Pour une politique étrangère au service de l’intérêt national

Pour une politique étrangère au service de l’intérêt national

Parmi les quatre (ou cinq, (selon la façon dont on les définit)) fonctions régaliennes dont la Cité est investie, la politique étrangère jouit d’une primauté absolue. Elle est clairement première par son objet, la Cité ne pouvant en effet connaître ni paix civile, ni justice, ni finances ordonnées, c’est-à-dire aucune des composantes de l’ordre, sans lequel ne peut se réaliser le Bien commun, si, au préalable, n’ont pas été établies des frontières sûres. C’est donc aux menaces extérieures, pesant sur la Cité, que la politique étrangère doit faire face. 

Quant aux moyens, politique étrangère signifie d’abord diplomatie, mais celle-ci ne peut avoir d’existence réelle, d’efficacité pratique, que si elle dispose de l’ultima ratio qu’est la force des armes ; du temps, pas si lointain où, communiquant la culture avec le savoir, l’école de la République enseignait le latin au collège, les élèves connaissaient tous l’adage « si vis pacem, para bellum », qui apparaissait comme une évidence de simple bon sens[1].

Il n’y a donc qu’une pure analogie de contamination morale à qualifier en bien ou en mal les décisions de politique étrangère, qui ne sont efficaces que par rapport à leur objet ainsi défini, ou inutiles et a fortiori mauvaises, que par rapport à ce même objet ; il n’y a là, il ne peut y avoir là, aucune espèce de morale ce qui est d’un autre ordre. On pense au mot de Chamfort : « On ne joue pas aux échecs avec un bon coeur ».

Pour souligner cette primauté absolue de la politique étrangère, on peut, dans une plus large mesure, suivre Carl Schmitt, selon lequel la spécificité du politique, et ce à quoi se ramènent les actes et motivations qui en relèvent, est la différentiation de l’ami et de l’ennemi. Même si l’on peut mitiger la priorité absolue, établie par le philosophe rhénan, entre les présupposés du politique, c’est un fait que la désignation de l’ennemi, en même temps qu’elle se trouve à la base de l’agir en quoi consiste proprement la politique, rend compte également de l’être politique. Julien Freund, dans son Essence du politique, enseigne qu’« il n’y a de politique que là où il y a un ennemi réel ou virtuel » ; réel ou virtuel, parce qu’il s’agit essentiellement d’une altérité par rapport à soi, n’impliquant donc pas forcément une relation intrinsèquement polémogène. Cette reconnaissance et cette désignation sont un nécessaire et irremplaçable facteur d’union civique, dans son 1984, où il conçoit un gouvernement mondial, Georges Orwell crée de toutes pièces, l’ennemi extérieur, ennemi supposé réel, contre lequel sont organisées et entretenues toutes les haines, cristallisant et orientant contre lui, les aspirations naturelles à la violence. On reste bien ainsi dans le politique comme pluviversum première des essences permettant de définir la nature humaine. Cela dit, dans le monde concret, pour que la désignation de l’ennemi réel (ou d’ailleurs de l’allié) obéisse à la rationalité conforme au Bien commun, encore faut-il qu’elle puisse être effectuée en toute liberté ; et donc que celui ou ceux, à qui incombe cette importante décision, qui engage l’avenir de la Cité, ne fasse pas d’erreur sur l’identité du ou des ennemis potentiels. On en vient donc clairement à la souveraineté car, à l’évidence, seul l’intérêt national peut légitimement dicter sa loi dans la désignation de l’ennemi, et ce n’est évidemment pas au voisin de nous le dire. D’où la nécessité de l’absolue autonomie du choix des alliances diplomatiques, et a fortiori, de la décision de guerre, pour la même raison d’intérêt national ; un tel choix ne saurait évidemment être fait en fonction de considérations idéologiques ou morales, qui ne concernent en rien la politique. Léon Daudet, qui accompagnait son père aux eaux de Lamalou, rapporte les propos de l’historien et linguiste Auguste Brachet, curiste lui-même : « En matière de politique extérieure, je ne hais ni je n’aime. Je regarde où est l’avantage de mon pays, voilà tout ». Restant sauves les sympathies que chacun peut éprouver pour tel ou tel peuple, pour tel ou tel Etat, il y là une excellente anticipation de la formule maurrassienne : « La France, la France seule ! » On peut donc dire que, par sa nature même, la politique étrangère est le lieu éminent de la souveraineté et, de ce fait, la pierre angulaire du Bien commun.

Au contraire, chercher à imposer partout ses propres principes idéologiques, et se donner le droit d’infliger des sanctions à ceux qui ne veulent pas s’y soumettre, prendre parti dans des querelles, sans rapport avec le bien général des gens du pays, prétendre construire un monde meilleur, et, pour ce faire, intervenir dans les affaires des autres, n’est absolument pas l’objet normal de la politique étrangère ; en même temps qu’une confusion des essences (on se reportera aussi à ce sujet au lumineux enseignement de Julien Freund), il y aurait là, avec la manifestation d’une vanité démesurée, un détournement destructeur de la finalité de l’action politique !

            Dans son Histoire de deux peuples, Jacques Bainville fait remarquer que, rompant avec la sage et prudente tradition diplomatique de la Monarchie française, la Révolution s’engagea dans la voie périlleuse des guerres idéologiques ; dès lors ‒à l’exception des brèves années de la Restauration et de la Monarchie de juillet‒ « la question des rapports avec l’étranger ne (fut) plus réglée d’après les intérêts de la France, mais d’après des sentiments et des théories ». C’est en application de ce dévoiement que l’on vit un Napoléon III, dévot enthousiaste et borné, de « l’Evangile de Sainte-Hélène », manipulé par Bismarck, favoriser de toute les façons possibles l’unité allemande, après l’unité italienne, conduisant ainsi une politique de destruction de l’équilibre européen, alors fondé sur les traités de 1815 (suite de ceux de 1648) et, en conséquence, d’affaiblissement de la France.  En approuvant ardemment cette politique, commente Bainville, qui en juge d’après les résultats qu’elle a eus pour nous, ce n’est jamais « d’aussi bon coeur et avec autant d’irréflexion », que les Français ont crié : « Vive ma mort ! » Inéluctable conséquence de Sadowa ‒résume-t-il‒ « Sedan est la contrepartie de Bouvines ».

 Au fait primordial de la souveraineté, avec les conséquences qu’elle entraîne quant aux choix à faire, s’ajoutent deux autres éléments, essentiels à toute politique étrangère digne de ce nom. D’abord, c’est un fait que le péril n’est jamais unique. Par ses actes, ou par ses ambitions annoncées, un ennemi peut se désigner lui-même ; ce fut le cas avec l’Allemagne de Hitler qui, dès 1925, par son Mein Kampf, fit clairement savoir, face à l’aveuglement criminel des pacifistes à la Briand ou à la Blum, quel sort il entendait réserver à la France du traité de Versailles. Mais il faut surveiller aussi celui qui peut éventuellement nuire ; et comme, répétons-le, la politique n’a rien de commun avec la morale, c’est bien sur l’intérêt du pays et sur lui seul, que les conflits, comme les alliances, peuvent se fonder. Une chose est de mal évaluer cet intérêt à un moment donné, Louis XIII en 1632, Louis XV, lors de la première guerre de sept ans (selon Bainville), car on peut alors, se reprendre, mais c’en est une d’une tout autre gravité, de partir dans des fantasmagories idéologiques. Pour la même raison et dans la même logique, le second élément est qu’alliances et défense ne se préparent pas seulement pour le lendemain imminent, mais doivent aussi, pour la vie de la Cité, se projeter dans la durée ; si la communauté politique est faite pour exister dans l’espace, elle l’est aussi pour durer dans le temps. Et, on le sait : les erreurs se payent pendant longtemps, les erreurs politiques plus longtemps que les autres !

            A partir de ces considérations générales la question qui s’impose aujourd’hui est de savoir où en est la France dans laquelle nous vivons, en matière de politique étrangère. La réponse est qu’à peine plus d’un siècle et demi après Sadowa, sous nos yeux, au mépris de l’expérience historique, les gouvernements républicains se succèdent sur la voie de la trahison de nos intérêts et que les Français n’ont pas renoncé aux illusions mortifères, qui ont produit tant de désastres. Aussi, les Sedan qui se préparent sous la conduite des mauvais chefs qu’ils se sont donnés, n’ont pas fini de les ruiner, de les tuer ; en cette fin de l’an de disgrâce 2022, on peut redonner la plus fâcheuse actualité à la question toute simple posée par Maurras, dans l’Examen introductif de l’édition définitive de son Kiel et Tanger : « Oui ou non, la République peut-elle avoir une politique extérieure ?»

            A l’évidence, le manichéisme puéril qui semble aujourd’hui la base de toute réflexion de politique étrangère, et dont on obnubile les cerveaux dociles des Français, couplé avec la servilité face aux idéologies dominantes et la soumission à l’Alliance atlantique, mettent la France de Macron dans l’incapacité de servir le Bien commun. Il suffit d’entendre ce lamentable personnage ‒le même qui, tout récemment, appelait de ses vœux l’instauration d’un « ordre mondial unique »‒ inciter les Français à « payer le prix de la liberté » face à « l’attaque brutale » attribuée à Poutine, et de « payer le prix de la liberté » pour soutenir l’Ukraine. Les épigones macronards ne sont pas en reste : l’incompétent patenté, promoteur des sanctions qui devaient couler l’économie russe, interroge gravement : « Peut-on laisser un pays attaquer un autre pays ? C’est ce qu’a fait la Russie » ; sa nullissime cheftaine dégoise avec des trémolos émus : « La défense de nos valeurs a un prix » ; de leur côté, les médias dominants continuent leur communication sentimalo-belliqueuse à sens unique ; et une bêtasse de presse audio-visuelle regrette que les Français ne soient pas assez enthousiastes pour s’engager militairement en faveur de l’Ukraine.

            Il faut savoir raison garder. La liberté des Français est-elle menacée par la Russie ? Est-ce effectivement la leur dont ils doivent payer un prix quelconque pour l’assurer, ou bien doivent-ils payer eux-mêmes, pour l’assurer à d’autres ? Les Français sont-ils chargés d’un rôle de juge et de gendarme pour trancher sur la légitimité ou la non légitimité de telle attaque d’un pays par un autre, de juger sur le fait de savoir qui a raison ou tort dans un différend international qui ne les concerne en rien ?

 Moins borné que ses successeurs, dont certains poussèrent l’insanité jusqu’à un terme à peine croyable, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, déplore, à juste titre, cet « humanitarisme médiatisé », obstacle majeur, selon lui, à toute politique étrangère véritable.

Quels dangers mortels font au contraire, courir à la France, les élucubrations irresponsables des politicards de la république ! On regrette que ce ne soit pas un Français de la lignée des réalistes qui nous guidèrent jadis, mais le Premier ministre hongrois qui, dénonçant la position agressive de l’U.E, exprime la position la plus raisonnable : « La politique de sanctions est un pas vers la guerre. Quiconque intervient ainsi prend position, et c’est un autre pas vers l’une des parties en guerre, en d’autres termes en direction de la guerre. » Or, on le constate avec une résignation horrifiée : les conséquences, catastrophiques pour les Français, des sanctions économiques prises contre la Russie ne semblent même pas avoir fait s’interroger quiconque, sur la capacité des moyens militaires dont disposerait la France en cas de conflit ouvert. L’inepte république de 2023 fait, avec l’internationalisme européiste et otanien, inévitablement penser à celle de septembre 1939. Aussi, est-ce bien, hélas, par la négative, qu’en 2023, il faut répondre à la question posée par Maurras en 1927.

A l’opposé, il est clairement indispensable de revenir au politique comme essence, et à la politique comme agir, c’est-à-dire de se soumettre à la nécessité de renouer avec une vision géopolitique des relations internationales, dans un cadre largement pluraliste, et ce, par rapport au seul intérêt français.

L’instauration d’un ordre mondial unique ( que souhaite qui ???), ferait ainsi sortir l’homme de ses voies, et le condamnerait à mort, à moins que ne se reconstitue plus ou moins invisiblement ‒c’est, selon Julien Freund, de l’ordre de la nécessité‒ des structures politiques parallèles.

Philippe Champion 

[1]Comme l’ordre moral s’est glissé partout, la grammaire latine préféra un jour : « Si vis pacem, cole virtutem ».

Avec l’AF, le politique sans fards

Avec l’AF, le politique sans fards

Retrouvez Philippe Champion, membre du Comité Directeur de l’Action Française et ancien directeur politique du journal « l’Action Française 2000 ». Fin connaisseur de la philosophie thomiste, Philippe Champion à écrit quantité d’articles et prononcé de nombreuses conférences notamment pour les universités d’été d’Academia Christiana.

Il est l’auteur de deux livres aux Éditions d’Action Française : Le petit monde de Léon Daudet préfacé par Anne Brassié, ainsi que Charles Maurras, du félibrige au nationalisme intégral  préfacé par Stéphanie Bignon.

Philippe Champion, interviendra sur la nécessité du « politique d’abord » principe de base de l’école d’AF, refusée par les courants démocrates-chrétiens mais aussi par certains traditionalistes… Beaucoup de catholiques sont enfermés dans des logiques ultramontaines qui freinent la progression de nos idées, mais nous le disons : la primauté du spirituel s’accorde parfaitement avec notre « Politique d’abord » !

⚠️ Inscrivez-vous sans tarder à notre colloque : https://lactionfrancaise.fr/journee-daction-francaise-2023-2

Esteban, Pierre et Clément

Esteban, Pierre et Clément

Il n’y a rien à dire. Pierre Palmade est un meurtrier, pas un assassin. Il a tué sans l’avoir prémédité ni même voulu, faute d’avoir prévu que sa façon de vivre et ses actes pouvaient provoquer mort d’homme. Il a honte, comme Adam et Eve chassés du paradis terrestre eurent honte, comme nous aurions tous honte si la part mauvaise et cachée de notre vie était révélée et qu’elle engendrait une horrible catastrophe, comme nous aurons honte en nous présentant devant notre Souverain Juge. La justice humaine va demander réparation, il s’y soumettra, c’est dans l’ordre des choses. Nous n’avons qu’à prier pour ses victimes et pour lui.

Le bruit mené autour de cette affaire, outre sa fonction de diversion (et de distraction, hélas), indique aussi pourtant, du point de vue politique, une tendance regrettable de l’appareil judiciaire et médiatique français à propager une morale à deux vitesses. Voyons pour mettre cela en lumière un autre homicide involontaire, survenu lors de la rixe le 5 juin 2013 rue Caumartin dans le neuvième arrondissement de Paris. Cet après-midi là des antifascistes et des JNR se sont rencontrés fortuitement à une vente de vêtements Fred Perry. Les antifas provoquent verbalement les fachos, moins nombreux, puis les attendent quarante minutes à la sortie. Chaque groupe rameute du renfort par téléphone, puis, à la sortie des fachos, c’est la castagne, durant laquelle l’un des antifas venus en renfort, Clément Méric, meurt, frappé d’au moins deux coups de poing à la face par Esteban Morillo, venu à la rescousse de l’autre côté. A dix-huit ans, Méric est un militant « connu des services spécialisés comme appartenant à un groupe de militants d’extrême gauche qui recherchaient la confrontation avec les militants d’extrême droite ». C’est pour cela que ses copains l’ont appelé, bien qu’il soit physiquement une crevette, sous dialyse pour corser la chose. Il rattrape sa faiblesse par la ruse et l’agressivité. Il a été filmé en d’autres occasions, le foulard sur le visage afin de masquer son identité, donnant des coups de poing armé d’une chevalière pour blesser ses adversaires, puis ôtant son foulard et retournant le chaton vers la paume pour passer, avec sa gueule d’ange, devant les policiers. Une vidéo fixe de surveillance montre ses pieds, le 5 juin 2013, tournant autour de Morillo avant de se faire sécher. La bagarre a duré sept secondes. Trop heureux d’avoir enfoncé des gauchistes plus nombreux, les fachos filent sans demander leur reste. Ils ne savent pas que Méric est « en état de mort cérébrale ». Il décèdera le lendemain.

Là-dessus les médias et la justice française vont monter toute une fantasmagoriepour dénoncer la « violence de l’extrême-droite » (selon un procédé classique d’inversion), et le procureur de Paris, Démolins, va même un moment, retenant des témoignages fantaisistes manifestement orientés, qualifier l’affaire en « homicide volontaire ». La chose servira un dessein politique immédiat, la dissolution de Troisième Voie, mouvement auquel étaient rattachés les fachos incriminés. Puis elle sera abandonnée, trop évidemment ridicule. Mais le parti pris continuera. Le procès n’aura lieu qu’en 2018, devant une cours d’assise de Paris grossièrement partisane, après que Morillo aura fait dix-huit mois de prison préventive. Dix-huit mois pour Esteban, à comparer au bracelet électronique de Pierre, et aux louanges tressées à Clément.

Pierre savait que conduire sous cocaïne pouvait provoquer un accident mortel. Esteban savait-il que se battre dans la rue pouvait provoquer un accident mortel ? Oui, aussi. La différence tient dans les victimes. La famille kurde n’a commis d’autre faute que d’être là. Clément a commis la faute d’avoir choisi d’être là, parce qu’il voulait casser du facho, interdire la rue aux fachos, ces gens qui, pour reprendre ses mots en ce 5 juin, « ne devraient même pas exister ». Son intolérance et sa haine, sa totale inconscience des risques encourus (il relevait de leucémie) ont mis Clément au contact du poing mortel. La famille kurde, elle, roulait tranquillement sur une route. Pourtant, le système a poursuivi Esteban avec une rigueur proche de l’hystérie, réservant sa complaisance à Pierre.

Nous souffrons ainsi d’une justice de classe ou plus exactement d’une justice de caste. Des juges bobos, solidaires du bobo Méric (fils de profs de gauche), ont plombé le prolo natio Morillo avec l’approbation des médias bobos. Des juges et des médias bobos tentent d’épargner le bobo Palmade. Précisons que dans bobo, le bourgeois compte moins que la bohème, ce qui excite la préférence du système c’est toujours la chienlit intellectuelle et morale, l’inversion, la drogue, la haine de l’ordre. Le narcissisme arc-en-ciel se complaît dans sa propre image.

Martin Peltier

Face aux rêvasseries des Droits de l’Homme : Politique d’abord ! 

Face aux rêvasseries des Droits de l’Homme : Politique d’abord ! 

 
Depuis le 26 août 1789, les Droits de l’Homme ne cessent d’imposer l’idée que l’individu est l’alpha et l’oméga de toute réflexion politique, ce qui revient à poser tout problème en termes de droits, donc en termes conflictuels, et débouche sur des luttes stériles et suicidaires entre clans, entre partis, entre lobbies. Puisque l’individu tant flatté est lui-même le fondement du droit, ses moindres désirs peuvent s’ériger en absolus et doivent alors, même s’ils sont contre-nature, être reconnus par la loi. Et malheur à quiconque s’y oppose au nom des lois non écrites ! Voilà donc la plus antipolitique des idéologies, espèce de théocratie sans Dieu, devenue la seule norme d’une société qui ne veut plus de normes ! Véritable histoire de fou. Et si encore lesdits Droits avaient amélioré l’espèce humaine ! En fait depuis deux siècles on a connu les pires guerres, massacres et génocides, nullement empêchés, parfois même justifiés par cette croyance laïque et obligatoire.
                                                       
 L’ordre naturel 
 
Que voulait dire le serment du sacre des rois de France, parlant de « rendre justice à chacun selon ses droits » ? Tout simplement que dans l’ancienne France, chaque Français jouissait de libertés, donc de droits en tant que membre de telle communauté dans laquelle son bien propre s’ordonnait au bien général selon toute une hiérarchie de droits et de devoirs (familiaux, communautaires, professionnels, provinciaux, nationaux…) que couronnait le roi incarnant le bien commun, reliant le temporel au surnaturel.
On savait alors, avec Aristote et saint Thomas, que l’homme « animal politique » n’a pas de besoin plus pressant que d’être membre du corps politique pour y recevoir, proportionnellement à sa place, à sa fonction, ce qui est juste, ce qui est son droit.
Peut-on croire que dans une telle société l’individu était étouffé ? Ce serait oublier que sous quelque régime que ce soit, est inscrite dans le cœur de chacun de nous la loi naturelle, la loi de la raison droite. Cette donnée immédiate de la conscience doit être cultivée par l’éducation, par la formation de l’intelligence et de la volonté, afin d’assurer l’articulation entre la liberté du sujet et son ordonnancement au bien objectif. Elle ne peut être soumise aux options d’aucun législateur ici- bas. Elle est la source de ce que les sociétés chrétiennes ont toujours appelé les droits fondamentaux, naturels, imprescriptibles de chaque homme.
Le père de Clorivière, dans ses Études sur la Révolution (1793) les définissait ainsi :
1) la connaissance de la Vérité ;
2) la poursuite du bien nécessaire à son bonheur et à sa fin ;
3) la liberté ou le pouvoir de faire tout ce qui n’est pas contraire au devoir ;
4) la conservation de sa personne et de ses biens. Les deux premiers sont absolus, les deux derniers le sont dans la mesure où l’on n’a pas mérité de les perdre par quelque crime.
Voilà des droits qui n’érigent nullement l’individu en absolu ; ils l’ordonnent au bien et chacun a le devoir de les défendre même au prix de sa vie, quand, par exemple, une autorité abuse de ses prérogatives, ou quand un État brade une nation ou lui impose une législation contraire à la religion et à la morale. L’objection de conscience est alors légitime défense. Pour apprendre à résister à tous les Néron, Staline ou Hitler, à tous les avorteurs, à tous les violeurs des âmes et des corps en ce bas monde, une bonne et vigoureuse formation de la conscience suffit, il n’y avait nul besoin d’une Déclaration tonitruante de Droits qui, le plus souvent, abandonnent les consciences à tous les vents médiatiques. 
 
Qui est l’Homme ?
 
« Libérer » l’homme de tout ordre naturel, l’arracher aux rapports nécessaires entre individus et communautés, à tout agencement de finalités liées à des situations données : tel fut le but des auteurs de la Déclaration de 1789. Chacun n’a plus qu’une destinée personnelle, la société n’est qu’une juxtaposition d’individus cohabitant par hasard, et le droit se rapporte uniquement à ceux-ci, sans référence au bien commun ; il n’a plus sa source qu’en l’homme lui-même et les droits deviennent subjectifs. L’absurdité de cette construction philosophique purement rationaliste fut ainsi exposée par le professeur Michel Villey : « Le droit est un rapport entre des hommes, multilatéral. Comment pourrait-on inférer une relation couvrant plusieurs termes d’un terme unique, l’homme ? » (Le Droit et les Droits de l’homme, PUF, 1983). L’Homme des Droits de l’Homme est un homme abstrait, « libéré » de tout ce qui le caractérise, de toute attache à une famille, à un métier, à une région, à une nation, à une religion et même à un sexe… En somme un homme qui n’existe pas, mais qu’il importe de créer : un homme nouveau (caricature de l’Évangile) qui refera le monde à son image, un homme devenu simple atome social, coupé de toute transcendance, afin de renaître en s’autodivinisant. Les Droits de l’Homme constamment martelés aboutissent à une confusion des ordres : changer l’homme, cela relève non de la politique, mais de la morale !
 
Théocratie
 
Les vigoureuses libertés traditionnelles des forces vives du pays survivent comme elles le peuvent dans cette permanente incitation aux revendications individualistes qui aboutit à la déification de tous les désirs voire de toutes les pulsions. Et malheur à celui qui, au risque de se faire remarquer par la HALDE et autres officines de vertu républicaine, oppose la Vérité, l’héritage historique, les lois naturelles et surnaturelles, le respect de la vie à naître, la défense de la famille…, à toutes ces pressions entretenues dans et par les médias pour faire entrer dans la loi leurs propres fantasmes ! On est en pleine « démocratie des mœurs » : l’État s’arroge le droit de légiférer en matière de mœurs. Est désormais tenu pour moral ce qui est légal, la démocratie sert de « substitut à la morale ». Cela s’appelle la tyrannie. Sur le plan international aussi, les grands rabbins des Droits de l’Homme portent d’énormes responsabilités dans bien des guerres et bien des interventions catastrophiques, pour apprendre, par exemple, la démocratie aux pays arabes… Il ne faut toutefois pas croire que cette théocratie sans Dieu puisse s’éterniser. Puisqu’elle n’est que subjectivisme, moralisme et bourrage de crânes, lui barreront un jour la route ceux qui diront Politique d’abord. Il n’y a pas de plus grand remède aux rêvasseries droits-de-l’hommistes que le réalisme, l’observation objective des lois naturelles et de l’expérience séculaire, en somme que l’empirisme organisateur que nous a enseigné Charles Maurras. 
                                                                                                                        Michel Fromentoux 

Pour une politique étrangère au service de l’intérêt national

International : Dernières nouvelles du Haut-Karabakh

Nous vous prions de bien vouloir nous excuser pour l’impudeur dont nous faisons preuve en détournant momentanément notre regard de l’Ukraine pour nous occuper d’un autre conflit, bien moins intéressant pour les médias, celui qui détruit lentement mais sûrement le Haut-Karabakh !

Haut-Karabagh

Après la guerre qui fit rage entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie en 2020 et après l’agression azerbaïdjanaise de mars 2022 où cette région du monde subit encore une fois une nouvelle invasion azérie qui provoqua de nombreux morts et de nombreux blessés – Nous vous renvoyons à notre précédent article sur le sujet : International : l’Artsakh est attaqué ! – L’Action Française (lactionfrancaise.fr), qu’en est-il aujourd’hui ? Quelles sont les dernières nouvelles de ce conflit ?

Malheureusement, ce peuple martyr subit encore de nouvelles agressions, non pas armées et retentissantes, celles-ci attirent bien trop l’attention – et encore ! -, mais d’autres, d’une manière plus fourbe et plus discrète… Quand le bruit du coup de fusil fait trop de bruit, ne vaut-il mieux pas étrangler doucement son adversaire ? Oui, la situation est dramatique pour les Arméniens. Le couloir de Latchine, qui relie le Haut-Karabakh à l’Arménie, est bloqué depuis deux mois par l’Azebaïdjan. Comme le souligne le chercheur Tigrane Yégavian pour Sud Ouest (15/02/2023) :

“Seule la Croix-Rouge peut encore rentrer. Les 120 000 habitants manquent de tout : aliments de base, médicaments, lait et couches pour enfants. Les réserves sont à sec, les gens ont des coupons de rationnement. Les écoles sont fermées… On ne peut plus évacuer malades et grands blessés vers les hôpitaux d’Erevan”.

Comme dans beaucoup de domaines, il existe de vrais blocus et de faux blocus, celui-ci est réel et total ! Les nombreux témoignages qui nous reviennent parlent effectivement de pharmacie vide, de nourrissons nourris à la farine – quand ils en trouvent ! -, d’habitants souffrant du noir et du froid, mais aussi de familles séparés qui ne peuvent se retrouver ! Le corridor de Latchin est coupé depuis le 12 décembre. Ce matin-là, vers 10h30 heure locale, des Azerbaïdjanais, se présentant comme des militants écologistes protestant contre des mines illégales dans la région, coupent la route reliant la ville de Goris à Stepanakert. Un faux prétexte, bien sûr ! Avez-vous déjà vu de tels mouvements écologistes dans un pays, l’Azerbaïdjan, qui ne vit que des énergies fossiles ?

Il s’agit bien de membres des services spéciaux azerbaïdjanais qui ont un objectif clair et affiché : créer une pression psychologique sur les arméniens pour que ceux-ci quittent le territoire tant convoité ! Les Arméniens craignent que la guerre ne reprenne et que leur pays soit littéralement dépecé, le grand loup turc attendant dans l’ombre l’heure où il pourra se jeter sur ce pays sans défense et sans allié !

L’Azerbaïdjan se sent plus que jamais les coudées franches, d’autant plus qu’il est activement soutenu et encouragé par la Turquie. S’installant de plus en plus dans une logique de retour à l’empire ottoman, Ankara compte bien mettre à profit son partenariat privilégié et sa communauté identitaire avec l’Azerbaïdjan pour poursuivre son rêve de restaurer l’espace turcique dans le Caucase et de faire de cette région un corridor vers les anciennes marches de l’empire ottoman que sont le Turkménistan et le Kazakstan. Le drame de l’Arménie est d’être au beau milieu de ce corridor, coincée entre les frères de Bakou et d’Ankara. D’ailleurs, qu’importe le parti qui remportera les élections en Turquie, il ne pourra que poursuivre cette politique délétère.

Oui ! L’Arménie se retrouve encore seule dans cette sombre confrontation ! Seule dos au mur, les prédateurs face à elle nombreux et voraces ! Certes, l’Iran apporte son soutien diplomatique, certes la Russie reste présente, mais bien occupée ailleurs. Quant à l’Occident, il est bien trop occupé à lorgner les énergies azéries pour soutenir ce petit pays si insignifiant, qui représente si peu dans le concours des nations !

 

                                                                                                                                                                                                                       Guillaume Staub

Sauveteurs et incendiaires

Sauveteurs et incendiaires

« La Révolution française, intimement associée à la maçonnerie, est un essai de vie humaine en société sans l’idée de Dieu. Elle est un pari qui ne pouvait être que perdu, un pari que devait légitimer un massacre. Elle s’est incarnée dans deux hommes littéralement infernaux, Marat et Robespierre et elle a abouti à Bonaparte. Laclos, l’auteur des Liaisons dangereuses, fut, en littérature, l’un des propagateurs de l’incendie révolutionnaire. Mais il ne fut pas le seul. Avant lui, il y avait eu Rousseau, chez lequel la folie avait pris la forme politique et qui écrivit le Contrat social, table posée de travers et sur laquelle rien ne pouvait tenir, car on partait de ce principe essentiellement faux, que l’homme est naturellement bon et que ce sont les lois qui le font méchant en le réglementant. L’homme est en fait le seul animal qui ait eu en lui l’instinct pervers de dominer, et d’esclavager son semblable et s’il s’agit de la femme, de tirer d’elle, par la force, à laquelle elle opposera la ruse, son assouvissement immédiat et brutal. Mallet du Pan raconte qu’en 1788, il vit à Paris, Marat soulever la foule, dont il était alors inconnu, en lui lisant à haute voix des passages du Contrat social. Ainsi la Révolution partant de la folie, aboutissait-elle naturellement au crime, et le glaive de la Justice, dans ses mains, devint la guillotine. »

                                                                                                                                        Léon Daudet, Sauveteurs et incendiaires, Flammarion, 1941

S’agit-il d’un livre politique ou d’un livre de critique littéraire ? On peut se le demander quand on lit l’article consacré à Emile Zola. En fait, cette étude est à la fois politique et littéraire puisqu’elle touche à l’influence politique du livre et du journal. Léon Daudet étudie en psychologue un aspect de la Révolution : le malaise moral du révolutionnaire qui fait de lui un « incendiaire ». Les êtres humains ne forment pas des blocs : le caractère incendiaire apparaît chez des hommes qui, sans le levain de la révolte déposé par de mauvaises lectures, seraient des personnes normales et utiles à la société. Daudet rapporte que Michelet a noté que les révolutionnaires qui livraient aux égorgeurs, pendant les massacres de septembre, prêtres, « ci-devant » et bourgeois suspects, hésitaient parfois entre l’admiration, voire l’affection pour leurs victimes et la fureur sanguinaire. L’idéologie les faisait basculer dans la haine sociale.

Léon Daudet va nous montrer des incendiaires et des esprits qui combattent les méfaits de la subversion, et pour souligner la complexité de notre nature, il analysera des caractères qui présentent les deux aspects. Il commencera par Rousseau qu’il considère comme la source de tout le malaise de la pensée moderne, et les pages qu’il lui consacre rappellent les fortes pages de la préface de Romantisme et Révolution. Maurras y écrit : « Si dénués qu’ils fussent de philosophie générale, Montesquieu et Voltaire avaient pour eux un grand savoir, l’exercice de la raison et ce sens naturel des proportions humaines, le bon goût et le sens commun… Mais le misérable Rousseau ! » Ainsi, pour reprendre la terminologie de Léon Daudet, Maurras voyait en Montesquieu et Voltaire des incendiaires tempérés par d’excellents côtés, tandis que Jean-Jacques représente l’incendiaire à l’état pur qui, après avoir perverti la sensibilité et la morale, lancera le Contrat social comme un brandon dans les intelligences de la fin du XVIIIe siècle.

Après avoir parlé de Rousseau dans sa préface, Léon Daudet commence son étude par Choderlos de Laclos : « beaucoup moins connu que Rousseau, il a été sans doute plus agissant ». Laclos était d’autant plus dangereux qu’il était parfaitement conscient du mal qu’il faisait, comme le Valmont de ses Liaisons dangereuses. Nous indiquons l’admirable étude sur Diderot et il faut lire les pages sur Karl Marx, incendiaire à cent pour cent.

Jules Vallès fut « réfractaire et incendiaire », comme Restif de la Bretonne dont La vie de mon père est un éloge de la famille traditionnelle, de ses vertus et de ses bienfaits au milieu d’une œuvre profondément destructrice. Léon Daudet passe aussi en revue de véritables sauveteurs qui opposent aux incendiaires leur talent au service de leurs idées, Balzac, sauveteur de la société, Le Play ou le salut par la famille, Mistral, constructeur et sauveteur. La grande leçon donnée par Léon Daudet est que le combat culturel est intimement lié au combat politique.

                                                                                                                                                                                                                           Gérard Baudin

 

 

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Léon DAUDET

Les pages, présentées ici pour le quatre-vingtième anniversaire de la mort de Léon Daudet, sous le titre Le petit monde de Léon Daudet, sont des éléments de présentation aussi large que possible du monde dans lequel Léon Daudet s’est ébroué, et que révèlent page après page les volumes qu’il a livrés au public pendant plus d’un demi-siècle, un monde qui, littérairement parlant, va de Barbey d’Aurevilly à Gide.

Aux portraits de ces hommes et de ces femmes, aux images des salons mondains, à celles de la vie sociale de ce temps, des milieux intellectuels, presse, théâtre, du monde de la politique, du jeu des intérêts et des passions, le témoin et peintre Léon Daudet apporte, avec sa revendication de la véracité, la touche d’originalité et de drôlerie qui lui est propre.

L’auteur de cette étude, Philippe Champion, ancien directeur de L’Action Française 2000, est membre du Comité Directeur de l’Action Française.

Léon DAUDET

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour le Salut National – 18 mars 2023 – journée d’Action Française

Pour le Salut National – 18 mars 2023 – journée d’Action Française

JOURNEE D’ACTION FRANÇAISE

18 MARS 2023 à PARIS

POUR LE SALUT NATIONAL

Journée AF 2023

À l’occasion des 70 ans de la mort de Charles Maurras

Une France en décomposition, une civilisation blessée au cœur, l’affirmation de nouveaux dangers comme le grand remplacement, l’ultra-libéralisme ou le transhumanisme… Jamais autant que sous nos yeux ne se sont vérifiées les idées de l’Action Française qui œuvre depuis plus de 120 ans pour le salut national. Nous nous adressons avant tout aux « nationaux », qui croient encore possible une victoire sortie des urnes, nous nous adressons à la jeunesse de France qui veut résister, nous nous adressons aux catholiques qui méprisent l’action politique, nous nous adressons enfin à tous ceux qui croient la « Maison France » destinée à sombrer définitivement : venez, mettez-vous à l’école d’Action Française, soyez les derniers remparts de la Cité !

PROGRAMME

10 heures : messe pour la France

12 heures 30 : apéritif et banquet d’AF
14 heures 30 : prises de paroles de Stéphanie Bignon, Philippe Champion, Monsieur K, Franck Bouscau, Philippe Prévost, Marion Sigaut, Jérôme Bourbon

Voici les thèmes des conférences :

Avec l’Action Française, le politique sans fards, par Philippe Champion.

La controverse Barrès/Maurras: république ou Monarchie ?, par Franck Bouscau.

L’Action Française, une condamnation à perpétuité ?, par Philippe Prévost.

Le libéralisme, voilà l’ennemi !, par Marion Sigaut

Avoir raison ne suffit pas, par Monsieur K.

L’Action Française ou l’Intelligence française contre l’asservissement, Stéphanie Bignon. 

 

Choix de nombreux livres, notamment ceux de notre maison d’édition.

Pour s’inscrire (avant le 14 mars au plus tard), https://lactionfrancaise.fr/journee-daction-francaise-2023-2

Pourquoi le 6 février 1934 a été stérile : l’analyse de Maurice PUJO

Pourquoi le 6 février 1934 a été stérile : l’analyse de Maurice PUJO

Pourquoi les manifestations de janvier et février 1934, dont celle du 6 février, n’ont pas débouché sur ce changement de régime pour lequel travaillait l’Action Française ? Maurice Pujo, après avoir conduit la campagne de l’AF sur l’affaire Stavisky et dirigé l’action des Camelots du Roi, en a donné l’explication dans La Nouvelle Revue Universelle du 15 juillet 1938 : sans une Action Française suffisamment forte et reconnue, l’union des patriotes est stérile. La leçon vaut pour aujourd’hui.


À force de le répéter, les gens du Front populaire ont fini par croire que le Six Février était le résultat d’une terrible conjuration tramée de toutes pièces par d’affreux « fascistes » contre les institutions républicaines.

Rien ne correspond moins à la réalité. Le 6 Février a été, à son origine, le sursaut national le plus spontané, le plus pur d’arrière-pensées. Il a été la révolte de l’honnêteté et de l’honneur français contre un scandale qui était une des hontes naturelles et cachées du régime : le pillage de l’épargne sans défense avec la complicité des gouvernants qui en ont la garde. 

Sans doute, ce scandale a été mis en lumière, développé, « exploité », si l’on veut, par des patriotes conscients qui étaient les hommes de l’Action française. Là-dessus, M. Bonnevay, président de la Commission du Six Février, ne s’est pas trompé lorsqu’il nous a désignés comme les responsables de la mobilisation de l’opinion et de la rue.

C’est nous qui avons publié les deux fameuses lettres Dalimier qui avaient été, aux mains de Stavisky, les instruments de l’escroquerie. C’est nous qui, par nos premières manifestations, avons chassé du ministère ce Dalimier qui se cramponnait. C’est nous qui, pendant trois semaines, encadrant tous les patriotes accourus à nos appels, avons fait à dix reprises le siège du Palais-Bourbon. C’est nous qui, par cette pression sur le gouvernement et les parlementaires, avons arraché chaque progrès de l’enquête, empêché chaque tentative d’étouffement. C’est nous aussi qui avons publié la preuve de la corruption d’un autre ministre, Raynaldi, et c’est nous qui, en rassemblant des dizaines de milliers de patriotes, le 27 janvier, au centre de Paris, avons chassé le ministère Chautemps qui cherchait à se maintenir […]

Tenter le coup ?

Dira-t-on que nous envisagions le renversement du régime ? Eh ! nous ne cessons jamais de l’envisager ! Nous avons, dès nos débuts, proclamé que nous formions une conspiration permanente pour la destruction de la République, cause organique de nos maux, et pour la restauration de la monarchie, qui seule pourra les guérir.

Mais, en menant la chasse aux prévaricateurs complices de Stavisky, nous n’avions pas visé, de façon préconçue, cet heureux événement. Il y avait des services immédiats à rendre à la France ; nous les lui rendions. Si, au terme de cette crise, la restauration de la Monarchie pouvait être tentée, nous n’en manquerions certes pas l’occasion. C’est seulement un fait qu’il n’y a pas eu d’occasion parce que les conditions nécessaires ne se sont pas trouvées réunies.

C’est ce que nous devons répondre à ceux qui, nous faisant le reproche inverse de celui de M. Bonnevay, estiment que nous aurions dû « tenter le coup ». Il y avait sans doute – ce qui est important – un malaise incontestable qui, au-delà des hommes au pouvoir, était de nature à faire incriminer le régime. Il y avait même, à quelque degré, dans l’esprit public, un certain état d’acceptation éventuelle d’un changement. Il y avait aussi l’inorganisation relative et le sommeil des éléments actifs chez l’adversaire socialiste et communiste. Mais ces conditions favorables, en quelque sorte négatives, ne pouvaient suppléer à l’absence de conditions positives indispensables pour avoir raison de cette chose solide par elle-même qu’est l’armature d’un régime resté maître de son administration, de sa police et de son armée. Et il faut un simplisme bien naïf pour s’imaginer qu’en dehors des jours de grande catastrophe où les assises de l’État sont ébranlées, comme au lendemain de Sedan, le succès peut dépendre d’un barrage rompu…

Pourquoi Monk n’a pas marché

Ce qui a manqué au Six Février pour aboutir à quelque chose de plus substantiel que des résultats « moraux », c’est – disons-le tout net – l’intervention de ce personnage que Charles Maurras a pris dans l’Histoire pour l’élever à la hauteur d’un type et d’une fonction, l’intervention de Monk. Un Monk civil ou militaire qui, du sein du pays légal, étant en mesure de donner des ordres à la troupe ou à la police, eût tendu la main à la révolte du pays réel et favorisé son effort. Un Monk assez puissant non seulement pour ouvrir les barrages de police, aussi pour assurer immédiatement le fonctionnement des services publics et parer à la grève générale du lendemain.

La question de ce qu’on a appelé à tort l’échec du Six Février se ramène à celle-ci : pourquoi Monk n’a-t-il pas marché ?

Répondra-t-on qu’il n’a pas marché parce qu’aucun Monk n’existait ? Il est certain que personne ne s’était désigné pour ce rôle. Mais c’est essentiellement un domaine où le besoin et la fonction créent l’organe. Il y aurait eu un Monk et même plusieurs si les circonstances avaient été telles qu’elles pussent lui donner confiance.

Certains s’imaginent qu’ils décideront Monk par la seule vertu de leurs bonnes relations avec lui et dans quelques conciliabules de salon. Singulière chimère ! Monk éprouve très vivement le sentiment de sa responsabilité. Ce n’est qu’à bon escient qu’il acceptera les risques à courir pour lui-même et pour le pays et il a besoin de voir clairement les suites de son entreprise. Devant apporter une force matérielle qui est tout de même composée d’hommes, il a besoin de pouvoir compter, pour le soutenir, sur une force morale assez puissante. Il ne réclame pas de civils armés – c’est là l’erreur de la Cagoule – qui doubleraient inutilement et gêneraient plutôt les soldats, mais il veut trouver autour de lui, lorsqu’il descendra dans la rue, une « opinion » claire, forte et unie.

Et cela n’existait pas au Six Février. Si les manifestants étaient unis par le sentiment patriotique et le mépris de la pourriture politicienne, ils n’avaient pas d’idée commune sur le régime qui conviendrait à la France pour la faire vivre « dans l’honneur et la propreté ». De plus, les rivalités de groupes et les compétitions des chefs empêchaient même que, séparés dans la doctrine, ils pussent s’unir dans l’action.

Depuis le début de l’affaire Stavisky jusqu’au 27 janvier où notre manifestation des grands boulevards renversa le ministère Chautemps, il y avait eu, dans l’action, une direction unique : celle de l’Action française. C’est à ses mobilisations que l’on répondait ; c’est à ses consignes que l’on obéissait. (On lui obéit même le jour où, en raison de la pluie et pour épargner un service plus pénible à la police, nous renonçâmes à la manifestation) Mais, à partir du 27 janvier, devant les résultats politiques obtenus et ceux qui s’annonçaient, les ambitions s’éveillèrent, et les groupements nationaux préparèrent jalousement, chacun de son côté, leur participation à une action dont ils comptaient se réserver le bénéfice. Cette agitation et cette division ne firent que croître, après la démission de M. Chiappe, préfet de police, survenue le 3 février.

Aucune entente

La Commission d’enquête a cherché un complot du Six Février. Mais il n’y avait pas un complot pour la bonne raison qu’il y en avait cinq ou six qui s’excluaient, se contrariaient et se cachaient les uns des autres. Il y en avait dans tous les coins et sur les canapés de tous les salons. On peut se rendre compte qu’il n’y avait aucune entente entre les groupes divers en examinant les rendez-vous qu’ils avaient donné pour la soirée historique, et les dispositions qu’ils avaient prises, sans parler des manœuvres qu’ils firent et dont à peu près aucune n’était d’ailleurs préméditée.

Si, par impossible, les patriotes l’avaient emporté dans de telles conditions, s’ils avaient chassé le gouvernement et le parlement, le désaccord entre eux n’aurait pas manqué d’apparaître presque aussitôt et les gauches vaincues n’auraient pas tardé à reprendre le pouvoir.

C’est à quoi le Monk inconnu, le Monk en puissance, devait songer. C’est pourquoi il s’est abstenu d’une intervention qui aurait été stérile. C’est pourquoi la journée du Six Février n’a pas donné de plus grands résultats.

Maurice Pujo

 

Vaincre ou mourir, un immense succès qui fait scandale

Vaincre ou mourir, un immense succès qui fait scandale

Petit rappel historique, en 1983, avant donc le bicentenaire de la Révolution, le premier à monter aux créneaux, Reynald Secher présente une thèse universitaire de doctorat  : Contributions à l’étude du génocide franco-français, La Vendée-Vengé. Il ne découvrira qu’en 2011 aux Archives Nationales, les plans d’extermination et d’anéantissement. Plans qui seront publiés dans son livre Vendée, Du génocide au Mémoricide, (éditions du Cerf). Avoir contredit  le credo républicain lui coûte le poste à l’université qu’il devait avoir. Premier scandale !

Il  produit alors deux longs métrages sur la guerre de Vendée et la Virée de Galerne, introuvables aujourd’hui sauf sur son site Reynald Secher éditions. Ce sont des récits historiques entrecoupés d’entretiens avec des historiens, Jean Meyer, Pierre Chaunu et Jean Tulard auxquels Reynald avait présenté sa thèse de doctorat.

Puis Daniel Rabourdin nous offre en 2016… une première approche de ce que Reynal Secher a justement nommé le premier génocide « progressiste » commis au nom de la justice sociale de la révolution française des droits de l’homme, mais pas tous les hommes, sans les aristocrates et sans les vendéens qui refusent d’être enrôlés dans une guerre qui ne les concerne pas,  veulent garder leurs prêtres et continuer à prier.

Ce film était déjà un mélange de réflexions d’historiens, Reynald Secher et Stéphane Courtois, et d’une fiction centrée sur l’histoire d’une famille autour de la belle et talentueuse Clémentine Stepanof. Le film commence par l’irruption, dans un village, de commissaires de la République pour enrôler de force les paysans.

Cette révolution a inspiré tous les acteurs de la révolution soviétique puis maoïste. François Furet et Hannah Arendt verront bien en la Révolution « la matrice des totalitarismes ». Stéphane Courtois a pu écrire : « Lénine assimilait les Cosaques à la Vendée pendant la Révolution française et souhaitait leur appliquer le traitement que Gracchus Babeuf qualifiait dès 1795 de populicide ». Second film donc inspiré par l’œuvre de  Reynald Secher, film inspiré, très réussi, émouvant jusqu’aux larmes et  que l’on peut visionner en famille pour contrer l’enseignement républicain sur les bénéfices de cette fin de la monarchie.  L’auteur, Daniel Rabourdin, est un grand catholique franco-américain qui a longtemps travaillé aux USA pour la chaîne Radio Maria.

« On a tué notre roi, on a chassé nos prêtres et vendu les biens de notre Eglise, où est l’argent, ils ont tout mangé, ils veulent maintenant notre corps ; non ils ne les auront pas ».

Film à petit budget mais beau film efficace qui réparait deux siècles d’omerta parfaite. Peu de salles le visionne et  la critique répond par un silence étourdissant, toujours l’omerta. C’était en 2016. Second scandale.

En 2017, la même année, Le Puy du Fou offre une nouveau spectacle grandiose, une cinéscenie, dans son Theâtre des Géants : Le dernier Panache ou le destin de Charette, officier de marine, héros de la guerre d’indépendance américaine, revenu sur ses terres où il est sollicité ardemment par ses villageois de prendre la tête de leur  révolte. Succès immédiat, consacré par le prix du meilleur spectacle européen puis à Los Angeles, meilleur spectacle mondial.

8 ans plus tard, le Puy du Fou produit son premier film, Vaincre ou mourir, devise du Général Charette et portrait magnifique de ce dernier. Après quelques considérations historiques de 3 historiens dont Reynald,  le héros apparaît sur l’écran , accepte de prendre la tête d’une armée catholique et royale alors qu’ils n’ont pas d’armes et que l’ennemi est puissant. Un héros qui laisse la vie sauve aux soldats républicains au début des combats, un héros qui va jusqu’au bout de son engagement alors que le comte d’Artois n’est pas venu à leur aide et que les bleus ont tué Louis XVII.

Le film est d’une grande poésie, offrant belles images, grands acteurs, chevaux magnifiques,  les personnages secondaires sont très présents et attachants.

Les scènes les plus cruelles ont été évitées , mais la vérité de l’extermination des Vendéens par l’épée, le fusil ou la noyade est bien révélée. Bref, grand succès dès le samedi  28 janvier, les Français découvrent avec bonheur qu’après Henri IV un second panache blanc a surgi dans le ciel de France.

Que dit le héros : « Notre patrie à nous, c’est nos villages, nos autels, nos tombeaux, tout ce que nos pères ont aimé avant nous. Notre patrie, c’est notre Foi, notre terre et notre Roi… Mais leur patrie à eux, qu’ est-ce que c’est ? Vous le comprenez, vous ? Ils veulent détruire les coutumes, l’ordre, la tradition. Alors qu’est ce que c’est cette Patrie narguante du passé, sans fidélité, sans amour ? Cette Patrie de billebaude et d’irréligion ? Beau discours, n’est-ce pas ? Pour eux, la Patrie semble n’être qu’une idée ; pour nous elle est une terre, ils l’ont dans le cerveau, nous l’avons sous les pieds… Il est vieux comme le diable, le monde qu’ils disent nouveau et qu’ils veulent fonder dans l’absence de Dieu… On nous dit que nous sommes les suppôts des vieilles superstitions ; faut rire ! Mais en face de ces démons qui renaissent de siècle en siècle, sommes une jeunesse, Messieurs ! Sommes la jeunesse de Dieu. La jeunesse de la fidélité ! Et cette jeunesse veut préserver pour elle et pour ses fils, la créance humaine, la liberté de l’homme intérieur… » Texte d’une actualité fulgurante.  En parallèle, citons le général de brigade Westermann et sa fierté d’avoir obéi à la République, au soir de la bataille de Savenay : « Il n’y a plus de Vendée, citoyens républicains. Elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l’enterrer dans les marais et dans les bois. Suivant les ordres que vous m’aviez donnés, j’ai écrasé les enfants sous les sabots des chevaux, massacré les femmes, qui, au moins pour celles la n’enfanteront plus de Brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé. »

Se révèlent d’un côté la noblesse des  » brigands », de l’autre la fureur criminelle des bons républicains.

Scandale donc dans les médias de grands chemins. S’en est trop pour une caste de journaleux gauchards. Injures, anathèmes et idioties jusque dans ce petit  article du Figaro qui décrit  le film comme violent, sanglant, bruyant et agressif.  Ce n’est pas en effet une danse villageoise… la Première République a bien été coupable de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide. Le diplomate et juriste Jacques Villemain l’a clairement démontré (Génocide en Vendée 1793-1794 CERF). Qu’importe, le film existe, la mémoire des victimes est honorée et les criminels désignés. Le public, 96 000 au  30 janvier applaudit à chaque séance.

Dernière trouvaille de Reynald Secher qui est aussi un excellent  archéologue, après avoir  découvert et restauré une vieille chapelle enfouie sous le lierre, retrouvé les traces du  cloître d’un prieuré et l’avoir reconstruit à La Chapelle Basse Mer, il relève à Challans, dans un champs appartenant à sa famille, une croix érigée en mémoire d’un officier blanc inconnu, assassiné là. Et quelques mois plus tard il apprend par un ami voisin que reposait à cet endroit  le Général de Couëtus, le plus proche soutien de Charette, magnifique personnage dans le film Vaincre ou mourir. ..

Merci à cette chaîne de Vendéens contemporains, Reynald Secher, Daniel Rabourdin, Philippe de Villiers et son fils Nicolas de rappeler les sacrifices de leurs ancêtres, leur héroïsme qui les conduit à la mort, leur culte voué à notre terre, au Roi,  à nos  prêtres et à Dieu. Plus personne ne pourra dire : nous ne savions pas.  Nous avions bien besoin de  ce message de Charette, la liberté de l’homme intérieur est sacrément abîmée ces temps derniers. Voilà le dernier scandale. Au fait n’ y aurait il pas d’autres exterminations en cours ?…..

Anne Brassié

Entretien avec Pierre-Denis Boudriot 

Entretien avec Pierre-Denis Boudriot 

Entretien avec Pierre-Denis Boudriot

“L’Epuration (1944 – 1954)”

Nous abordons l’un de ces sujets, interdits par le politiquement correct, un de ces sujets boudés par l’Université, dominée par une unicité des vues, portée par la bien-pensance officielle.

Vous l’aurez compris, nous allons traiter de l’Épuration, ce grand mouvement de conflit entre Français, qui se fit de 1944 à 1954 – mais dont les effets perdurent dans le temps long – et, comble de l’horreur, nous chercherons la vérité des faits, sans a priori idéologique, sans peur de ne pas suivre les voix autorisées.  Pour ce faire, nous avons l’immense honneur de nous entretenir avec Pierre-Denis Boudriot, docteur en histoire moderne et contemporaine, qui publia plusieurs livres sur notre sujet comme L’Epuration 1944 – 1949 (Grancher, 2011) et qui vient de faire paraître, aux éditions Auda Isarn son Bagnes et camps de l’épuration française (1944 – 1954). Nous osons dire que de tels travaux honorent la recherche française par la qualité de la méthodologie employée, mais aussi par le courage dont il faut faire preuve pour ne pas être emporté par le flot des productions biaisées et partisanes. Que ce livre ait le succès qu’il mérite et qu’il se propage dans de nombreux foyers.

AF : Nous vous remercions de nous accorder cet entretien. Pouvez-vous nous donner une définition de l’Épuration et nous donner des bornes chronologiques – votre livre L’Epuration 1944 – 1949 – s’étend sur une période qui n’est pas celle de votre dernier livre, pourquoi ce changement ?

Dans son édition de 1984, le Petit Robert, on ne peut plus laconique, définissait ainsi l’épuration : « Elimination [sic] des collaborateurs à la Libération ». Plus classiquement, l’épuration désigne la répression des actes ou des faits de collaboration avec l’ennemi. Mais ceux-ci sont des plus divers et impliquent les épurés à des degrés de responsabilité très différents. L’épuration intéresse de nombreuses composantes de la société et il n’est guère de domaines d’activité qui n’aient été épargnés. Les sympathisants et membres des mouvements collaborationnistes, la presse, l’armée, la magistrature, la littérature, la police, les fonctionnaires pour ne citer que les principaux … L’épuration est d’une grande complexité. Elle connaît une première phase dite extra-judiciaire ou « sauvage » qui a sévi dès avant la Libération et dont on observe les dernières manifestations en 1947, malgré l’instauration des tribunaux d’exception que sont les Cours de Justice, la Haute Cour, les Chambres Civiques (actives dès 1944 et 1945). Les lois d’amnistie de 1947, 1951 et 1953 sont trois des principaux repères chronologiques de la décennie 1944-1954, habituellement retenue pour l’épuration. La période étudiée dans mon premier livre s’arrête, en effet, à l’année 1949. J’avais fondé mon travail sur l’analyse d’une trentaine de témoignages écrits d’épurés qui avaient été, pour la plupart, libérés avant 1949. J’ai, par la suite, sensiblement élargi ma base documentaire en disséquant soixante-dix mémoires, correspondances et journaux évoquant l’épuration jusqu’en 1954. J’ai également exploité cette manne providentielle que sont les notes, rapports annuels et circulaires de l’administration pénitentiaire, archivés sur près de quatre siècles.

AF : Cette définition étant donnée, j’aimerais, en guise de préambule, que nous nous arrêtions sur votre méthodologie. La masse des travaux et des publications sur cette période de l’histoire, est titanesque, en quoi vous démarquez-vous ? Est-ce votre rapport particulier aux sources, c’est-à-dire à une sélection différente de celles-ci, à une exploitation de documents qui ne furent jamais utilisés ?

J’ai d’abord procédé à une lecture critique des témoignages d’épurés, parfois contradictoires, et de nature trop militante. La plupart des historiens et des universitaires continuant, malgré quelques discrets emprunts, de tenir systématiquement cette source pour irrecevable, il m’importait de ne pas leur opposer une antithèse aussi péremptoire. J’ai également eu le souci de signaler les défauts de concordance et les incohérences en matière de comptabilité et d’effectifs, décelés dans certains documents administratifs. J’ai, par ailleurs, réagi à toutes ces études universitaires et travaux d’historiens, parfois d’une érudition confondante, mais par trop partiaux ! La dimension sensible, humaine donc, en est complètement absente dès lors qu’il est question des épurés. En revanche, s’agissant de l’histoire de la détention pénitentiaire sous Vichy, le traitement du sujet témoigne d’une grande empathie. La production administrative, dont je m’étonne qu’elle n’ait pas été exploitée plus tôt, s’est révélée d’une importance cruciale. Peu suspecte de parti pris, elle aborde tous les aspects de la vie quotidienne du prisonnier et corrobore nombre de témoignages d’internés. L’analyse comparative des textes administratifs et des écrits d’épurés s’est avérée particulièrement féconde; elle a notamment, permis de réévaluer l’intérêt documentaire de ces écrits.

AF : Pourriez-vous nous présenter une typologie des personnes qui furent inquiétées, à différents degrés, par ce mouvement d’épuration – avons-nous des chiffres ? Plus spécifiquement, est-ce que beaucoup de militants ou de figures d’Action française subirent cette épreuve ?

L’épuration a frappé presque tous les milieux de la société et n’a épargné aucune de ses strates. Une typologie des prisonniers, justiciables des cours de l’épuration, reste à établir : elle devra prendre en compte l’extrême diversité des cas et toutes les peines prononcées, en signalant les disparités constatées en ce domaine. Ainsi, d’obscurs gens de presse n’ont pas échappé à des condamnations d’une grande sévérité, tandis que des « collaborateurs économiques », aux affaires des plus prospères, ont bénéficié d’une singulière mansuétude de la part des tribunaux. En l’état actuel de nos connaissances, il s’avère bien difficile de dénombrer précisément les justiciables et condamnés des différents tribunaux. Cependant, des ordres de grandeur peuvent être posés. Ainsi, au début de l’année 1947, l’épuration se soldait par 300 000 arrestations, 95 000 procès et 50 000 jugements rendus. S’agissant de l’Action française, on ne dispose pas, à ma connaissance, d’une comptabilité permettant d’évaluer le nombre de responsables et de militants, inquiétés par la Justice de l’épuration. Bien que l’opprobre ait été jeté sur l’Action française, demeurée fidèle à ses figures tutélaires, ses membres ne s’attirèrent pas les foudres de l’épuration comme les membres du Parti populaire français de Doriot, du Rassemblement national populaire de Marcel Déat ou de la Milice. On rappellera toutefois, que Charles Maurras fut frappé, exemplairement, d’une peine de réclusion criminelle à perpétuité, malgré sa défiance, notoire, vis-à-vis de l’Allemagne.

AF : Tous ces éléments étant posés, intéressons-nous, si vous le voulez bien, à la procédure. Pourriez-vous brosser à grands traits, la manière dont se réalisa cette épuration, quelles sont les grandes étapes que subira une personne inquiétée ? Quelle place tient Fresnes dans ce dispositif ?

Bien qu’elle ne soit pas immuable, la procédure peut se décomposer en sept séquences principales : l’arrestation, la détention transitoire au Dépôt du palais de Justice, l’internement au Vélodrome d’Hiver, à Drancy (Saint-Denis), l’instruction, le procès, la condamnation et, enfin, l’incarcération. Mais jusqu’au printemps 1945, coexistent des pratiques « extra-judiciaires » échappant à tout contrôle de la Justice. Ce sont, par exemple, les arrestations effectuées, le plus souvent sans aucun mandat, par les francs-tireurs partisans, puis la détention dans des « prisons » privées, en fait des lieux, tenus secrets, de détention et de sévices. On en a identifié une trentaine à Paris, qui en comptait sans doute beaucoup plus. La légalité républicaine ne s’est imposée que progressivement. Jusqu’au début 1946, de nombreux lynchages de « collabos », ou supposés tels, sont perpétrés et des prisons prises d’assaut pour en extraire et abattre des condamnés ayant échappé à la peine de mort ! Le parc carcéral français a compté 220 maisons d’arrêt, quatorze centrales
et cinquante centres et camps pénitentiaires. Mais Fresnes, située à seulement seize kilomètres de Paris, s’est imposée comme la plaque tournante de l’épuration. De la Libération, à janvier 1946, 17 000 détenus, justiciables des cours de justice, sont passés par Fresnes. Dès avant la guerre, cette prison, inaugurée en 1898, avait fait l’objet de reportages et elle a inspiré de nombreux épurés versificateurs.

 AF : Dans quel état se trouvent les centrales durant cette période ? Etaient-ce des lieux particulièrement vétustes ?

A la Libération, la plupart des centrales (d’anciens monastères ou abbayes), sont dans un état de décrépitude, voire de délabrement avancé, qu’ont aggravé, pour certaines, les bombardements anglo-américains. Les conditions de détention y sont donc d’autant plus pénibles. Faute de crédits, les travaux de reconstruction ou de rénovation sont différés, parfois jusqu’en 1953.

AF : La société des centrales est une société complexe où règne une hiérarchie stricte, que dominent des personnages composites. Quelle était, globalement, l’attitude des geôliers et des autorités pénitentiaires vis-à-vis des prisonniers politiques et comment ces derniers vivaient-ils le contact avec des prisonniers de droit commun ?

Les gardiens, pour beaucoup communistes ou membres de syndicats d’obédience communiste, furent très majoritairement hostiles aux prisonniers politiques. En revanche, la haute hiérarchie pénitentiaire s’efforça d’humaniser leur traitement et alarmèrent le ministère de la justice face aux conditions effroyables de détention. Le premier directeur de l’administration pénitentiaire, Paul Amor, lui-même emprisonné sous l’occupation, fut l’un d’eux. Il oeuvra à la réforme du système pénitentiaire visant à la réhabilitation du prisonnier. Les politiques ont souffert de la malveillance des prisonniers de droit commun qui les méprisaient et, souvent, exploitaient leur inexpérience. Si quelques épurés ont pu bénéficier des conseils de truands patentés, la communauté des prisonniers de droit commun et celle des politiques sont demeurées deux mondes, étrangers l‘un à l’autre.

AF : J’aimerais revenir sur deux points qui firent couler beaucoup d’encre, à propos de ces fameuses centrales. Premièrement, quel était le rapport au silence et, deuxièmement, qu’était véritablement la “salle de discipline” ?

Jusqu’en 1947-1948, l’administration pénitentiaire impose le silence aux détenus des centrales. Cette privation de la parole est un châtiment qui s’ajoute à bien d’autres et contribue à déshumaniser le prisonnier. La salle « de discipline » qui semble avoir progressivement disparu à partir de 1943, représente le paroxysme des souffrances infligées aux fortes têtes et aux récalcitrants. Généralement, l’administration ne fait que la mentionner ; à la différence des politiques qui apportent maintes précisions. Cet espace surpasse en horreur tous les autres châtiments en vigueur au sein des centrales. Il faut noter que ce supplice avait aussi cours dans les colonies pénitentiaires pour enfants, dans les années 1920 ! Conçue et aménagée pour pousser le détenu au comble de la douleur, cette salle témoigne du degré extrême de férocité et de sadisme atteint par le système pénitentiaire de l’époque.

AF : Un élément m’avait particulièrement marqué à la lecture des témoignages que firent Pierre-Antoine Cousteau et Lucien Rebatet, élément sur lequel vous revenez également dans votre livre. Il s’agit de l’extrême promiscuité que subissent les détenus, la crasse qui règne dans les centrales et l’absence totale d’hygiène. Vous-même écrivez : “Les prisonniers encagés douze heures durant, ne peuvent plus vider leur tinette dans le baquet collectif du dortoir. Tourmentés par les effets diurétiques d’une alimentation à base de chou, les condamnés politiques ignorants de la chose carcérale, apprennent des truands, comment se soulager dans ses sabots ou en urinant, depuis son lit, sur le plâtre du mur.” (p. 153). Est-ce le souvenir choqué de personnes découvrant ce qu’est la prison ou ces conditions étaient-elles scandaleuses, même pour l’époque ?

Ce moyen de se soulager ne résulte pas d’une brimade. En effet, il n’était pas envisageable de laisser les prisonniers sortir, la nuit, de leur « cage à poule » individuelle pour vider leur tinette dans le baquet collectif. Ces sorties auraient occasionné de nombreuses allées et venues, contraires à la sécurité intérieure.

AF : Dans cet enfer, ce sont souvent de grands esprits qui sont enfermés, des politiques, des écrivains, des journalistes. Lucien Rebatet écrira, comme vous le rapportez, : “Mentalement, je diminue chaque mois” (p. 165). Les prisonniers avaient-ils le droit de lire, d’écrire ?

Comme à Fontevraud en 1947, l’administration pénitentiaire autorise, en principe, les détenus d’une conduite exemplaire, durant au moins trois mois, à emprunter un livre dûment sélectionné par la direction de la centrale. Toutefois, le régime en ce domaine, tend à s’assouplir, notamment à l’initiative des directeurs généraux qui plaident en faveur de la lecture, au profit de tous les prisonniers. Des bibliothèques d’ouvrages « choisis » sont peu à peu constituées au sein des prisons, tandis qu’entrent clandestinement des livres politiques et des pamphlets, prisés des épurés. Le droit d’écrire se limite à une lettre devenue hebdomadaire en 1948 et toujours minutieusement formatée. Ce droit ne peut, évidemment, suffire à répondre au besoin d’écrire, irrépressiblement ressenti par des épurés souvent issus du monde politique et journalistique. Malgré les peines encourues, la prison devient donc le creuset d’une importante production littéraire.

AF : Nous avons beaucoup évoqué les centrales, mais il y eut aussi les camps, que vous évoquez au dixième chapitre de votre livre. Quelles étaient les différences substantielles entre ces deux lieux ?

Les centrales étaient destinées aux prisonniers gravement compromis avec l’occupant, et donc condamnés par les cours de justice à de « longues peines », notamment de travaux forcés. Leur régime disciplinaire était réputé pour sa grande rigueur. L’architecture des centrales, héritée pour la plupart de couvents et d’abbayes, est massive et austère. L’ensemble est cerné de hauts murs. Réservés principalement aux « jeunes égarés », jugés amendables, les camps, de création plus récente, sont des lieux de détention provisoire, constitués de baraquements. Leur gestion est sensiblement plus libérale que celle des centrales.


AF : Ces hommes qui subirent l’enfermement furent définitivement marqués du sceau de la détention. Parvinrent-ils réellement, une fois libérés, à vivre à nouveau au milieu du monde ou furent-ils définitivement des êtres différents, des êtres à part ?

S’il y eut des réinsertions réussies, notamment dans le domaine artistique et culturel, nombre de détenus ne purent surmonter le profond traumatisme de leur incarcération. Plusieurs centaines d’entre eux vécurent, fers aux pieds, des mois durant, les affres de l’attente de leur exécution, finalement commuée en peine à perpétuité. Le divorce, demandé par l’épouse, la solitude, la maladie, l’irréversible décrépitude, furent le lot de beaucoup, qui, frappés d’opprobre à leur retour, se murèrent à jamais dans le silence.

AF : Nous vous remercions de nous avoir accordé cet entretien ! Nous conseillons vivement à tous nos lecteurs de se procurer ce livre qui nous plonge dans cet univers dantesque que furent les bagnes et les camps de l’Épuration !

Boudriot Pierre-Denis, Bagnes et Camps de l’Epuration (1944 – 1954), Auda Isarn,
2021, 239 pages