Écho d’Action Française renouvelé, édito de l’été 2023 !

Écho d’Action Française renouvelé, édito de l’été 2023 !

Écho d'Action Française 27

Nous maintiendrons !

 

Nous connaissons la chanson : la République gouverne mal mais se défend bien.

La circulaire de Moussa Darmanin porte un coup sans précédent à nos libertés politiques, les préfets étant tenus d’interdire toute manifestation où serait présent le « risque de slogans ou propos de nature à mettre en cause la cohésion nationale ou les principes consacrés par la Déclaration des droits de l’homme ». Il va de soi que nous entrons dans une véritable tyrannie et que, par conséquent, les choses se compliquent : hommages à Jeanne d’Arc, colloques, banquets interdits… Le procureur de la république réclame même la liste des personnes présentes à notre colloque du 18 mars dernier, organisé au Kremlin Bicêtre à l’occasion des 70 ans de la mort du Maître. Si nous assistons à un véritable raidissement idéologique de la République (en témoigne aussi la vague d’inspections par l’éducation dite nationale des établissements scolaires hors-contrat), nous devons savoir raison garder. Garder, comme le disait feu notre ami Jean-Pierre PAPADACCI, le calme des vieilles troupes et ne tomber ni dans l’activisme stérile ni dans les illusions démocratiques des partis politiques. Cet ancien responsable de l’OAS métro, ce militant exemplaire qui avait été l’un des premiers à condamner l’entreprise de dédiabolisation de l’AF, en co-fondant « Amitié et Action Française », répétait à satiété que nous devions reprendre à notre compte cette belle devise des parachutistes « être et durer ».

Être ce que nous devons être : des Français pensant clair et marchant droit, sachant continuer l’oeuvre de nos maîtres qui nous ont transmis ce trésor d’intelligence politique qu’est l’Action Française. Jean-Pierre (ORSO) ne cessait de nous exhorter au réalisme politique : si nous ne sommes pas en position de force, nous sommes les derniers remparts de la Cité et cette responsabilité est grande. N’y a t’il pas toutefois quelques signes d’espérance ? N’y a-t-il pas de la part des Français un désintérêt croissant pour les partis politiques ? N’avons-nous pas vu près de 25 000 jeunes de France marcher sur les chemins de Chartres (les deux sens confondus) à la recherche du beau, du bon et du vrai ? L’engeance qui prétend nous gouverner peut bien nous persécuter ou nous dissoudre, jamais elle ne pourra supprimer notre état d’esprit.

« Par tous les moyens, même légaux ». Nous avons rejoint l’appel à la reconquête de nos communes lancé par l’institut CIVITAS. La commune, ce « carrefour social », n’est pas un rassemblement momentané de volontés mais une constante historique et sociale. Nous devons, par tous les moyens, tendre à éliminer le pays légal centralisateur et, par voie de conséquence, donner des moyens de lutter au pays réel. Voici de la politique concrète : en réalité, la majorité de nos compatriotes ne font de la politique que cinq minutes tous les six ans en votant pour les seules élections valables, les municipales. Nous encourageons de ce fait nos amis à se préparer et à s’investir en ce sens. C’est vital ! Travaillons sans cesse à politiser les inquiétudes des Français. Sachons aussi durant l’été prendre le temps de nourrir nos intelligences, (re)lisons nos maîtres, travaillons à expliquer à notre entourage la nécessité du politique d’abord, formons les plus jeunes et invitons les anciens à nous aider financièrement. Nous maintenons et nous maintiendrons coûte que coûte !

Clément Gautier

Mes idées politiques de Charles Maurras: entretien avec Pierre de Meuse

Mes idées politiques de Charles Maurras: entretien avec Pierre de Meuse

Pierre de Meuse

Chers amis, nous nous retrouvons pour un nouvel entretien avec Pierre de Meuse, préfacier d’une récente édition de Mes idées politiques de Charles Maurras aux éditions de la Nouvelle Librairie. L’auteur des Idées et doctrines de la Contre-Révolution (DMM, 2019), de La famille en question. Ancrage personnel et résistance communautaire (éditions de la Nouvelle Librairie, 2021), et de bien d’autres ouvrages d’une qualité remarquable a bien voulu répondre à nos questions et nous l’en remercions chaleureusement.

 

             Action Française : cher monsieur, merci de nous accorder cet entretien pour l’Action Française. Pourriez-vous, dans un premier temps, nous raconter la genèse de ce célèbre ouvrage de Charles Maurras ? Quelle place tient-il dans l’œuvre du maître de Martigues ?

 

            Pierre de Meuse : ce livre est d’une facture inhabituelle chez Maurras, qui a souvent composé des ouvrages avec des recueils d’articles publiés antérieurement dans l’AF ou la Gazette de France. Il faut dire que lorsque ce résumé de sa doctrine fut rédigé, son auteur était en prison pour avoir prétendument menacé de mort Léon Blum et avoir tenté de l’assassiner ; il était donc disponible pour une écriture au calme. L’idée d’un compendium logique de sa doctrine vient d’une de ses collaboratrices, Rachel Legras, qui signait sous le pseudonyme de Pierre Chardon et qui rédigea d’ailleurs le « Dictionnaire politique et critique », si précieux pour les chercheurs et les personnes intéressées par les écrits du maître de Martigues. Maurras se mit immédiatement à l’ouvrage et en quelques mois le livre fut terminé. Cela dit, à mon sens si cette œuvre est pleine de rigueur et de mesure, elle ne fut pas la préférée de l’auteur. Car le martégal n’était pas un homme de système. En tant qu’esthète, il aimait plutôt les travaux formant un tout plutôt que les démonstrations entassées chapitre après chapitre.

En revanche, pour nous, c’est un outil irremplaçable, parce que chaque idée est à sa place dans le raisonnement sans qu’on puisse contester cette place.

            Action Française : quelle fut la raison d’être de cette nouvelle édition ? Mes idées politiques ne manquent pas d’éditions récentes – pensons à celle des éditions de Flore (2022), à celle de Kontre Kulture (2019) ou même à celle de l’Âge d’Homme (2002). Est-ce que ces dernières n’utilisaient pas la première édition de Fayard de 1937 ? Fondamentalement, quelles différences y a-t-il entre la première édition de 1937 et celle de La politique naturelle que nous retrouvons dans les Œuvres capitales de Charles Maurras ? Pourquoi ces différences ?

 

            Pierre de Meuse : pour le texte de l’ouvrage, la plupart des rééditions ont choisi de reprendre le texte de 1937, sans faire les coupures et les ajouts réalisés ultérieurement, notamment ce qui concerne le fascisme italien. La Librairie de Flore, elle, a choisi de respecter les modifications, tout en citant en note les textes originaux. La préface de Gaxotte n’a été reproduite, ni par Soral, ni par la Nouvelle librairie pour des questions essentiellement juridiques. Le texte de la Politique Naturelle reproduit dans les œuvres capitales développe l’introduction de Mes idées politiques, mais non tout le reste du livre. Cela dit, les modifications ne touchent en rien à l’essentiel de l’ouvrage.

En ce qui concerne la multiplication des rééditions, vous touchez là à une situation qui ne peut laisser indifférent aucun Français attaché à l’héritage intellectuel de Maurras. Bien sûr je pourrais vous répondre en vous disant que, plus il y a de gens qui rééditent Maurras et le commentent, mieux c’est ; cependant cela ne prend en compte qu’une partie de la question. Si on l’élargit, on peut voir que de nombreuses écoles de pensée s’intéressent à Maurras, et donc qu’il est impossible de limiter l’exégèse maurrassienne à une seule chapelle. D’autant plus que, les observations faites par un penseur né il y a plus d’un siècle et demi doivent être confrontées à une réalité qui était totalement impensable à l’époque où Maurras écrivait. Dès lors, chaque fois que l’on veut accommoder (au sens optique du terme) la pensée maurrassienne avec le réel, on est tenté souvent de la trahir, même involontairement. Il est donc utile qu’il y ait plusieurs points de vue sur le Martégal, car cela permet d’éviter les contresens.

Mes idées politiques

          Action Française : permettez-nous de nous arrêter sur quelques points essentiels de la pensée de Charles Maurras, magnifiquement illustrés dans cet ouvrage, qui sont aujourd’hui discutés par ceux qui se prétendent héritier de notre auteur. La première partie concerne l’Homme : la faiblesse naturelle de l’Homme rend nécessaire sa vie en société. En quoi peut-on dire que Charles Maurras développe une pensée holiste de la société ?

 

          Pierre de Meuse : vous touchez là un point important. Que désigne-t-on sous ce terme d’holisme ? Certains maurrassiens rejettent aujourd’hui cette notion en se référant à l’inventeur du mot : l’homme politique sud-africain pro-britannique Jan Christiaan Smuts qui écrivit en 1926 un livre intitulé Holism and evolution. Dans cet ouvrage, l’auteur définit ainsi son terme de recherche : « la tendance dans la nature à constituer des ensembles qui sont supérieurs à la somme de leurs parties, au travers de l’évolution créatrice ». Smuts en déduit une théorie philosophique de la science et même une para-métaphysique darwiniste. Cependant, il est abusif, me semble-t-il, de limiter le sens du mot au système de Smuts. Car si c’est lui qui a forgé le vocable, la chose est bien antérieure. Le nationalisme de Barrès et Maurras correspond bien à cette définition, puisque tous les participants aux séances de formation d’AF ont appris depuis cinq ou six générations la formule de Barrès : « La patrie est une association, sur le même sol, des vivants avec les morts et ceux qui naîtront. » Et Maurras, précisément dans le livre que j’ai eu l’honneur de préfacer : « La patrie est une société naturelle, ou, ce qui revient absolument au même, historique. Son caractère décisif est la naissance. On ne choisit pas plus sa patrie, la terre de ses pères, que l’on ne choisit son père et sa mère. (…) C’est avant tout un phénomène d’hérédité. » En fait, le terme d’holisme est très voisin de l’organicisme d’Aristote, par exemple, qui désigne la forme, organisatrice et conservatrice, de l’être vivant. Un autre mot est employé par le stagirite : celui d’entéléchie (qui porte sa finalité en lui-même). Mais alors, pourquoi ces maurrassiens rejettent-ils cette notion ? Une explication pourrait être qu’au lieu de partir de la société comme Bonald et Burke, ces philosophes préfèrent prendre la personne comme base de leur raisonnement. Après tout, pourquoi pas ? À la condition qu’un raisonnement personnaliste ne conduise pas à des conclusions différentes de celles de l’holisme. Sinon, c’est toute la base du projet maurrassien qui est perturbé. Encore une fois, le raisonnement de Maurras ne prétend pas établir une ontologie, c’est-à-dire une certitude de foi sur l’être des choses, mais une analogie féconde, qui réponde à nos besoins vitaux.

         Action Française : Michaël Sutton (Charles Maurras et les catholiques français) parle de la synthèse subjective de Charles Maurras appliqué à la France comme Auguste Comte l’appliqua à l’humanité. Charles Maurras créa-t-il une déesse France en capacité de dévorer ses enfants pour subsister ?

 

          Pierre de Meuse : votre question est une suite logique de la précédente. Il faut bien comprendre que Maurras rejette catégoriquement le messianisme humanitaire de Comte, pour ne retenir de lui que son éloge de l’ordre et sa méthode empirique. Le Pr. Sutton considère que l’auteur d’Anthinéa a remplacé l’humanité par la France ; mais c’est à mon avis un contresens. Maurras, sans dénier toute existence à l’humain, considère que sur le plan social et politique, la nation (donc pour lui la France) recueille l’ensemble des devoirs des Français. Dans Le soliloque du prisonnier, il écrit que la France c’est l’humanité. Il ne dit pas que l’humain n’existe pas, car l’ensemble des hommes connaissent des pensées, des émotions et des doutes communs, mais que la Nation est le dernier cercle qui réunit les hommes. Car, à la différence des « républicains » comme Taguieff, Maurras pense que les nations existent vraiment en tant qu’essences. De là provient cette image de la déesse France. « À la beauté la plus parfaite, au droit le plus sacré, Rome savait préférer le salut de Rome, la gloire des armes romaines et, non content de l’en absoudre, le monde ne cesse de lui en témoigner de la reconnaissance. L’Angleterre contemporaine a donné des exemples de la même implacable vertu antique. Le nationalisme français tend à susciter parmi nous une égale religion de la déesse France ». Mais pourquoi cette déesse devrait-elle dévorer ses enfants alors qu’elle est au contraire pour eux la dernière des protections communautaires ?

 

         Action Française : le septième chapitre se nomme « Retour aux choses vivantes » et un de ses points concerne le nationalisme. Quelle différence fait Charles Maurras entre le patriotisme et le nationalisme et, in fine, entre la Patrie française et la Nation française ? Pensez-vous que cette différence lexicale subsiste encore de nos jours ou les termes sont maintenant trop dévoyés pour être retenus- il semble, par exemple, que le patriotisme soit toléré, contrairement au nationalisme ?

 

          Pierre de Meuse : vous savez, je suis un peu gêné pour vous répondre parce que ce que je vais vous dire est d’une banalité presque triviale pour tous ceux qui ont suivi les cercles de l’Action Française. La patrie est une réalité dont la définition découle de son nom même : Terra patrum

La Patrie, terre des pères, cela dit tout ! Le sol, le sang, leur âme commune, le génie divin qui les assembla.

Charles Maurras

Les lumières de la patrie

Assumer cet héritage, c’est être patriote. La nation, elle, est une réalité collective définie dans une abstraction. Elle désigne une communauté de destin qui se réalise dans l’histoire. Et le nationalisme, c’est la participation par l’esprit et la volonté à sa perduration et sa persévérance. Au cœur de tout nationalisme, il y a une angoisse – l’angor patriae – de voir s’étioler ou se dévoyer cet héritage. Je ne crois pas que le patriotisme soit plus toléré que le nationalisme. L’esprit du temps méprise le patriotisme, qu’il considère comme l’expression d’une sentimentalité ridicule, car rien n’est plus chic pour lui que le cosmopolitisme de l’oligarchie. Il déteste et craint le nationalisme, parce qu’il soupçonne qu’il recèle des forces dangereuses pour ses dogmes. Mais attention ! N’est pour lui illégitime que le nationalisme des Français, des Européens, des Blancs. S’il s’agit d’un nationalisme congolais, arabe ou indien, alors c’est tout différent, là c’est une opinion qui mérite d’avoir sa place au concert des expressions. Pourquoi cette attitude étrange ? Elle s’explique parfaitement par la notion schmittienne de l’Ennemi. Pour l’idéologie progressiste, l’ennemi est intérieur, il vient du passé de l’Europe, il puise dans sa tradition que le progressiste déteste plus que tout au monde. En revanche, la tradition de l’étranger le gêne moins, puisqu’il ne peut pas renforcer le « Vieil homme », que le progressisme a cru éradiquer pour toujours.

 

         Action Française : concernant l’Homme, vous évoquez dans votre préface une dimension très disputée de l’héritage maurrassien, celle de la notion de race. Qu’entend exactement Maurras quand il parle de race ? Quelle forme de « racisme » développe-t-il ?

 

            Pierre de Meuse : décidément, vous aimez parler des sujets épineux.

Cela fait au moins cinquante ans que des dirigeants de l’Action Française s’enferrent régulièrement dans des déclarations antiracistes, qui montrent qu’ils n’ont pas vu le piège qui leur était tendu. Quand on nous somme de nous déclarer antiracistes, exige-t-on seulement de nous que nous rejetions solennellement les théories de Houston Chamberlain que tout le monde a oublié ? Certainement pas. Se déclarer antiraciste, c’est déclarer que seule la condition humaine est significative car le propre de toutes les différences collectives entre les hommes est de n’être pas voulues mais imposées. Le postulat antiraciste repose sur le caractère non-signifiant des différences humaines. Ce qui, évidemment, est radicalement aux antipodes de la pensée maurrassienne. Ce n’est pas que les trotskystes et les humanistes révolutionnaires qui forment les bataillons de l’antiracisme soient prêts à croire à la sincérité de nos protestations ; mais ils nous ont obligés à nous agenouiller et cela, c’est une victoire. Et si, d’aventure, comme cela arrive hélas quelquefois, nous en profitons pour dénoncer un autre mouvement nationaliste, en le traitant de raciste, alors là, c’est pour eux une savoureuse réussite : nous avons fléchi le genou devant leurs dogmes, nous avons reconnu leur qualité de juge en leur donnant des armes pour intensifier l’oppression, nous nous sommes déshonorés (nous ne sommes pas comme Untel, Monsieur l’officier de la Kommandantur, lui il est raciste, nous non), nous nous sommes fait des ennemis, et nous n’avons gagné que du mépris des uns et des autres. Quand on est vaudois, on ne dénonce pas les cathares à l’Inquisition !

Cela dit, si nous voulons, en dehors de l’impact des lois antiracistes, faire l’inventaire de la pensée du maître au sujet de la race, nous nous apercevons que c’est une pensée nuancée et traditionnelle. Maurras emploie sans cesse ce mot, et, nous disent certains : « il emploie ce terme simplement comme un synonyme de nation. » C’est vrai et c’est faux. Il est exact que pour Maurras, les deux concepts se recouvrent en grande partie. Mais il emploie sans cesse en même temps le mot de sang. C’est que pour lui, la nation est essentiellement un fait de naissance et d’hérédité. Il emploie le mot race au sens du français classique, celui du Moyen âge et du XVII° siècle. « Vive la race de nos rois » ou encore dans le rite du sacre royal : « Reçois cette couronne, héritier de la noble race des Francs. » Cela dit, Maurras n’aime pas les théorisations « scientifiques » de la race biologique, essentiellement pour deux raisons : d’abord parce qu’elles ne sont pas vraiment convaincantes, ensuite et surtout parce que leurs partisans se servent de leurs raisonnements pour établir une hiérarchie des races dans laquelle la France se situe au second rang. Mais il ne nie absolument pas la parenté des Français et le caractère fécond de sa visibilité. Je conseille aux lecteurs qui voudraient approfondir ce sujet de lire un article d’un professeur, Carole Raynaud-Paligot de l’université de Dijon (https://books.openedition.org/septentrion/44400?lang=fr#text). Cette universitaire est naturellement de Gauche, voire d’extrême Gauche, et férocement antiraciste, ce qui la conduit à une sympathie pour le Woke. Elle décrit, textes à l’appui, comment Maurras concevait l’identité originelle de la France, à savoir comme « la fusion des races des Gaulois et des Romains », bien que la vision que les penseurs de l’AF avaient des Gaulois soit aujourd’hui totalement dépassée. Et elle en conclut que, puisqu’il y a bien une filiation biologique, c’est que Maurras était partisan d’une France ethnique et non pas seulement culturelle. Donc, pour elle, Maurras était « raciste ». En réalité, c’est qu’elle donne un sens maximaliste au mot de racisme et considère qu’on est raciste dès lors que l’on prend en compte le moins du monde la dimension filiale naturelle. En cela, elle suit la tendance générale de la législation, qui ne justifie la nation française que comme contractuelle et instantanée. En conclusion, Maurras se méfiait des dogmes de la raciologie de son temps, mais considérait cependant qu’un peuple historique n’était rien d’autre qu’une famille naturelle très élargie. Selon la définition que l’on donne au mot, Maurras est ou n’est pas « raciste », mais il ne peut en aucun cas être appelé « antiraciste ».

          Action Française : dans un autre registre, pourriez-vous nous dire ce que signifie réellement le Politique d’abord ? Cette position fut très régulièrement la cause de tensions avec certains catholiques qui y voyaient une relégation au second plan des droits de Dieu. Aujourd’hui encore, il s’agit d’une pierre d’achoppement.

 

          Pierre de Meuse : j’avoue être surpris en vous entendant me dire que cette vieille lune est encore aujourd’hui une pierre d’achoppement. Oui, il est vrai que ce mot d’ordre a été violemment critiqué par de très nombreux acteurs politiques ou écrivains. Citons Georges Bidault, Georges Bernanos, François Mauriac, Charles Péguy, Lucien Febvre, François de La Rocque et même Henri VI comte de Paris. 

Ils disaient : moral d’abord, social d’abord, spirituel d’abord, mystique d’abord, religieux d’abord, économique d’abord, militaire d’abord, esthétique d’abord, littéraire d’abord. En fait tout cela est le résultat d’une incompréhension, quelquefois consciente. Il est vraisemblable aussi que ces arguties soient un symptôme d’une maladie intellectuelle de la Droite française : le refus de la volonté.

 Pourtant, il est patent que la Gauche n’a pas de ces humeurs. Et qu’elle met en pratique son programme de destruction de l’État et de la société par la politique, structurée par un esprit de parti dépourvu de toute pudeur.

 

          Action Française : nous connaissons naturellement les positions de l’Action Française concernant la démocratie, mais, pour nos lecteurs, pourriez-vous nous exposer quel type de démocratie dénonce Charles Maurras ? En quoi celle-ci était fondamentalement provocatrice de chaos et incapable de répondre aux besoins de l’instant ? L’actualité semble, en effet, hurler ce constat : la démocratie ne règle aucun problème, elle embourbe la nation.

 

        Pierre de Meuse : là, nous abordons un sujet sur lequel le vocabulaire classique de la science politique ne correspond plus à l’image que le public visualise chaque fois que l’on parle de démocratie, et il me semble que nous devons en tenir compte afin d’être compris et suivis. Il est de fait que nous assistons depuis trente ans à un retournement de situation qui était imprévisible à l’époque de Maurras. En effet, quel était le tableau politico-social au tout début du XX° siècle ? La France était encore une société, avec une élite nationale qui cultivait les vertus. En ce temps-là, Maurras proposait de reconstruire les superstructures politiques sur ce qui existait ; et il disait que le pays légal, avec ses règles juridiques fondées sur la loi du nombre, méconnaissait la valeur de cette société. Or, aujourd’hui, les élites de notre pays sont totalement désolidarisées de la France et méprisent le peuple français, qui est de plus en plus asservi et appauvri. En conséquence, celui-ci reproche de plus en plus au pouvoir « démocratique »…de ne pas être démocratique et de fonctionner comme une oligarchie étrangère ! Donc, si nous voulons être compris, il faut faire une distinction sémantique entre la démocratie conçue comme le fait pour les gouvernants d’être en phase avec les aspirations des gouvernés, et la démocratie idéologique, qui veut changer le peuple pour le rendre conforme à un modèle préétabli, qui est celui de la société déracinée et atomisée. La première est l’expression du bon sens et la seconde est un rêve fumeux et mortel. Si nous n’adaptons pas notre vocabulaire à la nécessité, notre discours n’aura pas de prise sur la conscience française.

 

          Action Française : la pensée économique et sociale de Charles Maurras est assez mal connue du plus grand nombre. Était-il un défenseur de la propriété, des riches familles et du capitalisme ou était-il un précurseur d’un royalisme qui penchait vers le socialisme et le syndicalisme ? En réalité, qu’est-ce qui fondait sa pensée sociale ? 

 

          Pierre de Meuse :

Charles Maurras, ce n’est pas un secret, n’était pas un spécialiste de l’économie. Sa formation est principalement littéraire et philosophique. En revanche, sa pensée intègre l’économie comme une science dédiée, une science du bon sens plutôt que comme le terrain d’exercice de l’utopie.

En fait, il exècre toute idée préconçue dans ce domaine. Il considère, nous l’avons vu, la société comme un tout organique et considère que l’économie ne doit pas avoir d’autre but final que le bien commun du groupe. Il rejette donc les dogmes libéraux, conduits par l’individualisme, ainsi que l’idéologie égalitaire, ce qui ne signifie pas qu’il justifie l’inégalité sociale comme un idéal sans limites. Cette notion de bien commun n’accepte pas que les objectifs à court terme, mais au contraire prend en compte la longue durée. Était-il socialiste ? L’adjectif ne l’effarouchait pas, mais à la condition d’y inclure le respect des hiérarchies salutaires. Il était en tout cas favorable au syndicalisme, dans la mesure où la défense des catégories sociales respecte le bien commun de l’entreprise. Bien entendu, il affirme l’utilité de la propriété privée mais à la condition de lui imposer des limites qui sont celles, encore une fois, du salut public. Il détestait le fanatisme libre-échangiste, mais n’était pas systématiquement partisan du protectionnisme dont il disait qu’il ne faisait pas partie du paquetage du militant d’AF. Tout, selon lui, était affaire de circonstances. Était-il animé comme le prétend Charles Gave, par la haine du capitalisme ? Tout dépend de ce que l’on entend par là. Ce qui est sûr, c’est qu’il aurait été hostile à la financiarisation totale de l’économie, qui dépossède notre pays de sa souveraineté et de son industrie.

         

          Action Française : ceci étant dit, vous évoquez dans votre préface le soutien qu’apporta sans cesse Charles Maurras au régime de Vichy et au maréchal Pétain. Quelles sont les raisons intellectuelles qui poussèrent le maître de Martigues à agir ainsi ? Est-ce que certaines réformes du régime reflétaient des idées développées dans cet ouvrage écrit seulement trois ans avant l’année 1940 ?

 

          Pierre de Meuse : Maurras se rallia au Régime de Vichy et surtout au maréchal Pétain exactement pour les mêmes raisons qui le poussèrent à accepter l’Union Sacrée en 1914 : la recherche de l’unité dans un moment où le territoire français était attaqué et occupé. Du reste, les confidences du chanoine Cormier nous apprennent que, de 1940 à 1944, Maurras cessa d’utiliser le terme « politique d’abord » pour lui substituer « unité des Français ». Or, la postérité n’a pas appliqué le même jugement aux deux attitudes. Dans un cas comme dans l’autre, il était très difficile à Maurras de suivre une autre voie. Mon opinion personnelle est que la soumission totale à un gouvernement tenu par l’ennemi idéologique est toujours lourde de conséquences. C’était le cas pour Clemenceau. Était-ce aussi le cas pour le Gouvernement de l’État Français ? Pas tout-à-fait. Cela dit le Maréchal était sincèrement républicain, mais avec une teinte corporatiste qui se traduisit par la Charte du travail, promulguée le 4 octobre 1941 et dont Alain Cotta parle avec respect. Mais le vainqueur de Verdun était loin d’avoir les mêmes convictions que Maurras, notamment à l’égard des USA, envers lesquels il avait une confiance excessive. Je ne pense pas que, du reste, il ait lu cet ouvrage. Il y avait effectivement à Vichy une certaine influence des maurrassiens, mais Olivier Dard a nuancé son rôle dans la Révolution Nationale de Vichy. Son influence n’était pas la seule, loin de là.

 

Propos recueillis par Guillaume Staub

Charles Maurras, Mes idées politiques, Paris, Éditions de la Nouvelle Librairie, 2023, 320 pages, 20 euros.

Entretien avec Bruno HIROUT

Entretien avec Bruno HIROUT

Bruno Hirout, militant nationaliste

Chers amis, nous nous retrouvons aujourd’hui pour un entretien avec monsieur Bruno Hirout, militant nationaliste, homme politique – secrétaire général du Parti de la France – et éditeur. Nous souhaitions le rencontrer afin que ce dernier nous présente plus particulièrement son travail d’édition qui rejoint bien des combats que nous portons à l’Action française. Si les divergences peuvent être nombreuses, il n’empêche que le compromis nationaliste doit nous porter au dialogue avec tous les combattants français qui ne se renient pas et qui n’ont pas peur de s’exposer en première ligne.

Action française : Cher monsieur, nous vous remercions de nous avoir accordé cet entretien. Permettez-nous de commencer par évoquer votre maison d’édition. Pouvez-vous nous présenter celle-ci, quelle fut sa genèse et sa raison d’être ? Pourquoi avoir choisi un tel nom ?

Bruno Hirout : Les éditions Saint Barthélemy sont nées le 20 mars 2022, créées par Pierre Guyon et moi-même pour rééditer et éditer des ouvrages de salubrité publique selon notre vision du bien commun, c’est-à-dire utiles aux catholiques et aux Français de souche.
Plus particulièrement, nous avions besoin d’une structure pour publier deux livres, La Saint-Barthélemy d’Henri Hello, pour la défense des catholiques français, et Combat pour la France de Pierre Guyon et moi-même, pour livrer une sorte de manuel aux jeunes arrivants dans le milieu nationaliste en particulier et à ceux qui souhaitent s’intéresser à notre combat politique en général.
Notre volonté de créer notre propre structure fut, compte-tenu de nos projets actuels et à venir, une assurance contre les censeurs et les froussards, même si nous nous félicitons de la grosse activité intellectuelle, littéraire et éditoriale du nationalisme français contemporain.
Enfin, le nom Saint Barthélemy était pour nous une évidence, la marque de notre attachement à la défense de la mémoire et de l’honneur des nôtres, les catholiques français, face aux mensonges aussi puissants et répandus soient-ils.

Action française : Le premier ouvrage que vous publiâtes fut celui d’Henri Hello qui porte précisément sur la Saint-Barthélemy. Le poids de cet événement pèse beaucoup sur l’imaginaire collectif français, pensez-vous que la restauration d’une certaine fierté française et catholique puisse faire l’économie d’une remise en perspective de troubles qui se firent il y a maintenant plusieurs siècles ? Le combat mémoriel doit-il également porter sur cette période ?

Bruno Hirout : J’estime qu’il est vital de ne pas laisser se développer les mensonges des mémoires victimaires qui se construisent en opposition à la France et aux Français perçus comme des persécuteurs. Il en va non seulement de l’honneur et de la mémoire de nos ancêtres, mais c’est aussi un combat politique contre tous ceux qui prospèrent sur l’anti-France, que cela soit par intérêt, par suivisme ou par idéologie. C’est une part incompressible de la lutte contre les agents de la subversion et leurs idiots utiles.

L’histoire des troubles du XVIème siècle, appelés guerres de religion, doit être revue, protégée et transmise par les Français enracinés et non reniés. Il faut que chaque mensonge antifrançais ou anticatholique paraisse odieux aux partisans de la France française, et les guerres de religion sont le tombeau de la vérité historique. Comme l’a très bien résumé Yves Gérardin dans sa brochure « Le Lutherrorisme », par un incroyable retournement, la religion [protestante] qui s’est partout imposée par la terreur, transmet aujourd’hui une identité victimaire. Tels des Corses héritant d’une vendetta familiale pendant vingt-cinq générations, les malheureux protestants vivent encore aujourd’hui de la colère de leurs ancêtres. Beaucoup d’entre eux semblent n’avoir d’autre religion qu’une rancune contre l’Eglise. Victimes, certes, les protestants l’ont été. Mais d’abord de la révolte de leurs chefs, qui les ont trompés, enfermés dans une logique de haine, puis entraînés dans la spirale infernale provocation-répression qui caractérise la subversion terroriste. L’identité victimaire des protestants s’est construite, vit et se transmet en diffamation des catholiques et du catholicisme qui deviennent ainsi synonymes de fanatisme, de bêtise et d’inhumanité, c’est d’autant plus insupportable qu’il s’agit de l’exact contraire de la vérité.

Pour toutes ces raisons, et bien d’autres que nous pourrions étaler sur des pages et des pages, le combat mémoriel doit évidemment porter sur cette période aussi, car les amoureux de la France et de l’exactitude doivent combattre tout ce qui nuit artificiellement à notre identité et à notre foi, quitte à faire le sale boulot qui consiste à passer du temps à mettre les mains dans des sujets aussi peu « tendance » que la Saint-Barthélemy, l’Inquisition, la chasse aux sorcières, etc. D’une manière générale, il faut détester les menteurs, les manipulateurs et les faussaires. C’est l’une des meilleures façons d’être à coup sûr un bon Français et un bon chrétien.

Action française : Pourriez-vous résumer la thèse historique d’Henri Hello ?

Bruno Hirout : Avant de présenter la thèse historique d’Henri Hello, je trouve important de mettre en lumière ses intentions, car elles rejoignent le combat que j’ai évoqué jusqu’ici. Voici ce qu’Henri Hello dit : Les calomnies contre l’Eglise catholique, rendue responsable du carnage des huguenots, ont été répandues et le sont encore avec une telle profusion, qu’il est nécessaire d’y répondre directement.

Ceci étant dit, voici le propos d’Henri Hello :

– La réforme et les huguenots sont la source et les auteurs de l’intolérance, des excès et des crimes qui ont ébranlé la France (et l’Europe) à partir du XVIème siècle.

– La Saint-Barthélemy a été rendue nécessaire par la faiblesse des dirigeants français, qui ont fait montre d’une indulgence excessive vis-à-vis des protestants qui ne faisaient que travailler pour la victoire de leur parti quand les autres croyaient pouvoir négocier la paix.

– La Saint-Barthélemy ne fut pas préméditée.

– Le nombre de victimes de la Saint-Barthélemy est absolument exagéré.

– L’Eglise catholique n’est pas responsable de la Saint-Barthélemy.

Dans cette droite ligne, je me permets d’ajouter que je rejoins complètement Michel Defaye qui conclut son exposé « Le protestantisme assassin » de la façon suivante : On peut certes regretter les quelques centaines de huguenots qui ont péri à Wassy ou lors de la Saint-Barthélemy, à l’unique condition de ne pas oublier les milliers de martyrs catholiques, d’établir avec équité les responsabilités, de ne pas confondre l’agresseur et l’agressé, le bourreau et la victime, le séditieux et le fidèle. »

Action française : Charles Maurras fut en première ligne pour dénoncer l’héritage intellectuel néfaste que porte le protestantisme en son sein. Quel regard portez-vous sur le protestantisme comme corpus idéologique qui influence le politique ?

Bruno Hirout : Le protestantisme est une imposture démagogique offrant à chaque être humain la possibilité d’être l’unique interprète de la Bible, le contradicteur des Docteurs et de la Tradition, la seule voie du salut de son âme. C’est l’individualisme poussé jusqu’à la folie, jusqu’à la médiocrité spirituelle extrême qui consiste à s’autodiganostiquer sauvé. C’est une négation de la promesse, de la réalisation, des fruits et du but de l’Incarnation.

Au-delà de cette monstrueuse exaltation du pire individualisme, le protestantisme est, intrinsèquement, une fraude intellectuelle. Dans « Connaissance élémentaire du protestantisme », Arnaud de Lassus cite Sabatier, doyen de la faculté de théologie protestante de Paris, qui admet cette énormité qui devrait réduire pour toujours le protestantisme à ce qu’il est, une grotesque farce : Le protestantisme souffre d’une antinomie interne qui dérive de son principe même. Si vous n’avez pas de Confession de foi, qui êtes-vous ? Et si vous promulguez une Confession de foi, si vous voulez me l’imposer d’autorité et malgré la résistance de ma conscience, comment êtes-vous encore protestant ?

Individualisme, imposture intellectuelle, anarchie, tout cela suinte du protestantisme qui est un concentré de subversion, et c’est parce qu’il s’agit de subversion – et non de religion – que Louis Blanc dira que tout Luther religieux appelle nécessaire un Luther politique et qu’Auguste Comte dira que toutes les idées révolutionnaires ne sont que des applications sociales du principe de libre examen. Condamné par Charles Maurras en effet, l’individualisme religieux (le libre examen) engendre l’individualisme politique qui est l’objet de la Révolution. Il y a d’ailleurs une filiation philosophique mais aussi concrète, factuelle, entre le protestantisme et la Révolution française. L’histoire de France du XVIIIème au XXème siècle le montre : République, franc-maçonnerie, socialisme, les protestants cochent toutes les cases de l’anti-France avec une continuité révélatrice du projet intrinsèquement subversif de leur parti. Oui, le protestantisme, par essence, est un ennemi politique.

Action française : Votre maison d’édition vient également de publier un ouvrage intitulé : Interview exclusive de Louis Ferdinand Céline, dont vous êtes l’auteur. L’actualité célinienne est extrêmement riche entre la publication de ses ouvrages inédits et les multiples publications qui jaillissent plus ou moins heureusement. Vous écrivez : “Le souvenir du Céline politique et pamphlétaire menace de s’estomper sous la double influence de ceux qui détestent l’écrivain et de ceux qui croient bien le défendre. Les uns prétendent que Louis-Ferdinand Céline est un salaud indigne d’intérêt car antisémite, les autres clament qu’il faut séparer l’antisémite de l’écrivain pour apprécier cet écrivain à sa juste valeur”. Emeric Cian-Grangé dans sa recension pour la revue Eléments (n°201) avance que cette publication n’apporte rien car tout célinien possède les pamphlets et peut les lire directement, sans passer par votre entretien qui est une reprise de ces écrits. Que pouvez-vous répondre ? Quelle est la raison de ce livre ?

Bruno Hirout : La réponse à Eléments a déjà été apportée par Mario Varraut, membre de la rédaction de Réflexions, sur mon site brunohirout.biz dans un article intitulé « Les céliniens contre Céline »[1], et je le remercie encore d’avoir spontanément pris la défense de mon livre car je ne comptais pas répondre à M. Cian-Grangé. Cependant, puisque vous me posez la question, et sans paraphraser ce qu’a déjà écrit mon collègue sur mon site, je pense que M. Cian-Grangé, enfermé dans sa logique de spécialiste célino-célinien, n’a pas compris ma démarche que j’explicite pourtant sur la quatrième de couverture et dans mon texte d’introduction. Le but était, par un procédé ludique, de montrer que le Céline pamphlétaire n’était pas du folklore ou un accident de parcours, mais, comme l’a écrit Brasillach, un écrivain des catastrophes futures, qui a si souvent prophétisé le mal à venir avec une implacable justesse. Ce procédé ludique, c’était de mettre en valeur la pertinence et l’acuité politiques de Céline en utilisant des extraits de ses pamphlets comme des réponses aux questions d’un fictif journaliste antiraciste contemporain des pamphlets de Céline, et l’on s’aperçoit alors que Céline avait anticipé à la fois la guerre mondiale contre Hitler et les conséquences de la défaite d’Hitler pour les peuples d’Europe. La première raison d’être de ce livre était de participer à la mise en valeur et à la réhabilitation de ce Céline pamphlétaire et politique, de rappeler que ces écrits-là ne sont pas une blague, mais la doctrine et la vision d’un écrivain français qui n’est ni un joueur, ni un poseur, ni un cinglé. L’autre raison d’être de ce livre, c’est le contexte de l’incroyable sketch de la parution des inédits de Céline et de l’éventuelle réédition des pamphlets, qui a donné lieu à un tombereau d’articles et d’émissions absolument stupides, ridicules et diffamatoires envers l’oeuvre pamphlétaire de Céline depuis les premiers communiqués de Gallimard en 2021 (annonçant à l’époque le roman « Guerre » qui sortira finalement en 2022). Mon idée était de donner de la matière à ceux qui voulaient entendre un autre son de cloche sur tout cela, mais il est clair que cette « interview exclusive », comme son nom le laissait largement imaginer, était aussi voire surtout un travail destiné à transmettre avec simplicité et légèreté (la forme de l’interview) les opinions politiques transmises par Louis-Ferdinand Céline dans ses pamphlets soi-disant maudits.

Action française : N’ayons pas peur du politiquement correct. En quoi, selon vous, Céline fut-il un prophète, un visionnaire ? Précisons, par ailleurs, que vous avez traité de cette question dans le second numéro de votre magazine Réflexions – sur lequel nous reviendrons ultérieurement.

Bruno Hirout : Comme je l’ai évoqué à la réponse précédente, ce qui frappe chez Céline, comme cela frappa Robert Brasillach qui écrivit la critique « Céline prophète », c’est qu’il a vu venir la guerre des démocraties contre Hitler, il a vu que cette croisade antifasciste se ferait pour la « gloire d’Israël » et de « l’idéal maçonnique », il a vu que la défaite d’Hitler déclencherait à terme le déferlement des « métèques » et la prédation des « juifs », bref, il a vu venir la victoire définitive des « Etats confédérés » identifiés par Charles Maurras. Il a annoncé notre tiers-mondisation et notre africanisation à une époque où peu de gens auraient pu les prévoir. Il s’agit d’un don de prophétie remarquable, issu d’une littérature – les trois pamphlets – forcément remarquable elle-même.

Action française : Intéressons-nous maintenant à votre troisième livre, co-écrit par Pierre Guyon et vous-même, nommé Combat pour la France. Vous vous définissez en tant que militant nationaliste, de fait, devons-nous encore porter le combat nationaliste ou devrions-nous plutôt porter le combat patriote ?

Bruno Hirout : Le patriotisme sans le nationalisme est une monstruosité et une aberration. On le voit tous les jours dans ce qu’on appelle la droite nationale, il y a une droite voire une extrême droite antiraciste qui est absolument insupportable et dont les combats sont parfaitement ridicules. D’ailleurs les patriotes antiracistes sont les premiers à dénoncer et à marginaliser ceux des leurs qui sont trop nationalistes ou trop attachés aux valeurs traditionnelles de notre peuple et de notre pays, ce sont les premiers à vouloir absolument taire cette évidence fondamentale : nous les Français, nous sommes des Blancs. Il peut y avoir des exceptions, notre histoire nationale a fait de la France un empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais, il faut composer avec cette réalité, mais cela n’a jamais changé et ne changera jamais qui nous sommes, ce qu’est le peuple français, qui sont nos morts, nos héros et nos martyrs. Le combat nationaliste est nécessaire au moins pour cette raison-là, ne pas laisser cette droite bébête propager l’idée qu’avoir 20 millions d’allogènes en France ne serait pas un problème s’ils étaient patriotes ou souverainistes. Le nationalisme est l’antidote à toutes les impostures intellectuelles, par exemple à celle qui voudrait qu’il soit préférable d’être dirigés par des musulmans pieux que par des Blancs décadents. Le nationalisme est la seule réponse viable aux maux causés à la France par et depuis la Révolution française. Se détacher du nationalisme, ou le renier, c’est n’est pas une stratégie politique habile, c’est au contraire un boulevard que l’on ouvre à la propagande de l’anti-France et à ses manoeuvres. Comme l’écrivait Philippe Ploncard d’Assac en 2000 en avant-propos de son ouvrage « Le nationalisme français », sans une claire connaissance des idées qui ont progressivement subverti la société il n’est aucun espoir de restauration de la chose publique. On le voit, le combat nationaliste est indispensable car en tant qu’antidote aux destructeurs de la nation, il est le seul à offrir la possibilité de voir naître un jour les cadres d’une réaction toujours possible. Si le nationalisme venait à s’éteindre, c’est notre âme et notre sang qui viendraient ensuite s’éteindre. C’est un point non négociable car c’est un point vital, et je considère que ceux qui s’opposent au nationalisme tout en se réclamant du patriotisme sont soit des idiots, soit des couards, soit des traîtres.

Action française : Vous avez le courage de dénoncer les forces anti-françaises quand beaucoup, même au sein de la droite nationale, reculent de crainte devant les pressions et les procès. Quelles sont-elles ? Peut-on les nommer ?

Bruno Hirout : Je pense que les quatre Etats confédérés identifiés par Charles Maurras (les protestants, les francs-maçons, les juifs et les métèques) sont toujours le parti de l’anti-France, et que les diverses idéologies mortifères qui nous plombent (communisme, gauchisme, immigrationnisme, LGBTisme, wokisme, etc.) ne sont que la conséquence de la victoire de ce parti. Cependant, depuis le tribunal militaire international de Nuremberg (1946), depuis les lois Pleven (1972), Gayssot (1990) et Taubira (2001), toute parole hostile à ce parti de l’anti-France peut mener au tribunal si elle est maladroitement formulée. Il faut quasiment suivre des cours de droit si l’on veut s’exprimer sans risque sur nos idées politiques. C’est un effort que certains ne veulent pas faire alors ils s’accrochent au peu qui leur reste : le souverainisme et un vague patriotisme antiraciste déjà abordé précédemment. C’est un effort d’autant plus difficile qu’au-delà de la loi, il faut aussi être capable d‘assumer l’opposition du Système, du politiquement correct, de tous les éditorialistes et de tous les patrons d’émissions qui font « l’opinion publique », cela est effrayant pour les tièdes et c’est pour cela qu’une bonne partie de la droite et de l’extrême droite est craintive. Car en réalité, hormis dans les cas marginaux de maladresse réitérée, on a le droit d’être radicalement en désaccord avec la politique du Gouvernement et d’exprimer ce désaccord. En réalité, si la quasi-totalité de la droite nationale française essaie de se « dédiaboliser », c’est avant-tout en haine de la confrontation et dans l’espoir d’une « normalisation » qui serait accordée d’en haut, alors que la droite sera toujours diabolisée par ce système tant qu’elle ne sera pas de gauche. Certains l’ont bien compris et cela donne les dérives que nous connaissons bien et dénonçons régulièrement.

Action française : Pensez-vous réellement que vous puissiez combattre ces forces dans le cadre démocratique, dans le cadre de la Vème République ? Le combat des institutions n’est-il pas essentiel ?

Bruno Hirout : La Vème République n’est ni plus ni moins que ce qu’elle est, et nous la considérons comme telle. C’est le régime actuel de la France, point. Il nous arrive de nous présenter à des élections, et quand nous ne pouvons pas le faire nous appelons à voter pour d’autres, car nous prenons acte du fait que tel territoire sera administré par tel ou tel candidat en fonction du résultat de l’élection concernée, alors nous soutenons toujours le candidat qui sera le moins nocif pour la France et pour les Français. Cela ne veut pas dire que nous croyions à la Vème République ou au système électoral, car notre action politique ne se limite pas aux échéances démocratiques, cependant le terrain électoral fait partie des terrains de la lutte politique et nous n’envisageons pas de céder un pouce de terrain à nos adversaires. L’activité intellectuelle ayant pour but de trouver un meilleur régime que cette Vème République est nécessaire, car ce système pourri doit beaucoup aux institutions, mais c’est une réflexion que j’estime concomitante du combat politique, et qui ne saurait le remplacer.

Action française : Selon vous, quel doit être notre premier combat ? Celui dont on ne peut faire l’économie ?

Bruno Hirout : Le premier combat de cette époque est celui pour la vérité, car c’est elle qui est combattue. Quand on vous dit que Dieu n’existe pas, que les genres n’existent pas, que l’histoire des Blancs est une atrocité, qu’il est impossible de définir ce qu’est une famille traditionnelle, etc., c’est la vérité qui est battue en brèche, nous devons donc, avant tout, être les défenseurs de la vérité, et tout le reste en découlera. La vérité rend libre, a dit le Christ. Vérité et liberté, voilà le sens dans lequel mener le combat.

Action française : Vous êtes également à la tête d’un magazine politique et littéraire, Réflexions. Pouvez-vous le présenter à nos lecteurs ? Quelle est sa ligne éditoriale ?

Bruno Hirout : Réflexions est un magazine littéraire et politique que nous avons lancé en janvier 2021. Il paraît sous la forme d’un livre d’environ 100 pages et traite chaque trimestre 4 grands thèmes (Politique, Actualité, Littérature, Le coup de coeur du trimestre) auxquels s’ajoutent en général des conseils de lecture ou des articles des différents membres de la rédaction. Nous avons lancé ce magazine pour apporter notre contribution au combat des idées et pour traiter dans le fond des sujets pour lesquels le format communiqué ou article de blog n’est pas adéquat. Par exemple, nous nous astreignons régulièrement à décortiquer l’ouvrage d’un de nos adversaires idéologiques (Greta Thunberg, Caroline Fourest, Nicolas Lebourg, etc.) afin de prendre connaissance de leur idéologie et leur apporter une contradiction aussi réfléchie que possible et donc utile aux militants du camp national, le but étant de savoir être un opposant au camp de l’anti-France sachant penser sans se contenter de poncifs et de slogans (même si les slogans sont indispensables à la propagande politique). Notre ligne éditoriale est toute simple : nationaliste et catholique. Ceci explique notamment pourquoi nous prenons du temps à écrire contre le parti protestant, le parti sédévacantiste, le parti cathare, les faussaires de la mémoire, etc., ce qui est en soi une ligne assez peu vendeuse, populaire ou « sexy », mais nécessaire à notre credo : la défense de l’honneur du Christ et de notre race.

Action française : Nous vous remercions pour toutes ces réponses et recommandons à nos lecteurs votre maison d’édition, ainsi que votre magazine !

La maison d’édition : Editions Saint Barthélemy – Tous nos ouvrages sont imprimés en France. (editionssaintbarthelemy.fr)

Propos recueillis par Guillaume Staub.

[1] https://www.brunohirout.biz/index.php/2023/03/30/reponse-a-elements/

L’attaque d’Annecy, une fable moderne

L’attaque d’Annecy, une fable moderne

Jeudi 9 juin 2023 au matin, un « réfugié Syrien », un « migrant », « une chance pour la France », en réalité un immigré clandestin demandant frauduleusement à jouir d’un droit d’asile devenu fou, un remplaçant, un soldat de la guerre d’occupation et de terreur menée à la France et à l’Europe à frappé comme la foudre.
 
Il a frappé d’un couteau des assistantes maternelles, il a frappé des enfants en bas âge dans leurs poussettes. Il a frappé les imaginations jetant l’effroi dans la foule hébétée, glaçant les masses par la terreur d’une menace pouvant s’abattre sur tous – jusqu’aux bébés – dans les recoins les plus calmes et les plus sûrs du territoire, comme un square d’enfants d’Annecy.
 
Cette Attaque d’Annecy, puisqu’il faut lui donner le nom que l’histoire retiendra pour marquer cette « première » qui ne manquera pas de reproduire, est une fable moderne. Cette histoire ne manque pas d’incohérences comme souvent dans ces attaques sidérantes, de Nice au Bataclan, des moines de Tibérine à Charlie Hebdo, d’Abdelhakim Dekhar à Salah Abdeslam, du commandant Beltrame à Samuel Paty.
En ce sens cette histoire est fabuleuse, elle fabule, elle affabule. L’assaillant qui s’est déclaré chrétien, aurait revendiqué l’attaque au nom de Jésus et aurait été trouvé en possession d’une bible. Ce sont en tout cas des éléments produits par les médias du mensonge de masse. 
 
Cette Attaque relève du registre de la fable car c’est un résumé exemplaire de contraction, une compression de l’époque.
L’auteur de cet acte inimaginable serait un réfugié Syrien qui aurait passé presqu’une décennie en Suède où il se serait marié, avant de se voir refuser le statut de réfugié, avant de tenter de l’obtenir en France… et d’y essuyer deux refus. 
Cette banale histoire de tourisme du statut de réfugié politique avec tous ces avantages en nature et en numéraire nous parle des choix catastrophiques pris par les oligarchies cosmopolites de France et de Suède ayant conduit ces deux pays au fond du gouffre migratoire où ils s’abîment.
Cette affaire est un fable en elle-même, les éléments de la dramaturgie étant proprement incroyables, fabuleux lorsqu’on veut bien les examiner à tête reposée. Nous ne contestons pas leur réalité, encore que la mise en scène plus ou moins complexe soit toujours possible, mais nous voudrions attirer l’attention du lecteur sur la façon dont cette histoire est narrée et comment elle s’insère dans le gouvernement par le chaos. 
Le régime du ferichisme de la marchandise spectaculaire que sont les démocratures juives ne veulent pas être jugées sur leurs résultats mais sur leurs ennemis.
C’est pourquoi, si l’horreur médiatique est à son comble, et quelques soient les mensonges ou leurs usages, il est utile de rappeler quelques faits généraux que la sidération terroriste cherche à sublimer : 
Pour compenser la baisse tendancielle du taux de profit, les oligarchies qui administrent la dette faramineuse de l’économie de la fausse monnaie importe massivement des ressortissants du tiers monde ayant traversé les traumatismes de la guerre terroriste des organisations islamistes takfiri pilotées sous faux drapeau par l’Otan afin de tirer les salaires et les coûts à la baisse. Il est inévitable qu’en important des esclaves atteints de syndromes post traumatiques, on devienne le tiers monde atteint de syndrome post traumatique. 
Il n’y a donc pas lieu d’être surpris ou ému. Ce qui était prévisible finit par se produire.
Cette Attaque n’est que la cristallisation de tout ce qui ne tourne pas rond dans ce pays failli qui fut naguère la France, maîtresse des armes, des arts et des lois. Cela fait plus de 120 ans que l’Action française averti des conséquences d’une mauvaise politique, du régime de l’Étranger, du règne de l’Ennemi. 
Ne vous épouvantez pas, ne soyez point au comble de l’horreur, ne perdez pas vos moyens. Cette Attaque n’a rien de surprenant. A faire entrer par paquets de mille des takfiri des zones de guerre contrôlées par l’armée turque de l’Otan, il fallait s’attendre à ce que les horreurs qui endeuillent la Syrie depuis 10 ans s’en vinssent sur nos rivages
 
Quelles solutions me direz-vous ? Remigrer tout ce beau monde, arrêter les guerres par proxy de l’Otan, mettre fin au laxisme en toute matière, remettre l’église au centre du village… mais avant, reprendre le pouvoir des mains des oligarchies génocidaires en abattant leur République du gouvernement par la terreur.
Car ne vous y trompez pas : ces attaques sont des actes de gouvernement. Je ne dis pas des actes du gouvernement. De gouvernement. Une fois encore, le Reichtag brûle.
Sébastien de Kerrero 
Non, le cannabis n’est pas une drogue “ douce ” !

Non, le cannabis n’est pas une drogue “ douce ” !

Qui de nous n’a pas entendu, un jour ou l’autre, cette réflexion : “ Bah, fumer un pétard, se faire un p’tit joint, pas de quoi en faire une histoire… ” C’est ce que pensent aussi, ceux qui proposent de dépénaliser cette merde, genre chanvre avec vue…

Eh bien, non, le cannabis n’est pas, selon une formule tragiquement oxymorique, une drogue “ douce ” ! Même si sa consommation ne conduit pas forcément aux drogues “ dures ”, il cause des ravages irréversibles. Et d’abord chez les adolescents qui, selon les statistiques, sont les premiers accros à la fumette.

Alors, que ce sont les jeunes qui en fument le plus, des études montrent que le cannabis perturbe la maturation du cerveau, au risque de troubles mentaux, émergeant dix ou vingt ans plus tard ! De quoi en finir avec l’idée d’une drogue douce… 

Fumer du hasch quand on est ado, induirait trois types de troubles mentaux à l’âge adulte :

  1. Schizophrénie. Les jeunes de 11 à 24 ans ayant fumé régulièrement du cannabis pendant plus de trois ans auraient un risque deux fois plus élevé, que les non-fumeurs, de présenter des symptômes psychotiques, dix ans plus tard.
  2. Dépression. Les jeunes fumeurs de cannabis ont un risque accru de dépression à l’âge adulte. Pour ceux qui ont commencé, avant 15 ans, ce risque serait deux fois supérieur
  3. Baisse de QI. Les adultes, dépendants au cannabis depuis longtemps, perdent plus de points de QI (quand ils ont commencé avant 18 ans).

Bref, plus on a commencé jeune, plus les dégâts sont impressionnants. Assez récemment, des études scientifiques (notamment à l’université Duke aux Etats-Unis) ont tiré un bilan effrayant de tests neurologiques poussés. Neurotoxicologue, à l’université d’Utrecht, aux Pays-Bas, Raymond Niesink explique : “ Une fois que le cerveau s’est développé dans une mauvaise direction, on ne peut pas totalement revenir en arrière. ” Et encore Daniela Parolaro, pharmacologiste à l’université de l’Insubrie : “ Le cannabis perturberait la maturation des connexions neuronales qui se produisent à l’adolescence. ”

Logiquement, on peut s’attendre dans les très prochaines années à une vague sans précédent de cas de schizophrénie chez les jeunes adultes. Rappelons que le bon fonctionnement des neurones à l’âge adulte, est essentiel.

Face à de tels ravages, les chantres du chanvre esquivent le problème. Que leur faut-il de plus ? Et notamment en France où les accidents de la route, mortels, provoqués par les consommateurs de cannabis, se comptent désormais par centaines.

On a longtemps voulu faire croire qu’en quelques heures les effets du hasch se dissipent. Faux : des années après, même si on a arrêté de tirer sur des joints, le cerveau en garde la trace. Les chiffres font peur. En France, un jeune de 17 ans sur quatre, consomme du cannabis au moins une fois par mois ; un sur quinze plus de dix fois. Doit-on continuer de permettre à des irresponsables de se faire les ambassadeurs d’une telle saloperie ?

Alain Sanders

Louis Salleron, Artisan du bien commun

Louis Salleron, Artisan du bien commun

Louis Salleron, militant Action Française

Louis Salleron. Artisan du bien commun

Soeur Ambroise-Dominique Salleron

dominicaine enseignante à Fanjeaux 

 

On peut vraiment dire que Jeanne d’Arc a porté à son point de perfection absolue, la notion de citoyenneté dans l’Église. Moyennant quoi, elle fut brûlée comme schismatique, hérétique et relapse. Moyennant quoi, peu après, elle fut réhabilitée. Moyennant quoi, beaucoup plus tard, elle fut canonisée. Nous ne risquons rien à la prendre pour modèle” Louis Salleron (p. 33). 

 

Certaines biographies sonnent à leur publication, comme une volée de cloches au printemps en pleine campagne, il semble que rien ne puisse venir troubler la douce quiétude dans laquelle l’on se trouve, jusqu’à l’instant où celles-ci résonnent et où nous exultons au merveilleux qu’elles produisent. C’est cet effet que nous ressentîmes quand nous sûmes que la soeurAmbroise-Dominique Salleron venait de commettre un livre consacré à Louis Salleron nommé Louis Salleron. Artisan du bien commun (paru cette année aux éditions Via Romana).  Nous ne pouvions douter un seul instant de la qualité de ce travail, puisque nous avions déjà été particulièrement enchanté à la lecture de son précédent livre Dom Aubourg, un moine au cœur du monde. Ces deux livres, comparables, tant par les sujets traités, que par la méthodologie employée, nous ont séduit, à la fois par leur qualité littéraire (le style est agréable et sans lourdeur, tout en étant académique), que par leur qualité historique. En effet, la principale force de ces deux biographies est qu’elles ne sont nullement paresseuses, c’est-à-dire qu’elles ne tombent pas dans les deux écueils classiques du genre ; à savoir que les sources consultées, tout en étant nombreuses et particulièrement bien choisies, ne noient pas les lignes générales de la pensée et de la vie du sujetdans le particularisme et dans l’anecdotique. A contrario, l’auteur ne se détache jamais de ses sources pour peindre à grands traits une vie non incarnée, dans des matériaux vite oubliés. La vie et la pensée de Louis Salleron sont induites des sources, autrement dit, ni enfermées dans celles-ci, ni détachées d’elles.

Nous le disons : heureux ceux qui exhument des ténèbres de l’oubli de telles figures salvatrices, pour notre temps perdu et déboussolé ! Mais, revenons-en à Louis Salleron. Peu connaissent encore son nom… et pourtant ! Il fut partout en son temps et nombreux, furent ses combats pour le bien commun au cours de sa longue vie (1905 – quelle date ! 1992). Lisons avec attention le résumé de ce livre : 

 

Penseur majeur du corporatisme et du syndicalisme, de l’économie politique et du catholicisme au XXe siècle, Louis Salleron (1905-1992) a voué sa vie au service du bien commun.

  Après l’avoir fréquenté durant son enfance, sa petite-fille a lu, outre sa correspondance, ses ouvrages et articles, publiés notamment dans » Fédération », qu’il dirige, « Itinéraires » qu’il fonde avec Jean Madiran, « Carrefour » dont il est la cheville ouvrière ou encore ceux de « La Pensée catholique » ou du quotidien « l’Aurore ». Elle offre ici, une étude minutieuse de l’œuvre immense de son grand-père, injustement plongée au purgatoire des grands intellectuels.

  Que Louis Salleron ait traité d’agriculture et de corporation, dès sa thèse de doctorat, qu’il se soit penché sur l’équilibre des rapports sociaux entre patrons et salariés ou ouvriers, au sein de l’entreprise, qu’il ait dispensé des cours d’économie politique à l’Institut catholique de Paris, inspirés par la Doctrine sociale de l’Église, ou qu’il se soit intéressé au sort de la France et de l’Europe, jamais il ne se départit d’un sens aigu du réel, étranger aux idéologies totalitaires ou pseudo progressistes, fossoyeuses de tout ordre naturel et surnaturel. Témoin des bouleversements liturgiques et pastoraux de l’après-Concile, il entreprend une résistance tout à la fois patiente et résolue, tant contre les hérésies que contre l’esprit de chapelle au sein du catholicisme.

  Père de douze enfants dont trois prêtres, Louis Salleron a le privilège d’avoir une épouse d’élite à ses côtés, toute d’intelligence, de bon sens et de discrétion. Aimant la vie, convive aux traits d’esprit réputés, il s’entoure de relations ou d’amis d’envergure, avec lesquels il correspond. Parmi eux : Georges Bernanos, Mgr Jean Rupp, Dom Gaston Aubourg, Gustave Thibon, Marcel De Corte, le général Weygand, le colonel Rémy, le révérend père Bruckberger, Mgr Marcel Lefebvre, Henri Rambaud ou l’amiral Paul Auphan. L’on découvre à travers sa vie, un cœur de poète, pétri d’humour et d’humanité, en particulier lorsqu’il fustige l’acharnement des clercs ou des profanes à détruire notre civilisation.”

 

Ne pouvant, dans le cadre de cette recension, analyser l’entièreté de cet ouvrage, nous voudrions vous en livrer quelques points qui, nous l’espérons, vous donneront envie de vous procurer ce livre. 

Le second chapitre de ce livre est titré : Louis Salleron, l’Action française et Charles MaurrasSoeur Ambroise-Dominique nous rappelle que s’il baigna très tôt, à Stanislas, dans un milieu où l’Action française était à l’honneur, il ne fréquenta réellement la pensée du maître de Martigues,qu’encouragé par dom Aubourg et Solesmes – beaucoup de catholiques vinrent ainsi à s’intéresser à l’Action française grâce au dynamisme de cette abbaye. Pour dom Aubourg, si la pensée de Maurras possède des lacunes – c’est-à-dire qu’elle ne possède pas de métaphysique -, elle est, dans son domaine propre qu’est celui des affaires de la cité, un puissant antidote contre le poison moderne. En tant que catholique, il faut prendre le meilleur de Maurras et ajouter ce qui manque ! C’est fort de ce constat que Louis Salleron commença sa pérégrination, en compagnie de notre mouvement politique, pérégrination qui connut bien des turbulences ! A l’instar de bien des catholiques, Louis Salleron fut touché de plein fouet par la crise morale qui s’imposa à lui lors de la condamnation de l’Action française en 1926. Que faire alors ? Après avoir demandé conseil, sa réaction apparaît sous la forme d’une magnifique lettre de fidélité à Charles Maurras, faite au nom des étudiants d’Action française, de l’institut catholique de Paris. Nous ne résistons pas au plaisir de vous en livrer les dernières lignes : “Le régime républicain vient de donner une preuve nouvelle – s’il en était besoin – de sa nocivité en divisant encore un peu plus les Français. La paix religieuse ne sera rétablie que par la restauration de notre monarchie traditionnelle, protectrice des justes libertés. Plus que jamais nous sommes à vos côtés, pour mener rapidement à bien, cette œuvre de salut public” (p. 41). Louis Salleron fut alors libre de défendre les positions de l’Action française et de combattre à ses côtés sur bien des sujets ; à ce propos, les lignes écrites sur le politique d’abord ou sur le romantisme sont particulièrement justes. Finissons par ces quelques phrases, qu’il écrivit en 1961, à propos de Maurras, à Gustave Thibon : “Il est le héros.le citoyen. Ce que j’admire peut-être le plus dans toute son oeuvre, c’est sa lettre à Schrameck,, là, vraiment, il égale, dépasse Démosthène ; cest un Grec, un Romain, un Maure perdu dans le XXe siècle” (p. 48). 

Le quatrième chapitre fera probablement grincer quelques dents : Louis Salleron et la pensée de Jacques Maritain. Pourquoi ? Que la pensée maurrassienne ne soit plus audible,au sein de notre société est une évidence, mais il est tout aussi évident que la plupart des personnes qui osent encore se prétendre d’Action française, le font en se cachant derrière quelques figures, plus acceptables en société, que celle du maître de Martigues, à savoir la figure de Boutang ou encore celle de Maritain. Louis Salleron ne cessera jamais de vouloir corriger les erreurs de Jacques Maritain et les lignes qu’il écrivit, méritent d’être méditées. La condamnation de 1926 provoqua un revirement chez Maritain, il quitte la philosophie du réel et de l’ordre, les plans se brouillent, s’obscurcissent et le mènent au personnalisme. Sa pensée mène au désordre, à l’an-archie ! S’il reste chrétien, il quitte, pour Louis Salleron, le camp du thomisme. Pourquoi ce revirement ? “le malheur de Maritain est de s’être laissé entourer par la petite tourbe démocratico-chrétienne” (p.70). Louis Salleron analysera l’évolution de Maritain et en cherchera les causes, mais sa recherche sera toujours honnête et rendra hommage à ce qui doit l’être chez lui, tout en combattant ce qui doit être combattu. A ce propos, il n’est pas inintéressant de souligner le parallèle qui fut fait entre le marxisme et la pensée de Maritain : “Entre le marxisme et la position politico-sociale de M. Maritain, il y a deux différences théoriques : une différence de doctrine – M. Maritain croit à la liberté, que nie Marx ; et une différence de but – M. Maritain poursuit l’humanisme intégral,tandis que les marxistes se contentent de l’humanisme simple. Mais il y a une ressemblance capitale : c’est que M. Maritain est d’accord avec les marxistes sur l’interprétation de l’histoire contemporaine et sur le sens de sa transformation” (p.73). 

Le cinquième chapitre – Thèse d’Etat, l’agriculture – mériterait que nous nous y attardions longuement. La question du corporatisme, défendue par l’Action française, y est traitée dans les meilleurs termes. Pour lui, le salut de l’agriculture française passera par la voie corporatiste – et quand nous voyons l’état actuel de notre agriculture nous ne pouvons que constater l’inefficacité de l’option choisie – et il expose ses raisons. “Les libéraux croient qu’on peut sauver l’Etat par la liberté. Les socialistes croient qu’on peut sauver la liberté par l’Etat. Nous pensons, nous, qu’il faut sauver ensemble, la liberté et l’Etat, par une organisation nouvelle qui rejette définitivement le vieil individualisme révolutionnaire et qui tienne compte à la fois, des fins supérieures de la personne humaine et des réalités collectives de l’économie” (p. 94). Dans le domaine agricole, la corporation est un sain rempart contre l’individualisme d’une part et le syndicalisme marxiste d’autre part.

 

Nous pourrions poursuivre ainsi pour chaque chapitre – les catholiques trouveront de magnifiques passages sur son engagement au sein de la vie ecclésiale où il côtoya de grands noms à l’instar d’un Jean Madiran -, la richesse de cet ouvrage étant vertigineuse et ce, d’autant plus, pour notre vieux mouvement d’Action française, dont bien des vues sont représentées ici. L’histoire de Louis Salleron, c’est également un bout d’histoire de notre mouvement ! Honorons de telles figures tutélaires et sachons les suivre dans leurs jugements afin que, nous aussi, nous sachions être des artisans du bien commun ! 

Guillaume Staub

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