie des orangers anéantie, dans la mesure où il n’y avait plus de terres pour absorber l’eau et de racines pour la retenir, elle a tout naturellement coulé, roulé, noyé, par simple effet de gravitation, en direction de l’aéroport de Valence formant une gigantesque piscine et se répandant en torrents violents dans les rues et les quartiers dévastés.
Où est la catastrophe naturelle dans tout ça ?
Ce qui s’est passé à Valence est avant tout une catastrophe politique du « mal govierno » que les sinistrés ont parfaitement analysé en huant précisément, ce 3 novembre, les dirigeants politiques espagnols venus hypocritement montrer de la compassion face aux désolations.
Valence n’est donc rien d’autre que la suite tragique mais quasi inévitable de l’illusion de la « Movida » ; ce modèle économique erroné, ce faux miracle de croissance aussi artificielle que l’artificialisation des sols, ce système politique totalement étranger au génie historique espagnol, bâti à Madrid autour de l’Escurial et non au sein des confettis décentralisés autour d’élus locaux que la langue castillane qualifie d’ailleurs de « locos ».
En définitive, Valence ne fait que confirmer, une fois de plus, notamment après la pandémie du covid, cette grande loi qui gouverne l’espèce sapiens depuis 300 000 ans, une loi que le philosophe et sociologue français Raymond Aron avait formulé en ces termes, en 2005 : « l’ignorance et la bêtise sont des facteurs considérables de l’histoire. »
Oui, la télévision est, avec l’immigration génocidaire de Remplacement, l’une des armes les plus puissantes jamais utilisée par la Communauté pour nous détruire. Des générations se sont informées à travers elle, y cherchaient leurs divertissements, y puisaient leurs valeurs et leur vision du monde, leur imaginaire et leur savoir.
Il s’agit d’un petit cube saturnien noir, entièrement sous contrôle de l’hostile puissance.
En effet, la télévision est sous le contrôle des factions oligarchiques libérales, démocraseuses, socialistes, gauchistes… autant de nuances, autant de courants hérités de l’esprit révolutionnaire juif tel que brillamment diagnostiqué par le Pr Eugène Michael Jones.1
Autant de masques et de succursales du Judaïsme politique.
Les derniers consommateurs de télévision -hélas encore la tranche d’âge la plus populeuse- sont les boomers. Ils tirent d’elle l’essentiel de leur convictions, de leurs superstitions, de leurs aveuglements : culte shoatique, premier prix de judéoservilité, européisme béat, ethnomasochisme et sanfrontiérisme suicidaire, crédulité covidiste et scientiste, conformismes en tous genre.
Les jours du lavage de cerveaux sont comptés. Le charme talmudovisuel est rompu. Ils prendront fin avec l’âge des baby boomers !
Cassez vos télévisions
Comme le suggère les paroles de la chanson du groupe Ile de France : « Cassez vos télévisions ». Nous suggérons depuis le début des années 2000 d’en faire des cages à chatons. Y apparaissent tous les ennemis du peuple Français – l’Anti-France – dont de nombreux membres de la Tribu de Lumière que Maurras aura dénoncé jusqu’à sa mort, comme nos ennemis mortels, ayant juré notre perte, et conspirant sans cesse contre les Nations.
Nos amis ne devraient point (trop) entretenir de télévision dans leur foyer s’ils veulent consacrer leur énergie au service du Bien commun. Elle est un appareil de propagande anti-naturelle, antinationale, poussant sans fin la dégénérescence, la corruption morale, l’abrutissement et la vulgarité…
C’est une bouche d’égout d’où se sont répandues la violence ininterrompue des séries criminelles et des guerres impérialistes de l’Otan, comme la concupiscence par la nudité, l’impudicité du cinéma depuis les années 50 et le porno -autre industrie tenue par la Communauté- depuis les années 80 avec Canal+.
Qu’il s’agisse du sport activités ludiques infantiles offertes aux hommes faites pour les maintenir dans un état d’immaturité- ou de la « politicaillerie », des grands événements, comme des petites fictions, partout où l’on pose les yeux, il n’y a guère dans cette « boîte à troubadour » 2 que laideur, propagande, mensonge et bêtise.
Un prêtre irlando-américain avait l’habitude de dire qu’ « avoir une télévision dans son foyer, c’est comme avoir un juif dans son salon. » On ne saurait mieux dire, il n’en sort rien de bon de cette « fenêtre du Diable ».3
Elle est un poison pour les cerveaux, une irrémédiable perte de temps pour nos adolescents et nos jeunes gens, une école de la paresse, de la bêtises et de l’insoumission pour nos jeunes femmes, un abrutissant loisir et elle engendre de nuisibles occasions de chuter pour nos messieurs.
Préférez donc la fréquentation de la presse écrite nationaliste, d’un bon livre de nos éditions d’AF, d’un bon film, ou encore d’un beau documentaire sur nos canaux dissidents.4
Sébastien Kerrero ( Monsieur K)
Sources
1 E.M. Jones, L’esprit révolutionnaire juif et son impact sur l’histoire du monde, Ed. St Rémy.
2 Expression employée dans le navet Les visiteurs 2, devenu, par la force des choses un « chef d’œuvre » quand on le rapproche de réalisations plus récentes.
3 Expression employée par les moines hésycastes du Mont Athos, haut lieu de la foi Orthodoxe.
4 Retrouvez des centaines d’heures de films et de documentaires de qualité sur le fil Télégram de Sébastien Kerrero/Monsieur K ici : @Repaire_k
Peu de personnages de l’histoire de France ont suscité autant de passions que Marie-Antoinette, dont la vie, commencée dans les palais viennois, s’est tragiquement achevée dans la boue fangeuse du Paris révolutionnaire.
Princesse jugée tout à la fois frivole et manipulatrice par ses détracteurs, martyre injustement décriée aux yeux de ses partisans, elle est même devenue une sorte d’« icône universelle », une femme libérée et incomprise, à mi-chemin entre Sissi et Antigone. Un temps adulée par ses sujets avant d’être l’objet de toutes les avanies, elle semble surtout avoir été un pur produit de son milieu, une jeune ingénue imprudente, certainement coquette, et sans grande intelligence politique. Mais quels qu’aient pu être ses défauts ou ses faiblesses, tous s’accordent aujourd’hui à reconnaître qu’ils ne pesaient pas lourds dans la balance, comparés à ses malheurs et à son courage dans l’adversité.
L’archiduchesse Marie-Antoinette est le quinzième enfant de Marie-Thérèse d’Autriche et de François Ier. Tandis que sa mère, femme de tête à l’apogée de sa gloire, mène une active politique matrimoniale pour assurer à son abondante progéniture une place de choix dans les capitales européennes, la petite « Antonia » est élevée dans la simplicité des cours allemandes, entre les châteaux de la Hofburg et de Schönbrunn. En 1764, des pourparlers sont engagés avec Choiseul, le ministre de Louis XV, pour la marier au dauphin, afin de sceller la fameuse alliance franco-autrichienne de 1756. Une fois la chose assurée, l’impératrice se soucie alors davantage de l’instruction négligée de sa fille, « née pour obéir et devant apprendre en temps voulu à le faire».
Car si Marie-Antoinette excelle dans les usages auliques comme la musique et la danse, elle ne maîtrise pas le français, peine à se concentrer et sa conversation est décousue. L’abbé Vermond, envoyé par Louis XV pour parfaire ses connaissances, ne peut que constater qu’« un peu de paresse et beaucoup de légèreté m’ont rendue son instruction difficile ». Même son frère Joseph, en dépit de l’affection qu’il lui porte, ne voit en elle qu’une « tête à vent » et sa mère doit se rendre à l’évidence : « Son âge demande de l’indulgence ».
« Née pour obéir et devant apprendre en temps voulu à le faire»
Marie-Antoinette n’a en effet que 14 ans lorsqu’elle arrive en France au printemps 1770. Elle ne peut s’en remettre qu’à son mentor, l’ambassadeur d’Autriche, le comte Mercy d’Argenteau, qui rend compte à Vienne des moindres détails de son quotidien. Malgré la profonde méfiance qu’inspire le rapprochement franco-autrichien, elle charme immédiatement tous ceux qui la rencontrent. Dans une cour vieillissante, on célèbre sa jeunesse, sa fraîcheur et surtout la grâce légendaire de sa démarche et de son port de tête. Même les Parisiens acclament la dauphine, à laquelle tout semble sourire.
Pourtant, passés les premiers étourdissements, les rigueurs du cérémonial de Versailles lui pèsent. Son lever donne lieu à un nombre incalculable de gestes codifiés et hiérarchisés, mettant à mal la pudeur de celle que l’on fera plus tard passer pour une horrible Messaline. Son coucher est ausculté à travers l’Europe entière. Tous en effet s’interrogent en effet sur la non-consommation, sept années durant, de cette union entre un trop jeune dauphin, le futur Louis XVI, assurément maladroit et inhibé, fuyant une épouse qui cherchait tout autant que lui à se dérober à ce qui est vécu comme une corvée. Il faut attendre la venue « incognito », en 1777, du frère de Marie-Antoinette, Joseph, chargé de sermonner les jeunes époux, pour que la situation évolue. Dès l’année suivante naissait Madame Royale. Elle allait devenir l’aînée des quatre enfants à l’éducation desquels, chose nouvelle, Marie-Antoinette voudra activement participer en leur inculquant les idéaux rousseauistes tels que la simplicité et la spontanéité.
Reine à 19 ans, face à la vieille cour de Versailles…
L’étiquette contraignante de la cour lui déplaît également et elle ne manque pas de le manifester. Elle refuse longtemps d’adresser la parole à la favorite de Louis XV, la Du Barry, et dédaigne d’illustres figures, s’attirant l’inimitié de la vieille cour. Reine à 19 ans, elle continue de privilégier ses désirs personnels aux dépens des contraintes qu’impose son rôle public. Aux représentations officielles, elle préfère les escapades à Paris, pour aller à l’opéra, les promenades nocturnes dans les jardins de Versailles pour assister au lever du soleil, et surtout le Trianon, que lui a offert le roi. À partir de 1774, c’est là son domaine, dont l’étiquette est bannie : « J’y vis en particulière ». Elle y reçoit ceux pour lesquels elle éprouve une folle amitié, car la mode est à l’épanchement des cœurs et à une certaine sensiblerie préromantique. Bénéficient ainsi de l’exclusivité de ses faveurs la princesse de Lamballe, surintendante de la Maison de la Reine, et surtout la duchesse de Polignac, qui sera nommée gouvernante des enfants de France, au détriment d’autres dames de haut rang de la cour. Des hommes sont aussi conviés dans cette petite société, parmi lesquels le séduisant aristocrate suédois Fersen auquel on a prêté une liaison avec la reine.
Le secret entretenu autour de ces réunions au Trianon ne manque pas de donner naissance à une série de critiques venimeuses de la part de ceux qui n’y sont pas admis. On y imagine une reine volage à la sensualité débridée, des relations incestueuses avec Artois, le frère du roi, mais aussi un goût pervers pour les femmes : autant de rumeurs donnant matière aux libellistes qui s’attaquent de plus en plus à Marie-Antoinette. Mais les pamphlets glissent sur le jeune reine qui, insouciante, se contente de jouer à la bergère ou de s’investir dans la décoration pastorale de son domaine.
En plus des anecdotes scandaleuses qui courent à son sujet, on reproche à « Madame Déficit » ses dépenses, supposées être responsables de la faillite de l’État. Elles étaient certes considérables, comme celles des autres membres de la famille royale d’ailleurs. Marie-Antoinette a ainsi beaucoup perdu au jeu qui a été quelques temps l’une de ses marottes. Sa garde-robe extravagante, son goût excessif pour les coiffures les plus extraordinaires ont assurément fait la richesse de la couturière Rose Bertin et de son coiffeur Léonard qui avaient leurs entrées dans ses appartements. Lorsqu’elle adoptera des tenues plus simples, on l’accusera, non plus de ruiner les dames françaises voulant l’imiter, mais de mettre à mal les soyeux de Lyon !
Il en va de même pour les bijoux. Louis XVI a dû quelquefois régler les dettes de son épouse qui les achetaient de façon compulsive, avant de réduire ces dépenses. Mais il est trop tard lorsqu’éclate, en 1785, l’Affaire du Collier qui lui fait enfin prendre conscience de son impopularité. En dépit de son innocence dans cette escroquerie montée par une mystérieuse comtesse de Lamotte, elle est totalement décrédibilisée aux yeux de l’opinion par l’acquittement, prononcé au parlement de Paris, des principaux protagonistes de cette histoire rocambolesque.
Bouc-émissaire facile de toutes les faiblesses de la monarchie
On lui reproche également son influence sur le roi, en lui attribuant en matière de politique bien plus qu’elle n’en a fait. Elle a certes voulu le renvoi du duc d’Aiguillon en 1774, mais il était déjà condamné à quitter la cour à la mort de Louis XV. Elle a également poussé Loménie de Brienne aux plus hautes charges. Mais elle n’a jamais par exemple obtenu le retour de Choiseul. Bien incapable d’imposer ses « vetos » au roi qui ne s’est jamais laissé manœuvrer, elle a en réalité mené une activité fébrile, sans grande cohérence.
Il en est de même dans le domaine des affaires étrangères, où son influence semble avoir été nulle. Sa mère, qui l’enjoignait à « rester une bonne Allemande », puis son frère, qui l’accablait de demandes incessantes, auraient souhaité en faire un agent au service des Habsbourg sur l’échiquier européen. Mais ce fut en vain. Ainsi quand Joseph intervient en Bavière, à la mort de son électeur, sans héritier, ou quand il veut forcer le monopole sur les bouches de l’Escaut, Louis XVI ne soutient pas l’expansionnisme de son beau-frère.
Faire de Marie-Antoinette le bouc émissaire responsable de toutes les faiblesses et de tous les échecs de la monarchie ne suffit pas à calmer la fermentation politique qui agite le royaume. L’incapacité du pouvoir à réformer la fiscalité entraîne bientôt la convocation des États Généraux, durant lesquels la reine, qui a déjà perdu une fille, ne peut même pas assister aux funérailles du dauphin. Insultée jusque dans Versailles par les poissardes, il lui faut, en octobre 1789, accepter de s’installer avec les siens aux Tuileries.
De là, elle assiste, impuissante, à l’enchaînement des événements révolutionnaires. À l’émigration des nobles et, depuis l’étranger, aux conspirations qui menacent la propre sécurité de la famille royale. À la constitution civile du clergé et à la division religieuse du pays, avec le retour du spectre de la guerre civile… Les rumeurs enfin qui lui font craindre d’être enfermée dans un couvent.
Un regain d’énergie dans l’adversité
Contrairement à Louis XVI, qui paraît souvent désemparé et irrésolu, la reine trouve néanmoins un regain d’énergie dans l’adversité. Elle semble ainsi être à l’origine de la fuite à Varennes qui, mal conduite, est un dramatique échec. Tandis que le comte de Provence réussit à gagner la Belgique, le couple royal est ramené à Paris sous les huées. Événement capital qui ouvre un abîme définitif entre la royauté et un peuple révolté.
En septembre 1791, la constitution que Louis XVI doit accepter est aux yeux de la reine « monstrueuse », un véritable « tissu d’absurdités ». Elle ne conçoit qu’un retour à l’ordre antérieur, jouant une sorte de double jeu. Elle se rapproche du député Barnave, visiblement fasciné, qui cherche à la convaincre du bien-fondé de la monarchie constitutionnelle. Mais, dans le même temps, elle double sa correspondance de suppliques aux puissances étrangères, défendant l’idée dangereuse d’une démonstration militaire – et non pas d’une invasion qui conduirait à l’amputation du royaume – pour effrayer les Français.
La déclaration de guerre à l’Autriche, en avril 1792, conduit à une nouvelle dégradation de sa situation. Lorsque, le 20 juin, les Tuileries sont envahies une première fois, elle craint pour ses enfants. Quelques semaines plus tard, la publication du « manifeste de Brunswick » qu’elle appelait tant de ses vœux, précipite les événements : en menaçant de représailles ceux qui s’attaqueraient à la famille royale, ce texte stupide lance les sans-culottes à l’assaut du palais et sonne le glas de la monarchie.
Après avoir trouvé refuge à l’Assemblée, c’est depuis sa prison de la tour du Temple que le couple royal assiste à sa déchéance et à la proclamation de la république. Au moins aura-t-il ainsi été à l’abri du délire sanguinaire des massacres de septembre, durant lesquels la princesse de Lamballe est sauvagement tuée pour avoir refusé de jurer la haine du roi et de la reine. La foule vient alors montrer sa tête, plantée sur une pique, sous les fenêtres de Marie-Antoinette.
Combien d’épées pour la sauver ?
Le nouveau régime ne met pas un terme aux épreuves qui devaient avoir raison de Louis Capet, comme on l’appellerait désormais, et de sa femme. La découverte de l’« armoire de fer » et de la correspondance – bien anodine – du souverain avec des hommes comme Mirabeau et La Fayette, permet de façon opportune de faire juger le roi. Séparé des siens durant tout le temps du procès, il ne revoit sa femme et ses enfants que brièvement la veille de son exécution, le 21 janvier 1793. Sa mort laissa longtemps Marie-Antoinette, de surcroît malade, dans un état de totale prostration.
Oubliée un temps par la fureur révolutionnaire, elle espère être échangée, mais c’était sans compter la profonde indifférence à son égard du nouvel empereur, son neveu François II. Les succès de la coalition formée contre la France et la trahison de Dumouriez la rappellent au bon souvenir de Robespierre et d’Hébert, qui réclame ouvertement sa tête.
Au début de l’été 1793, on lui enlève son fils de huit ans, le petit Louis XVII, avant de la transférer à la Conciergerie, antichambre du tribunal révolutionnaire. C’est là qu’elle doit supporter quelques mois plus tard une mascarade de procès. Transfigurée et les cheveux « blanchis par le malheur » (elle n’a que 38 ans), elle est mise en accusation trente heures durant. Elle conserve un calme marmoréen, du moins jusqu’à ce qu’on l’accuse d’inceste avec son fils. Elle en appelle alors de façon pathétique aux mères de France. Sa dignité impressionne l’assistance et exaspère les plus fanatiques, qui y voient, comme Le Père Duchesne, «de l’audace et de l’insolence».
Condamnée à mort, promenée deux heures durant sur une charrette, elle est guillotinée le 16 octobre par le fils du bourreau de Louis XVI, avant que son corps, la tête entre ses jambes, ne soit quelque temps abandonné dans l’herbe du cimetière de la Madeleine.
« Dans une nation de galanterie, dans une nation composée d’hommes d’honneur et de chevaliers, je croyais que 10 000 épées seraient sorties de leurs fourreaux pour la venger même d’un regard qui l’aurait menacée d’une insulte ! Mais le siècle de la chevalerie est passé », déplorait Burke dès 1790, dans ses Considérations sur la Révolution française. Trois ans plus tard, en pleine Terreur, rares sont ceux qui ont essayé de la sauver, au grand désespoir du seul chevalier qui ne l’ait jamais servie, Axel de Fersen.
Sa mort et son courage sur l’échafaud lui auront néanmoins rendu la dignité dont les pamphlets et les épreuves l’avaient privée.
Emma Demeester
Bibliographie
1755 : Naissance de l’archiduchesse Marie-Antoinette à Vienne.
1770 : Mariage avec le dauphin Louis.
1774 : A la mort, de Louis XV, elle devient reine de France.
1778 : Naissance de Madame Royale.
1785 : Affaire du Collier.
1789 : Début de la Révolution ; mort du dauphin.
20 juin 1791 : Fuite à Varennes.
Septembre 1792 : Proclamation de la république.
21 janvier 1793 : Exécution de Louis XVI.
16 octobre 1793 : Exécution de Marie-Antoinette.
Chronologie
1755 : Naissance de l’archiduchesse Marie-Antoinette à Vienne.
1770 : Mariage avec le dauphin Louis.
1774 : A la mort, de Louis XV, elle devient reine de France.
À quoi bon égrener la liste des maux dont souffre notre nation en décomposition si les solutions apportées sont obscurcies par les erreurs de l’intelligence (les pires de toutes, disait Maurras) ? Cela ne servirait qu’à faire le constat de notre propre déchéance.
L’Action Française, on le sait, a toujours eu à cœur de comprendre pour agir, et elle ne cesse de répéter ce principe essentiel : la formation précède l’action.
Si certains, et ils sont nombreux, pensent que le salut national peut venir de puissances ou de doctrines étrangères, nous autres, nationalistes, savons que les remèdes ne peuvent être que nationaux.
D’autres, encore, considèrent que le jeu démocratique peut sortir le pays du chaos. Nous leur répondons que jamais autant que sous nos yeux ne se sont vérifiées les analyses de l’Action Française : « la démocratie c’est le mal, la démocratie c’est la mort ».
L’étranger, le déracinement, la démocratie, tels sont les maux qui nous tuent.
Retrouvez l’Action Française, le samedi 26 octobre, lors d’une journée organisée en Provence sur le thème :
CONTRE LE DESESPOIR :
REFAIRE UN PEUPLE, RESTAURER LA FRANCE
Programme :
10 heures : messe pour la France célébrée par l’abbé Xavier Beauvais à Maillane, suivie d’un hommage à Frédéric Mistral au cimetière.
12 h 30 : apéritif et buffet campagnard
14 heures 30 : prises de paroles de Arnaud Jayr (paysan et professeur de philosophie), Pierre Hillard (essayiste, auteur, docteur en science politique, spécialiste du mondialisme), Philippe Champion (philosophe, auteur, membre du Comité directeur de l’Action Française), Jean-Claude Martinez (professeur de droit public et de sciences politiques, auteur, ancien député européen), Monsieur K (journaliste, chef d’entreprise, membre du Comité directeur de l’Action Française)
Emmanuel Macron et Michel Barnier (alors négociateur pour la Commission européenne) à l’Élysée le 31 janvier 2021. Ludovic Marin/AFP
Dans le cadre de la Nuit du Droit1 , la fédération française de débat et d’éloquence organisait le 3 octobre dernier, au Sénat,un « procès fictif » portant sur la révision de la constitution de 1962
La question était la suivante : cette révision constitutionnelle voulue et instaurée par le président de la République d’alors, Charles de Gaulle, doit-elle être qualifiée de « forfaiture » comme l’affirma le président du Sénat d’alors, le radical Gaston Monnerville ? De jeunes talents oratoires étaient appelés à plaider sur le sujet. Rappelons rapidement les faits : l’attentat du petit Clamart (22 août 1962) qui le visait offrit au Général une fenêtre de tir pour lancer une réforme qui lui tenait particulièrement à cœur ; celle de l’élection du président au suffrage universel direct. Il demanda au peuple de l’approuver par referendum. Il avait été lui-même élu par un collège de 80.000 grands électeurs et désirait donner au chef de l’État une légitimité populaire. Les oppositions, de l’extrême gauche à l’extrême droite, voyaient dans ce projet une rupture de l’équilibre entre exécutif et législatif, ouvrant la porte au « pouvoir personnel » et à « l’aventure ». Elles jugeaient que la procédure par referendum violait gravement la Constitution – d’où l’emploi du mot « forfaiture ». Dans ses Mémoires d’espoir qu’il faut lire, De Gaulle explique longuement qu’il était bon juge des intentions de la Constitution et que ses opposants lui avaient donné leur aval lors de sa rédaction. Eux développèrent une argumentation juridique copieuse pour démontrer le contraire. Le Conseil d’Etat attaqua De Gaulle pour l’affaiblir. Une motion de censure fut déposée à l’assemblée nationale et largement approuvée. A ce jour, c’est la seule fois où cela s’est produit sous la V e république. Pompidou présenta sa démission. L’assemblée fut dissoute. Il fut renommé. Le referendum eut lieu et la réforme fut approuvée à une majorité de 62 %. Des élections législatives organisées dans la foulée accordèrent une nette majorité aux gaullistes et aux républicains indépendants de Giscard qui avaient fait campagne pour le oui. Monnerville saisit le Conseil, constitutionnel pour faire annuler le referendum, le Conseil se déclara incompétent par sept voix contre deux, celles des deux anciens présidents de la République, Vincent Auriol et René Coty.
Cette réforme est fondamentale à plusieurs égards :
Appelé en 1958 par des élites républicaines en marmelade, incapables de faire face aux événements, comme le maréchal Pétain l’avait été en 1940, De Gaulle se trouvait menacé, une fois sa besogne accomplie, d’être congédié par les partis requinqués. Il lui fallait les mettre au pas et placer l’exécutif à l’abri des fantaisies des chambres et des partis. Sa réforme fut un peu l’équivalent du renvoi des Parlements par de Maupeou2.
La deuxième raison explique le choix du referendum. A l’automne 1962, le général De Gaulle n’avait pas plus de majorité parlementaire que Macron aujourd’hui. Le sénat lui était hostile et l’assemblée nationale ne le suivait plus. Au début de la première mandature de la V e République, au premier janvier 1959, l’UNR (le parti gaulliste) ne comptait que 206 députés sur les 579 élus en Métropole, dans les outremers et en Algérie. Pourtant, tout au long de la guerre d’Algérie, le Général a bénéficié d’une solide majorité de fait. D’abord, sur sa politique Algérie française, avec une grosse part des Indépendants et le groupe Unité de la République. Puis, sur sa politique Algérie algérienne,avec une grosse part des indépendants, le MRP, les socialistes, et le centre laïc. Mais une foi l’indépendance algérienne acquise, ne demeuraient fidèles que 205 UNR sur 551 sièges en exercice. Ce qui restait du groupe Unité de la République, renommé extrême droite pour sa fidélité à l’Algérie française, lui était violemment hostile et tout le reste de l’arc républicain, à part un petit groupe d’indépendants groupés autour de Giscard qui pensait à son avenir, attendait tranquillement que le gaullisme tombe comme un fruit mûr. A l’automne 1962, Le Monde titra d’ailleurs sur la « crise de régime », et c’est pour sauver son régime et trouver la majorité qu’il n’avait plus que le général De Gaulle lança sa réforme.
Comme on le voit, Macron n’est pas dans une situation inédite. A cet égard, on peut noter deux différences capitales. Un : De Gaulle a pu trancher en sa faveur parce qu’il disposait d’une grosse majorité populaire qui s’était exprimée lors du referendum. Une écrasante majorité populaire s’est au contraire déterminée contre Macron lors des Européennes, sorte de plébiscite inverse. Deux : De Gaulle était prêt à s’en aller en cas d’échec (ce qu’il allait faire d’ailleurs sept ans plus tard après le referendum manqué de 1969), ce qui n’est pas le cas de Macron qui multiplie les échappatoires pour s’en sortir, le gouvernement Barnier apparaissant comme sa dernière carte. Il apparaît surtout que les objectifs de ces deux présidents sont radicalement opposés. Quels qu’aient été les fautes ou les crimes de De Gaulle, il avait le sens de l’Etat et la volonté de renforcer la souveraineté nationale à travers un Exécutif fort : Emmanuel Macron au contraire agit en promoteur de l’Europe mondialiste et multiplie les excentricités à la limite de l’abus de pouvoir pour discréditer la fonction présidentielle et saper la souveraineté nationale.
Martin PELTIER
Notes de bas de pages
1 La Nuit du Droit existe depuis 6 ans. A l’occasion de cette évènement annuel, les citoyens ont la possibilité de rencontrer les professionnels du droit et de s’entretenir avec eux, en toute liberté (théorique) de leurs pratiques respectives et du fonctionnement de la justice en général. 2 Magistrat et homme politique français sous Louis XV puis Louis XVI (garde des sceaux et Chancelier), il est resté célèbre pour sa réforme de la justice et des parlements, en 1771.
Comme en 2022, la France s’est classée en 16e position en matière de croissance démographique parmi les 18 pays d’Europe occidentale, hors micro-États. Un manque de dynamisme qui perdure depuis de nombreuses années, de nature à l’affaiblir considérablement, et d’autant plus regrettable que l’Hexagone souffre d’un terrible retard démographique de deux siècles par rapport au reste de l’Europe.
En 2023, la France n’a réalisé qu’un taux de croissance démographique de 0,34 %. Elle se classe ainsi une énième fois au bas du tableau des pays d’Europe occidentale, hors micro-États (Monaco, Saint-Marin, Liechtenstein et Andorre), selon les dernières données publiées par Eurostat, le 11 juillet dernier (et par les différents organismes publics de la statistique pour le Royaume-Uni, dont l’ONS au niveau national).
La France encore et toujours en queue de classement
En se plaçant en 16e position, la France arrive très loin derrière Malte, l’Islande et le Luxembourg qui dominent le classement avec des taux de croissance respectifs de 3,87 %, 2,84 % et 1,69 %, soit des progressions 11,4 fois (ou + 1 038 %), 8,3 fois (+ 735 %) et 5 fois (+ 397 %) supérieures à celle de la France. Les deux premiers pays se classent même parmi les champions mondiaux en la matière, dépassant la quasi-totalité des pays d’Afrique subsaharienne, région démographiquement la plus dynamique au monde.
La France arrive également très loin derrière la Suisse et l’Irlande, qui suivent aux quatrième et cinquième places du classement, avec des taux de croissance respectifs de 1,64 % et 1,36 %, soit 4,8 fois plus (+ 382 %) et 4 fois plus (+ 300 %) que l’Hexagone. De même, celui-ci a été très largement dépassé par l’Espagne et le Royaume-Uni, deux pays voisins de dimension comparable et se classant en huitième et neuvième position, avec une hausse de la population de 1,09 % (soit 3,2 fois plus, ou + 221 %) et 1,01 % (3 fois plus, ou + 196 %). Ce qui correspond à un gain de non moins de 685 000 habitants pour le Royaume-Uni et de 525 000 pour l’Espagne, contre seulement 229 000 pour la France (dont la population totale vient donc, en 2023, d’être dépassée par celle du Royaume-Uni, qui compte désormais 68,8 millions d’habitants, contre 68,4 millions). De son côté, et bien que moins dynamique, l’Allemagne a de nouveau enregistré une progression supérieure à celle de la France, de l’ordre de 0,40 % (soit tout de même + 18 %). Dans ce tableau de 18 pays, cette dernière n’est parvenue à devancer que la Suède et l’Italie, avec leurs évolutions respectives de 0,29 % et – 0,01 %.
Loin d’être récent, ce retard de la France ne fait que confirmer une tendance déjà observée depuis de nombreuses années, et en particulier sur la dernière décennie. En effet, et sur la période décennale 2014-2023, la France ne se classe qu’à la 14e place parmi ces 18 pays d’Europe occidentale, avec une croissance démographique annuelle de seulement de 0,33 %, très loin derrière le trio de tête également constitué, et dans le même ordre, par Malte, l’Islande et le Luxembourg (respectivement 2,75 %, 2,05 % et 2,03 %). Mais aussi très loin derrière l’Irlande et le Suisse, qui occupent les quatrième et cinquième places (1,43 % et 0,97 %), et surtout loin derrière le Royaume-Uni, qui se classe également en neuvième position avec une croissance annuelle de 0,67 %. Un dynamisme britannique qui a donc été 2,1 fois supérieur à celui de la France (+ 106 %), ce qui correspond à un gain total de 4,5 millions d’habitants, soit 2,2 millions de plus que l’Hexagone. Quant à l’Espagne, qui a mis un certain temps à se remettre de la crise financière mondiale de 2008, celle-ci a également connu une croissance annuelle significativement supérieure à celle de la France, s’établissant à 0,44 %, soit un tiers plus élevée (+ 33 %).
Maigre consolation, la France est tout de même parvenue à réaliser une progression annuelle identique à celle de l’Allemagne sur la décennie écoulée (0,33 %). Toutefois, il convient là de noter que la position légèrement meilleure de la France sur cette période est en bonne partie due à la pandémie de Covid-19, qui permit à l’Hexagone d’atteindre une exceptionnelle huitième place en 2020, grâce à la réduction drastique des flux migratoires internationaux à destination de l’Europe.
En effet, la croissance démographique européenne résulte désormais essentiellement ou exclusivement, selon les pays, de l’immigration internationale. Si cette immigration était principalement d’origine européenne pour la grande majorité des pays d’Europe occidentale jusqu’au milieu des années 2010, et jusqu’en 2020 pour le Royaume-Uni (à l’exception notamment de la France, qui fut le seul pays à entraver et décourager celle en provenance d’Europe de l’Est, qui avait fourni plusieurs millions de travailleurs en seulement deux décennies), les flux migratoires sont désormais majoritairement d’origine asiatique, au sens large du terme (Moyen-Orient, sous-continent indien, Chine, Philippines…), pour de nombreux pays d’Europe occidentale. Parmi les pays n’en faisant pas partie, il est possible de citer les cas intéressants de la Suisse et de l’Espagne, la première recevant une immigration toujours essentiellement européenne (77 % hors Turquie en 2022, selon les dernières données disponibles), et la seconde bénéficiant désormais de flux migratoires très majoritairement latino-américains, essentiellement en provenance d’Amérique hispanique, qui a fourni non moins de 83 % du solde migratoire international en 2023 (soit un gain d’environ 480 000 hispaniques).
La montée en puissance du Royaume-Uni et de l’Espagne
Grâce aux politiques d’attractivité mises en place, la plupart des pays d’Europe occidentale devraient donc connaître une progression significative de leur population au cours des prochaines années, et même des quelques prochaines décennies pour certains d’entre eux. Et ce, contrairement à toutes les projections démographiques précédemment établies, y compris celles venant d’être publiées par l’ONU, en juillet dernier, et comportant de nombreuses et surprenantes anomalies, en tenant insuffisamment compte, dans leur scénario central, des flux migratoires enregistrés ces dernières années par les pays d’Europe occidentale (et même parfois pratiquement pas…).
Ainsi, et à titre d’exemple, l’ONU prévoit pour les dix prochaines années un niveau d’immigration annuel près de deux fois inférieur à la moyenne observée au cours des cinq dernières années pour la France, 4,1 fois inférieur pour l’Allemagne, et même 5,5 fois inférieur pour l’Espagne (soit seulement 81 000, au lieu de 448 000 sur la période 2019-2023). Ce qui ne peut naturellement qu’aboutir à des écarts colossaux avec la réalité observée, année après année, comme par exemple en prévoyant une baisse de 11 000 habitants pour l’Espagne et de 287 000 habitants pour l’Allemagne en 2024, alors que qu’il est désormais acquis que ces deux pays gagneront de nouveau quelques centaines de milliers d’habitants cette année (après des gains de 525 000 et 330 000 habitants en 2023, respectivement).
Ainsi, et si les niveaux de natalité et de mortalité retenus par l’ONU paraissent raisonnables pour un scénario central, il est plus qu’évident que d’importantes corrections s’imposent pour les niveaux des flux migratoires ayant servi à l’élaboration des projections manifestement irréalistes de l’ONU. Par conséquent, et en retenant, dans le scénario central, un solde migratoire international annuel égal à la moyenne observée au cours des cinq dernières années (soit, et bien que cette période ait été impactée par la crise liée au Covid-19, un niveau souvent très largement supérieur à celui retenu par l’ONU, mais qui demeure tout de même souvent bien inférieur à celui observé au cours des deux dernières années, par exemple de près de 40 % pour le Royaume-Uni et l’Espagne), l’évolution démographique projetée des pays d’Europe occidentale se révèle alors bien différente qu’indiqué, avec notamment des hausses particulièrement remarquables en valeur absolue, compte tenu de leur niveau actuel de population, pour le Royaume-Uni et l’Espagne. En effet, ces deux pays compteront dès lors 85,2 millions et 63,5 millions d’habitants en 2060, respectivement, soit des gains de 16,4 millions (+ 23,8 %) et 14,8 millions (+ 30,5 %), alors que les projections centrales de l’ONU ne tablaient que sur des niveaux de 76,0 et 42,4 millions d’habitants, respectivement (soit une différence de 9,2 millions pour le Royaume-Uni, et un écart record de 21,1 millions pour l’Espagne).
De son côté, la France comptera 72,2 millions d’habitants à cette date, en hausse de seulement 5,6 % (contre 70,7 millions selon l’ONU, départements d’outre-mer compris, soit un écart de 1,6 million). Elle sera ainsi largement distancée par le Royaume-Uni, qui vient de la dépasser en 2023 grâce à une progression deux fois supérieure au cours de la dernière décennie, et verra son avance sur l’Espagne réduite de plus de moitié. De plus, elle demeurera loin derrière l’Allemagne, qui trônera encore avec une population de 86,9 millions d’habitants (contre seulement 75,7 annoncés par l’ONU), et ce, sans même tenir compte, dans l’élaboration de ce scénario central, de 80 % des réfugiés ukrainiens arrivés dans le pays en 2022 et 2023 (en raison du caractère exceptionnel et massif de ce mouvement migratoire). Ainsi, la France ne parviendrait même pas à réduire significativement son retard par rapport à l’Allemagne, tout comme elle n’a d’ailleurs pu le faire au cours de la dernière décennie, alors même que bon nombre d’études annonçaient qu’elle redeviendrait bientôt la première puissance démographique européenne, après la Russie. Occasion de rappeler, au passage, qu’il est donc désormais possible de constater à quel point de très nombreux organismes, publics ou privées, ayant réalisé des projections démographiques dans le passé pour les pays occidentaux, se sont lourdement trompés…
Par ailleurs, il est à noter que la montée en puissance de l’Espagne résulte d’une immigration massive en provenance des pays d’Amérique hispanique, qui lui ont déjà fourni non moins de trois millions d’habitants depuis le début des années 2000 (solde migratoire, auquel s’ajoute la descendance). Un niveau d’immigration élevé, de manière plus ou moins légale (avec notamment près de 150 000 demandeurs d’asile hispaniques arrivés par avion en 2023, soit 92 % du nombre total de demandeurs d’asile), et clairement encouragé par les autorités du pays, qui facilitent grandement l’insertion professionnelle des immigrants, même illégaux. Mais ces flux migratoires atteignent désormais de telles proportions, bien supérieures aux besoins réels du marché du travail et de la pénurie de main-d’œuvre découlant de l’effondrement de la natalité, que l’on peut désormais parler d’une véritable politique de peuplement du territoire – non officiellement reconnue, par transfert massif de populations latino-américaines (et s’inscrivant possiblement dans le cadre d’une stratégie ayant pour ambition secrète de faire de l’Espagne la première puissance démographique et économique européenne d’ici la fin du siècle…).
Le terrible retard démographique de la France
Le manque de dynamisme démographique de la France, qui souffre d’ailleurs d’un déficit en naissances quasi continu depuis 49 ans (avec notamment un indice conjoncturel de fécondité inférieur au seuil de renouvellement des générations depuis 1975 !), est d’autant plus regrettable et dramatique que celle-ci est déjà fortement affaiblie par un retard démographique de deux siècles par rapport aux autres grandes puissances européennes, et que le bref et léger baby-boom de l’après-guerre ne permit guère de rattraper (avec un indicateur conjoncturel de fécondité n’ayant jamais dépassé les 3,04 enfants par femme).
D’ailleurs, si la France était proportionnellement aussi peuplée que le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Italie, elle compterait, pour sa seule partie métropolitaine, non moins de 154, 128 et 107 millions d’habitants, respectivement. Et si l’on devait étendre cette comparaison au Japon, à la verdoyante Corée du Sud – aux deux tiers recouverte de forêts – ou à la partie uniquement non désertique et habitable de l’Égypte (dont les 106 millions d’habitants se concentrent sur seulement 6 % du territoire), la France métropolitaine abriterait respectivement 181, 281 et… 972 millions d’habitants !
Ce retard considérable puise ses origines dans la très lente progression de la population française entre 1750 à 1945. Au terme de ces deux siècles perdus, celle-ci n’a ainsi été multipliée que par 1,6, alors que dans le même temps, et également dans leurs frontières actuelles, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne multipliaient la leur par trois, les Pays-Bas par quatre, et le Royaume-Uni par six !
Pourtant, l’essor démographique des autres pays européens se fit en dépit de lourdes pertes humaines, dues aux nombreux conflits et, surtout, à l’importante hémorragie migratoire qu’a connue le continent… à la seule et unique exception de la France. Sur cette période de deux siècles, guerres et émigration confondues, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Italie ont ainsi perdu entre 20 et 25 millions de nationaux, chacun au total, tandis que l’Hexagone ne subissait qu’une « modeste » saignée d’environ 4 millions de personnes.
La France a donc longtemps été, démographiquement, l’homme malade de l’Europe et du monde. Elle, qui était trois fois plus peuplée que le futur Royaume-Uni, en 1750, et aussi peuplée que le Japon vers 1800. Une situation qui résultait d’une déchristianisation précoce, ainsi que d’une propagation bien plus importante que partout ailleurs des simplistes idées malthusiennes, qui ne cessent pourtant d’être infirmées génération après génération. Ce qui n’empêche pas pour autant certains responsables politiques français, cherchant à dissimuler leur incompétence, à évoquer parfois l’existence d’un lien entre chômage et natalité plus élevés qu’ailleurs, comme l’avait encore fait François Hollande au cours de son mandat. Pourtant, dans l’année qui précédait la fin de celui-ci, en 2016, douze des quatorze pays de l’Union européenne ayant connu une croissance démographique totale supérieure à celle de la France, avaient terminé l’année avec, à la fois, une croissance économique supérieure et un taux de chômage inférieur….
Le déclin démographique de l’Hexagone ne fut naturellement pas sans conséquences sur son influence, et contribua même dans une large mesure au déclenchement des deux grandes guerres mondiales. En effet, si les équilibres démographiques étaient restés inchangés, l’Allemagne, moins sûre d’elle, n’aurait probablement jamais été aussi belliqueuse en 1914. Et la France, non effrayée par son écrasante infériorité numérique, n’aurait sans doute jamais cherché à mettre à genoux l’Allemagne après 1918, favorisant ainsi l’émergence du nazisme…et la mise en œuvre de l’Holocauste. Ainsi, si certains pensaient bien faire en faisant moins d’enfants, ils ont en réalité, et involontairement, provoqué la mort de plusieurs dizaines de millions de personnes.
Déjà lourdement affaiblie par les inepties malthusiennes, la France ne doit plus continuer à se laisser piéger par les prophètes de l’apocalypse et les théoriciens de la surpopulation humaine, auxquels l’Histoire a toujours fini par donner tort, faute d’avoir correctement apprécié le potentiel de la Terre et le génie humain (exploitation jusqu’à présent d’une infime partie des ressources naturelles renouvelables et non renouvelables de la planète, progrès constants de la science… sans parler des perspectives infinies qu’offre l’univers). En s’affranchissant de leur fanatisme et de leurs idées simplistes, elle pourrait alors rattraper progressivement son terrible retard démographique sur ses grands voisins, redynamiser son économie, augmenter considérablement la taille de son marché intérieur et de son PIB, et gagner grandement en influence économique et géopolitique en Europe et dans le reste du monde.
Ilyes Zouari
Président du CERMF (Centre d’étude et de réflexion sur le Monde francophone)
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