Dissolution de civitas

Dissolution de civitas

Toute politique inclut la reconnaissance d’un ennemi, la République ne l’a jamais oublié et ne cesse de le désigner : la France. Oui, la République continue de combattre avec toute sa rage idéologique les Français qui ne se renient pas et qui osent crier, à temps et à contre-temps, les vérités qui déragent. 

La Gueuse entend cette fois-ci dissoudre le mouvement CIVITAS. Toute la clique politique s’est soudainement mise à hurler à l’abjection : de Mélenchon à la très inspirée Edwige Diaz du RN, en passant par Mathilde Panot, le communautaire Gilles-William Goldnadel ou encore le président du sacro-saint B’nai B’rith France Philippe Meyer. Tous s’inclinent. 

Quant à nous, militants d’AF, nous disons que face à l’adversité, il faut savoir resserrer les rangs et laisser de côtés les divergences, toujours minimes quand notre pays est sur le point de disparaître. Compromis nationaliste, ici et maintenant !
La meute qui hurle et qui souhaite dévorer le troupeau est toujours la même. Ne l’oublions jamais. Cette leçon doit être apprise par tous les Français qui placent l’intérêt national au dessus de tout.

L’Action Française manifeste son soutien et son amitié au mouvement CIVITAS et à son président Alain Escada. Quand le nationalisme avance, la République se crispe. Ils peuvent bien dissoudre des organisations, ils ne pourront rien contre l’état d’esprit de ceux qui sont les derniers remparts de la Cité.

A bas la République, vive le Roi !

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Grand Remplacement : faire face à l’invasion migratoire

Grand Remplacement : faire face à l’invasion migratoire

Grand Remplacement : la position de Monsieur K et de l'Action française

La première menace qui pèse sur les Européens ethniques d’Amérique du Nord, d’Océanie, d’Afrique australe et d’Europe est démographique. Cette menace est celle du Grand Remplacement d’une part, et la Grande Disparition de l’autre. Ces deux phénomènes s’additionnent et se conjuguent. La première chose à faire est donc de soutenir l’effort de reproduction des Européens ethniques.

La famille, premier rempart contre le grand remplacement.

Vous pouvez y contribuer directement par la fondation d’un foyer homogène, fécond, généreux, durable et chrétien. Si vous avez déjà des enfants et que votre santé le permet, faites-en encore un cette année. Faites un enfant sans compter à la dépense ou penser à l’inconfort. Sans considérer les enfants comme des soldats, nous devons lancer et participer à une grande vague démographique comparable au Baby Boom d’après-guerre.

Si vous êtes inféconds, donnez un foyer à des enfants européens orphelins, des orphelins de guerre, par exemple.  Si vous ne pouvez ni enfanter, ni adopter, créez des institutions qui aideront ceux qui le peuvent à accueillir la vie : réseau de collecte et de distribution de matériel de puériculture pour les jeunes foyers, aide financière, bénévolat dans les structures d’aide aux mères en détresse. En ces domaines, ni les besoins, ni les idées ne manquent.

Que faire à un niveau individuel contre l’immigration en France ?

Devenez quelqu’un

Devenez quelqu’un. Devenez référent d’un sujet qui vous passionne : énergie, relations hommes-femmes, santé au naturel, communication électronique, self-défense, cuisine d’antan… Devenez influent, devenez une référence dans votre domaine d’intervention et intervenez !

Engagez-vous

Devenez président d’association, délégué des parents d’élèves, délégué syndical, responsable local pour un réseau résilient, responsable de section d’un réseau dissident. Devenez chef d’entreprise, élu prud’homal, adjoint à la jeunesse d’une petite commune. Devenez adjoint au Maire, devenez maire, à tout le moins, soyez candidat. Devenez quelqu’un et agissez en vue du Bien commun. Ne laissez jamais passer une occasion de bien faire et ne pensez pas à ce que vous pourriez perdre si on vous découvrait.

Soutenez les bâtisseurs

Soutenez les bâtisseurs, devenez un bâtisseur : écoles, fermes agro-écologiques, organes de formations, entreprises intentionnelles, éditeurs, libraires, églises et chapelles, médias, journaux et revues, organisations de jeunesse, artisans, réseaux de distribution alternatifs… Soutenez les bâtisseurs financièrement et en allant les voir aux évènements qu’ils organisent.

Retirez-vous

Retirez-vous, boycottez, changez de banque, réduisez vos feuilles d’impôts, désaffiliez-vous, désabonnez-vous de Canal+, de Netflix, de votre carte ciné. Arrêtez de payer, de donner, de nourrir la Bête. Commencez par casser votre télévision ou ce qui en tient lieu.

Pour militer, vous pouvez vous procurer notre affiche contre le grand remplacement sur la boutique de l’Action Française.

Comment s’organiser collectivement face au grand remplacement.

Nommez l’ennemi

Nommez l’ennemi. L’ennemi, c’est le Judaïsme politique et ses satellites: Otan, LGBTQIM+. C’est lui qui a travers ses médias veut faire croire à une prétendue théorie du grand remplacement qui serait le fruit de la pensée malade d’un Renaud Camus ou d’un Zemmour. Pourtant, l’immigration n’a jamais amené autant de délinquance en France. Une ville autrefois agréable comme Marseille est par exemple aujourd’hui en proie à une véritable guerre des gangs.

Organisez-vous localement et hiérarchiquement

Organisez les groupes localement. Faites fusionner les doublons ou pratiquez collectivement les doubles, triples adhésions. Éloignez les nuisibles, pas les radicaux.  Hiérarchisez les collectifs locaux : donnez leur des organes de fonctionnement et des chefs.

Des chefs

Préférez les équipes aux individualités toujours faillibles. Ayez des objectifs chiffrés, réalistes, ambitieux et atteignables. Monter une candidature pour les élections municipales est, par exemple, un objectif modeste, atteignable, mesurable et réaliste !

L’Objectif du travail collectif est la constitution d’une force réfractaire, cohérente et cohésive en mesure de reprendre des pouvoirs, puis LE pouvoir des mains de l’Oligarchie.

L’objectif sublime est la prise du pouvoir institutionnel afin de mettre un terme définitif à la domination oligarchique et à la tyrannie de l’Argent et de le remplacer par des institutions aristocratiques et populaires qui rendront tout retour oligarchique impossible. La première étape de la Reconquête pourrait bien être les élections municipales de 2026.

Sebastien Kererro (Monsieur K)

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Société : Féminisme destructeur

Société : Féminisme destructeur

Loin des débats convenus et intellectuellement pipés sur la liberté de ceci ou le droit à cela, qui, avec des relents de morale, fleurent la sentine individualiste, nos amies les « Antigones » sonnent le réveil des femmes1, pour poser enfin le problème du féminisme sur le seul terrain où il y a quelque chose de vraiment intéressant et constructif à dire. « Pour en finir avec les mensonges du féminisme », comme le dit le sous-titre de leur publication, il suffit en effet de revenir aux fondamentaux que nous partageons avec elles et, pour ce faire, de se placer clairement au cœur du politique. C’est donc en toute logique qu’elles nous élèvent jusqu’à l’exemple de l’Antigone de Sophocle, cette « vierge mère de l’ordre », selon Maurras, dont la mort acceptée témoigne de l’ordre irréfragable de la Cité.

            Se placer au cœur du politique, et donc donner toute sa portée à la mission féminine d’Antigone, signifie d’abord, contre les fantasmes en cours, rétablir l’homme dans toute la réalité de sa nature. Fantasme, cette conception enfantine de l’histoire selon laquelle, au fil du temps, tout est toujours allé de mieux en mieux : enfantine, parce qu’est intellectuellement débile une pensée incapable de comprendre que, de la vie dans les cavernes à celle dans les cités-dortoirs, les améliorations pratiques de la vie matérielle ne prouvent en rien la réalité du progrès global continu de l’humanité ; fantasme aussi, la notion désordonnée de la liberté qui, considérée comme le bien suprême, devient un but à atteindre par chacun ; en effet, si tout va nécessairement de mieux en mieux, cette liberté-là est forcément, pour l’humanité en progrès, une conquête nécessaire sur l’ensemble des contraintes aliénantes subies depuis l’origine, et elle ne peut se traduire que par l’accumulation progressive des droits individuels. Concernant la femme, et comme modèle de cet égarement, les Antigones citent l’icône Elisabeth Badinter ; mais on a récemment évoqué Françoise Giroud, autre icône de la République, pour laquelle, il y a un demi-siècle, l’accession de la femme à la liberté qui lui revient ne pouvait être obtenue que par l’affranchissement des servitudes dues à ce que sa nature a de proprement féminin, contraception et avortement ouvrant alors la voie ‒combien modestement !‒ aux dérives d’aujourd’hui.

            Plus radicale que la modernité qui, à l’exemple de J.J. Rousseau, avait déformé la Nature, l’avait pliée à ses caprices, détournée de ses voies, la post-modernité la nie purement et simplement. Pour les féministes et autres représentants de cette forme de pensée, en effet, c’est la nature des choses, l’ordre naturel, dans lesquels les volontés humaines ne comptent pour rien, qui perçus comme des aliénations inacceptables, simples résultat de constructions sociales artificielles, sont donc haïs, et traités en ennemis à abattre. Comme, pour eux, il en va ainsi des différences entre les sexes, il ne s’agit plus tellement désormais de l’égalité entre les hommes et les femmes, mais plutôt de l’abolition de leurs différences, plus exactement même, de l’indifférenciation des sexes, chaque être humain ayant, à chaque instant, la liberté de son choix.

            De ce délire, de cette démesure mentale, l’hubris dénoncé par la sagesse grecque, avec toutes les dérives extrêmes que nous connaissons aujourd’hui, les Antigones nous aident à comprendre la logique. La femme entièrement libre rêvée par la revendication féministe, la « femme transhumaniste », en quelque sorte, est celle en laquelle a été annihilée la spécificité féminine ; et cela passe par la mise en cause radicale de ce qui est le propre de cette spécificité, c’est-à-dire la maternité. Mais les Antigones, qui ne succombent pas à la morale superficielle trop commune dans notre famille d’esprit, savent donner au mot son sens le plus extensif et parlent plutôt de la « potentialité de la maternité » ; car c’est cette potentialité, constitutive de la féminité et unissante des femmes, qu’elles aient ou non des enfants, qui leur donne leur place au centre vital de la Cité.

            Alors, oui, bien sûr, c’est la femme, dont la maternité fait sens au mariage, expression sociale naturelle de la complémentarité des sexes, sens à la cellule familiale, cadre de la transmission des savoirs et signe de la stabilité sociale, sens à la paternité, premier symbole d’autorité et donc de l’unité dont dépend l’ordre ; ces situations, grâce auxquelles l’homme peut se perpétuer et la Cité se prolonger dans le temps, nous font entrer de plain-pied dans « le » politique, pour reprendre le concept de Julien Freund, et reconnaître directement l’homme comme cet « animal politique » défini par Aristote et St Thomas d’Aquin.

            Au contraire, au nom de la liberté individuelle (ma liberté n’a pour limite que celle des autres!) les féministes de la post-modernité déconnectent l’homme de toute projection politique concrète, et réalisent ainsi l’atomisation de la société. Le mariage cesse d’être la source de cette unité sociale de base qu’est la famille, pour devenir « une libre association d’individualités distinctes en vue de leur bien-être », substituant ainsi le plaisir personnel, plus ou moins transitoire, à la fonction de la complémentarité des sexes ; ce qui annonce clairement, à travers l’hyper-sexualisation de la société, la logique du « mariage pour tous » ! Logique également du nouveau rôle du père, relégué à la simple fonction mécanique de géniteur, avant que la généralisation de tous les artifices possibles, dirigés contre la nature, lui ôtent même ce privilège ; signe traditionnel de l’unité de la cellule familiale, comme le roi l’est de la nation, l’autorité paternelle est dissoute, faisant perdre, au profit de l’État, véritable nouveau chef de famille, la conscience d’appartenir à des communautés naturelles.

            Car, désormais, le ménage à trois n’est plus celui de nos vaudevilles. Le troisième personnage qui se dresse inévitablement aux côtés du père et de la mère de famille ‒si ces mots peuvent encore avoir un sens compréhensible‒ est l’État républicain ; ses agents intéressés, l’instituteur, le médecin, le juge pour enfants, l’assistante sociale, l’éducateur, et plus tard, inévitablement, le psychiatre, devenus chacun, en son nom, « détenteurs d’une partie des anciens attributs paternels », ne sont que des courroies de transmission constante et directe des volontés étatiques.

            Et là encore, il convient de suivre Maurras : « Un logicien qui part de la souveraineté de l’individu ‒écrit-il dans L’Ordre et le désordre‒ et qui veut construire un Etat (…) ne peut concevoir ni réaliser autre chose que le despotisme de l’Etat. » Et ce que montrent les Antigones au sujet de la famille, justifie pleinement l’explication maurrassienne : seul produit des volontés individuelles souveraines, en effet, ayant fait disparaître tous les groupes intermédiaires entre l’individu et lui, l’Etat « tient à sa merci les personnes et les biens. Chacun se trouve seul contre lui ». Dans la logique absolue du Contrat social, conclut-il, « de l’individualisme absolu à l’Etat absolu, la chaîne est logique », comme est logique celle qui va de l’étatisme au totalitarisme. Ainsi, constatent les Antigones, « le mythe de la libération de la femme participe à la mise en place d’une société à la fois totalitaire et mortifère », qui marque la mort du politique.

            Cette mort du politique nous mène à une réflexion sur le « mythe de la jeune fille ». En effet, la « jeune fille éphémère » des temps anciens avait « vocation à laisser la place à une féminité adulte » dont l’accomplissement peut se réaliser, comme par une sorte de transmutation, autant par la fécondité biologique que par une forme ou une autre fécondité sociale : « La jeune fille n’est donc paradoxalement synonyme de vie ‒écrivent excellemment les Antigones‒ que lorsqu’elle accepte de mourir à elle-même » ; alors, au contraire, qu’en se refusant à cette transmutation, devenir mère biologique ou mère intellectuelle par exemple, la jeune fille entraîne la mort de la société et la mort du politique, donc de l’homme. Combien sont pitoyables, aujourd’hui, ces vieilles peaux qui, se rêvant adolescentes, se griment ridiculement en adolescentes prolongées, et se figent ainsi dans « un printemps éternel qui est la mort » !

            Mais, dans la société organique, celle qui se sait autre chose qu’une simple juxtaposition d’entités semblables et interchangeables, tout acte de liberté personnelle s’inscrit dans une logique sociale et peut donc avoir une profonde résonance collective, c’est-à-dire une portée de nature politique ; ainsi au sommet de tels actes, celui par lequel la vierge Antigone grecque, semblable à la Jeanne française, effectue sa transmutation maternelle, est-il bien une forme d’accomplissement total de la féminité, qu’elle surélève au plus haut degré.

Philippe Champion

1 Anne Trewby et Iseul Turan. Femmes réveillez-vous. Pour en finir avec les mensonges du féminisme. PARIS : La Nouvelle Librairie, 2023.

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Recension : Drôle de voyage et autres romans de Pierre Drieu la Rochelle

Recension : Drôle de voyage et autres romans de Pierre Drieu la Rochelle

Après la consécration que connut Pierre Drieu la Rochelle en étant édité dans la prestigieuse collection  La Pléiade (“Romans, récits, nouvelles”) en 2012, voici que notre auteur maudit – mais peut-être pas tant ! – vient de se voir éditer par “Bouquins” ! Cette dernière édition comporte six romans, accompagnés de leur présentation, ainsi qu’un passionnant dictionnaire de Drieu la Rochelle, sorti tout droit de l’impressionnante érudition de ses trois éditeurs : Julien Hervier, Frédéric Saenen et Stéphane Guégan. Saluons ce beau travail d’édition qui nous permet de mieux approcher ce géant de la littérature moderne !
Ces six romans, publiés entre 1925 et 1944 offrent une belle image de cet écrivain qui fut, à l’instar de beaucoup d’autres, comme Céline, profondément marqué par la guerre et par les crises qui en découlèrent : crise sociale, crise morale, crise religieuse, crise esthétique. Plus que beaucoup d’autres, Drieu fut cet enfant de l’Entre-deux-guerres : sorti d’une boucherie innommable, il fut à la fois tenté par l’action politique et par la débauche des Années folles. Cette génération, en quête d’idéaux, se perdit dans l’Europe et dans le corsage des femmes. Ces six romans sont un magnifique témoignage de son temps.
Le premier, L’Homme couvert de femmes, nous semble bien illisible : “Un jeune homme, Gille, est invité à la campagne par une veuve assez libre, Finette. Il veut se lier avec elle, mais d’abord il joue avec ses amies ; ensuite il sent de la répugnance pour son entourage et les maximes qu’elle affecte. Il s’éloigne, mais il revient bientôt, après une débauche à Paris. Alors, comme elle lui fait des avances et qu’il songe à y répondre, il se montre médiocre et galant.”. Contrairement à bien d’autres romans de notre auteur, celui-ci nous semble le plus éloigné de nous, le plus difficile à appréhender pour celui qui n’est pas imprégné de cet esprit bourgeois exécrable. Nous ne rejetons ni le sujet lui-même, ni une certaine description crue des aventures de ce Gilles, mais plutôt le fait de voir l’Homme réduit à cette dimension de séducteur, cette dimension médiocre et oisive, cette réduction totale à la matière et au retour sur soi à travers l’autre. Drieu a le génie de nous faire plonger au fond d’une certaine misère humaine et il y arrive d’autant mieux que lui-même perce à travers ce personnage, Drieu se scrute, scrute ses propres misères dans ce roman. Gille cherche l’amour, il ne trouve que l’inassouvissement de ses besoins.
Le deuxième roman, Une femme à sa fenêtre, offre encore un beau portrait d’une femme de la bourgeoisie, l’auteur y combine l’exaltation de la passion et l’engagement politique. A travers un récit se déroulant en Grèce, nous pouvons voir la rencontre d’une bourgeoise oisive et rêveuse, mal aimée, et d’un militant communiste plein de force, prêt à mourir pour sa cause. Si ce roman demeure une critique de la bourgeoisie dans ce qu’elle est fondamentalement : un principe de mort, c’est-à-dire que sa veulerie, son manque d’énergie, son manque de force ne peut qu’entraîner la lente descente vers le néant, elle pose une autre question fondamentale : Est-ce que la femme, toujours imprégnée d’un puissant réalisme, ne peut aimer un homme que pour sa force et son prestige ?
Le troisième roman, Drôle de voyage, est le tableau d’une certaine faune parisienne qui se montre très libertine – nous retrouvons ici encore, les descriptions crues de l’Homme couvert de femmes. De même, il s’agit encore d’un récit bien autobiographique où la misère du personnage nous révèle la misère extrême dans laquelle pourra se trouver notre écrivain. Il s’agit de l’histoire d’un mariage manqué : « Décidément, j’aime plus l’amour que les amoureuses. Je suis plutôt fait pour Dieu que pour Beatrix. […] Beatrix, adieu, tant pis; l’entreprise de te changer serait trop longue, trop périlleuse, je glisserais dans ton argent. ». Tout le drame se trouve révélé dans ces quelques lignes du roman, cette génération rêve d’un idéal et, rêvant, s’abîme dans la non-réalisation de celui-ci ! J’aimerais l’amour, mais je n’ai que des amoureuses ! Je veux une grande aventure politique, mais là où il y a des Hommes, il y a des hommeries. Éloignée du socle du réel, la générosité devient poison.
Le quatrième roman, Beloukia, est un conte orientalisant qui se déroule dans une Bagdad imaginaire. Il s’agit d’une pure lettre d’amour aux charmes certains !
Le cinquième roman, L’Homme à cheval, est sûrement l’un des chefs-d’œuvre de Drieu ! Jaime Torrijo, lieutenant dans un régiment de cavalerie bolivien, se passionne pour la politique de son pays et rêve d’y faire renaître le sentiment de magnanimité qui fit jadis la grandeur de Bolivar. Brillant, doté de force et d’audace, adoré de ses hommes, aimé par les femmes, tout lui est possible. Par un coup de force, il renverse don Benito, le chef suprême de l’Etat, et s’installe dans son fauteuil. Désormais, il est le maître de la Bolivie. Mais la situation s’envenime. Troubles, complots, scandales, assassinats et révoltes agitent le pays, empêchant Jaime de réaliser son idéal politique. Il réprime la rébellion avec une sauvage énergie. Redevenu maître de la situation, il découvre alors que sa victoire est un pur néant et renonce au pouvoir. Il part explorer seul des régions mal connues puis décide de sacrifier à la manière des anciens indiens, son seul dieu, son cheval. L’homme à cheval est désormais à pied. Dans ce roman, Pierre Drieu la Rochelle donne dans l’épopée et le fait avec bonheur ! Certaines touches sonnent, certes, un peu décoloniales, mais l’énergie y est formidable. C’est une des richesses de notre auteur, celui-ci ne s’enferme pas dans les petits salons bourgeois, il sait également nous parler de grandeur, de guerre, de vitalité !
Enfin, le sixième roman, Les Chiens de paille, confronte un industriel gaulliste, un garagiste communiste, un médecin collaborateur, un patriote à la tête d’un chantier de la jeunesse et un trafiquant du marché noir. Ce roman, publié le 31 juillet 1944, met magnifiquement en scène les protagonistes de la guerre civile. Il décrit avec son réalisme et son cynisme habituels, les attitudes de ces Hommes capables des plus glorieux actes, mais plus souvent des plus basses vilenies… Les sombres époques dévoilent les âmes enfouies.
Homme écorché et tiraillé, Pierre Drieu la Rochelle se suicida et, de ce fait, nous priva de son talent. Il aurait pu devenir un de ces grands auteurs qui nous tirent de notre médiocrité en nous révélant tels que nous sommes : débiles et faibles. Sa plume crue et son style cynique sont autant d’armes qui écorchèrent vivement les mœurs bourgeoises de son temps, que n’aurait-il pas écrit à notre époque. “Nous étions des bêtes. Qui sentait et criait ? La bête qui est dans l’homme, la bête dont vit l’homme. La bête qui fait l’amour et la guerre et la révolution (La comédie de Charleroi).
Guillaume Staub
Pierre Drieu la Rochelle, Drôle de voyage et autres romans, Paris, Editions Bouquins, 2023, 1056 pages.
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Écho d’Action Française renouvelé, édito de l’été 2023 !

Écho d’Action Française renouvelé, édito de l’été 2023 !

Écho d'Action Française 27

Nous maintiendrons !

 

Nous connaissons la chanson : la République gouverne mal mais se défend bien.

La circulaire de Moussa Darmanin porte un coup sans précédent à nos libertés politiques, les préfets étant tenus d’interdire toute manifestation où serait présent le « risque de slogans ou propos de nature à mettre en cause la cohésion nationale ou les principes consacrés par la Déclaration des droits de l’homme ». Il va de soi que nous entrons dans une véritable tyrannie et que, par conséquent, les choses se compliquent : hommages à Jeanne d’Arc, colloques, banquets interdits… Le procureur de la république réclame même la liste des personnes présentes à notre colloque du 18 mars dernier, organisé au Kremlin Bicêtre à l’occasion des 70 ans de la mort du Maître. Si nous assistons à un véritable raidissement idéologique de la République (en témoigne aussi la vague d’inspections par l’éducation dite nationale des établissements scolaires hors-contrat), nous devons savoir raison garder. Garder, comme le disait feu notre ami Jean-Pierre PAPADACCI, le calme des vieilles troupes et ne tomber ni dans l’activisme stérile ni dans les illusions démocratiques des partis politiques. Cet ancien responsable de l’OAS métro, ce militant exemplaire qui avait été l’un des premiers à condamner l’entreprise de dédiabolisation de l’AF, en co-fondant « Amitié et Action Française », répétait à satiété que nous devions reprendre à notre compte cette belle devise des parachutistes « être et durer ».

Être ce que nous devons être : des Français pensant clair et marchant droit, sachant continuer l’oeuvre de nos maîtres qui nous ont transmis ce trésor d’intelligence politique qu’est l’Action Française. Jean-Pierre (ORSO) ne cessait de nous exhorter au réalisme politique : si nous ne sommes pas en position de force, nous sommes les derniers remparts de la Cité et cette responsabilité est grande. N’y a t’il pas toutefois quelques signes d’espérance ? N’y a-t-il pas de la part des Français un désintérêt croissant pour les partis politiques ? N’avons-nous pas vu près de 25 000 jeunes de France marcher sur les chemins de Chartres (les deux sens confondus) à la recherche du beau, du bon et du vrai ? L’engeance qui prétend nous gouverner peut bien nous persécuter ou nous dissoudre, jamais elle ne pourra supprimer notre état d’esprit.

« Par tous les moyens, même légaux ». Nous avons rejoint l’appel à la reconquête de nos communes lancé par l’institut CIVITAS. La commune, ce « carrefour social », n’est pas un rassemblement momentané de volontés mais une constante historique et sociale. Nous devons, par tous les moyens, tendre à éliminer le pays légal centralisateur et, par voie de conséquence, donner des moyens de lutter au pays réel. Voici de la politique concrète : en réalité, la majorité de nos compatriotes ne font de la politique que cinq minutes tous les six ans en votant pour les seules élections valables, les municipales. Nous encourageons de ce fait nos amis à se préparer et à s’investir en ce sens. C’est vital ! Travaillons sans cesse à politiser les inquiétudes des Français. Sachons aussi durant l’été prendre le temps de nourrir nos intelligences, (re)lisons nos maîtres, travaillons à expliquer à notre entourage la nécessité du politique d’abord, formons les plus jeunes et invitons les anciens à nous aider financièrement. Nous maintenons et nous maintiendrons coûte que coûte !

Clément Gautier

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Mes idées politiques de Charles Maurras: entretien avec Pierre de Meuse

Mes idées politiques de Charles Maurras: entretien avec Pierre de Meuse

Pierre de Meuse

Chers amis, nous nous retrouvons pour un nouvel entretien avec Pierre de Meuse, préfacier d’une récente édition de Mes idées politiques de Charles Maurras aux éditions de la Nouvelle Librairie. L’auteur des Idées et doctrines de la Contre-Révolution (DMM, 2019), de La famille en question. Ancrage personnel et résistance communautaire (éditions de la Nouvelle Librairie, 2021), et de bien d’autres ouvrages d’une qualité remarquable a bien voulu répondre à nos questions et nous l’en remercions chaleureusement.

 

             Action Française : cher monsieur, merci de nous accorder cet entretien pour l’Action Française. Pourriez-vous, dans un premier temps, nous raconter la genèse de ce célèbre ouvrage de Charles Maurras ? Quelle place tient-il dans l’œuvre du maître de Martigues ?

 

            Pierre de Meuse : ce livre est d’une facture inhabituelle chez Maurras, qui a souvent composé des ouvrages avec des recueils d’articles publiés antérieurement dans l’AF ou la Gazette de France. Il faut dire que lorsque ce résumé de sa doctrine fut rédigé, son auteur était en prison pour avoir prétendument menacé de mort Léon Blum et avoir tenté de l’assassiner ; il était donc disponible pour une écriture au calme. L’idée d’un compendium logique de sa doctrine vient d’une de ses collaboratrices, Rachel Legras, qui signait sous le pseudonyme de Pierre Chardon et qui rédigea d’ailleurs le « Dictionnaire politique et critique », si précieux pour les chercheurs et les personnes intéressées par les écrits du maître de Martigues. Maurras se mit immédiatement à l’ouvrage et en quelques mois le livre fut terminé. Cela dit, à mon sens si cette œuvre est pleine de rigueur et de mesure, elle ne fut pas la préférée de l’auteur. Car le martégal n’était pas un homme de système. En tant qu’esthète, il aimait plutôt les travaux formant un tout plutôt que les démonstrations entassées chapitre après chapitre.

En revanche, pour nous, c’est un outil irremplaçable, parce que chaque idée est à sa place dans le raisonnement sans qu’on puisse contester cette place.

            Action Française : quelle fut la raison d’être de cette nouvelle édition ? Mes idées politiques ne manquent pas d’éditions récentes – pensons à celle des éditions de Flore (2022), à celle de Kontre Kulture (2019) ou même à celle de l’Âge d’Homme (2002). Est-ce que ces dernières n’utilisaient pas la première édition de Fayard de 1937 ? Fondamentalement, quelles différences y a-t-il entre la première édition de 1937 et celle de La politique naturelle que nous retrouvons dans les Œuvres capitales de Charles Maurras ? Pourquoi ces différences ?

 

            Pierre de Meuse : pour le texte de l’ouvrage, la plupart des rééditions ont choisi de reprendre le texte de 1937, sans faire les coupures et les ajouts réalisés ultérieurement, notamment ce qui concerne le fascisme italien. La Librairie de Flore, elle, a choisi de respecter les modifications, tout en citant en note les textes originaux. La préface de Gaxotte n’a été reproduite, ni par Soral, ni par la Nouvelle librairie pour des questions essentiellement juridiques. Le texte de la Politique Naturelle reproduit dans les œuvres capitales développe l’introduction de Mes idées politiques, mais non tout le reste du livre. Cela dit, les modifications ne touchent en rien à l’essentiel de l’ouvrage.

En ce qui concerne la multiplication des rééditions, vous touchez là à une situation qui ne peut laisser indifférent aucun Français attaché à l’héritage intellectuel de Maurras. Bien sûr je pourrais vous répondre en vous disant que, plus il y a de gens qui rééditent Maurras et le commentent, mieux c’est ; cependant cela ne prend en compte qu’une partie de la question. Si on l’élargit, on peut voir que de nombreuses écoles de pensée s’intéressent à Maurras, et donc qu’il est impossible de limiter l’exégèse maurrassienne à une seule chapelle. D’autant plus que, les observations faites par un penseur né il y a plus d’un siècle et demi doivent être confrontées à une réalité qui était totalement impensable à l’époque où Maurras écrivait. Dès lors, chaque fois que l’on veut accommoder (au sens optique du terme) la pensée maurrassienne avec le réel, on est tenté souvent de la trahir, même involontairement. Il est donc utile qu’il y ait plusieurs points de vue sur le Martégal, car cela permet d’éviter les contresens.

Mes idées politiques

          Action Française : permettez-nous de nous arrêter sur quelques points essentiels de la pensée de Charles Maurras, magnifiquement illustrés dans cet ouvrage, qui sont aujourd’hui discutés par ceux qui se prétendent héritier de notre auteur. La première partie concerne l’Homme : la faiblesse naturelle de l’Homme rend nécessaire sa vie en société. En quoi peut-on dire que Charles Maurras développe une pensée holiste de la société ?

 

          Pierre de Meuse : vous touchez là un point important. Que désigne-t-on sous ce terme d’holisme ? Certains maurrassiens rejettent aujourd’hui cette notion en se référant à l’inventeur du mot : l’homme politique sud-africain pro-britannique Jan Christiaan Smuts qui écrivit en 1926 un livre intitulé Holism and evolution. Dans cet ouvrage, l’auteur définit ainsi son terme de recherche : « la tendance dans la nature à constituer des ensembles qui sont supérieurs à la somme de leurs parties, au travers de l’évolution créatrice ». Smuts en déduit une théorie philosophique de la science et même une para-métaphysique darwiniste. Cependant, il est abusif, me semble-t-il, de limiter le sens du mot au système de Smuts. Car si c’est lui qui a forgé le vocable, la chose est bien antérieure. Le nationalisme de Barrès et Maurras correspond bien à cette définition, puisque tous les participants aux séances de formation d’AF ont appris depuis cinq ou six générations la formule de Barrès : « La patrie est une association, sur le même sol, des vivants avec les morts et ceux qui naîtront. » Et Maurras, précisément dans le livre que j’ai eu l’honneur de préfacer : « La patrie est une société naturelle, ou, ce qui revient absolument au même, historique. Son caractère décisif est la naissance. On ne choisit pas plus sa patrie, la terre de ses pères, que l’on ne choisit son père et sa mère. (…) C’est avant tout un phénomène d’hérédité. » En fait, le terme d’holisme est très voisin de l’organicisme d’Aristote, par exemple, qui désigne la forme, organisatrice et conservatrice, de l’être vivant. Un autre mot est employé par le stagirite : celui d’entéléchie (qui porte sa finalité en lui-même). Mais alors, pourquoi ces maurrassiens rejettent-ils cette notion ? Une explication pourrait être qu’au lieu de partir de la société comme Bonald et Burke, ces philosophes préfèrent prendre la personne comme base de leur raisonnement. Après tout, pourquoi pas ? À la condition qu’un raisonnement personnaliste ne conduise pas à des conclusions différentes de celles de l’holisme. Sinon, c’est toute la base du projet maurrassien qui est perturbé. Encore une fois, le raisonnement de Maurras ne prétend pas établir une ontologie, c’est-à-dire une certitude de foi sur l’être des choses, mais une analogie féconde, qui réponde à nos besoins vitaux.

         Action Française : Michaël Sutton (Charles Maurras et les catholiques français) parle de la synthèse subjective de Charles Maurras appliqué à la France comme Auguste Comte l’appliqua à l’humanité. Charles Maurras créa-t-il une déesse France en capacité de dévorer ses enfants pour subsister ?

 

          Pierre de Meuse : votre question est une suite logique de la précédente. Il faut bien comprendre que Maurras rejette catégoriquement le messianisme humanitaire de Comte, pour ne retenir de lui que son éloge de l’ordre et sa méthode empirique. Le Pr. Sutton considère que l’auteur d’Anthinéa a remplacé l’humanité par la France ; mais c’est à mon avis un contresens. Maurras, sans dénier toute existence à l’humain, considère que sur le plan social et politique, la nation (donc pour lui la France) recueille l’ensemble des devoirs des Français. Dans Le soliloque du prisonnier, il écrit que la France c’est l’humanité. Il ne dit pas que l’humain n’existe pas, car l’ensemble des hommes connaissent des pensées, des émotions et des doutes communs, mais que la Nation est le dernier cercle qui réunit les hommes. Car, à la différence des « républicains » comme Taguieff, Maurras pense que les nations existent vraiment en tant qu’essences. De là provient cette image de la déesse France. « À la beauté la plus parfaite, au droit le plus sacré, Rome savait préférer le salut de Rome, la gloire des armes romaines et, non content de l’en absoudre, le monde ne cesse de lui en témoigner de la reconnaissance. L’Angleterre contemporaine a donné des exemples de la même implacable vertu antique. Le nationalisme français tend à susciter parmi nous une égale religion de la déesse France ». Mais pourquoi cette déesse devrait-elle dévorer ses enfants alors qu’elle est au contraire pour eux la dernière des protections communautaires ?

 

         Action Française : le septième chapitre se nomme « Retour aux choses vivantes » et un de ses points concerne le nationalisme. Quelle différence fait Charles Maurras entre le patriotisme et le nationalisme et, in fine, entre la Patrie française et la Nation française ? Pensez-vous que cette différence lexicale subsiste encore de nos jours ou les termes sont maintenant trop dévoyés pour être retenus- il semble, par exemple, que le patriotisme soit toléré, contrairement au nationalisme ?

 

          Pierre de Meuse : vous savez, je suis un peu gêné pour vous répondre parce que ce que je vais vous dire est d’une banalité presque triviale pour tous ceux qui ont suivi les cercles de l’Action Française. La patrie est une réalité dont la définition découle de son nom même : Terra patrum

La Patrie, terre des pères, cela dit tout ! Le sol, le sang, leur âme commune, le génie divin qui les assembla.

Charles Maurras

Les lumières de la patrie

Assumer cet héritage, c’est être patriote. La nation, elle, est une réalité collective définie dans une abstraction. Elle désigne une communauté de destin qui se réalise dans l’histoire. Et le nationalisme, c’est la participation par l’esprit et la volonté à sa perduration et sa persévérance. Au cœur de tout nationalisme, il y a une angoisse – l’angor patriae – de voir s’étioler ou se dévoyer cet héritage. Je ne crois pas que le patriotisme soit plus toléré que le nationalisme. L’esprit du temps méprise le patriotisme, qu’il considère comme l’expression d’une sentimentalité ridicule, car rien n’est plus chic pour lui que le cosmopolitisme de l’oligarchie. Il déteste et craint le nationalisme, parce qu’il soupçonne qu’il recèle des forces dangereuses pour ses dogmes. Mais attention ! N’est pour lui illégitime que le nationalisme des Français, des Européens, des Blancs. S’il s’agit d’un nationalisme congolais, arabe ou indien, alors c’est tout différent, là c’est une opinion qui mérite d’avoir sa place au concert des expressions. Pourquoi cette attitude étrange ? Elle s’explique parfaitement par la notion schmittienne de l’Ennemi. Pour l’idéologie progressiste, l’ennemi est intérieur, il vient du passé de l’Europe, il puise dans sa tradition que le progressiste déteste plus que tout au monde. En revanche, la tradition de l’étranger le gêne moins, puisqu’il ne peut pas renforcer le « Vieil homme », que le progressisme a cru éradiquer pour toujours.

 

         Action Française : concernant l’Homme, vous évoquez dans votre préface une dimension très disputée de l’héritage maurrassien, celle de la notion de race. Qu’entend exactement Maurras quand il parle de race ? Quelle forme de « racisme » développe-t-il ?

 

            Pierre de Meuse : décidément, vous aimez parler des sujets épineux.

Cela fait au moins cinquante ans que des dirigeants de l’Action Française s’enferrent régulièrement dans des déclarations antiracistes, qui montrent qu’ils n’ont pas vu le piège qui leur était tendu. Quand on nous somme de nous déclarer antiracistes, exige-t-on seulement de nous que nous rejetions solennellement les théories de Houston Chamberlain que tout le monde a oublié ? Certainement pas. Se déclarer antiraciste, c’est déclarer que seule la condition humaine est significative car le propre de toutes les différences collectives entre les hommes est de n’être pas voulues mais imposées. Le postulat antiraciste repose sur le caractère non-signifiant des différences humaines. Ce qui, évidemment, est radicalement aux antipodes de la pensée maurrassienne. Ce n’est pas que les trotskystes et les humanistes révolutionnaires qui forment les bataillons de l’antiracisme soient prêts à croire à la sincérité de nos protestations ; mais ils nous ont obligés à nous agenouiller et cela, c’est une victoire. Et si, d’aventure, comme cela arrive hélas quelquefois, nous en profitons pour dénoncer un autre mouvement nationaliste, en le traitant de raciste, alors là, c’est pour eux une savoureuse réussite : nous avons fléchi le genou devant leurs dogmes, nous avons reconnu leur qualité de juge en leur donnant des armes pour intensifier l’oppression, nous nous sommes déshonorés (nous ne sommes pas comme Untel, Monsieur l’officier de la Kommandantur, lui il est raciste, nous non), nous nous sommes fait des ennemis, et nous n’avons gagné que du mépris des uns et des autres. Quand on est vaudois, on ne dénonce pas les cathares à l’Inquisition !

Cela dit, si nous voulons, en dehors de l’impact des lois antiracistes, faire l’inventaire de la pensée du maître au sujet de la race, nous nous apercevons que c’est une pensée nuancée et traditionnelle. Maurras emploie sans cesse ce mot, et, nous disent certains : « il emploie ce terme simplement comme un synonyme de nation. » C’est vrai et c’est faux. Il est exact que pour Maurras, les deux concepts se recouvrent en grande partie. Mais il emploie sans cesse en même temps le mot de sang. C’est que pour lui, la nation est essentiellement un fait de naissance et d’hérédité. Il emploie le mot race au sens du français classique, celui du Moyen âge et du XVII° siècle. « Vive la race de nos rois » ou encore dans le rite du sacre royal : « Reçois cette couronne, héritier de la noble race des Francs. » Cela dit, Maurras n’aime pas les théorisations « scientifiques » de la race biologique, essentiellement pour deux raisons : d’abord parce qu’elles ne sont pas vraiment convaincantes, ensuite et surtout parce que leurs partisans se servent de leurs raisonnements pour établir une hiérarchie des races dans laquelle la France se situe au second rang. Mais il ne nie absolument pas la parenté des Français et le caractère fécond de sa visibilité. Je conseille aux lecteurs qui voudraient approfondir ce sujet de lire un article d’un professeur, Carole Raynaud-Paligot de l’université de Dijon (https://books.openedition.org/septentrion/44400?lang=fr#text). Cette universitaire est naturellement de Gauche, voire d’extrême Gauche, et férocement antiraciste, ce qui la conduit à une sympathie pour le Woke. Elle décrit, textes à l’appui, comment Maurras concevait l’identité originelle de la France, à savoir comme « la fusion des races des Gaulois et des Romains », bien que la vision que les penseurs de l’AF avaient des Gaulois soit aujourd’hui totalement dépassée. Et elle en conclut que, puisqu’il y a bien une filiation biologique, c’est que Maurras était partisan d’une France ethnique et non pas seulement culturelle. Donc, pour elle, Maurras était « raciste ». En réalité, c’est qu’elle donne un sens maximaliste au mot de racisme et considère qu’on est raciste dès lors que l’on prend en compte le moins du monde la dimension filiale naturelle. En cela, elle suit la tendance générale de la législation, qui ne justifie la nation française que comme contractuelle et instantanée. En conclusion, Maurras se méfiait des dogmes de la raciologie de son temps, mais considérait cependant qu’un peuple historique n’était rien d’autre qu’une famille naturelle très élargie. Selon la définition que l’on donne au mot, Maurras est ou n’est pas « raciste », mais il ne peut en aucun cas être appelé « antiraciste ».

          Action Française : dans un autre registre, pourriez-vous nous dire ce que signifie réellement le Politique d’abord ? Cette position fut très régulièrement la cause de tensions avec certains catholiques qui y voyaient une relégation au second plan des droits de Dieu. Aujourd’hui encore, il s’agit d’une pierre d’achoppement.

 

          Pierre de Meuse : j’avoue être surpris en vous entendant me dire que cette vieille lune est encore aujourd’hui une pierre d’achoppement. Oui, il est vrai que ce mot d’ordre a été violemment critiqué par de très nombreux acteurs politiques ou écrivains. Citons Georges Bidault, Georges Bernanos, François Mauriac, Charles Péguy, Lucien Febvre, François de La Rocque et même Henri VI comte de Paris. 

Ils disaient : moral d’abord, social d’abord, spirituel d’abord, mystique d’abord, religieux d’abord, économique d’abord, militaire d’abord, esthétique d’abord, littéraire d’abord. En fait tout cela est le résultat d’une incompréhension, quelquefois consciente. Il est vraisemblable aussi que ces arguties soient un symptôme d’une maladie intellectuelle de la Droite française : le refus de la volonté.

 Pourtant, il est patent que la Gauche n’a pas de ces humeurs. Et qu’elle met en pratique son programme de destruction de l’État et de la société par la politique, structurée par un esprit de parti dépourvu de toute pudeur.

 

          Action Française : nous connaissons naturellement les positions de l’Action Française concernant la démocratie, mais, pour nos lecteurs, pourriez-vous nous exposer quel type de démocratie dénonce Charles Maurras ? En quoi celle-ci était fondamentalement provocatrice de chaos et incapable de répondre aux besoins de l’instant ? L’actualité semble, en effet, hurler ce constat : la démocratie ne règle aucun problème, elle embourbe la nation.

 

        Pierre de Meuse : là, nous abordons un sujet sur lequel le vocabulaire classique de la science politique ne correspond plus à l’image que le public visualise chaque fois que l’on parle de démocratie, et il me semble que nous devons en tenir compte afin d’être compris et suivis. Il est de fait que nous assistons depuis trente ans à un retournement de situation qui était imprévisible à l’époque de Maurras. En effet, quel était le tableau politico-social au tout début du XX° siècle ? La France était encore une société, avec une élite nationale qui cultivait les vertus. En ce temps-là, Maurras proposait de reconstruire les superstructures politiques sur ce qui existait ; et il disait que le pays légal, avec ses règles juridiques fondées sur la loi du nombre, méconnaissait la valeur de cette société. Or, aujourd’hui, les élites de notre pays sont totalement désolidarisées de la France et méprisent le peuple français, qui est de plus en plus asservi et appauvri. En conséquence, celui-ci reproche de plus en plus au pouvoir « démocratique »…de ne pas être démocratique et de fonctionner comme une oligarchie étrangère ! Donc, si nous voulons être compris, il faut faire une distinction sémantique entre la démocratie conçue comme le fait pour les gouvernants d’être en phase avec les aspirations des gouvernés, et la démocratie idéologique, qui veut changer le peuple pour le rendre conforme à un modèle préétabli, qui est celui de la société déracinée et atomisée. La première est l’expression du bon sens et la seconde est un rêve fumeux et mortel. Si nous n’adaptons pas notre vocabulaire à la nécessité, notre discours n’aura pas de prise sur la conscience française.

 

          Action Française : la pensée économique et sociale de Charles Maurras est assez mal connue du plus grand nombre. Était-il un défenseur de la propriété, des riches familles et du capitalisme ou était-il un précurseur d’un royalisme qui penchait vers le socialisme et le syndicalisme ? En réalité, qu’est-ce qui fondait sa pensée sociale ? 

 

          Pierre de Meuse :

Charles Maurras, ce n’est pas un secret, n’était pas un spécialiste de l’économie. Sa formation est principalement littéraire et philosophique. En revanche, sa pensée intègre l’économie comme une science dédiée, une science du bon sens plutôt que comme le terrain d’exercice de l’utopie.

En fait, il exècre toute idée préconçue dans ce domaine. Il considère, nous l’avons vu, la société comme un tout organique et considère que l’économie ne doit pas avoir d’autre but final que le bien commun du groupe. Il rejette donc les dogmes libéraux, conduits par l’individualisme, ainsi que l’idéologie égalitaire, ce qui ne signifie pas qu’il justifie l’inégalité sociale comme un idéal sans limites. Cette notion de bien commun n’accepte pas que les objectifs à court terme, mais au contraire prend en compte la longue durée. Était-il socialiste ? L’adjectif ne l’effarouchait pas, mais à la condition d’y inclure le respect des hiérarchies salutaires. Il était en tout cas favorable au syndicalisme, dans la mesure où la défense des catégories sociales respecte le bien commun de l’entreprise. Bien entendu, il affirme l’utilité de la propriété privée mais à la condition de lui imposer des limites qui sont celles, encore une fois, du salut public. Il détestait le fanatisme libre-échangiste, mais n’était pas systématiquement partisan du protectionnisme dont il disait qu’il ne faisait pas partie du paquetage du militant d’AF. Tout, selon lui, était affaire de circonstances. Était-il animé comme le prétend Charles Gave, par la haine du capitalisme ? Tout dépend de ce que l’on entend par là. Ce qui est sûr, c’est qu’il aurait été hostile à la financiarisation totale de l’économie, qui dépossède notre pays de sa souveraineté et de son industrie.

         

          Action Française : ceci étant dit, vous évoquez dans votre préface le soutien qu’apporta sans cesse Charles Maurras au régime de Vichy et au maréchal Pétain. Quelles sont les raisons intellectuelles qui poussèrent le maître de Martigues à agir ainsi ? Est-ce que certaines réformes du régime reflétaient des idées développées dans cet ouvrage écrit seulement trois ans avant l’année 1940 ?

 

          Pierre de Meuse : Maurras se rallia au Régime de Vichy et surtout au maréchal Pétain exactement pour les mêmes raisons qui le poussèrent à accepter l’Union Sacrée en 1914 : la recherche de l’unité dans un moment où le territoire français était attaqué et occupé. Du reste, les confidences du chanoine Cormier nous apprennent que, de 1940 à 1944, Maurras cessa d’utiliser le terme « politique d’abord » pour lui substituer « unité des Français ». Or, la postérité n’a pas appliqué le même jugement aux deux attitudes. Dans un cas comme dans l’autre, il était très difficile à Maurras de suivre une autre voie. Mon opinion personnelle est que la soumission totale à un gouvernement tenu par l’ennemi idéologique est toujours lourde de conséquences. C’était le cas pour Clemenceau. Était-ce aussi le cas pour le Gouvernement de l’État Français ? Pas tout-à-fait. Cela dit le Maréchal était sincèrement républicain, mais avec une teinte corporatiste qui se traduisit par la Charte du travail, promulguée le 4 octobre 1941 et dont Alain Cotta parle avec respect. Mais le vainqueur de Verdun était loin d’avoir les mêmes convictions que Maurras, notamment à l’égard des USA, envers lesquels il avait une confiance excessive. Je ne pense pas que, du reste, il ait lu cet ouvrage. Il y avait effectivement à Vichy une certaine influence des maurrassiens, mais Olivier Dard a nuancé son rôle dans la Révolution Nationale de Vichy. Son influence n’était pas la seule, loin de là.

 

Propos recueillis par Guillaume Staub

Charles Maurras, Mes idées politiques, Paris, Éditions de la Nouvelle Librairie, 2023, 320 pages, 20 euros.

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