Les 70 ans de la mort de maurras : hommage au maître dans Rivarol

Les 70 ans de la mort de maurras : hommage au maître dans Rivarol

Il y a 70 ans de cela, jour pour jour, le 16 novembre 1952, Charles Maurras s’éteignait à la clinique Saint-Grégoire de Saint-Symphorien-lès-Tours, dans le département d’Indre-et-Loire, âgé de 84 ans.

 Une grâce arrachée
de haute lutte

 Il avait été admis dans cet établissement hospitalier à la suite d’une grâce médicale que le président de la République, Vincent Auriol, lui avait enfin accordée le 21 mars de la même année. Enfin accordée, oui, car, depuis cinq ans, de nombreux intellectuels éminents avaient fait le siège de l’Élysée, individuellement ou à plusieurs, pour tenter d’obtenir une telle grâce. Le chef de l’État, républicain, socialiste de toujours, cacique de la SFIO, ministre des Finances de Léon Blum et du Front populaire (l’un et l’autre éreintés à coups d’articles par le maître de L’Action française), “résistant” (de Londres) pendant la Deuxième Guerre mondiale, s’était jusqu’alors montré inflexible : Maurras devait expier sa “trahison” et mourir en prison. Il fallut que l’état de santé du condamné se dégradât au point d’exiger son transfert à l’Hôtel-Dieu de Troyes (tout près de la prison de Clairvaux, où il était détenu) pour que Vincent Auriol consentît enfin à lui accorder sa grâce, demandée par Henry Bordeaux, lequel en était à sa énième tentative en faveur de Maurras. Encore s’agît-il d’une grâce médicale, et non plénière. Maurras ne recouvrait pas la liberté ; il se voyait placé en résidence surveillée à la clinique de Saint-Symphorien-lès-Tours pour y être soigné, et ne pouvait pas en sortir ; son état l’en aurait empêché de toute façon. Il mourut d’ailleurs huit mois après son transfert.

 

Un procès
singulièrement inique

Charles Maurras avait été condamné à la réclusion perpétuelle pour intelligence avec l’ennemi par la cour de justice (défense de rire) de Lyon le 27 janvier 1945.

On peut s’interroger à bon droit sur cette condamnation, et même sur ce procès lui-même. Il est dit généralement que le maître de l’Action française fut condamné pour « intelligence avec l’ennemi ».

Lorsqu’on songe à la foncière, implacable et définitive germanophobie de Maurras, un tel chef d’accusation donne à sourire, voire, carrément, à rire, et aux éclats.

Plus exactement, l’auteur de l’Enquête sur la monarchie, de L’Avenir de l’Intelligence et de tant de livres remarquables, fut inculpé (à l’époque, on ne disait pas encore « mis en examen », expression faite pour ménager les puissants corrompus devant l’opinion et la justice elle-même) au titre de deux articles du Code pénal : l’article 75 alinéa 5, et l’article 76 alinéa 3. Le premier vise les personnes (ou les groupes) susceptibles d’avoir, en temps de guerre, entretenu avec une puissance étrangère, des “intelligences” en vue de favoriser les entreprises de celle-ci contre la France. Or, répétons-le, Maurras se montra, toute sa vie durant, un ennemi absolu de l’Allemagne, et n’entretint jamais quelque commerce intellectuel ou politique avec ses écrivains et/ou ses dirigeants, quels qu’ils fussent ; et, il observa la même attitude sous l’Occupation (à la différence d’un Jean-Paul Sartre ou d’un André Malraux), même s’il dut alors, pour ne pas s’exposer à la répression de l’Occupant, éviter d’exprimer ouvertement sa haine du Reich. Rappelons, en outre, que Maurras et son équipe choisirent, après la conclusion de l’armistice de juillet 1940, de se replier à Lyon, donc en zone libre, pour éviter de se trouver sous la férule des Allemands, et qu’en août de la même année, ces derniers saccagèrent les locaux parisiens de L’Action française, dont ils saisirent tout le matériel et tous les documents dont ils purent s’emparer. Rappelons également que Maurice Pujo, en 1944, fut arrêté par la Gestapo et passa plusieurs semaines en prison. Les Allemands haïssaient Maurras et L’Action française, dont ils connaissaient parfaitement l’hostilité à leur égard.

L’article 76, alinéa 3, lui, vise les personnes (ou les groupes) accusé(e)s d’avoir participé sciemment à une entreprise de démoralisation de l’armée ou de la nation ayant pour objet de nuire à la défense nationale. Là encore, l’accusation se révèle plus que discutable : on ne trouve rien, dans les articles, les déclarations verbales et les démarches de Maurras qui soit de nature à démoraliser l’armée ou la population et nuise à l’effort de guerre et à la défense de la France en 1940. Mais les accusateurs ne s’en tiennent pas aux faits purs. Ces deniers ne prouvant rien, ils les interprètent. Ainsi, ils présentent abusivement et de manière partisane les articles de Maurras parus au moment de la défaite de 1940 comme des actes de démoralisation et de trahison au motif que leur auteur ne manifeste aucune compassion évidente pour sa patrie vaincue et insiste sur la fatalité du désastre, conséquence naturelle d’un régime républicain caractérisé par son incurie foncière. D’autres, comme l’historien américain Eugen Weber cherchent à pallier l’impuissance de la Justice et du Droit à établir la culpabilité juridique de Maurras en chargeant celui-ci d’une culpabilité morale supérieure à cette dernière.

« Objectivement, sinon intentionnellement, Maurras avait trahi son pays, il avait travaillé du côté de ce qui devait devenir celui de l’ennemi ; il était coupable dans un sens plus élevé que celui de la Loi », écrit notre historien[1]. Belle conception de la justice et de la morale que celle qui les subordonne à un parti pris politique !

À l’évidence, le procès de Maurras est un exemple éclatant d’iniquité, et cela, de nos jours, ne fait pas de doute.

Ceci rappelé, il convient de résumer ce que nous pouvons retenir de la pensée et de l’œuvre de l’illustre martégal.

Charles Maurras a produit la théorie la plus achevée du nationalisme français, celle à laquelle il a donné le nom de « nationalisme intégral ». Sa doctrine est si exhaustive que même les nationalistes qui ont voulu échapper à son influence, ont subi cette dernière. Il y a incontestablement un avant et un après-Maurras dans l’histoire du nationalisme français. Avant Maurras, le nationalisme était passionnel, dépourvu d’un corps d’idées cohérent ; et, par là, impropre à une vision claire du monde et à un grand projet politique qui l’aurait exprimée. Des hommes comme Déroulède ou Barrès se sont fait les chantres d’un nationalisme émotionnel et spirituel, mais celui-ci, malgré sa forte présence dans l’âme de notre peuple, n’a pas eu d’incidence déterminante sur notre histoire. Tel n’a pas été le cas de la doctrine de Maurras, qui a défini des fondamentaux que les nationalistes n’ont plus pu ignorer ultérieurement.

C’est le besoin de cohérence qui a inspiré Maurras, homme de raison et d’ordre. Maurras a justement pensé que rien n’était possible sans un ensemble d’idées rigoureusement agencées.

[1]. L’Action française, Hachette, 1995, p. 520.

Le choix d’un
nationalisme rationnel

Maurras s’attache d’abord à expliquer les raisons de son choix politique, celui du nationalisme. Cette option lui paraît s’imposer, au regard de la situation de la France à la charnière des XIXe et XXe siècles. En 1899, au plus fort de l’affaire Dreyfus, notre pays est miné par la désunion, née des affrontements idéologiques et partisans, les institutions démocratiques, qui favorisent ces déchirements, le libéralisme, qui stimule l’individualisme et l’esprit de parti, les utopies humanitaires et universalistes, qui faussent la perception du réel et dévoient la nation, et, partant, l’affaiblissement, et la perversion de la sensibilité, qui tend à exclure la raison de la création littéraire et artistique au profit de l’expression des sens et des sentiments bruts, et instille en nous le goût morbide de la déréliction et de la décadence. Maurras est convaincu que la France, ainsi orientée, s’achemine vers sa décomposition. Il lui indique alors les conditions de son salut.

La première d’entre elles est bien évidemment le souci primordial de l’intérêt national. Ainsi, le nationalisme s’impose d’emblée comme la seule politique légitime. Mais, et en cela, Maurras se démarque de son ami Barrès, de Déroulède et autres, la priorité accordée à l’intérêt national ne peut se soutenir avec succès si ce dernier n’est pas étayé sur une remise en ordre des esprits, de la sensibilité et de la morale. On ne peut rien bâtir de durable avec des esprits qui ne savent pas penser et juger sainement, et dont la sensibilité n’est pas disciplinée par la raison. Le « Politique d’abord » ne peut se révéler efficace que s’il procède du raisonnement et couvre non seulement le domaine traditionnel de l’activité du pouvoir, mais également celui de l’esprit. De ce point de vue, on pourrait affirmer que Maurras prône une véritable révolution culturelle, s’il n’éprouvait pas une aversion irréductible à l’égard de toute révolution. Il conviendrait de parler de restauration, d’une « restauration intégrale », dans tous les domaines de l’intelligence et de l’activité.

Les causes de
la décadence de la France

Le relèvement de la nation impose au préalable une recherche des causes de la décadence. Et cette recherche doit procéder d’une étude objective fondée sur le seul raisonnement, à l’exclusion du sentiment, point sur lequel Maurras s’oppose, encore une fois, à Déroulède ou Barrès.

Les causes du déclin français sont d’ordre avant tout intellectuel et moral. Maurras les trouve dans les idées des “Lumières” du XVIIIe siècle. Ces dernières, utopiques, procèdent d’un dévoiement de la raison. La raison est, par excellence, le champ du relatif, de l’art du possible. La raison dote l’homme de la conscience de son existence, de lui-même, et, partant, lui permet de se construire une personnalité et un caractère. Elle lui permet également, du même mouvement, d’acquérir le sens du réel et de prendre la mesure de la réalité. Par là, elle lui permet de découvrir les moyens de venir à bout des innombrables obstacles que cette réalité oppose à la satisfaction de ses besoins et de ses désirs, et donc de conduire sa vie au mieux, en étant conscient de la relativité de cette réussite, toujours modeste. Elle est donc un inestimable don de la nature, qui distingue l’homme de l’animal. Mais, si indispensable soit-elle, elle n’est qu’un instrument, qui ne confère pas à l’homme la toute-puissance. Et elle devient dangereuse lorsque l’homme la croit omnipotente, et compte sur elle pour s’assurer la maîtrise de l’univers, de ses lois, et de son avenir.

C’est ce qui s’est passé au XVIIIe siècle quand les “philosophes” et leurs disciples ont cru que la connaissance — et plus précisément la science —, pouvait permettre à l’homme l’édification d’une civilisation universelle gouvernée par les lois de la seule raison. Erreur fatale : la raison éclaire, guide l’homme en un monde qui lui reste étranger, hostile, et supérieur en mystère et en force ; elle ne lui permet pas de dominer l’univers et de le soumettre à sa volonté. Maurras fait grief aux “Lumières” du XVIIIe siècle et aux révolutionnaires de 1789 d’avoir dévoyé la raison, l’ayant transformée, d’instrument précieux qu’elle était, en génératrice de malheurs sans précédent, dont les conséquences se prolongent indéfiniment. Il fait remonter l’origine de cette perversion, funeste entre toutes, à la Réforme, voire à la Renaissance, mais exonère en revanche le XVIIe siècle français, celui de Descartes, de Richelieu et de la monarchie absolue de Louis XIV, période qu’il considère, au contraire, comme le zénith de notre civilisation. Par là, il se distingue de maints auteurs contre-révolutionnaires. Il se démarque de Taine qui, dans ses Origines de la France contemporaine[1] (1875-1893), voit précisément l’origine du mal français dans l’esprit classique et étroitement rationaliste du classicisme du XVIIe siècle et l’absolutisme intolérant et centralisateur de la monarchie du Grand Roi, ce que récusera toujours Maurras[2]. Il s’oppose également à Abel Bonnard, lequel vouera Descartes aux gémonies[3]. Maurras se garde de confondre la raison avec l’usage dévoyé et pervers qu’en ont fait les “philosophes” du XVIIIe siècle, puis les révolutionnaires et leurs continuateurs républicains. À ses yeux, la critique de la culture de la raison et de sa fonction nécessaire dans la civilisation et l’agencement de l’ordre politique et social, mène à l’exaltation de la sensibilité, des sentiments et des passions, lesquels, malgré leur importance, deviennent causes d’affaiblissement, de déchéance et de triomphe de la barbarie, à partir du moment où ils ne sont plus tempérés, disciplinés et policés par la raison, justement. C’est pour cela que Maurras tiendra le Siècle de Louis XIV pour le sommet de la civilisation, et la monarchie absolue, fondée sur l’alliance de la foi et de la raison, pour un modèle de gouvernement. Maurras sera l’ennemi de la tyrannie du sentiment et de la sensibilité débridée, en littérature et art (romantisme, symbolisme), et en politique (humanisme, universalisme, démocratie, égalitarisme).

[1]. Spécialement le premier tome, L’Ancien Régime (1875).

[2]. Et, en revanche, le même Taine exonère de toute responsabilité dans la genèse du mal français, la Réforme protestante et l’esprit de libre examen, contrairement à Maurras.

[3]. Cf. Éloge de l’ignorance (1926), Les Modérés. Le drame du présent (1936) et ses articles (notamment dans Je suis partout) de 1942.

 

 Pour une monarchie
héréditaire et catholique

Favorable à un régime de raison, de sagesse, d’ordre et d’équilibre, il se prononcera en faveur de la restauration d’une monarchie héréditaire, non parlementaire, dotée d’un pouvoir fort, mais raisonnablement décentralisée autour des entités provinciales et culturelles particulières, constituée en vue de la défense des intérêts vitaux et de la prospérité et de la grandeur de la nation, mais soucieuse de justice, notamment dans le domaine social. En littérature et en art, ses préférences iront au classicisme français du XVIIe siècle, fondé sur l’héritage gréco-latin. L’indispensable ciment spirituel de cette organisation politique et sociale sera la religion catholique, celle de la France depuis Clovis, et dont Maurras admire le rôle civilisateur et la cohésion morale qu’elle a donnée au pays.

Très nombreux sont les catholiques qui ont reproché à Maurras son agnosticisme de fond et son utilisation politique du catholicisme. En réalité, Maurras demeura imprégné de la foi catholique simple reçue de sa mère, de ses maîtres et du P. Penon, mais il se défia de certains de ses aspects.

Et ici, il convient de tordre le cou à une idée fort répandue, celle d’un Maurras agnostique et paganisant, instrumentalisant le catholicisme à des fins politiques, et donnant de lui une représentation hérétique. Déjà courante dans le clergé, du temps de Maurras, cette idée a longtemps après, été puissamment reprise par un historien, Jacques Prévotat, qui, dans son livre L’Action française. Histoire d’une condamnation, 1919-1939 (2001), affirme que Maurras a “vomi” le Christ, qu’il a célébré les valeurs païennes, et rejeté les vertus chrétiennes d’humilité, de patience, de résignation et d’abandon à Dieu, sources, à ses yeux, de déréliction, d’avachissement et de déchéance. Et cette idée est aussi celle d’un autre auteur, pourtant de sensibilité maurrassienne, François Huguenin, selon lequel le chef de l’Action française a conçu le catholicisme comme une synthèse (qu’il qualifie de “chimère”) du paganisme et du christianisme, prévenant les possibles dérives humanitaristes, individualistes et égalitaristes de ce dernier[1].

[1]. L’Action française. Une histoire intellectuelle, Tempus, 2011.

Maurras défenseur
catholique romain
du christianisme

En réalité, comme l’a précisé Gérard Leclerc[1], Maurras, même s’il n’était pas un catholique pratiquant et fervent, n’a jamais remis en cause les saintes Écritures, qu’il a, au contraire constamment défendues contre toutes les dérives interprétatives possibles. Et il a simplement mis en évidence le caractère nécessaire des exégètes catholiques romains et de l’autorité du pape et de la hiérarchie catholique pour élaborer et défendre un dogme intangible propre à prémunir le christianisme contre ces dérives, d’où sont sorties le protestantisme, le tolstoïsme, le modernisme et toutes les idéologies contestatrices et égalitaristes prétendant se fonder sur les Écritures, celles-ci les autorisant dès lors que les docteurs et autres théologiens romains ne sont pas là pour en livrer le sens véritable et l’imposer aux fidèles. Le christianisme n’a plus d’unité à partir du moment où le dogme romain n’assure plus sa cohérence, et il se dilue alors en hérésies protestantes et humanitaristes. Le catholicisme romain assure son unité et permet son rôle civilisateur. Il est donc l’étai naturel de la monarchie.

La monarchie doit donc être rationnelle et étayée sur une foi catholique solide. Raison et foi sont, et doivent rester, indissolublement liées. Une monarchie de type théocratique ou une monarchie sans base religieuse ne peut se soutenir longtemps.

Ces idées, Maurras les développe dans des livres comme La Politique religieuse (1912), L’Action française et la religion catholique (1913).

[1]. « Charles Maurras, témoin unique du religieux », Cahiers de l’Herne, éditions de l’Herne, 2011, pp. 143-146.

 

Le positivisme comtien
au service de la tradition

Maurras découvre chez Comte le modèle de cette alliance politique de la foi et de la raison. Du fondateur du positivisme, il retient la mise en ordre de la connaissance par la classification rationnelle des sciences, l’idée d’une complémentarité et d’une interférence dialectique permanente entre ces dernières, leur subsomption dans la sociologie et la morale, la finalité éthique du savoir, et une utilisation judicieuse et non exclusivement mathématique de la méthode déductive. En revanche, il récuse la loi des trois états successifs des sociétés et des civilisations[1]. Il refuse également le rejet par Comte de la notion de cause[2]. En cela, il marque la limite de ses affinités avec le positivisme, pour lequel cette notion est anti-scientifique et caractéristique d’un âge révolu de la pensée, qui ne doit s’attacher, désormais, qu’à l’élucidation des lois des phénomènes, celles-ci exprimant les raisons mécaniques de leur succession. Maurras, resté chrétien, et tributaire de la métaphysique et du thomisme, accorde un grand prix à la recherche des causes des phénomènes, notamment dans le domaine historique et social, et il en trouve la cause première dans l’au-delà. Il entend régénérer la pensée contre-révolutionnaire des Maistre, Bonald, Blanc de Saint-Bonnet, par certains emprunts au positivisme comtien, sans l’altérer fondamentalement, et en en conservant l’orientation traditionaliste. Il précise ces points dans son livre L’Action française et la religion catholique (1913), cité plus haut.

Chez Maurras, l’alliance de la tradition et de la pensée philosophique et politique moderne, purement laïque, est constante. En ce sens, le maître de l’Action française n’est ni un continuateur pur et simple des penseurs contre-révolutionnaires du XIXe siècle, ni un simple « royaliste de raison » tel que se définit Eugène Godefroy, un des chefs de la Jeunesse royaliste de France, exclusivement pragmatique et indifférent en matière de religion. Il tient la balance entre politique positive et religion, et ne conçoit pas de les dissocier. La dissociation, à l’en croire, mène à un royalisme tout de nostalgie et de romantisme, axé sur le rêve d’une monarchie idéalisée, à la Chateaubriand (Trois idées politiques : Chateaubriand, Michelet, Sainte-Beuve (1898).

[1]. Il la récuse dans la mesure où, en l’occurrence, il n’existe pas d’antécédent ni de conséquent identifiables et évidents, condition nécessaire à l’établissement d’une loi scientifique.

[2]. Pour Comte comme pour Hume, les lois scientifiques n’énoncent que des successions de phénomènes sans lien causal. La notion de cause est antiscientifique, selon lui.

 

Une monarchie
rationnelle et pragmatique
dans tous les domaines

 

La monarchie restaurée, étayée sur la religion et la tradition, doit avoir le souci du présent. Sa fonction consiste en la défense des intérêts primordiaux de la nation : sa sauvegarde, sa prospérité, son honneur, son influence et son prestige. La résolution des autres questions politiques (justice sociale, notamment) dépend de la défense de ces intérêts fondamentaux.

La raison doit donc prévaloir en politique. Mais elle doit être ordonnée à une fin qui n’est pas politique, mais spirituelle et morale. La France est pour Maurras une entité spirituelle et morale que la raison doit défendre. La politique est l’outil approprié de cette raison, qui lui permet de faire son œuvre. Spirituellement et moralement fondée et inspirée, la monarchie doit vivre suivant une politique rationnelle, indispensable à l’accomplissement de sa mission. Elle doit, sans état d’âme, rationnellement donc, conjurer les périls qui menacent la nation. Ceux-ci, Maurras les voit sous la forme des « quatre États confédérés » pour la perte de la France : les corps étrangers installés en France et inassimilables (les Juifs et les métèques), et les groupes délibérément destructeurs (les protestants, les francs-maçons).

La raison doit prévaloir également dans le domaine des œuvres de l’esprit. Certes, Maurras ne préconise pas d’imposer des règles strictes de création aux écrivains et aux artistes, comme le firent Richelieu, puis Louis XIV, mais il défend bec et ongles un idéal esthétique classique fondé sur la discipline de l’émotion, du sentiment, de la passion, par la raison, afin de promouvoir une civilisation fondée sur l’ordre et la beauté, seule capable d’élever l’homme et de le détourner de l’abandon à la mélancolie et à la déchéance, et de la tentation de la contestation et de la complaisance à l’égard de la décadence. Bien qu’il ne préconise pas une politique culturelle particulière, il combattra résolument le romantisme, l’égotisme, le symbolisme, l’expressionnisme, le naturalisme et le décadentisme. Dans L’Avenir de l’intelligence (1905), livre prophétique, il montrera jusqu’à quel degré d’avilissement de l’esprit et de ses œuvres les plus élevées mènera le libéralisme sans frein, une civilisation livrée à tous les appétits individuels et de masse, lesquels servent les forces de l’argent, appelées à dominer le monde et à lui imposer une forme moderne de barbarie.

 

Une monarchie forte
mais décentralisée

 

L’efficacité de la monarchie implique que le roi gouverne, maître du pouvoir exécutif, avec l’appui de ses ministres, choisis par lui. Maurras admet des conseils spéciaux pour l’élaboration, la discussion et la confection des lois, mais refuse une assemblée élue chargée de faire et de voter les lois, et capable de s’opposer au pouvoir royal.

Cette monarchie n’est pas une dictature césarienne. Maurras emprunte à Bainville sa formule : « Le roi en ses conseils » ; ce qui oblige le roi à solliciter le concours des dits conseils et à tenir compte de leurs avis. Et il ajoute, comme Bainville : « le peuple en ses États ». Car la monarchie, pour autoritaire qu’elle soit, au niveau de l’État, doit accorder une large autonomie administrative et culturelle aux provinces, qui sont le fond vivant et la sève de la nation. Maurras a cette formule : « L’autorité en haut, les libertés en bas ». Partisan d’un pouvoir central fort et non limité par un Parlement ou sa soumission à une élection démocratique, afin de défendre efficacement les intérêts vitaux de la nation, il se montre, en revanche, attaché aux libertés provinciales et communales, et défend les cultures régionales, tout spécialement la langue et la littérature de sa Provence natale. Monarchiste, il est anti-bonapartiste et anti-jacobin.

 

Pour une organisation
corporative
de la vie économique

 

Ce même souci d’équilibre marque sa pensée économique et sociale. Maurras n’entend pas que la monarchie dirige autoritairement la vie économique de la nation. De ce point de vue, il se présente comme un partisan de la libre entreprise, et ne conçoit pas de planification — même souple — de l’économie. Par là, il est résolument anti-socialiste. Cela dit, il est conscient de la réalité du problème social et de la nécessité d’assurer les travailleurs contre les abus de leurs patrons, la pauvreté, la maladie et la vieillesse. Il reconnaît le droit à des conditions de vie et de travail décentes et humaines, à une protection sociale et à une retraite convenable. Pour la reconnaissance de ce droit et des légitimes revendications des travailleurs, il compte sur l’action législatrice, mais aussi, et plus encore, sur une organisation corporative du monde du travail et des employeurs. Il s’en remet donc au système corporatiste conçu par Frédéric Le Play et René de la Tour du Pin, d’inspiration chrétienne, qu’il conçoit organisé dans les cadre de la profession, de la branche d’activité et de la région. Mais il n’admet que des syndicats corporatifs, et s’oppose au syndicalisme révolutionnaire et à l’anarcho-syndicalisme de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Ce n’est qu’avec réserve qu’il approuve la formation du Cercle Proudhon, en 1911, qu’il tient à distance, et dont il finit par se séparer des membres, selon lui, les plus subversifs, tels le jeune Henri Lagrange ou Gilbert Maire. À Georges Valois, trop socialisant à son gré, il préfère Firmin Bacconnier, militant AF de stricte obédience. La résolution de la question sociale, pour lui, n’est qu’une nécessité imposée par le souci de l’unité nationale. L’absence d’une justice sociale minimale suscite la lutte des classes, qui détruit la cohésion de la nation, et fait le lit des révolutionnaires de tout poil, socialistes ou anarchistes.

 

Les caractères généraux de la monarchie
selon Maurras

 

Une monarchie héréditaire incarnée par un roi doté de la plénitude du pouvoir, exécutif et législatif, assisté de ministres et d’une élite éprouvée de jurisconsultes, de chefs militaires, et d’hommes de sagesse, de vertu, de science et de lettres, forte au sommet, mais décentralisée et redonnant vie aux régions, à leurs coutumes, traditions et cultures propres, paternaliste, soucieuse de justice sociale, étayée sur une solide foi catholique défendue par un bon clergé romain, mais toujours rationnelle, logique, pétrie de bon sens, souple et pragmatique, visant la sauvegarde, la prospérité et la grandeur de la nation, tel est l’idéal politique de Maurras. Ce qu’il appelle « l’empirisme organisateur ».

Le théoricien monarchiste du nationalisme intégral refuse délibérément les emballements et les dévoiements du cœur et de la raison, qui mènent l’homme à l’individualisme, au pessimisme existentiel, à l’aigreur, à la révolte métaphysique, puis à la révolte politique et sociale, aux utopies universalistes et égalitaristes, aux révolutions, et, pour terminer, à la décadence et à la ruine de la nation, de la civilisation et de la société.

Il est donc l’ennemi du libéralisme, du parlementarisme (fût-il monarchique, comme en Grande-Bretagne), de la révolution, de la république, du jacobinisme et du césarisme bonapartiste, du radicalisme, du socialisme et de l’anarchisme. Maurras résumera brillamment ses conceptions dans Mes idées politiques (1937).

Le nationalisme maurrassien n’est pas belliciste, au contraire du patriotisme de la Révolution, du Consulat et de l’Empire. Il n’est pas davantage expansionniste, au rebours de la politique coloniale de la IIIe République. À l’instar de la droite des années 1885-1914, de Clemenceau et de maints radicaux, il voit d’un mauvais œil les entreprises coloniales qui privent de forces militaires et de ressources financières la politique de défense de la France. Réaliste, il juge — justement —, en 1914, la France insuffisamment préparée pour ouvrir les hostilités contre l’Allemagne, malgré son souci de la Revanche, point sur lequel il s’oppose à Barrès. Il émettra un jugement analogue en 1938-1939. En revanche, il se montrera partisan d’une offensive contre le Reich lorsque Hitler remilitarisera la Rhénanie en mars 1936.

Antisémite, le nationalisme intégral n’est pas raciste. Maurras dénigre l’explication de l’histoire par le jeu des races, de Gobineau, et le biologisme racial d’un Vacher de Lapouge.

Mais il considère la communauté juive comme un peuple étranger implanté en France et en d’autres pays qui ne sont pas le sien. Estimant ce peuple inassimilable, et que son intégration ne peut se révéler que délétère en raison de l’opposition de culture et d’intérêts existant entre lui et nous, il demande un statut d’étranger installé en France pour les Juifs, qui pourraient vivre paisiblement sur notre sol sans jouir de droits civiques et donc de la possibilité d’accéder à des fonctions publiques civiles et militaires.

Maurras et l’Allemagne

Maurras se veut l’ennemi farouche du peuple allemand. Ce n’est pas faute de le connaître. Le fondateur de l’Action française connaissait assez la langue allemande[1], et parfaitement la littérature et la philosophie allemandes. Il connaissait bien l’âme et la sensibilité allemandes, et considérait qu’elles étaient étrangères aux nôtres. Il connaissait enfin parfaitement l’histoire de l’Allemagne depuis les peuples germaniques antiques, et en déduisait que, par la force des choses, les intérêts allemands entraient fatalement en conflit avec les nôtres. Sur ce point (très certainement discutable), il est en accord absolu avec l’un de ses plus brillants collaborateurs, l’analyste politique et écrivain Jacques Bainville. S’il ne se comportera jamais comme un va-t-en-guerre vis-à-vis du Reich, il recommandera néanmoins la plus grande vigilance à son égard, tant dans les domaines politique et militaire que dans ceux de la pensée et des lettres, aussi bien dans ses nombreux articles que dans ses ouvrages (Kiel et Tanger, 1910).

Cet anti-germanisme d’âme et de cœur aura pour conséquence qu’il éprouvera toujours une forte aversion pour le nazisme, tant pour son attitude vis-à-vis de la France que pour sa conception raciale du Volk et du sang. L’accusation d’« intelligence avec l’ennemi », retenue contre lui à la Libération, est donc aussi saugrenue que scandaleuse.

Synthèse audacieuse de rationalisme et de tradition, de positivisme comtien et de traditionalisme contre-révolutionnaire d’inspiration religieuse, de catholicisme et d’hellénisme paganisant, de pragmatisme et de dogmatisme, le système de Maurras suscita bien des enthousiasmes et des adhésions, mais également bien des réserves, puis des défections, celle de nombreux catholiques (et du Vatican lui-même pendant douze ans et demi, de décembre 1926 à mars 1939).

Néanmoins, quel que soit le jugement que l’on porte sur sa pensée, dont saint Pie X a pu dire en 1914 qu’elle était condamnable mais ne devait pas être condamnée (damnabiles sed non damnandos), le Maître de Martigues donna incontestablement une nouvelle vigueur au nationalisme, et surtout au mouvement monarchiste qui, sans lui, allait vers son extinction.

Paul-André DELORME.
Rivarol 16 novembre 2022

[1]. Il ne parlait pas couramment l’allemand, mais le lisait sans grande difficulté, et en connaissait les subtilités.

70 ans de la mort de Maurras

70 ans de la mort de Maurras

Notre maître Charles Maurras est un monument de la pensée française et sa pensée politique est supérieure aux autres en ce qu’elle proclame le Vrai, le Beau et le Bien. Nous ne répondrons pas, ici, à ceux qui l’ont vilipendé, et tout particulièrement à ceux qui aujourd’hui comme hier essaient de glisser le venin d’une soi-disant incompatibilité essentielle entre la doctrine de Maurras et l’orthodoxie catholique (aussi bien chez les démocrates-chrétiens qu’à la FSSPX). L’objet est ici de donner le goût au lecteur de revenir aux sources : nous vous proposons quelques citations symboliques du Maître de Martigues, sur quelques sujets d’éminente actualité.

Sur la question fondamentale de la laïcité, des rapports entre Dieu et César.

« Il faut définir les lois de la conscience pour poser la question des rapports de l’homme et de la société ; pour la résoudre, il faut constituer des autorités vivantes chargées d’interpréter les cas conformément aux lois. Ces deux conditions ne se trouvent réunies que dans le catholicisme. Là et là seulement, l’homme obtient ses garanties, mais la société conserve les siennes : l’homme n’ignore pas à quel tribunal ouvrir son cœur sur un scrupule ou se plaindre d’un froissement, et la société trouve devant elle un grand corps, une société complète avec qui régler les litiges survenus entre deux juridictions semblablement quoique inégalement compétentes. L’Église incarne, représente l’homme intérieur tout entier ; l’unité des personnes est rassemblée magiquement dans son unité organique. L’État, un lui aussi, peut conférer, traiter, discuter et négocier avec elle. Que peut-il contre une poussière de consciences individuelles, que les asservir à ses lois ou flotter à la merci de leur tourbillon ? » (La démocratie religieuse, 1921)

Sur la lutte de la culture de vie contre la culture de mort, et finalement du Bien contre l’absence de Bien qu’on appelle Mal.

« Tout désormais s’explique par une différence, la plus claire du monde et la plus sensible : un oui, un non. Ceux-là ne veulent pas, ceux-ci veulent, désirent. Quoi donc ? Que quelque chose soit, avec les conditions nécessaires de l’Être. Les uns conspirent à la vie et à la durée : les autres souhaitent, plus ou moins nettement, que ce qui est ne soit bientôt plus, que ce qui se produit avorte, enfin que ce qui tend à être ne parvienne jamais au jourCes derniers constituent la vivante armée de la mort : ils sont l’inimitié jurée, directe, méthodique, de ce qui est, agit, recrute, peuple : on peut les définir une contradiction, une critique pure, formule humaine du néant. (…) Le positif est catholique et le négatif ne l’est pas. Le négatif tend à nier le genre humain comme la France et le toit domestique comme l’obscure enceinte de la conscience privée ; ne le croyez pas s’il soutient qu’il nie uniquement le frein, la chaîne, la délimitation, le lien : il s’attaque à ce que ces négations apparentes ont de positif. Comme il ne saurait exister de figure sans le trait qui la cerne et la ligne qui la contient, dès que l’Être commence à s’éloigner de son contraire, dès que l’Être est, il a sa forme, il a son ordre, et c’est cela même dont il est borné qui le constitue. Quelle existence est sans essence ? Qu’est-ce que l’Être sans la loi ? À tous les degrés de l’échelle, l’Être faiblit quand mollit l’ordre ; il se dissout pour peu que l’ordre ne le tienne plus. Les déclamateurs qui s’élèvent contre la règle ou la contrainte au nom de la liberté ou du droit, sont les avocats plus ou moins dissimulés du néant. Inconscients, ils veulent l’Être sans la condition de l’Être et, conscients, leur misanthropie naturelle, ou leur perversité d’imagination, ou quelque idéalisme héréditaire transformé en folie furieuse les a déterminés à rêver, à vouloir le rien. » (La démocratie religieuse, 1921)

Sur le nationalisme, pour éviter précisément toute confusion du nationalisme intégral de Maurras, de l’Action Française et de toute l’école monarchiste française avec les expressions dévoyées du nationalisme venues de la Gauche et habilement cataloguées par le Système comme étant de droite : fascisme, nazisme, Etat tout puissant, centralisateur, JACOBIN et liberticide.

 « Caractère distinctif du nationalisme français : il est fort éloigné de présenter la nécessité pratique et moderne du cadre national rigide comme un progrès dans l’histoire du monde ou comme un postulat philosophique et juridique absolu : il voit au contraire dans la nation une très fâcheuse dégradation de l’unité médiévale, il ne cesse pas d’exprimer un regret profond de l’unité humaine représentée par la république chrétienne (…) ». (L’Action Française, 25 mars 1937)

« Un nationalisme n’est pas un nationalisme exagéré ni mal compris quand il exclut naturellement l’étatisme (…). Quand l’autorité de l’Etat est substituée à celle du foyer, à l’autorité domestique, quand elle usurpe sur les autorités qui président naturellement à la vie locale, quand elle envahit les régulateurs autonomes de la vie des métiers et des professions, quand l’Etat tue ou blesse, ou paralyse les fonctions provinciales indispensables à la vie et au bon ordre des pays, quand il se mêle des affaires de la conscience religieuse et qu’il empiète sur l’Eglise, alors ce débordement d’un Etat centralisé et centralisateur nous inspire une horreur véritable : nous ne concevons pas de pire ennemi. » (L’Action Française, du 19 juillet 1938)

Et au soir de sa vie, prisonnier de la République rétablie dans toutes ses prérogatives de destruction, il écrivait à Pierre Boutang cette exhortation testamentaire magnifique.

« Nous bâtissons l’arche nouvelle, catholique, classique, hiérarchique, humaine, où les idées ne seront plus des mots en l’air, ni les institutions des leurres inconsistants, ni les lois des brigandages, les administrations des pilleries et des gabegies, où revivra ce qui mérite de revivre, en bas les républiques, en haut la royauté et, par-delà tous les espaces, la Papauté ! Même si cet optimisme était en défaut et si, comme je ne crois pas tout à fait absurde de le redouter, si la démocratie était devenue irrésistible, c’est le mal, c’est la mort qui devaient l’emporter, et qu’elle ait eu pour fonction historique de fermer l’histoire et de finir le monde, même en ce cas apocalyptique, il faut que cette arche franco-catholique soit construite et mise à l’eau face au triomphe du Pire et des pires. Elle attestera, dans la corruption universelle, une primauté invincible de l’Ordre et du Bien. Ce qu’il y a de bon et de beau dans l’homme ne se sera pas laissé faire. Cette âme du bien l’aura emporté, tout de même, à sa manière, et, persistant dans la perte générale, elle aura fait son salut moral et peut-être l’autre. Je dis peut-être, parce que je ne fais pas de métaphysique et m’arrête au bord du mythe tentateur, mais non sans foi dans la vraie colombe, comme au vrai brin d’olivier, en avant de tous les déluges. » lettre à Pierre Boutang, 1952

Mensonge démocratique : la preuve par Reynouard

Mensonge démocratique : la preuve par Reynouard

Vincent Reynouard est cet ingénieur chimiste qui s’est pris un jour de passion pour l’histoire de la seconde guerre mondiale. Il a étudié le massacre d’Oradour sur Glane et son analyse l’amène à dire que les choses ne se sont pas passées comme on l’affirme d’ordinaire. Il s’est penché, faisant suite à Robert Faurisson, sur les récits qui racontent le sort des juifs d’Europe entre 1940 et 1945, ce que l’on nomme couramment la Shoah, ou l’Holocauste, et, là aussi, il conclut que beaucoup sont faux et que la mémoire n’a pas encore fait place à l’histoire.

Or, en France, une loi votée en 1990, la loi Gayssot, condamne cette façon de faire, sous la qualification de contestation de crime contre l’humanité. C’est pourquoi Vincent Reynouard a été condamné plusieurs fois par la justice française depuis 1992, dont une fois à un an de prison ferme, ce qui l’a poussé à fuir en Belgique, et depuis 2008 par la justice belge. Il a été traqué en 2009 par deux journalistes chevaliers blancs belges, Frédéric Loore et Manuel Abramowicz, ce qui a mené à son arrestation et son extradition vers la France le 9 juillet 2010.Il a purgé en 2011 neuf mois de prison à Valenciennes.

Ca ne l’a pas empêché de récidiver. Trois condamnations l’ont frappé en 2015 et 2016, dont deux définitives, l’une par la cour d’appel de Caen, un an de prison ferme, l’autre par la cour d’appel de Paris, deux mois ferme. Il s’est réfugié en Grande-Bretagne, où n’existe nul équivalent de la loi Gayssot. Recherché par la police britannique en 2021, il entra à nouveau dans la clandestinité. Il vient d’être arrêté près d’Anstruther, port de pêche au nord d’Edimbourg où il vivait sous une fausse identité, grâce au pistage effectué par l’Office central de lutte contre les crimes de haine (OCLCH) dirigé par un général, Jean-Philippe Reiland. Malgré l’absence de délit commis en Angleterre, Reiland « a pu convaincre les Britanniques d’aller le chercher » en vertu d’un texte qui permet l’extradition des étrangers condamnés à un an de prison au moins chez eux.

Vincent Reynouard est ce qu’il est. Il se revendique national-socialiste. Ce n’est pas ma marque préférée. Il s’est dit sédévacantiste. Ce n’est pas ma marque préférée non plus. Il est maintenant anti-catholique. Ce n’est toujours pas ma marque préférée. Il pense que la Shoah n’a pas eu lieu. C’est son droit. Il le dit. Ce n’est plus son droit. Certains pensent qu’il est fou, d’autres qu’il est sot, mal informé. En tout cas, il ne ment pas. On ne passe pas des mois en prison, des années en cavale, pour le plaisir de mentir. Paul-Eric Blanrue a lancé une pétition en sa faveur au nom de la liberté d’expression. Je ne l’ai pas signée en disant pourquoi : je n’y crois pas, parce que je ne l’ai jamais vue nulle part, c’est un simple slogan révolutionnaire qui a servi à la « démocratie » à s’installer.

Ce qui se passe aujourd’hui en donne la preuve. Les anglo-saxons sont très fiers de leur « état de droit ». Le royaume-uni se veut toujours le pays de l’habeas corpus et de la magna carta réuni, champion des libertés individuelles et tutti quanti. Tu parles ! Malgré le Brexit les bobines ont trouvé un prétexte pour livrer un dissident politique à ses poursuivants. Car le « crime de haine » dont on accuse Reynouard est un solécisme abusif mal transcrit de l’anglais « hate crime », qui recouvre un éventail de méfaits allant de la contravention au crime en passant la plupart du temps par le délit. En publiant ses opinions, fussent-elles fausses, sottes ou coupables, Reynouard n’a commis nul « crime », mais un délit. Certaines opinions, le racisme, le « négationnisme » sont devenus des délits, ce qui permet de les sanctionner sans tomber dans le délit d’opinion.

Ce tour de passe passe juridique résume nos démocraties occidentales. Un système, officiellement appuyé sur les libertés individuelles, se trouve en effet gêné aux entournures quand il interdit expressément, par une loi telle la loi Gayssot, l’expression d’une opinion sur l’histoire. Il nie dans les faits ce qui le fonde en principe. C’est en cela que l’affaire Reynouard est capitale. Elle fait la preuve que nos « démocraties libérales » sont une misérable hypocrisie, qui ne garantissent pas mieux les libertés de leurs sujets que la « démocratie illibérale » du diable Poutine. Bien sûr, réclamons l’élargissement de Reynouard. Mais sachons surtout répéter ce que quelqu’un a déjà dit : la démocratie c’est le mensonge, « la démocratie c’est le mal, la démocratie c’est la mort ».

Martin Peltier 

L’AF présente à la fête du pays réel

L’AF présente à la fête du pays réel

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Fête du Pays réel

Vous souhaitez découvrir ou vous rapprocher de l’Action Française et de sa doctrine de salut national ?

 

Venez nous rencontrer samedi 19 novembre A RUNGIS !

 

L’AF tiendra un stand à la fête du Pays Réel, organisée par Civitas où vous pourrez trouver de la documentation, du matériel militant, un grand choix de drapeaux ainsi que les trois premiers livRes de notre maison d’édition

 

Charles Maurras

Charles Maurras, du félibrige au nationalisme intégral par Philippe Champion

 

Le petit monde de Léon Daudet  par Philippe Champion

 

 

Jacques Bainville

Jacques Bainville, la sagesse politique d’un gentilhomme des lettres

        par Gérard Bedel   

10 novembre 2007, disparition de Pierre Pujo

10 novembre 2007, disparition de Pierre Pujo

Le 10 novembre 2007, Pierre Pujo rendait son âme à Dieu. Voici l’extrait d’un discours prononcé après les évènements de mai 1968. Pujo brosse énergiquement, en quelques mots, les traits contre-révolutionnaire et dynamique de notre grande mission politique. Ce qu’il dit des gauchistes de l’époque se rapporte aussi, de nos jours, au monde de Droite et d’extrême-Droite, à la bourgeoisie des privilégiés et aussi aux « cathos », tous incapables ou peu désireux de remonter aux causes institutionnelles des maux dont nous souffrons.

Profondément positifs et actuels, les propos de Pierre Pujo rompent avec l’image bêtement réactionnaire qu’on voudrait accoler à l’A.F. Il n’est pas question ici de faire l’archéologie d’un régime défunt (l’Ancien Régime), mais de bâtir pour l’avenir un Ordre humain harmonieux et conforme à notre nature de Français. Quoi de plus réaliste, comme programme?

« Nous sommes des contestataires et même nous poussons la contestation plus loin que les marxistes. Nous allons, en un sens, plus loin que les enragés, car s’ils dénoncent les défauts et les tares du régime actuel, ils ne s’en prennent pas aux causes. Ces causes, nous les dénonçons depuis toujours : ce sont la démocratie et les idéologies démocratiques. Ce sont elles qui ont désorganisé l’Etat, détruit la société française, intoxiqué la jeunesse, mené la France sur le chemin des catastrophes et de la décadence.

Par ailleurs, tandis que les révolutionnaires font de la contestation un instrument du matérialisme dialectique, nous autres, à l’Action française, nous contestons ce qui est mauvais pour obtenir un bien, pour restaurer une société française harmonieuse et prospère. Telle est notre contestation nationaliste. Notre souci primordial est la survie de cette communauté historique millénaire qu’est la France et qui est faite non seulement des Français vivants, mais aussi d’un milliard de Français morts et d’autant à naître.

C’est pourquoi, si nous pouvons nous dire les véritables contestataires, nous sommes aussi les véritables défenseurs de l’ordre. Nous indiquons les conditions d’une restauration d’un ordre vrai et national où s’épanouiraient les libertés sous un Etat fort, continu et respecté parce qu’accordé à la légitimité profonde du pays.

Ce que nous voulons, c’est restaurer à tous les échelons une légitimité. Il faut remettre en place de véritables autorités appuyées sur les notions de compétence et de responsabilité.

Ainsi nous indiquons les causes du mal et aussi les remèdes. Et nous le faisons depuis 70 ans ce mois-ci que les deux mots Action française apparaissent pour la première fois dans un journal en tête d’un article sous la signature de Maurice Pujo.

Ce que nous disons, on n’est pas libre de le refuser. Nous ne sommes pas un parti voué à la défense d’une certaine idéologie, ou de préférences sentimentales arbitraires. Notre mission est de défendre la vérité politique, et la vérité politique existe. Si l’on n’en tient pas compte, il faut être prêt à voir surgir les catastrophes, car les faits ont leur logique propre et si on les néglige, selon le mot de Paul Bourget, ils se vengent, ils se vengent toujours.

Vous voyez donc la grandeur de notre mission au service de la France, contre la révolution et ses complices. Il nous appartient de faire de la force d’Action française.

Nous sommes une minorité : qu’importe. Les groupuscules de Nanterre étaient cette année moins nombreux que nous.

Il nous revient de conduire les Français, qu’ils soient contestataires ou désireux d’ordre – et parfois ce sont les mêmes – vers les solutions qu’appelle le salut public. Aux aspirations du pays réel, à son désir de libertés, d’ordre, de participation, nous apportons les réponses qu’il attend inconsciemment. Nous voulons restaurer – ou instaurer – cet ordre communautaire à la base et monarchique au sommet qui seul est conforme au génie de la France et permettra demain le redressement national. »

Pierre PUJO, propos tenus en  1968

La Nouvelle droite ou la gangrène de la dissidence française

La Nouvelle droite ou la gangrène de la dissidence française

Il y a quarante ans se produisit un événement politique dont l’importance est aujourd’hui saisissante, un débat organisé et enregistré entre le célèbre philosophe chrétien Gustave Thibon, alors quasiment octogénaire, et le néopaïen post-national Alain de Benoist, chef de file d’un nouveau courant que l’on appelait, déjà, sans vergogne, « Nouvelle droite ». Disons-le d’emblée, cette rencontre orchestrée par une frange de royalistes aventureux fut davantage qu’une erreur, une faute. Car elle n’était ni plus ni moins qu’une façon d’introniser Alain de Benoist et la mouvance qu’il représentait dans la famille de la droite nationale alors même qu’ils s’y opposaient d’une manière franche. A quoi pouvait donc bien servir ce débat ? Il ne pouvait appuyer qu’une chose : la promotion du patron du GRECE alors même qu’il n’était connu que par les lecteurs du Figaro Magazine et de ceux… de Libération.

En effet, en 1979, sous l’égide du répugnant Serge July (qui publia par ailleurs dans son torchon plusieurs articles faisant l’apologie de la pédophilie), Libération chargea le militant homosexualiste et pro-pédophile (ami et parfois collaborateur de Gabriel Matzneff) Guy Hocquenghem d’écrire plusieurs papiers sur les activités grécistes. Dans ses articles sur le sujet, Guy Hocquenghem (militant soixante-huitard, gauchiste et pédofriendly qui mourra du sida en 1988), dépeint un courant de pensée « dynamique » envers lequel il semble admiratif. Il fut si ostensiblement séduit par la mouvance néopaïenne, qu’il heurta une partie du lectorat de Libé et provoqua un scandale que tout homme intéressé par la vie des idées, a fortiori tout intellectuel, n’avait pu ignorer. Deux textes en particulier défrayèrent la chronique : «Contre, tout contre “la nouvelle droite” (I)» et «Contre, tout contre “la nouvelle droite” (II) : de l’éthologie à l’écologie». Hocquenghem avoua alors être attiré par « l’immoralisme foncier » de Benoist et de ses amis même s’il faisait mine de concéder ne pas savoir ce qui se cachait « réellement » derrière tout cela. A notre avis, il en savait à ce sujet beaucoup plus que Gustave Thibon.

Catholique, Gustave Thibon l’était, mais il avait fait sienne la conception guénonienne de la tradition et se refusait d’appartenir à tout courant politique. Certains hommes, et même de grands hommes, ont besoin de cela pour se sentir libres. En réalité, cette liberté qui est, certainement, selon nous, une sensation de liberté, est parfois plus dangereuse que l’idéologie la plus charpentée. Gustave Thibon, qui se plaisait à imiter Charles Maurras comme Thierry Le Luron imitait François Mitterrand, n’était pas maurrassien et n’était pas non plus nationaliste. Royaliste à l’image d’un Joseph de Maistre, il n’avait d’évidence pas un esprit politique, et s’il avait une façon de voir le monde bien à lui, il n’avait pas, pour lire la scène politique, de grille de lecture efficiente. Au demeurant, peut-être n’avait-il pas complètement compris Maurras comme en témoigne son silence devant les mensonges d’un Alain de Benoist faisant passer le maître du nationalisme intégral pour le défenseur d’un catholicisme sans foi, ce qui est absurde. Et Maurras d’avoir toujours précisé comme une évidence qu’il ne saurait y avoir de catholicisme sans foi. Une ineptie qu’il était facile, par conséquent, d’isoler puis de condamner pour un homme appréhendant dans toute son ampleur l’œuvre du Martégal. Prétendre que Maurras prônait un catholicisme sans foi est en effet tout aussi stupide que de prétendre qu’il aurait défendu un nationalisme sans patriotisme !

« Débattre » avec Alain de Benoist, c’était donc laisser accroire que l’« Immoral » avait quelque chose de constructif à apporter à toute une mouvance qui avait des yeux de Chimène pour Gustave Thibon. C’était aussi le laisser immanquablement mentir et séduire une partie de son public. Débattre avec Benoist, c’était in fine le laisser commettre un hold-up sur une partie de la mouvance de la vraie droite.

C’est encore en 1982 que René Rémond, le célèbre historien, publia son fameux ouvrage « Les droites en France » qui dresse d’une manière un peu téméraire une typologie des droites en s’appuyant sur une généalogie des idées parfois erronée. Il n’est pas question ici de relire tout son livre, nonobstant intéressant à plus d’un titre, mais de relever un détail (fallacieux) qui en dit long sur l’inlassable publicité, ici incongrue, faite à un courant artificiel qui a le goût de la nouveauté sans être « révolutionnaire », et qui se réclame de la droite sans en être. René Rémond, un historien du Système s’il en est, ose écrire dans ce livre (qui passe pour une référence absolue en histoire politique) ces propos incroyables :

« Chaque grande tradition de pensée engendre des courants subsidiaires qui se détachent graduellement du tronc principal pour vivre ensuite d’une existence autonome. La droite contre-révolutionnaire s’est ainsi périodiquement renouvelée. L’école qui fait depuis quelques temps parler d’elle sous le nom de Nouvelle droite ne serait-elle pas un de ces surgeons et le dernier avatar du phénomène récurrent des jeunes droites, la précédente étant l’Action française ? » (P. 282).

Pas moins ! Attention, le coquin va encore plus loin, ouvrez bien les yeux. Selon lui, Alain de Benoist lui-même pourrait être tout simplement le « Charles Maurras de sa génération » !  Ses arguments en faveur de l’analogie sont, c’est le moins que l’on puisse dire, assez faibles : même goût de l’élitisme, argumentations « scientifiques » (qui ont l’aspect de la scientificité), prétendu anti-individualisme dans les deux mouvements. Ces caractéristiques vraies ou prétendues n’ont trait qu’à la forme des deux mouvances comparées. C’est peu, bien peu pour s’autoriser cet exercice, et c’est indigne d’un spécialiste des idées politiques.

Les points de divergence entre la Nouvelle droite et l’Action Française sont en effet, quant à eux, essentiels. L’Action Française prône le catholicisme, la Nouvelle droite le combat. L’AF veut un Etat fort, la Nouvelle droite le dénigre. L’AF rejette l’Europe fédérale, la Nouvelle droite en fait l’apologie. L’AF loue le patriotisme, la Nouvelle droite le méprise. Et que dire du multiculturalisme de la ND (moins mis en avant ces derniers temps) qui s’oppose au régionalisme tempéré (celui du Pays réel) promu par l’AF et chanté par Maurras ? En fait, tout oppose le nationalisme (en particulier celui de Maurras) à cette Nouvelle droite qui ne fut toujours, finalement, qu’une machine à subvertir de l’intérieur les militants nationaux et à diluer tous les principes transcendants et salvateurs. Aussi bien à l’intérieur même du Front National qui allait percer en 1983 que dans les diverses publications de la droite nationale ou dite nationale qui étaient bien moins rares qu’aujourd’hui.

Alain de Benoist ou la gueule de la gangrène de la droite

Au-delà des disparités idéologiques, plus grave que les idées antagonistes ou les préceptes vendus sur papier glacé, sur France culture (Alain de Benoist y eut un temps son rond de serviette), on retrouve le relativisme instillé sournoisement par la Nouvelle droite qui, derrière un nietzschéisme de façade, casse tout principe, toute transcendance et tout repère afin de dépouiller l’homme de sa foi, de son patriotisme et de sa boussole morale. Il est impossible d’exprimer autrement l’inlassable réclame, qu’elle fait depuis sa création, des auteurs pédophiles : Hocquenghem, Albert-Weil, Gripari, un tas d’auteurs souvent médiocres sur le plan strictement littéraire mais qui sont tous d’immenses pervers obnubilés par la figure de Satan.

Pendant plus de quarante ans, ces imposteurs ont diffusé les pires horreurs au nom de l’anticonformisme un jour, au nom du paganisme un autre, toujours en se proclamant intellectuellement libres.

Quand on lit, quand on relit la tonne d’articles consacrés aux pires pédophiles que la Gueuse a couvés (Mitterrand n’était-il pas le protecteur de Gabriel Matzneff ?) dans les magazines liés de près ou de loin à la Nouvelle droite, on constate que toutes les recensions des livres écrits par ces scélérats sont magnifiées et que toute la saloperie qui émanent de leurs lignes est alchimiquement transformée en « politiquement incorrect » qu’il faudrait boire comme un nectar ! Comme si le courage politique, celui qui se révèle dans la confrontation, était semblable au demi secret cultivé par ces sombres usurpateurs. Aujourd’hui, la même engeance poursuit ses menées et on trouve, encore, de prétendus nationalistes et de prétendus catholiques pour se mélanger avec elle. A quand le feu purificateur ?

Valentin Barnay

ACTUALITÉ DES IDÉES DE CHARLES MAURRAS

ACTUALITÉ DES IDÉES DE CHARLES MAURRAS

Maurras est mort en 1952. Soixante-dix ans plus tard son spectre trouble encore le sommeil des dirigeants de la République. L’on se rappelle, il y a quelques années, de la regrettable–mais non regrettée-dame Kosciusko Morizet qui accusait un conseiller de Nicolas Sarkozy de travailler non pour son patron mais pour Maurras. L’on se souvient aussi de l’exclusion de Maurras de la liste des commémorations nationales en vertu d’une censure imposée par les politiciens …Ces marques d’hostilité ont tout au moins un intérêt : elles prouvent la survie et la vitalité de la pensée maurrassienne, qui est toujours cause de soucis pour ses adversaires, ces « hommes petits » qui crient de grands mots et créent de grands maux.

Et de fait, si l’on regarde notre triste actualité, l’on constatera que les mêmes causes produisant les mêmes effets, les méthodes d’analyse et souvent les conclusions de Maurras restent intangibles et s’inscrivent en faux contre les utopies politiciennes. Tout d’abord l’attachement à la Nation. Les errements de ces dernières décennies ont montré l’utopie de la prétention du dépassement du cadre national. Ainsi l’Europe, qui a pu sembler une possibilité de renforcement de l’Occident, est-elle devenue un carcan. Là où de bonnes alliances, comme Maurras les préconisait dans le Soliloque du Prisonnier, pouvaient être utiles ou nécessaires, la montée d’un pouvoir supranational s’est avérée et s’avère de plus en plus comme nocive et contre-productive. L’Europe n’a pas comblé le vide de la politique nationale, dont elle a au contraire accru l’inefficacité. Un exemple : l’immigration. La France ne contrôle plus rien et l’Europe ne contrôle pas à sa place, mais entrave au contraire toute réaction nationale. De même grâce à l’Europe, nous paieront bientôt l’électricité –que nous produisons grâce aux centrales nucléaires– plus cher que si le marché restait national.  La France possède encore une agriculture, une zone maritime enviable, une dissuasion nucléaire… Ces atouts sont susceptibles d’être remis en cause par l’européisme technocratique. Et les institutions nationales ou prétendues telles se plient aux ordres internationaux : qui sait qu’une grande partie de notre législation provient par exemple, de directives européennes dont l’origine n’a rien de démocratique (ni de monarchique bien sûr) ?

La même analyse peut être faite à l’égard du mondialisme : au nom de la prétendue sécurité sanitaire ou de l’écologie, l’on prépare un monde calibré par une oligarchie de pseudo sachants, armés d’ordinateurs et de procédés de reconnaissance faciale. La démocratie –formatée par les faiseurs d’opinion médiatiques– sert désormais simplement à donner une approbation au système. Elle est apparente. L’on dira qu’il n’y a rien de nouveau : Maurras avait en son temps dénoncé les « quatre états confédérés » qui servaient de piliers à la République, et considéré que la démocratie proclamée était en fait pilotée par une oligarchie cachée. La différence est que l’oligarchie est désormais mondialisée (donc encore plus puissante) et qu’elle exerce son pouvoir à travers les organisations internationales, les O.N.G., les médias, les sociétés secrètes ou les réunions de grands dirigeants… Maurras disait que le suffrage universel était conservateur : cela reste vrai, mais il est désormais conservateur des normes imposées par un totalitarisme sournois. L’oligarchie mondialiste décide et les diverses structures démocratiques se bornent à ratifier. De même, inconnus du peuple jusqu’à leur émergence, les dirigeants sont présélectionnés (notamment par les Américains ou les Chinois– (Cf Emmanuel Macron ou Olivier Véran).

Jusqu’au milieu du XXe siècle tout le monde admettait encore un certain ordre naturel. Maurras disait aussi que les éléments se riraient des ambitions humaines tant que l’on ne toucherait pas à l’eau, à l’air ou à l’astre… Mais nous vivons en pleine période prométhéenne et certains hommes croient que tout est permis et que tout est possible. L’on se trouve actuellement ballotté entre les excès de l’industrialisme et ses catastrophes (la mer d’Aral, les catastrophes type Seveso, l’extraction du gaz de schiste) et ceux de l’écologisme et de ses prolongements antispécistes et végan qui vont jusqu’à vouloir éradiquer l’espèce humaine… Certains prétendent même changer l’homme lui-même : procréation artificielle, famille unisexe, mélange interracial total, clonage, robots… La crise sanitaire a constitué un banc d’essai pour cette transformation de l’homme : projet de marquage général et de suivi constant… A l’usage, l’on voit bien que la Nation est la seule digue possible et subsistante, face à ce déferlement mortifère. L’instinct populaire le sent bien d’ailleurs, qui tend à demander la protection de l’État lorsqu’il perçoit une menace. Malheureusement la République, plutôt qu’une mère, est une marâtre qui confine et qui vaccine sans songer aux conséquences… Et l’on retombe ici sur l’irresponsabilité des pouvoirs électifs, constamment dénoncée par l’Action Française. S’ils sont responsables, c’est envers leurs maîtres occultes, mais non envers les peuples…

À la différence de nos politiciens qui se réfèrent souvent à cet héritage, le rejet de la Révolution française, de ses pompes et ses œuvres, est un aspect essentiel et toujours valable de la doctrine de Maurras. Il disait que « la tradition est critique. », se différenciant en cela de son ami Barrès, qui reconnaissait des mérites à toutes les périodes de l’histoire de France. Maurras n’hésitait pas, pour sa part, à en retrancher les mauvaises périodes, celles qui manifestaient un recul du génie national. Vu sous cet angle, Robespierre fait partie de notre histoire, mais non de notre Panthéon particulier !

Évoquons encore le régime politique. La Ve République a pu faire illusion pendant quelques décennies. Néanmoins les dernières présidences, Sarkozy, Hollande, Macron, traduisent le désarroi d’un corps électoral qui ne sait plus à quel saint (?) se vouer. Alors que la tranquillité du pays nécessiterait un pouvoir traditionnel incontesté, pour faire face aux défis contemporains, l’on a affaire à une succession d’expériences plus ou moins ratées et à une absence croissante d’unanimité nationale. La monarchie élective qu’est la Ve République cumule les défauts dans lesquels peut tomber un pouvoir monocratique avec les entraînements démocratiques… Plutôt que la foire d’empoigne de l’élection présidentielle, et face au discrédit dans lequel sont tombés les partis, la solution maurrassienne – le Roi en ses conseils, le peuple en ses états– apparaît comme celle qui comblerait les attentes du peuple français. Mais le pouvoir médiatique est un énorme obstacle qui se dresse entre ce peuple et la connaissance de cette solution. Déjà, dans l’Avenir de l’Intelligence, Maurras montrait que « qui dirige l’opinion publique est le roi de tout. » L’on mesure la difficulté qui existe pour tenter de redresser cette situation…

À l’époque du Maréchal, Maurras, interrogé sur ce dont la France avait besoin, avait répondu: « une bonne armée et un bon clergé. » La direction ainsi indiquée reste vraie. Et, au-delà de l’armée, les citoyens conscients doivent se grouper autour de l’idéal national, et, au-delà des clercs, les laïcs catholiques doivent prendre en main leur rôle dans la cité. Et quant aux valeurs, Maurras nous incite encore à tenir le fil qui nous unit à nos ancêtres. Agnostique lui-même pendant la plus grande partie de sa vie, il n’en reconnaissait pas moins dans le catholicisme « le temple sacré des définitions du devoir ». Malgré les errements de la hiérarchie catholique, Maurras (qui avait pourtant subi l’abusive et maladroite condamnation de l’Action Française en 1926) estimait que la doctrine catholique traditionnelle constituait un pilier essentiel de la vie sociale. C’est en ce sens qu’il faut comprendre son expression « l’Eglise de l’ordre », et son rejet du protestantisme dont l’individualisme lui apparaissait porteur d’anarchie. Ici encore, le redressement nécessaire passe par le chemin indiqué par le Maître.

L’empirisme organisateur de Maurras, –c’est-à-dire l’inlassable méditation de notre présent à la lumière des expériences du passé– doit rester notre méthode d’analyse et notre guide pour affronter les défis toujours plus grands de l’actualité. Appuyés sur les deux valeurs que sont l’héritage national et la doctrine de la Chrétienté, nous devons constituer des îlots de résistance face à la corruption généralisée.

Et pour conclure ces quelques réflexions, nous rassemblerons la phrase du Maître, « le désespoir en politique est une sottise absolue. » et celle de Jeanne d’Arc « les hommes d’armes combattront et donnera la victoire. »

François Marceron.  

Mise au point du Docteur Charles : Non, Boutang n’est pas un maître !

Mise au point du Docteur Charles : Non, Boutang n’est pas un maître !

Pierre Boutang prétendait avoir appris à lire dans l’Action Française. Plus tard, il devint agrégé de philosophie puis enseignant. En même temps, il militait à l’AF.

D’abord maréchaliste pendant la guerre, il rejoignit le général Giraud à Alger. Epuré à la Libération, il devint un des rédacteurs d’Aspects de la France, l’hebdomadaire d’Action Française fondé en 1947 par Georges Calzant. Mais en 1955, Boutang fonda à son tour un nouveau journal : la Nation Française, concurrent d’Aspects. Ce journal se réclamait, certes, des idées de Maurras, mais avait une attitude plus souple vis-à-vis du personnel de la République.

Très vite, ce fut une feuille de propagande gaulliste, réclamant, juste après le 13 mai 1958, le retour de de Gaulle au pouvoir et faisant ensuite des amabilités à l’UNR. Le pire fut atteint lorsque Boutand accompagna de Gaulle dans sa célèbre « tournée des popotes ».

Il s’agissait de convaincre les officiers présents sur le terrain en Algérie de ne rien tenter pour garder cette terre à la France. Le résultat en fut le massacre des Harkis, l’exode catastrophique des Pieds Noirs et la perte de la souveraineté française au sud de la Méditerranée.

Mais il y a quand même une justice : les lecteurs abandonnèrent la Nation Française qui cessa de paraitre en 1967. Son aventure journalistique terminée, Boutang fut réintégré dans l’Université, grâce dit-on à l’appui de barons du gaullisme.

Boutang est même devenu maître de conférences à la Sorbonne après avoir renouvelé son abandon de l’antisémitisme.

En conclusion, il est possible que Boutang n’ait pas eu l’intention de rompre philosophiquement avec Maurras, mais en politique, la séparation est totale. Contrairement à ce que suggérait Boutang, de Gaulle n’a pas rétabli la Monarchie mais nous a laissé la Vème République dont l’échec est désormais évident et total.

 

Docteur André Charles, Président du Comité Directeur

L’Avenir de l’Intelligence

L’Avenir de l’Intelligence

XXIV. — L’esprit révolutionnaire et l’argent

Je sais la réponse des anarchistes :

— Eh bien, on le saura et on le dira ; l’Opinion libre fournira des armes contre l’Opinion achetée. L’Intelligence se ressaisira. Elle va flétrir cet Argent qu’elle vient de subir. Ce n’est pas d’aujourd’hui que la ploutocratie aura tremblé devant les tribuns.

Nouvelle illusion d’une qualité bien facile !

Si des hommes d’esprit ne prévoient aucune autre revanche contre l’Argent que la prédication de quelque Savonarole laïque, les gens d’affaires ont pressenti l’événement et l’ont prévenu. Ils se sont assuré la complicité révolutionnaire. En ouvrant la plupart des feuilles socialistes et anarchistes et nous informant du nom de leurs bailleurs de fonds 28, nous vérifions que les plus violentes tirades contre les riches sont soldées par la ploutocratie des deux mondes. À la littérature officielle, marquée par des timbres et des contre-seings d’un État qui est le prête-nom de l’Argent, répond une autre littérature, qui n’est qu’officieuse encore et que le même Argent commandite et fait circuler. Il préside ainsi aux attaques et peut les diriger. Il les dirige en effet contre ce genre de richesses qui, étant engagé dans le sol ou dans une industrie définie, garde quelque chose de personnel, de national et n’est point la Finance pure. La propriété foncière, le patronat industriel offrent un caractère plus visible et plus offensant pour une masse prolétaire que l’amas invisible de millions et de milliards en papier. Les détenteurs des biens de la dernière sorte en profitent pour détourner contre les premiers les fières impatiences qui tourmentent tant de lettrés.

Mais le principal avantage que trouve l’Argent à subventionner ses ennemis déclarés provient de ce que l’Intelligence révolutionnaire sort merveilleusement avilie de ce marché. Elle y perd sa seule source d’autorité, son honneur ; du même coup, ses vertueuses protestations tombent à plat.

La Presse est devenue une dépendance de la finance. Un révolutionnaire, M. Paul Brulat 29, a parlé récemment de sauver l’indépendance de la Pensée humaine. Il la voyait donc en danger. « La combinaison financière a tué l’idée, la réclame a tué la critique. » Le rédacteur devient un « salarié », « son rôle est de divertir le lecteur pour l’amener jusqu’aux annonces de la quatrième page. » « On n’a que faire de ses convictions. Qu’il se soumette ou se démette. La plupart, dont la plume est l’unique gagne-pain, se résignent, deviennent des valets. » Aussi, partout « le chantage sous toutes ses formes, les éloges vendus, le silence acheté… Les éditeurs traitent ; les théâtres feront bientôt de même. La critique dramatique tombera comme la critique littéraire. »

M. Paul Brulat ne croit pas à la liberté de la Presse, qui n’existe même point pour les bailleurs de fonds des journaux : « Non, même pour ceux-ci, elle est un leurre. Un journal, n’étant entre leurs mains qu’une affaire, ne saurait avoir d’autre soucis que de plaire au public, de retenir l’abonné 30. » Sainte-Beuve, en observant, dès 1839, que la littérature industrielle tuerait la critique, commençait à sentir germer en lui le même scepticisme que M. Paul Brulat. Une même loi « libérale », disait-il, la loi Martignac, allégea la Presse « à l’endroit de la police et de la politique », mais « accrut la charge industrielle des journaux ».

Ce curieux pronostic va plus loin que la pensée de celui qui le formulait. Il explique la triste histoire de la déconsidération de la Presse en ce siècle-ci. En même temps que la liberté politique, chose toute verbale, elle a reçu la servitude économique, dure réalité, en vertu de laquelle toute foi dans son indépendance s’effaça, ou s’effacera avant peu. Cela à droite comme à gauche. On représentait à un personnage important du monde conservateur que le candidat proposé pour la direction d’un grand journal cumulait la réputation de pédéraste, d’escroc et de maître-chanteur : « Oh ! » murmura ce personnage en haussant les épaules, « vous savez bien qu’il ne faut pas être trop difficile en fait de journalistes ! » L’auteur de ce mot n’est cependant pas duc et pair ! Il peignait la situation. On discuta jadis de la conviction et de l’honorabilité des directeurs de journaux. On discute de leur surface, de leur solvabilité et de leur crédit. Une seule réalité énergique importe donc en journalisme : l’Argent, avec l’ensemble des intérêts brutaux qu’il exprime. Le temps paraît nous revenir où l’homme sera livré à la Force pure, et c’est dans le pays où cette force a été tempérée le plus tôt et le plus longtemps, que se rétablit tout d’abord, et le plus rudement, cette domination. #

XXV. — L’âge de fer

Une certaine grossièreté passe dans la vie. La situation morale du lettré français en 1905 n’est plus du tout ce qu’elle était en 1850. La réputation de l’écrivain est perdue. Écrire partout, tout signer, s’appliquer à donner l’impression qu’on n’est pas l’organe d’un journal, mais l’organe de sa propre pensée, cela défend à peine du discrédit commun. Si l’on ne cesse pas d’honorer en particulier quelques personnes, la profession de journaliste est disqualifiée. Journalistes, poètes, romanciers, gens de théâtre font un monde où l’on vit entre soi ; mais c’est un enfer. Les hautes classes, de beaucoup moins fermées qu’elles ne l’étaient autrefois, beaucoup moins difficiles à tous les égards, ouvertes notamment à l’aventurier et à l’enrichi, se montrent froides envers la supériorité de l’esprit. Tout échappe à une influence dont la sincérité et le sérieux font le sujet d’un doute diffamateur. #

Mais l’écrivain est plus diffamé par sa condition réelle que par tous les propos dont il est l’objet. Ou trop haut ou trop bas, c’est le plus déclassé des êtres ; les meilleurs d’entre nous se demandent si le salut ne serait point de ne nous souvenir que de notre origine et de notre rang naturel, sans frayer avec des confrères, ni avoir soucis des mondains. L’expédient n’est pas toujours pratique. Renan disait que les femmes modernes, au lieu de demander aux hommes « de grandes choses, des entreprises hardies, des travaux héroïques », leur demandent « de la richesse, afin de satisfaire un luxe vulgaire ». Luxe vulgaire ou bien désir, plus vulgaire encore, de relations.

L’ancien préjugé favorable au mandarinat intellectuel conserve sa force dans la masse obscure et profonde du public lisant. Il ne peut le garder longtemps. La bourgeoisie, où l’amateur foisonne presque autant que dans l’aristocratie, s’affranchit de toute illusion favorable et de toute vénération préconçue. Son esprit positif observe qu’il y a bien quatre ou cinq mille artistes ou gens de lettres à battre le pavé de Paris en mourant de faim. Elle calcule que, des deux grandes associations professionnelles de journalistes parisiens, l’une comptait en 1896 plus du quart, et l’autre plus du tiers de ses membres sans occupation 31. Elle prévoit un déchet de deux ou trois mille malheureux voués à l’hospice ou au cabanon. Les beaux enthousiasmes des lecteurs de Hugo et de Vacquerie 32 paraissent donc également devoir fléchir dans la classe moyenne.

Ils se perpétuent au-dessous, dans cette partie du gros peuple où la lecture, l’écriture et ce qui y ressemble, paraît un instrument surnaturel d’élévation et de fortune. Par les moyens scolaires qui lui appartiennent, l’État s’applique à prolonger une situation qui maintient le crédit de cette Intelligence, derrière laquelle il se dissimule, pour mieux dissimuler cet Argent par lequel il est gouverné. Mais il provoque le déclassement, par cela même qu’il continue à le revêtir de teintes flatteuses. Encombré de son prolétariat intellectuel, l’État démocratique ne peut en arrêter la crue, il est dans la nécessité de la stimuler 33. Les places manquent, et l’État continue à manœuvrer sa vieille pompe élévatoire. Les finances en souffrent quand il veut tenir parole, et le mal financier aboutit aux révolutions. Mais, s’il retire sa parole, c’est encore à des révolutions qu’il est acculé. La société ploutocratique s’est assurée tant bien que mal contre ce malheur. Elle espère le canaliser, le détourner d’elle. Mais l’État s’effraie pour lui-même, et ses premières inquiétudes se font sentir.

XXVI. — Défaite de l’Intelligence

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Il faut bien se garder de croire que ces turbulences puissent ruiner de fond en comble les intérêts fondamentaux, les forces organiques de la vie civilisée. La Finance, l’activité qu’elle symbolise, doit vaincre, associant peut-être à son triomphe les meilleurs éléments du prolétariat manuel, ces ouvriers d’état qui se forment en véritable aristocratie du travail, sans doute aussi des représentants de l’ancienne aristocratie, dégradée ou régénérée par cette alliance. Le Sang et l’Or seront recombinés dans une proportion inconnue. Mais l’Intelligence, elle, sera avilie pour longtemps ; notre monde lettré, qui paraît si haut aujourd’hui, aura fait la chute complète, et, devant la puissante oligarchie qui syndiquera les énergies de l’ordre matériel, un immense prolétariat intellectuel, une classe de mendiants lettrés comme en a vu le moyen âge, traînera sur les routes de malheureux lambeaux de ce qu’auront été notre pensée, nos littératures, nos arts.

Le peuple en qui l’on met une confiance insensée se sera détaché de tout cela, avec une facilité qu’on ne peut calculer mais qu’il faut prévoir. C’est sur un bruit qui court que le peuple croit à la vertu de l’Intelligence ; ceux qui ont fait cette opinion ne seront pas en peine de la défaire.

Quand on disait aux petites gens qu’un petit homme, simple et d’allures modestes, faisait merveille avec sa plume et obtenait ainsi une gloire immortelle, ce n’était pas toujours compris littéralement, mais le grave son des paroles faisait entendre et concevoir une destinée digne de respect, et ce respect tout instinctif, ce sentiment presque religieux étaient accordés volontiers. L’éloge est devenu plus net quand, par littérature, esthétique ou philosophie, on a signifié gagne-pain, hautes positions, influence, fortune. Ce sens clair a été trouvé admirable, et il est encore admiré. Patience, et attendez la fin. Attendez que Menier et Géraudel aient un jour intérêt à faire entendre au peuple que leur esprit d’invention passe celui de Victor Hugo, puisqu’ils ont l’art d’en retirer de plus abondants bénéfices ! Le peuple ne manquera pas de générosité naturelle. Il n’est pas disposé à « tout évaluer en argent ». Mais lui a-t-on dit de le faire, il compte et compte bien. Vous verrez comme il saura vous évaluer. Le meilleur, le moins bon, et le pire de nos collègues sera classé exactement selon la cote de rapport. Jusqu’où pourra descendre, pour regagner l’estime de la dernière lie du peuple, ce qu’on veut bien nommer « l’aristocratie littéraire », il est aisé de l’imaginer. Le lucre conjugué à la basse ambition donnera ses fruits naturels.

Littérature deviendra synonyme d’ignominie. On entendra par là un jeu qui peut être plaisant, mais dénué de gravité, comme de noblesse. Endurci par la tâche, par la vie au grand air et le mélange de travail mécanique et des exercices physiques, l’homme d’action rencontrera dans cette commune bassesse des lettres et des arts de quoi justifier son dédain, né de l’ignorance. S’il a de la vertu, il nommera aisément des dépravations les raffinements du goût et de la pensée. Il conclura à la grossièreté et à l’impolitesse, sous prétexte d’austérité. Ce sera fait dès lors de la souveraine délicatesse de l’esprit, des recherches du sentiment, des graves soins de la logique et de l’érudition. Un sot moralisme jugera tout. Le bon parti aura ses Vallès, ses Mirbeau 34, hypnotisés sur une idée du bien et du mal conçue sans aucune nuance, appliquée fanatiquement. Des têtes d’iconoclastes à la Tolstoï se dessinent sur cette hypothèse sinistre, plus qu’à demi réalisée autour de nous… Mais, si l’homme d’action brutale qu’il faut prévoir n’est point vertueux, il sera plus grossier encore ; l’art, les artistes se plieront à ses divertissements les plus vils, dont la basse littérature des trente ou quarante dernières années, avec ses priapées sans goût ni passion, éveille l’image précise. Cet homme avilira tous les êtres que l’autre n’aura pas abrutis.

Le patriciat dans l’ordre des faits, mais une barbarie vraiment démocratique dans la pensée, voilà le partage des temps prochains. Le rêveur, le spéculatif pourront s’y maintenir au prix de leur dignité ou de leur bien-être. Les places, le succès ou la gloire récompenseront la souplesse de l’histrion. Plus que jamais, dans une mesure inconnue aux âges de fer, la pauvreté, la solitude, expieront la fierté du héros et du saint : jeûner, les bras croisés au-dessus du banquet, ou, pour ronger les os, se rouler au niveau des chiens.

L’aventure

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À moins que…

Je ne voudrais pas terminer ces analyses un peu lentes, mais, autant qu’il me semble, réelles et utiles, par un conte bleu. Cependant il n’est pas impossible de concevoir un autre tour donné aux mouvements de l’histoire future. Il suffirait de supposer qu’une lucide conscience du péril, unie à quelques actes de volonté sérieuse, suggère à l’Intelligence française, qui, depuis un siècle et demi, a causé beaucoup de désastres, de rendre le service signalé qui sauverait tout.

Elle s’est exilée à l’intérieur, elle s’est pervertie, elle a couru tous les barbares de l’univers ; supposez qu’elle essaye de retrouver son ordre, sa patrie, ses dieux naturels.

Elle a propagé la Révolution ; supposez qu’elle enseigne, au rebours, le Salut public.

Imaginez qu’un heureux déploiement de cette tendance nouvelle lui regagne les sympathies et l’estime, non certes officielles, ni universelles, mais qui émaneraient de sphères respectées et encore puissantes.

Imaginez d’ailleurs que l’Intelligence française comprenne bien deux vérités :

•  ni elle n’est, ni elle ne peut être la première des Forces nationales,

•  et, en rêvant cet impossible, elle se livre pratiquement au plus dur des maîtres, à l’Argent.

Veut-elle fuir ce maître, elle doit conclure alliance avec quelque autre élément du pouvoir matériel, avec d’autres Forces, mais celles-ci personnelles, nominatives et responsables, auxquelles les lumières qu’elle a en propre faciliteraient le moyen de s’affranchir avec elle de la tyrannie de l’Argent.

Concevez, dis-je, la fédération solide et publique des meilleurs éléments de l’Intelligence avec les plus anciens de la nation ; l’Intelligence s’efforcerait de respecter et d’appuyer nos vieilles traditions philosophiques et religieuses, de servir certaines institutions comme le clergé et l’armée, de défendre certaines classes, de renforcer certains intérêts agricoles, industriels, même financiers, ceux-là qui se distinguent des intérêts d’Argent proprement dits en ce qu’ils correspondent à des situations définies, à des fonctions morales. Le choix d’un tel parti rendrait à l’Intelligence française une certaine autorité. Les ressources afflueraient, avec les dévouements, pour un effort en ce sens. Peut-être qu’une fois de plus la couronne d’or nous serait présentée comme elle le fut à César.

Mais il faudrait la repousser. Et aussi, en repoussant cette dictature, faudrait-il l’exercer provisoirement. Non point certes pour élever un empire reconnu désormais fictif et dérisoire, mais, selon la vraie fonction de l’Intelligence, pour voir et faire voir quel régime serait le meilleur, pour le choisir d’autorité, et, même, pour orienter les autres Forces de ce côté ; pareil chef-d’œuvre une fois réussi, le rang ultérieurement assigné à l’Intelligence dans la hiérarchie naturelle de la nation importerait bien peu, car il serait fatalement très élevé dans l’échelle des valeurs morales. L’Intelligence pourrait dire comme Romée de Villeneuve dans le Paradis :

e ciò gli fece
Romeo, persona umile e peregrina
 35

« et Romée fit cela,
personne humble et errant pèlerin. »

En fait, d’ailleurs, et sur de pareils états de services, le haut rôle consultatif qui lui est propre lui reviendrait fatalement par surcroît.

Les difficultés, on les voit. Il faudrait que l’Intelligence fît le chef-d’œuvre d’obliger l’Opinion à sentir la nullité profonde de ses pouvoirs et à signer l’abdication d’une souveraineté fictive ; il faudrait demander un acte de bon sens à ce qui est privé de sens. Mais n’est-il pas toujours possible de trouver des motifs absurdes pour un acte qui ne l’est point ?

Il faudrait atteindre et gagner quelques-unes des citadelles de l’Argent et les utiliser contre leur propre gré, mais là encore espérer n’est point ridicule, car l’Argent diviseur et divisible à l’infini peut jouer une fois le premier de ces deux rôles contre lui-même.

Il faudrait rassembler de puissants organes matériels de publicité, pour se faire entendre, écouter, malgré les intérêts d’un État résolu à ne rien laisser grandir contre lui ; mais cet État, s’il a un centre, est dépourvu de tête. Son incohérence et son étourderie éclatent à chaque instant. C’est lui qui, par sa politique scolaire, a conservé à l’Intelligence un reste de prestige dans le peuple ; par ses actes de foi dans la raison et dans la science, il nous a coupé quelques-unes des verges dont nous le fouettons.

Les difficultés de cette entreprise, fussent-elles plus fortes encore, seraient encore moindres que la difficulté de faire subsister notre dignité, notre honneur, sous le règne de la ploutocratie qui s’annonce. Cela, n’est pas le plus difficile ; c’est l’impossible. Ainsi exposé à périr sous un nombre victorieux, la qualité intellectuelle ne risque absolument rien à tenter l’effort ; si elle s’aime, si elle aime nos derniers reliquats d’influence et de liberté, si elle a des vues d’avenir et quelque ambition pour la France, il lui appartient de mener la réaction du désespoir. Devant cet horizon sinistre, l’Intelligence nationale doit se lier à ceux qui essayent de faire quelque chose de beau avant de sombrer. Au nom de la raison et de la nature, conformément aux vieilles lois de l’univers, pour le salut de l’ordre, pour la durée et les progrès d’une civilisation menacée, toutes les espérances flottent sur le navire d’une Contre-Révolution.

Charles Maurras
Source : maurras.net

Démographie : neuf bombes d’Hiroshima larguées sur l’Union européenne en 2021

Démographie : neuf bombes d’Hiroshima larguées sur l’Union européenne en 2021

La destruction de la population et de la civilisation européennes est désormais une réalité incontestable, et connaît même une accélération fulgurante d’année en année. La situation est si grave qu’il est désormais vital de s’attaquer aux diverses causes de cet auto-génocide européen, et notamment au fanatisme écologique dont la responsabilité est grandissante.

Selon les dernières données d’Eurostat, le nombre de décès au sein de l’Union européenne (UE) a dépassé celui des naissances de 1,231 million d’individus en 2021.  Hors immigration de remplacement, la population de l’UE a donc baissé d’autant, soit l’équivalent de douze villes de 100 mille habitants qui auraient été rayées de la carte, ou encore de près de neuf bombes atomiques d’Hiroshima qui auraient été larguées (cette bombe ayant fait environ 140 mille morts au total).

Visible depuis 2012, année à partir de laquelle les décès commencèrent à dépasser les naissances, mais enclenché dès les années 1970 avec le passage du taux de fécondité européen global en dessous de seuil de renouvellement des générations de 2,1 enfants par femme, le processus de destruction de la population et de la civilisation européennes suit son cours, et se caractérise même par une terrifiante accélération d’année en année, avec un triplement ou quadruplement du rythme tous les trois ans. En 2012, le déficit démographique n’était ainsi que de 23 700, avant de passer à 154 700 en 2016, puis à 484 400 en 2019 et à 1 231 400 en 2021. Aujourd’hui, ce sont ainsi 18 des 27 pays de l’UE qui affichent un solde négatif, comme l’Italie voisine où il s’est établi à non moins de 309 600 en 2021. Et il en sera de même bientôt pour la France, la soi-disant « championne » de la natalité en Europe, mais qui n’est autre, avec son taux de fécondité inférieur au seuil de renouvellement des générations depuis 1975 (soit depuis 47 ans !), qu’un cancre parmi d’autres…

Le processus d’auto-génocide européen est désormais une réalité, que nul ne devrait plus pouvoir nier impunément. Aujourd’hui, et toutes proportions gardées, la destruction de la population européenne se déroule d’ailleurs presque au même rythme que la Shoah, qui avait causé la disparition de près six millions de juifs en quatre ans. Et assez bientôt, et même en maintenant le taux de fécondité global de l’UE à son niveau actuel de 1,5 enfant par femme, ce processus se fera à une vitesse de presque une Shoah tous les deux ans. À ce rythme, notre civilisation aura en grande partie disparu de la surface de la terre à la fin du siècle, avec à la clé de terribles conséquences géopolitiques, voire territoriales.

L’urgence n’est donc pas climatique, mais bel et bien démographique, n’en déplaise aux fanatiques de l’écologie, de plus en plus responsables de ce processus d’extinction démographique et cultuelle. En effet, le matraquage est tel, qu’une étude internationale publiée en septembre 2021, par la revue britannique The lancet planetary health, constatait que 37 % des jeunes français âgés de 16 à 25 ans hésitaient à avoir une descendance pour des raisons écologiques. Pourtant, et même si notre planète souffre d’un certain nombre de maux, la réalité est que seule une infime partie de son potentiel en énergies renouvelables est aujourd’hui exploitée, de même qu’une infime partie de ses ressources minières et fossiles. De plus, et malgré les vastes espaces non encore exploités, et la stabilisation prochaine de la population mondiale, les avancées scientifiques sont permanentes en matière d’agriculture (comme avec l’aéroponie, qui permet un rendement à l’hectare près de 80 fois supérieur, sans terre, soleil ni pesticides !), en matière d’architecture, de transports, ou encore de traitement des déchets. Et tout cela, sans même parler des perspectives infinies qu’offre l’univers…

Il est donc bien naïf de s’imaginer que notre planète est surpeuplée, que l’humanité sera bientôt à court de ressources, ou que les déchets nucléaires ont vocation à être stockés ad vitam aeternam sur notre planète (si tant est que la problématique continue à se poser, le prix Nobel français de physique, Gérard Mourou, affirmant qu’il devrait prochainement être possible d’en réduire la durée de radioactivité à seulement 30 minutes…). Quant au réchauffement climatique, la hausse attendue des températures ne fera que redonner à la France le climat qui était le sien à aux époques de Charlemagne et de l’empire romain (ou d’Astérix et d’Obélix), elle mêmes séparées par un refroidissement climatique, accompagné de terribles catastrophes naturelles et que nos ancêtres prenaient parfois pour une malédiction.

La gravité de la situation est telle, qu’il est désormais vital de s’attaquer aux diverses causes de cet auto-génocide européen. Et notamment en ne laissant plus médiatiquement le champ libre aux talibans de l’écologie, héritiers spirituels des prophètes de l’apocalypse et des théoriciens de la surpopulation humaine, auxquels l’Histoire a toujours fini par donner tort, faute d’avoir correctement apprécié le potentiel de la Terre et le génie humain. Pour paraphraser partiellement un ancien président de la République française, ce ne sont pas seulement quelques forêts au loin qui brûlent, et qui se régénéreront assez rapidement, mais notre maison même qui brûle. Et nous regardons ailleurs…

                                                                                                                                     

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